- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled.
- Speaker #1
Bleu, Blanc, Bled. Mésroc. Abiyad. Bled.
- Speaker #2
Mavi, Beyaz, Bled.
- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled. Ma solo, ya ma lam.
- Speaker #1
Que ça sonne hijabi ? Positive.
- Speaker #0
Bleu, Blanc, Bled. Des histoires en positif.
- Speaker #3
Aujourd'hui, Bleu, Blanc, Bled rencontre Reda Didi. Originaire de mots, il fait un passage en politique et nommé délégué interministériel adjoint à la lutte contre le racisme en 2015. Puis aujourd'hui, il joue les rétablisseurs de dialogues entre les jeunes et la police avec son association Graines de France.
- Speaker #2
Ici déjà, on est exactement à l'Académie du climat. Donc c'est un lieu à Paris. Aujourd'hui, on est là parce que, à l'invitation de la Fondation de France, qui a mis en place un programme qui s'appelle ACDC. ACDC pour Acteurs Clés de Changement, pour essayer de voir comment on pouvait repenser, notamment la relation... Bayer
- Speaker #4
Association. Quelques mots sur ton parcours. On va évoquer ton expérience, très grosse expérience, au niveau des institutions, au niveau des collectivités. Tu peux, dans les grandes lignes, nous résumer un petit peu ton parcours ?
- Speaker #2
Alors moi, j'ai eu la chance d'être directeur de cabinet d'un vice-président de conseil général en Cine et Marne, et donc d'être au cabinet du président à l'époque, Vincent Heblé. J'ai eu la chance d'être délégué interministériel adjoint sur les questions de racisme. d'antisémitisme à la Disgra. J'ai eu la chance d'être conseiller ministériel, notamment chargé des questions de discrimination et plus largement des questions de jeunesse. Et puis j'ai eu la chance aussi d'avoir un parcours international, et par le biais d'avoir fait un Fulbright, et par le biais d'avoir été invité à la Maison Blanche par Obama sur ces questions de jeunesse et de politique de la ville en France. Donc j'ai eu la chance d'avoir un parcours où... Entre tous ces postes de cabinet ou ces postes à responsabilité, je suis à chaque fois revenu dans le monde des ONG, dans le monde des fondations,
- Speaker #0
dans le monde des associations.
- Speaker #2
On s'est rendu compte très vite qu'il y avait une problématique qui était là, très présente, qui était la relation institution, la relation avec l'institution. On a décidé, parce qu'à l'époque il y avait un peu de financement là-dessus, de s'attaquer à la question de la relation police-population. Et parce que c'était aussi une question prégnante dans les quartiers populaires. Il y avait la question du contrôle au faciès, il y avait toute la question qu'il pouvait y avoir des discriminations.
- Speaker #4
C'est vraiment une question d'une vie de méchant, d'une vie de méchant.
- Speaker #2
Et donc, on a commencé à mettre en place des rencontres, des rencontres où on pouvait se dire les choses entre les habitants. des policiers, des forces de sécurité intérieure. Et aussi, on y a amené un peu d'expertise. C'est-à-dire qu'on y a amené des experts à l'international pour nous donner à voir aussi ce qui se passait ailleurs. Et puis, des sociologues pour prendre un peu de hauteur et avoir un peu des éléments chiffrés. Et à partir de là, on a fait le tour de France avec ça. On a commencé, je me souviens, à Bobigny. On a fait ça à Paris dans le 11e. On a fait ça à Nantes. On avait fait une vingtaine, une trentaine de rencontres. La transparence, la pédagogie permet d'apaiser pas mal de choses. Je prends un exemple. Très simple, Sarcelles. Sarcelles, il y a eu un moment des rixes et il y a eu un jeune qui a été tué par un coup de couteau. Il y a 4 ou 5 mois de ça. Le lendemain, les policiers sont venus et ont fouillé tous les sacs des jeunes qui rentraient dans les différents lycées. Les jeunes n'ont pas compris. Et les parents n'ont pas compris, ont manifesté là-dessus. Et peut-être qu'il aurait fallu faire de la pédagogie en expliquant que la veille, il y avait eu une rixe et qu'il y avait eu un jeune qui était mort d'un coup de couteau et du coup, qu'il fallait sécuriser la situation.
- Speaker #0
25 à 35 jours de participation dans le Monde,
- Speaker #4
le Monde est un peu comme un livre, mais un livre en des branches. Donc, c'est tout. Tu peux nous rappeler tes origines ? Origine sociale, origine géographique.
