- Speaker #0
Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
- Speaker #1
Vous écoutez Asphalt Jungle, le podcast littéraire de Philippe Manche. Chaque premier du mois, un nouvel épisode vous attend sur toutes les applications de podcast. N'hésitez pas à liker le podcast, le commenter, le partager et surtout à en parler autour de vous. Bonne écoute !
- Speaker #0
On peut y aller, hein ? Ouais. Ouais, c'est cool ici, dis donc. Je sonne à 58, toi ? Je donne 59 pour la fin, parce qu'elle a demandé 11 heures. Allez, hop. Et ça ouvre. C'est parti.
- Speaker #1
Bonjour, c'est Odile Doutremont et vous écoutez Asphalt Jungle.
- Speaker #0
Nous sommes dans un grand couloir. Nous arrivons... Odile, comment ça va ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Merci de nous recevoir à l'occasion de votre quatrième roman, Odile, La Dernière Nuit, des éditions Julliard. Vous êtes ici depuis combien de temps ?
- Speaker #1
Ça fait 8 ans. C'est bien.
- Speaker #0
Avec mes chins,
- Speaker #1
on vit comme des princesses à 3. Une espèce de gynécée. C'est bien. Et alors, le livre ?
- Speaker #0
C'est âpre. De toute façon, vous avez beaucoup travaillé le style. Peut-être plus que les autres.
- Speaker #1
Disons qu'il y avait une volonté d'aller un peu plus à l'os. Oui, c'est vrai qu'entre le premier qui est plus goulue, nettement plus goulue, il y a une espèce de générosité un peu débordante dans le style. On a mis le bouquin. On a mis le bouquin quand on tente un truc. On essaie de comprendre qui on est par rapport à ça. Et là, c'est vrai que c'est plus tranché. Alors, café, café, café.
- Speaker #0
Et puis la couverture, on aura l'occasion d'en parler. Elle est magnifique. Elle est belle, hein ?
- Speaker #1
Elle est magnifique.
- Speaker #0
Elle est magnifique.
- Speaker #1
C'est un artiste belge. Steve de où ? Un double ou un simple ?
- Speaker #0
Ah, il y a un double. J'ai mes yeux qui sont à 360 degrés, je regarde les bouquins.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et c'est marrant parce que vous en avez un que j'ai beaucoup aimé, c'est un des derniers que j'ai lus, c'est le Compromis de Long Island.
- Speaker #1
ta fille brosser à cnerf espèce de filet photo féminin complètement et alors elle est en fait au départ elle est scénariste et elle est surtout excellente dialoguiste qui entend le bruit de la machine à café Mais c'est marrant vous n'avez pas une bibliothèque ici alors c'est c'est vrai c'est vrai j'ai des livres disséminés partout en fait c'est sympa ces petites piles de bouquins oui j'en ai pas mal mais en fait Et j'en ai encore dans mon bureau là-bas, et puis j'en ai encore dans ma chambre.
- Speaker #0
Ça, c'est votre bureau. Là, vous travaillez ici.
- Speaker #1
Je travaille là, je travaille dans mon bureau là, mais ma fille est en plein blocus, donc elle bosse là pour le moment. Elle est ici, donc on ne doit pas faire trop de bruit. On s'assoit là ?
- Speaker #0
Oui, mais j'ai très bien un petit œil dans les romans que vous avez. Glenn Savant.
- Speaker #1
Ça, c'est plutôt mes anciens. Celui-là, il me sent assez. C'est génial.
- Speaker #0
« Mastro Pariente » à la série noire chez Ganimar, ça vient de sortir.
- Speaker #1
Et alors, il a écrit un premier qui s'appelle « La sagesse de l'idiot » , qui est un bijou de drôlerie et de... Toi, tu veux sortir. Oui, tu veux sortir.
- Speaker #0
Donatarte, le chardonnay. Ouais.
- Speaker #1
Romance aussi. Ça, c'est pas mal.
- Speaker #0
Les guerriers de l'hiver d'Olivier Norek.
- Speaker #1
Premier livre que je lis d'Olivier Norek. Et ça va être adapté à l'écran.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
C'est vachement bien. Vachement bien. Je m'attendais à je ne sais pas quoi.
