- Speaker #0
Bienvenue sur Avant j'étais prof, le podcast des enseignants en reconversion. Ici, on parle sans tabou des doutes, des peurs et des déclics qui mènent les profs à se réinventer. Si vous avez déjà pensé à quitter l'éducation nationale, si vous avez peur de ne rien savoir faire d'autre qu'enseigner, si vous souhaitez vous informer sur vos droits ou si vous cherchez simplement des idées de métier, vous êtes au bon endroit. Chaque mercredi, je publie des témoignages de profs reconvertis, des parcours d'enseignants en reconversion, et des conseils concrets pour vous aider à construire la suite de votre carrière. Je m'appelle Florence, avant j'étais prof, et j'espère que grâce à cet épisode, vous pourrez bientôt en dire autant.
- Speaker #1
Bonjour Alix,
- Speaker #0
je te souhaite la bienvenue sur le podcast, c'est toi qui inaugure cette septième saison.
- Speaker #1
Salut Florence et merci, ravie d'inaugurer, du coup j'étais pas au courant mais j'ai un peu la pression.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai que j'aurais pu te le dire avant, mais comme j'avais un peu la pression aussi, parce que ça fait un petit moment que je n'ai pas enregistré, je me suis dit, allez, on aura la pression à deux, on va se soutenir. Bon, après, on va commencer simplement, ça doit être dans tes cordes. Je veux bien déjà que tu te présentes.
- Speaker #1
Alors, je m'appelle Alix, j'ai 36 ans et j'habite en Bretagne et j'ai été professeure des écoles.
- Speaker #0
Excellent choix de région, si je peux me permettre. Est-ce que tu te souviens des raisons qui t'ont mené à devenir professeure des écoles au départ ?
- Speaker #1
Oui, c'était un peu un espèce de choix de facilité, on va dire, parce que je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Au collège, j'ai eu une prof d'espagnol que j'ai trouvé super, qui m'a donné envie de devenir prof d'espagnol. Mais j'avais un peu peur de m'ennuyer à travailler qu'une seule matière toute l'année. J'avais un peu peur de ça. En parallèle, j'avais fait mon BAFA pour vérifier que ça se passait bien avec les enfants. Et je n'avais plus accroché avec les tranches d'âge plus jeunes, maternelles ou élémentaires. Du coup, je me suis dit qu'un professeur des écoles, c'était peut-être plus indiqué, que ce serait en tout cas plus diversifié et qu'au moins, je serais au contact d'enfants dans une tranche d'âge avec qui je savais que le feeling passait bien. Ce n'était pas du tout une vocation ou un choix de vie comme ça peut l'être, où c'est évident et tu feras ça forcément toute ta vie. C'est juste que je me suis dit, je ne sais pas trop quoi faire, mais là-dedans, je m'y vois bien.
- Speaker #0
C'est marrant parce qu'en fait, c'est assez similaire à ce que j'ai vécu. J'ai aussi passé mon BAFA et je me suis aussi rendu compte qu'au-delà de 12 ans, je n'aime pas trop. Après, j'étais aussi beaucoup plus jeune à l'époque où j'ai passé mon BAFA, donc il y avait moins de différence d'âge. Mais grosso modo, la mentalité et les problématiques de l'adolescence me plaisaient moins. Et j'ai aussi hésité. Alors moi, c'était avec de l'anglais. J'ai même fait à la base un master d'anglais. Je pensais passer un CAPES d'anglais. Et en fait, au bout de l'année de master, je me suis dit, mais en fait, je m'ennuyais. Alors d'avoir une seule matière, même s'il y a plein de choses à enseigner et à apprendre dans cette même matière. Mais je crois que j'étais contente de pouvoir faire de l'art, du sport, de l'anglais, des choses vraiment très différentes les unes des autres. Donc quand tu expliques ça, je me dis tiens, je ne suis pas si seule. Est-ce qu'il y a des choses que tu as aimé dans ce métier et à l'inverse des choses que tu as moins apprécié ?
- Speaker #1
Alors ce que j'ai aimé, déjà c'était le sentiment d'utilité. Parce que c'est vrai que c'est un métier où déjà tu dis ce que tu fais, tout le monde comprend. Tous les jours tu sais pourquoi tu y vas, tu ressors de ta journée généralement. tu as le sentiment d'avoir été utile au moins une fois. Le contact avec les enfants aussi, ça pour le coup, c'est quelque chose que j'ai toujours apprécié. Alors pas tellement le fait de leur apprendre des choses. Je n'ai jamais trop aimé cette position un peu descendante, mais je me sentais privilégiée de les voir évoluer, découvrir de nouvelles choses et puis d'assister au développement du cerveau humain. Moi, ça m'a toujours complètement bluffée. Je me dis, on part d'un amas de cellules et on arrive à des raisonnements hyper poussés à 7 ans. Je ne sais pas, moi j'ai toujours trouvé ça complètement dingue. J'avais pour objectif dans ma classe de créer un lieu sur un espèce de cocon. Du coup, moi, je me sentais bien et j'aimais bien qu'on évolue tous là-dedans avec la sensation d'avoir créé une mini société un peu laboratoire où je pouvais tester des trucs. C'est vraiment le côté du métier que j'adorais. Et pour le coup, ce que je n'aimais pas du tout, c'était le décalage avec la hiérarchie. Je crois que ça revient dans absolument tous les témoignages.
- Speaker #0
Oui, malheureusement.
- Speaker #1
C'est triste à dire, mais tu as l'impression de vivre quelque chose d'absolument dingue et qui n'est absolument pas compris par les supérieurs. Donc, c'est difficile. Ça renforce le manque de reconnaissance en plus. Tu as l'impression de toi faire tellement, donner tellement. Et que ce soit de l'inspectrice, que ce soit du ministre, que ce soit des parents, parfois aussi malheureusement, tu as l'impression que personne ne voit tout ce que tu fais, tout ce que tu donnes. Sale, le manque de ressources. humaine et financière parce que c'est vrai que ça devient une habitude très vite d'acheter des trucs pour ta classe de savoir que tu ne seras jamais remboursée mais c'est pas grave, tu préfères fonctionner avec que sans donc tu donnes les formations, je crois qu'à la fin les formations je ne pouvais plus les mercredis matin avec les lire, écrire, compter moi c'était plus possible.
- Speaker #0
Tu me rappelles des cauchemars en disant ça mais ça ne m'étonne pas franchement quand j'y ai repensé
- Speaker #1
Je crois que quand je suis restée un petit peu plus de 10 ans, je peux compter sur les doigts d'une main, les formations où j'en suis ressortie en me disant « Ah putain, trop bien, je vais pouvoir le mettre en place en classe, c'était super intéressant, j'ai pas vu le temps passer. » Sinon, la plupart du temps, j'amenais des trucs à corriger pour passer le temps. Enfin, c'est triste à dire, mais...
