- Speaker #0
C'est genre on est dans une colère pendant le casting, on s'embrouille, blablabla, devant la caméra, en faux, tu vois. Et après, elle va voir le réalisateur dont je te parlais juste avant, elle va dire « Ouais, il est bien le gars que t'as ramené et tout » . Et le lendemain, il m'appelle, il me dit « Oui, Nawel a beaucoup aimé, du coup on veut te proposer un rôle. Tu vas pas faire seul, tu vas faire un rôle. » Elle dit « Est-ce que samedi t'es dispo, tu vas faire une lecture avec nous ? »
- Speaker #1
Oui, il a pas pu, bienvenue sur Artisans de l'Esprit. Le podcast qui met en avant les personnes de banlieue qui font tout pour s'accomplir. Comprendre leur état d'esprit à travers leur parcours. Ici tu trouveras des invités sincères, authentiques et sans langue de voix. N'écoute pas les conseils des gens. Écoute leur histoire. C'est maintenant sur Artisans de l'Esprit. Je te présente Amine Kassid, acteur, réalisateur et président fondateur de l'association 1789. J'ai envie de commencer par la fin. J'ai envie de commencer par ce que je retiens de cet échange. Eh bien, ce que je retiens, c'est que notre vécu, c'est notre environnement qui nous influence fortement. Il nous influence à faire le choix, celui d'en tirer le bénéfice ou pas. Et si aujourd'hui Amine joue à plusieurs reprises le rôle de policier alors que plus jeune il s'est confronté à la justice, c'est pas pour rien. Et toi, quel événement t'a influencé pour en arriver là où tu es aujourd'hui ? Ceci étant dit, je te souhaite une bonne écoute, un maximum de partage, de j'aime et d'étoiles, c'est important, on fait tout tout seul, mais on lâche pas le steak.
- Speaker #0
Ah tu veux la... Ah oui Tu peux m'en tirer, rajouter genre la balave que j'ai au front Genre j'ai dit je me suis pris un coup de temps Par un ours ? Voilà Un tigre du Bengale m'a attaqué
- Speaker #1
Tu peux faire ça si tu veux Mais après voilà,
- Speaker #0
si des gens commencent à dire que t'es un mytho Faudra pas dire que t'es un mytho Je veux dire mais c'est où ça m'élève les fiches en fait Il fait ça avec tous les...
- Speaker #1
Amine, première question pour toi La question la plus profonde du podcast Comment va ton coeur ?
- Speaker #0
Attends, tu ne m'as pas prévenu que tu allais me poser cette question. Ça ne se ferait pas.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Mon cœur.
- Speaker #1
Spontanément.
- Speaker #0
Mon cœur, il est actuellement là tout de suite ?
- Speaker #1
Tout de suite maintenant.
- Speaker #0
Mon cœur, il est triste.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Parce que déjà, il fait froid dehors. On est en hiver. Mais je sors d'une période assez trouble. Mais sinon, en voyant tout ce qui se passe autour de moi, c'est encore pire, tu vois, l'actualité. Mais tout ce qui se passe proche de moi, les projets, tout ce qu'on fait avec l'école de cinéma et tout, je suis content.
- Speaker #1
Donc, il y a un équilibre mine de rien.
- Speaker #0
Il y a un équilibre qui penche plus vers le mal que le bien.
- Speaker #1
C'est dû à ta sensibilité, j'imagine.
- Speaker #0
Je suis quelqu'un de sensible et je l'assume.
- Speaker #1
Super. Très bien, ça sera le fil rouge du podcast. Deuxième question pour toi. Est-ce que tu peux me raconter ta jeunesse, mais à travers ton quartier ?
- Speaker #0
La jeunesse à travers le quartier, je traînais beaucoup dehors. Beaucoup, beaucoup. C'est là où on se rend compte qu'on passe plus de temps avec... les potes du quartier qu'avec notre famille. Tu te rends compte de ça ? On ne s'en rend pas compte sur le coup, mais c'est vrai qu'on passe plus de temps avec nos amis au quartier qu'avec notre famille, ce qui n'est pas normal, bien entendu. Après, par rapport à moi, j'aimais beaucoup l'école, j'étais plutôt bon. Arrivé à un certain stade, je m'ennuyais en cours, du coup, j'ai un petit peu lâché. Et après, les potes, le quartier, j'ai fini par me faire virer. lycée, littérature, première L. Je me suis fait virer juste avant de passer le bac.
- Speaker #1
Ah ouais ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Speaker #0
Ce qui s'est passé, je m'ennuyais en cours, je foutais rien. Je m'asseyais au fond de la classe, j'écoutais, mais les matières ne m'intéressaient pas plus que ça. Français, histoire, c'était les seules matières qui m'intéressaient. Je ne peux pas dire que les profs n'étaient pas intéressants, c'était surtout le programme qui n'était pas intéressant.
- Speaker #1
Ouais,
- Speaker #0
C'est ça, ouais. Et je l'ai appris plus tard en découvrant l'histoire à ma manière, en visitant des châteaux, en comprenant vraiment l'histoire de France. J'ai compris qu'en fait, ce qu'on nous apprenait à l'école, ce n'était pas vraiment ça qu'il fallait faire. J'ai réappris à aimer l'histoire.
- Speaker #1
Attends, je crois que tu l'as appris bien plus loin.
- Speaker #0
Bien plus loin, oui.
- Speaker #1
On y reviendra dans ce cas-là. Mais qu'est-ce que tu faisais dehors, quand tu sortais à chaque fois ?
- Speaker #0
Ah, dans le quartier, c'est les trafics de drogue, la bagarre, le foot. Mais rien de bien, rien de bon.
- Speaker #1
Rien de bon pour toi ?
- Speaker #0
Rien de bon pour moi, oui.
- Speaker #1
Donc ta première éducation, en vrai, se fait dehors ?
- Speaker #0
Dans la rue, oui.
- Speaker #1
Dans la rue. Et comment ça te construit, ça, quand tu finis par lâcher un peu l'école, etc. ? Est-ce que tu te dis, il y a une autre option ? Ou est-ce que tu es focus sur ça, tu dis il n'y a que ça et je vais dans ça ?
- Speaker #0
Non, tu te dis qu'il y a autre chose. Nous, Dieu merci, on était un petit peu intelligents pour comprendre que ce n'était pas une finalité en soi et que ça ne nous menait nulle part. C'est très bien qu'en faisant ces conneries-là, tu sais très bien qu'un jour tu vas te faire arrêter et que ça va mal se terminer et que tu ne deviendras pas riche grâce à ça. Mais malgré tout, tu restes. Il y a cet appel entre guillemets de l'argent facile. Tu peux arriver chez toi, retirer ta perte de basket et tu vois un billet de 100 euros dans ta poche ou dans ta chaussure, par exemple. Tu ne sais même pas ce qu'il fout là. C'est de l'argent facile. Après, toi, va essayer de travailler pour 1500 euros par mois. Tu ne peux pas. Après, on dit argent facile. Ce n'est pas facile du tout. Faire ce genre de conneries, tu risques de te faire attraper par les keufs. Tu risques ta vie. Quand les gens disent argent facile, ce n'est pas facile. C'est juste qu'il y en a beaucoup plus, plus rapidement, mais ce n'est pas facile.
- Speaker #1
Ça me rappelle un son de Booba où à la fin, Il met un extrait de film qui a l'air très très vieux, mais je ne sais pas c'est quel film. Et à un moment donné, c'est deux mecs qui parlent. La lettre.
- Speaker #0
Exactement. Promenade. Non, c'est ça. Je te parle d'un vrai boulot. Un boulot payé à la tue-menuserie. C'est ça, c'est la lettre.
- Speaker #1
Et il dit quoi ? Il dit, il n'y a pas à dire, le crime ça paye. Ça occupe. Ça occupe aussi.
