- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans cet épisode de 1001 Vasectomies, épisode un peu spécial aujourd'hui car vous avez déjà pu entendre cette interview. C'était le 15 novembre dernier à l'occasion de la World Vasectomy Day. Nous avons fait avec le Dr Hupertan un grand live sur YouTube et Facebook, plus de trois heures de direct avec une dizaine d'invités autour de nous. Aujourd'hui c'est donc le moment d'écouter ou de réécouter notre entretien avec Philippe Bruneau. Il est anthropologue, psychiatre, sexologue et thérapeute de couple. Il a reçu plus d'un millier de couples en 35 ans de consultation. Nous parlons aujourd'hui avec lui de la Child Free Generation, la génération sans enfant. Alors qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que cela implique ? Est-ce inquiétant ? On en parle pendant une petite vingtaine de minutes. Dr Vincent Hupperton, Dr Philippe Renaud, c'est à vous.
- Speaker #1
Je prépare. Mes interviews grâce à mon assistant personnel qui est le Chargé Petit.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
Je demande à Chargé Petit, est-ce que tu connais Philippe, Philippe Bernot ? Au départ, il m'a dit, c'est qui ce gars ? Je ne connais pas. Mais après, il m'a dit, ah oui, c'est un gars exceptionnel, tu verras, il est anthropologue, psychiatre, sexologue, écrivain, bref, plein de choses. Et en fait, en pratique, je me rends compte que toi, tu étais le modèle. Parce qu'en tant que sexologue, chaque fois, je pense qu'inconsciemment, j'essaie de te copier. Bon, c'est une copie très fade, parce qu'on n'arrive pas. Philippe Renaud, ça reste Philippe Renaud. Et que sans toi, ces journées de vasectomie, probablement, n'auraient jamais eu lieu. Car sans toi, je n'aurais jamais été sexologue. Je n'aurais jamais fait de thérapie du couple. Je n'aurais jamais compris que la capote, que le plastique peut créer... des problèmes d'érection, donc de l'incompréhension dans un couple et donc c'est ça qui m'a amené à la vasectomie et que petit à petit j'ai compris à quel point cette contraception permet de, et là je fais une copie encore d'un temps livre, c'est le couple de se réinventer parce qu'il repasse à une autre étape de la fusion de l'érotisme, il passe dans l'étape dans laquelle le sexe c'est que pour le sexe, la parentalité c'est là, les enfants là ils s'occupent c'est bien mais maintenant ils ont une vie vie derrière et leur vie, ils recommencent, ils oublient tout parce qu'il n'y a plus cette charte de plomb, de la fertilité, etc. Donc c'est génial. Donc tout ça, c'est grâce à toi parce que quand j'étais découvert à Marrakech en 2008, je sais précisément, c'était le congrès marocain de sexologie. Moi, pour les sexologues, moi en tant qu'urologue, c'était une espèce de spécialité sectaire. à moitié psy, à moitié... mais on ne sait pas du tout... Qu'est-ce qu'ils font ? Et puis tu arrives, tu nous en parles avec les mêmes gestes bien sûr, les mêmes gestes très très très très très charismatiques et c'était lumineux, c'était brillant, c'était fantastique et là j'ai dit je vais être sexologue. J'étais à la pause, j'ai dit, alors, monsieur Bruno, comment on devient sexologue ? Ah, viens, il y a un début, etc. Tu m'as expliqué, tu vas voir Nicolas Thune, etc. Tu fais des débuts, t'inscris, mais pas cette année parce que c'est un autre dans l'année prochaine, etc. Ah, boum, et derrière, derrière, ça s'est enchaîné avec... avec tout parce que j'ai appris je crois que l'essentiel de ma pratique c'était au cabinet avec les patients mais parmi ceux qui m'ont influencé le plus c'est toi ta pensée qui est qui est riche parce que on a vu la psychologie mais on a vu les notions on a vu une chirurgie, on a vu une chirurgie, donc c'est pas juste de la parole, c'est au-delà, c'est extrêmement complexe, et puis ton observatoire du couple qui a permis de voir, d'ailleurs c'est pour ça qu'on parle aujourd'hui, le couple, comment toi qui as vu le couple évoluer en France depuis toutes ces années, comment est-ce que le couple arrive à la vasectomie ? Et donc la question d'aujourd'hui, et c'est le sujet, c'est, nous tous, mes amis aux Etats-Unis, au Canada, il y a une explosion des démons déjà. jeunes sans enfants. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des couples parce que c'est lui et elle. C'est rarement que des jeunes, il y a quelques-uns, mais la plupart ce sont des couples. Et comme c'est très compliqué de faire une ligature des trompes chez les jeunes femmes, c'est les gamin qui s'y collent. Et donc ils arrivent, je n'ai pas d'enfants, mais je ne veux pas. Et il y a un profil particulier. Je voulais savoir qu'est-ce que tu en penses de toi, comment et quel est ton ressenti par rapport à ça.
