- Speaker #0
Bonjour à tous et heureux de vous retrouver pour ce nouveau numéro d'Arthroscopie. Désolé, les lancements c'est toujours un peu... diatonique, on va dire ça comme ça. Bonjour à tous et heureux de vous retrouver pour ce quatrième numéro d'Arthoscopie, et oui encore un avant la fin. Et encore une fois, une rencontre. Notre invité du mois est réalisateur, scénariste, enseignant à 16h et plein de trucs que je... que je ne sais pas encore. Non, je ne me suis pas auto-invité. Il aime le cinéma de genre et je vais tout faire pour qu'on bosse ensemble l'un de ces quatre. Il s'appelle Gauthier.
- Speaker #1
Bien le bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Gauthier. Merci d'avoir accepté notre invitation de l'orthoscopie.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Comment on commence ? Est-ce qu'on se tutoie ou est-ce qu'on se bouvoie ?
- Speaker #1
On peut se tutoyer, je pense.
- Speaker #0
Ok. Bon, en même temps, on se connaît un peu. Donc oui, je pense qu'on peut se tutoyer. Je pense que ça peut être sympa. Comment est-ce que tu te présentes aux gens ? D'habitude, c'est moi qui... Normalement, c'est mon boulot de dire, ouais, Gauthier, il est un tel, Mais toi, comment est-ce que tu te présentes aux gens ? C'est quoi ta carte de visite ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. En fait, ce n'est pas si évident parce qu'en étant, comme tu l'as bien présenté, assez polyvalent C'est vrai qu'en fait, ça va dépendre un petit peu des interlocuteurs que j'aurai en face. D'un côté, soit je peux me présenter comme ayant une carte plus technique, en étant réalisateur plutôt institutionnel, événementiel, corporate. Mais de l'autre côté, je peux aussi me présenter sur le versant plus artistique, puisque je travaille avec différentes boîtes de prod pour développer des projets de court-métrage, de long-métrage, tout ça. Donc voilà, tout va dépendre en fait à qui un petit peu je m'adresse.
- Speaker #0
On dirait moi. Bon, on va parler du versant un peu artistique déjà, mais toi en tant que spectateur, comment ça démarre ? Parce que j'imagine que c'est la découverte du cinéma qui plus tard te donne envie d'aller vers ce métier.
- Speaker #1
Oui, complètement. De toute façon, on a tous eu une rencontre à un moment avec le cinéma. Tous ceux qui travaillent dans l'audiovisuel ou dans l'image en général ont tous eu des coups de cœur qui font qu'un jour ils se sont dit bon Moi, j'ai envie de faire ce travail-là. Il y a un amour de l'image, il y a un amour du son, du montage, d'acteurs, d'actrices. Il y a une vraie passion, je pense, parce que c'est quand même des métiers qui sont un petit peu galères. Donc forcément, on ne peut pas se lancer dans une carrière dans ce milieu-là en se disant sur un coup de tête. Il faut quand même avoir une certaine motivation et une certaine envie qui est assez profonde.
- Speaker #0
Je pense que nous serons tous ici d'accord avec cette réponse des deux côtés du studio. Comment s'est passée ta découverte du cinéma en tant que cinéphile ? les premiers films que t'as vus qu'est-ce que tu te souviens de tout ça ?
- Speaker #1
les premiers films que j'ai vus c'était globalement sur Arte il passait justement beaucoup de très vieux films il y avait également le cinéma de minuit où j'enregistrais sur VHS un petit peu tout ce qui passait tous les programmes de Patrick Brion donc voilà des films souvent en noir et blanc rarement parlant donc vraiment voilà des films qui permettent en fait de construire une cinéphilie et qui permettent de sortir un petit peu des cases que l'on pouvait voir à la télévision le soir ou en première partie de soirée. Donc forcément, l'idée c'est de se construire en fait à une sorte de bagage, essayer de comprendre un petit peu nous, dans notre pratique future, en fait, qu'est-ce qui fait que on va, qu'est-ce qui nous anime et quels vont être les ouais, quels vont être le principal en fait, qu'est-ce qui va nous toucher, qu'est-ce qui va nous rendre qu'est-ce qui nous donnera envie en fait, de faire.
- Speaker #0
T'as quel âge à ce moment-là ? Parce que tu me parles de Patrick Brion, moi Patrick Brion, j'ai commencé à le côtoyer, on va dire, au début de mes études de cinéma.
- Speaker #1
Oui, c'était plutôt... C'est 8 ans, j'ai toujours été fasciné très jeune par le cinéma, notamment muet, du Chaplin et tout, j'en regardais beaucoup. Après, ça a été Hitchcock, après il y a eu Kubrick à 16 ans. Donc tu vois, c'est vraiment des films qui m'ont vraiment marqué. qui m'ont fait rendre compte qu'en fait, le cinéma, il y avait aussi un propos, il y avait des envies, il y avait des choses à raconter, il fallait quand même proposer des choses différentes, originales. Puis après, il y a eu le cinéma de Todd Browning, il y a eu le cinéma de Peckinpah, il y a eu le cinéma de Scorsese, beaucoup d'auteurs, là je cite beaucoup d'Américains, parce qu'effectivement, j'ai quand même une cinéphilie qui s'est construite avant tout sur le cinéma américain, mais bon, après forcément, il y a le cinéma des pays d'Europe de l'Est, il y a le cinéma asiatique, il y a le cinéma français, il y a tout ce qu'on va découvrir après par la suite.
- Speaker #0
À quel moment tu as trouvé une spécificité, un goût particulier ? Parce que là, tu es très très large, mais est-ce que tu es arrivé vers un genre en disant « ça j'aime bien, c'est ça que je veux faire » ou c'est vraiment le cinéma, c'est vraiment ça que je veux faire et je pourrais faire de la comédie, du drame, de l'horreur, je sais pas. Ou est-ce que tu t'es vraiment fixé un genre déjà en tant que spectateur ?
