Description
Live d'Algérie Part avec Abdou Semmar : Le principal point faible historique de la mine Gara Djebilet est la haute teneur en phosphore du minerai, qui rend l'acier cassant s'il n'est pas traité. Le lundi 2 février dernier, le Premier ministre Sifi Ghrieb a affirmé depuis Oran que les premières cargaisons du minerai de fer arrivent au complexe sidérurgique Tosyali sont "de très bonne qualité" et elles ont été acheminées à travers un processus qui n’a souffert aucun «défaut technique» ni «défaillance économique». Il a évoqué, par ailleurs, une opération de blending (mélange) avec d'autres minerais et affirme que la qualité s'améliorera avec la profondeur de l'extraction. Cependant, Le mélange est une solution temporaire et très couteuse pour l'Algérie. À long terme, la viabilité du projet dépendra de la réussite de la déphosphoration par voie thermique (un procédé complexe et énergivore développé avec des partenaires chinois). L'affirmation selon laquelle le minerai sera de meilleure qualité en profondeur est également une hypothèse géologique qui reste à confirmer à l'échelle industrielle, a-t-on pu confirmer au cours de nos investigations. Le blending (ou mélange) est une technique de "recette" industrielle utilisée en sidérurgie pour corriger les défauts chimiques d'un minerai de fer avant de l'introduire dans un haut-fourneau. Dans le cas précis de Gara Djebilet, le problème est le phosphore. Voici concrètement comment cela fonctionne et pourquoi l'Algérie l'utilise. Imaginez que vous préparez une soupe trop salée. Pour la rendre mangeable, vous ajoutez de l'eau ou une autre soupe sans sel. Le blending suit la même logique : Minerai A (Gara Djebilet) : Très riche en fer, mais contient trop de phosphore (environ 0,8 %). C'est le "sel" en excès. Minerai B (Importé ou Ouenza) : Contient très peu de phosphore (moins de 0,05 %), mais peut être moins riche en fer. Le mélange : En mélangeant 20 % de minerai A avec 80 % de minerai B, on obtient un produit final dont le taux de phosphore descend sous le seuil critique (généralement 0,07 %), ce qui permet de fabriquer de l'acier de qualité sans que les machines ne s'abîment. Cette technique est essentielle car le phosphore est l'ennemi juré de l'acier. Fragilité : Un excès de phosphore rend l'acier "cassant à froid". Si vous construisez un pont ou un immeuble avec cet acier, il risque de se fissurer sous la pression ou le froid. Usure des fours : Le phosphore attaque les revêtements réfractaires des fours industriels, augmentant les coûts de maintenance. Le gouvernement algérien croit que l'utilisation immédiate du blending permet à des usines comme Tosyali (Oran) ou AQS (Jijel) d'utiliser le fer de Gara Djebilet dès aujourd'hui sans changer leurs installations. Cependant, on ne remplace que 20 % ou 30 % du fer importé par celui du Sud et cette économie en devises se chiffre en centaines de millions de dollars n'est pas suffisante pour compenser les pertes en devises provoquées par la dépendance maintenue aux importations car le blending oblige à continuer d'importer (ou d'extraire ailleurs) du minerai "propre" pour diluer celui de Gara Djebilet. On n'est donc pas encore à 100 % d'autonomie. Dans cette enquête, on vous explique comment l'Algérie continue d'importer le minerai "noble" (sans phosphore) pour le mélanger à celui de Gara Djebilet. Le Régime Tebboune base sa politique sur le calcul actuel : Au lieu d'importer 100 % de son minerai en dollars, elle n'en importe plus que 70 % (les chiffres de 30/70 sont des estimations techniques courantes pour le blending de démarrage). Néanmoins, l'acier "produit à partir de Gara Djebilet" est en réalité un acier hybride. Tant que l'usine de déphosphoration (traitement chimique/thermique) n'est pas construite, on ne peut pas mettre plus de 20 % à 30 % de minerai de Gara Djebilet dans le four sans fragiliser l'acier. Le Premier minist...