- Speaker #0
de science-fiction qui a été récompensé lors de sa sortie. Alors attention, par le prix Julia Verlanger, le prix Ronny Henné, le grand prix de l'imaginaire, le prix du lundi, c'était en 2008, on y suit une vieille dame qui accepte que son esprit soit transféré dans le corps d'un cachalot pour mieux l'étudier. J'ai le bonheur d'avoir avec moi son autrice et ma complice. Bonjour Jeanne.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Alors, on rembobine un petit peu. Retour en 2008, lors de l'apparition de ce texte, c'était chez nos camarades de Grifdank. Comment il est un peu l'idée de ce récit de science-fiction ?
- Speaker #1
Alors en fait c'est Roland Wagner qui m'avait contactée pour une anthologie sur les cétacés à la base et cet antho, comme beaucoup d'anthologies sympas, n'a pas vu le jour. Et donc je l'ai gardé tout le coup, je l'ai réécrite. Magali Duez, l'éditrice de l'époque, a accepté d'y jeter un coup d'œil et puis on a travaillé dessus ensemble et puis elle est sortie. Et ça a fait partie à l'époque des premiers livres qui avaient été sélectionnés par la FNAC, deux griffes d'encre. Et à mon immense surprise, j'ai reçu conjointement et sans qu'il se concerne, un mail de Roland Wagner et un de Jean-Claude Duniac, les deux pour me dire « Chut, tu ne le dis à personne, mais tu vas avoir le prix inséré ici, vers l'ONG. » et le Grand Prix de l'Imaginaire. Et alors, j'étais très ennuyée parce que les deux prix se délivraient sur la même scène, le même soir. Et je me demandais s'il fallait que j'avertisse les jurys d'hiver que j'allais m'y retrouver deux fois sur la scène. Je ne savais pas si ça se faisait. J'étais très, très ennuyée en termes de préséance, de cérémonial en termes de prix. Je ne savais pas du tout comment ça marchait. Et finalement, j'ai demandé à Roland, qui a beaucoup ri, et qui m'a dit « Tu ne dis rien, il n'y aura que toi et moi, qu'est-ce qu'on va rire ? » Et puis, à part ça, quand Roland m'a demandé la nouvelle, J'ai commencé sur une phrase, la première qui restait, elle avait choisi le corps d'un très grand mâle, et j'ai continué derrière. Mais c'est comme ça que je travaille en général. J'ai le début, j'ai une phrase d'entrée, et tout le monde se tricote derrière.
- Speaker #0
Comment est né un petit peu le personnage de Anne Kelvin ? Je vais refaire ma question. Comment est-ce que tu le présenterais, ce personnage ? Il a presque 20 ans maintenant, il a peut-être 20 ans dans ton esprit d'ailleurs. En 2026, la parution c'est 2008, mais j'imagine que c'était un petit peu avant. Comment tu la vois ?
- Speaker #1
À l'époque, j'avais décidé de créer souvent des personnages de femmes âgées comme protagonistes.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
parce qu'un éditeur m'avait agacée un jour, puissamment, parce qu'il m'avait dit « j'aime bien ton roman, il est publiable » . Alors, avec le recul, je ne trouve pas qu'il est publiable, il n'a jamais été et il ne le sera jamais. Mais je suis ennuyée parce que les personnages ont plus de 40 ans et ce n'est pas intéressant. Et j'ai immédiatement fait le lien avec le jeunisme. Alors, je vais en parler avec mon mari il n'y a pas très longtemps, mais disons qu'au cinéma, depuis les années 60, il n'y a plus de vieilles à l'écran. De vraies vieilles, je veux dire. Ce n'est pas rare que des jeunes femmes de 30 ans jouent la mère de la petite de 18. Alors, c'est possible.
- Speaker #0
C'est rapide.
