- Speaker #0
Bonjour à tous, je me retrouve avec Fabrice Cocchio, vous êtes le patron France de Digital Reality, alors je le prononce à la française mais vous le prononcerez mieux que moi, on est sur Adopt AI. Pourquoi votre entreprise ? Pourquoi votre présence sur le salon ? Qu'est-ce qui fait que c'est une préoccupation pour votre entreprise ?
- Speaker #1
Digital Realty est le leader mondial des data centers, leader en Europe et leader en France. Donc ça fait trois bonnes raisons d'être au salon Adopt AI, d'autant plus que nous sommes au cœur depuis des années déjà de la révolution cloud, mais également désormais de la révolution AI avec nos clients ou de nouveaux clients. Tant sur les hubs de Paris et de Marseille que nous alimentons avec des grosses infrastructures. Aujourd'hui on gère 17 data centers, on en a 6 en construction, donc beaucoup de projets. Qu'on avait d'ailleurs annoncé ici au salon AI de mai dernier au Grand Palais, avec 5,2 milliards d'investissements en France. C'est donc une bonne raison d'être ici.
- Speaker #0
Donc un grand plan d'investissement, ce qui suppose que c'est un marché qui est pour vous porteur. Comment vous allez le servir ce marché ? Avec quel type d'infrastructure ? Est-ce que ces infrastructures échangent avec l'AI ? Quand je parle d'AI, je parle plutôt de la partie générative parce que finalement l'IA traditionnelle imposait peut-être moins de changements d'infrastructures.
- Speaker #1
D'abord, ça a déjà commencé depuis 2-3 ans, une vague massive d'investissements d'infrastructures. Ces infrastructures de plateformes informatiques et télécoms que traditionnellement nous hébergeons. dans nos data centers, nos clients, c'est aussi bien les géants de la tech américaine que les grandes entreprises françaises, que des nouveaux venus ou des spécialistes de l'AI que l'on voit ici d'ailleurs exposés au salon. Et notre mission, c'est bien évidemment, comme d'habitude, d'assurer à la fois une continuité opérationnelle. Si le data center s'arrête, il n'y a plus grand-chose dans l'AI qui marche, mais surtout de permettre cette transformation complète qui est à l'œuvre, qui va prendre du temps, qui ne va pas se faire en 24 heures. et qui va se passer à certains endroits et pas partout. Et notamment dans ce qu'on appelle des hubs, les hubs de data centers, d'interconnexion, c'est-à-dire avec beaucoup de capacités télécom associées et surtout un très large éventail d'acteurs avec qui nos clients peuvent interagir, interconnecter, de façon à pouvoir bénéficier justement de l'agilité, de l'évolutivité et surtout de le faire à moindre coût. Alors ceci dit, une fois qu'on a dit ça, l'EA change un petit peu. Moi, j'ai la chance de faire ce métier depuis 26 ans. change un petit peu la donne en termes de spécifications techniques des bâtiments. On va vers plus de densité électrique, plus de concentration. Pour vous donner un élément de comparaison, on a mis 25 ans, grosso modo, à passer de baies de 2 à 20 kW. Sauf que là maintenant, on installe des baies à 100, 120, 150 kW. Forcément, ça change un petit peu la donne. Il faut que les data centers soient prêts pour ça, avec le deuxième enjeu qui est le refroidissement par eau. que certains fabricants présents ici au salon Adopt AI présentent, mais également des solutions des fois en mode natif de certains acteurs de nos clients, notamment français. Et là, il y a tout un travail pour accompagner et être ce qu'on appelle watercooling ready à l'intérieur de nos data centers. Donc, il y a un gros changement avec des specs qui d'ailleurs, des spécifications qui ne sont pas encore figées complètement au niveau mondial. Les HRAE qui font généralement la loi aux États-Unis, donc dans le reste du monde, pour les normes de matériel informatique, ne sont pas encore complètement positionnées. Mais on est en avance de phase avec la plupart de nos très grands clients.
