Speaker #0Art public, pour voir l'art urbain autrement. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans le premier épisode d'Art public. Pour ce premier épisode, j'avais envie de commencer par l'histoire de la recherche qui m'a menée à créer ce podcast. En effet, pendant deux ans, j'ai travaillé sur un mémoire de recherche consacré à un sculpteur montpellierain de la seconde moitié du 19e siècle, Auguste Bossan. Et mon travail s'est intitulé « La production sculpturale d'Auguste Bossan à Montpellier, réseau, circulation et réception d'une œuvre » . Ce travail couvre la seconde moitié du XIXe siècle. Dit comme ça, ça peut sembler assez universitaire, mais derrière ce sujet, il y a surtout une histoire, et c'est cette histoire que j'ai envie de vous raconter aujourd'hui. Avant de commencer à parler du cœur de mon sujet, je vais... vous expliquer ce qu'est un mémoire, parce que peut-être certains d'entre vous n'ont jamais fait cet exercice et que vous n'avez jamais connu ce type d'écrit. Un mémoire, c'est souvent un écrit à réaliser pendant ces deux années de master. D'une université à l'autre, les conditions ne vont pas être exactement les mêmes et aussi d'un domaine à un autre. En tout cas, en sciences humaines et en sciences sociales, souvent, c'est un mémoire avec un sujet libre où on choisit d'étudier avec précision. Dans le cas de mon université, ce sujet se faisait sur deux ans. Et donc, j'ai constitué pendant ces deux années tout un travail de réflexion autour d'un sujet spécifique, notamment dans mon cas, un sculpteur, avant d'écrire une centaine de pages là-dessus. Mais revenons à mon sujet en lui-même. Au départ, je ne m'étais pas forcément dit que je vais travailler sur Auguste Bossan. Et en réalité, à travers Bossan, est apparu de nombreuses notions autour de l'espace public. qui aujourd'hui m'amène à créer ce podcast. En réalité, Beausaint a laissé énormément de traces avant-pellier. On retrouve son nom dans les archives, les commandes publiques, dans les monuments et les sculptures qui sont encore présents dans la ville. Et pourtant, aujourd'hui, il est relativement peu connu. C'est cette contradiction qui est devenue le point de départ de ma recherche. Comment un artiste peut-il avoir autant marqué une ville pour être si peu connu aujourd'hui ? Et pour commencer... je vais vous expliquer comment je suis arrivée à ce sujet de recherche. La première fois que j'ai entendu parler de ce sculpteur, c'est à travers la thèse menée par Dominique Laredo. En effet, ce travail a été fait à la fin des années 90 et elle a traité toute la partie de la seconde moitié du XIXe siècle autour de l'attractivité artistique de la ville de Montpellier. Cette thèse était vraiment extrêmement riche et j'ai pu retrouver un répertoire où dedans il y avait de nombreux artistes présents, notamment Auguste Bossan. Et pourquoi j'ai choisi Auguste Bossan plutôt qu'un autre ? Déjà, en regardant ces quelques lignes de sa biographie, je me suis rendu compte qu'il produisait dans l'espace public. Et cet élément m'a intriguée, parce que pour le coup j'avais pas vraiment étudié ça. J'avais un petit peu étudié en licence, mais ça restait très partiel. Et ça m'a intriguée parce qu'en général, on étudie plutôt... les œuvres qui sont conservées dans des musées. Et non seulement Auguste Bossan est un artiste qui produit dans l'espace public, ce qui va me donner à connaître plusieurs manières de produire de la sculpture dans l'espace urbain. Et avant justement de commencer mon sujet, j'allais un peu regarder aussi sur internet, et j'ai vu quelques images d'œuvres produites par Auguste Bossan, et là c'était des œuvres qui me parlaient en plus totalement, parce que c'était sur des monuments ou des places qui sont... pour les Montpellierains extrêmement connus. Donc par