- Speaker #1
Pide et puis c'est interdit par la loi aussi. Mais en fait, des personnages de femmes âgées, il n'y en avait pas. Il y en avait très peu joués par des femmes âgées. Et en général, ils étaient relégués en second rôle. pour moi, qui à l'époque n'était pas si âgée que ça, j'avais 40 ans et les brouettes, je trouvais ça stupide. Tout simplement déjà parce que 40 ans, c'est l'âge merveilleux. C'est le moment où on sait qui on est, où on va, où on a passé tous les affres terrifiants du collège à la mise en place de sa vie. On jouit de ce qu'on a construit à ce moment-là, si on peut, évidemment. Et la vieille anglaise, elle n'avait pas 40 ans quand je la fais entrer dans l'histoire, elle en a bien 70. Mais justement, des vieux, j'en connais plein. Et maintenant, je commence à rejoindre le groupe. Et c'est une partie de la population, tout de même, qui a le droit d'être héroïque. Il y avait un personnage de vieille quand même, dans les années 50, c'est Suzanne Calvin dans les romans de Isaac Asimov. Et je trouvais qu'il l'avait extrêmement maltraitée, cette femme. Ça avait été une de mes héroïnes jusqu'au moment où je me suis aperçue à quel point il avait été abominable avec elle. Elle n'avait pas droit à une vie affective. Et si elle en avait une, c'était avec un robot. qui la manipulait. Elle n'était pas jolie, elle était forcément une refusée de la vraie vie sociale des femmes. Le personnage de scientifique tel que femme, tel qu'on le voyait dans ces années-là. Et j'ai eu envie de créer une femme qui ne correspondait pas au canon. et puis à tous les niveaux c'est pratiquement une terroriste mon man Kelvin voilà, cela dit c'est une terroriste c'est pas une gentille fille oui oui,
- Speaker #0
on n'est pas chez Maminova pour le coup elle a un caractère et des idées bien tranchées et cette histoire de cachalot Parce qu'on a un récit entre écologie, mais pas que, et aussi avec de la distance. On a évidemment ces grands animaux passionnants. C'était le thème de l'anthologie, j'imagine bien. Mais qu'est-ce que tu avais envie de faire en transférant son esprit dans le corps de cet animal ?
- Speaker #1
Alors, s'il y a bien une chose dont j'avais envie, moi, en petite, c'était d'aller nager avec les dauphins. Déjà, c'est un peu cliché, un peu nuche, mais je trouve que ce sont des animaux fascinants. Et puis, j'avais été absolument passionnée par Un animal loué de raison de Robert Merle quand j'étais adolescente. Cela étant, c'est un roman que je ne relirai pas parce que je me souviens bien de ce qu'il y a dedans et je me rappelle maintenant du sexisme puant. plus à l'époque n'avait pas l'air de ça mais voilà et c'est devenu insupportable mais en tout cas les la communication avec les avec les dauphins était quelque chose de passionnant ce que disait merle des animaux était passionnant et dans ma famille traditionnellement on est très bestiole tout genre de bestiole chez moi là c'est une arche de noé il ya de tout du lézard aux poules en passant par le cochon de main, chien, chat, tortue, poisson, il nous manque le cheval. Et dans les Landes, on ne peut pas avoir de dauphins. On ne peut pas creuser une mare intégrante. Donc, je n'ai pas pris le dauphin parce que je trouvais ça trop facile comme animal. trop traités depuis Skippy, non pas Skippy, Flipper, pardon Skippy c'était un kangourou, Flipper le dauphin, passant par Galac et autres chocolateries. J'ai pris un animal pas maniable, un animal qu'on ne peut pas ignorer, même quand on est un balainier et qu'on a des harpons, on ne peut pas ignorer un cachalot. Et je trouvais très bien qu'une vieille dame, qu'on ne pouvait pas ignorer non plus, se transfère dans le corps d'un animal qu'on ne peut pas ignorer. Voilà.
