Speaker #0Bonjour et bienvenue dans le podcast au fil du yoga à l'ombre du bagnan. Le podcast qui t'invite à ralentir, à respirer et à revenir à l'essentiel. Ici, on déroule le tapis autant que les pensées. On explore le yoga et le bouddhisme sous toutes ses formes. Le corps bien sûr, mais aussi l'esprit, les émotions et ce fil invisible. qui relit tout. Que tu sois pratiquant, curieux, yogi passionné ou simplement en quête d'un peu plus de calme dans le tumulte du quotidien, tu es au bon endroit. A chaque épisode, je t'emmène dans une parenthèse douce et authentique entre réflexion, pratique et inspiration pour t'aider à te reconnecter à toi. Alors, installe-toi confortablement et laissons le fil se dérouler. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast au fili yoga à l'ombre du bagnan. Patanjali, quand le yoga devient un système. Cet été, dans une des petites bulles de l'été du podcast, nous avons découvert que le yoga n'était pas une invention unique. mais qu'il existait déjà bien une multitude de pratiques méditatives, ascétiques, spirituelles. Et puis, probablement autour des premiers siècles de notre ère, apparaît un texte qui va devenir fondamental à la fin du XXe, début du XXIe siècle, les Yoga Sutras de Patanjali. La date exacte du texte ? reste discuté. De nombreux chercheurs situent ce texte autour des premiers, deuxième siècles de notre ère, même si une datation beaucoup plus précise est impossible. Pour vous donner un ordre d'idée, on se situerait autour de 200... avant Jésus-Christ à 200 après Jésus-Christ. Les Upanishads, c'est moins 700 avant Jésus-Christ à moins 300 avant Jésus-Christ. Le Mahabharata, on le situe autour de moins 400. Et puis pour vous donner un autre repère chronologique, c'est Bouddha. Bouddha serait né... 563 ans avant Jésus-Christ et aurait vécu jusqu'à moins 470. Pourquoi cette chronologie ? Tout simplement parce que Patanjali n'invente pas le yoga, il le systématise. Et il va proposer une architecture devenue célèbre, les huit auxiliaires du yoga. Alors quel est le but du yoga selon Patanjali. Patanjali commence les Yoga Sutras avec une définition qui est devenue célèbre, c'est le Sutra 1, Pada numéro 1, premier chapitre, deuxième Sutra, Yoga Ausha Vritti Nirodhaha. L'idée générale est donc celle de l'apaisement ou de l'arrêt des fluctuations de l'esprit, du mental. Le problème humain est donc présenté comme problème de conscience. Notre esprit produit sans cesse des pensées, des souvenirs, des perceptions, des jugements, des désirs, des peurs, des réactions. Et ce mental, de quoi est-il constitué ? Et bien là, il faudra se reporter au Samkhya. Le Samkhya est un darshana, comme le yoga. Un système philosophique qui va dénombrer les choses et notamment il va dénombrer ce qui constitue notre mental et mental qu'on a traduit par Ausha. Alors dans Ausha, le Samkhya dénombre trois éléments. Il y a Manas. Manas ça va être le mental sensoriel qui va recevoir les informations. de votre corps et de l'environnement dans lequel vous vous trouvez. l'ego, la faculté qui va façonner l'identité personnelle et le sentiment du moi, ce principe d'individualisation et d'individualisation. Et puis on a Bouddhi. Bouddhi, c'est l'intellect supérieur, le siège du discernement et de la sagesse intuitive. Et le yoga ? Le yoga cherche à modifier cette relation avec l'activité mentale. Patanjali, pour aboutir à ce changement de relation avec l'activité mentale, pour permettre l'apaisement ou l'arrêt des fragmentations du mental, des fluctuations de celui-ci, Patanjali va décrire un système en huit dimensions. On vous le présente souvent comme en étant à huit étapes. Et malheureusement, quand on parle d'étapes, on parle de progression. Or, les yogas sutras de Patanjali ne sont pas une progression. C'est un chemin multidimensionnel. Vous avez d'abord Yama, la relation à l'extérieur et la manière d'agir, les règles éthiques. Yama ne sont pas, les Yama et les Niyama d'ailleurs, ne sont pas comme les dix commandements du yoga. Ils constituent plutôt une manière de devenir conscient de son comportement, de ses intentions et de leur effet sur le mental. Donc dans cette perspective, Yama n'est pas seulement être une bonne personne. Il s'agit aussi de voir comment nos comportements entretiennent ou apaisent les fluctuations du mental. Les yamas, pour vous rappeler, c'est Aïmsa, la non-violence, la bienveillance, Satya, la véracité, Asteya, l'absence de vol, donc l'honnêteté. probité. Brahmacharya, le comportement qui mène au brahman, donc la chasteté, la modération dans les désirs. Et Aparigraha, la non-possessivité. Et puis vous avez l'Enyama. L'Enyama, constitue la relation en soi-même, c'est-à-dire les disciplines personnelles, au nombre de cinq. Ausha, la purification. Ausha, le contentement. Tapas, la discipline, l'effort