- Speaker #0
Bienvenue sur Au Naturel, le podcast du naturisme vivant, le rendez-vous de celles et ceux qui vivent ou découvrent le naturisme en harmonie avec la nature, le respect et la simplicité. Installez-vous, l'épisode commence.
- Speaker #1
Bienvenue sur le podcast de Naturisme-TV. Vous découvrirez au fil des épisodes Des histoires, des réflexions et des regards croisés sur le naturisme et son art de vivre.
- Speaker #2
Et aujourd'hui justement, on va plonger un peu au cœur de ce qu'est le naturisme contemporain. Explorer ses différentes facettes.
- Speaker #1
Oui, parce que ce n'est pas si simple en fait. On va regarder ça comment ?
- Speaker #2
Avec des études ?
- Speaker #1
Exactement. On va s'appuyer sur des recherches assez récentes, tu vois, des études sociaux, psychos, pour essayer de piger comment le naturisme est vécu en France aujourd'hui.
- Speaker #2
D'accord. Et voir aussi les effets que ça peut avoir sur nous, notre perception de nous-mêmes, l'estime de soi.
- Speaker #1
C'est ça. Et même la satisfaction de vie de manière générale, est-ce que ça joue ?
- Speaker #2
L'objectif, si je comprends bien, c'est vraiment d'aller au-delà des clichés, de voir ce que la science, la recherche nous dit vraiment. Tout à fait. On veut offrir un regard plus nuancé, plus près de la réalité des gens qui pratiquent. On a des études assez fascinantes, tu verras. Ça bouscule un peu les idées reçues parfois.
- Speaker #1
Ah super ! J'ai hâte de voir ça ! On commence par quoi alors ? Le contexte ?
- Speaker #2
Oui, posons un peu le décor. Et d'abord, le contexte français. C'est pas anodin,
- Speaker #1
hein ? Ah non, pourquoi ?
- Speaker #2
La France est tout simplement la première destination naturiste mondiale.
- Speaker #1
Ah oui, carrément ! Je savais que c'était important, mais à ce point ?
- Speaker #2
Oui, c'est pas rien. On parle de chiffres assez conséquents, genre 4 millions de touristes chaque année.
- Speaker #1
4 millions ?
- Speaker #2
Et la moitié sont français, tu vois. Donc c'est un vrai secteur économique. Avec à peu près
- Speaker #1
460 zones dédiées,
- Speaker #2
et ça génère plus de 3000 emplois directs. Donc c'est une réalité économique et sociale forte.
- Speaker #1
C'est clair, 4 millions, ça montre bien que ce n'est pas du tout marginal comme pratique ici. Et quand on dit naturisme, il y a une définition qui revient souvent, celle de la FNI.
- Speaker #2
Oui, la Fédération Internationale de Naturisme, elle date un peu... 1974, mais elle est encore la référence. Elle parle d'une manière de vivre en harmonie avec la nature.
- Speaker #1
Oui, caractérisée par la pratique de la nudité en commun.
- Speaker #2
C'est ça. Avec l'idée de favoriser le respect de soi-même, le respect des autres et celui de l'environnement. Bon, ça c'est le cadre officiel, on va dire.
- Speaker #1
Mais, parce qu'il y a un mais, j'imagine.
- Speaker #2
Bah oui. Ce qui est intéressant, c'est que dès que tu vas sur un terrain naturiste, que tu discutes un peu, T'entends très vite des phrases comme « Ah non mais ça, c'est pas du vrai naturisme » .
- Speaker #1
Ah oui, ça montre où il y a des visions différentes, des tensions peut-être.
- Speaker #2
Exactement, que c'est pas un bloc uniforme. Chacun a un peu son idée de ce que ça doit être, ou pas.
- Speaker #1
Et c'est là qu'interviennent les recherches plus récentes, j'imagine, pour décortiquer ça.
