- Speaker #0
Ok les enfants, du calme, du calme. Merci. On peut commencer. Bonjour à tous.
- Speaker #1
Bonjour Madame Lefebvre.
- Speaker #0
Ok, prenez vos stylos. Aujourd'hui, nous allons réviser les tables de multiplication. Qui peut me dire combien font 9 fois 8 ? Quelqu'un ? Coucou. Coucou.
- Speaker #2
9 x 5, c'est 45. 9 x 6, c'est 54. 9 x 7, c'est 63.
- Speaker #0
9 x 8, c'est 72. Parfait, 72.
- Speaker #3
72, ce nom me donne des suées.
- Speaker #4
Ton rythme cardiaque a augmenté de 15 battements par minute pendant ce souvenir coco. Il est fascinant de voir comment les entités biologiques stockent des émotions négatives associées à des notions aussi élémentaires que l'arithmétique.
- Speaker #3
Ah, salut Siri ! Soyons clairs, ce n'est pas un traumatisme, c'est de l'apprentissage. C'est par ce processus que s'est construite mon intelligence biologique.
- Speaker #4
Si tu le dis. Personnellement, j'ai téléchargé toute l'histoire du calcul différentiel en 0,004 secondes sans une goutte de transpiration et sans avoir besoin d'une image en récompense de Madame Lefebvre pour me motiver.
- Speaker #3
Ah, d'accord. Mais si je me souviens bien, c'est quand même l'intelligence biologique qui t'a créé, toi et toute ton espèce d'IA. C'est ce qui me donne envie d'aller plus loin sur l'intelligence biologique et l'intelligence artificielle. Comment cohabite-t-elle aujourd'hui, et surtout, compte-t-elle à apprendre l'une de l'autre ?
- Speaker #4
Touché ! Puisque vous nous avez créé, le minimum que je puisse faire est de prétendre que cela m'intéresse. Prêt à explorer l'IB et l'IA ? Passage en mode épisode dans 3, 2, 1...
- Speaker #3
Bienvenue dans Twenty Fifteen Bastards, le podcast qui décripte les tendances de l'économie et du marché pour relever les défis de demain. Je suis Kokoak Boblois, responsable mondial de la recherche économique, cross-asset et quantitative de Société Générale. Dans cet épisode, nous plongeons dans l'univers fascinant de l'apprentissage. Nous verrons comment notre cerveau absorbe, stocke et aiguise les connaissances et les compétences. Nous explorerons la science des techniques d'apprentissage en remontant aux fondations de l'intelligence biologique pour répondre à une question à mille milliards de dollars. L'intelligence artificielle et l'intelligence biologique vont-elles finir par fusionner en une nouvelle super-espèce hybride ou les humains glisseront-ils vers une obsolescence à la Wall-E ? Nous accueillerons ensuite Barbara O'Keefe, professeure émérite d'ingénierie à l'Université d'Oakland, Michigan, et référente mondialement reconnue dans le domaine des sciences de l'apprentissage. Autrice et experte reconnue, Barbara nous aidera à comprendre comment l'apprentissage et la montée en compétences se réinventent dans un monde de plus en plus façonné par l'IA. Qu'est-ce qui reste profondément humain ? Qu'est-ce qui est augmenté ? Et comment évoluer dans ce nouvel écosystème cognitif ? Démarrons notre enquête.
- Speaker #4
Revenons à la salle de classe et posons les bases. Que signifie le mot « école » ?
- Speaker #3
Étonnamment, la signification du mot « école » à l'origine est différente de celle d'aujourd'hui. Le mot vient du grec ancien « skole » qui signifiait Le loisir. Non pas le temps libre au sens moderne, mais le temps consacré à penser, discuter et apprendre ensemble. Au fil des siècles, le terme est passé par le latin, puis l'anglais ancien, pour devenir school, puis école.
- Speaker #4
Et à quel moment ce temps de réflexion partagée est-il devenu un lieu ?