- Speaker #0
Alors que je suis d'accord avec toi, il y en a certaines qui sont vraiment chouettes. J'en avais eu une trop intéressante, je me souviens, dans un amphi. C'était loin en plus. Je crois que c'était à Saint-Malo et du coup, moi j'habite... vers Rennes, donc j'avais dû rouler quasiment une heure. Et c'était sur la gestion des élèves qui avaient un trouble du spectre autistique. Et du coup, on avait tout un cours sur le TSA et sur la gestion en classe et tout. Et tu te dis, mais comment c'est possible d'avoir eu une seule formation là-dessus ? Et elle était vraiment trop bien faite par des gens qui savent vraiment et qui étaient vraiment sur le terrain. Et comment on peut en avoir une seule sur toute une carrière ? Et pour certaines personnes qui écoutent, j'imagine que ce n'est même jamais arrivé. sachant que des types de handicap il y en a plein d'autres et des profils il y en a plein d'autres et qu'on n'est pas très formé sur les choses du quotidien malgré l'inclusion dans les classes et tout ça et à côté de ça oui des lire-écrire-compter j'en ai eu une belle palanquée comme tu dirais
- Speaker #1
Ah oui non mais c'est fou enfin je crois qu'une des formations dont je me souviens typiquement elle avait été donnée par le psy du Razed et c'était effectivement sur qu'est-ce qu'on fait en classe quand on a un élève qui pète un boulon Très concrètement, juridiquement, qu'est-ce qu'on peut faire ? Quel est le levier ? Qu'est-ce qu'on met en place ? Et je crois qu'elle est arrivée, ça faisait déjà huit ans que j'étais dans le métier. Enfin, tu te dis, c'est désespérant.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est dommage parce qu'on aurait vraiment besoin de... Et on serait demandeuses et demandeurs, je pense, de formations pratiques, utiles. Et à côté de ça, je pense qu'il y a des gens qui doivent être payés pour un nombre d'heures et de formations. Et du coup, ils font un peu ce qu'ils ont sous le coude. C'est un peu dommage. Mais bon, du coup, pas une passion pour les formations. Ce que je peux comprendre, je ne juge pas.
- Speaker #1
Non, et puis clairement, je trouve que c'est là que tu sens le décalage justement avec la hiérarchie. Parce que je me souviens d'une formation qu'on avait eue en français sur lectorino-lectorinette, pour la compréhension lecture. Et je me souviens que j'avais levé la main à un moment pour dire, en vrai, ça a l'air super intéressant, mais je ne vois pas dans mon emploi du temps, comment je peux caler ça. Alors que j'étais en CE1, tu as quand même, je crois, de mémoire, c'était 9 heures de français hebdomadaire. Donc normalement, ça laisse le temps de faire des choses. Et je disais, je ne vois pas. pas comment je peux faire rentrer ça en plus des dictées, en plus de la lecture fluence, de tout ça. J'avais gagné un midi avec un conseiller pédagogique qui m'avait fait refaire mon emploi du temps avec lui. Donc j'avais perdu deux heures comme ça avec un gars qui me disait, bah si vous mettez ça là, si vous mettez ça là, ça passe. Et je lui disais, mais concrètement, non, ça marche pas, je suis désolée. Il faut le temps que les élèves se mettent dans la tâche, il faut le temps qu'ils sortent le matériel, les temps de vie, quoi. Ça ne marche pas.
- Speaker #0
En fait, je pense que beaucoup de personnes qui n'ont pas pas vécu la pratique en classe depuis un petit moment, n'ont plus idée de toutes ces petites choses que tu évoques, mais qui sont incompressibles. Genre, le temps que l'élève se mette dans la tâche, c'est un truc que parfois les gens en dehors, ils n'en tiennent pas compte. Ils se disent, ah bah tiens, on va faire ça de telle heure à telle heure, mais en fait, l'élève il n'est pas efficient de 16h45 à... Enfin, tu vois, c'est pas de l'heure à sa commence ou à l'heure où ça finit, même si c'est écrit comme ça sur l'emploi du temps. le temps qu'entre deux matières, tu ranges les affaires de la première matière pour sortir les affaires de la seconde. C'est des choses toutes bêtes, mais qui nous font partie du quotidien et qu'on a en tête. Pour nous, c'est intégré, on en tient compte, même si ce n'est pas précisé. Mais pour les personnes qui n'ont pas mis un pied en classe depuis un petit moment, effectivement, je pense que ça ne vient même pas forcément à l'esprit. Eux, ils raisonnent plus par logique que par réalité.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Dans le manuel, clairement, la séance était minutée 50 minutes. Donc pour eux, ça faisait 50 minutes d'emploi du temps. Sauf que toi, tu sais pertinemment qu'en vrai, ça va te prendre au moins un créneau d'une heure et que ça veut dire que du coup, par exemple, la dernière tâche qui est minutée de 10 minutes, elle ne sera pas faite. Le retard qui s'accumule. Donc voilà, ce genre d'échange avec la hiérarchie, ça me casse les pieds, vraiment. Ça s'accumule avec une espèce d'épuisement émotionnel qui, à la fin, te vampirise. C'est vraiment le truc qui m'a terminée, on va dire, mais c'est une accumulation de plein de petites choses, en fait.
- Speaker #0
Ok, donc toi, c'est vraiment cette accumulation qui, à un moment donné, t'a donné envie de partir. C'est pas un événement en particulier.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Moi, je me suis desséchée, en fait.
- Speaker #0
Comme quand on laisse les plantes dans la classe au mois de juin et qu'on revient en septembre et qu'on se dit « Ah, j'aurais peut-être dû les prendre avec moi en vacances » .
- Speaker #1
Voilà, c'est tout à fait ça.
- Speaker #0
Et une fois bien desséchée, comment as-tu commencé à te réarroser ? Où as-tu trouvé du positif ? Est-ce que t'as eu une idée de reconversion ou est-ce que t'as eu juste l'envie ? Est-ce que tu t'es d'abord dit, bon allez, je m'en vais et puis je verrai après comment ça se passe ? Comment tu as fonctionné pour essayer de faire en sorte d'aller mieux ?
- Speaker #1
J'avoue que j'étais complètement perdue parce que, comme je t'ai dit, je suis rentrée dans le métier pas spécialement par passion, mais juste en me disant ça, je pense que je peux le faire. Et je n'avais pas d'autres idées. C'est-à-dire que je m'étais mis là en me disant ça va tenir le temps que ça tiendra. Et je ne savais pas du tout ce que je voulais faire après. Je savais juste que là, ce n'était plus vraiment possible parce que je n'étais plus heureuse. Mais je me projetais dans rien non plus. Donc, alors, ce n'est pas pour te jeter des fleurs, mais je suis tombée sur ton podcast.