- Speaker #0
C'est lunatique, la lettre.
- Speaker #1
Exactement, merci beaucoup. Je l'avais réécouté il n'y a pas longtemps en plus.
- Speaker #0
Classique. Je te charge d'un vrai boulot.
- Speaker #2
À l'atelier de menuiserie, c'est un boulot payé. Combien ? 25 cents de l'heure. Y'a pas à dire, le crime ça paye. Ouais, et ça occupe.
- Speaker #1
Il était occupé comment dans ton esprit alors ?
- Speaker #0
Moi, c'est la vérité, à cette époque-là, mon esprit rêvait d'évasion et je m'évadais à travers la série « Plus belle la vie » sur France 3. Marseille, le soleil tu rentres chez toi, t'es content, t'oublies un petit peu ce qu'il se passe autour et t'as qu'une envie c'est d'aller au soleil à Marseille, mais plus belle la vie pour beaucoup je pense que je suis pas le seul même pour les mecs qui étaient en prison, ils s'évadaient beaucoup avec cette série là, c'était diffusé en gros quotidiennement tu vois ce qu'il se passait chaque jour, c'était diffusé tu vois.
- Speaker #1
Mais alors moi je me souviens de l'époque où c'est sorti plus belle la vie, mais à aucun moment j'ai eu envie de regarder, qu'est-ce qui a fait que toi t'as regardé déjà ? Tu t'es dit juste par... Par curiosité, je vais regarder.
- Speaker #0
Par curiosité, c'était un épisode où il y avait l'avocat Malik avec sa daronne voilée assis au bar du Mistral. Un film sur les rebeux, j'ai rien compris. Tu regardes l'épisode, après c'est bien finalement. Et tu regardes, tu regardes et ainsi de suite.
- Speaker #1
C'est quoi que t'as fait kiffer alors ?
- Speaker #0
Dans la série ? C'est le fil conducteur, c'est le cliff à la fin de chaque épisode qui te donne envie d'aller voir l'épisode d'après.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux, toi, en tant qu'ex... En cinéma, tu peux nous dire ce que c'est que le cliff ?
- Speaker #0
Le cliff, c'est à la fin d'une séquence. C'est un plan ou une phrase ou un mot qui va te donner envie de regarder la suite. On finit sur ça. Ils ont pas fini, on veut voir l'épisode d'après.
- Speaker #1
C'est ce qu'on voit dans la plupart des séries. La série au milieu peut être claquée, mais à la fin, il se passe un truc tellement ouf que t'as tout de suite envie de voir la suite.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
C'est une drogue en fait ?
- Speaker #0
C'est une drogue, ouais. Ah, parce que tu les enchaînes après ? Ouais, tu les enchaînes après, ouais. Après, à cette époque-là, c'était les années 2005, il n'y avait pas Netflix ou ça, il n'y avait pas YouTube comme maintenant.
- Speaker #1
Mais il y avait déjà Prison Break et tout. Moi, c'est comme ça que je commence. J'ai jamais regardé Prison Break. C'est vrai ?
- Speaker #0
Ouais, c'est genre... Moi,
- Speaker #1
c'est la première série qui m'a fait kiffer. En plus, c'est la première série que je regarde en VOST, en VO sous-titré. Et je me dis, truc de ouf, concept de fou malade et tout. Avant, je ne regardais pas des séries, sauf Charm, des trucs comme ça vite fait, mais en français sur M6.
- Speaker #0
Oui, ben oui.
- Speaker #1
Et c'est eux où ils ont vraiment mis le concept de cliff, où il y a un vrai fil rouge, où tu es obligé de... Et c'est intéressant que ça fasse ça avec toi, mais avec une série française, pour la plupart, qui avait honte.
- Speaker #0
Nous, on assume totalement. En plus, on est... Ah ouais, faites pas les mythes, on est tous tombés amoureux des actrices qu'il y avait là-bas. Ah bon ?
- Speaker #1
T'as des noms ou sors des noms ?
- Speaker #0
Samia, Johanna, Céline, Frémont, on est tous tombés en brodel. C'est marrant parce qu'après, je travaille avec elles et elles sont vraiment gentilles. C'est vraiment déficient.
- Speaker #1
Est-ce que tu veux que j'utilise le bouton censurer ? Dès que je dis quoi ? Tu vas trop vite là. Ouais,
- Speaker #0
vas-y, censure-moi dès que je vais trop vite.
- Speaker #1
Mais bon, comme vous le savez, Amine est réalisateur. Donc là, on est à quelle époque à peu près de ta vie ? Entre le moment où tu traînes dans la rue, t'as des histoires de drogue, etc. Et puis, tu découvres plus belle la vie.
- Speaker #0
Là, on est dans les années... Moi, c'est par année, c'est pas par période, c'est par année. J'ai une très très bonne mémoire des dates. C'est les années 2004 jusqu'à 2006-2007. C'est l'année où on a découvert le film La Cité de Dieu.
- Speaker #1
Ah oui, c'est péquénant.
- Speaker #0
C'est péquénant, les princes de la ville. Et on se prenait vraiment pour les princes de la ville. On foutait la merde, on faisait tout et n'importe quoi.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais, c'est cette époque-là, une époque à prescription maintenant, que j'aimerais sortir de ma tête et oublier.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Parce qu'on foutait vraiment la merde.
- Speaker #1
Mais ça fait partie de ton histoire aussi.
- Speaker #0
Bien sûr, ça te forge. Tu as les codes après pour parler à certains jeunes et savoir par quoi ils passent. Quand tu vois maintenant les jeunes qui vendent, qui bicravent et tout, tu sais pourquoi ils font ça. Et tu essaies de leur dire, avec tes mots à toi et ton expérience, ton vécu, de ne pas reproduire la même chose. Et que ça ne mène à rien, ça ne mène nulle part.
- Speaker #1
Mais justement, il n'y a pas... Si tu devais comparer les deux époques, tu dirais que la dernière génération, elle est pire ou elle est moins pire ?
- Speaker #0
Pire.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Nous, on avait un petit peu de respect quand même. Ils respectent rien, c'est des oufs. Des fois, j'entends des histoires.
- Speaker #1
À quel niveau vous avez du respect, vous ?
- Speaker #0
On respectait la hiérarchie, tu vois. Les anciens, les trucs et tout. Maintenant, tu leur parles, ils te disent il n'y a plus de grands, il n'y a plus de petits. C'est comme ça. Après, je ne sais pas si c'est... Ce n'est pas la même génération. Maintenant, c'est la génération réseau-sociaux et tout. Donc, tu vois, il y a ce phénomène de vouloir se montrer à travers les snaps, les stories. Nous, il n'y avait pas ça.
- Speaker #1
C'est plus la fame que le vivre pour se payer.
- Speaker #0
C'est ça, c'est beaucoup se montrer, tu vois.
- Speaker #1
Ok, ok. Donc, on avance dans le temps, 2004-2005, tu commences à checker les séries et tout. Comment, toi qui fais Rennes spéciale, qu'est-ce qui se passe entre ce moment-là et le moment où tu commences à rentrer dans le cinéma ? Il y a quelques années déjà, mais...
- Speaker #0
Non, c'est un peu plus après.
- Speaker #1
C'est après, ouais.
- Speaker #0
C'est après, ouais.
- Speaker #1
Mais justement, juste avant ton entrée dans le cinéma, t'as quand même des moments forts de ta vie qui te marquent.