- Speaker #0
Ça fait fort écho au tourment du monde.
- Speaker #1
C'est exactement ça. C'est fou.
- Speaker #0
Ça se passe quand ? En 1942.
- Speaker #1
C'est un écho absolument saisissant de ce qui se passe en Ukraine.
- Speaker #0
C'est l'histoire d'un sniper. Née d'aucune femme, Franck Buys.
- Speaker #1
Un peu terrifiant. Carrément terrifiant.
- Speaker #0
Laurent Godet. Russell Banks.
- Speaker #1
Mon amoureux littéraire quand j'étais plus jeune. J'adorais ce mec.
- Speaker #0
Vous avez commencé avec quoi, Russell Banks ? Sous le règne de Beaune ?
- Speaker #1
Sous le règne de Beaune, certainement. Et puis alors, ils sont où ? J'en ai lu plein de Banks. J'en ai lu 4 ou 5, je crois.
- Speaker #0
Ah tiens, Arthur Teboul, chanteur de Ausha Kaftan.
- Speaker #1
pour ce que je dis à mes bélions. Ah là, pardon, oui.
- Speaker #0
Mais c'est vrai que c'est sympa, ces petites piles, en fait. Bonjour, mademoiselle.
- Speaker #1
Et alors ?
- Speaker #0
Bon blocus !
- Speaker #1
Elle a presque fini, allez.
- Speaker #0
Ah oui, l'ordre du jour, Éric Julliard. Ça aussi serait pas mal de redire ça aujourd'hui. Oui,
- Speaker #1
fantastique. Mais l'ordre du jour, je fais référence dans mon troisième roman.
- Speaker #0
Okio Weiss aussi, Plongée.
- Speaker #1
Okio Weiss, c'est génial. En fait, plus je vieillis, Plus j'aime les livres tendus, avec des intrigues policières, un peu énigmatiques, je suis attirée par ça vraiment. Et en fait, j'ai l'impression de me darkiser dans les inspirations qu'on peut avoir.
- Speaker #0
C'est vrai que vous, c'est plus de la littérature blanche. Le précédent, il y avait quand même un petit peu de côté vers le noir. Et celui-ci, on va en parler, c'est un peu entre les rôliers quand même un peu plus. C'est quand même une histoire de vengeance.
- Speaker #1
j'ai de plus en plus envie de plonger dans des histoires qui sont soit politiques,
- Speaker #0
soit policières soit les deux avec ce merveilleux monde dans lequel nous vivons sans doute ou inconsciemment et par exemple dans tous les livres qui sont ici autour de vous autour de nous vous en avez un qui est plus cher auquel vous tenez j'ai effectivement un livre qui est un peu un bidou littéraire
- Speaker #1
qui s'appelle... Personne ne disparaît, je vais chercher.
- Speaker #0
Je sais où il est.
- Speaker #1
Catherine Lessie. Je l'ai racheté en plusieurs exemplaires parce que je l'offre. Pour vous dire, c'est une autrice new-yorkaise. Et en fait, ça a été le déclencheur de... pas mon envie, mais ma décision de publier un premier roman. J'ai lu ce livre et je me suis dit, je ne sais pas, j'avais l'impression qu'elle était moi et que j'étais elle. Et qu'elle écrivait un texte qui me parlait tellement et qui était tellement dans le style de ce que je voulais approcher ou qui me plaisait. J'ai raccroché ce bouquin, j'ai terminé ce livre et je me suis dit, oui, moi j'y vais aussi. C'est bon.
- Speaker #0
Catherine, les six personnes disparaissent aux éditions Babel.
- Speaker #1
Oui, alors ça c'est la version poche chez Actes Sud.