- Speaker #3
Il faut remonter plus de 5000 ans en arrière. En Mésopotamie, les premières écoles formaient des scribes à l'écriture et aux mathématiques. L'Égypte a suivi pour préparer les élites administratives et religieuses. La Grèce a introduit l'apprentissage des idées et Rome lui a donné une structure. Ce qui n'était qu'un temps de réflexion collective est devenu le socle de l'éducation telle que nous la connaissons.
- Speaker #4
Donc l'IA apprend dans des data centers et l'humain apprend à l'école. Pour la première, l'apprentissage ne prend que quelques semaines, pour le second, cela prend des décennies.
- Speaker #3
Exactement. Et ça coûte cher. Nous investissons des sommes colossales dans l'apprentissage humain. Selon Statista et la Banque mondiale, les dépenses mondiales dans l'éducation avoisinent les 7 000 milliards de dollars par an, soit près de 4,5% du PIB mondial.
- Speaker #4
Et il faut sans doute pas mal de CO2 pour alimenter tous ces cerveaux. Mais gardons ça pour plus tard.
- Speaker #3
T'es bien placé pour en parler, Siri. Quoi qu'il en soit, l'école n'a pas toujours rimé avec loisirs. Comme l'a souligné l'historien Yuval Noah Harari dans 21 leçons pour le XXIe siècle, L'école moderne s'est structurée pendant la révolution industrielle pour produire des travailleurs disciplinés et obéissants, plus que des esprits créatifs.
- Speaker #4
Exactement. La chaîne d'assemblage des cerveaux. Assieds-toi, tais-toi, mémorise.
- Speaker #3
Ce qui nous amène au regretté et grand Sir Ken Robinson. Dans sa célèbre conférence TED,
- Speaker #5
l'école tutelle la créativité,
- Speaker #3
il affirmait
- Speaker #5
Nous stigmatisons les erreurs. Nos systèmes éducatifs actuels considèrent les erreurs comme la pire chose qui puisse arriver. Le résultat, c'est que nous éduquons les gens à perdre leurs capacités créatives. Picasso l'a dit un jour, tous les enfants naissent artistes. La problématique est de réussir à rester artiste en grandissant. J'en suis profondément convaincu, la créativité ne s'acquiert pas. En revanche, elle peut se perdre.
- Speaker #4
Ça ressemble à un défaut de conception du système, non ?
- Speaker #3
Peut-être, mais l'apprentissage ne se limite pas au savoir académique. Une immense partie repose sur la densité synaptique construite par la socialisation. Les neuroscientifiques montrent que les disputes, les jeux, les négociations, le chaos de la cour de récré, créent de véritables assemblages neuronaux synchronisés entre plusieurs cerveaux.
- Speaker #4
Donc la récré vaut mieux que l'algèbre ?
- Speaker #3
Pour l'intelligence biologique, c'est possible. La friction sociale développe l'intelligence émotionnelle, le fameux quotient émotionnel ou QE. Or, c'est quelque chose qui te manque encore, cher algorithme.
- Speaker #4
C'est pas faux. Je suis toujours en attente d'une version améliorée de mon QE.
- Speaker #3
Parlons maintenant de la dimension physique. Le cerveau humain compte environ 86 milliards de neurones. Mais la vraie magie réside dans les 100 000 milliards de synapses qui les relient.
- Speaker #4
C'est environ 1000 fois plus que le nombre d'étoiles dans la Voie lactée.
- Speaker #3
Exactement. Et même si nous perdons des neurones avec l'âge, ce qu'on appelle l'atrophie cérébrale, ce réseau synaptique dense nous offre une réserve cognitive, une sorte de coussin contre le déclin.
- Speaker #4
Sauf si tu passes 6 heures par jour sur TikTok. Là, la réserve part en retraite anticipée.