- Speaker #0
Ouais. En fait, moi, toute ma vie, elle est régie par... Tu sais, le monde a changé après le 11 septembre 2001. Il y a l'avant et l'après, c'est le 11 septembre 2001. Moi, il y a l'avant et l'après, juillet 2007.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
où je me fais attraper dans une grosse affaire de trafic de drogue à l'échelle nationale. Je me fais attraper Gare de l'Est et les gars nous avaient tous balance. On s'est fait attraper à ce moment-là. Et moi, je voulais arrêter ça. Je parlais avec des frères, je leur disais « Ouais, moi j'aimerais bien arrêter ça, mais l'argent facile, ils m'ont dit « Si t'es vraiment sincère, un jour ça s'arrêtera pour toi. » Et quelques mois après, justement, je me suis fait péter par des keufs et j'ai arrêté. Et ça a été une arrestation très, très, très violente. Après, j'ai occupé d'une peine. J'ai été interdit d'Île-de-France pendant deux ans. Et c'est là, en quittant le quartier, en quittant Sergi, j'ai vu ce que c'était la France. Nous, la plupart des gens dans les quartiers en banlieue parisienne, ils n'ont jamais quitté le quartier, ils ne sont jamais sortis. pour aller à Paris ou quoi. Mais quand tu sors de l'île de France et que tu vois que la France, c'est autre chose, tu te dis, ah ouais, mais en fait, il y a plein de gens, de choses à découvrir. Et que nous, on était enfermés dans un truc où on voyait toujours la même chose. C'est une sorte de... Et on attrape ce qu'on appelle le syndrome de Stockholm. On est pris dans une prison à ciel ouvert. C'est Fiou et Mehdi, ils en ont fait une chanson. Et à partir de là, là, ma vision... Et le monde autour de moi commence à changer. Je commence à comprendre certaines choses.
- Speaker #1
Surtout que tu te retrouves seul. Tu es obligé de te démerder tout seul. Donc, tu as une forme de maturité qui vient.
- Speaker #0
Tu as une forme de maturité qui vient, premièrement, parce que quand on te sort d'Île-de-France, je suis parti chez des cousins qui m'ont hébergé. Et ensuite, tu trouves un appartement. Et à partir de là, tu as des responsabilités. Et en fait, le fait de m'avoir obligé je suis obligé de vivre en dehors de l'île de France et de vivre tout seul sinon direction Fleury-Mérogis mais le fait d'être obligé à ça t'as pas le choix donc tu te dis vas-y je vais vivre avec ça et tout et après voilà et après je suis resté j'ai vécu à Nîmes à Marseille à Montargis ça a duré plusieurs années c'est là où j'ai commencé à entendre parler découvrir le cinéma Après, il y a une autre affaire pour laquelle j'étais recherché par la police à ce moment-là. Du coup, je me suis caché dans un village perdu au fin fond du Loiret, à Ladon, quelques mois. Et après, j'ai eu mon jugement. J'ai fait une formation pour apprendre à... Pour savoir qu'est-ce que je voulais faire dans la vie, quel métier je voulais faire dans la vie. Et les tests m'orientaient toujours vers le cinéma. Et la personne qui me faisait faire les tests, je lui disais, mais madame, je suis dans la merde. J'ai un jugement. Il me faut des fiches de paix. Il faut que je travaille. Vous me parlez de cinéma. Vous vous foutez de ma gueule ou quoi, tu vois. Et cette dame-là, elle s'appelle Nadia Bartolucci. Et je ne l'oublierai jamais. Et si, un jour, j'espère la recroiser pour la remercier. Parce que c'est la première personne qui m'a dit ça, qui m'a fait comprendre que... que le cinéma était fait pour moi.
- Speaker #1
Est-ce qu'à ce moment-là, tu te rends compte que tu réalises que tu as un homme sensible ? Non,
- Speaker #0
non, non. Ah non, pas du tout. J'ai des réactions bizarres par rapport à ce qui se passe dans le monde, par rapport aux gens. Quoique je commençais à beaucoup aimer les Ausha. J'ai eu plein de Ausha chez moi. J'étais allergique pourtant, mais quand tu viens avec les Ausha, l'allergie au bout d'un moment, elle part. J'aimais beaucoup les animaux, beaucoup les Ausha. Je savais que j'avais une sensibilité, mais pas à ce point-là, tu vois. Et non, non, j'étais loin de connaître tout ça. Mais à l'époque, on n'en parlait même pas de ça. Il y avait beaucoup de ça. Il y a une pudeur,
- Speaker #1
même honte.
- Speaker #0
Non, ce n'est pas pudeur. Moi, ce n'est pas ça. C'est que ce n'était pas répandu comme maintenant. On parle d'hypersensibilité, HPI, HPE. Tu vois, il n'y avait pas tout ça. Moi, je ne connaissais pas tout ça, tu vois.
- Speaker #1
C'est vrai que ça se démocratise aujourd'hui.
- Speaker #0
Voilà, tu vois. Donc, aujourd'hui, c'est démocratisé, mais avant, non.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu dis, toi, dans la tête ? Quand tu sais que pendant au moins deux ans, tu dois te débrouiller, même si tu vis chez de la famille, chez des cousins et tout, sur le fait de ne pas pouvoir voir ta famille, de ne pas rentrer en Ile-de-France, voir tes potes, avoir tes habitudes.
- Speaker #0
La vérité ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Je rentre à Paris en cachette.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Tu peux s'en chier.
- Speaker #1
Si tu veux.
- Speaker #0
Non, s'en chier pas. Non, j'y allais. Et après, j'y allais, j'y allais souvent. Et après, j'ai fait une conduite sans permis là-bas. Je me suis fait courser par les caves. Une course poursuite. Je suis parti me planquer dans la forêt avec un patin. Je ne vais pas dire son nom. Et là, j'ai arrêté. C'est moi, je ne reviens plus. Je suis parti. Après, il y a eu le jugement. J'ai copié d'un an ferme et un an de sursis. Et après, je suis revenu en Ile-de-France. J'ai travaillé dans la fibre optique. Et c'est là où ça a commencé pour moi. 2008-2009. J'étais avec mon collègue. Il y avait une personne qui nous prenait en photo dans la rue. à Belleville et on est parti la voir limite pour l'embrouiller pourquoi tu nous prends en photo c'est une asiatique on est parano à croire qu'on faisait Vlal Trafic alors qu'on faisait rien du tout elle a dit non mais en fait je tourne un film qui s'appelle Belleville Story on va tourner un film bientôt et on a besoin de visages marqués un peu comme vous on a dit ouais bah d'accord comment on fait je vais vous appeler C'était au mois de novembre, je me rappelle. Au mois de février, il nous a appelés. On a tourné dans ce film-là, en tant que figurant, dans une boîte de nuit. Je ne suis jamais parti en boîte de nuit, sauf ce jour-là. C'était la première fois de ma vie, et la dernière. Et on a tourné toute la nuit. On était plusieurs dans la boîte de nuit. Les caméras, les acteurs, la bagarre, les trucs et tout dans la boîte de nuit. J'ai tellement kiffé. J'ai dit, je ne veux plus rien faire d'autre que ça. Je ne veux faire que ça, tu vois. Et après, moi, quand j'ai une idée en tête, je suis déter. J'ai enchaîné les castings, cherché sur Internet à fond. Il n'y avait pas autant d'annonces que maintenant. Il fallait bien chercher. Et j'ai été pris dans la série Merlin. La série anglaise. Et meilleur tournage de toute ma vie jusqu'à aujourd'hui.
- Speaker #1
Parce que ça a réuni tes deux passions.
- Speaker #0
Ça a réuni mes deux passions qui, à l'époque, je ne savais pas que c'était ma passion. Les châteaux forts, les histoires de KPDP, le Moyen-Âge. et le cinéma, tu vois. Et c'était incroyable. C'était quoi ton rôle ? J'étais le chevalier du Prince Arthur. On était plusieurs chevaliers. J'ai tourné dans toute la saison 2 et au fur et à mesure des mois qui passent, les chevaliers meurent, tués par un dragon, tués par un singe qui vole ou quoi. Et moi, je suis resté jusqu'au lundi dernier. Et j'ai dit... à l'assistante mise en scène, j'ai dit, pourquoi moi, il ne me tue pas ? J'ai vu les mecs, ils ont vraiment des gueules de chevaliers, cheveux longs et tout, ils correspondent. Je me suis dit, non, la production, j'ai mis à ta tête, donc ils te laissent. C'est franchement incroyable, magnifique. Et j'ai trop kiffé cette expérience-là.