- Speaker #0
Merci, merci.
- Speaker #1
Je crois que tu en étais à l'épisode 7 ou 8, quelque chose comme ça.
- Speaker #0
Ah oui, c'était au tout début.
- Speaker #1
Ouais, et du coup, je suis tombée sur un épisode, puis je les ai tous mangés. Et je pense que j'ai cliqué comme toi à l'épisode 6 avec la rédactrice Web SEO, où je me suis dit, ça, je pense que je suis capable de le faire. Donc, j'ai commencé à chercher comment le mettre en place. En parallèle, moi, je me suis fait mettre en arrêt maladie parce que vraiment, ça n'allait plus du tout. Enfin, je n'étais plus du tout capable de faire classe. Donc, en fait, pendant mon arrêt, j'ai contacté le conseiller mobilité carrière avec qui j'ai eu un rendez-vous pour lui expliquer un petit peu mon projet, lui dire, ben voilà, je pense essayer de me former en rédaction web, SEO, voir si ça peut fonctionner. Lui m'a conseillé de me mettre en... disponibilité pour élever un enfant de moins de 12 ans.
- Speaker #0
Si tu en as, tu peux, ouais, parce que c'est de droit. Tu as des enfants ?
- Speaker #1
Ouais, j'ai deux enfants. Il m'avait dit, c'est le seul truc qu'on peut pas vous refuser, parce que j'avais besoin, il fallait que je parte vite, en fait. J'avais plus la force d'attendre, enfin, de faire une demande de démission qu'elle me soit refusée, une rupture conventionnelle qu'elle me soit refusée. Il m'a dit, même si vous demandez par exemple pour création d'entreprise, puisque c'était le but après, ça aussi, potentiellement, on peut vous le refuser. Donc, en fait, moi, j'ai pris la première porte pour m'enfuir, quoi. Donc voilà, j'ai fait ma formation, j'ai fini mon arrêt maladie, j'ai obtenu ma dispo pour septembre 2024, donc tout récent. Et j'ai exercé pendant même pas une année en fait, parce que j'avais pas le chômage, parce qu'on n'avait pas beaucoup d'économies. Donc le temps de monter en fait une auto-entreprise, le temps de faire ta clientèle, d'avoir des revenus à peu près corrects, surtout que là, on était quand même une famille avec deux enfants. donc c'est pas tout à fait pareil que quand j'étais célibataire c'était pas suffisant donc très vite il a fallu que je retrouve un job salarié en fait pour payer les factures et c'est reposé le même problème je savais pas quoi faire c'était affreux parce que du coup deux ans après je savais toujours plus pas ce que je pouvais faire d'autre donc j'ai relancé l'écoute de ton podcast j'ai essayé de farfouiller un peu partout je me suis renseignée pour passer des concours en interne sur la fonction publique j'ai postulé dans plein d'entreprises pour du secrétariat, de l'administratif, des emplois pour lesquels je n'avais pas forcément de qualification, mais je me disais, je pense que je ne suis pas plus bête qu'une autre, je peux peut-être me débrouiller. Je suis quelqu'un d'organisé, de sérieux, de consciencieux.
- Speaker #0
Souvent, il y a un peu de formation, du tuilage, ou un tuteur, on arrive rarement à laisser à nous-mêmes dans un nouveau poste.
- Speaker #1
C'est ça, j'avoue que je comptais un peu sur mes qualités humaines pour me dépatouiller. Mais c'est vrai qu'au final, j'ai envoyé peut-être 20, 30 CV. J'ai eu peut-être 5 réponses toutes négatives. Donc là, j'étais vraiment un peu prise à la gorge parce qu'en plus, tu as les factures à payer et puis tu as le sentiment d'être inutile parce que vraiment, l'espèce de syndrome de l'imposteur du prof qui se dit « mais en fait, j'ai un master, mais il ne me sert à rien à part être prof. » J'ai fait 5 années d'études qui ne sont reconnues nulle part.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de métiers qui requièrent vraiment ce master précisément. Ça arrive parfois, je sais, dans les offices du tourisme, par exemple. J'ai déjà vu des postes où c'était écrit profil recherché master mef.
- Speaker #1
Ah ouais ?
- Speaker #0
Donc, ça peut arriver, oui, parce qu'il y avait de l'accueil, pas mal de rédaction pour le site web et tout ça. Il y avait faire visiter à des groupes. Donc, il y avait de la gestion de groupe et notamment de la gestion de groupe d'enfants pour certaines sorties avec des partenariats et tout ça. enfin Il y avait un petit peu de tout, réseaux sociaux, etc. Et en fait, je pense qu'ils doivent savoir qu'après, une fois qu'on est prof, on doit avoir certaines qualités de ce type-là, j'imagine. Donc en tout cas, c'était recherché. Mais ce n'est pas tous les quatre matins que je vois des postes où c'est écrit « recherche master mef » , on ne va pas se le cacher. Mais en tout cas, tu l'as bien dit par contre, c'est que souvent, quand on se dirige vers ce genre de métier, donc l'enseignement, on a quand même des bonnes qualités humaines et ça, c'est réutilisable dans tous les emplois derrière. Donc oui, ça reste quand même un bel avantage. Faut-il encore que l'employeur en fasse ce qu'il recrute ? voit cet avantage et répondent aux demandes qu'on lui envoie.
- Speaker #1
C'est ça. Donc là, c'était un peu dur. Là, le sentiment d'utilité, je ne l'avais plus du tout et je ne me projetais dans rien. Enfin, je ne savais pas vers où aller. Et en fait, mon conjoint est tombé sur une annonce d'intérim de factrice. Il me l'a montré en me disant « Tiens, ça ne te dirait pas, tu ne te sentirais pas de faire ça » . Et bon, je n'y connaissais rien. Je veux dire, tout ce que je sais du facteur, c'est ce qu'on voit de nous en tant que client quand il vient toquer pour un recommandé. Donc, voilà, je me disais, bon, a priori, si c'est à portée des lettres, conduire une voiture ou un vélo, a priori, je pense que ça peut le faire. Et du coup, j'ai postulé. J'avais une réponse de l'agence d'intérim dans l'après-midi et je me pointais au centre de tri le lendemain matin.
- Speaker #0
Ça, c'est l'avantage avec l'intérim. C'est que, parce que quand j'étais plus jeune, j'ai fait de l'intérim aussi. Et dès que tu vois une annonce et que tu postules, t'es rappelé direct. Alors, je trouve ça pas mal. Ça va vite et tu passes cette phase comme quand tu postules sur des CDD, des CDI ou autre et que tu attends des semaines et puis tu ne sais même pas, est-ce qu'il n'y a pas besoin de toi ? Est-ce qu'on n'a pas vu ? Est-ce qu'il faut relancer ? Tu ne sais pas trop quoi, là au moins tu es vite fixé. Et du coup, c'était une mission de combien de temps la première que tu as eue ?