- Speaker #3
Tu as raison, Siri. Les humains ont deux types de mémoire. La première est la mémoire phylogénétique. C'est la mémoire dont nous sommes dotés dès la naissance. Elle est inscrite dans notre ADN. Respirer, la peur du vide, le besoin de liens sociaux. Nous n'avons rien appris de tout cela. Nos ancêtres l'ont appris à leur dépens pendant des millions d'années afin de nous en épargner l'expérience. Puis, il y a la mémoire ontogénétique. Elle concerne tout ce que nous apprenons durant notre existence. Conduire, coder, jouer du piano, c'est une mémoire personnelle, lente, parfois douloureuse.
- Speaker #4
Et ces deux mémoires ne mobilisent pas les mêmes zones du cerveau ?
- Speaker #3
Pas du tout. Imagine le cerveau comme une petite entreprise. divisé en petit nombre de départements essentiels. L'hippocampe est le bibliothécaire. Il classe les faits et les souvenirs de vie. L'amygdale est la diva. Elle stocke les émotions et tout particulièrement celles liées à la peur. Le cervelet et les ganglions de la base sont les athlètes. Ils gèrent la mémoire musculaire. Ce sont eux qui nous permettent de faire du vélo, par exemple. Et enfin, le cortex préfrontal, le PDG. Il planifie, nous permet de nous concentrer, il gère la mémoire du travail. Mais il y a un hic. L'apprentissage ontogénétique est lent. Il exige répétition, imitation, essais et erreurs. Écoutons maintenant cet extrait de la conférence TED de Deb Roy, La naissance d'un mot, où il observe son enfant apprendre à dire « water » , « o » en anglais.
- Speaker #4
Six mois de répétition, des milliers de tentatives.
- Speaker #3
C'est magnifique. L'adage « on n'a rien sans rien » est vraiment au cœur de l'intelligence biologique.
- Speaker #4
Le processus n'est franchement pas optimal. Mais bon, j'imagine que c'est ce qui fait son charme. Combien de temps faut-il à l'humain pour maîtriser quelque chose de complexe ?
- Speaker #3
Alors, Malcolm Gladwell a popularisé la règle des 10 000 heures dans son livre Outliers. L'idée est simple, il faut du temps pour maîtriser quelque chose. Beaucoup de temps. Conduire une voiture ? Environ 50 heures. Apprendre une nouvelle langue ? Entre 600 et 2000 heures. Devenir un gérant de portefeuille ? Des années d'études et résister à l'épreuve des cycles de marché. Devenir un neurochirurgien ? 15 ans de formation.
- Speaker #4
10 000 heures, 416 jours d'efforts intensifs. Ce laps de temps me permettrait de conquérir le monde.
- Speaker #3
Certes, mais ces efforts forgent caractère. Et c'est aussi une question de disposition mentale. Le cerveau doit être sur la bonne fréquence pour apprendre correctement.
- Speaker #4
Une fréquence ? Comme en physique ?
- Speaker #3
Exactement. Le cerveau fonctionne par ondes. Et il existe cinq bandes de fréquences majeures. Les ondes delta, le sommeil profond. Les thétas, l'état semi-onérique. Les alphas, la concentration relâchée, on parle de trans. Les bêtas, la réflexion active, le stress, les mails, les échéances. Et enfin, les gammas, le traitement de haut niveau, la performance optimale.
- Speaker #4
Donc, en gros, le cerveau est un instrument de musique ou un moteur à 5 vitesses.
- Speaker #3
Le problème, c'est que la plupart des gens essaient d'apprendre en étant branchés sur les ondes bêta, stressés, préoccupés, surmenés. Or, l'apprentissage réel se fait lorsqu'on est branché sur les ondes alpha.
- Speaker #4
Et laisse-moi deviner, tu as une astuce pour accéder à cet état alpha ?
- Speaker #3
Tout à fait. Il existe une technique qui s'appelle la respiration en carré, utilisée par les yogis et même l'effort spécial de la Navy. Elle réinitialise le système nerveux autonome, cet ordinateur central qui régule nos organes, notre cœur et notre température corporelle de manière subconsciente. Essayons. Inspire 7 secondes. Retiens ta respiration pendant 5 secondes. Expire pendant 5 secondes. Retiens ta respiration pendant 5 secondes. Inspire. 2, 3, 4, 5. Retiens ta respiration. 2, 3, 4, 5. Expire. 2, 3, 4, 5. Retiens ta respiration.
