Speaker #0En gym, on passe des semaines à répéter nos mouvements et zéro minute à entraîner la tête qui nous permet de les réussir. Ici, on va changer ça. Bienvenue dans Aligné, de la tête aux pointes. Ce podcast s'adresse aux gymnastes et aux coachs qui ont compris que répéter plus ne règle pas toujours ce qui se joue à l'intérieur. Je m'appelle Arthur Planck, préparateur mental spécialisé en gymnastique. J'accompagne les gyms et leurs entraîneurs à comprendre ce qui ne se voit pas. Mais décide de tout. Ce podcast ne t'apportera pas d'astuces toutes faites pour piloter la réception, mais plutôt une autre façon de voir tes entraînements. Et c'est certainement ça qui t'aidera le plus à progresser. Ici, on remet les choses dans l'ordre. La tête d'abord, les pointes, ensuite. Ah là là ! Ce dont je veux te parler dans ce podcast, j'avais hâte de t'en parler. Et je suis très heureux que ce soit le sujet de mon premier podcast. En fait, on m'a toujours appris que si je voulais quelque chose, il fallait que je travaille dur pour l'avoir. On me l'a sans cesse répété à la gym. Ça a commencé dès que je ne touchais pas à mon grand écart, on n'arrêtait pas de me dire qu'il fallait que je travaille plus ma souplesse. Ensuite, quand je n'avais pas encore moins de dos, on m'a dit « Arthur, il faut que tu travailles plus tes équerres, il faut que tu travailles plus ta montée en force. » Et ensuite, tout au long de ma carrière, quand j'ai des passages ratés, on n'arrête pas de me demander de repasser encore et encore. à l'école aussi, on n'arrête pas de me faire croire que travailler plus, ça va être la solution puisque quand j'avais des mauvaises notes, on me disait que je ne travaillais pas assez. Sous-entendu, je dois travailler plus. Et dans ma famille aussi, on n'arrêtait pas de m'intégrer cette chose-là dans ma tête puisqu'on n'arrêtait pas de me dire il faut travailler dur si tu veux faire le métier que tu veux. Du coup, moi, Arthur, j'ai intégré que travailler plus, c'était la solution à beaucoup de mes problèmes en tant que gym. Mais dans ce podcast, j'aimerais te partager trois moments précis où j'ai compris que travailler plus... ne suffirait absolument jamais à régler certains de mes problèmes en tant que gym. Et attention, je ne dis pas que le problème c'est de travailler dur. Ceux qui me connaissent d'ailleurs savent que je suis plutôt du genre à travailler dur et beaucoup. Par contre, le problème c'est peut-être de croire que travailler dur ça règle tout. Et le premier moment où j'ai compris ça, c'était pas en compétition, c'était à l'entraînement. Je t'en parle tout de suite. Ce moment-là, je m'en rappelle très bien, donc je vais pouvoir te le raconter en détail. Mais pour ça, il faut que je te remette dans le contexte. Je devais avoir 14 ans, j'avais 4 entraînements par semaine, et j'avais un mouvement de barre fixe avec une bascule équilibrée, un passe-fil, un soleil, et une sortie échappe, une sortie saltoirière corps tendu. En fait, chez les garçons, on n'a pas vraiment le choix, puisque la sortie saltoirière groupée n'existe pas, donc on apprend tout de suite la sortie saltoirière tendu. jusque là je ne me posais pas trop de questions, ça allait plutôt bien sur cette sortie. Et donc on a une compétition par équipe, je suis prévu de passer à la barre fixe donc je m'échauffe, l'échauffement se passe bien, et puis au moment du passage, mon passe-file très bien, mon soleil très bien, vient le moment de faire la sortie salto, et à ce moment-là, en plein milieu de mon shoot, donc tu sais ce moment où tu prends vraiment tout ton élan, mes mains, qu'est-ce qu'elles décident de faire ? Elles décident de lâcher la barre, de glisser complètement. Donc je te laisse imaginer avec la vitesse plus la hauteur de la barre, je me suis retrouvé à même le sol comme une crêpe et donc je me suis blessé. A ce moment-là, heureusement, j'ai été très bien pris en charge, j'ai été rapatrié à l'hôpital le plus proche de la salle de gym. Ils ont fait les examens très rapidement, on a pu se rendre compte que je n'avais rien de grave, j'ai simplement porté une minerve pendant quelques jours pour me protéger. Et puis, assez rapidement finalement, j'ai pu reprendre le chemin de l'entraînement. Et c'est à ce moment-là où ça devient intéressant. Parce qu'à l'entraînement, on décide qu'à la reprise de mes entraînements, une fois que j'étais en forme, quand je reprends les entraînements à la barre fixe, on décide qu'à chaque séance d'entraînement, je vais retravailler ma sortie salto. Et je me rappelle très bien qu'à chaque séance, on essayait de refaire cette sortie salto. Je montais sur la barre, je mettais ma lésille, je mettais mes maniques, je montais, je me préparais, je