- Speaker #1
C'était pour dix jours.
- Speaker #0
Donc court à la base.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Mais je m'étais dit, ça permet de voir si ça se passe bien, si j'en suis capable, si ça me plaît. Et puis si je bosse bien, peut-être que ça les convaincra de me garder un petit peu plus quoi.
- Speaker #0
parce que du coup le lendemain de cet échange où on t'a dit c'est ok toi t'es allée direct au centre de tri est-ce que tu fais d'abord la tournée avec quelqu'un ou est-ce qu'on t'a juste donné des clés de voiture non quand même ils sont pas si méchants que ça à la poste non
- Speaker #1
c'est vrai que je me suis pointée le lendemain au centre de tri avec juste le nom du responsable sur un post-it on m'a dit tu vas voir ce gars là donc je suis allée voir ce gars là il m'a emmenée devant un poste de tri Il m'a présenté un autre facteur pour qu'il me fasse ce qu'on appelle la doublure, c'est-à-dire en gros il va faire la tournée du jour avec toi pour te montrer l'itinéraire et aussi, parce que j'avais bien dit que c'était ma première fois donc que j'y connaissais rien, pour t'apprendre les gestes professionnels de la tournée. Et en fait t'as trois jours comme ça, où le premier jour c'est le facteur tuteur qui conduit, toi tu lui files les lettres, tu poses toutes les questions, t'essayes de te repérer un petit peu dans les rues, l'itinéraire. et les deux jours suivants, c'est toi qui es au volant pour essayer d'un petit peu mieux m'immobiliser l'itinéraire et moins te focus sur les processus.
- Speaker #0
Ok, et c'est toujours le même itinéraire ?
- Speaker #1
Ouais, là, en gros, généralement, quand on t'embauche, c'est pour remplacer un collègue qui est malade ou qui est en vacances. Donc, tu vas remplacer sur une tournée précise. Donc, on te forme sur une tournée, donc un secteur avec toujours le même itinéraire, les mêmes clients, etc.
- Speaker #0
Ok, et c'est un itinéraire, est-ce que c'est grand en termes de kilomètres ? ou est-ce qu'en fait, il y a tellement plein de petites ruelles dans les quartiers et tout que finalement, c'est très peu espacé, mais c'est beaucoup de petits stops ?
- Speaker #1
Ça dépend de où tu es. Par exemple, j'ai une amie qui a fait factrice pendant ses études à Paris, vraiment dans le cœur de Paris. Et elle m'expliquait qu'elle, elle était à pied avec un petit caddie et elle faisait une ou deux rues. Tu vois, le temps de faire tous les immeubles, etc. Elle n'avait pas le temps de faire plus. Là, moi, je suis en campagne renaise. La tournée la plus longue, elle est en voiture et elle fait 120 kilomètres. Donc, ça dépend si c'est plus campagne ou plus ville, en fait.
- Speaker #0
C'est ça. Et donc, est-ce que c'est en fonction du nombre de kilomètres de ta tournée que tu choisis si c'est en voiture ou en vélo ? Parce que chez moi, il est à vélo, le facteur. Je le vois tout le temps par ma fenêtre.
- Speaker #1
En fait, ce n'est pas toi qui choisis. C'est la tournée qui est définie comme étant une tournée voiture ou une tournée vélo ou une tournée stabile. Même, tu sais, les espèces de mini-scooters de la Poste. Ah oui, Voilà. Donc, c'est en fait le Moloch. Ah oui, parce que vraiment, ça, éducation nationale et la Poste, c'est pareil. ils ont plein d'acronymes.
- Speaker #0
Le MOLOC, zim en plus, parce que là, vraiment...
- Speaker #1
Le moyen de locomotion.
- Speaker #0
Oh, wow.
- Speaker #1
Eh oui, eh oui.
- Speaker #0
Je l'aurais pas eu.
- Speaker #1
Eh ben non.
- Speaker #0
Le plus proche que j'avais, c'était MOLUSC.
- Speaker #1
C'est la novlangue, la poste. Voilà, donc le MOLOC est attribué à la tournée.
- Speaker #0
Très bien. Et tes premières impressions de ces, bah déjà, des trois premiers jours, et puis ensuite de quand tu t'es retrouvée toute seule à le faire ? Qu'est-ce que t'as ressenti ? Est-ce que tu t'es dit c'est trop bien, j'y arriverai jamais ? Est-ce que t'as tout de suite vu des points positifs ou négatifs ? Est-ce que quand tu t'es retrouvée toute seule au bout des trois jours, tu t'es dit mince, c'était quoi déjà l'itinéraire ?
- Speaker #1
Alors, la première chose qu'on te dit quand t'arrives, c'est ne panique pas. tout le monde finit par y arriver.
- Speaker #0
Ok, j'aime cette philosophie.
- Speaker #1
Voilà, c'est juste pour te dire, c'est hyper intense au début, mais Ausha, d'ici deux semaines, ce sera déjà plus fluide parce que c'est vrai que les premiers jours, c'est tellement intense que moi, je me souviens, j'en faisais des cauchemars la nuit parce qu'il y avait tellement d'informations à mémoriser entre, effectivement, l'itinéraire de la tournée, les différents types de lettres parce qu'il y a des lettres que tu scans dès que tu scans pas. comment tu remplis un recommandé tous les champs à compléter sur recommandé les différentes applications sur le téléphone à charger où est-ce qu'il faut cliquer enfin c'est tellement mais une masse d'informations qui te tombent dessus et qu'il faut quand même assimiler très vite puisque mine de rien t'as que trois jours à accompagner que moi j'en faisais des cauchemars la nuit de recommandé mal rempli c'était
- Speaker #0
vraiment ça change les cauchemars de rentrée où tu sais t'as tous tes élèves mais tu peux pas parler ou les trucs comme ça c'est ça
- Speaker #1
Mais au début, tu vois, je retrouvais un petit peu cette charge mentale hyper intense des premières années, tu vois, où même ta fiche de prêtre, tu la remplis jusqu'à la moelle pour être sûre de rien oublier. Là, c'est pareil. J'avais un petit carnet où je notais tous les trucs pour être sûre de rien zapper. Et en tournée, je revenais dans mon petit carnet pour me souvenir des trucs. Donc ça, je me souviens que c'était hyper intense. Le premier jour, je suis rentrée, je n'étais pas sûre parce que j'ai été malade comme un chien, en fait, pendant la tournée. J'ai vomi.
- Speaker #0
Ah mince !