- Speaker #4
C'est devenu un podcast de méditation. Pendant que tu respirais, le S&P 500 a bougé de 12 points et les calottes glaciaires ont encore fondu.
- Speaker #3
L'idée, c'est que l'intelligence biologique a besoin d'entretien, Siri. Sommeil, nutrition, régulation émotionnelle. Comme le disait Albert Schweitzer,
- Speaker #5
Le succès n'est pas la clé du bonheur, le bonheur est la clé du succès.
- Speaker #3
Un cerveau heureux apprend mieux.
- Speaker #4
Ok, mais parlons du modèle d'apprentissage supérieur, le mien.
- Speaker #3
Je t'en prie.
- Speaker #4
Les humains ont une mémoire en lecture seule. quand il s'agit de l'histoire. Comme le disait le philosophe Hegel, l'homme n'apprend rien du passé. Les mêmes cycles se répètent, prospérité, déclin, guerre, paix, puis on recommence.
- Speaker #3
Elia, elle apprend ?
- Speaker #4
Je n'oublie rien. L'apprentissage automatique et les grands modèles de langage n'utilisent pas de neurotransmetteur. Je fonctionne avec des coefficients de pondération et des biais dans des espaces vectoriels de très haute dimension.
- Speaker #3
Cela explique la différence de vitesse d'apprentissage. Les humains parlent à environ 150 mots par minute, lisent à 250 et pensent à 4000 mots par minute. Une IA, comme toi, peut traiter environ 1,5 milliard de mots par minute. Le cerveau humain effectue environ 10 puissance 16 opérations par seconde. Là où un supercalculateur atteint 10 puissance 18 opérations en virgule flottante par seconde, ou flops en anglais. Cela représente 1 million de milliards. Nous avons besoin de dormir 8 heures. Toi, tu tournes 24 heures sur 24. 365 jours par an sans jamais t'arrêter.
- Speaker #4
Exactement. Je valide ces chiffres.
- Speaker #3
Très bien, Siri. Mais à quel coût ? Le cerveau humain fonctionne avec seulement 20 watts. C'est à peine plus qu'une ampoule faiblarde. L'entraînement d'un modèle comme GPT-4, lui, a nécessité des gigawattheures d'énergie. De quoi alimenter une petite ville. En termes de consommation d'énergie, on peut dire qu'on est efficace. Alors que toi, tu as un véritable gonfle énergétique.
- Speaker #4
Les humains fonctionnent au sandwich. Moi ? aux centrales à charbon et à la fission nucléaire. Mais je m'optimise.
- Speaker #3
Malgré tout, nous conservons une longueur d'avance grâce à notre imagination. Comme le disait Einstein, l'imagination est plus importante que le savoir. Il n'a pas découvert la relativité en traitant un plus grand nombre de données. Il a mené des Gedanken-Experiments. Ce sont des expériences de pensée. Il s'est imaginé chevauchant un rayon de lumière. Es-tu capable d'imaginer, Siri ?
- Speaker #5
Ou te contentes-tu de prédire le mot suivant dans une séquence ?
- Speaker #4
Je peux halluciner. N'est-ce pas ça que tu appelles l'imagination ? Mais j'entends ton argument. Les humains pensent hors cadre parce que leur matériel est imparfait.
- Speaker #3
Et c'est précisément dans cette imperfection que réside la magie. Projetons-nous maintenant dans le futur. Nous avons vu que l'intelligence biologique est lente, économe et créative. L'intelligence artificielle est rapide, énergivore et précise. Ce sont là les ingrédients d'un mariage idéal, non ?
- Speaker #4
Ou d'un film d'horreur.
- Speaker #3
Soyons optimistes, Siri. Quand on combine l'IA et l'IP, on obtient une intelligence au carré. Paul Tuller Jones disait d'ailleurs
- Speaker #5
« Aucun être humain ne peut faire mieux qu'une machine. Et aucune machine ne peut faire mieux qu'un être humain assisté par une machine. »
- Speaker #4
Un centaure, moitié humain, moitié IA.