- Speaker #1
Genre oui, parce que moi du coup je suis globalement fasciné par tout ce qui va être ce qu'on appelle le cinéma. cinéma de genre, donc cinéma fantastique, cinéma d'horreur, thriller, polar, tout ça. Donc forcément pour ça, celui qui revient un petit peu toujours en tête, forcément c'est Kubrick, c'est un petit peu celui qui a exploré tous les genres qu'on pouvait considérer alors comme de la série B, pour en faire des œuvres avec une plus grosse volonté artistique. Sauf que derrière, il y a la volonté de s'affranchir un petit peu de tout ça, de sortir un petit peu des chefs-d'œuvre, donc d'aller chercher... les séries Z, d'aller chercher Les Nanars, d'aller chercher toutes ces oeuvres qui seront peu sorties, sur lesquelles on aura peu communiqué. Et en fait, toute cette cinéphilie va se construire par petites bribes, en fait, en allant chercher un peu à gauche, à droite tout ce qui nous fait kiffer, en fait.
- Speaker #0
C'est quoi ton premier film de genre ? Le premier que t'as vu ?
- Speaker #1
Le premier ? C'est pas évident à dire, effectivement. Le premier dont je me souviens, je sais pas, c'est... Je pense que c'est comme tout le monde, c'est des dessins animés en fait. Les dessins animés, que ce soit des Disney, des Miyazaki ou des Dreamworks, c'est quand même souvent, il y a des passages horrifiques dedans, souvent il y a des passages très fantastiques. Donc forcément, c'est une bonne question. Je vais y réfléchir, je y répondrai peut-être dans une heure.
- Speaker #0
Il y aura des retours sur des questions, ne t'inquiète pas. On a le temps d'ici là. Mais moi, tu m'as fait penser tout de suite à mon premier traumatisme de gamin dans le dessin animé. J'ai rarement associé le dessin animé au genre en soi, à part quand c'est vraiment des dessins animés fantastiques, des dessins animés un peu science-fiction. Moi, il y a Brisbane, qui est mon premier gros moment où cérébralement, je me suis fait « Oula, c'est flippant ! » J'avais 6-7 ans déjà. Mais je n'aurais pas associé ça au cinéma de genre immédiatement.
- Speaker #1
En fait, le problème du cinéma de genre, c'est vraiment une notion qui ne veut pas dire grand-chose. Tout peut être du genre. La comédie est un genre. Le cinéma... policier est un genre, en soi, tout n'est que genre, le drame est un genre, le drame social est un genre, donc en fait, cette catégorie un peu fourre-tout fait aussi qu'on a tendance à mettre de côté l'animation, et de mettre, si on prend les festivals, souvent on aura une catégorie animation, une catégorie fiction, alors qu'en soi, tous les films donnés d'animation peuvent être Vals avec Bachir, ça pourrait être totalement filmé de manière classique, en fait, en prise de vue réelle, donc en soi, voilà, je suis pour.
- Speaker #0
plutôt s'ouvrir un petit peu à tous les genres faire sauter un peu tous les canevas Mais c'est pas un peu très français de vouloir mettre le genre quelque part et tout ce qui est entre noble de l'autre côté ?
- Speaker #1
Disons que c'est sûr qu'en France on a quand même une certaine ligne éditoriale on va dire où effectivement on a en premier lieu le cinéma policier c'est vraiment ce qui se fait de plus après la comédie et enfin le drame à tendance plutôt globalement sociale derrière on a quand même une très faible part
- Speaker #0
de production annuelle qui va être dédiée au fantastique à l'horreur et voir en fait juste à des films un petit peu plus différents en fait globalement ils sont pas toujours très français ils sont très franco-belges en soi ouais peut-être c'est rarement le cinéma français je trouve en tout cas depuis ces dernières années a plus de mal à s'engager totalement là-dedans et heureusement qu'il y a le tax shelter chez nos voisins belges pour qu'on puisse avoir des films comme le conte de Monte Cristo sans le tax shelter il ne se serait pas monté totalement quoi
- Speaker #1
Oui, effectivement. Après, le conte de Monte Cristo, de base, est quand même une super production à la française qui se veut très rassurante. Entre un catalogue de stars, une adaptation que tout le monde connaît, une histoire que tout le monde connaît, il y avait quand même très peu de chances qu'il se plante au box-office. Donc forcément, la mise en place d'un film comme cela, même si on fait appel à des sofikas, à des constructions financières étrangères, en soi Il y a peu de chances que ça ne se fasse pas.
- Speaker #0
Mais ça reste un très gros montage pour le cinéma français, on ne peut pas dire le contraire.
- Speaker #1
Ah oui, complètement. C'est rare.
- Speaker #0
Je veux dire, des films comme, par exemple, je cite Le Cinquième Élément, mais Le Cinquième Élément, c'est quand même une rareté dans le cinéma français. Ça n'existe pas. Même Valérian a été produit totalement différemment.
- Speaker #1
Tout à fait, parce que, de toute façon, Europa Corp a été assez innovateur, a été très différent, très en marge dans le système de production français. Pour le coup, il s'est très inspiré des Etats-Unis, Luc Besson, lorsqu'il faisait... parce qu'ils produisaient ces films. On peut même se poser la question de à quel point c'est des films français, le cinquième élément, au vu du casting, au vu de la langue, au vu du système de production économique.
- Speaker #0
Toujours question côté cinéphile, le réalisateur viendra après, mais qu'est-ce que c'est pour toi un bon film ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que c'est qu'un bon film ? Pour moi, un bon film, c'est... Doit essayer de... De répondre à trois catégories, trois plaisirs en tout cas. D'abord le plaisir de visionnage, il ne faut pas oublier qu'on est sur du divertissement. Ensuite un plaisir plus cinéphile, faire en sorte que la mise en scène, que tout ce que l'on va nous présenter, que la forme soit impactante et si possible inoubliable. Et puis une troisième catégorie qui serait la catégorie un peu plus intellectuelle où il faudrait qu'on... qu'on puisse avoir du grain à moudre, qu'on puisse avoir une vraie vision sur le monde qui nous fasse réfléchir, qu'on y repense un petit peu après. Une sorte de cohérence entre forme et fond, entre plaisir de surface, plaisir esthétique, et puis réflexion globale.
- Speaker #0
C'est une réponse de technicien un petit peu. Mais est-ce que toi, en tant que spectateur, tu cherches tout ça quand tu vas juste regarder un film ?
- Speaker #1
Non, je cherche surtout à être bouleversé. Je pense, comme tout le monde, d'avoir un... d'avoir quelque chose que j'ai pas vu. Donc forcément, vu que pour avoir quelque chose qu'on n'a jamais vu, il faut sortir des règles. Forcément, du coup, comment on peut aller chercher, alors qu'on espère ne pas avoir quelque chose, être bousqué dans nos attentes.