- Speaker #2
Tout à fait. Il y a notamment le travail très éclairant de Zelma Bacon. Elle a soutenu sa thèse de doctorat il n'y a pas longtemps, en 2024.
- Speaker #1
Une thèse sur le naturisme en France.
- Speaker #2
Oui, une enquête sociologique vraiment approfondie. Et elle met super bien en lumière cette hétérogénéité sociale. Ça aide à comprendre pourquoi on entend ces fameux « ça, c'est pas du naturisme » .
- Speaker #1
Et comment elle explique ça alors ? Elle a un modèle ?
- Speaker #2
Oui, elle propose un modèle que je trouve très pertinent. Elle parle d'un double continuum. Il faut imaginer deux grands axes, si tu veux, qui structurent un peu tout ça.
- Speaker #1
D'accord, deux axes. Le premier ?
- Speaker #2
Le premier axe, il oppose le pôle. associatif au pôle commercial.
- Speaker #1
Associatif, ça me fait penser au club, à la FFN, la Fédération Française de Naturisme.
- Speaker #2
C'est exactement ça. C'est un peu le naturisme historique, si tu veux. Très ancré dans des valeurs, la non-sexualisation des corps, la convivialité, une certaine égalité, la simplicité.
- Speaker #1
Un engagement moral aussi, une philosophie de vie.
- Speaker #2
Voilà. C'est souvent là qu'on trouve un plus grand mélange social, traditionnellement. Mais... Et c'est un point important que souligne Bacon, ce modèle associatif, il est en déclin.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #2
Oui, les chiffres sont assez parlants. La FFN a perdu plus de la moitié de ses licenciés depuis 2010.
- Speaker #1
Ah oui, quand même ! C'est énorme !
- Speaker #2
Et à l'autre bout de cet axe donc, tu as le pôle commercial, là le profil des gens change un peu.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Plus jeunes, plus souvent plus jeunes, oui. Leur pratique est plus occasionnelle, moins liée à un engagement philosophique fort. Et en général, ils ont des capitaux économiques plus élevés.
- Speaker #1
D'accord. Ce qui amène peut-être une approche différente du naturisme, plus comme une consommation de loisirs.
- Speaker #2
C'est un peu ça. Qu'on parle du risque de touristification, une standardisation de l'offre, tu vois, une segmentation par les prix.
- Speaker #1
Ce qui peut exclure... Certains.
- Speaker #2
Oui, et une pratique qui devient une activité de vacances parmi d'autres, peut-être un peu déconnectée des valeurs originelles du mouvement associatif. Ça crée des tensions forcément.
- Speaker #1
Logique. Ça, c'est le premier axe. Associatif versus commercial. Et le deuxième ?
- Speaker #2
Le deuxième axe, il va de l'asexué au sexualisé.
- Speaker #1
Asexué, c'est le naturisme familial classique où on fait comme si...
- Speaker #2
Exactement. Bacon l'appelle aussi familial. Ça repose sur une convention sociale très forte. On dénie le potentiel érotique des corps nus. On fait comme si ça n'existait pas.
- Speaker #1
Pour permettre une cohabitation sereine, surtout avec les enfants.
- Speaker #2
C'est ça. C'est la norme affichée dans beaucoup de lieux naturistes traditionnels.
- Speaker #1
Et à l'opposé donc, le pôle sexualisé.
- Speaker #2
Voilà. Le pôle sexualisé. Souvent, dans les discours, c'est associé au libertinage. C'est une pratique de la nudité qui, elle, intègre ou recherche une dimension érotique sexuelle.
- Speaker #1
Et ça, j'imagine que ça coince avec le pôle familial.
- Speaker #2
Oui, très souvent. C'est une pratique qui est vivement critiquée, même rejetée, par beaucoup de naturistes familiaux. Ils voient ça comme une dérive, quelque chose qui salit l'image du vrai naturisme.
- Speaker #1
Mais ça existe quand même.