- Speaker #2
Alors merci, merci Vincent. Je voudrais répondre d'abord à tes félicitations. Chacun est unique. Vincent Huppertand est unique. C'est-à-dire que c'est ta culture, toutes les formations qui sont très personnelles, qui font, et notamment par le biais de la sexologie, c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens avec des... des trajectoires particulières, parce que la sexualité est une discipline pas comme les autres. C'est une transdiscipline, c'est-à-dire que ce n'est pas de la psychanalyse et de la biologie ou de la psychologie. Il faut tout un balayage de cultures, que ce soit de l'anthropologie, que ce soit de la sociologie, que ce soit des disciplines médicales, ainsi de suite, pour permettre de comprendre cette complexité. Donc c'est en cela que... Ce que nous essayons de transmettre dans les enseignements et ce que tu as réalisé totalement, c'est la complexité de la sexualité. Alors je réponds à ta question qui est en fait, quel regard, moi j'ai entendu ça, quel regard l'anthropologue peut-il avoir sur ce mouvement ? Que vous observez, qu'observent bien les urologues notamment, et pas qu'en France, au monde entier, il y a effectivement de plus en plus de demandes de stérilisation masculine, couples qui font une démarche de no child generation, c'est-à-dire une génération sans enfant. Ça peut représenter, il y a quelques estimations, mais plus de 10% parmi des populations jeunes. Alors, ce que l'on peut y voir, c'est vrai que tout le monde va penser d'abord, et je vais y revenir, par exemple, à la crainte que l'on peut avoir vis-à-vis de l'environnement. J'en parlerai peut-être dans un deuxième temps. c'est à dire ce qu'on a appelé l'éco-anxiété, c'est très facile de donner des étiquettes et puis de lier des choses avec des étiquettes. Par contre, ce mouvement rejoint une grande préoccupation anthropologique qui est peu connue aujourd'hui. C'est un mouvement qui a transformé, ou qui a interrogé beaucoup la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle. C'est ce qu'on a appelé le malthusanisme. C'est-à-dire que c'était un pasteur anglican qui était lui-même économiste. Et qui à la fin du 18e, début du 19e, fait cette observation qui va mettre tout le monde en inquiétude. La terre est-elle capable de nourrir ? l'ensemble des populations qui viennent y vivre. C'était aussi par le développement des grandes métropoles. Apparaissent Londres, Paris, en Europe, ainsi de suite. Et pendant un temps, on disait que ce n'était pas possible. C'est-à-dire qu'il faut réduire la natalité. Il fallait être antinataliste parce que le malthusianisme montrait que les biens de consommation sont finis. Et la réaction, ça a été... tout le 19e et même 20e siècle. Mais non, il n'y a aucun problème, c'est infini. C'est-à-dire qu'il n'y aura aucune difficulté pour arriver à résoudre le problème alimentaire de l'humanité. On est aujourd'hui à 8 milliards d'individus. En 2050, je crois qu'on est à peu près à 10 milliards. On s'interroge d'ailleurs, il y a beaucoup plus de famines qu'il y en avait. Et puis il y a des déséquilibres considérables. Donc cette interrogation anthropologique, elle nourrit aujourd'hui, elle est beaucoup plus vraie aujourd'hui, et elle va nourrir cette co-anxiété. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, elle va être relayée par des réseaux sociaux. On les voit sur Insta, sur TikTok. C'est-à-dire, dans quelle mesure devons-nous faire des enfants sur une planète qui est en train de périr ? Alors effectivement... Le premier réflexe émotif, c'est « c'est trop inquiétant » . Et même, j'ai même lu des choses montrant de quelle façon les enfants seraient source de pollution. C'est-à-dire qu'on va fabriquer, on pervertit la population humaine par nos générations futures. C'est très compliqué. parce qu'il va y avoir des influences religieuses, des influences sociologiques. Les influences religieuses, en général, sont natalistes. C'est-à-dire qu'au contraire, toute contraception est interdite et c'est à l'opposé. Et on se rend compte à ce moment-là du nouveau mouvement, et c'est pour ça qu'on s'interroge là sur notamment