- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans la Voix de l'IA, votre rendez-vous mensuel incontournable pour décrypter les dernières avancées de l'intelligence artificielle. Chaque mois, nous retrouvons Thomas Gesselin, le cofondateur de Yelda AI, qui développe des IA vocales de service client. Passionné et expert du domaine, Thomas nous fait l'honneur de partager sa vision et son analyse sur 4 actualités marquantes qui façonnent le monde de l'intelligence artificielle. Installez-vous confortablement, c'est parti pour votre dose mensuelle d'innovation. Bonjour à tous et bienvenue sur le cinquième épisode de La Voix de l'IA. Je suis comme d'habitude avec Thomas. Salut Thomas.
- Speaker #1
Salut Mélissa.
- Speaker #0
Et on va encore une fois décortiquer un petit peu toutes les actualités que vous voyez souvent sur l'IA et cette fois-ci on va s'intéresser plus particulièrement à deux sujets. qui ont fait le buzz ce mois-ci, des sujets qui sont assez alarmistes, d'ailleurs, tous les deux. Et on va un petit peu faire le point avec Thomas sur ça. Le premier, c'est l'étude choc du MIT qui a un peu révélé comment ChatGPT, attention, atrophie notre cerveau. En fait, ce qui s'est passé, c'est que le MIT Media Lab a fait un test en donnant un même sujet, donc une rédaction à deux groupes. Un groupe qui devait utiliser ChatGPT et l'autre qui devait simplement utiliser Google, comme on pouvait le faire à l'époque. Et là, en fait, ils ont mis à chaque groupe des électro... Enfin, ils ont fait un électroencéphalogramme en mesurant l'activité de 32 régions du cerveau, etc. Et en fait, il s'est aperçu, comme on pouvait se douter, que ceux qui utilisaient ChatGPT, du coup, avaient beaucoup moins d'activité. que ceux qui utilisaient simplement Google comme à l'époque. Alors, est-ce que ça veut dire, Thomas, qu'utiliser le chat GPT, que ce soit parce qu'en fait, on le fait tous, quand on fait des recherches sur un sujet, etc., on demande directement des résumés. Est-ce que ça veut dire qu'en fait, à force, ça va nous rendre un petit peu plus bêtes ? Est-ce qu'on va avoir plus de mal à réfléchir ? Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
- Speaker #1
Alors, effectivement, question importante. donc... Malheureusement, oui, d'une certaine manière, on devient plus bête en utilisant ces outils. Mais alors, disons que pas nécessairement, mais en pratique, j'ai peur que c'est ce qui se passe. Parce que si j'ai une utilisation raisonnée, consciente de ces outils et que je les relis, je revérifie, je m'approprie ensuite ce que m'a pondu ChatGPT. et je fais vraiment l'effort de le comprendre, et que par ailleurs, je me sers de l'outil pour gagner du temps, pour avancer sur d'autres recherches et faire autre chose de plus stimulant que je n'aurais pas eu le temps de faire, dans ce cas-là, je vais devenir à la limite encore plus intelligent. De la même façon que depuis qu'on a inventé les calculettes, on passe moins de temps à faire du calcul mental, mais si ça permet d'aller plus vite sur certains calculs intermédiaires, mais au profit d'une réflexion plus large, qui a besoin de ces résultats de calcul, mais qui me permet d'échafauder des raisonnements plus compliqués et d'aller dans des réflexions plus profondes, d'une certaine manière, oui, je suis peut-être un peu moins bon en gymnastique mentale sur le calcul mental, mais ça me permet peut-être de pousser la réflexion plus loin à d'autres niveaux. Donc ça, c'est la théorie. Mais sauf qu'en pratique, j'ai peur que ça ne se passe pas comme ça et qu'en fait, les gens cèdent à la facilité et copicolent sans trop réfléchir ce que leur ponche à JPPT. sans trop chercher à vérifier, sans trop chercher à en faire une critique et passe le plat au correcteur sans chercher à s'approprier ce qui a été pondu et du coup évidemment ils s'en souviennent bien moins bien