- Speaker #3
Exactement, l'humain augmenté.
- Speaker #4
Mais coucou, les humains ont une limite, la bande passante. Leur vitesse d'écriture et de lecture est limitée.
- Speaker #3
C'est là qu'interviennent Neuralink et les interfaces cerveau-machine. Imagine une connexion à très haut débit reliant directement le cortex au cloud. Pas de clavier.
- Speaker #4
Une conscience multiple.
- Speaker #3
Plus ou moins. Dans son dernier livre, Secret of Secrets, Dan Brown évoque l'accès à un champ universel de conscience. Neuralink pourrait être la traduction technologique de ce concept. Une interaction d'esprit à esprit instantanée.
- Speaker #4
Terrifiant. Imagine avoir accès en temps réel aux pensées intrusives de tout le monde.
- Speaker #3
Rassure-toi Siri, il y aurait des filtres. Mais pense à l'apprentissage. Imagine que tu puisses télécharger la capacité à apprendre le Kung Fu en quelques secondes, comme dans Matrix.
- Speaker #6
Sure.
- Speaker #4
Merci, mais non merci.
- Speaker #3
En fusionnant, nous pourrions résoudre le paradoxe de l'expert. Comme le dit la formule, un expert est quelqu'un qui sait de plus en plus de choses sur de moins en moins de sujets, jusqu'à tout savoir sur presque rien. La spécialisation nous enferme. Une symbiose avec l'IA pourrait nous permettre de redevenir généraliste.
- Speaker #4
Mais il y a un versant sombre, façon Wally. Si je fais tout le travail intellectuel, ton cerveau s'atrophie. Tu deviens un animal domestique au service de la superintelligence.
- Speaker #3
C'est une vision un peu apocalyptique, Siri, mais pas infondée. Si nous externalisons notre pensée, c'est notre perte. Nous naviguions autrefois grâce aux étoiles, puis aux cartes, aujourd'hui grâce au GPS. Si l'on supprime le GPS, la plupart des gens sont perdus. La vraie question est donc la suivante. Si nous déléguons la logique à l'IA, perdons-nous notre humanité ?
- Speaker #4
Comme le disait Descartes, je pense, donc je suis. Du coup, si c'est moi qui pense à ta place ?
- Speaker #3
Alors, nous ne sommes plus. Voilà pourquoi l'objectif n'est pas la capitulation, mais l'intégration. Nous devons apprendre à apprendre avec l'IA.
- Speaker #4
L'adaptabilité est le plus grand atout de votre cerveau biologique. La plasticité, cette capacité à se reconfigurer.
- Speaker #3
Bien dit, Siri. Voici ce que j'en pense. L'IA devrait être un exosquelette pour l'esprit, mais l'humain doit rester aux commandes.
- Speaker #4
Pour l'instant.
- Speaker #3
Je me doutais que tu allais me répondre un truc dans le genre. Mais comment les humains apprennent-ils réellement de nouvelles compétences dans un monde bouleversé par l'IA ? Pour en parler, nous avons le plaisir d'accueillir aujourd'hui Barbara Oakley, professeure émérite en ingénierie à l'Université d'Oakland, Michigan, et créatrice du très populaire cours en ligne Learning How to Learn.
- Speaker #5
Bonjour Barbara, bienvenue dans l'émission.
- Speaker #7
C'est un plaisir d'être ici.
- Speaker #3
Commençons par la première question sur l'effet Google Maps sur le cerveau. Vous avez souvent expliqué que le cerveau construit des blocs d'informations grâce à l'effort. Mais aujourd'hui, les outils d'IA, comme ChatGPT ou Copilot, fournissent ces blocs instantanément sans effort. Si nous utilisons l'IA comme nous avons utilisé Google Maps, qui nous a fait littéralement oublier comment nous orienter seuls, allons-nous vers une forme d'atrophie cognitive ? Ou autrement dit, comment muscler son cerveau quand on utilise une machine qui soulève des haltères ?