- Speaker #2
Moi, je suis d'un milieu populaire. Ma mère était femme de ménage et mon père, il était peintre en usine. En fait, il peignait des coffres forts. Et moi, j'ai grandi à Meaux, à Beauval, dans une cité de 25 000 habitants. Beauval-Paynet, c'était 25 000 habitants. C'était l'un des plus grands ensembles de France à l'époque, dont j'ai grandi dans des tours, dans des sengouars, dans des halls, mais aussi dans une ville urbaine. c'est-à-dire où on sortait à 500 mètres de la ville et puis on avait très vite la campagne. Les seules activités qu'on avait le soir, c'était un peu le McDo, les quicks et puis quelques boîtes de nuit. Mais surtout ce qui nous manquait, je pense par rapport à des gens qui ont pu grandir dans Paris, mais dans nos banlieues, c'est ce manque d'accès à la culture, ce manque d'accès à l'autre, ce manque d'accès à ce qui était différent. On a beau grandir dans le 19e, On se met et on se pose en bas d'un bâtiment dans le 19e, on voit passer des Anglais, des Chinois, des Japonais, des Turcs, des gens qui viennent en vacances et qui regardent. Quoi qu'on en dise, on a accès à de la culture.
- Speaker #4
Pour toi, c'est un vrai manque durant ta jeunesse ?
- Speaker #2
Pour moi, c'est un manque primordial. En tout cas, quand je venais à Paris, j'étais en extase de voir tout ça, toute cette vie, toute cette possibilité, toute cette culture. Puis ensuite, après, quand à l'âge de 20 ans, on a eu quelque chose qui est venu rééquilibrer tout ça, c'était Disneyland. Et là, on a vu arriver des tonnes et des tonnes de touristes, bien parqués, parce qu'ils restaient que dans Disneyland, et où je n'y venais jamais jusqu'à Meaux. On a pu passer dans ce qu'on appelait à l'époque des petits villages où étaient logés les cast members, donc ceux qui travaillent à Disneyland, et tu avais le monde entier. Et ça, ça a changé la face du monde pour les gens qui habitaient dans ce quartier-là. Parce que certains d'entre eux travaillaient pour leurs études à Disney, beaucoup d'entre eux se sont mariés et ont voyagé grâce à ça.
- Speaker #4
Tu parlais de France pas urbaine, pas rurale, de France urbaine. Tu dis, au bout de 500 mètres, on avait des champs. Quels souvenirs tu as de cette France rurale, on va dire, que tu as connue ?
- Speaker #2
Moi, je n'en ai que des bons souvenirs, vraiment. J'en ai des bons souvenirs parce qu'on a fait notre bonheur, qu'il fallait créer notre petite maison dans la prairie. Maud, c'était aussi... Maud et la Seine-et-Marne Nord, c'était aussi plein de campagnes et c'était très charmant, très rassurant, mélancolique. Moi, j'étais un amoureux de Rimbaud. Donc, dès qu'il y avait un peu d'herbe, un peu d'eau, ça m'allait. J'étais comme au paradis. Et ça, ça a été vraiment très riche pour moi. Après, d'autres qui ont grandi avec moi ont vécu dans le quartier populaire. Et eux, ils n'avaient pas du tout la même vision parce qu'ils avaient du mal à sortir de ce quartier-là à l'époque. Et même le centre-ville de Meaux était un vrai défi à l'époque. Et je pense que c'est ce qui a fait la différence entre ceux qui, ensuite, sont allés, entre guillemets, à la conquête du monde et donc aller vivre et parcourir le monde.
- Speaker #0
Enfin, sortir de Maud et ceux qui y sont restés.
- Speaker #2
En fait, Beauval-Collinet, c'est l'une des plus grosses cités de France. Beauval-Collinet, c'est 25 000 habitants. C'est deux quartiers. La ville de Maud fait 50 000. Donc, vous avez la moitié de la ville. C'est des quartiers populaires. Et on a vu passer dans nos quartiers du Mitterrand, du Chirac. Je ne me souviens plus si Hollande était venue. Du Sarkozy. J'ai débattu avec Sarkozy à Beauval. Je ne me souviens plus si Hollande est passée. Et je crois que Macron n'est jamais venu non plus.
- Speaker #4
Alors, quel est le parcours, quand on parle de mots, dans un quartier populaire, Beauval, quand tu es un enfant d'immigration, on est quand même loin des centres de décision de Paris, et on arrive justement à ce type de fonction. Quel est ton parcours ? Qu'est-ce qui a fait que toi, tu as réussi ?
- Speaker #2
En fait, je pense que c'est la curiosité, l'envie d'aller voir l'envers du décor, et puis la compréhension de la mécanique, et notamment la façon dont le pays et la France fonctionnent. Moi je l'ai vu très vite, donc mon premier poste en tant que salarié ça a été au cabinet du président du conseil général de Sénémar, Namelin. Mais je me suis très vite rendu compte qu'en fait c'était pas là que ça se passait, même si c'était un poste plutôt intéressant, c'était pas là que ça se passait. Tout se passe à Paris, donc comment on fait pour venir à...