- Speaker #1
Et j'imagine que tu étais sur place comme un enfant, ouais. Comme un gosse.
- Speaker #0
Sur place, je vais t'expliquer un truc très important, pour que tu comprennes. Sur place, quand on tournait pas, les comédiens, les figurants, les silhouettes, ce qu'ils faisaient, ils allaient en pause. Ils allaient en pause et ils se plaignaient des conditions de tournage. On tourne trop longtemps. Alors que moi, j'étais tellement heureux. Et moi, je viens de travailler en fibre optique avant. Je travaillais à l'usine, tu vois. Je me dis, les gars, on est payés à rester debout, à parler, à marcher et vous vous plaignez, tu vois. Eux, quand ils allaient en loge se reposer ou à la cantine, moi, je restais à côté du réalisateur. Et le réalisateur, c'est des réalisateurs anglais, tu vois. Moi, je ne parlais pas trop anglais. Mais maintenant, je reviens de New York, ça fait pas longtemps. Et je ne parlais pas anglais et je restais à côté du réalisateur. Et au bout de deux, trois semaines, il m'a dit... Pourquoi tu ne vas pas en pause avec les autres ? Je dis, non, non. Je dis, I want to learn. I want to do like this. Je voulais vraiment apprendre à faire comme eux. Donc,
- Speaker #1
il n'y a personne qui parlait français là-bas. Ils parlaient tous anglais.
- Speaker #0
Non, non, si. Tu avais l'équipe technique et les acteurs qui parlaient anglais. Et tu avais des assistants à mise en scène qui parlaient français. Tu avais des régisseurs qui parlaient français. En fait, ils sont venus avec leur équipe, mais ils sont obligés de recruter, je pense, en France. Il y avait beaucoup de français. Et de là... Il me dit, tu veux rester ici ? Tu peux rester à côté de moi, tu regardes. Et j'étais comme un gamin. Là, j'étais comme un gamin à regarder les caméras et tout. Je voulais même plus tourner devant, je voulais rester derrière la caméra. Du coup, moi, grand cœur que je suis, grand seigneur que je suis, j'ai cette passion, je me découvre cette passion pour le cinéma. J'aime le cinéma, j'aime les mecs de mon quartier. Il faut que je fasse des films avec les mecs de mon quartier. Et cette époque-là, c'était l'époque où le cinéma UGC venait d'ouvrir dans ma ville. on squattait dedans, on rentrait par derrière. C'était l'époque où les séances, c'était à 10h du matin. Maintenant, je crois qu'il y a plus, maintenant, le matin.
- Speaker #1
C'est rare.
- Speaker #0
Nous, il y avait 10h du matin, on restait jusqu'à minuit de la dernière séance. On faisait de film en film. C'était le marathon. J'ai bouffé du film, des films improbables. Ça parlait espagnol. On s'en foutait du moment qu'on était au chaud, il faisait froid dehors.
- Speaker #1
Tu ne rentrais pas pour manger ?
- Speaker #0
Une fois que tu sors, tu ne peux plus rentrer, c'est mort. Et dis-toi qu'entre chaque séance, on se faisait courser par les vigiles. Donc c'était vraiment un marathon dans les deux sens du terme, tu vois. Et un jour, c'est une anecdote marrante, on a arrêté de faire ça parce qu'un jour, les vigiles, ils en avaient vraiment marre de nous courser et de jamais nous attraper. Donc entre deux séances, ils ont éteint toutes les lumières, dans le cinéma, dans le couloir et tout. Donc nous, on court, on court à toute vitesse et je me prends un mur. En pleine vitesse, cas ou debout. Les mecs de McCarthy, ils essaient de me tirer, tu sais, je leur fais comme dans les films. Non ! allez-y je vais vous ralentir partez sans moi et après il m'a vu dans le cinéma j'étais allongé par terre j'étais comme vous savez les gars moi j'arrête je préfère faire mon cinéma plutôt que de me faire courser dans le cinéma et après voilà avec l'argent de mes cachets sur Merlin j'ai acheté une caméra je commence à écrire des petites histoires à tourner avec les mecs de mon quartier Et c'était l'époque où il n'y avait pas que nous, il y avait d'autres gens qui faisaient ça, dans le quartier, un week-end toute la semaine. Il y avait beaucoup de gens qui faisaient ça. Et nous, franchement, on arrivait à tirer notre épingle du jeu. On faisait des courts-métrages et tout, mais on se disait, nous, ça nous fait rire, mais qu'est-ce que ça vaut ? Venons les mettre sur Internet, on verra directement ce qu'on a fait pour ça ou pas. On a mis sur YouTube et on a commencé à avoir des millions de vues. Pas des dizaines de millions de centaines, mais des millions de vues. Les gens commencent à nous... à nous reconnaître dans la rue et tout. Et c'est là où, moi, ma motivation, elle a doublé. Et c'est là où mes potes du quartier sont partis en couille.
- Speaker #1
Ok. Alors, attends, juste pour contextualiser, c'était quel genre de vidéo ?
- Speaker #0
Des courts-métrages. Humoristiques. Des courts-métrages humoristiques sur la vidéo. Dans le quartier, tu vois, rien de...
- Speaker #1
Ça s'appelait comment ?
- Speaker #0
Il y avait plusieurs trucs. Il y avait une série qu'on avait fixe qui s'appelait Histoire de meufs, où on racontait nos galères avec les filles. Après, plein de courts-métrages. moi aujourd'hui je les ai retirés du Youtube parce que j'assume plus elles sont en non répertoriation sur Youtube mais je les ai bloquées c'est pour ça que je les ai pas trouvées et donc voilà on a commencé et comme je te disais cette petite notoriété les a rendus ouf pour certains ça a commencé à à faire des courts-métrages que pour plaire aux filles. Au lieu de venir en tournage, ça reste avec des filles que tu avais rencontrées suite au tournage, sur Internet et tout. Et moi, je leur ai dit, les gars, ça se battait pour des flashs de vodka sur les tournages. Ça préférait aller sortir en soirée. Ça préférait taper des photos avec les gens plutôt que de venir tourner. Plein de trucs comme ça qui, au bout d'un moment, m'ont saoulé. Et je leur ai dit, moi, je vais arrêter. J'arrête.
- Speaker #1
Mais toi, quand tu fais ça, c'est quoi ton objectif ?
- Speaker #0
C'était de continuer, qu'on en fasse notre métier.
- Speaker #1
Ok. Eux, c'était quoi leur objectif ?
- Speaker #0
S'amuser.
- Speaker #1
Ils n'avaient pas spécialement été en suivi parce que tu les as chauffés ? C'est ça ou c'est la diff ?
- Speaker #0
En fait, ils m'ont suivi au début parce que c'est nouveau. Ouais, les vidéos n'ont rien. Et au bout d'un moment, ils rentrent dans un truc où pour eux, c'était normal et banal qu'on fasse plein de vues et que les gens nous reconnaissent dans la rue. Alors que non, je leur ai expliqué que c'était un truc de ouf. De base, on n'était pas fait pour ça. Et du coup, j'ai décidé de trouver une école de cinéma pour avoir un diplôme. Et j'avais une école dans le sud de la France qui alliait plein de choses que je voulais. Premièrement, la réalisation cinématographique, le journalisme, parce que ça m'intéressait beaucoup être journaliste, reporter d'images. Et on était proche de Marseille et je voulais faire mon stage à Plus Belle la Vie.