- Speaker #2
Ça existe, oui. Il y a des lieux spécifiques pour ça. Et parfois, comme le montre Bacon, les frontières sont un peu floues. Certains campings où les deux pôles peuvent coexister ou se côtoyer de manière un peu poreuse.
- Speaker #1
Ce qui est intéressant, c'est comment ces deux axes se croisent alors. Ça donne différents types de naturisme ?
- Speaker #2
Exactement. Elle ne décrit pas des boîtes séparées, mais plutôt un espace. Et dans cet espace, elle identifie trois grands types idéaux.
- Speaker #1
Lesquels ?
- Speaker #2
Alors, tu as le naturisme familial-commercial. C'est le grand camping avec piscine, animation, qui vise les familles, mais qui fonctionne comme une entreprise, quoi.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Ensuite, le naturisme associatif. Le club FFN classique, non lucratif, centré sur les valeurs.
- Speaker #1
Mmh.
- Speaker #2
Et enfin, le naturisme commercial libertin. Des établissements qui visent clairement une clientèle qui cherche une expérience plus sexualisée.
- Speaker #1
Mais elle dit bien que c'est pas rigide, c'est ça ? Les gens peuvent bouger entre ces pôles.
- Speaker #2
Ah oui, c'est crucial. Elle insiste beaucoup là-dessus. Ce n'est pas une carte fixe. Les gens ne sont pas dans une seule case.
- Speaker #1
On peut passer de l'un à l'autre.
- Speaker #2
Tout à fait. Bacon utilise un schéma pour montrer ça, avec des petites croix qui représentent les individus. Et ces croix, elles peuvent bouger.
- Speaker #1
Donc on peut aller dans un club associatif et puis partir en vacances dans un grand centre commercial familial ?
- Speaker #2
Exactement. Ou même, dans un même lieu, avoir des comportements qui varient. Parfois plus familial, parfois un peu différent, selon le moment, les gens présents. C'est un espace social qui est dynamique, fluide.
- Speaker #1
C'est une vision beaucoup plus complexe, mais aussi plus réaliste, j'ai l'impression, que l'image un peu figée qu'on a parfois.
- Speaker #2
Complètement. Les naturistes, par opposition aux autres. ce qui reste habillé, les textiles comme on entend souvent.
- Speaker #1
Exactement, les textiles. Cette distinction crée une frontière symbolique forte, un sentiment de groupe.
- Speaker #2
Et l'autre point commun c'est ?
- Speaker #1
La nudité, tout simplement.
- Speaker #2
Bah oui, c'est évident, mais c'est le socle, la pratique de la nudité intégrale et collective. C'est ça le dénominateur commun. Peu importe pourquoi on le fait ou où on le fait, c'est ce geste qui définit le groupe.
- Speaker #1
D'accord, donc on a ce paysage assez complexe du naturisme en France. Mais alors, venons-en à la question qui nous intéresse aussi beaucoup. Qu'est-ce que ça fait psychologiquement, le fait de pratiquer cette nudité collective ? Est-ce que ça change vraiment quelque chose dans notre tête, dans notre rapport à nous-mêmes ?
- Speaker #2
C'est la grande question, effectivement. Et c'est crucial, parce qu'autour du naturisme, il y a tellement d'idées reçues, parfois négatives, parfois un peu idéalisées.
- Speaker #1
Qu'est-ce que la recherche nous dit là-dessus ? Est-ce que ça confirme ou infirme ces idées ?
- Speaker #2
Alors, les résultats sont souvent éclairants, voire surprenants. On peut commencer par une étude un peu plus ancienne mais qui a marqué son époque.
- Speaker #1
Ah oui, laquelle ?
- Speaker #2
Celle de Marilyn Story publiée en 1984 aux Etats-Unis. Elle avait comparé ce qu'elle appelait des nudistes sociaux avec des non-nudistes.