- Speaker #4
Tu aurais pu prendre ce chemin, peut-être même prendre une mairie il y a plusieurs années, pourquoi avoir quitté la politique ?
- Speaker #2
J'étais chez les ocolos. En fait, la gauche et la droite n'étaient pas quelque chose d'important pour moi. Je voulais agir sur la planète, je voulais agir sur l'écologie, je voulais agir sur les quartiers populaires. Et à l'époque, celui qui en parlait le mieux, c'était un mec comme Noël Mamère. En fait, je ne me suis pas intéressé à ce parti. C'est ce parti qui est venu me chercher, parce que je me suis présenté aux élections municipales à mot sur une liste autonome et que j'avais débauché la moitié de la liste de Ausha l'époque, alors même que cette liste de gauche menée par le PS ne voulait pas de moi. Et j'ai dit OK, et c'est comme ça que j'ai mis le pied à l'étrier. Fin du mois, fin du monde. Donc fin du monde, l'écologie, fin du mois, comment on fait pour permettre aux habitants des quartiers populaires de mieux vivre en fait, et de répondre à cette question sociale. Et là où en fait j'ai très vite compris que ce serait pas pour moi, c'est quand j'ai commencé à faire des réunions au niveau local, départemental, régional, national avec les Verts, où je me suis rendu compte que finalement les partis politiques ne sont pas des machines à produire des idées, à... à produire des solutions pour les problématiques que les Français peuvent rencontrer, mais que c'est plutôt des écuries qui entraînent à ce que les gens deviennent des référents politiques. Et les ennemis sont plus importants à l'intérieur de ton parti qu'à l'extérieur en fait. En fait, moi, j'ai toujours aimé pouvoir sauter d'un monde à l'autre. Ce matin, j'étais à la Fondation Jean Jaurès avec des patrons de fondations, des chercheurs. Puis dans l'après-midi, je suis allé à Sarcelles pour voir un forum monté par des jeunes. Et ce soir, on est là à échanger sur le bilan de l'action. Ma cité va créer, ma cité va dialoguer. Ça ne me dérange pas d'avoir été invité par Obama à la Maison Blanche et puis de l'autre côté de me retrouver à prendre l'Iftar avec des amis, avec le maire. Je n'ai aucun problème avec ça.
- Speaker #4
On pourrait ramener Obama à Beauval.
- Speaker #2
On pourrait ramener Obama à Beauval. Je n'ai pas amené Obama à Beauval, mais j'ai amené son directeur de cabinet à Beauval.
- Speaker #4
Ce n'est pas vrai.
- Speaker #2
Wilbur, s'il est venu avec moi à Beauval, je l'avais emmené en 2011. On avait fait le tour du quartier. on avait été boire un café. au PMU du coin. Et puis après, j'avais organisé un déjeuner avec les leaders du quartier en centre-ville de Meaux. Et puis, il avait aussi été surpris de parfois l'immaturité politique qu'on pouvait avoir sur certains sujets.
- Speaker #5
Ce n'est pas seulement ce que je ferai en tant que président. C'est aussi ce que vous, les gens qui aiment ce pays,
- Speaker #4
Venu de seule personne à qui je peux poser cette question. Comment c'est la Maison Blanche et comment est Barack Obama ?
- Speaker #2
La Maison Blanche, c'est impressionnant. Beaucoup de pôles de sécurité. Pour la petite histoire, j'étais marqué, même choqué, de voir un McDonald's au sein de la Maison Blanche. À l'époque, il y en avait un. Donc, on vendait des burgers McDonald's au sein de la Maison Blanche. C'est marquant.
- Speaker #4
Une petite anecdote concernant Barack Obama. Un petit truc qui t'a marqué par la distance que vous venez ? Merci.
- Speaker #2
Non, ce qui m'avait marqué, c'était qu'à l'époque, j'étais avec Vichra, directeur de cabinet d'Anne Hidalgo. Et son seul objectif lors de la réunion où on était à la Maison Blanche, il me dit, il faut que j'arrive à voir une photo à Anne Hidalgo, à Barako Baba. Quand on était à la Maison Blanche, moi, je n'ai pas pu serrer la main à Barako Baba. Je l'ai vu comme je te vois là, on n'était pas loin, mais je n'ai pas serré la main. Elle a réussi à se faufiler dans le couloir et à avoir une photo.
- Speaker #4
Sa soirée, c'était guetter le moment où il serait à côté pour prendre la photo, c'est ça ?
- Speaker #2
C'était le seul objectif.