- Speaker #1
Ben oui, mais... Alors, je ne suis pas... pas très bonne copilote, je suis vite malade en voiture, mais là, avec un facteur à côté qui conduit, qui s'arrête à toutes les adresses, en fait, ça n'arrête pas de faire des à-coups.
- Speaker #0
J'aurais même pas pensé à ça.
- Speaker #1
Moi non plus, j'avais pas du tout anticipé ça. Mais vraiment, au bout de deux heures de tournée, j'ai bondi de la voiture, je suis allée vomir dans un fossé.
- Speaker #0
Oh ma pauvre !
- Speaker #1
Et ensuite, on a continué la tournée et quand je suis rentrée au centre, j'ai essuyé des regards en coin. Je me suis dit, il y en a un qui a bavé.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Effectivement, j'ai eu plein de tapes dans le dos de ça va, c'était pas trop compliqué.
- Speaker #0
J'imagine que tu dois pas être la seule, mais c'est vrai que j'y avais jamais pensé avant que tu le dises.
- Speaker #1
Eh ben non, en fait, c'est un baptême courant apparemment chez les facteurs de vomir son premier jour.
- Speaker #0
C'est bon à savoir et t'as pas eu le souci les jours d'après ? Ben non, parce que tu conduisais.
- Speaker #1
Eh oui, et là, plus du tout, non, c'était vraiment juste pour le premier jour. Donc voilà, là, je suis rentrée le soir, en fait... Je ne savais pas que les deux jours suivants, c'est moi qui allais conduire. Donc, c'est vrai que je suis rentrée le premier soir. Je me suis dit vraiment, il va falloir que je m'accroche là pour tenir les trois jours parce que ça ne va pas bien du tout. Mais hormis ça, hormis le côté effectivement surcharge cognitive et nausée, j'étais fascinée. En fait, c'est fou parce que c'est un métier du quotidien, mais dont on connaît très peu l'arrière boutique. Et je ne sais pas, moi, je me suis toujours demandé, par exemple, comment le facteur, il faisait pour que les lettres soient dans le bon ordre, tu sais, dans sa sacoche. pour aller d'une adresse à l'autre parce qu'il prend les rues dans certains sens, il fait des trucs. Il a l'air de savoir tout le temps où il va, mais toi, extérieurement, tu ne comprends pas. Et je me demandais, mais comment est-ce qu'ils organisent ça ? Parce que les lettres, elles n'arrivent pas dans l'ordre. Comment ils font ? Et du coup, j'étais subjuguée par l'organisation interne. Je trouvais ça fantastique et hyper intelligent, en fait.
- Speaker #0
Mais comment ils font, du coup ? Dis-nous.
- Speaker #1
Eh bien, en fait, le matin, le courrier arrive dans des caisses. Alors, il y a certaines caisses qui sont déjà triées par la machine. notamment pour tout ce qu'on appelle les petits formats les petites lettres, les courriers maïfs, EDF etc ça t'arrive dans l'ordre de ta tournée et puis t'as des caisses en vrac où t'as tous les grands formats, les recommandés où c'est à toi de les mettre dans l'ordre et en fait chaque tournée a un espèce de bureau avec des casiers dans le fond et ces casiers sont remplis d'intercalaires et en dessous de chaque intercalaire tu as un papier avec le nom de la rue et puis les numéros dans l'ordre où tu vas y passer et toi du coup tu prends tes lettres et tu les ranges dans les intercalaires dans le bon ordre et ensuite tu prends les grands formats, tu les intercales au bon endroit en fait pour les mettre dans le bon ordre.
- Speaker #0
Donc ça c'est une autre personne que toi, c'est pas des gens qui font les tournées qui font ça, c'est des gens dans les centres de tri ?
- Speaker #1
Les gens dans les centres de tri, ils s'occupent de la caisse qu'ils arrivent ranger mais non, le fait de mettre en case donc de mettre dans les intercalaires c'est une de nos tâches le matin quand on arrive.
- Speaker #0
Ah d'accord, donc vous, vous commencez par ça. et ensuite une fois que tout est bien rangé, là vous les récupérez pour commencer votre tournée avec.
- Speaker #1
Voilà, là une fois que tout est bien mis dans le casier, on décase, donc on attrape des paquets de lettres qu'on met dans l'ordre dans un bac à côté de nous, comme ça elles restent bien rangées jusqu'à la fin de la tournée et qu'en fait quand t'es en voiture ou en vélo, t'as juste à prendre la lettre qui arrive en premier et puis...
- Speaker #0
Ok, et du coup quand tu fais ta tournée, est-ce que t'as des horaires et est-ce que tu peux décider par exemple de la faire tout d'un bloc en mangeant un petit sandwich sur le pouce pour finir ? plus tôt ou est-ce que t'as des pauses imposées ? Sachant que l'ordre de la tournée, du coup, lui, tu ne le choisis pas. Mais est-ce que pour le reste, pour tes horaires, est-ce que t'as des pauses, par exemple ? Comment tu peux t'organiser ?
