Speaker #1Bien parfait Sophie, donc je suis très heureux aussi moi de faire un petit retour sur mon passé, mais sur le passé de la famille. Et dans cette journée, on pourra évoquer les racines. Les racines, c'est bien sûr la Vendée et le commerce, mais au tout début, c'est le Poitou, puisque je vais chercher mes premiers points de repère à la naissance de mon père, Henri Dubreuil, qui est né à Saint-Georges-les-Bailargeaux, à côté de Chasteuil-du-Poitou. en 1897, donc ça peut paraître pour des gens des années 2000 et plus très éloignés, mais c'est bien là que se trouve le départ de l'histoire. Et donc mon père était le fils de Henri Dubreuil, qui s'appelait aussi Henri, et puis d'Amant, sa maman, et qui s'appelait Dubreuil aussi. Donc ma grand-mère disait souvent d'ailleurs, aussi vrai que je m'appelle Dubreuil deux fois, puisque sans être cousin, ils avaient le même nom. Mon grand-père, que je n'ai jamais connu, était commercial, basé à Marseille et travaillant avec l'Afrique du Nord. Mais s'il était basé à Marseille, sa famille était au Poitou, dans le Poitou, et donc c'est là où mon père est né en 1897. Mon grand-père décédait en 1912, avant la guerre de 14, donc mon père avait à ce moment-là 15 ans. Il s'est retrouvé seul, puisqu'il était fils unique, avec sa maman à Fontaine, donc à Saint-Georges-les-Bayergeaux, entre Saint-Georges et Chasseneuil. Et donc, il avait peu de souvenirs ou d'informations sur les études qu'il a suivies plutôt vers Poitiers, mais à 18 ans, il décide de s'engager. A l'époque, c'était déjà la guerre de 14, ça existait depuis 3 ans. Et donc, il s'engage dans l'armée. Et donc il choisit l'artillerie, ou choisit ou choisit pas, mais enfin il est dans l'artillerie, qui était une artillerie de l'époque avec beaucoup de chevaux qui étaient impliqués dans ça, il m'en parlait souvent du chevaux parce que c'est quelque chose qui l'a toujours intéressé. Et puis pour ne pas rester homme de troupe, il suit des pelotons et donc devient lieutenant à la fin de la guerre de 1914 en 1918 lorsqu'il est démobilisé. Donc ça, c'est l'époque de la guerre de 14. A l'issue de cette guerre, il revient à Poitiers et il avait des amis qui travaillaient au Crédit Lyonnais. Et donc, papa commence ses premières armes au Crédit Lyonnais. Il n'est pas resté très longtemps parce qu'il n'avait pas l'âme d'un scribouillard ou d'un administratif et il recherchait à pouvoir... prendre des risques, il avait déjà un tempérament d'entrepreneur, et donc il rencontre son cousin qui s'appelait Stanislas Guédon, qui était lui à Belleville-sur-Vie, et qui avait racheté une entreprise d'épicerie en gros, qui était à La Roche-sur-Yon, c'était la maison Gaston Moreau. Et donc il devient tout d'abord représentant dans cette entreprise, pour commencer par la base, pour faire ce qui était le plus important à l'adhésion avec les clients donc à l'époque les clients étaient des épiciers ou plutôt souvent des épicières de campagne ou de quartier de ville et donc sur le tas il apprend l'étier pour lequel il n'était pas spécifiquement préparé mais très vite son cousin se rend compte qu'il a les capacités pour aller plus loin et en En 1924, papa rachète l'entreprise à Stanislas Guédon. Et donc s'installe au 41 rue Foch qui était effectivement la maison familiale, l'endroit où je suis né, l'endroit où j'ai vécu pendant plus d'une vingtaine d'années. Il était dans l'appartement du premier étage, sachant que l'entreprise était au rez-de-chaussée. Donc voilà, c'était effectivement une entreprise de petite taille. qui était à l'époque je pense une vingtaine de personnes. Et là, donc, il s'installe, il prend les commandes de l'entreprise, et puis très vite, il rencontre sa future femme, qui est maman, qui était voisine du coin en face, l'hôtel de Nantes, que certains d'entre vous connaissent ou se rappellent, qui était l'autre élément du carrefour. Et donc... Maman qui était originaire d'Ezné, une famille d'agriculteurs qui était en fait à la boule d'Ezné, à côté d'Ezné sur la route de Coex, mais dont les parents avaient décidé de monter à la capitale qui était à la Roche-sur-Yon. Mon grand-père étant salarié à la Banque de France et puis ma grand-mère tenant l'hôtel de Nantes, qui était un petit hôtel avec une dizaine de chambres et qui faisait effectivement... café, restaurant et à l'époque les clients étaient des gens qui venaient à cheval donc il y avait des écuries, moyen d'accrocher les voitures devant le bistrot et donc c'est effectivement le coup de foudre. Maman avait dix ans de moins que papa donc très vite en 1926 ils se marient et donc tout de suite Maman ne continue pas son travail à la Banque de France et vient tout à fait s'inscrire dans l'entreprise familiale. Mon père étant plutôt un homme de commerce, de contact. Et puis maman avait des racines d'administratif et de comptabilité. C'est ce qui existait souvent dans les petites entreprises et qui existent encore. C'est le mari qui est sur le terrain, qui est l'homme du métier, et puis la femme qui tient les comptes. C'était le cas de notre femme. Donc mon père était un homme costaud, il mesurait 1m86, il pesait 115 kg, c'était un grand gaillard, et qui était très ouvert sur les autres, il était très convivial, et il était sportif. Donc il a été sportif lui-même en jouant au rugby à la Roche-sur-Yon, dans l'équipe de la Roche-sur-Yon, et puis aussi il s'impliquait dans pas mal d'autres organisations sportives. On l'appelait à l'époque, moi j'ai le souvenir, on l'appelait Judex parce qu'il y avait à l'époque un acteur de cinéma connu qui était Judex et qui avait la même stature que lui, il avait une boucle en noir et donc ses amis l'appelaient