- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast de Naturisme TV, vous découvrirez au fil des épisodes des histoires, des réflexions et des regards croisés sur le naturisme et son art de vivre. Aujourd'hui, on va s'intéresser à une rencontre qui, sur le papier, semble presque évidente, mais qui cache une vraie profondeur.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
Celle entre le naturisme et ce qu'on appelle le mouvement slow. On entend ce mot partout, slow food, slow travel. On a un peu l'impression que c'est juste une mode, un truc qui nous dit de ralentir, mais je me demande si ce n'est pas beaucoup plus que ça.
- Speaker #1
C'est une excellente question parce que le mot « slow » est souvent un peu galvaudé.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
On l'imagine comme un éloge de la paresse, alors qu'à l'origine c'est un mouvement de pensée très engagé. C'est une vraie réponse philosophique à un mal de notre époque.
- Speaker #0
Lequel ?
- Speaker #1
Ce que le sociologue Hartmut Rosa a nommé l'accélération sociale. Cette sensation que tout va toujours plus vite, qu'on est constamment pressé, même pendant nos loisirs.
- Speaker #0
On connaît tous ça, cette charge mentale permanente. Mais alors, si ce n'est pas juste être lent, c'est quoi l'idée de base ? Ça vient d'où ?
- Speaker #1
Eh bien, aussi surprenant que ça puisse paraître, tout part d'un plat de pâtes.
- Speaker #0
Un plat de pâtes ? J'adore déjà cette histoire.
- Speaker #1
On est à Rome, en 1986, sur la célèbre Piazza d'Espagne.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Un McDonald's s'apprête à y ouvrir ses portes. Pour beaucoup, c'est un sacrilège. Mais un journaliste, Carlo Petrini, décide de ne pas protester de manière classique.
- Speaker #0
Pas de banderoles, ce genre de choses ?
- Speaker #1
Non, pas de slogan hostile. Sa réponse est beaucoup plus délicieuse. Il s'installe sur les marches de la place et se met à distribuer des bols de penne-nez.
- Speaker #0
C'est génial. Une manifestation par la nourriture. Et c'est ça qui fonde le slow food, j'imagine.
- Speaker #1
Exactement. Et il faut bien saisir la portée du geste. Petrini, il ne faut pas contre l'hamburger en soi.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Il se bat contre ce qu'il représente. L'uniformisation des goûts, la standardisation et surtout cette fast life qui nous pousse à... engloutir un repas en 5 minutes sans même y penser. C'est une résistance culturelle.
- Speaker #0
Une résistance douce, par l'exemple.
- Speaker #1
C'est tout à fait ça. Le manifeste du mouvement, rédigé 3 ans plus tard à Paris, est très puissant. Il commence par une phrase choc. Nous sommes esclaves de la vitesse.
- Speaker #0
Ah oui, quand même.
- Speaker #1
L'idée, c'est pas de refuser le monde moderne. C'est de refuser que la vitesse soit la seule valeur qui dicte nos vies. Il s'agit de retrouver le droit de choisir son propre rythme. Le temps juste, comme ils disent.
- Speaker #0
Et pour guider cette philosophie, ils ont défini des principes, non ? Dans les sources, on parle de la trilogie Buano, Pulito et Giusto. Bon, propre et juste.
- Speaker #1
Oui, et ça, c'est le cœur du réacteur. Ces trois mots sont d'une simplicité désarmante, mais d'une richesse incroyable.
- Speaker #0
Alors, Buano, le bon, c'est le goût, j'imagine ?
- Speaker #1
Le goût, bien sûr, mais aussi le plaisir de partager, la convivialité. C'est une dimension hédoniste qui est assumée.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Pulito, le propre, c'est l'aspect écologique. Une nourriture qui respecte la planète, la biodiversité.
- Speaker #0
Logique.
- Speaker #1
Et enfin, Justo, le juste, c'est la dimension sociale et éthique. Un prix juste pour le consommateur, mais aussi une rémunération équitable pour le producteur.
- Speaker #0
Quand on y pense, c'est un programme politique à lui tout seul. Ça va bien au-delà de ce qu'on a dans notre assiette.