derrière. Quand on les interroge trois jours après sur l'essai qu'ils ont pondu grâce à ChatGPT, ils ne se souviennent de rien alors que si j'ai fait l'effort de comment dire de de rédiger les phrases moi-même, j'ai juste fait mes recherches sur Google, forcément je ne me souviens plus de ce que j'ai fait. Et d'ailleurs, si on pousse la réflexion encore plus loin, si j'ai fait ce travail à la main en écrivant au crayon, il a été prouvé qu'on a une meilleure mémoire de ce qu'on a fait, on retient plus que si on l'a tapé à l'ordinateur. Donc là, je ne te parle même pas de l'intelligence artificielle. Donc, le problème, c'est que les êtres humains, ils peuvent être très malins, mais ils sont aussi les partisans du moindre effort. Et donc là, si on leur donne des outils qui leur permettent de pouvoir tout faire facilement, ils ont tendance à céder à cette tentation. Et voilà, le risque, c'est bien de s'abrutir finalement. Alors, ça m'emmène sur un sujet plus vaste que je trouve fascinant. C'est qu'en fait, l'intelligence humaine, elle est protéiforme, et je vais distinguer deux types d'intelligence. L'intelligence humaine brute, individuelle, celle qu'on peut avoir quand on est face à sa copie avec son crayon, voire sans copie, sans crayon, sans rien, juste avec son cerveau et sans accès à Internet. Et là, j'essaie de réfléchir à des problèmes, je fais des expériences de pensée, j'essaie de résoudre des problèmes compliqués. Donc ça, c'est l'intelligence brute individuelle. Et puis, après, on va avoir l'intelligence collective humaine, la culture. le savoir, l'accès à internet, le fait de pouvoir se répartir les tâches entre êtres humains, le fait de profiter de la réflexion et du travail des autres pour apporter ma pierre à l'édifice et pouvoir m'en sortir dans cette société. Donc en fait, ce qu'on constate, c'est que depuis on va dire 20 000 ans, l'intelligence humaine brute diminue, alors qu'en parallèle, l'intelligence collective, la culture, le savoir de l'humanité, l'intelligence de l'espèce humaine, elle, elle augmente. Et c'est assez dingue. Et ça, c'est depuis qu'on a commencé à devenir sédentaires. Alors, ça se mesure comment ? Ça suppose déjà de savoir ce que c'est que l'intelligence et comment la mesurer. Tout ce que je dis, ça reste approximatif. Mais une des façons de mesurer l'intelligence, on va dire que c'est la taille du cerveau. Alors, ce n'est pas le seul, mais ça ne coïncide pas exactement à l'intelligence, mais quand même, a priori, pour la taille du cerveau, c'est un indicateur de l'intelligence brute pour un être humain. Et en fait, la taille du cerveau, depuis qu'on s'est séparé, nos ancêtres communs avec les singes, on a eu de cesse de grossir ce cerveau. Mais depuis 20 000 ans, il a décru en volume. Il a perdu l'équivalent de la taille d'une balle de tennis depuis son pic de volume. Et par exemple, Néandertal, qui est une autre espèce du genre humain, avec qui on était en compétition et qu'on a assimilé ou fait disparaître, eux avaient un plus gros cerveau que nous. Ils avaient potentiellement une intelligence individuelle supérieure, mais collectivement, on était meilleurs, nous, parce qu'on était plus sociaux. Donc, une part de cette intelligence collective, elle repose sur le fait qu'on soit plus sociable, on arrive à mieux travailler en équipe, on arrive à mieux communiquer, et donc, ça a été aussi notre force. Donc, pendant un premier temps, notre cerveau a grossi en volume, notamment quand on était purement chasseur, parce que la chasse, c'est très, très difficile. un chasseur à l'âge de 18 ans n'est même pas capable de se nourrir lui-même à l'époque des hommes préhistoriques parce qu'en fait il n'a pas encore toutes les techniques c'est à l'âge de 35 ans il faut imaginer un 35 ans c'est déjà au temps des hommes préhistoriques c'est à l'âge de 35 ans apparemment qu'on devenait le meilleur