- Speaker #0
Je note. Je suis ravi, nous sommes ravis de vous consacrer cette Asphalt Jungle de février au Dile d'Outremont autour de cette fameuse dernière nuit. Vous, la scénariste et réalisatrice bruxelloise, autrice de trois romans, Les Déraisons en 2018 aux éditions de l'Observatoire, également en 2018, Tout comme Baïkanour l'année suivante. en 2023. On se rencontrait autour d'un café et d'une légère victoire qui faisait un petit pas vers le polar aux éditions Julliard. Je relisais justement, avant de vous rencontrer Odile, l'article que je vous avais consacré en son temps. Et je disais que vos trois romans, finalement, évoquaient la douleur, la perte, l'abandon. On parlait de maladies dans les déraisons, le coma. traverser un petit peu Baïkanour et la prison qui est une autre forme de douleur, une légère victoire. Dans la dernière nuit, dont vous allez nous lire un extrait, comme c'est la tradition dans Asphalt Jungle, il est aussi question de perte, chance, cette vache abattue lors d'une nuit de folie qui reliait les deux protagonistes, Niki et Abel. Il est aussi question de vengeance, sentiment qui peut faire... très mal lui aussi. Avant de rentrer dans le vif du sujet, ça vous inspire quoi comme réflexion ? Comme si il y avait des thématiques comme ça, pas inconscientes, qu'on reliait de roman en roman ?
- Speaker #1
Euh... Je me demande si... En fait, je pense que quand on... Quand on questionne un auteur sur son travail, on oublie que précisément il s'agit d'un travail, en fait. C'est comme si, souvent, on avait l'impression que la vie de l'auteur, ou ses inspirations, ou ses émotions, prenaient le pas sur la capacité de construire une intrigue. En tout cas, moi je suis...
- Speaker #0
Vous n'êtes pas dans l'autofiction. Moi je ne suis pas dans l'autofiction, exactement.
- Speaker #1
Je suis dans la fiction. Je fais vraiment un travail de scénariste en amont, avec une construction d'une intrigue, j'essaye de valoriser des personnages, de les faire évoluer du début à la fin, de faire en sorte que l'histoire soit à la fois prenante, avec du fond, etc. Donc il y a un... Il y a un vrai travail. En l'occurrence, la partie compliquée, c'est précisément de trouver une histoire. Il y a des millions d'histoires à disposition, mais une histoire qui me parle. Et ça, c'est la partie qui prend du temps et qui est complexe, je trouve. Tout ça pour dire que, ici, cette histoire-là, elle était dans le coin de ma tête depuis bien longtemps et je pensais que c'était le bon moment pour l'écrire. Je pense que plus tôt, ça aurait été trop tôt. Donc j'ai attendu.
- Speaker #0
Comment pitcher la dernière nuit ? Alors, la quatrième de couverture évoque une tragédie sociale. Alors ça en est une, évidemment. Sur cette même quatrième de couverture, on apprend que Niki va retrouver son amie d'enfance et d'adolescence des années plus tard. Et elle va lui en faire voir de toutes les couleurs sous la forme d'un procès, si on en reparlera. Qu'est-ce qu'on peut en dire ? Qu'est-ce qu'on ne peut surtout pas dire pour éviter d'effleurer un peu le contenu de ce roman qui se lit quand même assez en apnée. il y a une immersion dès le début on est emmené comme ça par par ce personnage de Niki ? Ce qui est...
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut dire ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'on peut dire ? C'est à vous de faire le boulot.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'on peut dire ? La question est très ouverte. Sans nag. Ce qu'on peut dire, c'est que oui, c'est que ce roman traite d'une question centrale qui est, est-ce que la vengeance constitue une réparation ? Est-ce que la vengeance constitue une libération ? Ou au contraire, est-ce qu'elle constitue un piège ? Je pense que ça, c'est vraiment le point central du livre. Il y a trois questions. Oui. C'est aussi un portrait de deux mondes. Le monde de l'aristocratie, le monde rural, de la paysannerie, de l'agriculture.
- Speaker #0
De l'agriculture,
- Speaker #1
de la paysannerie, d'un monde ouvrier, d'un monde essentiel relié à la terre. Et comment l'un, un personnage issu de l'aristocratie, maltraite l'autre. L'objectif c'était de ne pas écrire une histoire manichéenne, parce que je pense que le piège était assez évident. j'ai tenté d'être plus subtil que ça et d'apporter des nuances. Vous l'avez été. Et voilà, je pense que ça sont les idées principales du livre. Alors, ce qu'on ne peut pas dire, qu'est-ce qu'on ne peut pas dire ? Je ne sais pas.
- Speaker #0
On ne peut pas dire, je ne vais pas le dire non plus.
- Speaker #1
Non, voilà, gardons ça secret.