- Speaker #1
Totalement. Et c'est pour ça que le concept a essaimé si vite. Du slow food, on est passé au slow tourisme.
- Speaker #0
Qui préfère l'immersion à l'enchaînement de visites aux pas de course.
- Speaker #1
Voilà. On a le slow sport, qui valorise le bien-être plutôt que la performance à tout prix. C'est devenu une philosophie de vie, une résistance douce au modèle productiviste qui, souvent, nous épuise et épuise la planète.
- Speaker #0
D'accord, là je vois beaucoup mieux la jeunesse du mouvement. C'est pas une simple tendance, c'est une vraie vision du monde. Et là, le lien avec le naturisme commence à m'apparaître plus clairement.
- Speaker #1
Ah !
- Speaker #0
Le naturisme, c'est aussi une forme de résistance à certaines normes, une recherche d'authenticité.
- Speaker #1
La convergence est presque une évidence. Les deux mouvements partagent ce désir de se... délester du superflu pour revenir à l'essentiel. L'un se déleste de la vitesse, l'autre des vêtements.
- Speaker #0
Mais la quête est la même.
- Speaker #1
Exactement. Une forme de vérité, de simplicité. On pourrait même s'amuser à transposer la trilogie bon, propre, juste au naturisme.
- Speaker #0
Ah, c'est une super idée ! Essayons. Un naturisme bon, ça donnerait quoi ? J'avoue que j'ai un peu de mal à imaginer.
- Speaker #1
Un naturisme bon serait centré sur la qualité de l'expérience. Plutôt que de cocher des cases, j'ai fait de la pétanque puis de l'aquagym.
- Speaker #0
C'est ça. Ce serait de rechercher une connexion profonde. Le plaisir d'un moment de silence dans la nature. La sensation du soleil sur sa peau, sans rien faire d'autre. C'est privilégier la qualité de la présence sur la quantité d'activité.
- Speaker #1
D'accord. La recherche de l'expérience authentique. Pour le naturisme propre, c'est plus facile. L'aspect écologique.
- Speaker #0
C'est exactement ça. Un naturisme qui a conscience de son empreinte. Qui choisit des lieux préservés, qui pratique le leave no trace, ne laisser aucune trace.
- Speaker #1
Qui comprend que notre nudité dans la nature, ce n'est pas un dû. C'est un privilège qui implique une responsabilité.
- Speaker #0
Et les justes ?
- Speaker #1
C'est peut-être le plus complexe, celui-là. Le naturisme juste aborderait les questions d'inclusivité, d'accessibilité. Comment s'assurer que les espaces naturistes soient accueillants pour tout le monde ? Peu importe l'origine, le corps, l'âge.
- Speaker #0
Oui, que ce ne soit pas un luxe.
- Speaker #1
Voilà, que ce ne soit pas un privilège réservé à une élite. C'est un naturisme qui réfléchit à sa dimension sociale.
- Speaker #0
C'est passionnant de le voir sous cet angle. Ça donne une structure, presque une éthique. Et ce que vous décrivez sur la connexion ? cette qualité d'expérience. Ça me fait penser au concept de résonance dont vous parliez au début.
- Speaker #1
De Hartmut Rosa, oui.
- Speaker #0
C'est de ça qu'il s'agit. Cette idée d'entrer en phase avec son environnement.
- Speaker #1
C'est précisément le cœur du sujet. Rosa dit que notre société de l'accélération nous rend muets au monde. On le traverse, on le consomme, mais on n'entre plus en relation avec lui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
La résonance, c'est l'inverse. C'est quand une corde se met à vibrer en nous en réponse à une vibration du monde. Et le slow naturisme, c'est un terrain d'expérimentation extraordinaire pour cultiver cette résonance.
- Speaker #0
Et en quoi la nudité serait un amplificateur de ça ?
- Speaker #1
Parce qu'elle fait de notre peau non plus une simple frontière, mais une interface. La peau devient une membrane sensible qui capte le monde avec une acuité décuplée.
- Speaker #0
Une membrane sensible, c'est une belle image.
