Live d’Algérie Part avec Abdou Semmar : Lors d’une récente rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune, Kamel Moula, président du Conseil du Renouveau Économique Algérien (CREA), a déclaré que les investisseurs étrangers et locaux avaient créé plus de 700 000 emplois et lancé près de 14 000 nouveaux projets d’investissement. Des chiffres impressionnants, certes, mais qui soulèvent de sérieuses interrogations quant à leur véracité. Ces déclarations, relayées avec enthousiasme par les médias officiels, semblent s’inscrire dans une volonté de peindre une Algérie en pleine transformation économique, dynamique et attractive. Or, lorsqu’on gratte un peu la surface, la réalité est tout autre. D’après des sources fiables et bien informées, le nombre réel de projets effectivement lancés ne dépasserait pas 180, avec moins de 20 000 emplois créés. Un écart abyssal entre le discours et les faits. Le plus inquiétant dans cette affaire, c’est que ces chiffres avancés par le CREA ne reposent sur aucun recensement réel sur le terrain. Ils sont issus de données déclaratives publiées sur le site de l’Agence algérienne de Promotion de l’Investissement (API), une plateforme censée incarner la modernité et la transparence administrative, mais qui, ironie du sort, ne fonctionne même pas correctement à ce jour. Il est donc non seulement difficile pour les citoyens de vérifier ces données, mais cela expose également un grave dysfonctionnement dans l’écosystème de numérisation que l’État ne cesse pourtant de vanter. En s’appuyant sur de simples déclarations d’intention enregistrées en ligne, sans qu’aucune vérification ne soit faite sur le terrain, Kamel Moula et le CREA semblent s’enfermer dans une logique d’auto-congratulation déconnectée de la réalité. Ce faisant, ils ne rendent pas service au président Tebboune, qui, lui, mise ouvertement sur ce conseil pour relancer l’économie et attirer les investissements. Au lieu de lui fournir une lecture honnête de la situation, ils risquent de l’induire en erreur avec des statistiques embellies, voire totalement fictives. Ce genre de pratiques soulève une question fondamentale : peut-on construire un pays sur le mensonge ? Peut-on espérer attirer des investisseurs sérieux si les chiffres avancés par les instances économiques manquent de fiabilité et de crédibilité ? Le développement économique exige rigueur, transparence et objectivité. Sans cela, tout projet de transformation profonde restera un vœu pieux, noyé dans les effets d’annonce. Il appartient désormais à Kamel Moula de sortir du flou et d'expliquer sur quelle base ses chiffres ont été avancés. Et il revient au président Tebboune, s’il tient réellement à faire de l’économie un pilier de son mandat, de mandater des services indépendants – voire sécuritaires – pour vérifier la réalité du terrain, et non de se fier uniquement aux tableaux Excel et aux déclarations flatteuses. Car la crédibilité d’un pays commence par la sincérité de ceux qui le dirigent. Explications.
Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.