- Speaker #0
T'as une idée du nombre de films que tu regardes par an ? Sans forcément parler de films récents, mais je veux dire...
- Speaker #1
Sans forcément de films récents... Franchement, j'en ai aucune idée. Quand j'étais étudiant, je pouvais vraiment regarder entre 3 et 5 films par jour. C'était vraiment énorme, énorme. Là, je bouffais énormément parce que c'est là que j'ai fait ma cinéphilie. Par contre, après, aujourd'hui, étant jeune papa, je profite pour embrasser ma petite Ivy et ma Bérangère. J'ai beaucoup moins le temps, forcément. C'est donc, on va dire, peut-être 150, 150-200, je pense, par an.
- Speaker #0
C'est déjà énorme.
- Speaker #1
C'est déjà énorme mais pas tant finalement, ça fait même pas un par jour.
- Speaker #0
Ouais mais c'est quand même pas mal, parce que beaucoup ne font que un par semaine au pire.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
On est pas tous cinéphiles tu sais. C'est vrai qu'on a tendance un peu à l'oublier quand on est dans ce métier, tout le monde n'est pas fan de cinéma.
- Speaker #1
Oui forcément.
- Speaker #0
Il y a toujours des gens qui pourront nous dire le cinéma ça me parle pas, ça m'intéresse pas. Et c'est vrai qu'il y a un nombre conséquent de français qui vont pas au cinéma tout le temps. Je veux dire un film fait 2 millions d'entrées, Maxi Bob 3 millions si on est... très copains avec le film, mais ça fait pas la totalité de la population française. C'est pas possible.
- Speaker #1
Ah bah non, c'est sûr.
- Speaker #0
Même Bienvenue chez les Ch'tis n'a pas été vu par la totalité de la population française, c'est impossible. Même La Grande Vadrouille.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Donc on remet toujours un peu en perspective tout ça. Mais tu parlais de tes études où tu regardais jusqu'à 250 films, mais est-ce que c'était du rattrapage ou est-ce que même avant ça, tu commençais déjà à t'ouvrir à plein de choses ?
- Speaker #1
J'ai toujours bouffé beaucoup de films. C'était globalement, ça a toujours été quelque chose qui m'a fasciné et que j'ai toujours... Quand on parle de passion, c'est qu'il y a vraiment quelque chose qui est au-delà. On est presque dans le domaine de l'adoration. Quand on aime autant regarder des films, forcément, il y a un moment, c'est quelque chose qui n'est forcément pas tout à fait rationnel. Il y a le côté rattrapage. Effectivement, il y a certains films que j'ai regardés pour ma culture personnelle. Sans forcément de plaisir particulier, sans forcément d'envie particulière. Mais bon, pour moi, c'était important de savoir un petit peu tout ce qui se faisait, comment, pourquoi, de quelle façon, de connaître les différents courants, de connaître les différents pays, tout ça.
- Speaker #0
À quel moment tu t'es dit, ma passion, ça va devenir mon métier ?
- Speaker #1
De quelle manière aussi ? En terminale. En terminale, parce que du coup, j'avais fait un bac littéraire avec une option cinéma. Et dedans, je ne savais pas trop ce que j'allais faire l'année suivante. Je sentais que j'allais aller en fac de lettres. Sauf que pour le bac, il fallait, pour l'option cinéma, proposer un court-métrage. Et je l'avais fait un peu expérimental, en noir et blanc, tout ça. Un peu bizarre, j'étais tout seul en huis clos, je parlais à moi-même. Mais bon, ça a fonctionné, j'ai eu 20. Et du coup, je me suis dit, bon, peut-être qu'il y a quelque chose là. Peut-être qu'en fait, ce n'est pas si idiot. de tenter en tout cas donc voilà je me suis dit j'ai pas envie d'avoir de regrets donc j'y vais à fond et je me suis inscrit du coup en fac de lettres mais avec une bidisciplinarité cinéma ok bon avant d'enchaîner sur la partie réalisation je te propose qu'on fasse notre première pause musicale c'est
- Speaker #2
encore c'est un premier choix que tu nous as fait on en parle juste après ça si vous écoutez Radio Dio c'était Johnny Dewey avec Winstep tiré de son album Éponyme de 2017 Yann et son invité reviennent tout de suite dans Artoscopie.
- Speaker #0
Gabriel, désolé de t'avoir fait galérer avec un nom pareil, mais c'est pas de ma faute. Pourquoi avoir choisi cette chanson d'ailleurs ?
- Speaker #1
Tout simplement parce que Twin Peaks, parce que David Lynch, parce que Johnny Joule, ça pouvait que fonctionner. Tous ceux qui ont vu la saison 3 se rappellent forcément de ces scènes où Kyle MacLellan est en train de dessiner des symboles obscurs sur des... des papiers administratifs que personne ne comprend et que lui seul arrive à comprendre. C'est assez incroyable, c'est des scènes qui sont inoubliables.
- Speaker #0
David Lynch, c'est quoi pour toi ?
- Speaker #1
David Lynch, pour moi, c'est effectivement un cinéaste qui a exploré le plus loin possible toute la structure autour du rêve, autour du cauchemar, autour de l'onirisme. Je pense que personne ne pourra jamais aller aussi loin. Ça me paraît aujourd'hui, tous ceux qui veulent prétendre aller chercher un petit peu à raconter ce que c'est que la structure des rêves, forcément à un moment se confrontent à Lynch et le site Ou s'y confondent en tout cas.
- Speaker #0
Avec quelle oeuvre tu l'as découvert ?
- Speaker #1
La première que j'ai vue de lui, bonne question, je pense que c'est Elephant Man, quand j'étais gamin. Donc effectivement, un qui est assez différent de toute sa filmographie suivante, on va dire peut-être l'un des moins oniriques.
- Speaker #0
Oui, l'un des plus brutales, on dit. On ne regarde pas ça à 6 ans et demi.
- Speaker #1
Non, j'étais un petit peu plus vieux, j'avais 11-12 ans je crois. Mais oui, quand on aime Todd Browning, forcément, Elephant Man, il y a quelque chose qui attire dedans, qui paraît comme une filiation directe.
- Speaker #0
Et Razorhead me fait aussi beaucoup penser à Todd Browning. C'est très brownien comme film.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Au début, avant de connaître Todd Browning, je le rapprochais un peu de la Hammer, mais Todd Browning est encore plus proche de David Lynch que la Hammer. Et pourtant, Elephant Man est très Hammerien, lui.