- Speaker #1
Pensez-y. La caresse du vent, la chaleur du soleil, le contact d'un rocher. Toutes ces micro-sensations, habituellement filtrées par les vêtements, nous arrivent directement. La distinction entre « moi » et la nature commence à s'estomper. On se sent moins observateur et plus partie intégrante.
- Speaker #0
Bon, alors passons à la pratique. Tout ça est très inspirant, mais comment on fait concrètement ? Si demain, je veux essayer ce slow naturisme, je commence par quoi ?
- Speaker #1
Le premier pas, le plus fondamental, c'est le lâcher prise. Et ça commence avant même de se déshabiller.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Se dévêtir, c'est déjà un lâcher-prise physique, social. On abandonne nos armures. Mais le slow naturisme invite à un deuxième lâcher-prise, plus profond. Un lâcher-prise mental et musculaire. C'est-à-dire prendre conscience des tensions dans la nuque, les épaules, et consciemment les relâcher.
- Speaker #0
C'est une démarche de méditation en fait ?
- Speaker #1
Absolument. Et ça transforme radicalement les activités les plus banales. Une séance de bronzage, par exemple. Au lieu de subir l'attente avec un livre ou son téléphone, ça peut devenir une méditation solaire.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
L'idée, c'est juste de porter toute son attention sur la sensation de la chaleur qui pénètre la peau. C'est tout.
- Speaker #0
D'accord. Et une baignade ? On entend parfois parler de pleine conscience aquatique. Ça sonne un peu jargon, non ?
- Speaker #1
Ça veut simplement dire se baigner en étant totalement présent à ce qu'on fait, au lieu de nager mécaniquement en pensant à sa liste de courses.
- Speaker #0
Ce qu'on fait tous.
- Speaker #1
On se concentre sur le contact de l'eau sur la peau, sur la sensation de portance, sur le bruit de l'eau. On redécouvre une expérience qu'on croyait connaître par cœur. On passe du faire au ressentir.
- Speaker #0
On change de logiciel en quelque sorte. On ne cherche plus à optimiser son temps mais à l'habiter pleinement. Ça doit complètement changer la façon de vivre ses vacances.
- Speaker #1
Ça la redéfinit. On abandonne la logique de la « checklist touristique » . On privilégie l'immersion. Peut-être qu'au lieu de visiter trois villages, on va passer l'après-midi entier au bord d'une rivière, nu, à ne rien faire d'autre que d'observer.
- Speaker #0
Un temps qui pourrait sembler perdu.
- Speaker #1
D'un point de vue productiviste, oui. Mais en réalité, il est d'une richesse inouïe. On laisse la place à l'imprévu, à la contemplation.
- Speaker #0
Ce qui est fascinant, c'est que cette approche, qui semble intuitive, est de plus en plus validée par la science. Les neurosciences s'y intéressent beaucoup.
- Speaker #1
Oui, et les résultats sont éloquents. Quand on prend le temps, on active notre système nerveux parasympathique.
- Speaker #0
C'est-à-dire ?
- Speaker #1
C'est la partie de notre système qui gère le repos, la digestion, la régénération. Concrètement, le rythme cardiaque ralentit, la pression artérielle baisse et surtout, la production de cortisol, l'hormone du stress, diminue drastiquement.
- Speaker #0
Donc ce n'est pas juste dans la tête. L'impact est physiologique, réel.
- Speaker #1
Très puissant. Le système immunitaire se renforce, la qualité du sommeil s'améliore. C'est un peu le même principe que les bains de forêt japonais, le shinrin-yoku.
- Speaker #0
Ah oui, j'en ai entendu parler.
- Speaker #1
Le slow naturisme, c'est une sorte de version augmentée du bain de forêt. Parce qu'il y a cette dimension de la peau comme capteur direct des éléments. C'est une forme de médecine préventive incroyablement simple.
- Speaker #0
En vous écoutant, je sens qu'on dépasse la simple question du bien-être. Il y a quelque chose de plus vaste, une dimension presque... Pirituel ou écologique ?