- Speaker #1
Et qu'est-ce qu'elle avait trouvé de si frappant ?
- Speaker #2
Elle avait trouvé que les nudistes dans son groupe, avait une meilleure image corporelle. ce qu'elle appelait le body self concept.
- Speaker #1
Une meilleure image de leur corps.
- Speaker #2
Oui. Et ce qui était intéressant, c'est que cette différence était plus forte que la différence qu'on observe habituellement entre hommes et femmes. Tu sais, les hommes ont souvent une image corporelle un peu plus positive.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Mais là, être nudiste semblait avoir un impact encore plus grand sur l'image corporelle que le simple fait d'être un homme ou une femme.
- Speaker #1
Ah oui, d'accord. Ça suggère que la pratique elle-même joue un rôle important. Est-ce qu'elle avait creusé un peu comment ils percevaient leur corps différemment ?
- Speaker #2
Oui. Et ça, c'est un autre point super intéressant de son étude. Elle a remarqué que les nudistes évaluaient leur corps surtout en termes d'efficacité.
- Speaker #1
D'efficacité, c'est-à-dire ?
- Speaker #2
La question pour eux, c'était plutôt, est-ce que mon corps fonctionne bien ? Est-ce qu'il permet de faire ce que je veux faire ? Alors que les non-nudistes, eux, se focalisaient beaucoup plus sur l'attractivité.
- Speaker #1
Est-ce que mon corps est beau selon les normes ?
- Speaker #2
Voilà, c'est un changement de regard assez radical en fait. Moins de jugement esthétique, plus d'appréciation fonctionnelle.
- Speaker #1
Et elle parlait aussi d'une vision plus globale du corps, moins focalisée sur les défauts.
- Speaker #2
Exactement. Story a vu que les nudistes disaient souvent aimer la plupart ou toutes les parties de leur corps, ou alors n'en détester aucune. C'était plus dur de pointer des complexes spécifiques.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #2
Statistiquement, elles disaient qu'elles n'arrivaient pas à trouver une structure factorielle claire pour leur image corporelle. En gros, ça veut dire qu'elles ne pouvaient pas regrouper leurs réponses en catégories nettes, comme souci de poids, satisfaction du visage, etc. Alors que chez les non-nudistes, ces catégories ressortaient bien.
- Speaker #1
Leur vision était moins fragmentée, plus unifiée, holistique.
- Speaker #2
C'est ça, plus holistique. Une piste très intéressante.
- Speaker #1
Et est-ce que des recherches... Plus récentes ont confirmé ça ? Ou nuancé ?
- Speaker #2
Oui, tout à fait. Il y a les travaux de Kian West, un chercheur britannique. C'est vraiment pertinent ici. Il a mené plusieurs études ces dernières années qui confirment et précisent beaucoup ces liens positifs.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #2
Par exemple.
- Speaker #1
Une de ses études principales, sur presque 850 personnes au Royaume-Uni, assez révélatrice.
- Speaker #2
Et qu'est-ce qu'elle montre, cette étude plus grande ? Elle montre une corrélation positive très nette. Plus les gens disaient participer à des activités naturistes, nager nu, sauna mixte... plages, clubs, etc. Meilleur était leur image corporelle, plus haute était leur estime de soi et plus grande était leur satisfaction de vie globale. Les trois semblaient liés.
- Speaker #1
D'accord, une corrélation. Mais la question qui tue, qu'est-ce qui cause quoi ? C'est le naturisme qui rend plus heureux ou c'est les gens déjà bien dans leur peau qui se mettent au naturisme ?
- Speaker #2
Ah, la fameuse question de la causalité. West ici est intéressé de près, bien sûr. Il a testé différents modèles statistiques pour voir lequel collait le mieux aux données.
- Speaker #1
Et alors ?
- Speaker #2
Et le modèle qui marche le mieux, c'est celui de la médiation. C'est une sorte de chaîne d'effet, tu vois.