chasseur qu'on pouvait devenir parce qu'au delà de la force qu'on avait un peu moins l'endurance qu'on avait un peu moins mais on avait tout le savoir des ruses de chasse etc donc c'était un environnement très très difficile qui demandait beaucoup d'intelligence en fait à l'individuel et donc on a atteint un pic d'intelligence à l'individuel peut-être à ce moment-là. Et apparemment, on est devenu sédentaire et que la culture humaine a commencé à s'épaissir, à s'approfondir. En fait, on a commencé à se répartir les tâches et on est entré un peu plus dans des routines. Et notre vie était un peu moins, voire beaucoup moins, de moins en moins stimulante intellectuellement. Et donc, en fait, on a pu plus facilement... Alors que paradoxalement, la société s'étoffait, se sophistiquait, c'est plus complexe. Donc, en fait, notre intelligence a commencé à décroître, on va dire... depuis ce moment-là, mais évidemment on est resté quand même relativement très intelligent, et au niveau de la société, bien sûr, pour le coup c'est devenu de plus en plus incroyable, jusqu'à ce qu'on arrive même à mettre des hommes sur la Lune, c'est complètement dingue quand on y pense. Donc voilà ce qui s'est passé. Après il y a eu un sursaut au XXe siècle, c'est ce qu'on appelle l'effet de Flynn, et qu'on mesure là par exemple via les scores au QI. Donc il se trouve qu'au cours du XXe siècle dans les pays occidentaux, on a constaté une augmentation drastique du niveau de QI. Donc là, pendant cette période-là, et on va y venir à la fin, à la baisse de l'intelligence récente, mais au XXe siècle, il faut savoir qu'il y a eu une augmentation de l'intelligence. Alors en fait, ce dont je parle, c'est que depuis 20 000 ans, il y a eu une baisse du potentiel d'intelligence. Mais après, il y a ce que tu révèles grâce à ton éducation, grâce à comment se passe ta jeunesse, etc. Et au XXe siècle... On avait encore un potentiel d'intelligence incroyable, mais on avait du mal à le révéler parce qu'on était sous-nutri, on n'était pas assez stimulés. Et donc au XXe siècle, ce qui s'est passé dans les pays un peu plus avancés que les autres, c'est que déjà la grossesse des mères se faisait mieux, donc moins de consommation d'alcool, l'enfance des enfants aussi se passait mieux, avec moins de violence, enfin de moins en moins, c'est un continuum, c'est ni tout noir ni tout blanc et c'est en moyenne, avec plus de stimulation à l'école, plus d'années passées à l'école, des pratiques plus challenging. Le QI, qui est très imparfait pour mesurer l'intelligence, mesure un score d'intelligence à des tests qui reflètent ce qu'on attend d'un individu dans la société du moment. Les scores de QI sont très bien documentés et on les a complexifiés tout au long du XXe siècle. Donc le test de QI est beaucoup plus dur en ce moment qu'au début du XXe siècle. Et en fait, un ado moyen dans les années 1990, qui a un QI moyen dans les années 1990, tu l'envoies en 1910, il a un QI de 130, le gars c'est un génie. Et tu prends un ado moyen de 1910, tu l'envoies en 1990, tu lui fais faire un test de QI, il a un QI de 70, c'est-à-dire qu'en gros il a un retard mental. Alors que c'est un adulte sans moyens. Donc en fait, pourquoi ? Parce qu'on a évolué dans un monde de plus en plus stimulant, au XXe siècle, où on a été de plus en plus éduqués, on a fait des métiers de plus en plus stimulants. Et donc, notre intelligence a augmenté. Mais on avait déjà ce potentiel d'intelligence en nous, de par nos gènes et autres. C'est juste qu'on l'a révélé grâce à une meilleure éducation, une meilleure nutrition, une meilleure santé, etc. Et ce qui est incroyable, c'est que depuis les années 90, avec une accélération depuis les années 2012, on assiste à un déclin de l'intelligence. Ça, c'est assez fou. Un déclin d'intelligence.
- Speaker #0
C'est con, non ? Il y a eu pas mal de choses aussi.