- Speaker #0
C'est le moment de la lecture. Quel extrait vous avez choisi alors Odile ?
- Speaker #1
Alors c'est le début du chapitre 4.
- Speaker #0
Et donc on en est où dans l'histoire ?
- Speaker #1
Alors l'histoire est ponctuée de flashbacks. Ici, vous allez très vite comprendre, donc il s'est passé un crime, commis par un jeune homme qui s'appelle Abel, et la justice a tenté, dans un premier temps, avant que plus tard, Niki... qui a été une autre victime de ce crime, décide de se faire justice elle-même. Dans un premier temps, la justice a tenté de juger ce crime. Au tribunal. Au tribunal, de manière la plus classique qui soit. Au lendemain du procès, au terme duquel tu as été acquittée, les esprits du coin se sont échauffés. J'étais la plus concernée dans cette affaire, la plus éprouvée sans doute. Cette décision judiciaire m'a plongée dans une abîme de noirceur. Comment était-il concevable que le juge ait trouvé des circonstances atténuantes après le carnal commis ? Autour de moi, comme un bouclier, la fronte paysanne s'est mise à grandir et ensemble... Nous avons mis en place un plan précis avec la conviction qu'il fallait faire quelque chose. Tu n'étais pas présent à ton procès. Tu as envoyé ton avocate, une femme arrogante, ténor du barreau malgré son jeune âge, habituée aux affaires de stupéfiants et aux assassinats à gros potentiel médiatique. Toncal ennuyait au plus haut point et de façon régulière entre deux phrases. Elle faisait claquer sa langue. En signe d'agacement, le fait de devoir plaider dans un tribunal correctionnel de province dépréciait sa fonction durement acquise. Elle avait accepté de te représenter parce que tu étais Abel, fils d'Henri et d'Olivia, et que par-delà cette abyssale connerie d'adulte immature qui t'avait mené devant la justice. Tu demeurais un héritier dont il aurait été une erreur de négliger l'avenir.
- Speaker #0
Merci Odile pour cette... Lecture en apnée, je le disais au début, c'est vrai qu'on est... Ouais, c'est presque en apnée, j'ai pas d'autres synonymes adéquats.
- Speaker #1
Bah ça me va. C'était l'objet critique. Moi ça me va aussi. C'est vrai que le livre commence tout de suite. On rentre tout de suite dans le vif du sujet et tout de suite dans une... dans une sorte de... Oui, l'intrigue est forte.
- Speaker #0
On peut imaginer que la dernière nuit, ça se déroule en Wallonie, dans les Ardennes, en Wallonie. En tout cas, c'est un environnement rural. Il y a une ferme qui jouxte le château d'un noble, Niki qui est la fille de la ferme, Abel le fils du châtelain vont devenir super proches développer une espèce d'amour platonique, c'est ça ? Une amitié. Il n'y a pas de désir, il y a une amitié. Oui,
- Speaker #1
une vraie amitié profonde.
- Speaker #0
Une vraie amitié autour de chance qui est une vache. Alors pourquoi ce point de départ c'est aussi un point de départ finalement en tout cas. Si c'était le vôtre de point de départ, j'y arriverais.
- Speaker #1
Oui, c'était ça. En fait, il se trouve qu'il y a 25 ans, j'ai été témoin indirect de l'assassinat d'une vache.
- Speaker #0
Et donc pendant la nuit, il y a eu une vache qui a été...
- Speaker #1
Pendant la nuit, il y a deux mecs qui ont trouvé que c'était... Ils trouvaient ça marrant, ils avaient trop bu. Et donc ils ont abattu la vache du fermier. Voilà. Juste pour... Just for fun, quoi. Et moi, je dormais, il était tard dans la nuit. Moi, j'étais montée me coucher. Et le lendemain matin, en petit déjeuner, on m'a raconté cette histoire et ça m'a totalement bouleversée, traumatisée en fait, vraiment. À tel point que j'en ai fait un livre presque 30 ans plus tard.
- Speaker #0
C'est marrant, donc il y a quand même une résonance dans votre propre...
- Speaker #1
Oui, tout à fait, absolument. Et donc j'ai maturé ce... En fait, ce... Comment dire, ce...