- Speaker #1
Oui, complètement. C'est exactement ça. C'est la structure du monstre tragique, comme ils l'ont fait à la Hammer, exactement.
- Speaker #0
Et on rappelle que vous pouvez redécouvrir, si vous le souhaitez, Dune en 4K. sa version à lui qui n'est pas un film très apprécié mais qui est pourtant assez riche pour le citer pour l'avoir revu pas très longtemps en 4K justement c'est un grand film que j'avais pas très bien compris jusque là et qui au final est plus proche de ce qu'a fait Stanley Kubrick avec Shining que véritablement une adaptation fidèle de Dune comme on a pu en faire Villeneuve derrière c'est exactement ça tout à fait reprenons un petit peu là où on en était Merci. On a fait un peu la bascule vers ta passion, vers ta profession, mais qu'est-ce que tu as fait comme étude et surtout qu'est-ce que tu en retiens encore aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors qu'est-ce que j'ai fait comme étude ? Donc après mon bac littéraire option cinéma, j'ai fait trois ans d'une licence bidisciplinaire lettres modernes et cinéma à Lyon 2. A la fin de cette licence, j'avais l'opportunité de continuer sur un master à Paris, un master de réalisation. Je ne sais plus exactement dans quel sens. quelle fac. Mais bon, j'avais été sectionné, on avait été très peu et quelques jours avant d'attaquer les cours là-bas, je reçois le planning et là, je me rends compte qu'en fait, j'étais pas du tout... C'était pas ça en fait que je voulais faire. Je me suis dit, mais en fait, là, je vais repartir sur deux ans de full théorie. Non, moi, j'ai besoin là de faire de la pratique, tout ça. Donc, je me suis inscrit rapidement à l'ARFIS, qui est une école qui forme de techniciens. à Villeurbanne qui aujourd'hui s'appelle l'ESSEC et du coup j'ai fait 3 ans spécialisé dans l'image parce que moi ce qui m'intéressait c'était d'une part comprendre comment on construit une image, comment on arrive à faire ces fameux plans qui moi m'ont fait rêver et surtout comment je pourrais avoir un métier derrière est-ce que l'intermittence ça pourrait pas être une façon justement de me lancer après et d'utiliser toutes mes connaissances techniques pour pouvoir après avoir voir... le statut et du coup avoir du temps pour pouvoir créer mes propres projets.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu penses que ça t'a apporté par rapport à un réalisateur qui n'aurait pas fait d'études de cinéma pour le coup ?
- Speaker #1
Un métier. Déjà, une façon de gagner ma vie en restant à peu près dans l'audiovisuel et l'événementiel. Parce que, de toute façon, la plupart des créateurs ont un métier alimentaire à côté. Moi, il s'avère que c'est continuer de faire des films, de faire de la vidéo. Pour le coup, ça c'est hyper important pour moi en fait, mine de rien. Même si parfois on peut trouver que c'est un peu moins intéressant ce qu'on va filmer, malgré tout, on continue à s'entraîner en fait. On continue à se tenir au courant des technologies, on continue à pratiquer.
- Speaker #0
On fait de la veille, tout le temps. Exactement,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
On se comprend très bien. C'est quoi ta définition d'un réalisateur ?
- Speaker #1
Un réalisateur...
- Speaker #0
En tant que poste.
- Speaker #1
En tant que poste, ouais c'est... C'était Truffaut qui disait c'est quelqu'un qui dit oui ou qui dit non et en fait je pense qu'il a quand même assez raison là-dessus c'est quelqu'un qui a une vision c'est quelqu'un qui a quelque chose à raconter et qui fait en sorte que tout le monde, toutes les personnes autour de lui, toute l'équipe artistique et l'équipe technique vont aller à fond dans cette vision-là parce qu'en fait lui, il n'y a que lui qui l'a s'il fait bien son travail, il n'y a que lui qui l'a donc du coup il va falloir transmettre et c'est pas facile parce que personne ne l'a jamais vu Du coup, ça va être de bien communiquer, de bien mettre en place les conditions sur un plateau pour que sa mise en scène fonctionne.
- Speaker #0
Je suis assez d'accord. Moi, j'aurais ajouté peut-être poser des cadres à tout le monde pour que chacun ait sa liberté et sa place dans le projet.
- Speaker #1
Oui, alors ça, je dirais que c'est plutôt le travail de l'assistant réalisateur ou de l'assistante réalisatrice qui va justement cadrer le tournage, qui va faire en sorte que le set fonctionne. qui va en fait gérer tout ce qui va être technique et logistique pendant que le réalisateur va se concentrer sur l'artistique pure. Normalement, sur des projets, en principe, c'est de cette façon-là que sont organisés les gros tournages.
- Speaker #0
C'est quoi ta définition d'un scénariste ?
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'un scénariste ?
- Speaker #0
Pour toi, en tout cas.
- Speaker #1
Bonne question. Un scénariste, c'est un artiste qui écrit une œuvre que personne ne lira jamais.
- Speaker #0
C'est profond. Voilà.
- Speaker #1
On a le statut d'artiste-auteur en France, et pourtant, personne ne va jamais nous lire. Personne ne va jamais lire un scénario jusqu'à ce qu'il devienne un film. Donc, en fait, c'est quand même quelque chose d'assez particulier, où on écrit des documents de travail, en fait, qui vont servir au tournage, qui vont être lus par des personnes qui sont aguerries dans le métier, et qui, du coup, en fait, les lectures de scénarios ne sont pas hyper plaisantes.
- Speaker #0
Ça ne se publie pas, un scénario. Sauf après, comme objet, un peu comme un prop, c'est de tournage. Mais en soi, avant un film, ça ne se publie pas ?
- Speaker #1
Non, c'est ça exactement. Donc forcément, c'est un travail qui est assez particulier, où on sait qu'en fait, on n'écrit pas pour le grand public, on écrit pour des personnes qui vont devoir... Il faut que ce soit le plus clair possible. Il faut que c'est une succession d'images et de sons, qui fait qu'à la fin, on doit pouvoir s'imaginer le film parfaitement, à l'électeur du scénario.
- Speaker #0
C'est quoi la meilleure partie de ton travail ?
- Speaker #1
En tant que scénariste réel ?