- Speaker #1
Explique-moi.
- Speaker #2
L'idée, c'est que la pratique naturiste améliore d'abord l'image corporelle.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Le fait de sentir mieux dans son corps, ça renforce ensuite l'estime de soi générale.
- Speaker #1
Logique.
- Speaker #2
Et cette meilleure estime de soi, ça conduit finalement à une plus grande satisfaction de vie. C'est ce cheminement, naturisme, image corporelle, estime de soi, satisfaction de vie.
- Speaker #1
C'est ce modèle-là qui explique le mieux les résultats.
- Speaker #2
Oui, selon ses analyses, c'est plus plausible que l'inverse. Donc, l'amélioration de l'image corporelle, ce serait vraiment la clé de goût des bénéfices psychologiques.
- Speaker #1
Très intéressant. Mais il mentionne aussi des nuances, non ? J'ai cru lire quelque chose d'un peu paradoxal.
- Speaker #2
Oui, c'est ça qui est fascinant aussi. Westall a observé que l'effet positif sur l'image corporelle était plus fort chez les gens qui pratiquaient le naturisme le moins souvent.
- Speaker #1
Ah oui, comment ça se fait ? L'effet waouh du début ? Ou alors on s'habitue et ça fait moins d'effet après ?
- Speaker #2
C'est des hypothèses possibles, oui. Ou est-ce parle d'un effet de seuil ou de rendement décroissant ? Le boost initial serait très fort, puis ça s'atténuerait avec l'habitude. C'est une piste.
- Speaker #1
D'accord. Et il y a autre chose d'important sur le comment ça marche, sur le mécanisme ?
- Speaker #2
Oui. Une découverte vraiment cruciale, je trouve. Il semble que ce qui compte le plus, c'est pas tant le fait d'être vu nu par les autres sans être jugé.
- Speaker #1
Ce qu'on imagine souvent pourtant. L'acceptation du regard des autres.
- Speaker #2
Exactement. Mais ce serait plutôt le fait de voir soi-même une grande diversité de torts nus.
- Speaker #1
Ah ! Ok. Voir les autres en fait.
- Speaker #2
Oui. Voir des corps normaux, de tous âges, de toutes formes, qui ne ressemblent pas aux images parfaites et irréalistes des médias. C'est cette exposition à la diversité des corps ordinaires qui nous aiderait le plus à accepter notre propre corps comme il est.
- Speaker #1
C'est super intéressant ça. Le bénéfice viendrait moins de la validation par les autres que d'une sorte de recalibrage interne. Une confrontation au réel qui désamorce la pression des idéaux.
- Speaker #2
C'est une idée très forte, oui. Et ouais si c'est pas arrêté aux corrélations. Il a aussi fait des études prospectives.
- Speaker #1
C'est-à-dire ?
- Speaker #2
Il mesure avant et après.
- Speaker #1
Exactement. Il mesure l'état psy des gens juste avant et juste après une expérience naturiste réelle. Il l'a fait pour une marche nue caritative, Bear All For Polar Bears, et pour une journée dans un parc aquatique entièrement nu, Waterworld.
- Speaker #2
Et ça confirme ?
- Speaker #1
On voit un changement rapide.
- Speaker #2
Oui, les résultats sont assez nets. Même une participation ponctuelle, juste quelques heures ou une journée, Ça a entraîné une amélioration immédiate et significative de l'image corporelle et de la satisfaction de vie.
- Speaker #1
Immédiate !
- Speaker #2
Pour l'estime de soi, l'amélioration était là aussi, mais parfois juste sous le seuil de significativité statistique, peut-être un effet un peu moins immédiat ou plus variable. Mais globalement, ça montre que l'effet positif peut être rapide, dès les premières fois.
- Speaker #1
C'est un ensemble de preuves assez cohérent quand même. Ça pointe vers des bénéfices réels, via l'image corporelle surtout.