Judex. Donc c'est ça les racines, la vie d'une entreprise qui n'a rien à voir avec ce que sont les entreprises d'aujourd'hui puisque même la vie à la Roche-sur-Yon était très calme d'une ville qui faisait 20 000 habitants. Il y avait peu de circulation parce qu'il y avait peu de voitures et donc effectivement que mes parents s'inscrivent dans le cadre d'une petite bourgeoisie parce qu'ils n'avaient pas de gros moyens mais quand même c'était déjà des entrepreneurs qui étaient reconnus comme tels et puis donc ils essayent de développer des choses en servant bien leurs clients. Ça a toujours été ce que m'a dit mon père, il faut considérer le client, c'est toujours ce qui nous a menés dans nos... dans nos démarches, et puis tenir les comptes. Alors, il n'y avait pas de gestion comme on peut connaître aujourd'hui, et je me souviens que, effectivement, la seule manière de savoir si on avait gagné ou perdu, c'était la venue de l'espère-comptable, au mois de mars, fin mars, on savait ce qu'on avait fait l'année dernière, si on avait perdu de l'argent, gagné de l'argent, ou fait l'équilibre. Mais ceci étant, c'était quand même géré au plus près, je dirais même peut-être quelques fois avec des bouts de ficelle. Donc tout ça se passe dans une vie tranquille entre la guerre de 1914 et on parlera après de l'autre guerre, avec des crises qui sont vécues comme la crise de 1929, mais je dirais qu'à l'époque les villes rurales comme la Roche-sur-Yon ou les départements comme la Vendée étaient moins touchées par les crises mondiales que ce que pouvaient être les grandes capitales. Donc ça n'empêche pas de continuer, aucune évolution dans le type de la... de la clientèle c'était toujours des épicières et quelquefois en campagne il y avait le mari qui travaillait avec le mari faisait la chine ce qu'on appelle la chine c'est qu'il avait un véhicule et donc il allait dans les fermes pour proposer aux clients potentiels les produits d'épicerie qu'il avait aussi donc il y avait souvent des couples quand il y avait et pour nous effectivement Les plus gros clients étaient les chineurs parce que ça multipliait le chiffre du magasin avec le chiffre de la voiture.
Speaker #1Je pense qu'il y avait une dizaine aux caves du Poitou et une petite vingtaine dans l'épicerie. Il y avait toujours un peu de... rivalité entre les deux entreprises parce qu'effectivement on peut connaître ça chez nous, il y en a plusieurs et souvent les gens de l'épicerie disaient c'est feignant du cave du poitou quoi donc c'était ça alors cave du poitou pourquoi parce que bon mon père avait rebaptisé le nom et plutôt que d'appeler cave du breuil avec ses racines poitvigne il avait voulu dans ce dans cette vendée apporter la tonalité de son pays d'origine sachant quand même que que historiquement la Vendée était plus ou moins rattachée au bois Poitou et donc il y avait aussi une cohérence. Mais le nom de cave du Poitou était important pour lui. Et puis ce métier aussi, moi j'ai eu quelques passions aussi pour des métiers, mais lui il était passionné de cette activité de vin parce qu'effectivement, au-delà de la distribution de produits manufacturés, il construisait ses produits. Il partait des produits bruts, des vins qu'il avait achetés, il faisait des coupages, tous les vins étaient assemblés pour arriver à un certain degré, puisque les vins étaient vendus selon leur degré, à partir de 9,5°C jusqu'à 13 ou 14°C. Et donc c'est lui-même qui faisait les coupages, et qui dégustait les vins, qui les assemblait, et puis qui dessinait aussi les étiquettes, puisqu'on avait des marques à nos noms, qui commençaient par Bacchus. le vin de monsieur, hors d'oeuvre, tout ça, des noms qu'il avait créés, et qui consultaient les bouteilles. C'était effectivement... Mais c'était très sympa, et moi aussi très vite, je me suis intéressé à cette activité, qui était effectivement très basique, parce qu'à l'époque, les bouteilles étaient consignées, on n'était même pas au temps des 6 étoiles, c'était des bouteilles de récupération, qui pouvaient être les anciennes bouteilles d'apéritif et tout ça. Tout y passait, on prenait les bouteilles, on les lavait, on avait une machine à laver les bouteilles, et on avait une machine à conditionner, et on mettait en bouteille, et puis on mettait en feu aussi. Et donc souvent, effectivement, on bougeait tout ça. Donc c'était effectivement l'intérêt de mon père qui s'est beaucoup impliqué là-dessus. À titre personnel, il était, comme je l'ai dit tout à l'heure, il était sportif. Ayant été joueur de rugby, il en est devenu assez vite. dirigeant du FC rugby à l'époque et puis il s'est intéressé aussi au vélo même s'il ne pratiquait pas beaucoup le vélo, le vélo lui a paru quelque chose d'intéressant et il a participé entre autres il a été le créateur du vélodrome de la roche-sur-yon et physiquement il s'est impliqué avec un certain nombre de volontaires bénévoles pour construire ce vélodrome, qui est le vélodrome actuel à La Roche, qui a été sans doute depuis hier, mais c'est lui qui est à l'origine de ce vélodrome. Et effectivement, ses amis de l'époque avaient reconnu toute sa capacité à être un créateur à travers ce vélodrome. Et puis, il était aussi impliqué dans les milieux professionnels. dans la chambre de commerce mais aussi dans les syndicats puisque à l'époque ce métier d'épicier en gros avait beaucoup d'intervenants. Je pense qu'en Vendée il y avait sans doute 30 ou 40 épiciers en gros. Rien qu'à la Roche-sur-Yon il y en avait 5 ou 6. C'était des toutes petites entreprises, toutes qui livraient des... Vraiment tout était microscopique. C'était des petits commerçants qui se ravitaillaient auprès d'épiciers