- Speaker #0
Non, justement, quand tu es sur un projet, quelle est la meilleure partie de ton travail ? Est-ce que c'est l'écriture, la réalisation ? Est-ce que c'est gérer les équipes, la post-production derrière ? C'est quoi pour toi la meilleure partie ?
- Speaker #1
C'est tout en fait. C'est lorsqu'on voit que le film avance et arrive jusqu'à nos fins. En fait, c'est un métier qui est tellement compliqué. Peu de monde comprend vraiment ce que c'est qu'écrire et réaliser. Parce que quand on va dire qu'on a mis trois ans à faire un court-métrage, ok, mais qu'est-ce que t'as fait pendant ce temps-là en fait ? Moi, je peux filmer demain un petit truc et le poster. Les créateurs de contenu le montrent d'ailleurs bien sur YouTube en arrivant à proposer des films très régulièrement, tous les jours, toutes les semaines.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas le même métier.
- Speaker #1
Mais ce n'est pas le même métier, exactement. Et du coup, ce n'est pas évident. Donc forcément, dès que tout se met en place, ça peut être d'arriver déjà à faire en sorte que le scénario soit terminé, ce qui est déjà une victoire en soi, parce que des fois, il y a des histoires qu'on n'arrive pas à terminer. Ça peut être ensuite d'arriver sur le tournage, c'est-à-dire qu'on a fait en sorte que le développement arrive jusqu'au moment du tournage. Mais ça peut être également qu'il arrive en post-prod et qu'en fait ça fonctionne, tout simplement. En fait, c'est de voir que tout ce qu'on fait, que toutes les avancées amènent à un produit qui se rapproche plus ou moins de ce qu'on avait en tête. Même si, bien sûr, on se laisse surprendre, c'est d'arriver à proposer une œuvre dont on est fier.
- Speaker #0
C'est un peu une assemblage de petites victoires, en fait.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Moi, ma première victoire sur un tournage, enfin sur un film en tout cas, c'est le jour où je me rends compte que j'ai réussi à le découper. Parce que je sais que derrière, j'ai globalisé mon langage pour que tout le monde puisse le comprendre, et là je sais que je peux lancer le projet.
- Speaker #1
Complètement. Tu as raison, c'est aussi une étape, le découpage technique, qui est quand même très difficile, qui est particulière, qui fait qu'il faut déjà qu'on compose nos images alors qu'on ne les voit pas.
- Speaker #0
C'est très solitaire comme travail.
- Speaker #1
C'est pour ça qu'il faut faire en sorte d'être le moins solitaire possible. Si je peux me permettre de donner un conseil, c'est vraiment de ne jamais rester dans son coin. Scénariste, réalisateur, producteur, ce que vous voulez, allez voir des gens. Entourez-vous. Ne faites pas des films dans votre coin. Allez voir des gens, soumettez. Parlez de vos projets autour de vous, avancez.
- Speaker #0
On va rentrer un peu dans le dur maintenant. Décrue-moi ta méthode de travail.
- Speaker #1
Oula !
- Speaker #0
En fiction.
- Speaker #1
Ma méthode de travail en fiction ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Alors, première chose en tant que scénariste je veux que ce soit considéré comme un travail, je veux que les gens se disent bien que c'est un travail, que moi-même je sois bien convaincu que ce que je fais c'est un travail donc je me mets des horaires de travail, donc des horaires de bureau ça c'est aidé par le fait d'être jeune papa mais je travaille après avoir posé mon enfant à l'école et j'arrête au moment de la récupérer, tout simplement Donc j'évite d'écrire les soirs, j'évite les épiphanies de 3h du matin où il faut absolument que j'écris quelque chose sinon je vais l'oublier. J'évite de me dire le week-end, non non tant pis pour ce repas, je vais plutôt écrire parce qu'il faut que j'avance. Non, ça j'évite. C'est ton cas ?
- Speaker #0
J'ai connu, j'ai connu ça. J'ai écrit une série il n'y a pas si longtemps que ça et les épiphanies je les ai eues à des moments où je n'aurais pas voulu les avoir.
- Speaker #1
Exactement, ce qui est normal en fait. Parce que du coup... les idées avancent lorsqu'on y pense le moins parce que du coup c'est au moment où on s'oxygène au moment où on va courir et d'un coup on se dit ah tiens là il y a quelque chose donc c'est pour ça que cette méthode de travail me convient bien parce que du coup on ne s'arrête jamais vraiment de travailler, c'est à dire que même les soirs même les week-ends, je peux repenser à des projets, je les fais évoluer en fait, juste en parlant avec des gens juste en sortant, en allant voir des choses en allant en ville, à la campagne en fait on On se rend compte de plein de choses et en fait on débloque les choses, ça sert à rien de forcer un scénario. Il y a un moment les choses se débloquent d'elles-mêmes mais il faut vivre en fait, il faut faire des choses.
- Speaker #0
Je sais, d'accord. Et ensuite, comment tu arrives à le transposer de « maintenant c'est un objet filmable » ?
- Speaker #1
Et après, arrive le moment où il faut lancer le développement, ce qu'on appelle, donc trouver un producteur, il faut trouver des financements, il faut trouver une équipe technique. Après, c'est un travail qui est très long, qui est très compliqué, qui n'est pas sûr, parce que là, autant le scénario, on peut arriver soi-même à aller jusqu'au bout de l'étape. Autant le tournage, rien ne nous dit qu'on va y arriver un jour. On a mille projets qui sont dans les tiroirs, qui sont écrits, qui attendent d'être tournés. Mais en fait, est-ce qu'ils vont l'être un jour ? Ça, on ne sait pas.
- Speaker #0
Oui, c'est toujours ça. C'est ça ce métier. À un moment donné, on a un milliard de projets. Est-ce qu'on les tourne ? Est-ce qu'on ne les tourne pas ? Quand est-ce qu'on les tourne ? Quand est-ce qu'on peut les tourner ? Quand est-ce qu'on envisage de le faire ? Peut-être dans quelques temps, je ne sais pas. C'est toujours un peu ça. Mais c'est un peu le problème. Quand on a vraiment toujours cette envie d'écriture, à un moment donné, il faut... on peut pas non plus de faire soi-même on peut pas dire bon bah ça je le tourne ça peut pas venir de soi, c'est toujours très compliqué comme exercice de dire je peux pas lancer une production tout seul, alors qu'on aimerait tellement parce qu'on a fini un scénario donc on se dit bah voilà, après à la limite on peut lancer le découpage pour faire une espèce de preuve de concept mais après ça s'arrête là s'il y a pas une équipe derrière bah le film est pas tourné voilà,
- Speaker #1
donc du coup forcément c'est comme tu dis réunir une équipe euh... Et puis faire en sorte que tout fonctionne, parce que chaque film est construit différemment, chaque film se tourne différemment, sur une durée différente, avec un nombre de personnes qui vont travailler dessus différentes. Il n'y a pas de secret, il faut juste s'adapter à la demande du film et à ce qu'il nécessite.