- Speaker #1
Ça, je trouve ça trop chouette. T'es quand même très libre. C'est-à-dire que du moment que les tâches sont faites, tu t'organises un petit peu comme tu le souhaites. Alors, quand on arrive le matin, il y a ce qu'on appelle les travaux collectifs, où là, c'est un temps où tout le monde est présent au même endroit et fait la même chose parce qu'en fait, on va trier tout ce qui va être les journaux, par exemple. qui nous arrivent, il faut les répartir sur les bonnes tournées, les Ouest-France, les Libé, etc. Il y a aussi les colis. Parce qu'en fait, le camion nous apporte des gros chariots métalliques remplis de colis. Et là, il va falloir qu'on les scanne et qu'on les pose sur les chariots des tournées. Donc la tournée 5, tous les colis de la 5, etc. Donc ça, c'est un temps de travaux général qui dure à peu près une demi-heure, 45 minutes, on va dire, le temps tout rangé. Et ensuite, chacun va s'occuper de sa propre tournée. Donc là... Tu mets en case dans l'ordre que tu veux, tu prépares ton truc dans l'ordre que tu veux, tes colis dans l'ordre que tu veux. Le tout, c'est que tu t'y retrouves et que tu sois efficace. Et après, chacun part en tournée un peu quand il est prêt. Il y en a qui vont partir super tôt parce qu'ils ont la même tournée depuis 20 ans et qu'ils sont efficaces comme des fous furieux. Il y en a qui vont se faire des petits cafés, qui vont prendre le temps, qui vont papoter et qui probablement rentreront plus tard que l'heure de retour. C'est eux qui s'arrangent. Moi, j'avoue que dans mon centre, il y a... plutôt une bonne ambiance. Donc, vers 8h30, généralement, on se retrouve pour se prendre un café et une petite madeleine ensemble avant de partir. Mais du coup, une fois que tu as fait ça, que tu as mis en case, que tu as récupéré ton courrier, que tu l'as préparé, que tu as chargé ta voiture avec les colliers, les lèvres, etc., tu pars faire ta tournée et là, en soi, tu peux la faire dans l'ordre que tu veux. Tu peux suivre l'ordre du casier parce que c'est ce qui est prévu par l'ordinateur. Mais je sais que parfois, moi, ça m'arrive de faire dans le sens différent parce qu'on doit notamment faire la publicité. Donc, distribuer la pub dans les boîtes aux lettres qui n'ont pas le stop pub là. Et c'est très long. Et parfois, si ta journée de pub, elle est concentrée sur la fin de ta tournée et que tu n'es pas sûr d'avoir le temps de tout faire, moi, je préfère commencer par ça. Comme ça, au moins, je suis sûre que c'est passé et revenir au reste de la tournée après. Et pour la pause, en vrai, c'est comme on veut. Dans le temps de travail, c'est prévu qu'on ait 45 minutes de pause non payées. Donc après, il y en a qui choisissent de tout faire. de tout distribuer, de rentrer un petit peu plus tôt et de manger au centre. Moi, je préfère m'arrêter en milieu de tournée parce que je vois bien que passé 11h30, midi, je commence à faire des erreurs, des allers-retours parce que j'ai oublié des trucs. Je sens que je suis moins efficace. Donc, j'ai pris l'habitude. En plus, sur ma tournée, il y a un petit étang trop mignon. Donc, j'ai pris l'habitude de m'arrêter là avec mon petit pique-nique. J'ai gardé l'habitude de faire ma gamelle. Donc, je ramène ma gamelle. Je m'installe au bord de l'étang puis je fais ma pause de 45 minutes là-bas avant de repartir et de reprendre.
- Speaker #0
Quand tu... termine ta tournée, donc qu'importe finalement que tu aies pris une pause ou pas, chacun finit pas à la même heure, ça j'ai compris, mais une fois qu'elle est terminée, est-ce que juste tu ramènes la voiture, tu déposes les clés, tu reviens le lendemain, ou est-ce qu'il y a encore des choses à faire en fin de journée, soit pour clôturer la journée, soit en préparation du lendemain ?
- Speaker #1
Il y a la clôture à faire, effectivement, c'est-à-dire qu'il va falloir que tu ramènes, par exemple, si sur ta tournée il y a des boîtes aux lettres à relever où les gens ont déposé leur courrier, tu es allé récupérer, ça il faut que tu le mettes dans la zone de départ. puisque chaque jour, il y a un camion qui vient chercher ce qu'on a ramené. Donc, il faut que tu mettes les lettres au bon endroit. Si par exemple, tu as ramené des colis parce que les personnes n'étaient pas là, et bien pareil, tu les ramènes, tu les remets sur ton poste pour le lendemain, tu les flashes pour qu'il y ait un suivi de où sont les colis. Et puis après, non, c'est à peu près tout. Tu ne peux rien préparer pour le lendemain puisqu'en fait, chaque journée amène son nouveau camion qui apporte les colis et les lettres du jour. Donc en vrai, tu ne peux pas t'avancer la veille pour le lendemain. Et c'est vraiment chaque journée redémarre avec le camion et termine avec le camion et basta quoi.
- Speaker #0
Donc ce que ça sous-entend, c'est que quand ta journée est terminée, elle est terminée.
- Speaker #1
Oui ! C'est incroyable ! On ne peut pas ramener de travail, on ne peut pas anticiper celui du lendemain.
- Speaker #0
C'est vrai que ça, quand on ne l'a pas vécu ou qu'on l'a vécu longtemps avant et qu'on n'est pas assez prof entre temps et qu'on le redécouvre, c'est vrai que c'est très agréable. Et tu ne l'aurais pas eu non plus en étant à ton compte dans la rédaction web, mais c'est à toi. Là, tu peux choisir pour le coup de ne pas travailler en dehors de tes heures, mais comme ton travail est à la maison, ça moi c'est quelque chose que je trouve compliqué en travaillant chez moi depuis bientôt cinq ans maintenant, si ce n'est pas six. Chez toi, c'est ta maison et ton lieu de repos, et ton lieu de... c'est là où tu dors, c'est là où tu manges, mais c'est aussi là où tu travailles. Et du coup, je trouve que c'est difficile parfois de... Quand tu as le moindre temps libre de ne pas penser à ton entreprise. Alors que là, c'est vrai que c'est, je pense, un des gros avantages. Sachant que donc, toi, à la base, on était sur une mission intérime de 10 jours. Mais qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Parce que ça fait un petit peu plus que dix jours maintenant.
- Speaker #1
Oui, ça fait un peu plus. En fait, ce qui s'est passé, c'est que la personne que je remplaçais est revenue. Mais il y a une autre personne qui a été en arrêt parce qu'elle s'est blessée. Donc, en fait, on m'a appris sa tournée à elle. Donc, je me suis retapée trois jours de doublure sur une autre tournée.
- Speaker #0
Est-ce que tu as vomi ?
- Speaker #1
Non. J'avais un facteur qui conduisait un petit peu moins brutalement que le premier. Et je crois que j'étais préparée. J'avais... apporté mon huile essentielle de menthe poivrée à sniffer. Ça m'aide. Donc, je n'ai pas vomi. Mais bon, voilà. Du coup, en fait, j'ai appris une autre tournée pour pouvoir la faire. Et il se trouve que cette factrice est encore en arrêt aujourd'hui. C'est un arrêt long. J'ai été prolongée de mission d'intérim en mission d'intérim. Alors, à chaque fois, c'était pour un mois, quelque chose comme ça. Il y a même un moment où la factrice est revenue à mi-temps thérapeutique. Et du coup, ils m'ont appris une troisième tournée. dans la factrice et elle aussi a mis temps thérapeutique donc il s'était arrangé pour que ce soit en quinconce du coup je faisais un jour une tournée le lendemain l'autre et j'alternais un jour sur deux mais là tu vois ça fait 3-4 mois que la factrice est repartie complètement en arrêt donc je suis toujours sur la même tournée ce qui est un confort incroyable faut le dire je sais pas si t'es très courant non plus généralement c'est quand même un petit peu plus mélangé au niveau des tournées qu'on t'apprend parce que en gros à la poste, il y a ce qu'on appelle les titulaires. C'est ceux qui ont acheté une tournée. Alors, pas avec du vrai argent, mais en gros, ils ont postulé pour que la tournée soit la leur, un peu comme tu es titulaire d'une classe. Tu deviens titulaire d'une tournée. Et tu as ce qu'on appelle les rouleurs. C'est concrètement les îles qui n'existent plus, mais en gros, c'est ceux qui connaissent parfois 10, 15 tournées dans le bureau. Et en fait, chaque jour, ils vont remplacer un titulaire qui est en repos. parce que par exemple quand on travaille le samedi, on a un jour de repos dans la semaine, donc il faut que le titulaire soit remplacé, ou parce qu'il y a des arrêts maladie à compléter ponctuellement, donc ce sont en gros les remplaçants. Et généralement quand tu arrives comme ça en tant qu'intérimaire, très vite tu es destiné à être rouleur, parce que c'est quand même ce qui donne le plus de marge de manœuvre à la gestion du centre. Moi voilà, il se trouve qu'au final je ne connais que trois tournées en un peu plus d'un an, et qu'au final je n'en fais quasiment qu'une, enfin je suis un peu une titulaire par intérim quoi.