en gros. Donc l'épicier en gros c'était l'intermédiaire entre les... les fabricants et puis ces points de vente de détails qui étaient boutiques qui faisaient 25 mètres carrés, 30 mètres carrés, où il y avait tous les produits basiques, ce n'étaient pas les collections qu'on connaît aujourd'hui. Et puis il y avait aussi beaucoup de ventes aux détails en vrac. Et donc quand on rentrait là-dedans, il y avait une odeur dans ces écrits avec souvent les sardines salées ou la morue. C'était des odeurs très spécifiques. Effectivement, les contraintes sanitaires n'étaient pas les mêmes que... que celle qu'on avait aujourd'hui. Et donc, cette entreprise, il la gérait avec maman et puis ma soeur est arrivée en 1930, elle est née en 1930, ma soeur n'avait jamais manifesté beaucoup d'intérêt pour ça, elle était plutôt une littéraire, elle a suivi des études de licence d'espagnol et donc bon, L'épicerie pour elle, ce n'était pas son truc. Bon, mais ceci étant, heureusement que ce n'est pas le truc de tout le monde. Et puis, effectivement, le temps passe et 1939, c'est la nouvelle guerre qui arrive. La mobilisation, mon père en tant qu'officier, malgré son âge, puisqu'il avait déjà à l'époque 43 ans, compte tenu qu'il était lieutenant, il est remobilisé, le voilà reparti aussi, cette fois-ci, à la guerre, cette drôle de guerre dans laquelle on ne sait pas très bien ce qui s'est passé dans la première période, avec effectivement... la débâcle et puis une période entre deux et puis ensuite la percée de 40 avec les Allemands qui emballissent la France. Effectivement, l'abandon par la France de la bataille et puis la démobilisation avec une période dont je n'ai pas de souvenirs précis, mais une période de troubles qui était effectivement pénible à vivre. A l'époque, mon père reste mobilisé quand même un certain temps en tant qu'officier, parce qu'il était quand même, je ne sais pas trop bien quoi, mais il était impliqué quand même dans ce qui restait d'armée. Et il a bien fallu faire face fonctionnant l'entreprise. Et là, effectivement, c'est les femmes qui ont pris le relais. Et ma mère, au premier temps d'elle, elle avait donc vécu l'entreprise. Elle savait ce que c'était que les clients, elle savait ce que c'était que les fournisseurs et tout. Et donc, ma mère était là-dessus. elle a montré ses capacités de chefs d'entreprise et puis en même temps que mon père sont partis aussi les principaux collaborateurs parce que la mobilisation avait emmené tous les représentants et un certain nombre de choses et donc c'est une entreprise de femmes qui assurait la suite de cette entreprise pour que au retour de mon père les choses étaient en bon état sachant quand même que il n'y avait pas de marchandises puisque il n'y avait plus de production Et donc il y avait des tickets qui sont mis en place après pour le rationnement parce que c'était quand même quelque chose de très particulier. Et donc je sais que mon père a assez mal vécu cette époque parce qu'effectivement, moralement, il a été un peu choqué de tout ça. Il a fait aussi un moment de la libération, du règlement de compte et tout. Donc c'était pas une... Heureusement que ma mère était là et a continué après. à tenir le manche, c'est important. Et puis moi j'arrive dans cette période-là puisque je suis né en 1942 la guerre n'était pas finie, je me souviens d'ailleurs que derrière les fenêtres du 41 rue Fos, je regardais passer, j'ai des souvenirs des Allemands qui passaient avec des véhicules blindés dans les rues bon, j'ai pas de plus souvenirs que ça, j'ai des souvenirs quand même que compte tenu qu'il y avait des bombardements à une époque en 1944 par les alliés, on avait décidé de de quitter la ville de La Roche qui pouvait être bombardée. Et donc on était partis s'installer dans une ferme à Saint-Fleur-en-Débois, une ferme en fait, plutôt un château, chez Madame Delaclay. À la barre. À la barre. Et donc ma mère allait en vélo, et j'étais sur le porte-bagages pour aller vivre là-bas. Il y était donc quelques souvenirs, et que j'ai eu l'occasion de revoir après, mais c'était effectivement, on était dans un autre monde. Et puis, donc, moi, je vivais dans cette famille, qui était, comme je le disais tout à l'heure, une famille de la petite bourgeoisie. Ma grand-mère, Amand, qui avait suivi son fils unique, parce qu'effectivement, elle n'avait pas de maison à elle, dans le potou. Elle habitait à Rue Maréchal Foch. Elle habitait à Rue Maréchal Foch et elle tenait la maison. Parce qu'effectivement, maman est au bureau, c'est elle qui tenait la maison. jusqu'à décéder en 1956. 4 ou 5 ans avant, elle avait un peu perdu la tête, mais jusqu'à présent, c'est elle qui tenait et qui régissait le personnel de maison, parce qu'à l'époque, il y avait du personnel de maison. On avait une cuisinière, on avait une femme de chambre, on avait effectivement une couturière qui était dans la maison et qui travaillait d'ailleurs en partie pour l'entreprise. Il n'y avait pas de limite vraiment, puisqu'au même étage que nous, derrière la cuisine, il y avait un local dans lequel on stockait les bonbons, je me souviens, dans des étouffoirs, et quand je... Je sortais, je passais dans les étouffoirs. Il y avait vraiment une cohabitation de la partie professionnelle et de la vie familiale avec une vie tranquille qui se passait, effectivement, il n'y avait pas les mêmes... sujet d'inquiétude que l'on peut avoir aujourd'hui. Donc voilà la vie que je vis à ma naissance, et puis mon frère Michel naît en 1946, donc trois ans et demi après.