- Speaker #0
Comment t'expliquerais-tu qu'il y a un tournage pour quelqu'un qui ne sait pas du tout ce que c'est que le cinéma ? Genre explique-le à ta grand-mère.
- Speaker #1
Un tournage, c'est un chantier. C'est un chantier, vous avez l'architecte qui est là. et c'est le réalisateur qui vérifie que chaque personne qui va travailler et oeuvrer sur le chantier parvient à poser sa pierre sur l'édifice pour faire en sorte que celui-ci puisse se créer et obtienne sa forme finale tout en respectant des règles de sécurité, en respectant des consignes liées au temps, en respectant un budget, en respectant tout ça. Donc c'est un petit peu tout ça en fait, c'est parvenir à créer quelque chose ensemble et que l'info passe auprès de tout le monde.
- Speaker #0
Tu as concrétisé beaucoup jusque là ?
- Speaker #1
J'ai concrétisé beaucoup ?
- Speaker #0
Oui, une grosse question.
- Speaker #1
Pas trop, mais un petit peu. J'ai fait plusieurs courts-métrages, certains que j'ai uniquement scénarisés, d'autres que j'ai également réalisés. On est en train de développer un long-métrage avec une mode de production lyonnaise qui est à l'origine du projet. On a plusieurs partenaires, on met ça en place, mais c'est un petit peu long.
- Speaker #0
Tu dissocies réalisateur et scénariste ou tu fais comme la norme française qui dit que c'est deux métiers qui vont ensemble ?
- Speaker #1
Alors moi j'ai tendance à dissocier parce qu'il y a des histoires que j'ai envie de réaliser et des histoires que j'ai envie uniquement d'écrire. Par exemple ce long métrage à qu'on développe, je ne m'en voyais pas le réaliser. C'était pas du tout mon... c'est pas mon dada en fait. J'ai des envies de raconter des choses en termes de réalisation qui sont bien spécifiques. Et du coup lorsque je sais que je vais réaliser quelque chose, j'écris. de manière à le réaliser. Par exemple, je sais que dans ma façon de procéder, je n'ai pas forcément envie d'avoir beaucoup de dialogues. C'est un running gag qu'on a avec mon entourage, c'est que mes films sont quasiment tous muets. Donc forcément, du coup, voilà, c'est à l'échelle d'un long métrage. Moi, je ne peux pas proposer ça à des producteurs et dire, allez-y. Donc quand j'écris pour quelqu'un d'autre, je mets des dialogues.
- Speaker #0
Moi j'ai tendance à écrire qu'on aura pour faire des films qu'on aura blanc, donc chacun ses tas. Bref, je te propose qu'on se retrouve juste après notre deuxième pause musicale. C'est toi qui l'as choisi encore une fois, c'est les Kraftwerk avec Tepnopop qui a les honneurs de la discographie. A tout de suite.
- Speaker #2
Il est 19h37, vous écoutez Radio-Duo.
- Speaker #0
C'était les Kraftkeks avec Technopop. C'est toi qui as voulu que je le dise, je t'avais dit que je n'avais pas le problème. Tirez du coup de l'album Electric Café sorti en 1988. Arthroscopie reprend tout de suite.
- Speaker #1
Merci Gabriel, c'était les Kraftwerk, vous aurez reconnu. Et encore une fois, pourquoi ce choix ? Pourquoi ce choix ? Parce que
- Speaker #2
Kraftwerk c'est un groupe qui m'a accompagné toute ma vie. Je les ai découverts au collège avec Radioactivity. Bon bah du coup, en fait, ils ont une longévité incroyable, on en parlait, mais également, je les vois encore en concert, je les ai déjà vus deux fois en concert à Lyon, la dernière fois c'était au Nuit de Fourbière, bon bah c'est trop bien quoi en fait, c'est encore des shows, ouais c'est des mecs qui font le show incroyable quoi.
- Speaker #1
Ils font partie de la culture musicale de plein de monde sans que les gens le sachent forcément en fait, parce qu'ils sont dans le paysage, ils sont là depuis tellement longtemps, le morceau que t'as choisi date de 88. Et ils sont encore là ! C'est ouf d'avoir une longévité pareille dans la musique aujourd'hui.
- Speaker #2
Bah ouais, exactement. Et puis ils sont passionnants, tout simplement.
- Speaker #1
On va transitionner, mais je sais pas le faire. Là, j'ai trop chaud pour trouver des transitions.
- Speaker #2
Transitionnons.
- Speaker #1
Transitionnons. On a parlé de réalisation, on a parlé de cinéphilie. On va vers quelque chose qui est un peu moins attendu, parce que tu enseignes aussi, tu fais... de la réalisation, on va dire corporate. Nous, on s'est rencontrés dans un cadre qui n'est pas du tout de la fiction.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Comment est-ce qu'on en arrive là ? Est-ce que c'est purement alimentaire ? Ou est-ce qu'il y a quand même une part de la réalisation, ça reste quand même du métier ou pas ? Toutes ces activités à côté.
- Speaker #2
Oui, de toute façon, comme on parlait tout à l'heure, c'est de l'alimentaire, mais de l'alimentaire qui est lié de près ou de loin avec notre métier.
- Speaker #1
Pas là où on s'est croisés.
- Speaker #2
Tout à fait, on s'est croisés. Du coup, plutôt de la technique, comment on peut décrire ce métier de la gestion audiovisuelle. C'est ça. Effectivement, lorsqu'on réalise une pub, lorsqu'on réalise un docu d'entreprise, lorsqu'on réalise différentes capsules audiovisuelles, forcément on n'y met pas autant le cœur à l'ouvrage que sur un projet personnel, mais malgré tout on est quand même en train de créer, donc déjà rien que pour ça, déjà merci c'est une façon pour moi de pouvoir me rémunérer tout en continuant à être en veille à utiliser les dernières caméras sorties à maîtriser la lumière à maîtriser les acteurs
- Speaker #1
Est-ce que tu retrouves des passerelles avec le cinéma ou c'est quand même assez différent ?