- Speaker #0
Et franchement, c'est vrai que c'est pas mal parce que je pense qu'en termes de charge mentale et du coup de fatigue en fin de journée ou en fin de semaine, quand tu fais tout le temps la même chose, tu mets des automatismes et des habitudes en place, ce qui effectivement n'est pas le cas quand tu dois être rouleur du coup. Donc là, c'est chouette. Et là, tu es toujours, tu as toujours le statut d'intérimaire.
- Speaker #1
Alors non, je suis passée en CDD depuis trois mois parce que tout simplement, ça faisait huit mois que j'étais intérimaire. Le responsable RH s'est un peu fait retoquer par la direction en disant que ça faisait long quand même pour de l'intérim. Et encore, il y a un intérimaire avant moi qui était resté deux ans intérimaire avant d'avoir un CDI. Donc tu vois, je pense qu'ils ont revu leurs critères à la baisse. Dans ce cas-là, ils m'ont proposé un CDD pour me garder parce que l'intérim, ce n'était plus possible pour eux.
- Speaker #0
Et du coup, il y a des différences forcément entre les deux statuts. Moi, je n'ai jamais eu de CDD, mais je me souviens quand je faisais de l'intérim, j'avais des primes de fin de mission à chaque fois. Donc au final, je trouvais ça... plutôt pas mal. Je sais qu'en fin de CDD, tu peux, il me semble aussi, avoir une prime de fin de contrat, chose qu'il n'y a pas forcément en CDI, puis tu as la flexibilité de pouvoir t'arrêter à la fin du CDD si tu as envie. À l'inverse, tu n'as pas la sécurité d'être en CDI. Est-ce que toi, tu es en quête de CDI ? Est-ce que CDD, ça te va bien ? Est-ce que tu préférais l'intérim et t'aurais préféré rester intérimaire ? Qu'est-ce qui, toi, te convient le mieux par rapport à ta vie, bien évidemment, et tes obligations à toi ?
- Speaker #1
Intérim, j'ai trouvé ça... Très cool parce que c'était la première fois de ma vie que j'en faisais et je trouvais que le statut était chouette parce que déjà, tu es mieux payé parce que tu n'as pas de congé payé. Donc, ça se reporte sur ta paye. J'ai repassé mes comptes avant l'interview parce que je ne me souvenais plus du tout parce qu'en gros, ça fluctue d'un mois à l'autre. Mais en gros, sur huit mois d'intérim, il y a des mois où j'ai touché 1500 euros et il y a des mois où j'ai touché 2500 euros. Donc, c'est quand même… une fluctuation assez énorme et ça tombait au petit bonheur. Enfin, moi, j'ai jamais compris les règles de calcul, de qu'est-ce qui se passait, pourquoi. Je pense que c'était en rapport avec les primes de fin de mission, précarité, etc. Parce que mes missions faisaient pas toujours un mois pile du 1er au 31, donc je pense qu'ils faisaient leurs calculs comme ça. Donc, moi, je partais sur une base de 2500 euros dans mon budget et quand je touchais les 2005, c'était un peu Noël.
- Speaker #0
C'était tant mieux. Est-ce que tu te souviens combien tu touchais en tant que prof quand tu t'es arrêtée ?
- Speaker #1
J'étais à 2100 euros.
- Speaker #0
Donc là, il y a des mois en intérim factrice où tu gagnais mieux qu'en tant que prof.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Et en CDD, du coup, j'imagine que tu touches un peu moins, mais peut-être plus régulièrement.
- Speaker #1
CDD, je ne suis pas le meilleur exemple parce que j'ai gardé l'habitude prof de prendre des vacances. En gros, tu cumules trois jours de congés payés par mois en CDD. Alors, ce qui est bien avec la poste, c'est que par exemple, si tu signes un CDD de quatre mois... Tu as droit à tes 3 x 4, 12 jours de congé payés d'un coup. Si dès ton premier mois, tu veux poser 12 jours et que c'est possible au niveau des dates pour le centre et tout, en vrai, tu peux. Ça, c'est cool. Moi, j'ai posé un petit peu plus que ça. Je crois que j'ai posé, je ne sais pas, 16 ou 17 jours. Donc, il y a des jours sans solde. Donc, au niveau des salaires que j'ai perçus, forcément, ça dégrève un petit peu. Mais tu vois, là, sur trois mois, le premier, j'ai touché 1448. Donc, je crois que le SMIC, il est à 1477.
- Speaker #0
Ah oui, c'est quelque chose comme ça. Voilà,
- Speaker #1
c'est ça. Depuis juin, il me semble. Donc, c'est un peu moins, mais je pense que c'est dû à des jours de congés sans solde. C'est pour ça. Après, j'étais à 1778 et le mois dernier à 1794.
- Speaker #0
Ah oui, c'est pas mal parce que c'est ce que je touchais au bout de six ans en tant que prof. Je crois qu'au max, je devais être à 1008.
- Speaker #1
Voilà. Donc, c'est pas... Voilà. Théoriquement, je devrais être à 1477. Je pense qu'après mon contrat, je suis censée être au SMIC. Alors après, il y a des primes d'équipe. parfois. Et ça, je t'avoue, je suis vraiment pas réglo sur mes fiches de paie, je sais pas exactement. Enfin, moi, on me donne de l'argent, je le prends, et voilà, quoi. Je calcule au plus juste sur mon budget, et puis ce qui est en plus, c'est un bonus. Mais du coup, je pense que c'est pour ça que je suis un peu plus que le SMIC, parce qu'en vrai, je suis censée être au SMIC.
- Speaker #0
Et est-ce que, toi, pour ta vie quotidienne, est-ce que ça te convient ?