la vasectomie. Moi, ce qui m'intéresse dans cette évolution... C'est que l'on passe d'un progrès considérable qui est de la moitié du XXe siècle, c'est-à-dire la contraception féminine. La contraception féminine est une contraception... temporaire. Elle peut se lever, elle n'est jamais définitive. Elle est féminine et elle n'est pas définitive. Et on passerait, avec la vasectomie, parce qu'on n'a pas aujourd'hui d'autres contraceptions masculines fiables, on passerait à ce moment-là à une contraception totale, définitive, qui serait masculine. Alors, les mouvements féministes la réclament depuis très longtemps, mais elles ne réclament pas, certainement pas, une... une stérilisation définitive. La grande difficulté va être d'identifier les courants différents qui portent cet intérêt, cette revendication. Bien sûr, il peut y avoir cette éco-anxiété parmi les plus jeunes, mais il y a également une autre chose que j'ai trouvée intéressante dans les études que j'ai pu lire là-dessus. C'est le fait que la plupart du temps, ça émane de couples qui ont vraiment mûri de façon réfléchie. et pendant longtemps. C'est-à-dire quand les médecins qui les voient, les urologues qui vont les voir, ne vont pas être intempestifs et faire ça sur leur seule demande, on réfléchit bien avec eux, mais ils vous disent, mais ça fait longtemps qu'on y a pensé. On est absolument certains de ce que nous voulons. Or, Il y a quand même quelque chose de compliqué. C'est-à-dire qu'on prend une décision dans le couple à un moment donné, c'est une décision définitive. Un peu comme si le couple était définitif. Or, on sait que dans le même temps, avec l'augmentation de la longévité, et bien la durée du couple est en train de se rétrécir. C'est-à-dire qu'en définitive, une décision masculine, par exemple de non-reproduction, peut se retrouver devant un nouveau couple qui va se former et... Et j'avais décidé avec le couple précédent de ne plus faire d'enfant. Je ne peux plus en faire. Alors que peut-être ça va être le désir justement de repartir avec ce nouveau couple. Et c'est souvent la racine d'un lien très fort dans le couple en refaisant un enfant. Donc c'est compliqué. Ça demande beaucoup de réflexion. C'est pour ça que les urosexologues sont des gens qui doivent avoir une réflexion. multifactorielle pour comprendre. A la fois, c'est des problèmes psychologiques, c'est des problèmes sociaux, c'est des problèmes d'histoire de vie personnelle. Comment décider ? C'est en tout cas pas le médecin qui décide. Et il faut... pouvoir trouver un équilibre, mais qui n'est jamais satisfaisant, on ne le sait jamais.
- Speaker #1
Alors effectivement, on parlait pendant très longtemps d'une stylisation de définitive, or il y a la réalité d'ailleurs, demain dans la journée, j'ai un témoignage du couple que j'ai opéré en janvier, qui va annoncer en direct la bonne nouvelle, c'est que la vasovasostomie, la vaséclinére verso a très bien fonctionné dans ce couple-là. qu'on a fait des progrès en thème de chirurgie, des progrès. Il y a le séquos et on est un pays riche parce que c'est pris en charge. Donc il y a la possibilité de conserver si quelqu'un peut avoir un soupçon pour le plotard qu'effectivement aujourd'hui, généralement, on ne change pas d'avis, on change de couple. Il y a toujours un risque de 6% il y a grosso modo les statistiques ailleurs, il y a 6% des hommes qui regrettent leur vasectomie qui vont faire marche arrière etc mais on a de l'expérience dans la réversa on a de l'expérience dans le PMA, dans le CECOS, donc voilà. Sur le plan technique, il y a des choses possibles.
- Speaker #2
C'est un peu de réversibilité. Voilà,
- Speaker #1
donc du coup on présente la maladie clinique comme une contraception permanente, non plus définitive, potentiellement mécanique. mais difficilement réversible. Pourquoi ? Parce qu'en fait, on ne sait pas quelle était la fertilité d'abord la vasectomie. Un couple qui a des enfants, on sait que ça fonctionne, mais quelqu'un qui est mis longtemps, il y a cette réversibilité, on ne sait pas quel est le point de départ. C'est toute la difficulté de la vasectomie.