- Speaker #0
Ce fait divers ?
- Speaker #1
Oui, ce qui est un fait divers et qui en fait illustre d'abord un pont entre deux mondes, parce que c'est vraiment ça l'histoire, c'est vraiment un pont entre Niki et Abel, qui se sont rencontrés petits, entre 10 et 15 ans, ils ont eu une histoire d'amitié très forte. Et ce qui est intéressant dans le livre, c'est que Niki, elle vit, elle naît dans une ferme dont elle déteste le contexte, c'est-à-dire que c'est une petite fille qui voudrait vivre à la ville, qui n'aime pas les odeurs que j'avais. Elle est en colère avec ses parents. Elle manque d'être dans cet endroit-là. Pourquoi elle ? Pourquoi là ? Elle n'a pas de frère et soeur. Elle est arrivée un jour, parce que les parents se connaissent, qu'ils ont des liens professionnels de terre, le fermier loue des terres au Châtelain. Elle rentre en amitié avec ce jeune garçon qui est fils des Châtelains et qui, les week-ends, passe à la ferme. Et ensemble, en fait, ils vont grandir entre 10 et 15 ans. Et c'est lui qui va lui donner goût à la ferme. Parce que lui vit dans un univers un peu aseptisé, avec des parents qui sont tristes, pour une raison que je n'évoquerai pas. Et donc, il vit dans un univers de chagrin, de silence. Il se sent très seul. Et tout à coup, cette vie à la ferme le week-end lui procure un vrai plaisir. Et surtout, cette jeune fille devient son amie, sa confidente, etc. Et... Et quand il la trahira des années plus tard, en commettant cet acte... Inhumain, là ? Oui, vraiment immonde. Et que la justice officielle sera bien incapable d'y apporter une réparation, elle va décider de prendre sa justice à elle en main. C'est-à-dire qu'elle va décider de lui faire justice elle-même. Et de se venger. Ce que j'espère que c'est présent dans le livre et qu'on le perçoit et qu'on le sent, c'est que je me mets à la place de Niki essentiellement parce que je trouve que c'est le personnage qui me ressemble le plus, si je puis dire.
- Speaker #0
Et qui est vraiment moteur. Oui. C'est le moteur de sa vie, du roman.
- Speaker #1
Exactement. Et en même temps, je ne suis pas certaine du tout... que le choix qu'elle ait fait soit le bon et je pense qu'elle ne l'est pas non plus du tout il y a quelque chose qui est tenté quelque chose qui est extrême et qui finit par peut-être rejoindre le niveau au niveau de violence de ce que lui a commis, il a commis un acte, et finalement elle essaye de monter au même niveau de violence que lui, et finalement le niveau de violence monte, monte, monte, et j'avais envie d'éprouver en fait chez une femme, parce que c'est rare une femme qui procède à la violence.
- Speaker #0
C'est vrai que les histoires de vengeance sont légion, mais rarement sont souvent des mecs...
- Speaker #1
Exactement, et elle est la chef de ça, c'est elle qui a entrepris de monter ce plan. Et je voulais éprouver la limite d'une violence cadrée, en fait, parce que tout ça est organisé. Et même ça, elle se laisse déborder. Ce que je trouvais intéressant, c'était d'essayer d'aborder la question de la violence produite par une femme, en fait, sur un homme. Donc d'inverser un tout petit peu la tendance majoritaire de la société. Les femmes ont évidemment une sensibilité qui est radicalement différente de celle des hommes, et c'est tout l'intérêt. Mais du coup, dans leur rapport à la violence aussi, c'est-à-dire qu'il y a une espèce de remise en question permanente par rapport à la relation que Niki a à sa propre violence. Elle pense contre elle-même. Et je pense que ça, c'est très féminin de penser contre soi-même. Je pense que c'est plus féminin que masculin, sans vouloir rentrer dans les caricatures. Évidemment, ce n'est pas le cas chez tout le monde, mais c'est une observation que... en tout cas que je mets dans le livre. Et du coup, ça propose, j'espère, une réflexion un tout petit peu différente.