- Speaker #2
Tout à fait.
- Speaker #1
Mais il reste souvent des inquiétudes. Des questions sur l'impact à long terme, notamment sur les enfants qui grandissent là-dedans. C'est un sujet sensible.
- Speaker #2
Ah oui, c'est LA préoccupation historique et légitime. Ça a nourri beaucoup de débats, parfois de fantasmes. Heureusement, là aussi, la recherche a apporté des réponses solides.
- Speaker #1
Il y a des études là-dessus ?
- Speaker #2
Oui, l'étude la plus importante, la plus rigoureuse, c'est sans doute celle de Paul Okami et ses collègues de l'UCLA, publiée en 1998. C'est une étude longitudinale. assez...
- Speaker #1
Exceptionnel.
- Speaker #2
Longitudinal. Ils ont suivi les mêmes personnes pendant longtemps.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #2
18 ans. Ils ont suivi environ 200 enfants de familles très diverses, naturistes ou non, mode de vie alternatif ou conventionnel. C'est le UCLA Family Lifestyles Project.
- Speaker #1
Et ils cherchaient quoi ? Si le fait de voir ses parents nus ou de surprendre des scènes primitives, comme ils disent.
- Speaker #2
Oui, le fait de surprendre les parents dans un acte sexuel. Ils cherchaient à savoir si ça avait des conséquences négatives, mesurables, plus tard, à l'adolescence ou au début de l'âge adulte.
- Speaker #1
Et ils ont mesuré quoi comme conséquences ? J'imagine qu'ils ont regardé plein de choses.
- Speaker #2
Ah oui, une batterie de mesures hyper complètes. Acceptation de soi, relation sociale, délinquance, drogue, alcool, idées suicidaires, satisfaction sexuelle, risque d'IST, grossesse non désirée. Vraiment un éventail très large d'indicateurs bien autres.
- Speaker #1
C'est solide comme suivi. Et alors, le verdict, le message principal de cette énorme étude ?
- Speaker #2
Le message principal est très clair. Ils n'ont trouvé aucun effet négatif global et direct à long terme lié spécifiquement à l'exposition à la nudité parentale ou aux scènes primitives pendant l'enfance.
- Speaker #1
Aucun effet négatif ?
- Speaker #2
Aucun effet significatif sur toutes les issues négatives qu'ils mesuraient. Les enfants exposés n'allaient pas plus mal que les autres sur ces critères.
- Speaker #1
C'est un résultat fort ça ! Ça va à l'encontre de beaucoup de craintes.
- Speaker #2
Complètement. Les auteurs eux-mêmes concluent que les croyances très répandues sur la nocivité de ces expositions semblent exagérées. Ils vont même plus loin.
- Speaker #1
Ah oui ?
- Speaker #2
Ils ont noté quelques tendances, mais attention, pas statistiquement significatives, après correction, qui suggéraient plutôt des issues bénéfiques sur certains points.
- Speaker #1
Bénéfiques ?
- Speaker #2
Ouais.
- Speaker #1
Comme quoi ?
- Speaker #2
C'était très léger, mais il y avait aussi un résultat d'interactions plus spécifiques. assez bizarre d'ailleurs.
- Speaker #1
Vas-y, dis-moi.
- Speaker #2
Ça concernait l'exposition aux scènes primitives avant 6 ans. Pour les garçons qui avaient vécu ça, on observait une baisse du risque d'IST ou de provoquer une grossesse à l'adolescence.
- Speaker #1
Une baisse ?
- Speaker #2
C'est contre-intuitif.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #2
Mais pour les filles exposées de la même manière, on observait une augmentation de ce risque.
- Speaker #1
Ah ! C'est contrasté et assez inattendu. Comment ils expliquent ça ?