exemple, la place de la Comédie, le Square Planchon, la place de la Préfecture, plein de lieux qui, quand on est habitant de cette ville, nous parlent concrètement parce que c'est au cœur du centre historique de la ville de Montpellier et c'est vrai qu'à ce moment-là, j'étais passée devant des centaines et des centaines de fois, mais je n'avais jamais réellement fait attention à ces œuvres. Et donc, ça m'a d'autant plus intriguée et donné envie Merci. D'étudier le sujet, je vais voir aussi comment je peux aller plus loin, parce que c'est vrai que mon sujet s'est concentré sur Auguste Bossan, c'est le cœur de mon sujet de mémoire. J'avais envie d'étudier aussi son réseau, et de voir, en allant un peu plus loin, qui entourait Auguste Bossan, cet artiste totalement inconnu, comment ses œuvres ont été perçues par ses contemporains, la réception de nos jours. Mais alors, vous devez vous demander où se trouvent les œuvres d'Auguste Bossan. En effet... Pendant mon travail de recherche, j'ai essayé de recenser le plus possible la présence de ces œuvres dans la ville de Montpellier et ses alentours, parce qu'en effet, je ne l'ai pas dit pour l'instant, mais Auguste Bosson a produit à l'extérieur de Montpellier, notamment dans des villes alentours comme Sète-Houbéziers. C'est un sujet que j'ai moins développé et qui reste d'ailleurs à creuser parce qu'en réalité, Auguste Bossan aurait potentiellement produit au-delà de la région d'Occitanie et les sources restent encore lacunaires. Donc il y a encore une étude à faire à ce sujet. Au niveau du type de production sculpturale d'Auguste Bossan, on peut les mettre en plusieurs catégories. Déjà, il y a les séries de portraits qu'il a réalisées par rapport à des figures publiques qui sont... pour la plupart conservés à la Faculté de Médecine et au Musée Fabre. Il y a également aussi toutes les ornementations de façade, qui est une grosse partie de sa production. Et nous avons donc par exemple l'Opéra Comédie, la Préfecture, le Musée Fabre, etc. Et il y a encore une autre catégorie, c'est plutôt les statues qui sont au niveau des places publiques, par exemple le Square Planchon. Aussi, il faut prendre en compte des monuments... auxquels vous ne pensez pas forcément. Par exemple, les monuments funéraires qui sont présents dans la production du sculpteur. Et je pense notamment aux monuments de la famille Polge, qui est impressionnant à voir quand on se rend au cimetière Saint-Lazare à Montpellier, et qui fait partie de ce type de production très peu connue. Et d'ailleurs, si vous voulez approfondir autour de la question du monument funéraire, je vous invite à aller regarder les travaux d'Éric Sergent. qui en parle extrêmement bien et qui est l'un des spécialistes du sujet. Et c'est vrai que moi, en découvrant ce type de production, déjà, ça m'a montré la diversité qui peut être faite par un sculpteur, mais aussi qu'un monio vénéraire peut être une œuvre d'art et une production artistique. Et c'est vrai que naïvement, on ne sait pas forcément. Et donc, voilà, c'est aussi une des œuvres un peu marquantes dans la production d'Auguste Bossan. Enfin, une troisième œuvre que j'aimerais citer, c'est la statue de Jacques-Mathieu Delpech, qui se situe à l'hôpital Saint-Éloi. Elle a été réalisée en 1898, ça fait partie des œuvres les plus monumentales d'Auguste Beausent, par sa dimension. Elle fait plus de largement 5 mètres. Elle a été fondue en bronze. C'est aussi une matière qu'Auguste Beausent exploite peu, parce que ça j'en ai pas du tout parlé. Au niveau des matériaux qu'utilise Auguste Beausent, ça va être la plupart du temps de la pierre. un petit peu du marbre, mais le bronze ça fait partie d'un répertoire beaucoup plus réduit chez ce sculpteur. Donc voilà, mais c'est vrai que chaque sculpteur a un peu ses matériaux à