Speaker #0Et pour moi toute mon enfance c'est les magasins de débusserie. J'ai commencé très tôt à aller à l'école parce que je suis allé à l'école à 3 ans. J'ai commencé à l'année d'école maternelle dans les locaux du collège, là où on est en train de construire un hôtel. Et puis après je suis allé au lycée et j'ai fait toute ma carrière au lycée, le petit lycée et le grand lycée, mais dans les mêmes locaux qui étaient de l'autre côté de la place Napoléon. depuis la 12ème jusqu'en terminale ancien sexe et donc effectivement jusqu'à 16 ans et demi dans lequel j'ai obtenu mon bac à cette époque-là. Alors pour dire que effectivement, même si ce n'était pas mon intérêt premier, il fallait travailler à l'école. Donc effectivement, il faut dire aussi que ma tante était professeure d'espagnol. au collège de filles, parce qu'à l'époque c'était le collège de filles et lycée de garçons, à côté de la rue, et donc, mais en fait maman était très à cheval sur les devoirs et sur les notes, et sur tout ça, et donc ça nous est resté, et on avait plutôt assez bien réussi cette première partie, première et secondaire, et donc, voilà, c'était pour moi le nécessaire, mais tout le reste c'était le... Les magasins de l'épicerie en gros, j'étais tout de suite rendu. Donc je rentrais de l'école à 4h30 ou 5h, je descendais tout de suite voir ce qui était passé et puis participer. Dès 5-6 ans, j'étais dans les rayons parce qu'à l'époque, on recevait toutes les conserves dans des caisses de sang pour les sardines, de 24 pour les petits pois, etc. Et on déballait tout dans des étagères avant de les reprendre pour préparer les commandes des gens. En fait, parce que les gens nous achetaient trois boîtes de petits pois et cinq boîtes de sardines. Donc tout ça, c'était ça. Et moi, c'était encore... Physiquement, je pouvais faire ça. Donc je déballais les trucs en regardant les gens travailler. Les gens qui préparaient les commandes, puisqu'il fallait collecter, ils avaient leur tablier devant leur vente. Ils mettaient les boîtes dans le tablier pour aller jusqu'à un comptoir où on remettait ça dans des caisses en bois pour assurer la livraison. Donc tout ça, c'est effectivement des souvenirs qui sont... important pour moi. Tu avais quel âge à cette époque-là ? 6-7 ans je crois, mais très petit. Pour moi je n'étais pas intéressé pour aller faire du jeu au ballon ou aller jouer aux billes. Pour moi j'avais un tel terrain de jeu ici que c'était impressionnant. Papy était là ou tu étais juste avec les salariés ? Ah oui, mais papa était dans son bureau. Il était dans son bureau parce qu'il recevait les représentants. aussi nos propres personnels commerciaux. J'ai rarement vu mettre les mains à la pâte physiquement, alors que maman n'hésitait pas, quand il y avait des coups de mou, à aller charger les camions. Mais je n'ai pas de souvenir de papa, il était là, puis plus tôt il allait au Cap du Poitou. Et aussi, ce qui était aussi pour lui important, c'est que tous les jours, il avait sa tournée de banque, puisqu'à l'époque on avait trois banques. Et donc les comptables récupéraient l'argent de la veille puisqu'il y avait beaucoup de liquide, il y avait du terreau liquide et ils ne laissaient à personne autre le soin d'aller porter cet argent à la banque. Et compte tenu qu'il nous manquait toujours 19 sous pour faire 20 sous, il y a eu discussion aussi aux banquiers parce que effectivement c'était une entreprise qui ne gagnait pas beaucoup d'argent et donc il fallait gérer au plus près, sachant qu'il n'était pas question d'emprunt. avec une trésorerie réduite et avec ce qui rentrait de la sortie. Notre problème était que nos clients, qui avaient aussi des commerces qui n'étaient pas plus florissants, nous payaient mal et donc il fallait aller aussi chercher l'argent chez les clients. J'ai un souvenir attaché à l'argent et c'est peut-être que pour ça j'étais ensuite très attentif aux questions de trésorerie et de moins d'argent, parce qu'on attendait avec impatience l'argent à rentrer pour payer l'échéance du lendemain. Ce qui était nos livreurs, puisqu'on avait des camions qui livraient, il y avait 3-4 équipes de camions qui sortaient, qui rentraient le soir et venaient porter leur sacoche, quelle que soit l'heure où ils rentraient, ils venaient porter leur sacoche à la maison. Donc je me souviens de livreurs sonnant à la maison à 9h30, 10h, quelquefois 11h du soir, quelquefois éméchés parce que souvent ils rentraient un peu avec des discussions sur les clients, sur les reproches qu'on leur avait fait, tout ça. Moi je suis imprégné de ça, d'avoir vu tous ces personnels qui apportaient l'argent et souvent dès le soir avec maman et papa, on bidait les sacoches pour essayer de voir combien il y avait d'argent dans la caisse. Ça peut paraître dément mais c'est comme ça que ça se passait. C'était sur le fil ? Absolument, puisque c'était quand même un métier très pauvre et puis surtout un métier à risque parce qu'il y avait commencé une évolution du commerce et nos clients étaient... Un pécunieux pour le moins qu'on puisse dire. Donc sachant que dans ces magasins, les locaux de Cousin Guédon étaient tels quels, et mon père n'avait pas fait d'investissement là-dedans, c'était tel qu'il devait être avant la guerre de 1914. C'était une succession de petites cahutes, dans tel endroit on mettait les conserves, dans l'autre on mettait les lessives, etc. Et puis on avait le conditionnement parce que... On recevait l'huile en bidon de 200 litres, il fallait la mettre dans des bouteilles d'un litre. Et on recevait l'alcool à brûler aussi dans des bidons de 50 litres, il fallait la mettre. Donc il y avait des fonctions de conditionnement qui paraissent aujourd'hui complètement folles. Parce que personne ne se posait la question de savoir pourquoi on n'organise pas