Description
Live d'Algérie Part avec Abdou Semmar : Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a déclaré le 7 février dernier lors d'une interview diffusée par toutes les télévisions algériennes que le produit intérieur brut (PIB) de l'Algérie dépassera les 400 milliards de dollars à la fin de l'année 2027 "au plus tard". Cette annonce étonne, interpelle et soulève de nombreuses interrogations. Pour que l'Algérie passe d'un PIB d'environ 260-265 milliards $ (estimations fin 2024/début 2025) à 400 milliards $ en 2027, une croissance très soutenue est nécessaire. Passer de 265 à 400 milliards représente une hausse de plus de 50 % en valeur nominale en trois ans. C'est un défi colossal qui ne peut pas reposer uniquement sur la croissance organique. Il est impossible en deux ans ou trois ans de créer autant de richesses pour n'importe quel pays à travers le monde. Comment va faire donc Tebboune pour atteindre cet objectif ? Il va en réalité utiliser un plan basé sur trois leviers. L'intégration de l'économie informelle : C'est le levier le plus rapide. Environ 40 % de l'activité économique algérienne échappe aux statistiques officielles. En bancarisant cet argent et en régularisant ces commerces, le PIB "sur papier" peut augmenter brutalement sans changement majeur de la production réelle. Les mégaprojets miniers : L'entrée en exploitation réelle des mines de Gara Djebilet (fer), de Tala Hamza (zinc/plomb) et du projet Phosphate intégré est censée générer des milliards de dollars de valeur ajoutée supplémentaire d'ici 2027. La réévaluation du Dinar : Le PIB étant calculé en dollars, si le dinar s'apprécie face au dollar (grâce aux réserves de change qui dépassent les 80 milliards $), le PIB nominal augmente automatiquement. Ces leviers entrent dans le cadre d'une manœuvre appelée communément en économie le rebasage. l'Algérie a déjà effectué un rebasage de son PIB très récemment (en 2024), ce qui explique d'ailleurs le passage "brutal" des statistiques de 190 milliards à environ 265 milliards de dollars. L'Office National des Statistiques (ONS) a changé l'année de base (passant de 1989 à 2001, puis intégrant de nouvelles activités). Cela a permis de mieux comptabiliser les services, les télécoms et une partie de l'industrie qui n'étaient pas bien pris en compte. Mais ce rebasage est déjà inclus dans les 265 milliards actuels. Pour gagner les 135 milliards restants d'ici fin 2027, la stratégie repose sur ces nouveaux paliers : Le passage à l'année de base 2011/2015 : L'Algérie prévoit un nouveau rebasage statistique pour s'aligner sur les normes internationales (SNA 2008). En prenant une année de base plus récente, on capture mieux la valeur de l'économie numérique et des start-ups créées ces dernières années. La capture massive de l'informel : Le président a clairement évoqué les sommes colossales (estimées à plus de 90 milliards de dollars) qui circulent hors circuit bancaire. Le gouvernement mise sur la finance islamique, la numérisation et le statut de l'auto-entrepreneur pour "aspirer" cette économie dans les statistiques officielles. Le nouveau PIB dont parle Tebboune est donc une augmentation purement statistique (rebasage + intégration de l'informel), le chiffre de 400 milliards sera atteint, mais le citoyen algérien ne ressentira pas forcément de changement dans son quotidien (emploi, prix, services). Bien au contraire, cette technique présente des risques sérieux pour la stabilité économique du pays car plusieurs exercices de rebasage ont été effectués par d'autres pays africains en produisant des résultats perçus comme négatifs, car ils ont souvent gonflé les chiffres sans améliorer la réalité socio-économique (pauvreté persistante, inégalités, infrastructures défaillantes). Cela crée une illusion de croissance sans impact tangible sur les citoyens, et peut même aggraver des problèmes comme l’inflation et la dévaluati...