- Speaker #1
Alors voilà, il y a eu plusieurs étapes. Je vais en profiter pour montrer quelques slides que j'avais préparés. Tu me dis si tu les vois. Voilà, donc en fait, ce premier slide, alors ça, ce sont des études publiées dans le Financial Times, donc tout à fait un média tout à fait sérieux. Et donc là, on voit que pour les adolescents à gauche, les adultes à droite, la performance sur des pratiques de raisonnement et de résolution de problèmes, en fait, elle décline. Et on voit un déclin qui s'amorce à la fois en sciences, en lecture, en maths, depuis en gros les années 2012. à droite pour les adultes on voit que c'est donc la lésence avec les chiffres et la lecture pareil ça commence à baisser depuis 2012 une autre étude on peut voir que là cette fois ci c'est la part des adultes qui disent avoir du problème à comprendre les informations auxquelles ils sont soumis et on voit que dans la plupart des pays avancés que ce soit pareil pour les ans est les chiffres ou la lecture ça les difficultés s'intensifient à partir de 2010 2012 Et enfin, dernier graphique, toujours dans le Financial Times, la part des adultes aux États-Unis qui expliquent avoir des difficultés sur les problèmes cognitifs, difficultés à se concentrer, à réfléchir ou à apprendre de nouvelles choses, on voit que ça augmente aussi à partir de 2010. Donc là, la question qui se pose, mais pourquoi ? Oui, tu corriges ça,
- Speaker #0
Pod.
- Speaker #1
Alors que tout au cours du XXe siècle, dans les pays développés, où la nutrition s'est améliorée, l'éducation s'est améliorée, on a cité une hausse de l'intelligence, c'est-à-dire que les gens ont été à même de mieux révéler leur potentiel d'intelligence à la naissance, ça se dégrade à partir de 2010. Et donc, il y a plusieurs raisons qui sont avancées, les perturbateurs endocriniens, le fait qu'on soit… déconcentré par trop justement pour le coup trop de stimulation on arrive plus à se concentrer sur quoi que ce soit notification les choses comme ça exactement et en fait ce que 2010 2012 ça coïncide exactement avec l'essor du téléphone portable et des réseaux sociaux et donc là alors il n'y a pas encore d'études parfaitement établie pour le monde mais la grosse intuition c'est que quand on a commencé à mettre dans la main des ados le combo téléphone portable et réseaux sociaux avec les notifications toutes les trois minutes là le cerveau il a commencé à se débrancher parce que Et non seulement ça fait du mal au cerveau sur le moment où on s'est concentré, mais surtout ça conduit à de nouvelles connexions au sein du cerveau pour adapter le cerveau à cette nouvelle façon de consommer du contenu. Et si je n'ai plus ma notification toutes les 30 secondes, ma dose de dopamine toutes les 30 secondes, je ne me sens pas bien. Et du coup, le nombre de gens aujourd'hui qui ont du mal, par exemple, à prendre un livre et à le lire, à lire un livre en entier, c'est incroyable. Moi, j'ai plein d'amis qui ne lisent plus. C'est complètement dingue. Moi, je lisais dernièrement que, par exemple, des étudiants qui s'inscrivent en classe préparatoire littéraire, les profs s'aperçoivent que la plupart n'ont quasiment pas lu de grands livres de la lecture française. Donc, on lit de moins en moins, alors que la lecture, c'est fondamental pour structurer sa pensée, pour réfléchir de façon à en plus approfondir un problème. Pouvoir lire un livre, c'est une aptitude fondamentale.
- Speaker #0
Et les résumés, il y a le Vopac.
- Speaker #1