- Speaker #0
Il y a, à mon sens, plusieurs formes littéraires dans le roman. en fonction des protagonistes, parfois vous tutoyez le lecteur, ça c'était dans votre cahier de charges, c'était un peu ce que vous étiez fixé, ou c'est venu de manière spontanée en cours d'écriture ?
- Speaker #1
Non, c'est venu vraiment spontanément, j'ai tenté un peu plusieurs... J'avais envie que le livre, pour le coup, comme vous disiez au début, ça me fait plaisir, que le livre soit lu en apnée, parce que c'est... Je trouve que c'est la... C'est le suc de cette histoire. C'est vraiment du plonger et de ne pas en sortir avant la fin. Et ça, ce n'est pas si évident à faire. C'est-à-dire qu'il faut tenir le lecteur et il faut rebondir dans l'intrigue. Et je trouvais qu'il y avait une manière... D'abord, le discours direct, c'est-à-dire qu'elle s'adresse à lui directement. C'est frontal. Oui, c'est frontal. Je voulais être un peu à l'os avec ce livre. Je voulais me débarrasser des fioritures, de ce que ce... Pas trop... Non plus faire de digression, qu'on soit vraiment à l'essentiel et de leur histoire quand ils sont jeunes, enfants. Et de ce temps, cette unité de temps et de lieu dans la grange. Je voulais que ça soit tendu. Et ça me paraissait être une bonne manière de faire les choses.
- Speaker #0
Vous êtes scénariste avant d'être autrice. Ce que vous disiez aussi, vraiment le travail de scénario, ça vous a aidé à maintenir... Il y a des liens de toute façon avec le roman. c'est vraiment maintenir l'attention essentiellement.
- Speaker #1
Oui, et d'ailleurs, le fait que le livre soit découpé comme il l'est, avec des alternances de chapitres, à la fois en termes de lieu, de temps, mais aussi en termes de personnage, et aussi en termes de comment je m'adresse au lecteur. Tout ça procède évidemment, je pense, d'une expérience ou d'un travail de scénariste. Oui mais... qui est assez indissociable de mon travail de romancière parce que, par exemple, il y a un scénario qui existe maintenant sur mon deuxième roman, mon deuxième roman, Baïkonour, maintenant, est adapté en scénario, on le monte en production et on va en fil de suite. Un message ? Oui.
- Speaker #0
Et vous vous impliquez dans le scénario ?
- Speaker #1
Oui, je réalise, oui.
- Speaker #0
Vous réalisez ? Oui. Eh bien, merci pour ce petit secours.
- Speaker #1
Avec joie. Et ça pour dire que mon métier de scénariste, et de romancière est largement entremêlée et qu'il y a évidemment une façon d'écrire mes romans qui sont très en association avec les images.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est très visuel. Et même, ça pourrait être presque en odorama. On sent la terre, on sent... Ça me fait plaisir. Le... comédien Jean Dujardin, qui est devenu un peu votre attaché de presse virtuelle. Je ne manquerai pas de le taguer d'ailleurs lorsque votre épisode sera sur toutes les plateformes le 1er février prochain. Elle décrit sur sa page Instagram en postant une photo de votre roman la dernière nuit comme haletant, profond et terriblement dans son époque. Quand on vous embarque autant, on dit merci et bravo. Merci Jean.
- Speaker #1
Ben oui, il a aimé le livre apparemment.
- Speaker #0
Et vous le connaissez ? Oui,
- Speaker #1
on est copains depuis bien longtemps. Oui, ça m'a fait plaisir. C'était très touchant de sa part.
- Speaker #0
Surtout terriblement dans son époque. Pensez que c'est le rôle de l'écrivain, ou en tout cas c'est comme ça que vous le concevez, de prendre un peu le pouls du monde dans lequel vous vivez, mais par des chemins un peu de traverse. Vous n'intellectualisez pas.
- Speaker #1
Un peu des deux. Je n'ai absolument pas la prétention d'être investie ou infiltrée par des espèces d'émotions sociétales qui pourraient guider mon travail de manière un peu... comment dire, un peu mystique ou énigmatique. Non, pas du tout. Moi, je suis vraiment quelqu'un qui travaille au sexe, si vous voulez, qui travaille vraiment dans le papier, dans la structure. Néanmoins, une histoire, ça se raconte parce qu'il y a du contenu. C'est ça. Il y a des choses à raconter.