- Speaker #1
Ok, donc c'est comme ça que tu commences à entrer dans Plus Belle la Vie, justement.
- Speaker #0
Ouais, c'est comme ça que je commence à entrer là-bas. Je suis arrivé la première semaine. Ils nous ont dit, vous avez le temps pour trouver votre stage. Moi, la première semaine, j'avais déjà mon stage. Je les ai appelés direct. Ils m'ont dit, oui, oui, votre école, on la connaît bien. On peut vous prendre. Et du coup, voilà, j'ai fait mon école. J'ai fait mon stage là-bas. On était quatre de ma classe à avoir fait notre stage à Plus Belle la Vie. Et la différence entre moi et les trois autres, c'est qu'eux, ils vont faire un café, ils vont faire des... Faire des impressions à l'imprimante. Et moi, je refusais. J'ai dit non. Moi, je ne suis pas là pour ça. Moi, je veux apprendre le taf.
- Speaker #1
Donc, tu as comme... Attends, parce qu'il faut avoir les... Tu vois, de se poser et de dire ouais, je ne veux pas. Parce que normalement, tu viens d'arriver, tu es stagiaire. En plus, un univers totalement nouveau pour toi. C'est très pro et tout.
- Speaker #0
Ce n'était pas totalement nouveau pour moi parce que je connaissais tous les acteurs, tous les endroits. Oui, c'est vrai que tu avais déjà une expérience. Je connaissais par cœur. Après, le truc, c'est que... Moi, je savais pourquoi j'étais là. Ils ont fait un stage là-bas pour valider leur année et avoir un stage. Non, moi, j'ai fait un stage parce que je savais ce que je voulais. J'étais déterminé. Quand on m'a commencé à me dire qu'on allait me servir un café, je me suis embrouillé et j'ai dit que je n'étais pas là pour ça. Du coup, j'ai compris que j'allais sauter, que j'allais me virer.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'embête ? Tu étais seul au Rebeu ou pas ?
- Speaker #0
En tant que stagiaire ou sur le tournage ?
- Speaker #1
En général, sur le tournage.
- Speaker #0
Non, sur le tournage, on était trois. Il n'y en avait pas beaucoup. On n'était pas beaucoup, 2-3. Et franchement, j'étais content du stage, j'étais content de rencontrer les stars que je vois à la télé. Pour moi, c'était des stars, j'étais content. Et après, je me suis embrouillé avec eux parce que je refusais de faire ce qu'ils me disaient de faire. Moi, je voulais apprendre vraiment à être assistant réalisateur. Donc, j'avais compris qu'ils allaient me faire virer. Je me suis embrouillé de ouf avec certains d'entre eux là-bas. Ça m'a même proposé des têtes à tête dehors. parce qu'un jour je suis venu avec le maillot du PSG et c'est parti en vrille provocation, non mais parce que je me suis dit ça je vais pas revenir je vais me faire virer autant, je vais la provocation jusqu'au bout j'avais le maillot de Zlatan et non mais franchement c'était voilà après bizarrement les trois autres ils les ont pas gardés et moi ils m'ont rappelé signé un contrat à la fin de mon école j'ai mon diplôme avec mention ils m'ont appelé pour, merci mon ami Ils m'ont appelé pour un contrat, un contrat intermittent. Je faisais des sessions. Je suis resté quatre ans à Pubelle-la-Vie. Et tu sais qu'à cette époque-là, j'ai des amis qui sont en prison et qui m'appellent et me disent « Passe-moi Charles Frémont, je vais lui parler. » Parce qu'ils regardaient. Au Havre, ils regardaient tous les jours la série.
- Speaker #1
Des vins.
- Speaker #0
Je dis « Mais qu'est-ce que tu veux que je te parle ? » « Ouais, il s'appelle Alexandre. » « Alexandre, tiens, il y a un pote à moi, il veut te parler. » « Qu'est-ce que je lui dise ? »
- Speaker #1
Ça fait des beaux souvenirs quand même. Incroyable.
- Speaker #0
Plus belle la vie, j'ai beaucoup appris. J'ai rencontré des gens formidables. Mais il y a des gens avec qui je suis encore ami. Que ce soit des acteurs, des techniciens, on est encore amis aujourd'hui.
- Speaker #1
Justement, tu fais 4 ans dans un environnement totalement professionnel, français, dans la série que tu kiffes le plus à ce moment-là. Est-ce que le Amine qui vivait dans le quartier, qui était jeune, est le Amine qui a travaillé avec plus belle la vie ? étaient différents ?
- Speaker #0
Bah oui. Bah, enfin, au fin fond de moi, non, mais... Pourquoi non ? Parce que, même quand je traînais au quartier, je suis toujours été gentil, tu vois.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
J'ai toujours été... J'ai un exemple, tu vois, par exemple, quand tu vends du pilon, tu vends des trucs, les mecs, ils payent pas. La règle, c'est tabassage. Moi, jamais, je les laissais, tu vois, je m'en foutais, j'en avais rien à foutre, tu vois. Donc, j'ai pas jamais fait le hagra, tu vois. Et même pour te dire, quand nous, on se bagarrait ou qu'on agressait quelqu'un ou quoi, on attaquait toujours quelqu'un de notre gabarit, de notre âge. Jamais quelqu'un de plus faible. Il n'y avait pas de ça chez nous. Et non, plus belle la vie, ouais, non. Des fois, j'étais sur le temps, j'étais plus belle la vie. Je regardais, je me disais, c'est incroyable, je suis là. Je n'y croyais pas. Plein de fois, ça me le faisait. Je me disais, en fait, je suis là, je n'y croyais pas. Et voilà, super, super expérience.
- Speaker #1
Et est-ce que c'est la première fois que tu... Déjà, est-ce que tu es épanoui ? Est-ce que c'est la première fois que tu te sens épanoui ?
- Speaker #0
Ouais, j'étais heureux de ouf. Franchement, je vivais à Paris. Mais je faisais des allers-retours. Je restais deux semaines à Marseille. C'était par session de deux semaines. Une semaine prépa, une semaine tournage. Je remontais à Paris. Une semaine, deux semaines de repos, je redescendais. Et ainsi de suite. Pendant quatre ans, j'ai fait ça.
- Speaker #1
Donc, les quatre ans se terminent. Qu'est-ce que tu te dis ?
- Speaker #0
C'est moi, je décide d'arrêter. Je voulais aller chez la concurrence. Scène de ménage.
- Speaker #1
Sacré concu.
- Speaker #0
Ouais, scène de ménage. Je leur ai couru après pendant pas mal d'années pour travailler avec eux. Et là-bas, ils avaient une équipe de douche. le plus commentairement ils avaient une équipe mais pourquoi pourquoi scène de ménage parce que je voulais je voulais changer pareil scène de ménage j'aimais aussi tu vois j'aimais aussi je me suis dit j'ai pu travailler plus belle à vue je peux travailler scène de ménage tu vois et j'ai contacté un gars là-bas qui s'appelait Jean Eudes incroyable un mec incroyablement gentil Caroline aussi qui s'est bien occupée de moi ils m'ont pris sous l'oreille et franchement ils ont été tellement gentils avec moi tu vois que limite quand j'ai arrêté tu vois j'étais gêné tu vois de partir Mais franchement, ça doit vraiment être trop, trop, trop cool.
- Speaker #1
Comment ça t'a forgé ces expériences-là ?
- Speaker #0
J'ai appris à vitesse grand max. J'ai appris à une telle vitesse sur le terrain, t'apprends tellement vite, que ce soit plus bel à vie. Plus bel à vie, en fait, ce qu'il faut savoir, c'est que c'est une usine. Ça débite à mort. Tu vois, en termes de technicité, c'est très réputé. Tu peux dire ce que tu peux aimer ou pas aimer, tu vois. Niveau technicité, c'est une machine de guerre.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu entends par technicité ?