Non, mais le problème, c'est que si tu lis un livre, ton cerveau va se souvenir du résumé de l'IA, de l'équivalent du résumé de l'IA. Si tu lis le résumé de l'IA, six mois après, tu ne te souviens de que dalle. Tu vois ce que je veux dire ? Il y a toujours une déperdition d'informations. Mais si tu as fait l'effort de lire le livre, de te pencher dessus, un an après, tu vas peut-être te souvenir de toi-même du même résumé que l'IA pourrait se faire aujourd'hui. Mais si tu n'as lu que le résumé de l'IA, six mois après, tu ne te souviens plus de rien. C'est ça la difficulté, tu vois ? Et donc, c'est un vrai problème. Et inversement, tu vois, il y avait… Au XXe siècle, alors peut-être pas partout, mais il y avait par exemple des générations de fermiers ou de gens qui vivaient dans les milieux ruraux. mais qui lisait, dans la deuxième partie du XXIe siècle peut-être, qui était très érudit en fait, qui lisait sur plein de sujets, qui lisait des romans, qui était beaucoup plus lettré en fait. Et là, on est en train d'assister à un renversement, donc on est en train de s'abrutir. Alors maintenant, ça m'amène aussi à qu'est-ce que l'intelligence ? L'intelligence en fait, ce n'est pas quelque chose de monolithique. En réalité, c'est une somme d'aptitudes. Et là, je vais citer Yann Lequin, qui est le directeur de la recherche en IA chez Facebook. Et lui, qu'est-ce qu'il nous dit ? Il nous dit qu'il n'aime pas du tout le mot... Artificial General Intelligence, parce qu'en fait, l'intelligence, qu'est-ce que c'est que l'intelligence générale ? En fait, les êtres humains n'ont pas une intelligence générale, on a une somme d'aptitudes dans différents domaines, on est plus ou moins bon dans ces domaines. Et d'ailleurs, on pourrait décomposer comme ça les composants d'intelligence, par exemple, il y a le sens de l'orientation. Bon, ça, c'était crucial de l'avoir pendant quasiment toute l'histoire de l'humanité, jusqu'à récemment, jusqu'à l'invention du GPS, depuis que tu as le GPS, et on le voit bien sur les encephalogrammes des... des chauffeurs taxi à Londres, il y a des études qui le montrent, avant l'invention du GPS, ils sont tout le temps en éveil, ils savent où il faut aller, ils comprennent ce qui se passe. Depuis qu'il y a le GPS, leur cerveau est éteint. C'est encéphalogramme quasi plat. Quand ils conduisent, ils sont vraiment en mode autopilote, ils ne se posent plus de questions. C'est tragique. C'est tragique pour leur gymnastique mentale. Du coup, on est devenu moins bon là-dessus. Après, quoi d'autre ? La mémoire. C'est marrant parce que ça, Platon, déjà, dans l'Antiquité, on est 300 avant Jésus-Christ, je crois, ils s'inquiétaient que l'écriture vienne détourner les humains de la mémoire, de l'apprentissage par cœur de la mémoire. Ils s'inquiétaient de ça. Et c'est vrai qu'il y a des traditions orales où, par exemple, dans l'hindouisme, on a des savants ou des religieux qui connaissent par cœur des textes incroyables, mais sur des centaines de pages. C'est complètement dingue. Et ça, c'était des aptitudes. dont on était peut-être encore capable mais qu'on pratiquait plus avant. Maintenant, en termes de mémoire, c'est beaucoup moins qu'avant. D'ailleurs, c'est marrant parce qu'il y a certaines aptitudes qui sont contributrices à l'intelligence et pour lesquelles, par exemple, les animaux peuvent être meilleurs que nous. Par exemple, la mémoire immédiate. Par exemple, je te montre une série d'informations et après, je les masque et tu dois les retourner à nouveau dans le bon ordre. Ou par exemple, si je te donne un numéro de téléphone et que tu dois le souvenir, ce genre de choses, les animaux peuvent être meilleurs. Donc là, je vais montrer une petite vidéo qui me fait halluciner aussi et qui va le montrer. Alors, normalement là, c'est bon. Voilà, alors vous voyez c'est un singe, il est devant, pour les auditeurs qui ne sont pas sur l'écran, en fait c'est un singe à qui on va montrer une série de cartes numérotées de 1 à 10 en ordre dispersé sur l'écran, après on les masque et après il doit les retourner dans le bon ordre de 1 à 10, alors qu'on va vraiment lui montrer les cartes numérotées mais une demi-seconde, et il arrive systématiquement à les remettre, donc je mets la vidéo. Donc là,
- Speaker #0
ça va, il est pas ?