- Speaker #0
Vous avez plein de choses, c'est pas l'écho. Ah, il me semblait bien. Vous nous avez présenté un homme, un suicide. Il y en a un autre là. Il s'appelle comment ?
- Speaker #1
Lui, il s'appelle Billy. Qu'est-ce que je disais juste avant ? Oui, ceci, il n'est pas du tout... Vous disiez que c'était peut-être le plus inspiré de ma vie. Le plus proche de vous, en tout cas. Oui, parce qu'il a trait à un univers social dans lequel j'ai grandi et que je connais bien.
- Speaker #0
On appelle ça comment ce milieu-là ? L'aristocratie ?
- Speaker #1
Ça s'appelle... mais aussi quand j'étais petite mes parents ayant une maison de campagne il y avait une ferme à côté et j'allais les week-ends pour le coup traire les vaches avec les fermiers etc, j'adorais ça c'était un univers dans lequel je me sentais très très bien donc c'est probablement aussi une rémunéissance de ces souvenirs d'enfance
- Speaker #0
C'est vrai qu'en tout cas on le sent, ça j'ignorais merci pour ces petites confidences mais on sent en tout cas que Vous avez vécu ces instants-là quand elle trahit les vaches, ce plaisir vraiment d'être connectée à la terre de manière... C'est physique, c'est super physique, parce qu'il y a des passages qui sont extrêmement physiques.
- Speaker #1
Mais j'ai eu la chance de passer beaucoup de temps à la campagne. Que ce soit dans cette ferme quand j'étais petite, mais la majorité du temps dans cette maison de mes parents. qui étaient toujours entourées de champs. De tout ça émanent des odeurs qui sont... Moi, je suis très olfactive. Je me souviens, par exemple, des moissonneuses batteuses, les mois d'août, quand j'étais petite. Comme il faisait jour très tard, et que j'étais petite, je me mettais au lit, on me couchait vers 21h, 21h30, avec la fenêtre ouverte. Il y avait cette odeur et ce bruit des moissonneuses batteuses. J'ai un souvenir fou de ça. et ça m'a, oui ça a très clairement infusé mon écriture, c'est sûr
- Speaker #0
Pour terminer, Odile, je voudrais votre sentiment C'est un sujet d'actualité qui concerne en tout cas le monde artistique, les artistes au sens large, et aussi les écrivains, le monde de la littérature, les éditeurs, les libraires, et forcément les autrices et auteurs. Ce sentiment de précarité qui guette, comment vous résumeriez votre... Condition d'écrivain, est-ce que vous savez vivre uniquement de votre art ? Ou est-ce qu'il faut un deuxième boulot ?
- Speaker #1
Non, je ne vis pas de la vente de mes romans. Non,
- Speaker #0
je souris parce qu'il faudrait déjà en vendre énormément.
- Speaker #1
Oui, il faut en vendre beaucoup pour pouvoir en vivre. Moi, je suis scénariste et réalisatrice à côté, donc je monte plusieurs projets à la fois. J'écris pour le théâtre, pour le cinéma et des romans. Et en fait, le roman est probablement ce qui me nourrit le moins. Et en même temps, c'est le médium dans lequel je prends le plus de plaisir. Parce que d'abord, c'est... Disons que... Oui, c'est un travail de plus de soi à soi, avec évidemment une interaction avec l'éditeur. Et sinon, pour ce qui concerne la précarité des auteurs, oui, alors vraiment, moi, je fais un métier extrêmement précaire. Extrêmement précaire. J'ai la chance de pouvoir diversifier mon activité, d'avoir en fait un certain écho, et de me faire une place. Mais néanmoins, ça reste laborieux, pour plein de raisons, y compris le fait que, d'abord, la place, et vous êtes bien placé pour le savoir, la place promotionnelle qui est attribuée au rédactionnel, qui est attribuée à la promotion des ouvrages qui sortent et des livres qui sortent, se réduit de plus en plus, puisque la partie culture diminue en permanence, partout, sur tous les médias. donc on est on est autant d'auteurs à se partager à se battre pour avoir une ligne dans un un journal ou un magazine ou même une émission de radio ou de télé. Bon voilà, donc ne fût-ce que ça, c'est beaucoup plus compliqué de livre en livre. Le premier roman que j'ai écrit en 2018, je vois une différence assez nette entre la promotion possible d'un roman il y a 8 ans et maintenant. Et en même temps, c'est une carrière qui se construit et donc on finit par être un peu plus entendu, un peu plus vu parce que les gens commencent à repérer votre travail et votre nom. C'est complexe, c'est complexe. Et en plus, il y a plein de... Il y a plein de gens de la télé, des médias, des réseaux sociaux, etc. qui se mettent à écrire des romans pour raconter éventuellement leur expérience, leur vie, ce qui est franchement une merveilleuse idée, parce que finalement, pourquoi pas ? Et je trouve que passer par l'écriture, c'est de toute façon une force dans une société. Mais de nouveau, l'espace médiatique n'est pas infini, donc c'est compliqué d'exister. Oui, je pense que bien plus que de se plaindre ou de trouver que c'est difficile, il faut faire. Donc moi, je continue à écrire des livres et voilà, j'espère que ça plaira.