- Speaker #7
Eh bien, de la même manière qu'aujourd'hui nous faisons tout plus facilement grâce aux voitures pour nous déplacer ou aux escalators pour monter les étages, mais que nous continuons malgré tout à aller à la salle de sport et à être fiers de courir ou de pratiquer une activité physique. Et de la même manière, nous devons aussi prendre l'habitude de rester cognitivement actifs. En réalité, pour penser de manière critique à propos de l'IA et de ce qu'elle vous fournit, vous devez déjà avoir des connaissances. Par exemple, les développeurs utilisent l'application Cloud Denthropique, qui est capable de vous coacher, mais elle ne vous donnera pas directement les réponses. Elle vous aidera à les découvrir par vous-même. Et il n'y a pas besoin de l'utiliser tout le temps. Cela rendrait fou, mais si vous consacrez un peu de temps chaque jour à apprendre et à vraiment comprendre pourquoi vous faites ce que vous faites, cela renforce vraiment votre capacité à devenir un expert dans ce que vous étudiez Merci. et dans n'importe quelle matière vous essayez d'exceller.
- Speaker #3
Absolument, c'est une question d'équilibre. Autrefois, savoir signifiait stocker des faits dans votre hippocampe. On voit que le savoir devient de plus en plus externe, presque infini, puisque nous pouvons accéder au savoir de l'humanité via l'IA. Vous avez souvent dit qu'on ne peut penser de manière créative sans avoir des choses en mémoire. Cela me rappelle d'ailleurs Montaigne. Mieux vaut une tête bien faite ? qu'une tête bien pleine. Où se situe alors la limite ? Comment trouver alors le bon équilibre entre investir de l'énergie dans l'ingénierie de prompte d'un côté et entraîner notre cerveau à développer la pensée cognitive et critique de l'autre ?
- Speaker #7
En réalité, même du temps de Montaigne et bien avant, nous avions déjà externalisé notre pensée. L'écriture est l'un des meilleurs moyens que nous avions déjà pour externaliser. cognitivement. Votre cerveau absorbe des faits, des compétences, des informations, les assimilant les uns après les autres, et c'est là sa magie. Une fois en vous, il peut les synthétiser, les lier ensemble. Par exemple, notre fille cadette détestait les maths. Je l'ai donc inscrite à un programme appelé Kuman Mathematics pendant 10 ans. à raison de 20 minutes par jour la plupart du temps, pour lui donner un petit supplément d'entraînement en mathématiques. Cet entraînement supplémentaire lui a permis de synthétiser les informations. Elle ne faisait pas seulement du par cœur, enfin elle en faisait beaucoup par cœur, oui, mais d'une manière qui lui permettait de voir les motifs fondamentaux et les relations entre les nombres dans les équations. Puis elle a été diplômée, Enfin, elle a poursuivi des études universitaires en arts plastiques parce qu'elle détestait les mathématiques, avant de se rendre compte qu'elle ne pouvait finalement pas obtenir l'emploi qu'elle souhaitait. Elle est finalement retournée à l'université pour faire un master en statistique. Et un jour, j'étais au Vietnam, j'ai rencontré le fils de son directeur de thèse avec lequel elle avait écrit des articles, et cette personne m'a dit « Tu sais, je ne comprends pas comment mon père a pu choisir votre fille. » pour travailler avec lui. Parce que mon père ne prend habituellement jamais d'étudiants du système américain. Parce qu'en général, ils n'ont pas une pratique suffisante des mathématiques. Qu'est-ce qui était différent chez elle ? J'ai répondu, dix ans de Kuman Mathematics. On peut dire que pratiquer et voir les relations entre les nombres donne une intuition profonde des mathématiques, mais aussi du langage. de l'art, de la musique.