- Speaker #0
Vous avez parlé d'eau, vous avez parlé d'électricité. On reviendra à la toute fin sur les enjeux environnementaux que ça peut poser. On sait qu'il y a beaucoup de discussions, de débats autour de ce sujet. Donc on y reviendra plus tard. Ce qui m'intéresserait également, parce que vous voyez l'actualité sur l'IA, l'IA générative est extrêmement riche. On parle de bulles, on parle de tous les acteurs, des fournisseurs. Merci. font des annonces. Quelle est votre vue sur le marché aujourd'hui en termes de dynamique d'adoption ? Est-ce qu'entre l'adoption, les promesses des uns et des autres, est-ce qu'on s'aligne ?
- Speaker #1
Je pense effectivement à un moment assez délicat pour trouver les grandes trajectoires, en tout cas les grandes réalités. Il y a, c'est clair, un enthousiasme et donc peut-être un emballement. de certaines annonces. Néanmoins, on peut voir deux, trois éléments. Digital Realty en France, c'est quasiment quatre années consécutives. Là, on finit bientôt 2025 à 25 à 30 % de croissance par an. C'est sur des croissances très fortes. C'est une matérialité, matérialité du cloud, matérialité de l'IA, qui sont d'ailleurs interdépendants pour faire fonctionner notamment les inférences. Donc là, on voit bien qu'il y a un marché qui ne concerne pas tout le monde, mais il y a aussi un nouveau marché avec beaucoup d'investissements, notamment dans les data centers, avec des annonces qui parfois peuvent laisser surprendre parce qu'elles viennent de non-spécialistes du data center. Alors, on peut très bien révolutionner les choses, il y a des éléments de disruption, il va y avoir quand même un certain nombre d'éléments où peut-être, On risque d'avoir dans certains hubs européens notamment, Paris peut en faire partie, des situations de suroffre momentanées. Mais la tendance long terme, la méga trend sur l'EI, elle est extrêmement forte. Et moi, ce qui m'interpelle, en tout cas, ce qui quelque part me rassure, c'est que je vois déjà certains de nos clients, grands comptes français par exemple, mettre déjà des inférences. Sur des plateformes dans nos data centers, on n'est plus dans le domaine du training, on est déjà dans l'usage réel économique qui est celui qui va finalement financer tout ça. C'est quand il va y avoir l'adoption par les entreprises, grands comptes, ETI, peut-être PME un jour, de toutes ces solutions qu'on va vraiment basculer dans la deuxième phase, c'est-à-dire la phase de commercialisation effective. Et là, ça commence déjà. Donc on n'est plus dans de la prévision sur base de science-fiction, on y est déjà. Sans surprise, ça touche les grands acteurs finance, assurance ou du manufacturing de certains verticaux. Il y aura forcément des ups and downs, comme on dit en anglais. Ça ne sera pas une courbe bien exponentielle, ça sera sûrement un petit peu des montagnes russes, comme on l'a connu il y a 25 ans au moment de l'Internet. L'Internet est là aujourd'hui dans notre vie de tous les jours. L'IA sera dans notre vie dans 25 ans, tous les jours, dans notre vie de citoyen, d'employé ou tout simplement d'acteur économique.
- Speaker #0
Vous l'annonciez au début, vous avez un plan d'investissement de 5 milliards, c'est ça, en France ? Ce qui suppose que, comme vous êtes un acteur historique, vous savez mesurer des tendances pour que vos investissements soient calibrés finalement avec la demande. Donc la bulle, ce n'est pas quelque chose qui vient déjouer finalement votre manière de travailler classique ?
