- Speaker #0
Bleu, blanc, bled.
- Speaker #1
Bleu, blanc, bled. Mésraque. Abillade. Blède.
- Speaker #2
Mavi, béasse, blède.
- Speaker #0
Bleu, blanc, blède, ma solo, ya ma lame.
- Speaker #1
Que ça sonne hijabi ? Positive.
- Speaker #0
Bleu, blanc, blède. Des histoires en positif.
- Speaker #3
Bleu Blanc Bled plonge dans la piscine de Tremblay en France avec Samir Souadji de l'association Apart. Cette association propose à des jeunes de se former au métier de la montagne ou de maître nageur.
- Speaker #2
À 15h30, tu es à la piscine ?
- Speaker #4
Ouais.
- Speaker #2
Écoute, viens, ça va te faire nager au moins une heure et demie. De toute façon, moi je serai là-bas, je vais leur dire qu'il y a des retards. Ouais, Gabi, s'il vient aussi, ok ? S'il fait même pas j'ai de temps, ok ? Oui,
- Speaker #4
ça va.
- Speaker #2
Vas-y. C'est vrai, regarde,
- Speaker #0
c'est le week-end. Il fait froid, il y a des graines.
- Speaker #2
C'est que là, on va aller chercher, on va aller mettre dans un monde, dans un élément qu'ils ne connaissent quasiment pas du tout. Et on va les préparer à en faire leur métier.
- Speaker #5
Là, je précise, on est à l'association, donc c'est à part. La piscine n'est pas loin d'ici, non, Samir ? C'est à quelques minutes ?
- Speaker #2
À 7 minutes à pied. Voilà, 7-8 minutes à pied.
- Speaker #5
Les jeunes vont te rejoindre là-bas ?
- Speaker #2
Ils vont aller là-bas directement. Nous, on va les rejoindre. Comme ça, on fait un petit brief avec eux avant. Et Smith, tu es... Tranquillement !
- Speaker #6
La Réverse n'a pas fait le cap ! On a un score sur 4 secondes. Je bloque 4 secondes, on expire sur 4 secondes. 4, 4. On prend une bonne bouffée d'asplasme, on prend une bonne fripière sur 4 secondes. On prend sur 4 secondes, on expire sur 4 secondes.
- Speaker #5
Donc ils sont pris en charge par un maître nageur professionnel. Ça ne rigole pas, c'est vraiment une préparation d'athlète. Est-ce que tu peux nous rappeler, Samir, un petit peu la genèse et le développement de ton association APART ?
- Speaker #2
Elle a été créée en novembre 2004. Moi, en tant que travailleur social et avec mes collègues à l'époque, on bourlinguait un peu dans tout le 93. On l'a créée à peu près un an avant les émeutes de 2005. On sentait déjà la tension dans les quartiers, les besoins d'avoir un autre lien social et un autre accompagnement. Donc, notre projet, le fil rouge, ça a été le sport tout de suite, qui est un élément très prédérateur. Et pour ce, le sport, surtout le sport nature. Donc, c'était aussi de sortir un peu de ce qu'on a voulu nous ramener dans les quartiers, les sports de combat, les sports de ballon, un peu dans ce contexte où dans les quartiers, on ramène tout au pied des immeubles, les écoles et compagnie. Nous, ça a été à l'inverse et comment on va choisir un sport qui nous font sortir du quartier, justement. Il y a toute notre directrice administrative qui est là.
- Speaker #5
Il y a une super photo. C'est quoi cette photo ?
- Speaker #2
C'est une photo de l'heure de notre expédition en Kyrgyzstan. On fait une longue randonnée, plusieurs heures de marche, à moins 10, moins 15 degrés, sous la neige, comme tu peux le voir dans la photo, pour arriver devant ce magnifique lac.
- Speaker #5
La photo est juste incroyable. Un grand format, là, juste devant le bureau. Kyrgyzstan, pour ceux qui ne connaissent pas, pour situer, c'est où, sa mer ?
- Speaker #2
Asie centrale. Entre la Russie, la Chine et du côté de l'Ouzbékistan, Kazakhstan.
- Speaker #5
Ok, c'est tout récent. Et le sommet escaladé, c'est quoi ?
- Speaker #2
Le Mont Ixchutel. On a fait un sommet de plus de 4500 mètres. Vraiment éprouvant parce que là, on a pris des conditions climatiques, mais vraiment des grands nords de la Russie, tout ça et tout, moins 25 degrés.
- Speaker #5
C'est vrai, à ce moment-là ?
- Speaker #2
Ouais, ouais. Départ à 3h du mat. Il a neigé toute la nuit et la veille. Donc, on est parti dans de la poudreuse en s'enfonçant. On a à peu près de la neige jusqu'à mi-cuisse, donc pour se déplacer déjà les premiers mètres, c'était éprouvant. Et dans le reste de la journée, des vents, des arrêtes à passer. Mais bon, on a réussi quand même à arriver au bout du bout.