ça en amont. Mais c'était comme ça. Donc ça avait une partie et ça m'est arrivé de remplir ces bouteilles d'huile et ces bouteilles d'alcool là-dessus. Et puis moi j'ai connu la livraison. Alors... Bon, c'était vraiment, alors là je devais être tout petit, la livraison en charrette à cheval et en charrette à bras. Pour ce qui était les épiceries de la ville de La Roche, c'était pas loin, il y avait une charrette à bras, dans laquelle on chargeait les charrettes à bras, et puis on se mettait dans les brancards, c'était plutôt les employés qui le faisaient, mais c'était comme ça. Et puis il y avait aussi un cheval, avec une voiture à cheval, pour livrer un peu plus loin, donc je m'en souviens, le cheval s'appelait Lelotte, et... Il y avait une place, il y avait une écurie, et donc on avait le cheval pour porter. Et après, moi j'ai vu l'arrivée des camions, des premiers camions, en fait des camions américains qui avaient été apportés après la guerre, des White, j'ai un souvenir de ça. Puis après des Delahaye, on a été très Delahaye aussi, papa avait une Delahaye comme voiture et les camions étaient aussi Delahaye. Toujours des camions d'occasion qui tenaient de briquet de broc, mais enfin avec aussi, à l'époque où il n'y avait pas de carburant suffisamment, on avait les gazogènes, c'est-à-dire c'était des grands fourneaux qui étaient sur le côté du camion dans lequel on mettait du bois et ce bois faisait fonctionner les moteurs. Donc on y reviendra peut-être un jour, mais c'était effectivement des souvenirs comme ça qui montrent que c'était vraiment une autre époque. pour vous dire que c'était un métier de bout de ficelle comme on livrait les bouteilles d'huile avec des verres consignés et tout était consigné, on n'y jetait pas les bouteilles à cette époque là, on voulait peut-être y revenir et donc on revenait les bouteilles et papa a imaginé ces bouteilles, on les lave mais il y a de l'huile dedans encore donc il avait inventé une machine qui nous faisait récupérer l'huile avant donc on mettait les bouteilles de la tête en bas avec de la vapeur qu'on envoyait en dessous l'huile tombait et on récupérait cette huile ... qui renvoyaient après aux raffineries pour quelques sous pour récupérer. Vous pouvez voir dans quel esprit on était. Ça devait coûter, en main d'oeuvre, on ne payait pas les gens très cher, beaucoup plus cher que la réalité du produit qui était récupéré. Donc tout ça pour dire que toutes mes fins de journée, mes vacances, le samedi, parce qu'on travaillait le samedi aussi, le jeudi, j'étais là-dedans. Donc il y a un souvenir, un attachement. Mais déjà je réfléchissais, je regardais et je me disais ça ne pourra pas durer comme ça. Donc je commençais à être à table, souvent les discussions étaient sur le métier, parce qu'on ne peut pas faire autrement, on vit tous là-dedans. Autour de la table il y avait effectivement ma grand-mère, et puis il y avait une employée qui s'appelait Emilienne, qui était le masque de la maison et elle mangeait avec nous à table, parce qu'elle faisait partie de l'ancienne équipe de Sanis Lasguédon. C'était la personne centrale de l'entreprise. Elle connaissait puisque à l'époque il n'y avait pas de machine à faire les factures. Et donc les factures étaient faites à la main et avec les prix marqués. Et elle avait en mémoire tous les prix. Et donc elle, quand les commandes arrivaient, elle mettait les prix. Et donc elle savait que tel produit c'était 136 francs, etc. Et quand on lui passait, mon père faisait des changements de prix quand il y avait des hausses au niveau des fournisseurs. et elle assimilait tout ça, elle avait un cerveau impressionnant et toute la maison marchait autour de mademoiselle Millienne dans la maison et puis moi effectivement j'étais proche de mon père quand j'étais pas... un peu plus tard au lieu d'être... à bouger les colis j'essayais de voir un peu ce qui s'y passait donc mon père avait un fauteuil, je me mettais derrière son fauteuil il recevait les représentants, moi j'écoutais, j'essayais de me nourrir de tout ça Et puis aussi les personnels. Les relations personnelles n'étaient pas celles qu'elles sont aujourd'hui. C'était Bonenfant, il n'y avait pas de syndicats bien sûr. Mais de temps en temps, il y avait quand même des remises à l'ordre qui pouvaient se passer. Et donc j'étais là et je passais mon temps ici pour m'apprenier, ce qui fait que j'étais au courant de tout. de ce qui se passait et j'essayais un peu de me projeter de ce qui pourrait être demain. Effectivement, on ne savait pas du tout ce que ça serait, mais je savais que ça serait dans l'épicerie. Et puis est arrivée l'époque où mon père a essayé de se diversifier avec la création de la branche carburant, qui était quand même pour nous déterminante, parce qu'autant l'épicerie était un métier pauvre, autant ce métier nouveau, les carburants, jusqu'en 1950 et quelque chose était livré en bidon, il n'y avait pas de station, tout au moins en Vendée. Et donc ces bidons étaient des bidons carrés de 5 litres qui étaient dans des caisses de 12. Et donc on recevait ces caisses et on livrait dans les épiceries ces bidons. Il y avait du pétrole, il y avait de l'essence, je ne pense pas qu'il y avait de diesel à l'époque. Et donc les gens réfléchissaient à leur réservoir avec ces bidons. Et ça c'était historique, ça s'appelait donc la pétroléenne. et c'était une émanation des sources standards. Et puis en 1950, les pétroliers, sources standards avec qui on avait des relations à travers ces fournitures de caisses, ont dit à mon père qu'il fallait penser à créer des stations-service parce qu'il faut créer un réseau. Et donc je me souviens... Ça s'appelait