- Speaker #2
C'est globalement assez différent. Le cinéma, il y a une vraie inertie sur un plateau de tournage. C'est très long à mettre en place le set, c'est très long à mettre en place les acteurs. Il y a 20, 30, 40 personnes qui sont autour. Il faut que tout le monde soit à sa place pour pouvoir lancer le tournage. Alors qu'en corporate, un film de 5 minutes, c'est tourné en une journée. Donc il faut enquiller, il faut aller très vite. On demande d'être très réactifs. Et tout seul, on gère un peu tout. On gère le son, l'image, le côté vidéaste. Ça fait que ça nécessite d'être à la fois polyvalent et réactif.
- Speaker #1
Je demande ça parce qu'extérieurement, pour beaucoup, c'est le même métier. Parce que c'est les mêmes outils de travail, c'est les mêmes personnes. Donc forcément, on arrive au raccourci de dire que réaliser une pub ou réaliser un film, c'est la même chose.
- Speaker #2
Oui, d'une certaine manière. D'une certaine manière, on peut dire ça. On a le maître mot sur ce que l'on raconte. Dans l'idée, après, dans les faits, dans la façon de procéder, dans les processus de mise en place, pas du tout. Comme je disais, d'un côté, il y a gérer des équipes énormissimes, de l'autre côté, être quasiment tout seul ou en équipe très réduite.
- Speaker #1
Ouais, je vois ce que tu veux dire, l'ayant vécu un petit peu aussi. Surtout travailler avec des équipes réduites sur des projets qui ne le décident pas forcément. Tu parles aussi d'enseignement dans ta carrière, tu enseignes même. À quel moment tu as fait ce choix-là ? Parce que c'est un choix particulier d'enseigner. C'est encore une autre étape ?
- Speaker #2
Tout à fait. C'est le Covid, en gros, qui fait qu'on a eu une année blanche. C'est-à-dire que pendant un an, il ne s'est quasiment rien passé, à part dans les télévisuels, on a eu le sport qui a un petit peu continué et les journaux télévisuels. Mais en tout cas, sinon, à part ça, nous, tout a été à l'arrêt pendant un an. C'est à ce moment-là que j'ai un ami qui m'a... qui m'a contacté pour donner des cours dans une école privée. J'avais... Pas grand-chose de mieux à faire à ce moment-là, vu qu'on était déjà au deuxième ou troisième confinement. Je me suis dit, bon, vas-y, on essaye. Et il s'avère que ça m'a bien plu. Donc du coup, après, j'ai enchaîné plusieurs écoles. Et en fait, moi, je suis vraiment intervenant. Je ne suis pas salarié à temps plein en école. Mais en tout cas, j'interviens de manière ponctuelle sur de la direction artistique, sur de la réale, sur du scénario, sur plein de choses.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça t'apporte personnellement et dans ta pratique derrière aussi ?
- Speaker #2
Personnellement, ça m'apporte le fait de... ça fait du bien de voir des jeunes motivés. Parce que mine de rien, maintenant la plupart des personnes que je croise à Lyon, vu que c'est difficile de faire ce métier, c'est difficile d'en vivre, c'est difficile de le percer, sont un peu blasés, un peu aigris. Quand tu vois des jeunes qui ont 18 ans, 19 ans, 20 ans, qui ont vraiment envie, tu vois, ils savent, tu vois, et enfin... Ils n'ont pas encore vécu tout ce qu'on a vécu, voilà, 10-12 ans à devoir galérer, à essayer de s'acharner pour mener à bout un projet pendant des années et des années et des années. Eux, ils sont là, ils sont frais, ils ont juste trop envie. Et ça fait du bien, ça fait du bien de revoir des passionnés, quoi. Parce qu'à la base, c'est ça, c'est de la passion.
- Speaker #1
Comment tu travailles en enseignant ? Est-ce que c'est un côté un peu réalisateur où tu dois gérer une équipe, qui est justement des élèves, ou est-ce que c'est quand même assez différent et tu vois ça différemment ? Oui bah le matos d'audio il est même pas vissé J'en parle en registre La question était posée déjà
- Speaker #2
Tout à fait Comment je me vois ? Comme un intervenant J'essaie de me voir un petit peu comme Gandalf J'essaie d'amener Vous ne le passerez pas ? Alors non pas ce passage là Je les vois pas comme des balrogs mais plutôt comme La communauté que je dois emmener d'un point A à un point B Et à un moment je dois les laisser en cours de route Parce que je tombe dans un trou non mais Dans l'idée, c'est d'être un conseiller, un support. C'est vraiment l'idée de faire en sorte qu'ils doivent eux-mêmes trouver leurs ressources pour avancer. Et nous, on est là pour les guider, pas pour faire à leur place. On est là pour les aider.
- Speaker #1
C'est des gens que tu pourrais potentiellement travailler après, engager ? Est-ce que tu vois des choses en eux ?
- Speaker #2
Et pourquoi pas. Mais encore une fois, c'est la façon dont... se construit une carrière après et il n'y a pas de plan, on ne peut pas vraiment calculer donc il y a certains que je recroiserai il y a certains que je ne recroiserai pas pas forcément ceux auxquels je pensais en tout cas moi je ne gère pas de botte de production donc je ne peux pas déjà les embaucher mais en tout cas oui c'est sûr qu'il y en a que je remarque qui ont plus d'appétence ou plus de talent chacun est différent une
- Speaker #1
dernière pause musicale ça te dit ? il est 45 Merci. On se retrouve juste après ça.
- Speaker #0
Tu préfères la vidéo ?
- Speaker #1
Arthoscopie est en direct sur Twitch une fois par mois et sur Youtube. Abonne-toi !
- Speaker #0
Vous écoutez Radio Duo, c'était Cocteau Twins avec Chéri Colorette Funk. A la Yann, à toi !
- Speaker #1
Je crois que tu connais déjà ma première question. Pourquoi ce choix ?
- Speaker #2
Pourquoi ce choix ? Parce que cette voix, cette guitare, cette ambiance, cette nostalgie, c'est quand même particulièrement beau Cocteau Twins.
- Speaker #1
C'est tout ?
- Speaker #2
Le plaisir, le plaisir esthétique tout simplement.