transmutateur, transformateur. Zvod-yaya, l'étude de soi, l'étude des enseignements. Et Ishvara-pranidhana. l'abandon ou l'offrande à Ishvara, la réalité supérieure. Il serait cependant réducteur de considérer les Yama-Niyama comme étant la totalité de la philosophie du Yoga. Les Yoga Sutras ne se réduisent pas à Yama-Niyama, Asana et Pranayama comme c'est souvent présenté. Les huit membres, les huit... auxiliaires sont surtout des modalités du comment pratiquer. Alors donc on a Yama, Niyama, on va avoir Asana. Asana, c'est la posture. Il s'agit donc de stabiliser le corps pour aller vers le subtil. Encore une fois, Asana n'est pas synonyme de yoga. Il y a une obsession contemporaine pour la posture physique et qui conduit à prendre une partie du yoga pour le tout. Asana, c'est comme une porte d'entrée, ce n'est pas la maison entière. Dans une approche plus traditionnelle, la pratique physique peut notamment stabiliser le corps, favoriser la santé, l'hygiène, la légèreté, préparer le corps et le système énergétique, contribuer à stabiliser le mental et puis préparer, bien entendu, à des pratiques beaucoup plus subtiles. Ainsi, la question n'est pas « est-ce que je réussis une posture difficile ? » et qui a déjà fait l'objet d'un précédent podcast, mais plutôt « qu'est-ce que cette pratique fait à mon mental ? » Et j'insiste sur le fait que la capacité physique ou la flexibilité, la souplesse ne sont pas proportionnelles au progrès spirituel. Vous le savez, c'est mon dada. Autre auxiliaire du yoga de Patanjali, pranayama, la maîtrise du souffle. Travailler avec le prana et affiner le mental dans cette vision. Donc pranayama ne signifie pas simplement exercice de respiration. Travailler avec le prana. Le prana est un concept beaucoup plus vaste que l'air qui entre et qui sort des poumons. Prana a une dimension beaucoup plus profonde que la simple énergie vitale. Parce que c'est difficile de traduire le mot prana. Le pranayama participe, c'est vrai, à la régulation et au raffinement du système corps-esprit et va préparer aux états de conscience beaucoup plus subtils. On a donc une continuité, asana, pranayama, intériorisation du mental, et non pas posture égale meilleure condition physique égale yoga. Quatrième auxiliaire, pratyahara, le retrait des sens, le fait de se tourner vers l'intérieur. Retrait des sens peut donner l'impression qu'il suffit simplement de fermer les yeux et de couper les perceptions pour connaître l'état de pratyahara. L'idée c'est... Plutôt que le mental, c'est d'être constamment happé par les objets sensoriels. Autrement dit, je peux percevoir quelque chose sans que mon mental soit automatiquement entraîné par cette chose. C'est une étape fondamentale dans le mouvement général du yoga. Faire passer l'attention d'une orientation extérieure vers une orientation intérieure. C'est aussi la raison pour laquelle Pratyahara devrait, à mon sens, occuper une place beaucoup plus centrale dans la pratique moderne. Pratyahara vous aide vraiment, vous prépare vraiment aux étapes suivantes de Dhyana, Dharana, Dhyana et Samadhi. Dharana, la concentration, la capacité. à maintenir l'attention sur un objet déterminé, par exemple un mantra. Votre souffle, une sensation, un point visuel, une visualisation, un objet de méditation. Et la différence avec l'auxiliaire qui va venir juste après, Diana, elle est essentielle. Dans Dharana, il y a encore un effort. de maintien de l'attention. Le mental a tendance à partir, je le ramène. Il repart, je le ramène. Et quand vous écoutez certaines méditations qui vous sont proposées, il y a cet exercice de dharana. Quand, par exemple, en bouddhisme, on vous dit, s'il y a une pensée qui arrive, ne la suivez pas. Nommez-la, pensez. Et si vous partez avec, revenez. Donc... Dharana, c'est cette capacité de stabilisation de l'attention qui est cultivée. Et puis, nous avons Dhyana, la méditation comme continuité de l'attention. Pédagogiquement, on vous dit, Dharana, je maintiens mon attention sur l'objet. Dhyana, l'attention devient un flux continu vers l'objet. Il ne s'agit donc pas de la méditation, c'est la méditation. plus de s'asseoir et de se détendre. Diana correspond à quelque chose de beaucoup plus profond, à une stabilisation beaucoup plus profonde de l'attention et de la conscience. Et puis vous avez Samadhi, l'absorption méditative, l'aboutissement, la conscience stabilisée. C'est probablement le plus, l'auxiliaire le plus difficile à expliquer avec des mots. Les états les plus élevés de Samadhi sont quelque chose qu'on ne peut pas vraiment comprendre en lisant une définition. Parce que Samadhi, ce n'est pas, et c'est, être détendu, être heureux. Oui, parce que quand on est en Samadhi, on va sentir ces effets-là, on sera plus détendu, on sera plus heureux. On va avoir une expérience, on va peut-être... planer, avoir une sensation mystique, c'est