une station-service déjà ? Ça s'appelait une pompe, si on veut créer une pompe. Et donc... Mon père s'appuyait sur sa connaissance du terrain avec les épiciers pour mettre les pompes chez les épiciers. Et donc, le samedi, c'était le samedi qu'il était contacté à ça, on faisait une tournée avec lui. Là, effectivement, le samedi, il n'y avait pas d'école, je montais avec lui. À l'époque, on devait avoir de l'attraction peut-être. Et on allait faire la tournée des gens pour les convaincre d'accepter qu'on investisse nous pour poser une pompe. Alors au début c'était des pompes mobiles, c'était des pompes qui étaient placées sur des bidons de 200 litres, avec une pompe JAPI à l'époque, et donc ça n'impliquait pas de travaux. Mais très vite, parce qu'il a fallu qu'on livre avec des citernes, on a fait des installations fixes, avec des cuves et avec des pompes, et donc l'ASO nous fournissait du matériel de récupération qu'il enlevait dans d'autres endroits, et donc on proposait aux gens qu'on leur mette le matériel, on investissait Et puis ensuite, en contrepartie de... Bon, je ne dis pas qu'il y avait de contrat, ça devait être sans doute un accord verbal, on leur fournissait le produit. Et donc, le premier camion que l'on a eu, qui nous était aussi vendu d'occasion par SO, c'était un camion américain. Je me souviens encore, parce qu'il avait des ailes dessus, ça devait être un camion qui faisait les aéroports, et qui était 4000 litres. 4000 litres, ça paraissait énorme, et donc, il ne sortait pas tous les jours, mais on commençait à ravitailler. les stations allant chercher le produit à la Rochelle qui était la base de ça. Sachant qu'ensuite on est passé à des camions de 6 000 litres, 10 000 litres et plus. C'était quelle année ça ? Le camion ça devait être dans les années 50, 53, quelque chose comme ça. Et donc cette démarche était importante parce qu'on arrivait sur un métier qui était rentable. Et puis avec moins de risques financiers. et donc on a créé assez vite une cinquantaine de stations. Alors quand on n'arrivait pas à trouver un accord avec les pisciers, on allait chez le garagiste du coin et on le mettait. Ce qui fait que dans un rayon court, 30 km autour de la Roche-sur-Yon, à tout juste les Sables-de-Lanne, on a installé ces pompes, et au fur et à mesure du temps, après, ce sont des pompes qui ont été rechangées par des matériels plus modernes, qui ont été des volu-compteurs. Le volu-compteur, c'était celui qui était électrique, on avait un ancêtre. des postes de distribution actuelles. Et donc ça a été pour nous le moyen de créer une autre activité qui a longtemps tenu l'équilibre financier de la maison à côté des bistricks. Donc il y avait peu de stocks puisqu'on allait chercher le produit en livret et les clients nous payaient comptant. Donc ça a été un développement et ça a fait partie longtemps des métiers stars du groupe. Et puis en même temps on a développé les lubrifiants, parce que bon, qui des sens dit lubrifiant ? Je me souviens qu'on avait un 1000 kg Renault dans lequel on mettait quelques cartons d'huile, et le commercial allait vendre, en laissant sur place ce qu'il avait pour lui. Et comme mon père était dirigeant de rugby, souvent on héritait de joueurs de rugby, et je me souviens donc... Le commercial sable, il s'appelait Christian Buton, qui était notre premier représentant en libre-échéance. Ça existe toujours à travers l'Ubixel, donc c'est un métier qui a prospéré à l'époque. C'était un complément important. Donc, ce réseau de stations, et puis... Pour tout ça, ce que je peux dire, je bouillonnais d'idées sur la manutention. J'ai essayé de pousser mon père à faire évoluer les cabanes parce que c'était inoubliable. Et donc la première étape a été de dire, on rase toutes les cahutes et on fait une couverture, toujours dans le même site, on fait une couverture en charpente métallique, charpente métallique qui restait d'ailleurs longtemps, je suis peut-être en train de rappeler le du Sophie. qui couvrait le jardin où maman avait son jardin plus tard, puisque c'était là l'entreprise. Et donc on a commencé un peu à structurer la manutention, jusqu'au moment où je dis on ne peut pas continuer à tout remballer à dos d'homme, parce que tout était fait à bras d'homme, on chargeait les camions ici. Première étape, j'ai essayé de convaincre papa d'acheter un matériel qui s'appelait une sauterelle, qui permettait de... C'était un tapis roulant qui permettait de monter les colis à l'intérieur du camion. Et après, j'ai dit, il faut passer aux palettes parce qu'on ne peut pas continuer. Donc, j'ai été initiateur de ça et je l'ai fait convoquer les marchandes de Fenwick, etc. pour qu'on ait cet épi de montée. On a monté des échafaudages en tubulaire pour stocker les palettes. Et ça aussi, j'ai participé à tout ça, à clafter ces étagères, etc. qui ont changé la vie quand même parce qu'on avait quand même le chariot-élévateur, qui était un tout petit chariot-élévateur, parce qu'il fallait qu'il passe, on n'avait pas beaucoup de place, donc on avait fait des allées courtes, et de temps en temps on frottait avec le chariot les tubes, etc. Mais ça a été une étape, le chariot, la palette qui est devenue maintenant quelque chose de... Mais à l'époque, c'était un changement important. Donc tout ça, pour moi, ça se mariait avec mes études au lycée. Bon, j'avais fait un peu de scoutisme. mais sans beaucoup de passion, ce n'était pas du tout mon truc. Un peu de rugby, mais là aussi, je n'étais pas très doué sportivement, et j'y allais parce que mon père disait d'y aller. Bon, ça n'a pas duré trois, quatre ans, c'est tout. Et puis j'ai commencé à m'intéresser au modèle