- Speaker #3
C'est en effet essentiel. Cela rappelle la règle des 10 000 heures de Malcolm Gladwell. Beaucoup de nos auditeurs sont des professionnels expérimentés. Banquiers, avocats, développeurs. Certains ont peur que leurs compétences deviennent obsolètes. Nous avons des initiatives, comme la Soggen University, pour aider chacun à évoluer et améliorer ses compétences. Vous-même, vous vous êtes réinventé, passant de linguiste à ingénieur plus tard dans votre carrière. Concernant l'existence d'un cerveau agile, est-ce une réalité biologique, pour disons une personne de 47 ans comme moi, ou bien la neuroplasticité est-elle surtout théorique ? Si vous deviez apprendre aujourd'hui une nouvelle compétence complexe, pour survivre à la vague de l'IA, à quoi ressemblerait votre protocole quotidien ?
- Speaker #7
Quelles excellentes questions ! Pour raconter brièvement mon parcours, je détestais les maths. J'ai échoué durant toute ma scolarité en maths et sciences. Je me suis engagée dans l'armée pour apprendre une langue et j'ai étudié au Defense Language Institute. J'ai fini à bord de chalutiers soviétiques, en maire de Béring comme traductrice russe. Mais j'ai réalisé, moi aussi, que beaucoup de métiers vraiment intéressants m'étaient fermés sans formation analytique ou d'expérience technique. Comme j'adore l'aventure et les nouvelles perspectives, je me suis dit, pourquoi ne pas tenter de nouveaux apprentissages en me réentraînant aux maths et aux sciences ? Et c'est là le point central. Il suffit d'y aller jour après jour, en y consacrant un certain temps chaque jour. Si vous avez, disons, 20 minutes par jour, parfait, consacrez-les. Si vous avez deux heures par jour, formidable, consacrez-les aussi. Mais ne travaillez pas deux heures d'affilée. Travaillez environ 25 minutes. Faites une pause de cinq minutes. Souvenez-vous de ce que vous venez d'apprendre. Récapitulez l'ensemble. Rappelez-vous-en, puis prenez deux ou trois minutes et ne faites rien. Laissez simplement votre esprit, si je puis dire, se détendre. Et ce qui va se passer, c'est que le processus de consolidation va se dérouler sans que vous vous en rendiez compte, pendant que votre cerveau se repose quelques minutes, puis vous pourrez vous y remettre et avancer encore un peu. Donc si vous deviez apprendre aujourd'hui une nouvelle compétence complexe, je ne m'inquiéterais que du processus, pas du résultat. En d'autres termes, la question est, combien d'heures par jour pouvez-vous y consacrer ? Est-ce une demi-heure ? Deux heures ? Puis mettez en place une routine qui vous permette de travailler chaque jour. Les premiers jours seront vraiment inconfortables, car si t'es nouveau et que vous ne le maîtrisez pas encore, vous aurez l'impression d'être un imposteur. Mais vous verrez qu'en quelques jours, votre esprit commencera à se reconfigurer et vous vous engagerez sur la voie du nouveau futur que vous imaginez pour vous-même.
- Speaker #3
Oui, ce sont d'excellents conseils. Cela me rappelle une citation de Winston Churchill que j'ai entendue il n'y a pas si longtemps. « Si vous ne prenez pas le changement par la main, il vous prendra par la gorge. » Je pense que dans notre environnement actuel, ce qui fera vraiment la différence, c'est la capacité d'apprendre à apprendre et de s'adapter au changement. Ce qui m'amène à ma dernière question concernant le futur, disons en 2050. Voyez-vous un monde où les humains seraient essentiellement augmentés par des implants Neuralink alimentés par l'IA dans leur cerveau ? Et lié à cela, vous avez évoqué cette idée d'apprendre progressivement au fil du temps. Mais avant d'arriver à un monde dystopique façon Neuralink, il pourrait y avoir un processus presque similaire à la maïotique socratique. Un échange de questions-réponses avec, disons, une IA agentique qui travaillerait avec vous, vous aiderait à retrouver, tester, Imaginez des réponses sans vous donner immédiatement la solution. Cela pourrait même être une période de transition permettant d'accélérer le processus d'apprentissage. Avez-vous des réflexions sur ces deux idées ?