- Speaker #0
C'est-à-dire que chaque jour, il fallait balancer 20 minutes de diffusable.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
20 minutes.
- Speaker #1
Donc ce que tu dis diffusable, c'est...
- Speaker #0
Un épisode terminé.
- Speaker #1
Un épisode terminé.
- Speaker #0
Alors que dans le cinéma, tu tournes toute la journée pour 2 minutes de diffusable. Là, c'est 20 minutes tous les jours. Imagine-toi.
- Speaker #1
Ok, donc je comprends mieux le terme usine.
- Speaker #0
Ouais, c'est une machine de guerre. Et t'apprends. T'as pas le choix. T'es obligé de suivre la cadence.
- Speaker #1
Et toi, tu...
- Speaker #0
ce que t'as pas dit c'est que tu fais vraiment plein de choses différentes sur les lieux de tournage en fait moi ouais en fait moi j'ai cette curiosité la même que j'avais sur la série Merlin où j'allais voir le Steadicammer je dis ouais tu me prêtes ton Steadicam je l'ai essayé tu vois une fois il manquait un perchman au son je me suis proposé volontairement pour apprendre le son tu vois et la régie je donnais un coup de main en régie j'aimais beaucoup les réalisateurs j'observais comment ils travaillaient en silence je parlais pas tu vois Et même les maquilleuses, un truc tout bête. Je restais beaucoup discuter avec le HMC. Elle s'était trop gentille. C'est quoi le HMC ? Habillage, maquillage, coiffure. Je restais avec elle, on discutait pendant des heures parce que ça m'intéressait. C'est des métiers de passion. Les gens font ça avec la passion et ça m'intéresse. J'étais curieux.
- Speaker #1
À partir de quand tu décides de reprendre la réalisation de court-métrage ?
- Speaker #0
Après scène de ménage. En fait, je me sens frustré et jaloux. J'étais jaloux. Quand on terminait un épisode, que je le voyais à la télé ou autre. Je me disais, putain, le réalisateur, il se dit, ouais, c'est moi qui ai entendu ça. Je me dis, non, il faut que je fasse pareil.
- Speaker #1
C'est intéressant comme émotion, le fait d'être jaloux.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Alors que quand même, dans le domaine, tu restes jeune.
- Speaker #0
Ouais, mais même, tu vois, ils étaient tous anciens. Tous les réalisateurs avec qui j'avais collaboré, ils avaient tous plus de 40 ans, tu vois. Mais moi, j'avais la dalle, je voulais prendre leur place, tu vois. Et je n'étais pas légitime à le faire. Mais voilà, je décide de reprendre les courts-métrages, reprendre les productions, reprendre...
- Speaker #1
Donc, premier court-métrage, comment ça se passe ?
- Speaker #0
Non, le premier court-métrage, je l'ai tourné en... Moi, je suis autodidacte de base, avant de faire l'école. J'ai commencé en 2009, premier court-métrage.
- Speaker #1
C'est lequel, celui-là ?
- Speaker #0
J'ai honte.
- Speaker #1
Il s'appelle J'ai honte.
- Speaker #0
On va dire qu'il s'appelle J'ai honte.
- Speaker #1
Alors, pourquoi tu en as honte aujourd'hui, alors que j'imagine qu'au début, quand tu l'as fait, tu en étais fier ?
- Speaker #0
En fait, c'est un... le premier court métrage qu'on a fait on était dans un sous-sol il faisait froid on galérait on regardait on avait installé une télé une play j'ai dit les gars venez on tourne un truc et on foutait tellement n'importe quoi le caméraman il était mort de rire la caméra elle tremblait pendant tout le court métrage la caméra elle tremble tu vois et ça a commencé comme ça tu vois après voilà on tournait on tournait et j'ai traversé une période assez dure où vraiment je pense que j'étais en dépression parce que je rentrais chez moi, des fois je pleurais parce que les mecs de mon quartier, il y en avait qui se foutaient de ma gueule, tu vois.
- Speaker #1
Mais ça, tu me parles des courts-métrages que tu faisais avec tes potes.
- Speaker #0
Avec mes potes, oui.
- Speaker #1
Moi, je te parle du premier court-métrage que tu as fait toi tout seul. Professionnel ? Ouais.
- Speaker #0
Ah oui, non, rien à voir. Non, ça, j'en suis encore fier. Il est encore sur YouTube, par contre. Non, j'en ai fait plein. J'ai fait un court-métrage qui s'appelle « Il y a R » qui m'a apporté beaucoup de problèmes.
- Speaker #1
Oh, parce qu'il y a la police d'un côté et les jeunes de l'autre.
- Speaker #0
Et le problème, c'est qu'il y a des vrais policiers qui ont tourné dans le film. Et dans le film, on crame un policier, du coup, convoqué dans le bureau du préfet du Val d'Oise. Les policiers qui ont tourné dans le film, convoqués au commissariat pour justifier d'où viennent les armes. Mais est-ce que vous croyez vraiment qu'on est cons pour tourner avec des vraies armes sur un court métrage ? C'est des armes factices. C'est très bien. Les mecs, c'est des pros. Ils savent ce qu'ils font. Et voilà, on a enchaîné les festivals, les prix. Et là, quand tu gagnes des prix dans plusieurs festivals à travers toute la France, tu te dis qu'il y a quelque chose à faire.
- Speaker #1
T'es parti jusqu'où pour ton premier festival ?
- Speaker #0
Jusqu'où je suis parti ? Dans quelle ville ?
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Je suis allé jusqu'à Karos, à côté de Nice.
- Speaker #1
C'est ton plus bel exemple ?
- Speaker #0
Non, non, non, mon préféré. J'aimais bien le festival de Vitry-sur-Seine, parce qu'on est allé, c'était vraiment l'ambiance. C'était le bordel, j'aimais trop. Il y avait plein de courts-métrages et tout. Et j'ai m'en souviens que j'avais balancé le court métrage à R. Et à ce moment-là, on est à Vitry. Donc, t'as tous les mecs de Vitry dans la salle. Et ce qui était marrant, c'est que quand ils balançaient des films de Vitry, ouais, trop bien ! Et quand moi, je balance mon film et qu'ils disent que je viens de Sergi, ouh ! Et plus le film, il avance, plus t'entends ouh ! Et il y a un silence, ils sont tous attirés par le film. Et bien entendu, tu te doutes bien que vote du public, j'ai perdu. Ah,
- Speaker #1
logique !
- Speaker #0
Mais non, mais c'était ta franchement super expérience.
- Speaker #1
T'as fait pas mal de courts-métrages. T'as fait aussi... T'as commencé à rentrer vraiment dans l'acting. Et je sais que t'as tourné dans ces deux, trois dernières années dans un long-métrage, La bataille du rail. Après, un court-métrage, c'est Les yeux baissés. Et puis, il y a le dernier qui a quand même fait un... Même s'il a beaucoup fait parler de lui, il a eu un succès quand même. C'est... Jusqu'ici tout va bien de Naoul Madani qui est diffusé sur Netflix il y a un point commun entre ces trois
- Speaker #0
Non les yeux baissés ils datent c'était mon premier court métrage en tant qu'acteur c'était en 2009 je crois Les yeux baissés ouais,
- Speaker #1
mais il y a quand même un point commun entre les trois c'est que déjà t'as toujours l'uniforme
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Les yeux baissés je me rappelle même plus Les yeux baissés je l'ai pas vu mais j'ai vu des photos tu vois je crois que ça traite de la guerre
- Speaker #0
« Ah ! Tu parles de celui-là ! » « Oui, oui, oui ! » « Le film de Kamel Lazarek ! » « Oui, oui, oui, oui ! » « C'est un soldat, ouais. »
- Speaker #1
Et les deux autres, t'es policier dedans.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Donc tu vois, il y a quand même un espèce de fil rouge durant toute ta vie.