réduit. On en reparlera dans un autre chapitre, mais effectivement, j'avais eu la chance de rencontrer, comme professeur de mathématiques, Ernest Giordano, qui m'a d'abord fait aimer les maths. Alors que j'étais un canc en maths, et donc en troisième j'ai eu Ernest Giordano comme professeur, et comme j'avais un peu de retard là-dessus, mes parents me donnaient des leçons particulières, donc j'allais un soir ou deux par semaine chez lui, et puis j'ai découvert tout l'intérêt des chiffres. Ça m'a laissé quelques souvenirs après, mais effectivement pour moi c'était important. et puis en même temps, Ernest Giordano, qui était un féru d'avion. avait monté une section modèle réduit au lycée et donc le jeudi, puisque jeudi on n'avait pas d'école, le jeudi matin c'était les travaux pratiques et donc je me suis retrouvé dans le groupe, on était une dizuaine pouvoir faire des modèles réduits. Mais déconstruire ? Déconstruire, déconstruire et donc déconstruire avec du balsa puisque c'était du modèle réduit en balsois, c'était balsa avec un entoilage bon d'abord on en faisait au lycée et puis après moi j'avais dit bon on va poursuivre chez nous et j'avais ... monter un... parce que c'était le matin et l'après-midi, je réunissais deux ou trois copains à la maison pour aussi faire des modèles à la maison et compléter. Je me souviens que papa, pour un anniversaire, m'avait acheté une boîte avec un avion qui avait un moteur dessus. Bon, très honnêtement, ce moteur n'a jamais démarré, mais ce citant, j'y ai passé beaucoup de temps avec, à l'époque, Jean-Claude Michon, Jean-Yves Poirot, etc. On travaillait ensemble et puis on avait à goûter après, bon voilà, c'était effectivement... En dehors de l'école et de l'entreprise, c'était mes centres d'intérêt. Ton prof de maths, c'est grâce à lui que tu as cet talent en calcul mental ? Très honnêtement, après j'ai continué. Je me suis retrouvé l'année suivante en seconde avec l'ancien professeur de 4e. Qu'est-ce qui s'est passé ? J'étais le cancre de l'année de maths. J'ai passé mon bac avec option mathématique, ça avait aussi ce type d'effet. J'ai eu plutôt des bonnes notes en maths. Alors ce n'était pas des maths stratosphériques, mais des calculs basiques surtout. Et là, j'ai quand même essayé de faire tourner. Et puis après, une fois que le bac a été passé, qu'est-ce qu'on fait derrière ? Donc j'ai eu la chance, mais aussi la malchance de finir très tôt, parce qu'à 16 ans et demi... J'ai eu mon bac et donc la suite, mes parents s'étaient mis en tête de me faire aller à une grande école de commerce, c'est tant qu'à faire, pourquoi pas, je sais. Et donc, on était fixé là-dessus et donc il fallait trouver une école préparatoire et donc j'avais été admis à... à Bordeaux au lycée Montaigne parce que j'avais plutôt des bonnes notes dans ce que j'avais passé mais me voilà reparti alors que j'ai toujours vécu à la maison sans être pensionnaire je me suis retrouvé au lycée Montaigne à Bordeaux dans un environnement plutôt d'élèves plus vieux que moi et puis comme c'était aussi des gens, il y avait des redoublants et des triplants là-dedans avec des gamins qui avaient plutôt 19 ans, 20 ans j'étais complètement noyé là-dessus, bizuté et tout ça j'ai été traumatisé par cette... Et donc à un moment donné, j'ai dit aux parents, je ne peux pas rester là-dedans, être pensionnaire. Et on avait des amis à Bordeaux qui s'appelaient les Bretons, qui tenaient un magasin conchonquinette à la Roche-sur-Yon, qui étaient des amis très proches de mes parents, et puis qui avaient été mutés à Bordeaux, et ils tenaient le magasin conchonquinette à Bordeaux. Et puis, donc, ils m'ont accepté de m'héberger, et donc je me suis retrouvé à Bordeaux, en externe, et j'avais à l'époque... une motte bleue, et donc je laissais, parce que je voulais rentrer très souvent à La Roche sinon tous les week-ends, tous les deux week-ends je laissais ma mobilette à la gare Saint-Jean et je me retrouvais à la mobilette à la nuit, alors j'arrivais effectivement, le train devait partir, c'était un train pas rapide, je parlais à 11h du soir j'arrivais à 3h du matin à Bordeaux le temps que j'arrivais à me coucher, je peux dire le lendemain on avait des cours de chimie je ne les voyais pas beaucoup, c'était évident Donc voilà, cette année-là, effectivement, je n'ai pas été pris à HEC, je n'ai pas présenté d'autres écoles à l'époque, et j'avais qu'une envie, c'est de revenir. Mamie était déçue ? Elle était déçue, heureusement qu'après j'ai eu l'occasion de faire quelques conférences à HEC, j'ai dit, finalement je suis allé à HEC, quand même, et par la grande porte, mais bon, je ne me sentais pas, mais effectivement que déjà il y avait une sélection importante, et puis je n'y mettais pas beaucoup de lumière, parce que je n'y étais pas à face. Et puis... On a fait un compromis pour que j'arrive pas à me dire « Le droit, ça peut servir. » Et donc, ils m'ont inscrit à la fac de droit de Nantes, où j'ai fait 4-5 mois. Puis après, comme j'avais mon permis, j'étais outil en train de faire la navette avec ma dauphine. Et puis, il m'est arrivé une fois de m'être enroulé autour d'un poteau électrique. On s'est dit « On va faire peut-être mieux quand même, être plus sérieux. » Puis j'ai laissé en route et j'ai pas passé les examens de fin d'année. Et puis là... Je suis rentré dans l'entreprise en plein, c'était en 1960, et puis je suis resté jusqu'en 1962, avant de partir au service militaire. Pendant ces deux ans, ça a été quand même pour moi très important, parce que j'ai pris les choses en main, mais j'étais suivi par les parents, et surtout maman qui, je ne sais pas, j'ai dit, de toute façon on ne peut pas rester