- Speaker #7
Justement, la respiration c'est dur. Dans la petite chute là, comme ça, je ne pensais pas.
- Speaker #4
J'ai à deux doigts d'arrêter. C'est dur, c'est dur et pas que le sport finalement.
- Speaker #2
Des parents nés en Algérie qui sont arrivés dans les années 60, ont vécu dans les bidonvilles, qui ensuite ont bénéficié de toute l'histoire de la France, avec leur statut d'ouvrier, notamment mon père, parce que ma mère ne travaillait pas à cette époque, donc de HLM en Seine-Saint-Denis, d'origine sociale donc 93, tremblée en France, originaire d'une fratrie, une famille plus ou moins nombreuse, 5 enfants. On a tous pris des horizons différents. Il y a plein de métiers dans ma famille.
- Speaker #5
Par exemple ?
- Speaker #2
J'ai une sœur qui est commandant au général. Je suis même plus calé, mais elle est haut gradé dans l'armée française.
- Speaker #5
Dans l'armée ?
- Speaker #2
Oui, dans l'armée française. J'ai une autre sœur qui est biochimiste pour un grand groupe américain. J'ai un frère qui conduit des trains. J'en ai un autre qui est cuisinier. influenceur je veux dire entre guillemets parce qu'il est cuisinier à travers les réseaux et moi même qui suis voilà travailleur social donc on voit que voilà si on n'a pas pris tous pris un même parcours par contre on a tous un point commun c'est que le sport a fait partie de notre éducation dès le plus jeune âge pas que sport finalement je crois que c'est le mental qui joue et là le mental bah il est plus là c'est pas un bureau Là, c'est un vestiaire qu'on a réalisé grâce à nos partenaires privés, notamment Salomon et Arterix, qui nous fournissent en dotation.
- Speaker #5
Ah ouais, d'accord.
- Speaker #2
Je te disais tout à l'heure, par la montagne, ça coûte cher. Aujourd'hui, un jeune d'Ile-de-France ou un collectif ou une association, c'est du matériel qu'on met à dispo. En fait, tu peux voir à droite les duvets, le petit matériel.
- Speaker #5
Absolument, le vestiaire pour rando, trek, c'est impressionnant. Vous avez absolument tout le matériel.
- Speaker #2
Là, c'est des partenaires qui soutiennent les actions de l'assaut et qui soutiennent cette philosophie de donner l'accès à la montagne, donner l'accès à hauteur à des personnes qui ne sont pas vouées à connaître ce monde-là ou en tout cas cette sphère-là. Il y a eu deux déclics. Le premier déclic, je dirais, il est un peu plus intrapersonnel. Moi-même, j'ai découvert la montagne tout à fait par hasard. Je ne me suis pas dit un jour, tiens, je vais aller en montagne. C'est dans mes fonctions d'éducateur spécialisé très jeune, à l'âge de la vingtaine. J'avais un collègue qui était gendarme-sauveteur en montagne à la retraite, travaillait dans l'un des foyers où j'étais. Et du coup, on devait monter des séjours sportifs. On m'a dit, viens, je vais te faire découvrir mon monde, moi, de tous les jours et tout. L'impact que ça a eu sur moi, je me suis dit que je ne pouvais pas le garder. Je ne peux pas être égoïste sur ça, il faut que je fasse découvrir. Et le deuxième déclic, ça a été de se dire, avec une expertise un peu plus sociale, c'est bon, il y en a marre. Nous jeter des ballons, nous apprendre à nous bagarrer, et de se dire, on va pratiquer d'autres sports pour pouvoir aussi avoir l'occasion de sortir de nos quartiers. Ce qui est intéressant dans ces métiers-là aussi, c'est que ce sont des métiers, des compétences qui sont reconnues à l'international. Aujourd'hui, tes moniteurs à escalade ou profs de natation, tu trouves du taf dans toute la France. Parce qu'on en recherche dans toute la France.
- Speaker #8
Au sommet !
- Speaker #9
Là, actuellement, on est au sommet d'un volcan de plus de 5200 mètres. Et on a fait quand même plus de 1500 mètres de dénivelé. C'est quand même incroyable. La dédicace à toute l'équipe. Et voilà, on est ensemble.
- Speaker #2
On a encore un peu des petits couacs, on a eu des petites anecdotes en montagne, croise du monde, on est en plein Valais du Mont Blanc, on fait une préparation, une course d'acclimatation, le mec il dit, mon groupe c'était quoi, Renoir-Aubeu comme d'habitude ? Oh, pas dit qu'on refuse d'accueillir un congrès africain à Soukaine, tu vois ? Il devrait être comme ça, les jeunes ils étaient tellement lessivés. Il me dit, voilà Samir, lui je ne peux même pas lui répondre, je suis éclaté. Je ne peux même pas la force lui répondre, il m'a dit, vas-y. Je lui ai dit, tu vois, c'est ça aussi, c'est bien ce que ça apporte, il faut avoir du recul, des gens ne peuvent pas y calculer.