tout ça, mais ce n'est pas ça non plus. C'est un état de profonde absorption et de transformation de la relation entre le mental, l'objet de connaissance et la conscience. Et c'est ici que le caractère progressif du raffinement mental devient vraiment intéressant. Alors remarquons quelque chose d'important. Asana n'est que le troisième membre. Et Patanjali lui consacre très peu de place. Les Yoga Sutras ne décrivent pas une collection de postures physiques comme les manuels contemporains. Le rôle de la posture est surtout de permettre aux pratiquants de rester stables et confortables, sthira sukham, pendant la méditation. Alors je disais tout à l'heure que je n'étais pas d'accord avec l'idée moderne selon laquelle on devait d'abord travailler les yamas, les niyamas, asanas, pranayamas, pratyaras, dharanas, dhyanas, samadhis, comme si c'était en fait un enseignement et qu'on progressait niveau après niveau et qu'il fallait valider. Les huit auxiliaires, les hachetangas yoga, sont une méthodologie, un ensemble de modalités permettant de travailler, de travailler avec le mental et de le conduire progressivement de l'extérieur vers l'intérieur et la stabilité. Et puis, yoga ne se résume pas non plus. à ces huit auxiliaires. Pourquoi ? Parce qu'il existe différentes voies qu'on appelle les margas. Allez écouter le premier épisode, le tout premier épisode des yoga... Non, pas des yoga sutras, du podcast au fil du yoga. Il existe donc différentes voies comme le karma yoga, le bhakti yoga, le jnana yoga et... qui est différent de ce que décrit Patanjali, qui est le Raja Yoga. Alors on pourrait synthétiser les Yoga Sutras de Patanjali, ou en tout cas garder à l'esprit les éléments suivants. Asana n'est pas le but. Le corps devient un moyen de transformation. Pranayama affine le rapport au prana et au mental. Pratyahara permet de se désengager de l'attraction constante des sens, coupée avec les sens. Dharana va nous aider à stabiliser la tension. Dhyana approfondit cette stabilité. Samadhi. les états de conscience les plus profonds. Et tout cela participe donc à un mouvement de l'extérieur vers l'intérieur avec cette possibilité en fait de dépasser les limitations habituelles du corps et du mental. Si vous deviez retenir quelque chose, ce serait ne pas confondre la porte avec la maison. Asana est une porte extrêmement précieuse, surtout dans notre monde moderne. Mais le yoga commence réellement à devenir transformation intérieure lorsque la pratique cesse d'être uniquement une activité corporelle. Alors je vous le disais, Patanjali, en fait, nous présente le Raja Yoga, qui signifie le yoga royal. Dans l'usage traditionnel, il désigne une voie qui met fortement l'accent sur la maîtrise et la transformation du mental. Yoga, Ausha, Vritti, Nirodhaha. Le véritable objet du travail n'est pas de rendre le corps plus souple. Le terrain de travail principal du Raja Yoga, c'est le mental, Ausha. Souvenez-vous, Patanjali commence donc les yogasutras par deux sutras, Atta Yoga Nushasanam, maintenant commence l'enseignement du yoga, puis Yoga Ausha Vritti Nirodhaha. Cette notion de Ausha Vritti, la cessation Nirodhaha, de la cessation ? des fluctuations, des fragmentations du mental. Elles permettent de comprendre toute la logique du Raja Yoga. Et il est, encore une fois, utile de ne pas opposer le Raja Yoga à Karma Yoga, la voie de l'action des intéressés, à Bhakti Yoga, la voie de la dévotion, à Jnana Yoga, la voie de la connaissance et du discernement. Par contre, ces voies peuvent se compléter plutôt que fonctionner comme des systèmes complètement séparés. Le Hatha Yoga travaille beaucoup avec le corps et le prana. Le Raja Yoga s'intéresse particulièrement à la transformation du mental et à la stabilisation de la conscience. et on a tendance dans notre société actuelle de lier Atta Yoga à Yoga Sutra est donc à confondre et asana devient un moyen plutôt qu'une fin. Alors qu'est-ce que Patanjali change ? Patanjali transforme une constellation de pratiques en système. Mais le yoga va continuer à évoluer au fil des siècles. Au fil des siècles apparaîtront de nouvelles traditions. des nouvelles techniques, dont le Hatha Yoga, de nouveaux textes. Et c'est cette transformation que nous découvrirons dans le prochain épisode du podcast Au fil du Yoga. Et voilà, cet épisode d'Au fil du Yoga, l'ombre du bannion, se termine. Merci d'avoir... pris le temps, d'avoir pris ce moment pour toi, pour ton corps, pour ton souffle. Même quelques minutes peuvent changer le rythme d'une journée. Si tu as aimé cet épisode, partage-le autour de toi, fais-le circuler. Ou reviens, reviens l'écouter quand tu en auras besoin. En tous les cas, on se retrouve très vite pour continuer à dérouler ensemble ce fil du yoga à l'ombre du Bagnan. D'ici là, reste à l'écoute de toi-même et avance, un pas après l'autre.