- Speaker #2
Bienvenue dans Ajaccio, Histoire secrète, le podcast de l'Office de tourisme du pays d'Ajaccio. Je suis Christophe, curieux invétéré, et aujourd'hui, je vous propose de plonger dans une histoire aussi belle que dramatique, celle du corail et de la place qu'a tenue Ajaccio dans cette grande aventure méditerranéenne. Et comme toujours, je suis accompagné de Pierre-André, notre guide conférencier. A toi Pierre-André.
- Speaker #1
Merci Christophe. Aujourd'hui, je vous invite à plonger, c'est bien le mot, dans l'histoire de la pêche au corail, ce précieux or rouge de la Méditerranée. Depuis l'Antiquité, le corail rouge fascine, de par sa couleur éclatante ou sa texture si particulière. Pour les Grecs, il serait né du sang de méduse, lorsque sa tête fut tranchée par percée. Dans la tradition chrétienne, on le retrouve autour du cou de l'enfant Jésus, comme un talisman protecteur lié au sang du Christ. De manière générale, toutes les civilisations de la Méditerranée se sont intéressées au corail. Égyptiens, Grecs, Etrusques, Romains. Au Moyen-Âge, ce sont les Toscans, les Catalans et les Génois qui relancent la pêche. Et puis, au XVIIIe siècle, les Napolitains dominent toute la filière. Pêche, commerce, transformation. La ville de Toredel-Greco, près de Naples, devient un immense centre de travail du corail, employant des milliers d'ouvriers.
- Speaker #2
Alors tu vois, je voulais oublier complètement cet aspect mythologique et cultuel du corail, déjà. Et ensuite, Ajaccio. Ajaccio, dans tout ça, ce n'est pas une ville qu'on associe immédiatement au corail.
- Speaker #1
Et pourtant, dès sa fondation, à la fin du XVe siècle, Ajaccio devient un lieu de pêche au corail qui, au fil des années, se développera. Au début du XVIIIe siècle, près de la moitié de la ville vit directement ou indirectement de la pêche au corail. Le quartier du Borg, l'actuelle rue Fèches, se transforme au fur et à mesure. Autour de l'actuel oratoire Sanrukelu, une nouvelle bourgeoisie maritime s'installe. Des familles comme les Montepagano, les Pau ou les Reco bâtissent de belles demeures ouvertes sur les rivages où mouillent leurs navires. Cette importance du corail est telle qu'elle atteint même l'imaginaire politique. En 1736, lorsque... Théodore de Neuf devient brièvement roi de Corse, le drapeau qu'il adopte est frappé d'une image étonnante. Deux géants ailés tenant chacun un gourdin et l'un d'eux, symbole de puissance et de richesse, tient dans sa main une branche de corail. C'est dire à quel point le corail est un marqueur d'identité pour la Corse.
- Speaker #2
Tellement un marqueur d'identité pour la Corse que même Napoléon s'y intéressait.
- Speaker #1
Effectivement Christophe, en 1801, à leur premier consul, Napoléon... tente de relancer l'activité à Ajaccio. Il prévoit une compagnie du corail, une manufacture locale et même un lazaret pour isoler les marins. De tout cela, seul le lazaret sera construit. D'ailleurs, ces ruines sont toujours visibles sur la grande île des Sanguinaires. Mais la réalité est amère. Dès 1774, la France interdit la pêche en Corse pour préserver les ressources. Une décision forcément mal vécue. Quand la loi est levée en 1779, cinq ans plus tard, Il est trop tard, l'activité s'est effondrée. Puis, en 1816, un événement tragique scelle le destin des corailleurs. À Alger, la gare du Dey tente d'arrêter plus de 2000 corailleurs, dont plusieurs ajaxiens. L'intervention tourne au massacre. 40 pêcheurs sont tués. Ce drame marque la fin d'une époque. À Ajaccio, plus jamais la pêche au corail n'aura l'ampleur qu'elle a connue.
- Speaker #2
Et aujourd'hui, à Ajaccio, est-ce qu'il reste encore des pêcheurs de corail ?
- Speaker #1
Oui, mais il y en a très peu et l'activité est très encadrée. On pêche désormais à grande profondeur, à la main, avec prudence et respect de la ressource. Mais c'est toujours un métier dangereux. Autrefois, les corailleurs partaient des mois entiers en mer, dans des bateaux exigus, exposés aux tempêtes, aux maladies et aux pirates. Ils gagnaient peu, les armateurs s'enrichissaient, pas les marins. Mais pour beaucoup, c'était la seule perspective d'avenir. L'histoire du corail, c'est celle d'un rêve de richesse. parfois déçues, souvent d'ailleurs, mais aussi celles d'un patrimoine maritime unique, forgé dans la ténacité, le courage et parfois dans le sang.
- Speaker #2
Et pour ceux que cette histoire passionne, Pierre-André, il y a une suite possible, non ?
- Speaker #1
Tout à fait. L'Office de tourisme du pays d'Ajaccio organise chaque été une visite guidée sur le thème du corail. C'est une immersion dans le passé, mais aussi une rencontre vivante avec l'une des dernières artisanes tailleuses de corail en Corse. C'est une occasion rare de comprendre ce métier, ce geste, ce lien entre la mer
- Speaker #2
Merci Pierre-André pour cette traversée de l'histoire du corail à Ajaccio. Et à vous qui nous écoutez, venez découvrir Ajaccio, là où l'histoire commence et parfois change le monde. A très bientôt pour un nouvel épisode de Ajaccio, histoire secrète.