- Speaker #10
Je ne savais pas que mon corps était capable de faire des choses pareilles. Malgré la fatigue, malgré la douleur, je continuais. Donc, on peut dire que j'ai appris sur mon corps aujourd'hui, grâce à cette ascension.
- Speaker #2
Il y a 20 ans, je me cherchais. J'ai fait un BTS, rien à voir avec mon métier aujourd'hui. J'ai fait un BTS maintenant des systèmes industriels. J'ai bénéficié de la conseillère de désorientation, on va dire.
- Speaker #5
C'est vrai, vraiment ?
- Speaker #2
Non, mais vraiment, vraiment. Moi, je suis arrivé en seconde, j'ai fait une seconde générale. Il m'a dit, bon, toi, tu n'as pas l'air trop vouloir faire des devoirs à la maison. Il m'a fait un petit peu un profilage. Il m'a dit, tu vas aller en F3. Je lui dis c'est quoi F3 ? Il me dit t'inquiète pas, tu vas faire de l'électrotechnique, tu seras avec tes potes, tu vas aller rigoler. Voilà, on m'a mis dans une case et t'as plus de chance d'avoir ton bac que dans un bac général comme ça. A l'époque c'était important d'avoir son bac, nos parents étaient vachement derrière nous, c'était un objectif, il fallait l'avoir. Donc je l'ai eu mais sans conviction de continuer dans ces métiers-là. J'ai commencé à travailler, j'ai bénéficié du dispositif emploi jeune à l'époque, dans les années 96-97. Et du coup, ça a été un bon tremplin pour moi parce que j'ai été balancé dans un collège à Clichy-Montfermé, en plein bosquet. Là, j'ai rencontré plein de jeunes et c'était un démarrage dans ma vie professionnelle qui était exceptionnel parce que c'était riche en humanité. Moi, j'ai un jeune, Salil, il a marmotte à l'époque. Lui, il a tout fait avec nous. Il a fait les Tornes-Épaces, il a fait le Kili avec moi en 2018, il a fait le Toubkal. Et un jour, il postule, il a tout ça dans son CV. Et le mec qui était en face de lui, il faisait un peu de montagne. Il dit, écoute, à ton âge, toi, tu vas me dire que t'as fait tout ça ?
- Speaker #0
Mais non.
- Speaker #2
Et après, il commence à lui faire la morale. Tu sais, dans un CV, ça n'a rien de mentir. T'inventes pas des vignes. Nanani, lalala. Tu vois ? Il dit, bah écoutez, monsieur, regardez, moi, tout ça, j'ai fait avec la association à part. Tenez, je vous donne le numéro du directeur. Ah, j'ai pas besoin. Le mec m'a quand même appelé. Et en rencontrant des jeunes, des familles qui rencontraient des difficultés, je me suis dit non, on ne peut pas laisser des personnes comme ça vivre. Est-ce qu'il y a un métier autour où on peut les aider ? Et je me suis renseigné, on m'a dit éducateur spécialisé, donc j'ai vite plongé dans le bain. Et j'ai vite compris qu'il fallait se former aussi. Parce que quand tu travailles avec l'être humain, à un moment donné, on ne te fait pas de difficultés. Un dossier de surendettement, une recherche de boulot, un problème de logement, tu rencontres des jeunes. Ça m'est arrivé plusieurs fois, des jeunes qui étaient exclus de chez eux ou qui ne voulaient plus... Par contre, des fois, par rapport à leur cadrerie, ils vivent chez eux, donc ils dorment dans des caves, des cages d'escalier. Je ne fais pas une caricature, c'est vraiment... J'ai rencontré ces publics-là. Pour travailler sur le logement, pour travailler sur l'insertion ou autre, il faut se former. Moi, j'ai eu un gros problème d'adéquation avec les politiques sociales. Donc, à un moment donné, quand tu exprimes trop tes idées, ta réalité du terrain... Ça ne plaît pas tout le temps aux politiques ou ne serait-ce qu'à ta direction. Donc j'ai tout plaqué pour me concentrer à fond sur Appart et de se dire, là mes compétences, là où on n'accepte pas dans le monde professionnel, je vais créer un entrepreneuriat social. Donc j'ai lancé cette petite start-up du social en formant des gens autour de moi, en formant une équipe et en trouvant des soutiens.
- Speaker #3
La semaine prochaine, Bleu Blanc Bled rencontre Louisa Yousfi pour son livre La Grande Méthode, l'histoire du rapatriement d'un père qu'une famille veut enterrer en Algérie.