- Speaker #0
De l'uniforme.
- Speaker #1
De l'uniforme.
- Speaker #0
Non, parce qu'après, attention, j'ai refusé plein de rôles. Des fois, j'ai refusé des trucs, c'est la vérité. Et c'est aussi ça qui m'a motivé à faire mes propres scénarios. C'est qu'il y a des scénarios où ils se déclataient contre le mur.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
Ouais, bien sûr.
- Speaker #0
Et après, entre le film La bataille du rail et la série de Nawel Madani, il y a un lien. C'est-à-dire que, comme je te disais, je discutais beaucoup avec le HMC, les costumières. La costumière qui travaille sur La bataille du rail, c'est elle qui m'a parlé du casting de ce film-là. Le réalisateur m'a fait passer le casting, il m'a dit « Ok, je te prends » . J'ai fait le tournage, ça a été diffusé sur Canal+. Et ce même réalisateur-là, il devait co-réaliser la série avec Nawel Madani. Du coup, il fait appel à moi. Il fait appel à moi, il dit à Nawel, voilà, j'ai un gars, c'était un rôle pour une silhouette, tu vois. J'arrive pour une silhouette, je fais le casting avec Nawel et finalement, Nawel Madani a beaucoup aimé ma prestation devant la caméra.
- Speaker #1
Tu peux développer un peu ce casting-là ? C'était la silhouette du frère, je crois, comme ça.
- Speaker #0
En fait, à un moment donné, dans la série, oui, Nawel Madani s'embrouille avec ses quatre beaux frères et moi, je devais jouer un des beaux frères. d'ailleurs les mecs dans la série ils étaient là le jour du casting avec moi tu vois et Nawel pendant le casting donne ses consignes j'ai appliqué ce qu'elle a dit à la lettre et je rentre dans une colère pendant le casting on s'embrouille blablabla devant la caméra en faux et après elle va voir le réalisateur dont je te parlais juste avant il dit ouais il est bien le gars que t'as ramené et tout et le lendemain il m'appelle il me dit oui Nawel a beaucoup aimé du coup on veut te proposer un rôle Tu vas pas faire ça, tu vas faire un rôle. Elle a dit, est-ce que samedi, t'es dispo, tu vas faire une lecture avec nous ? J'ai dit, ok, je suis parti, et voilà.
- Speaker #1
Ok, super. Incroyable. Là, tu vois quand même pas mal de monde. C'est la première fois que tu fais une série avec autant de... Alors, je vais pas dire de célébrités, parce que t'as fait d'autres films et de courts-métrages, mais peut-être de personnes auprès de qui, toi, tu peux t'identifier en tant que mec de quartier ?
- Speaker #0
Bien sûr, bah... Je la connaissais à la télé. Je voyais ce qu'elle faisait dans ses spectacles. Du coup, j'étais content de participer à cette aventure-là. Et après, je vois le casting. Je voyais des acteurs, des actrices intéressantes. Et du coup, je me dis que ça va être une super expérience. Moi, je t'avoue, le truc qui me faisait peur quand on lisait le scénario et que je voyais mon nom à chaque fois, c'était d'embrasser une fille ou de faire une scène de chelou. Heureusement, il n'y avait pas. Ça, je pense que j'aurais refusé quand même. Nous avons des amis, nous avons une famille, ma mère m'aurait défoncé.
- Speaker #1
Un peu de pudeur les amis. Tout à fait. Pour combien tu fais ? Franchement,
- Speaker #0
pose-moi 2000 balles. Ah ouais, je rigole.
- Speaker #1
Aujourd'hui, t'as lancé une école de cinéma.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
On a la troisième promo... Quatrième. Quatrième promo qui est derrière nous en train de bosser. Ils bossent sur l'atelier de lumière en ce moment même. Pourquoi ça te tient autant à cœur ?
- Speaker #0
C'est pas vraiment une école. Je sais pas comment on peut appeler ça, mais c'est plus une rencontre entre gens passionnés qui vont apprendre à savoir faire leur propre film. Tu vois ? Faudra inventer un nom pour ça.
- Speaker #1
Passionné, ouais. passionnés et novices.
- Speaker #0
Novices, oui. Il y en a beaucoup qui n'ont jamais fait. Il y en a qui ont déjà fait à tous les niveaux. Le but, c'est de pouvoir équilibrer tout ça et leur transmettre un minimum de savoir pour pouvoir faire leur propre film. Moi, je ne me définis pas comme professeur, mais le peu que je connais, je leur transmets. Le peu que je connais, il suffit à faire un film.
- Speaker #1
Donc voilà.
- Speaker #0
Si on en est à la quatrième, dans un mois, la cinquième session, c'est que ça plaît. Et justement, j'ai rencontré l'adjli avec qui on a beaucoup parlé, notamment par rapport à son école courte rage. Mais ça m'a fait que de me renforcer dans ce que je faisais. Ça m'a réconforté, rassuré dans ce que je faisais, qu'il fallait continuer.
- Speaker #1
Vous vous êtes dit quoi ?
- Speaker #0
On a parlé de son école, on a parlé de la mienne et on va se rencontrer là prochainement pour qu'il puisse nous aider. Franchement, très, très cool. très disponible, sans hésiter, on a discuté, il accepte de nous rencontrer, de nous aider, et voilà, je pense que lui, malgré toute la bonne volonté du monde, contre Ajmé, on connaît la réputation, c'est l'ours qu'ils font, mais ils peuvent pas être partout en même temps, tu vois. Donc nous, si on peut participer à ça, à notre niveau, avec notre assos, let's go, on s'en fout de qui fait quoi, le but c'est de... d'avoir un maximum de jeunes de quartier qui réalisent, qui font leurs propres films, leurs propres histoires, et que ça évite que des gens racontent à notre place. Je te donne un exemple, tu vas dans n'importe quel quartier en France, t'as tous les rôles d'un film. T'as tous les rôles. Tu prends un casting d'un film, d'une série, tu vas dans un quartier, t'as tous les rôles. La petite vieille, le grand, le gros, le petit, l'arabe, le chinois, le français, le renouat, l'avocat, le médecin, t'as tout dans un quartier. Tu te rends compte les mines d'or que c'est ? Mais ils continuent à faire ça qu'entre eux, à ne pas faire de passe-dé, comme on dit. Et mon but et mon rêve, c'est qu'on dépasse le cinéma américain. Et je pense qu'avec ce qu'on est en train de faire là, et ce qu'est en train de faire la Djili avec son école, il y a moyen. Moi, je te dis qu'il y a moyen.
- Speaker #1
Et puis c'est complémentaire, attention.
- Speaker #0
Bien sûr, carrément. Il n'y a pas de concurrence. Chacun le fait à sa manière. Donc ça ne peut être que complémentaire pour tout le monde.
- Speaker #1
C'est quoi ton objectif pour ça, dans les années à venir ?
- Speaker #0
Avoir des promos dans toutes les villes de France.
- Speaker #1
Il y a un terme aussi que tu utilises souvent.
- Speaker #0
Quel est-il, mon ami ?
- Speaker #1
Je te laisse le dire. Et puis c'est en lien avec le Moyen-Âge, avec un peu l'histoire de France.
- Speaker #0
La Révolution ?
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
C'est le nom de mon association, 1789. Pourquoi 1789, la Révolution française ?
- Speaker #1
On rentre dans la partie historique et passionnée.
- Speaker #0
au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Non, mais oui, j'ai pas pris ce nom au hasard parce que la période de la Révolution française est une période qui m'attire beaucoup parce qu'ils ont fait un truc de ouf. Je connais toutes les dates, tous les personnages emblématiques de cet événement. Et voilà, je m'en inspire pour pouvoir faire ça à ma manière et dans le cinéma. On va pas aller prendre la Bastille, ça n'existerait plus, mais voilà, tu vois. Qu'est-ce que c'est que la Bastille de base ? Il ne voulait pas la braquer. Il voulait juste récupérer des munitions et se barrer. Mais le mec, il n'a pas voulu ouvrir la porte. Du coup, c'est du haut. Ah ouais ? C'est comme ça, ouais.