- Speaker #2
Ils sont très prudents. Ils disent que c'est une corrélation observée dans un sous-groupe, qu'il faut interpréter ça avec des pincettes énormes. Ils n'ont pas d'explication simple. Mais ce qu'ils retiennent surtout, c'est l'absence globale d'effets négatifs. Et que cette absence d'effets ou les quelques tendances positives restaient vraies peu importe la stabilité de la famille, la psycho des parents, leur idéologie ou leur statut socio-économique. L'exposition à la nudité en soi ne semblait pas être le problème.
- Speaker #1
D'accord. Et si on relie ça aux travaux plus récents comme ceux de Keon West ? Lui aussi, il parle de ses anciennes études.
- Speaker #2
Oui, Keon West fait référence à Okami et à d'autres recherches plus anciennes qui allaient dans le même sens. Et sa conclusion est assez directe. Il dit que la recherche empirique, toutes les données qu'on a aujourd'hui, elle n'a tout simplement pas validé les craintes initiales sur les effets négatifs durables du naturisme, y compris quand ça commence dans l'enfance.
- Speaker #1
Donc, si on résume tout ça, la science a plutôt tendance à déconstruire les mythes négatifs et à pointer vers une pratique qui serait neutre, voire positive.
- Speaker #2
C'est exactement ça. Sur la base des données scientifiques qu'on a, Le naturisme apparaît comme une pratique qui est, au pire, psychologiquement neutre et qui, dans beaucoup de cas, semble liée à des effets positifs, surtout sur l'image corporelle et, par écochet, l'estime de soi, la satisfaction de vie.
- Speaker #1
C'est une perspective bien différente de ce qu'on entend parfois. Alors, si on devait synthétiser les points clés de tout ce qu'on a vu aujourd'hui, qu'est-ce qu'il faut retenir ?
- Speaker #2
Je dirais trois choses principales. Premièrement, le naturisme en France, c'est une réalité. Diverse, plurielle, avec des logiques différentes, associatives, commerciales, familiales, plus sexualisées. Ce n'est pas un bloc uni et comprendre ça c'est important pour éviter les généralisations.
- Speaker #1
D'accord, deuxièmement ?
- Speaker #2
Deuxièmement, la recherche scientifique, qu'elle soit ancienne ou récente, elle converge. Elle montre des liens positifs entre la pratique naturiste et une meilleure image corporelle, une meilleure estime de soi, une plus grande satisfaction de vie. Et la clé, ça semble être l'acceptation de son corps, aidé par le fait de voir la diversité des corps réels.
- Speaker #1
Et le troisième point ?
- Speaker #2
Troisièmement, les études sur le long terme les plus sérieuses comme celle d'Okami n'ont pas prouvé que l'exposition précoce à la nudité dans un cadre familial ou naturiste avait des effets négatifs durables. Les données suggèrent plutôt une absence de nocivité et peut-être même quelques bénéfices.
- Speaker #1
Voilà un tableau beaucoup plus nuancé et franchement sur pas mal d'aspects plus positifs que ce que les idées qui est reçues pourraient laisser penser. Merci beaucoup pour cet éclairage basé sur des recherches concrètes. C'était passionnant.
- Speaker #2
Merci à toi et merci à toutes et à tous pour votre écoute. N'hésitez pas à vous abonner ou à suivre le podcast de Naturisme TV pour ne pas manquer nos prochains regards sur cet art de vivre.
- Speaker #1
Et pour finir, peut-être une petite question pour la route. Si la recherche montre à quel point c'est bénéfique de simplement voir régulièrement la diversité des corps normaux pour notre propre image corporelle, Quelles leçons on pourrait en tirer, même en dehors du naturisme, pour notre société ? Une société qui est quand même souvent saturée d'images de corps idéalisées, retouchées. C'est une piste de réflexion,
- Speaker #0
non ? A très bientôt ! Abonnez-vous, laissez une note sur votre rapide écoute et partagez ce podcast à quelqu'un que cela pourrait rassurer ou inspirer.