- Speaker #1
et il arrive à retourner les cartes dans le bon ordre derrière. C'est systématique. Le singe est devant son écran, on lui montre une demi-seconde une série de chiffres dispersés, et il arrive, une fois qu'on les masque, à les retaper dans le bon ordre de 1 à 10. C'est complètement dingue. On a fait le test avec des êtres humains. Et en fait, 9 fois sur 10, l'être humain, il échoue. Donc un diplômé d'université, 9 fois sur 10, il échoue. Moi, j'ai essayé, je n'y arrive jamais en fait. Une demi-seconde, je ne peux pas mémoriser l'impossible. Et le chimpanzé, lui, il y arrive 9 fois sur 10. Donc une mémoire de court terme incroyable. Et donc c'est ça en fait, tout ça pour dire que l'intelligence, c'est une série d'aptitudes. Et certaines aptitudes, on va être moins bon que les singes. D'autres aptitudes, on va être meilleur que les singes. D'autres aptitudes, on était meilleur avant et on est en train de devenir moins bon. Et c'est pour ça qu'en fait, il y a plusieurs attitudes à avoir face à ce déclin d'intelligence. En fait, ce déclin d'intelligence, c'est le déclin de l'intelligence, de la palette d'aptitudes qu'on a idéalisée au XXe siècle, on va dire. Donc, cette palette d'aptitudes dans lesquelles on voulait exceller, qui pour nous définissait l'intelligence sur la base desquelles on a défini nos tests de QI au XXe siècle, ça… il semblerait qu'on soit en train de cracher. Soit on s'en lamente, et moi c'est vrai que je m'en lamente, soit on se dit non mais en fait c'est le sens de l'histoire, aujourd'hui on ne va pas regretter d'avoir des calculettes qui nous aident pour le calcul mental ou d'avoir le GPS qui nous aide à nous rediriger. Au contraire, ça, ça nous libère. Et c'est ce qui s'est passé d'ailleurs quand on est devenu, entre guillemets, plus bête, quand on est devenu sédentaire. En fait, ça a demandé beaucoup d'énergie mentale de chasser, mais quand on n'a plus besoin d'être autant au taquet, et qu'on a pu devenir sédentaire et se répartir les rôles, on n'a plus besoin d'être aussi intelligent d'une certaine manière, au niveau individuel. Après, au niveau collectif, au contraire, ça a compensé. Et là, peut-être de la même manière, on n'a plus besoin d'avoir une aussi bonne mémoire, on n'a plus besoin d'avoir un aussi bon sens de l'orientation. Ce n'est pas grave parce qu'on se repose sur les outils, mais du coup ça nous libère du temps de cerveau pour faire autre chose. Et peut-être que c'est de la créativité, l'empathie, et peut-être que du coup, on va redéfinir la palette d'aptitudes intellectuelles qu'on va vouloir idéaliser au XXIe siècle. Et donc, on va redéfinir l'intelligence, on va modifier les thèses de QI. On va se dire que peut-être que pour le QI, il faut mesurer peut-être un peu plus la partie émotionnelle, la partie empathie, la partie créativité, j'en sais rien. Donc voilà, tu peux avoir une aptitude positive, tu dis non, mais c'est le sens de l'histoire, de toute façon, on ne va pas se lamenter, peut-être que l'être humain, il n'est pas fait pour faire du calcul mental, on est fait pour autre chose, donc on va mesurer autrement. L'intelligence, ça va être autre chose. Et puis on sait qu'on aura toujours ces outils à portée de main pour nous aider, pour nous supplémenter pour telles des prothèses. Ou alors tu dis non, mais en fait, c'est des aptitudes très importantes. C'est important de savoir se situer dans l'espace, c'est important d'avoir de la bonne mémoire. Là, on court au désastre. Donc il y a plusieurs écoles. maintenant moi ce que je pense c'est que dans un tel monde il y a une prime à ceux qui utilisent ces outils pour ce qu'ils ont d'incroyable, mais qui sont conscients, qui sont lucides sur leurs limites et qui font l'effort, par exemple, de continuer à lire des livres. Moi, sur mon téléphone, j'ai neutralisé toutes les notifications. Je ne reçois jamais de notifications sur mon téléphone. Donc, il faut reprendre le pouvoir un peu sur, justement, entre guillemets, les algorithmes ou ces applications. L'IA, il faut l'utiliser, mais il faut être très critique. Il ne faut peut-être pas l'utiliser tout le temps. Donc, c'est ça, je pense, qu'il faut avoir à l'esprit face à ce déclin, constater l'intelligence.
- Speaker #0
Tu es quand même pour le fait de mettre des limitations. Donc, selon toi, en gros, si je résume, l'usage de l'IA, etc., de toute manière, il est irrémédiable. On va tous l'utiliser à un moment donné ou à un autre. De toute façon, c'est ce qu'on fait aujourd'hui aussi. Mais est-ce que selon toi, justement, pour les jeunes, etc., qui vont l'utiliser encore plus jeunes que nous, etc., Est-ce qu'il ne faut pas le limiter à un moment donné pour l'apprentissage ? Ou de toute manière, même si tu le limites, ils vont quand même l'utiliser ?