lui, et Auguste Bosson va plutôt être dans des matériaux propres à la sculpture dans l'espace urbain, et notamment la pierre pour par exemple les façades. Un autre élément important que je n'ai pas mentionné, c'est qu'Auguste Bosson décide volontairement de faire une production uniquement locale, ou en tout cas, ils ne cherchent pas à avoir une carrière. prestigieuse. Par exemple, en convoitant le prix de Rome, il décide d'être au plus près de ses commanditaires proches à Montpellier et ses alentours. C'est vraiment un choix volontaire. C'est pas par échec dans sa carrière, il choisit ce type de carrière-là. Mais pour autant, il y a une certaine notoriété d'Auguste Beausant à Montpellier, parce que non seulement il a un succès auprès de ses commanditaires, mais aussi auprès de l'enseignement de la sculpture. Pendant plus de 20 ans, il est professeur à l'école des Beaux-Arts de Montpellier. qui fait qu'il a une certaine notoriété auprès de ses pairs, ce qui en fait en connaissance publique son époque totale. Et ça, je l'ai bien perçu à travers des périodiques. Il y a de nombreux hommages à son nom, notamment lorsqu'il décède par le maire de la ville, ce qui montre que c'était vraiment un artiste bien implanté dans son espace urbain. Et c'est vrai que jusqu'à présent, je n'ai pas trop parlé des difficultés auxquelles j'ai été confrontée, et elles ont été quand même... nombreuses, j'ai envie de dire, mais je pense que c'est parce que aussi je débutais la recherche et que c'est pas évident de commencer pour la première fois un mémoire de recherche, surtout en écrivant une centaine de pages et je pense que ma principale difficulté a été l'absence d'atelier de l'artiste. Je n'ai aucune idée actuellement de comment cet atelier a disparu, comment il a été détruit. En tout cas, je n'ai pas réussi à trouver d'éléments là-dessus. Je ne l'ai pas mentionné jusqu'à présent, mais Sandrine Brémont a fait un mémoire sur Auguste Bossan, mais qui était davantage un catalogue qui recensait les œuvres, qui a d'ailleurs été extrêmement précieux pour moi pour repérer les œuvres d'Auguste Bossan dans l'espace public. Elle a également mentionné qu'elle n'a pas trouvé le fond d'atelier et je pense qu'en effet, il a été détruit. On a toutes les deux retrouvé la même adresse qui était à côté du jardin des plantes, mais le bâtiment en question est actuellement un bâtiment de la faculté de sciences. Il n'y a plus aucune trace de cet atelier. Et au niveau de la documentation, il n'y avait pas en soi d'archives sur la famille Bossan ou sur Auguste Bossan lui-même. Et donc ça a posé des difficultés pour reconstituer l'ensemble de son histoire. Et ce qui a finalement été particulièrement précieux pour moi, ce sont les périodiques. Je l'ai mentionné plusieurs fois grâce à ces commandes publiques, mais aussi par les autres artistes que fréquente Auguste Bossan. J'avais différents éléments, par exemple par Frédéric Basile, Jean-Antoine Ingealbert, Charles Maté. Grâce à eux, j'ai pu reconstituer Auguste Bossan à partir de sources extérieures. Et un troisième élément qui m'a aidée, c'est l'École des Beaux-Arts. Étant donné qu'il a enseigné pendant des années là-bas, j'ai pu retrouver... des comptes rendus et des éléments à son sujet, notamment quand il est arrivé à l'école des Beaux-Arts, sa classe de sculpture. Donc ces documents ont été extrêmement précieux pour moi et m'ont permis de reconstituer l'ensemble du fil rouge de mon mémoire. Donc voilà, c'est vrai que ça n'a pas été évident, mais c'est avec de la patience, du temps, j'ai pu consolider l'ensemble de ma réflexion. Et finalement, ce qui est essentiel et que j'ai découvert tout au long de ces recherches, c'est la notion aussi de la réception et du regard qu'on a sur ces sculptures. Parce que déjà, à l'époque d'Auguste Bossan, il