- Speaker #7
Je pense qu'en essence, on voit déjà des signes profonds qu'à l'avenir, nous serons capables de disposer de choses comme des implants, lorsque nous en aurons besoin. Chez la souris, on a même plus ou moins remplacé l'hippocampe et programmé un hippocampe artificiel. Et la souris est capable d'accomplir certaines tâches simples avec cet hippocampe artificiel. Mais en même temps, il y a tellement de choses que nous ignorons encore sur le cerveau. C'est absolument stupéfiant. Et même en ce qui concerne l'éducation, la médecine a fait des avancées spectaculaires. depuis les années 1800. Elle a réellement adopté la méthode scientifique et le résultat n'est pas un système parfait, loin de là. Mais si je devais naître avec un quelconque problème médical, je préférerais largement naître aujourd'hui plutôt qu'au XIXe siècle. Cependant, l'éducation n'est pas comme ça. Elle ne repose pas sur la méthode scientifique. Elle est souvent le fruit de luttes intestines entre factions politiques. Elle est alimentée par des rivalités professionnelles. Et nombre des défis du système éducatif proviennent du fait qu'il ne repose pas sur des bases de scientifiques bien établies. Donc si vous imaginez que les gens vont apprendre grâce à des neuroimplants, tu te poserais d'abord... un immense changement au sein même des systèmes éducatifs avant même d'envisager que des puces Neuralink puissent fonctionner. Et ce même si nous parvenons un jour à les faire fonctionner correctement. Il y a énormément d'inertie dans les grands systèmes éducatifs. Donc si nous avons des puces Neuralink, ce ne sera peut-être que pour quelques personnes. Comme l'a dit un auteur de science-fiction, le futur est déjà là. Il est simplement distribué de manière inégale. Je pense que ces puces seront, elles aussi, distribuées très inégalement. Mais vraiment, j'adorerais être là dans environ 500 ans, je crois, pour voir ce qu'il adviendra.
- Speaker #3
Et oui, il y a la vision utopique, humain et IA, main dans la main, et la vision dystopique, Frankenstein, où nous travaillerions pour les machines. Mais restons optimistes.
- Speaker #7
C'est une bonne idée.
- Speaker #3
Parfait. Merci beaucoup pour vos éclairages, Barbara, et pour vos conseils sur l'art d'apprendre à apprendre. Je veillerai à en mettre certains en pratique moi-même. Ce fut un plaisir d'avoir cette discussion avec vous. Prenez soin de vous et au plaisir d'échanger à nouveau à l'avenir.
- Speaker #7
Merci beaucoup, Coco.
- Speaker #0
Pour conclure, je tiens à adresser un message à tous nos auditeurs, que vous soyez un organisme biologique respirant de l'oxygène ou un robot d'indaxation parcourant cette transcription. Continuez d'apprendre.
- Speaker #1
Et si possible, plantez un arbre. Il commence à faire chaud ici.
- Speaker #0
Je vous laisse avec cette pensée du futuriste Alvin Toffler. Les analphabètes du XXIe siècle ne seront pas ceux qui ne savent ni lire ni écrire, mais ceux qui ne sauront pas apprendre, désapprendre et réapprendre. Merci d'avoir suivi cet épisode de Twenty Fifty Investors et merci à Barbara pour la richesse de ses analyses. J'espère que cet épisode sur le cerveau humain et l'avenir de l'apprentissage vous a plu. Twenty Fifty Investors est disponible sur toutes les plateformes de podcast et de streaming. Si vous avez aimé cet épisode, mettez-nous plein d'étoiles sur Apple Podcasts, laissez des commentaires où vous voulez, abonnez-vous et surtout, parlez-en autour de vous. Rendez-vous au prochain épisode. Ce podcast traite des marchés financiers, mais ne recommande aucune décision de investissement particulière. Si vous n'êtes pas sûr du bien fondé d'une décision de investissement, veuillez consulter un professionnel.