- Speaker #1
Là, il y a une loi qui est votée en ce moment, je crois, pour interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. Après, bonne chance pour l'appliquer, c'est toujours pareil. Donc moi, en fait, la question, c'est est-ce que c'est désirable ? Je n'en sais rien, parce que de toute façon, on ne peut pas mesurer tous les avantages et les inconvénients de priver les enfants de ça. C'est très difficile d'anticiper les conséquences. ce qui est sûr c'est que je ne pense pas que ce soit faisable en pratique parce que les enfants sont malins, etc. Et puis, ils sont partisans du moindre effort. Donc, il y a un son qu'il va falloir vivre avec. Et autant nous, l'ancienne génération, peut-être qu'on a encore quelques bons réflexes, mais pour les jeunes dont le cerveau est en train de se recâbler en fonction de ses usages, ça va être très compliqué. Un enfant qui a grandi en regardant les écrans, là, c'est dramatique. Moi, je suis en Asie. J'étais, je ne sais plus où, l'autre jour à l'aéroport. Il y avait une famille, il y avait la mère sur son iPad. Il y avait trois enfants, ils étaient chacun sur leur iPad. Un iPad géant avec des bruits de notifications, dans tous les sens. Je me dis, mais des gamins comme ça, c'est impossible qu'ils vivent en vivant. ils vont prendre un livre, ils vont lire une page, ils vont s'endormir, ça va les saouler, ils vont retourner vouloir jouer aux jeux vidéo avec les explosions toutes les trois secondes. Et là, je me dis, mais c'est foutu. Après, je dis, mais ce n'est pas grave, peut-être qu'on va vivre dans un monde où de toute façon, on n'aura pas besoin de ces aptitudes d'avant. Moi, je pense quand même qu'il y aura une prime dans ce monde-là à pouvoir encore réfléchir au-delà du très court terme et de pouvoir poser une réflexion, de pouvoir la nourrir avec des lectures un peu plus profondes parce que ce qu'un auteur peut développer le temps d'un livre, ça va bien plus loin que... ce qui peut développer le temps d'un tweet ou le temps d'une micro-vidéo sur TikTok. Et donc, ça, je pense que c'est pour le coup un énorme atout pour ceux qui en ont conscience. Mais peut-être que tout le monde va être emporté. Parce que quand j'entends que même les élèves maintenant de prépa littéraire, en fait, n'ont quasiment rien lu, je me dis, mais là, c'est un peu la fin, quoi. C'est la fin de... Donc, en fait, il y a un déclin en notre route par rapport à certaines aptitudes qu'on a idéalisées jusque-là. au profit d'une plus grande intelligence collective, avec des choses incroyables que l'humanité est capable de faire, mais un individu de lui-même ne peut rien faire. Donc voilà, je disais qu'un individu lui-même ne peut rien faire, ne peut rien comprendre. Par exemple, un téléphone, il faut des milliers de gens pour le concevoir, le produire, le fabriquer, mais il n'y a aucun être humain qui est capable de comprendre de A à Z vraiment comment fonctionne un objet aussi compliqué, ou comme un avion. Donc on est tous les utilisateurs de ce que produit cette société incroyable qu'est la société humaine, et c'est impossible qu'une personne comprenne tout. Donc on est déjà dans un monde, de toute façon, où la plupart des choses nous dépassent autour de nous, de ce qu'on utilise et de ce qu'on fait. Donc il faut l'accepter, ça va peut-être juste s'intensifier, c'est juste ça le sens de l'histoire sans doute.
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Après, si, de toute façon, on est dans le second sujet, on va passer au milieu professionnel. Et justement, je pense que pour conserver tout ça aussi, sa capacité de réflexion, etc., dans le milieu professionnel, il faudrait sortir aussi de cette ère de l'ultra-productivité où les gens vont utiliser aussi l'IA pour aller plus vite, parce qu'on n'a plus le temps aujourd'hui de passer du temps sur des tâches. c'est ce que je veux dire On a tellement de productivité, etc. que c'est ce qui fait qu'en tout cas, là, on parlait beaucoup des jeunes, mais dans le milieu pro, en tout cas, c'est ce qui fait que beaucoup de professionnels vont l'utiliser, beaucoup de cadres, etc. Oui,
- Speaker #1
tout à fait.