y a toute une réception importante autour de ces sculptures, parce que contrairement à aujourd'hui, cette sculpture, elle était célébrée, notamment par des inaugurations. Et j'ai trouvé ces éléments grâce aux périodiques qui montraient des cérémonies qui étaient menées pour la mise en place des sculptures et pour la célébration des sculptures dans l'espace public. Et c'est extrêmement intéressant, parce que ça montre l'importance de ces œuvres. à ce moment-là, à cette époque-là. Alors qu'aujourd'hui, quand on passe dans ces sculptures, elles sont tout à fait anodines, voire oubliées. Et c'est vrai que c'est ce contraste que je trouve fascinant parce que notre regard sur ce type de sculpture a totalement changé dans l'espace de plusieurs décennies. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je pense qu'il est intéressant d'apprendre à les regarder à nouveau parce qu'elles nous aident déjà à comprendre l'histoire de notre ville, mais aussi son histoire actuelle, parce qu'elles font toujours... parties de l'espace public et elles sont utilisées d'une autre manière qu'à l'époque d'Auguste Beausant par exemple. Depuis le début, je parle beaucoup d'Auguste Beausant parce que c'est mon sujet de mémoire mais en réalité, il y a un tas d'autres sculpteurs qui font partie de la même catégorie, qui produisent dans l'espace public, qui font des commandes dans la seconde moitié du XIXe siècle, qui ont orné ces rues, ces monuments et ces espaces publics et qui sont tombés dans l'oubli. Et c'est vrai que je pense qu'il y a toutes qu'une étude à faire sur l'ensemble de ces sculpteurs que je qualifie un peu comme secondaires, qui ne font pas du tout partie des ouvrages ou de la sculpture du XIXe siècle, et qu'il faut mettre à nouveau, je pense, à l'honneur parce qu'ils font autant partie en réalité de l'histoire, même si les commandes sont parfois moindres que d'autres sculpteurs, comme par exemple Rodin, Bartholdi, Carpeau, etc. Ils ont quand même des choses à montrer, des significations, parce qu'Auguste Bossan, comme je l'ai dit, c'était un sculpteur extrêmement local. et donc il s'adaptait à une commande en fonction de sa ville. Et moi, pour ce podcast, j'ai justement envie de montrer à travers la sculpture, mais aussi d'autres œuvres, qu'il y a des artistes qui sont oubliés, pourtant qui sont à mettre en valeur et à sensibiliser auprès de tous les publics, pas seulement d'ailleurs des historiens de l'art, et essayer à comprendre à nouveau ces œuvres d'art et à les étudier. Pour finir, j'aimerais vous conseiller une petite lecture permettra de vous initier à la contemplation des œuvres d'art. Je vais plutôt vous conseiller, pas forcément une lecture d'ouvrages d'histoire de l'art, mais de la littérature classique. Cet été, j'ai lu David Fouekinos, qui sensibilise très bien à la contemplation des œuvres d'art. Donc je vous suggère fortement de lire par exemple Vers la beauté, qui apprend vraiment à avoir une sensibilisation autour de la contemplation. Et c'est ce que j'aimerais aussi montrer à travers mon... mon podcast. En tout cas, je vous remercie d'avoir écouté ce premier épisode. J'espère que cela vous a plu. Dans les épisodes suivants, il y aura des invités. Je ferai à nouveau d'autres épisodes seuls, mais c'est vrai que pour le coup, j'avoue que je suis plus emballée et très heureuse d'inviter des personnes et que je ne fasse pas uniquement mes podcasts toutes seules. C'est aussi le but de ces émissions, c'est de vous faire découvrir des personnes qui travaillent ou qui sont sensibilisées autour de l'art public. Pour le prochain épisode, nous aurons un invité qui parlera du rapport entre le froid et la sculpture. N'hésitez pas à me suivre sur mes différents réseaux sociaux, Art Public Podcast, notamment sur LinkedIn et Instagram. A bientôt !