- Speaker #0
Et l'un et l'autre. Quelle en a-t-il été de la précision scientifique ? Comment tu as travaillé ça ?
- Speaker #1
Avec un maximum de documentation, j'ai passé... environ deux mois à chercher la réponse à cette question. Est-ce qu'un cachalot peut vomir ? C'est une vraie question. Je n'ai pas eu la réponse. Je ne l'ai jamais trouvée. Alors j'ai décidé que oui. Et c'est le seul endroit où je n'avais pas une réponse scientifique avérée. Toutes les autres choses, je les ai fait vérifier. Sauf le continent de Cétacé, bien sûr.
- Speaker #0
Oui, évidemment.
- Speaker #1
Et voilà, j'ai vraiment travaillé de façon extrêmement précise par rapport au cachalot. Tout le gibberish science qu'il y a autour de la transnaise, non. Et quand je me relis, là, je me dis que j'aurais pu être un peu plus imprécise parce que bon, voilà.
- Speaker #0
Oui, tu n'avais pas besoin de plus de précision ?
- Speaker #1
Non. Et puis, je suis professeure, je travaille beaucoup sur les textes, la façon dont on les perçoit. Et là, récemment, nous avons travaillé avec mes premières dans le cadre du parcours Aimer la science, qui est un des parcours associés au bac de français. On a travaillé sur un texte de Sylvie Lenné, Petit Yaron. petits arrangements intragalactiques. Et je me suis aperçue que les élèves avaient énormément de mal à repérer les éléments scientifiques ou non scientifiques dans le texte. Alors, il y a sûrement une question de culture scientifique, évidemment, mais c'est surtout qu'il y a chez certains jeunes lecteurs, et puis plus tard chez d'autres, Un manque de distance avec le texte, on avale tout. Donc on a travaillé sur qu'est-ce qui était de l'ordre de la science-fiction et qu'est-ce qui était de l'ordre de la science dans le texte de Sylvie. Il y a deux, trois choses de vraiment scientifiques, par exemple une phrase sur l'eau sale dans les comètes. Et je montrais à mes élèves à quel point juste cette phrase-là pouvait nous amener loin en termes de... conception. Et ils ont découvert les comètes, du coup. Parce que pour eux, c'était entre l'étoile filante et une espèce de lune. Donc, comment dire ? Où est-ce que j'allais, là ?
- Speaker #0
C'est la précision scientifique.
- Speaker #1
Voilà. Pour moi, c'est important d'en mettre. Mais j'aimerais bien réussir à faire en sorte que ce soit très clair ce qui est de l'ordre de la science dans mes textes et ce qui est de l'ordre de la poésie. Voilà, on va l'appeler comme ça. On peut l'appeler le starwarisme aussi. Il y a un peu de ça,
- Speaker #0
c'est sûr. Tu as dit, évidemment, tu l'as relu pour cette réédition. Comment tu l'as relu, cette vieille Anglaise et le continent, 20 ans après ?
- Speaker #1
Il y a une chose très claire. Il y a des fois, avec certains textes, j'ai oublié que c'était moi. Et typiquement, avec la vieille anglaise, en le relisant une fois ou deux, j'avais oublié que c'était moi. Quel mot allait arriver derrière alors que normalement je le sais sur un texte ? Ce n'est pas une question de le savoir par cœur, c'est une question de me sentir en train de penser. Et là, je ne me sentais plus penser. A la troisième, ça m'est revenu et je me suis permise, je ne sais pas si tu l'as sûrement vu, de rajouter deux, trois trucs en passant. Je me suis permis une chose que je m'étais interdite à l'époque, c'est de développer un peu le continent Cetacé et quelques renseignements ici ou là que j'ai trouvé important de mettre. J'ai changé quelques termes aussi qui politiquement ne sont plus employés comme ça de nos jours et je suis d'accord à ce qu'ils ne le soient plus. Donc ça correspond à ce que je suis devenue. Voilà, je l'ai relu avec plaisir parce que ça faisait un moment. Est-ce que c'est quand même une vieille amie ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Est-ce que c'est une vieille amie ? Est-ce que c'est un compagnonnage ? Est-ce que c'est une fenêtre, retour vers le futur, vers ton moi passé, ton toi d'autrice ?