balançais, mais je n'osais pas lâcher cette fichue barre. Pourtant je faisais tous les éducatifs possibles. Je me rappelle même d'un éducatif qui était de prendre un bâton en plastique, je me mettais dos à la fosse et je devais le jeter en tombant plat dos pour mimer un peu cette sortie salto. Bref, je faisais tous les éducatifs, je passais avec à chaque fois la volonté d'y aller mais pourtant je n'osais pas lâcher la barre. Et je me rappelle très précisément d'un jour où on décide avec l'entraîneur, enfin c'est lui qui décide, pas vraiment moi, mon entraîneur décide Non pas de me faire passer sur la grande barre dans la fosse, mais plutôt sur une barre éducative. Vous savez, c'est cette barre où on peut monter et descendre la barre à la hauteur qu'on veut, où il y a différents crans. On décide de descendre la barre parce que c'est vrai que... La barre est quand même à plus de 2,50 mètres de haut du sol, donc ça peut me faire peur évidemment à 14 ans pour me relancer sur ma sortie salto après m'être blessé. Donc cet entraîneur décide de baisser la barre. Je me rappelle très bien, je vois cet entraîneur à ma droite sur un bloc, un autre entraîneur à ma gauche sur un autre bloc, on met une fosse en face de la barre, et moi qui balance, on compte les balancers et au troisième je dois lâcher. Un balancé, deux balancés. Trois balancées, on m'arrête en chandelle et je ne lâche pas cette fichue barre, je ne la lâche toujours pas. Pour régler ce blocage, ce qu'on était en train de faire, c'était essayer encore et encore, passer plus, passer plus, passer plus, faire plus d'exercices, faire plus d'éducatifs, faire plus de passages. Mais pourtant, ça ne suffisait pas à me débloquer. Voir même, ce que ça a déclenché chez moi, c'était plutôt de la frustration, de la colère. parce que je ne comprenais pas pourquoi je n'arrivais pas à lâcher cette barre, alors même qu'on essayait plein de fois. J'avais aussi une sorte de désespoir, parce que je me voyais avancer au fur et à mesure des séances, au fur et à mesure des semaines, sans pour autant réussir à lâcher cette barre, alors que je m'investissais à 2000%. Il y a même eu un moment où je n'y croyais plus, où je pensais que je n'arriverais plus jamais à faire cette sortie salto. Et spoiler alert, l'année dernière, j'ai fait une sortie triple salto arrière en fosse, j'en suis assez fier. À ce moment-là, j'avais cette frustration de ne pas y arriver. Et en plus, j'avais même cette sensation assez désagréable de déranger tout le monde. Parce qu'il faut le dire, je devais ramener les blocs pour les parades, je devais mobiliser deux entraîneurs pendant 15-20 minutes alors que je n'osais pas me lancer. Donc il y avait aussi ce problème-là en moi, de me dire j'ai l'impression de déranger tout le monde à ce moment-là. Finalement, cet élément, j'ai pu le débloquer. Le jour où j'ai arrêté de vouloir forcer à passer sur la barre, mais plutôt le jour où j'ai commencé à me faire confiance et mieux apprivoiser ma peur. Bref, tout s'est débloqué à partir du moment où j'ai choisi de faire autrement et d'arrêter de forcer encore et encore. Le deuxième moment de mon parcours où j'ai compris que travailler plus ne suffirait pas à me permettre d'atteindre mes objectifs ou même être fier de moi, c'était ce moment à la qualification indive en 2022, où ma compétition a littéralement été un carnage. Pour te remettre dans le contexte, on était en 2022, c'est-à-dire que c'était l'année de retour à la compétition après toute la période du Covid. C'était donc la toute première opportunité qu'on allait avoir pour se qualifier sur une compétition nationale. Et pour moi, c'était d'autant plus important parce que c'était la toute première saison sur laquelle j'allais avoir l'occasion de vivre mon rêve, c'est-à-dire me qualifier au championnat de France. en national A, 22 ans et plus. Et honnêtement, pendant toute la période du Covid, je me suis énormément entraîné physiquement. Clairement, je faisais de la préparation physique tous les jours. À la période de reprise en salle, je venais tous les jours à l'entraînement. Il y a même eu une période où je m'entraînais deux fois par jour. Et donc, j'arrivais à cette compétition déterminée. C'était vraiment pour moi la journée importante de l'année puisqu'elle allait me permettre de me qualifier et donc vivre. le rêve que j'avais qui était de participer à ces championnats de France en National A. Et quand je revois les résultats de la compétition, je les ai sous les yeux. Je revois mon 7 au cheval d'Arsene, je revois mon 10 au bar parallèle, je me revois donc dernier du classement de cette compétition régionale avec 66 points. Pour ceux qui connaissent un peu le nombre de points sur