- Speaker #1
Ça fait une découverte aux gens, parce que j'imagine que Radio-Dieu ne passe pas ça tous les jours.
- Speaker #2
Écoute, parfait.
- Speaker #1
Et au moins comme ça, ça enrichit la discographie de l'artiscopie. J'allais dire radioscopie, mais... Non,
- Speaker #2
c'est pas ça. On n'est pas là pour ça.
- Speaker #1
Radioscopie, c'est tellement plus au-dessus. Alors, on va passer à la dernière partie de cette interview. Il y a des questions pièges, mais pas que. Une question que tu aurais aimé que je te pose.
- Speaker #2
Comment ça va ? Que tu prennes soin de moi ? J'ai pas pris soin de toi ? C'est super, je recommande à tous ceux qui veulent venir ici à Artoscopie, on est très bien reçus.
- Speaker #1
Gabriel, je me retourne vers toi. Ouvre ton micro.
- Speaker #0
Il faut que j'aie une question là ?
- Speaker #1
Est-ce que tu as une question à poser à notre invité ? Toi aussi, tu es dans le métier !
- Speaker #0
Ouais, j'ai le droit à deux minutes de réflexion ?
- Speaker #1
Bien sûr ! La question de Gabriel arrive dans... 30 secondes ! Bon, c'est pour l'embêter un peu. Est-ce que tu aurais des conseils pour des jeunes qui se lancent dans ce métier ? Toi qui es enseignant en plus.
- Speaker #2
Des conseils ? Eh bien, de bien se préparer, en fait. D'être conscient que ça ne va pas être évident, qu'il va falloir surtout beaucoup bouger, faire pas mal de sacrifices. S'asseoir des fois sur des vacances, s'asseoir sur un salaire, des fois sur une vie un peu stable. Voilà, accepter que c'est un peu l'aventure et puis qu'on ne va pas forcément y arriver. ça peut paraître un petit peu pessimiste mais en soi c'est assez réaliste la réalité fait que on va pas forcément arriver tous à nos fins et du coup il faut s'accrocher, être conscient de cela mais quand même tenter parce que c'est la beauté du geste c'est démoralisant et entraînant en même temps c'est comme Cocteau Twins c'est à la fois triste et beau un film que tu conseilles à tout le monde ? et bien euh... L'Inconnu de Todd Browning, de 1927, c'est une histoire surréaliste. Dans un cirque, il y a Alonzo qui est lanceur de couteaux, sauf qu'il n'a pas de bras. Donc il lance les couteaux avec ses orteils et il est secrètement amoureux de Ninon, sa partenaire, qui s'attend bien à peur des bras. Donc du coup, il essaye d'avoir une relation avec elle, sauf qu'en fait, il a un secret, il a vraiment des bras et il les cache. Parce qu'il a deux pouces à la main gauche, qui est une manière pour les flics de pouvoir le retrouver, parce qu'en fait, c'est un voleur. Et par amour, par ninon, peut-être qu'Alonso va décider de réellement se couper les bras.
- Speaker #1
Todd Browning.
- Speaker #2
Todd Browning, voilà. Allez-y, c'est magnifique, c'est incroyable.
- Speaker #1
Un film que tu ne conseillerais même pas à ton pire ennemi ?
- Speaker #2
L'Inconnu de Todd Browning. Non, ne pas conseiller de film, je trouve ça un peu dur. C'est tellement difficile et compliqué.
- Speaker #1
Un truc où t'as passé un très mauvais moment.
- Speaker #2
Qu'est-ce que j'ai vraiment détesté ? Je sais pas, j'essaye toujours d'être assez bienveillant avec les films. Je vais réfléchir, mais vraiment, là, comme ça, je sais pas. Un film vraiment que je pourrais haïr, je sais pas.
- Speaker #1
Gabriel ?
- Speaker #0
Du coup, c'est ce que je voulais dire. En attendant, moi, je peux poser ma question. C'est quoi le moment où tu t'es dit, mais en fait, c'est ça que j'ai envie de faire de ma vie ? Ça a été quoi ce moment ?
- Speaker #2
Ce moment où je me suis dit, en fait je pense qu'il n'y a pas vraiment deux moments, c'est plein de petits accidents, c'est plein de petites avancées qui font qu'il y a un moment où tu te dis ça me plairait bien mais bon non c'est trop dur, tout le monde dit qu'on n'y arrivera pas. Puis tu continues, tu vas à la fac et tu pratiques. Et au bout d'un moment la pratique en fait elle devient régulière. Tu fais des courts-métrages, tu vois des gens, tu gravites autour d'un milieu en fait. Puis petit à petit, tu te dis, pourquoi pas en fait ? Peut-être que ce n'est pas juste une passion. Et en fait, c'est surtout, s'il y a le déclencheur ultime, c'est lorsque tu te dis, je vais gagner ma vie avec ça. Parce que du coup, là, tu n'as plus d'autre choix. Ce n'est plus une passion, c'est un métier.
- Speaker #1
Une anecdote sur un moment où tu t'es dit, j'adore ce métier ?
- Speaker #2
Quand tu es sur un tournage et que tu as prévu un plan, que le plan ne marche pas du tout, et que tu... décide de faire complètement autre chose ou que quelqu'un te conseille quelqu'un d'un équipe technique tu conseille donc du coup tu écoutes, tu fais et là d'un coup ça rend mille fois mieux que ce que t'aurais espéré et là c'est des moments qui sont magiques merci Gauthier j'ai une dernière question une horrible question ma question Léa Salamé c'est à dire quelle est ta définition de l'art ma définition de l'art L'art, comme disait Francis Bacon, c'est pas donné aux cochons ?
- Speaker #1
Bonne réponse. Merci Gauthier. Tu seras toujours le bienvenu dans cette émission.
- Speaker #2
Avec plaisir.
- Speaker #1
On termine en chanson avec un dernier choix de notre invité, Tom Waits, excusez du peu.
- Speaker #2
Et oui.
- Speaker #1
Danton Train, excusez encore du peu. Quant à nous, on se retrouve le mois prochain pour un nouveau numéro d'Arthoscopie. Vous pouvez retrouver l'émission en podcast sur toutes les plateformes et sur Youtube. N'hésitez pas à vous abonner, ça ne coûte rien. En attendant, n'oubliez pas, l'art, comme les prophéties des anciens dieux, n'ont jamais de frontières. Tchuss !