- Speaker #2
Je crois que c'est d'abord que c'est porté par les hommes, pour une fois. C'est-à-dire que les femmes, on leur a demandé tellement de choses. C'est porté par les hommes, après, Qu'est-ce que ça va donner dans l'évolution, par exemple, des relations aux femmes ? Parce que, moi je me suis aperçu il y a quelques années, et c'est en écrivant ma bande dessinée sur l'histoire du sexe que j'ai compris ça, il y a deux périodes dans l'histoire de l'humanité, deux seules périodes où les femmes ont une existence sociale. Et je m'en suis rendu compte qu'à postériori, et c'est très vrai, c'est documenté, les historiens le montrent, c'est l'Egypte ancienne et c'est la période actuelle. Pour une raison qui est très simple. C'est-à-dire que c'est les deux seules périodes dans l'histoire de l'humanité où il y a une contraception. efficace, qui va permettre l'existence sociale des femmes. En Égypte ancienne, il va y avoir des femmes médecins, architectes, avec des positions, et même pharaones, mais ça n'existe nulle part ailleurs. Dans le même temps, il y avait une contraception, par des tampons, par des substances contraceptives, et ils mettaient même une épine d'acacia dans l'utérus, qui avait une sorte de valeur anticonceptionnelle, un peu comme un stérilet. pour empêcher l'annidation. Le gros problème, c'est que la contraception féminine a permis le développement en Occident de la place des femmes. Est-ce que la contraception masculine va laisser autant de place aux femmes ? Je ne sais pas. Nous sommes dans une période de transition où toutes ces interrogations, elles ne sont pas médicales, elles sont socio-anthropologiques, elles sont de l'évolution de l'humanité. Que va devenir l'humanité ? Mais en tout cas, c'est un moment charnière. Tous les moments charnières d'ailleurs ont été par rapport à la fécondité, parce que la grande évolution des mœurs au XXe siècle, ça a été la contraception féminine. Peut-être que la contraception masculine est une évolution du XXIe siècle.
- Speaker #1
Cool. Merci, Philippe. Merci pour tes éclairages. C'est toujours un plaisir. Et puis... toute cette culture transversale, toute cette histoire, t'apportes plein d'explications autour de ça, et que c'est bien qu'on commence à comprendre, on a besoin de savoir où on va. On a besoin de réfléchir. Mais lorsqu'on est face à face avec un couple très démondeur, on a grosso modo, c'est vrai qu'on a le droit de refuser, mais on a 15-20 minutes pour prendre la décision. C'est oui ou non, parce que le gars qu'il quitte notre cabinet, si on n'est pas. pour qu'on n'ait pas d'accord on doit lui dire là donc on peut pas le dire après qu'on ne peut pas le dire et rentre chez toi on va réfléchir on va faire taffer on voit là donc on a c'est une responsabilité assez importante mais comme tu dis c'est des couples qui ont réfléchi longtemps potentiellement médicile et versible de conserver, etc. Par contre, je crois aussi qu'on a un droit de respect par rapport à la décision. On ne peut pas non plus, en tant que médecin, jouer cet aspect très patriarcal de décider à leur place. Parce que de toute manière, si ce n'est pas nous, Ils vont trouver ailleurs, voire au pire à l'étranger. Il y avait des centres vasectomie aux Etats-Unis partout où les gars sont très d'accord pour faire des vasectomies pour nos Français. Donc voilà, c'est ça. Très bien, merci pour ces éclairages. Et puis, j'espère que je vais te voir comme invité sur ma chaîne YouTube Encyclopénis dédiée à la santé masculine qui est liée à... Mon livre que je vais te dédier parce que...
- Speaker #2
Avec plaisir, bien sûr.
- Speaker #1
Moi j'ai lu tes livres, ils sont fantastiques, c'est génial, j'ai beaucoup appris, j'ai beaucoup suivi, etc. C'est très marrant, j'ai compris que l'écriture en sexologie, il faut avoir une bonne dose d'humour, il ne faut pas être très sérieux, pour comprendre quelque part de la complexité, il faut se détacher un peu, ne pas prendre toujours. au premier degré. Encore une fois, un grand merci Philippe.
- Speaker #0
Merci docteur Vincent Huppertand, merci docteur Philippe Renaud, merci à vous d'avoir écouté cet épisode. Nos épisodes de 1001 vasectomies sont à écouter ou à réécouter sur toutes les plateformes iTunes, Spotify, Deezer ou encore Ausha. Toutes les informations sur le podcast et sur la vasectomie de manière générale sont à retrouver sur votre site docteur Huppertand Et puis si vous avez une question concernant la vasectomie ou la santé sexuelle masculine, si vous voulez témoigner également dans ce podcast, vous pouvez nous écrire audio.uperton.com Et nous on se retrouve la semaine prochaine. A bientôt.