- Speaker #1
Non, on a toujours la même recette depuis 25 ans, on écoute nos clients. Ça paraît simple. mais c'est d'ailleurs la base qui avait fait qu'on était parti en 2013-2014 à Marseille pour créer de toutes pièces le hub de Marseille. C'était en écoutant nos clients qui avaient besoin de Marseille pour échanger avec l'Afrique, le Moyen-Orient, l'Inde et l'Asie. Et puis surtout, le cœur européen informatique, ce qu'on appelle dans le jargon télécom et informatique le FLAP, le Francfort London Amsterdam Paris, puisque ça, ça consente à peu près 65% du PIB informatique européen. Alors oui, des investissements extrêmement importants qu'on avait. annoncée au président de la République au moment du sommet IA et du sommet de Chouze France. 5,2 milliards pour être précis, 4,2 milliards à Paris et 1 milliard à Marseille, réalisés avant 2030. C'est-à-dire qu'on n'est pas sur des annonces plus ou moins gazeuses. On est une société cotée, donc on doit faire attention à ce qu'on dit en bourse pour garder bien sûr l'équité entre tous les investisseurs. Et on est sur des dossiers qui sont soit déjà validés sur des permis, soit en cours de construction, soit en fin d'instruction de permis. pour construire tout ça. Donc il y a effectivement une accélération, surtout en France et en Allemagne, de notre groupe pour la partie européenne, pour deux raisons. La première qu'on a évoquée déjà, c'est-à-dire une très forte demande, et surtout une deuxième raison, c'est que l'Europe a un souhait, et la France et l'Allemagne en particulier, de faire des activités d'AI souveraines, de cloud souverains, avec une notion d'autonomie, de confiance. et puis de capacité à animer l'écosystème local. Et ça, c'est extrêmement important d'accompagner cette volonté politique, mais surtout économique des grands acteurs. Et c'est notre métier en tant qu'acteur neutre de pouvoir justement donner les moyens d'avoir cette infrastructure essentielle, encore une fois, du data center. Parce que sans data center, pas d'IA.
- Speaker #0
Emmanuel Macron, on vous parlait d'Allemagne. Il y était récemment à Berlin pour le sommet sur la souveraineté européenne. C'est également Emmanuel Macron qui a initié la stratégie nationale pour l'IA, dont la troisième phase a été annoncée cette année. Elle est axée sur les infrastructures. J'imagine que vous êtes particulièrement à l'écoute de ce cadre. Est-ce qu'il a une importance, un impact sur votre activité ? Est-ce qu'il est facilitateur ? Ou est-ce qu'au contraire, il comporte des lacunes ? Quel est un peu votre regard sur ce sujet ?
- Speaker #1
Je pense qu'il faut laisser faire, bien sûr, les acteurs économiques de cet enjeu à la fois d'investissement et d'usage. Mais on doit remercier en tout cas la France et le président en particulier, même si je vois avec plaisir que le chancelier allemand rejoint cette préoccupation. Parce qu'il y a une vraie prise de conscience et peu de pays dans le monde ou même de pays européens ont eu l'intuition qu'il fallait justement insister auprès des différents acteurs et y compris de la population pour expliquer ce qui était en train de se passer et comment il fallait qu'on accompagne ces besoins fondamentaux d'infrastructure si on veut rester dans la course voire même être dans le peloton de tête. Et ça c'est un énorme enjeu. Alors on a la chance en Europe qu'on a... Et en France en particulier, qu'on a un système de droit, un système de normes, c'est essentiel pour la confiance dans l'IA. Et les phases qui vont venir, qui vont être en co-construction, participent à cette vision, déjà encore une fois bien entamée par les acteurs privés.
- Speaker #0
On l'a évoqué pendant notre discussion, c'est les préoccupations autour de l'IA générative et de sa consommation de ressources et de manière générale d'impact environnemental. Est-ce que les data centers... Surtout si on les multiplie et qu'on les concentre en termes de densité, ils peuvent être malgré tout efficients énergétiquement et être responsables. Quel est votre regard sur cette question ?