- Speaker #1
À cette époque-là, la vie était très compliquée. Un jeune enfant autiste, il devait lui apprendre à parler, il était non-verbal à l'époque, il était né depuis 4 ou 5 ans, ça a commencé à faire long son mot, mais c'était en train de s'ouvrir justement, on était en train de réussir à… trouver une langue commune avec mon fils. Je le dis bien comme ça parce que quand il parle, on sent bien qu'il y a un mécanisme dans sa tête de traduction qui se fait. Ce n'est pas toujours… C'est un langage chez mon fils, c'est un langage en flux, presque matriciel. Il faut saisir tous les éléments, les remettre parfois dans l'ordre. parce que toutes les infos sont balancées en même temps. Ou alors il va choisir une phrase stéréotypée qu'il a entendue dans un film qui paraît collée à la situation. La vieille Anglaise, elle arrive là, à ce moment-là, et quelque part, c'est parce que tout allait bien. Ça a commencé à aller bien. et qu'avec elle, ça allait bien aussi littérairement parlant, parce que la vieille anglaise m'a tout ouvert. Maintenant, j'ai l'immense chance, non pas d'être Bernard, comment il s'appelle ? Henri Lévy, je ne sais pas, Marc Lévy, et de faire des milliers d'euros au monde, dans des milliers de cas.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
Voilà. De toute façon, je ne saurais pas écrire du Marc Lévy. J'ai essayé et ça ne marche pas. Je ne peux pas m'en passer. Au moins, j'ai la chance absolue et extraordinaire, je te le disais il n'y a pas longtemps, de publier ce que je veux, quand je peux. Et ça, c'est extraordinaire. C'est ce que je dois à la vieille Anglaise, ça. On m'a très, très rarement refusé des textes. Ça a dû arriver moins de cinq fois. Certains, je ne les ai pas présentés à la base dans le tas.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aimerais qu'on en retienne de cette vieille anglaise avec nos yeux de 2026 ? Qu'est-ce que tu aimerais que les lecteurs et les lectrices gardent comme sensation ce qu'ils y voient ?
- Speaker #1
Qu'on n'a pas tous les droits même quand on a raison. Et que c'est très important à garder en tête, parce qu'imposer le point de vue de celui qui a raison, ça reste à imposer quelque chose. Et parfois c'est vraiment dangereux pour tout le monde. C'est ce que je raconte dans cette histoire. On ne sait pas comment les malaises vont se tirer de ce qu'ont fait Anne et ses petits copains. On sait que l'humanité va payer un prix intéressant. Et voilà. Ce n'est pas science sans conscience avec la ruine dans la main. Ce n'est pas ça du tout. Je ne crois pas au complexe Frankenstein du tout. Je ne suis pas une technobro non plus. Je dis qu'il faut garder qu'il y a un moment où... Il faut se dire stop, même si on a raison.
- Speaker #0
J'aime bien ta phrase. On ne peut pas tout faire, même si on a raison. Un beau message. Merci beaucoup, Jeanne.
- Speaker #1
Je t'en prie.
- Speaker #0
Merci à vous de nous avoir écoutés. Vous avez compris, dans votre vie de lecteur, dans votre vie de lectrice, il faut lire La Vieille Anglaise et Le Continent. Et ça tombe bien, puisqu'elle est rééditée ces jours-ci. Voilà, le podcast ActuSF, c'est terminé pour aujourd'hui. Mais bien sûr, vous le savez, on revient très vite. pour de nouvelles aventures. Bonne journée à toutes et à tous.
- Speaker #2
À plus, SF, c'est podcast.