- Speaker #0
On termine, Odile, par le traditionnel conseil de lecture. Qu'est-ce que vous avez envie de nous conseiller ?
- Speaker #1
Eh bien, je vais vous conseiller ta fille.
- Speaker #0
Eh bien, allez-en-y.
- Speaker #1
Alors, mon conseil de lecture, c'est un roman formidable, drôle. caustique, tragique, cynique, moi je le trouve remarquablement écrit, avec des dialogues qui sont absolument inouïs. Ça s'appelle Le Compromis de Long Island, publié chez Carman Levy, écrit par une femme, une américaine, qui s'appelle Taffy Brodesser-Ackner, qui raconte la vie sur deux, même trois générations, les Fletchers, famille juive new-yorkaise qui vivent à Long Island. Et je vais vous lire, en fait, juste pour vous résumer, parce que c'est très bien fichu. Quatre phrases de la quatrième de couverture. Vous voulez connaître une histoire avec une fin horrible ? Le mercredi 12 mars 1980, Carl Fletcher, l'un des hommes les plus riches de la banlieue de Long Island, fut kidnappé dans l'allée de son garage alors qu'il se rendait à son travail. Voilà, et en fait, c'est les conséquences de ce kidnapping sur les générations antérieures.
- Speaker #0
est suivante et c'est très très bien fichu je vous le confirme c'est peut-être un peu cliché de dire ça mais c'est un peu un Philippe Ross au féminin mais encore plus acide moi la notion de Philippe Ross au féminin oui je
- Speaker #1
sais je peux comprendre,
- Speaker #0
je vous le concède je vous le concède je vous le concède non mais c'est vrai,
- Speaker #1
vous avez raison ça fait partie de ces écrits dans la lignée de ces romans juifs new-yorkais qui sont toujours très acides, très drôles, et qui sont souvent très intelligents, et c'est le cas de ce livre. Vraiment, je vous le conseille. C'est une plongée dans un univers terrifiant et très drôle.
- Speaker #0
Merci, merci, Odile Doutremont. Je rappelle le titre de votre nouveau roman, La Dernière Nuit, aux éditions Julliard. On vous retrouvera à la Foire du Livre de Bruxelles du 26 au 29 mars. Tour et Taxi, merci aussi à Bavard Productions, Pierre-Etienne Bonnet, Marie Couratin, Géraldine Guillain et Boris Goertz. Merci aussi à la Fédération Wallonie-Bruxelles et à vous toutes et tous qui nous écoutez à chaque fois de plus en plus nombreux. Merci Odile.
- Speaker #1
Merci Philippe.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter Spa Jungle, le podcast littéraire de Philippe Manche. Pour nous soutenir, n'oubliez pas de vous abonner, de partager, de commenter, de mettre des étoiles et surtout d'en parler autour de vous.
- Speaker #1
Merci de nous avoir écoutés. Arras, pardon, pour quelqu'un qui écrit un bouquin sur le... Il est pour le règne animal. Je suis vraiment mal placée. Il est d'origine russe, tu dirais, vous. Il a été récupéré en Russie pour... Je ne vais pas raconter la vie de Billy, mais en tout cas, il est russe. Voilà.