- Speaker #1
Chez Digital Realty, ça fait quasiment 20 ans qu'on fait de l'efficience énergétique pour une raison très simple, c'est que le coût d'électricité que l'on repasse à nos clients constitue en moyenne 25 à 30% de leur facture totale. Donc inutile de vous dire que quand on leur dit qu'on améliore l'efficience, donc on consomme moins de kilowattheures, généralement nos clients apprécient. Il y a au-dessus de ça maintenant des enjeux réglementaires et notamment les directives européennes sont assez strictes pour 2030 sur tant les data centers exploités que ceux en cours de construction. Il faut être direct, l'Europe est partie très en avant sans aucune mesure avec les contraintes qu'on peut avoir. Dans d'autres pays, nous sommes présents sur les six continents. On peut assez facilement comparer. Et moi, personnellement, en tant que citoyen, je trouve ça extrêmement bien parce que ça force justement l'industrie à se remettre en question et à aller toujours chercher. Il n'y a pas de baguette magique. C'est essentiellement des sommes de décision ou de choix d'investissement au moment du design, au moment de la construction et surtout au moment des opérations du data center pour faire des bâtiments efficients. Un petit paradoxe, c'est que finalement, on s'aperçoit chez Digital Realty en tant que leader Alors... que plus on fait gros et plus le bâtiment est facilement efficient entre guillemets et donc certains des fois véhiculent l'idée qu'il faudrait mieux multiplier des micro data center ou des petits data center dans la réalité il faut pouvoir jouer sur le partage des workloads le partage de la charge pour pouvoir travailler effectivement sur l'efficience du bâtiment mais il y a beaucoup ça serait trop long à détailler ici il ya beaucoup d'actions que nous faisons y compris pour réduire tout simplement l'impact des système de groupe de secours, par exemple, les fameux générateurs qui sont étudiés pendant les instructions ICPE de nos installations. Et par exemple, Digital Realty est le seul acteur, depuis 4 ans maintenant, à avoir complètement supprimé le fuel dans nos systèmes de secours. On travaille sur des molécules de synthèse, le HVO100, qui nous coûte bien sûr un peu plus cher, mais qui a le bon goût sur le cycle de vie d'émettre 90% de carbone en moins. Donc, vous voyez, c'est vraiment la somme de plein d'actions dans ce sens. C'est essentiel, c'est essentiel. Pour l'acceptabilité politique et sociale de nos activités, c'est aussi essentiel pour les enjeux environnementaux et réglementaires de nos propres clients.
- Speaker #0
Oui, puis il y a la question de l'énergie et de sa décarbonation. Et donc, il y a un choix à faire des pays d'implantation qui proposent l'énergie la plus propre. C'est un paramètre qui est pris en compte lorsqu'on implante un data center ?
- Speaker #1
Alors, si nos clients avaient le choix, Ils mettraient tous leurs data centers soit dans les pays nordiques, soit en France, puisque c'est les deux endroits en Europe où on a l'énergie la plus décarbonée, pour des raisons différentes d'ailleurs. Malheureusement, il y a des consommateurs à Madrid, à Rome, à Francfort, en Pologne, et ainsi de suite, et il faut bien accompagner la plupart du temps, au plus près, les usages. C'est pour ça que des fois, on se dit mais pourquoi pas tout concentrer, je ne sais pas moi, en Islande. Non, en fait, il y a des réalités d'usage à proximité de ce qu'on appelle le temps de latence. Il ne faut pas oublier qu'une donnée, que ce soit du cloud, du digital media ou de l'IA, à un moment donné, il faut l'échanger par des réseaux télécoms très rapidement et de plus en plus rapidement d'ailleurs de nos jours en fonction des applications. Mais effectivement, la France a un énorme atout, très bien souligné d'ailleurs par le président de la République lors du sommet de l'IA, puisque c'est effectivement un endroit où on crouve encore du foncier. où on a une capacité de production électrique importante. On est même excédentaire depuis qu'on a fait un peu de plomberie dans les centrales nucléaires en 2023. Et surtout, avec une capacité... pouvoir fournir de l'énergie décarbonée et sans commune mesure avec la plupart de nos voisins. Donc on a beaucoup de chance à nous, tous les grands acteurs ou les petits acteurs, de profiter de cette opportunité et peut-être effectivement d'accélérer dans l'IA.
- Speaker #0
Merci Fabrice.
- Speaker #1
Merci à vous, c'était un plaisir.