tel qu'on est. Aujourd'hui, il y a les chefs. Tu avais quelle fonction, toi, quand tu es revenu ? J'étais peut-être directeur commercial, mais je n'avais pas de salaire non plus. C'était rien. Tant que j'étais avant le service hétéro, je n'ai rien eu. Je suis venu dans la maison, j'étais nourri, couché, blanchi. Et puis, effectivement, j'ai dit, écoutez, tous nos concurrents aujourd'hui, ils sont égés, ils sont galas, etc. Ils ont tous des enseignes. On n'a pas d'enseigne, nous. On n'est pas capable de proposer à nos clients. une évolution de leur manière de travailler et il y avait une enseigne qui n'était pas prise qui s'appelait SPAR et je lui ai dit écoutez, il faut qu'on adhère à SPAR et ça va changer la vie donc mes parents m'ont suivi là-dessus et donc on est devenu SPAR en 61 donc 60 je suis revenu, 61 on est passé SPAR et je me suis impliqué, j'allais effectivement aux réunions à Paris c'était avenue Gourgaud et on avait... je me suis trempé là dans des gens qui... qui avait une autre manière de concevoir le métier. J'ai beaucoup appris. Il y avait des séminaires aussi. Je me suis plongé là-dedans. Et ça m'a fait évoluer considérablement en matière de gestion aussi. Puisque nous, on ne faisait pas de gestion, comme je disais. On faisait un tableau de bilan à sortir au mois de mars. Et là, j'ai mis en place des tableaux de gestion. On a commencé à faire les choses un peu plus sérieusement. Et puis surtout commercialement. Spar était à l'époque... le magasin alimentaire qui accompagnait le Tour de France. Quand le Tour de France passait là, j'étais dans la voiture sport au micro pour saluer nos clients qui étaient là, vraiment. C'était tout un changement, un changement de vie qui n'a duré qu'un temps, parce qu'après, il y a eu d'autres étapes, mais ça a été quand même le moyen de redonner une dynamique à nos clients. Et nous, on était dépendants de nos clients. Si nos clients vivaient mal, on vivait mal. Et donc, on a réussi, avant que les autres enseignes qui avaient pris de l'avance, comme EG ou autres, prennent tous nos clients. Donc nous... Tous nos clients historiques, on les a convaincus de prendre Spar, ce qui voulait dire d'avoir une enseigne sur la façade, de renever les magasins, on a fait beaucoup de rénovations, d'agrandissement de magasins, c'était une époque où on a effectivement révolutionné un peu notre réseau de clients. Et donc ça, ça a été jusqu'à... Pour moi, ça a continué après. Je suis parti en 1962, puisque je n'étais pas sur Citerre, je n'avais pas continué. Je suis parti en 1962 à l'armée, avec 4 mois passés à Hoche. J'avais demandé plutôt d'être dans l'aviation, mais on m'a mis dans le train. Les compétences, on les utilise. J'avais mon permis de conduire, ce qui est effectivement poids lourd. Ce qui était quand même, pour eux, un truc de dire dans le train, il conduira des camions, comme ça, ça sera bien. J'ai fait 4 mois à Hoche. Je me souviens d'un hiver qui était l'hiver 62, qui était glacial et on faisait les marches de nuit, j'ai un souvenir pénible. Et puis pour moi aussi de se retrouver dans un environnement, dans les chambrées, aussi les sous-officiers qui étaient complètement injustes, me retrouver même à faire de la prison la nuit parce que j'étais entraîné dans un mouvement avec des collègues, puis on m'avait embarqué avec ça. J'ai des souvenirs quand même là-dessus. C'était une nuit, mais enfin bon. C'est des choses qui marquent quand même. Et puis après, je suis parti en Afrique du Nord, puisque c'était l'époque où les classes dont j'étais partaient encore en Afrique du Nord. Et je me suis retrouvé d'abord à Marseille, à Sainte-Marthe, qui était le camp où on inutait tous les gens. Alors là, je ne dis pas quand c'était, je serais sûrement deux ou trois jours. Et puis, je ne sais pas pourquoi, je suis parti en avion, je suis parti en bateau. Je suis parti dans un or à place de Istres. Et je me suis retrouvé à... à Beaune, qui était donc effectivement en Algérie, et je me suis retrouvé dans une ferme, puisque les effectifs militaires étaient répartis sur le territoire, et nous étions dans une ferme qui s'appelait le Chapeau de Gendarme, qui était une ferme qui produisait de la vigne et qui produisait des oranges. Alors moi je me souviens, il y avait des montagnes d'oranges autour de nous, mais dans un climat qui était le climat de la fin de guerre, puisque là il y avait le cessez-le-feu, mais quand même... On voyait autour de nous les gens du FLN avec leur drapeau. Nous, on n'était pas considérés comme les bien nus. Donc, on ne sortait pas beaucoup. Mais pour moi, ça a été aussi important de vivre cette période dans un environnement complètement différent, avec des gens de classes différentes. J'avais quelques petites responsabilités, parce que je n'étais pas engagé pour faire sous-officier ou officier. Donc, j'étais homme de trompe, mais brigadier-chef quand même. une petite responsabilité sur d'autres. Et donc, j'ai vécu cette année-là, m'a changé physiquement et aussi moralement, parce que j'ai vu autre chose. Donc, ça a bien complété ma personnalité. Donc, voilà un peu l'histoire. On reparlera de la suite après, du retour de l'armée. Donc là, on s'arrête en quelle année, ton retour de l'armée ? Alors, on s'arrête en 64. Donc, je reviens en... En mars 1964, à la Roche-sur-Yon, habitant dans la maison toujours où j'étais à côté. Voilà. Très bien. Merci papa, c'est une belle étape déjà de balayer. Oui, mais c'est des souvenirs qui pour moi restent très présents, mais c'est bien de les remettre en place. Moi j'ai appris des choses, je pense que personne ne t'écoute. trop à prendre aussi. J'espère que si. Merci papa. ... Musique