- Speaker #1
Donc toi, tu veux braquer le cinéma français ?
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et bien, on te le souhaite.
- Speaker #0
Bien sûr, c'est tout le mal que je souhaite aux jeunes. Moi, mon but, après, je vais laisser la place. Moi, j'ai lancé le truc. Maintenant, il faut que ça marche tout seul. Moi, je n'ai plus besoin d'être là, en vrai.
- Speaker #1
Amine, j'ai deux dernières questions pour toi. J'aime bien faire un parallèle avec les cultures urbaines. Interview de Mehdi Maizi et Dossé dans Le Code.
- Speaker #2
En fait, pour moi, ça ne sert à rien de vivre jusqu'à 100 ans si tu es rempli de douleurs, de maladies, de trucs, tu as du mal juste à respirer. Je préfère vivre 60 ans, par exemple, et t'as une bonne vie, tu vois. Et partir, après, tu ne sais jamais quand tu pars, tu n'hésites pas, mais partir avec l'impression que, bon, t'as vu, j'ai peut-être pas fait... tout ce que je voulais faire, mais ce que j'ai fait, ça me contente. Connaître la paix intérieure avant de connaître la paix éternelle.
- Speaker #1
Connaître la paix intérieure avant de connaître la paix éternelle. Toi, Amine, à partir de quel moment tu dis « Ok, j'ai fait ce que j'avais à faire, je peux mourir en paix ? »
- Speaker #0
Dossé, Dossé, le poète maudit. J'aime beaucoup dosser. Je pense que moi, la peinture, je la trouverai jamais. Je pense réellement, sincèrement. Tu sais, il y a un truc que je dis souvent, c'est moi, mon rêve, ce que je veux faire, on sait pourquoi on est sur cette terre, nous, musulmans. On n'a pas besoin d'entrer dans les détails, mais on sait pourquoi on est sur cette terre. Mais ce que je voudrais, moi, avant de partir et de mourir, c'est foutre la merde et partir.
- Speaker #1
Dans quel sens foutre la merde ?
- Speaker #0
Très bien. Très bonne question. Quand je te dis foutre la merde, l'abbé Pierre a foutu la merde et il est parti. Tu vois ce que je veux dire ? Avec tout ce qu'il a mis en place. Coluche, il a foutu la merde et il est parti. Gandhi, il a foutu la merde et il est parti. Tu vois ce que je veux dire ? Ces grands noms, ces grands personnages, ils ont mis en place quelque chose qui aujourd'hui marche encore. Emmaüs, les Restos du Coeur et ainsi de suite, tu vois. Et qui aide les gens. Moi, ce que je veux, c'est ça. Foutre la merde. Quand je dis foutre la merde, c'est que ça dérange certaines personnes. Tu vois, quand l'abbé Pierre faisait... J'ai vu son film au cinéma, incroyable. J'ai vu son histoire, je ne connaissais pas bien son histoire, je suis parti exprès pour ça. Quand tu vois tout ce qu'ils ont mis en place, et que les mecs sont partis, et bien moi c'est ce que je veux faire. À travers ce que je sais faire, c'est-à-dire le cinéma, j'aimerais transmettre ça, et que les générations futures, les gens qui viennent après moi, les prochaines sessions, apprennent à raconter leurs propres histoires. Là, parallèlement à ça, j'aimerais maintenant lancer, maintenant qu'on a lancé le projet École de cinéma, lancer le projet école de journalisme en reporter d'images pour que les gens puissent faire leur reportage. Ce sera fini, je te le dis, dans quelques années c'est terminé les reportages que tu vois à la télé, les musulmans, je sais pas, gentils, c'est terminé, parce que là, on va former la relève, tu vois ce que je veux dire ? On va former les nouveaux journalistes, les nouveaux vidéastes, et là où ils sont pas prêts, c'est que la vidéo est une arme puissante, et quand tu sais l'utiliser bien comme il faut, regarde un exemple tout con, Tu aurais pu gueuler 150 ans, accuser Pascal Praud de racisme, d'islamophobie, de ce que tu veux. On ne t'aurait jamais écouté. Malik Bentala, il arrive avec une vidéo bien faite. Il met tout le monde d'accord. Combien ? 30 millions de vues ? Tu vois ce que je veux dire ? Et juste avec de l'humour, avec son arme à lui. Son arme, c'est l'humour. Chacun avec son arme, sans violence, sans insultes, sans injures, ça ne sert à rien. Et tu montres aux gens la vraie vérité, la vraie face des choses. Tu vois ce que je veux dire ? Et c'est ce que j'ai envie de faire.
- Speaker #1
foutre la merde et partir on te le souhaite avec toute la bienveillance du monde bien entendu tout à fait dernière question comme Yannick Marron si tu devais faire le bilan de ce qu'on vient de se dire de toi,
- Speaker #0
de tout, depuis le début franchement le bilan c'est je t'avoue que d'un côté je regrette certaines choses que j'ai pu faire dans le passé mais aujourd'hui si j'avais pas fait ces choses là je serais pas là tu vois ce que je veux dire ? voilà exactement Il y a eu une période où j'ai dormi dans la rue. J'étais SDF, j'ai dormi dans la rue. C'était galère de ouf. Même, on n'avait pas de quoi manger. J'étais avec mon meilleur pote Ousmane. C'était vraiment la galère. Sur le coup, tu te dis que c'est mal. C'est un mal, mais c'est un mal pour un bien. Ça t'apprend beaucoup de choses. Par la suite, j'ai travaillé dix ans à la Croix-Rouge auprès du public SDF que j'ai pu aider et ressentir exactement ce qu'ils vivaient.
- Speaker #1
Donc, tu as développé ton empathie.
- Speaker #0
J'ai développé mon empathie, mais sans le vouloir. Et en sachant ce qu'ils vivent, je te donne un exemple tout bête. Quand tu es à la rue, les gens pensent que tu as envie de manger, tu as envie d'un toit. Pas forcément, oui, mais pas forcément. Le premier but, enfin, la première envie que nous, on avait, c'était surtout de discuter avec les gens. Tu vois qu'on discute avec les gens et dormir. Quand tu dors dans la rue, tu ne passes pas des bonnes nuits. Mais le fait de dormir, c'est tellement un truc de... On ne se rend pas compte. Là, tu rentres chez toi, tu vas dormir. Mais le fait de dormir, c'était vraiment le truc dont... Même après avoir parlé avec plein d'usagers, de gens dans la rue, de sans-abri, nous, ce qu'on veut, c'est dormir. Juste passer une nuit bien. Et après, on reprend notre vie dans la rue. Mais de temps en temps, une nuit à l'hôtel, une nuit au chaud, doucher, dormir, c'est plus important. C'est même plus important que manger. Donc...
- Speaker #1
Merci à toi Amine, où est-ce qu'on peut te suivre ?
- Speaker #0
Sur Instagram qui n'est pas abonné au Instagram c'est la phrase qu'on sort tout le temps sur Insta, on va reprendre la chaîne Youtube, mais beaucoup sur Instagram Amine.cassid et l'Instagram de l'association association 1789 et voilà l'aventure continue et c'est que le début, comme je leur dis ils sont contents parce qu'on est plein hier on a fait une session de pour recruter les nouveaux apprenants. On était plus de 80. Et c'est que le début, c'est rien encore. C'est rien quand on va vraiment se développer partout. Là, ils comprendront la merde qu'on veut foutre.
- Speaker #1
Ça marche, on reste sur ça.
- Speaker #0
Merci à toi. Merci au Sama.