l'ancien code de pointage, 66 points, eh bien ça fait un peu frissonner pour la qualification aux championnats de France, on peut se dire que c'est un peu limite. Et donc, à ce moment-là, je me rappelle très bien avoir terminé ma compétition complètement déçu en me disant de toute façon, je suis dernier de ma région. J'ai fait 66 points. Ça ne passera absolument jamais. Donc, c'est mort. Je ne pourrai pas participer au championnat de France. Et c'est à ce moment-là que j'ai compris que j'avais beau avoir travaillé énormément pendant la période du Covid, j'avais beau être prêt physiquement, j'avais beau avoir répété mes mouvements un nombre incalculable de fois. Eh bien, je pouvais quand même rater le jour J, le jour où ça compte pour moi et donc travailler plus. ne suffisait pas, encore une fois, à me permettre d'atteindre mes objectifs. Il fallait donc travailler autrement ou travailler autre chose. Tu t'en doutes, je veux parler ici du mental. Parce que j'avais beau être prêt physiquement et techniquement, en fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai fait une ou deux chutes aux arsons et j'ai eu beaucoup de mal à me reprendre par la suite. Ce qui fait que j'ai refait une chute aux barres parallèles. Et en fait, la suite de ma compétition, déjà, j'ai pas pris de plaisir. Et en plus, j'étais plus vraiment dedans. Tu sais quand T'es tellement déçu d'avoir fait une chute en compétition et du coup, t'es presque là à baisser les bras parce qu'il y a une partie de toi qui n'y croit plus. et c'est ce qui s'est passé pour moi à partir de ma première chute aux arsens où je me suis dit oula mais en fait moi j'ai pas le droit à l'erreur pour me qualifier je viens de faire une chute Donc, quelque part, c'est mort, quoi. Et ça m'a mis dans un état où je passais aux agrées ensuite, mais sans ma pleine détermination que j'avais bâtie pendant des années durant. Et ouais, c'est vraiment une expérience qui m'a montré que j'avais beau avoir travaillé énormément, ça ne suffisait pas pour atteindre mon objectif. Et le troisième moment dont je voulais te parler, c'était ce moment où je terminais les entraînements en tant qu'entraîneur. Ce moment où j'ai cru que plus je faisais passer mes gyms à l'entraînement, plus ils seraient prêts, moins ils feraient d'erreurs le jour de la compétition et donc plus on aurait de résultats en compétition. Bon, déjà ça s'est avéré ne pas toujours fonctionner ainsi. Puis j'ai même remarqué qu'en leur demandant toujours plus, moi de mon côté en tant qu'entraîneur, je m'épuisais plus. En fait, je leur demandais de passer plus, mais je n'avais pas les leviers pour les motiver. crée cet engagement dans l'entraînement qui fait que c'est fluide pour eux de venir travailler d'arrache-pied et repartir à la maison se reposer. Et on le sait, avoir un coach qui est épuisé, ça n'aide pas les gyms à atteindre les résultats qu'ils veulent atteindre. C'était donc selon moi insuffisant de penser qu'en travaillant plus, on aurait les résultats voulus avec les gyms. Pourtant, j'ai fonctionné ainsi pendant bien longtemps et j'aimerais éviter cette erreur avec ce podcast. En fait, selon moi, ces trois moments racontent la même chose. A chaque fois, ce n'était pas un manque de travail le problème, c'était plutôt un état intérieur à réguler. Et travailler plus ne faisait que masquer le vrai problème. Et comprendre ça, ça a véritablement changé déjà ma manière de m'entraîner, mais aussi ma manière de coacher les gyms. Et aujourd'hui, ça fait évoluer ma manière d'accompagner les gyms et les entraîneurs avec mon rôle de préparateur mental. Si j'avais compris ça plus tôt, j'aurais gagné du temps, j'aurais gagné de l'énergie, ça m'aurait épargné de longs moments de frustration et d'incompréhension. Et d'ailleurs, peut-être que toi aussi, tu sens que tu travailles dur, mais que ça ne suffit pas parfois. Alors je vais te laisser avec une question. Qu'est-ce que tu essaies encore de réguler en travaillant plus, alors que le problème est ailleurs ? Si ce que tu viens d'entendre t'a parlé, ce n'est probablement pas par hasard. C'est souvent le signe que tu as déjà compris que le problème n'est pas de travailler plus, mais de comprendre autrement. Si tu veux aller plus loin que ce podcast, tu trouveras tout ce qu'il te faut pour continuer de t'entraîner mentalement dans la description de cet épisode. Ce podcast est là pour ouvrir des prises de conscience. L'accompagnement, lui, permet de les transformer en changements concrets, à l'entraînement comme sur le plateau de compète. On se retrouve très vite pour le prochain épisode. Et d'ici là, souviens-toi, dans la gym comme dans la vie, ce qui compte n'est pas ce qui t'arrive, mais ce que tu en fais.