- Speaker #1
On bascule vers ce que le philosophe Arne Naes a appelé l'écologie profonde. C'est un changement de perspective radical. On passe d'une vision où l'humain est au sommet de la pyramide.
- Speaker #0
Et la nature est une ressource ?
- Speaker #1
À une vision où l'humain n'est qu'un fil dans la grande tapisserie du vivant, interdépendant de tous les autres.
- Speaker #0
Mais comment ça se traduit ça, concrètement, quand on est sur une plage naturiste ?
- Speaker #1
Ça change tout dans la perception. Le concept clé de Naes, c'est la réalisation du soi écologique. L'idée, c'est que notre moi ne s'arrête pas aux frontières de notre peau.
- Speaker #0
Il s'élargit.
- Speaker #1
Il s'élargit pour inclure l'environnement, l'air que je respire, l'arbre qui me donne de l'ombre. Tout ça, c'est une partie de moi.
- Speaker #0
Du coup, protéger la nature, ce n'est plus juste un acte moral, c'est...
- Speaker #1
De l'autodéfense presque. C'est exactement ça. Protéger la rivière, c'est protéger mes propres veines. L'écologie devient une affaire intime. Et dans ce cadre, le corps nu est resacralisé. Non pas au sens religieux, mais comme un temple écologique, une parcelle du vivant.
- Speaker #0
On parle d'une expérience très personnelle donc. Mais les sources évoquent aussi des pratiques plus collectives, des rituels même. Est-ce qu'on parle de danser nu sous la pleine lune ?
- Speaker #1
On peut, si on le souhaite, pourquoi pas. Mais l'idée est moins de copier d'anciennes traditions que de retrouver le sens du rituel. C'est-à-dire créer des moments intentionnels qui célèbrent notre lien au monde.
- Speaker #0
Ça peut être simple j'imagine ?
- Speaker #1
Très simple. Une marche méditative pieds nus en groupe et en silence. Une séance de yoga nue à l'aube, où chaque posture nous connecte à un élément. La montagne, l'eau, l'arbre.
- Speaker #0
Et pour les rituels plus...
- Speaker #1
Marqués. On peut imaginer des célébrations pour les solstices ou les équinoxes. Ce sont des moments forts où la connexion entre le rythme de la Terre et notre vie devient palpable. Un bain de nuit sous la pleine lune, ce n'est pas juste une excentricité.
- Speaker #0
C'est une manière de ressentir les choses physiquement.
- Speaker #1
Voilà. S'allonger nu sur la Terre tiède, c'est un rite de reconnexion. La nudité rituelle a toujours existé comme un moyen de se dépouiller de son identité sociale pour revenir à un état essentiel, primordial.
- Speaker #0
Si on fait la synthèse, on comprend que le slow naturisme, c'est infiniment plus qu'une version zen du naturisme. C'est un véritable art de vivre.
- Speaker #1
C'est une posture face au monde. Pour revenir à Carlo Petrini, c'est une forme de résistance douce. Une résistance à la marchandisation de tout, de nos corps, de notre temps libre.
- Speaker #0
Une résistance à la déconnexion.
- Speaker #1
Il nous isole et nous coupe du monde vivant. C'est une manière de dire « je refuse de courir, je choisis de ressentir, je refuse de consommer, je choisis d'être en relation » .
- Speaker #0
C'est donc une invitation à ralentir, non pas pour être moins productive, mais pour être plus vivante, pour réhabiter son corps et le monde d'une façon plus consciente et finalement plus joyeuse.
- Speaker #1
Exactement. Le slow naturisme, c'est un espace de ressourcement, mais c'est aussi un laboratoire de transformation, d'autres manières d'être au monde, plus harmonieuses, peut-être plus justes. Finalement, la question que ça nous pose, c'est peut-être, quel est le rythme juste pour ma propre vie ?
- Speaker #0
Merci de nous avoir écoutés. Nous espérons que cette exploration du slow naturisme vous a inspiré. N'hésitez pas à vous abonner pour ne manquer aucun de nos prochains épisodes. A très bientôt sur le podcast de Naturisme TV.