- Speaker #1
Bah, niveau salaire, oui. Alors, c'est un peu juste, effectivement, comparé à avant, quand j'étais un stit. Après, déjà, je dépense pas. des trucs pour ma classe. C'est con, mais même le premier jour, je me suis ramenée avec mon stylo. Les collègues me regardaient. Pourquoi tu as ton stylo ? Je te pose mon stylo. Ils m'ont dit, tu vas demander au bureau. Des formations professionnelles. Oui.
- Speaker #0
J'ai aussi amené ma poubelle et mon horloge.
- Speaker #1
C'est tout bête, mais par exemple, sur les recommandés avant de partir, il faut les surligner pour ne pas les oublier. J'avais ramené mes surligneurs. Ils me disaient, ça ne va pas. Va demander un surligneur. C'est plein de petits réflexes comme ça que j'avais installés. Je m'en rendais plus compte. Donc bon, déjà... Mine de rien, il n'y a plus. C'est 100 euros dépensés à action bien trop vite de temps en temps pour la classe. Et puis, il y a une prime de ce qu'ils appellent grand rouleur. C'est quand tu es à plus de 7 kilomètres du centre de tri, ce qui est mon cas. Tu as une prime en plus. Donc, c'est quelques dizaines d'euros par mois, on va dire. Mais bon, c'est toujours bon à prendre. Il y a un bon CSE à la poste aussi. À partir de trois mois de CDD, tu as droit au CSE avec... Des places de poncer moins chères, des réservations de vacances moins chères. Tu as bien sûr les tickets restaurant, les chèques vacances, que je ne connaissais pas avant. Mais vraiment, tickets restaurant, j'ai l'impression qu'on m'offre de la boue gratuite. C'est incroyable.
- Speaker #0
J'avoue que je jalouse un peu les gens qui ont des tickets resto. Mon petit plaisir, c'est d'utiliser la carte ticket resto de mon copain quand on va faire les courses. Je me dis, c'est la belle vie ça quand même.
- Speaker #1
C'est enlevé de ton salaire, on est d'accord. Oui,
- Speaker #0
tu as une partie qui est enlevée, mais une partie qui est donnée par l'entreprise. C'est un peu les avantages nature.
- Speaker #1
C'est ça. Mais bon, moi, je ne m'en remets pas. Je trouve ça incroyable. Et puis, comme je ne regarde pas mes fiches de paie, comme je te disais, ben moi, c'est de l'argent gratuit.
- Speaker #0
Ça vient s'ajouter. C'est un petit plaisir supplémentaire. C'est ça.
- Speaker #1
Puis bon, voilà, 25 euros par jour. Je crois, les tickets resto, là, je suis à 180 euros par mois. Donc, mine de rien, tu vois, ce n'est pas rien. Et puis, moi, comme je fais ma gamine, je ne les dépense pas, tu vois, en boulangerie ou quoi. Donc, ça se rajoute au plein de... de courses que tu fais, c'est quand même pas déclinjable avec la hausse des tarifs et tout. Non, je trouve que financièrement, c'est pas énorme, mais en même temps, comme je savais pas trop ce que je voulais faire, on va dire que pour un job clairement alimentaire, c'est pas si mal.
- Speaker #0
Là, ton CDD actuel, il dure combien de temps ?
- Speaker #1
Moi, j'ai négocié un CDD jusqu'à fin août, donc ce sera un CDD de 4 mois. Et j'ai appris il y a 2 jours que je ne le renouvellerai pas à ma demande. J'avais le projet d'aller travailler avec mon conjoint depuis une petite année parce qu'il a une entreprise. Je m'occupe de son site web depuis le début, bien sûr. Je vais rédiger des articles de blog. On a monté une boutique en ligne. Tout ça, ça prend de l'ampleur et il a besoin de monde pour tout ce qui est secrétariat et gestion du site web. Donc en fait, en septembre, je vais devenir salariée de son entreprise.
- Speaker #0
Ah mais c'est génial ! Donc finalement, tu vas réutiliser la formation que tu as faite à la sortie. C'est marrant parce que j'hésitais à te poser la question tout à l'heure, tu sais, avant du coup d'avoir cet intérim en tant que postière, où tu parlais des postes sur lesquels tu avais candidaté. J'ai oublié de te demander si tu avais candidaté sur des postes en lien avec de la rédaction web, mais dans le privé.
- Speaker #1
Non, pas du tout. En fait, je crois que j'ai fait un rejet. Je me suis pas mal formée quand même pendant ces quelques mois sur l'entrepreneuriat, le mindset. À la fin, il y a des termes, je ne pouvais plus me les voir. Ça me dépectait. C'est une sorte de sentiment d'utilité. Là, j'ai eu beaucoup de mal à le retrouver parce que autant quand j'avais des clients avec qui ça se passait super bien, là, tu te sens utile parce qu'effectivement, ils sont hyper contents. Quand ça se passe bien, en plus, qu'ils voient les résultats, c'est très gratifiant. Mais les clients, il faut les trouver. Et moi, ça me fatiguait d'être obligée à chaque fois d'expliquer ce que c'était mon métier, à quoi ça servait, ce que ça pouvait leur apporter. Et vraiment, tout ce côté, parmi de rien, vendre ce que tu peux apporter au monde, moi, ça m'a débectée. Et du coup, j'avais peur que de bosser, par exemple, en agence. Alors certes, t'as pu. plus les clients à trouver. Mais en même temps, t'es pas à l'abri d'écrire des trucs où vraiment tu te dis mais à quoi bon ? Enfin, si c'est pour bosser pour des entreprises qui me débectent juste parce qu'elles ont de l'argent parce que tu sais pas vraiment quels contrats vont être négociés par l'agence. Tu vois, j'avais vraiment besoin de me ressentir utile, quoi.
- Speaker #0
Et puis ça fait partie des choses que t'as vraiment mises en avant tout à l'heure quand je t'ai demandé ce que tu aimais dans ton métier de prof. Vraiment, l'humain, il prenait une grosse place et l'utilité aussi. Est-ce que ça t'a manqué, ça, à la poste ? Parce que... Est-ce que tu vois beaucoup de monde, même si avec tes collègues, du coup, ça se passait bien ? Mais est-ce que tu ne passes pas beaucoup de temps dans ta voiture ? Ou est-ce que tu discutes finalement avec beaucoup de gens à qui tu vas faire signer des recommandés ? Je ne sais pas statistiquement comment c'est.
- Speaker #1
Alors pour moi, c'est très bien équilibré parce que je suis plutôt quelqu'un de solitaire. Et parfois, la classe, pour moi, c'était un peu trop. Parce qu'effectivement, tu es tout le temps sollicité. Donc même si j'aime beaucoup le contact des enfants, j'apprécie la pause du midi où tu es tout seul dans le silence à corriger tes cahiers du jour. Donc là... j'avoue qu'en fait les deux heures le matin au centre avec mes collègues où on papote on rigole, on boit des cafés, on range nos trucs, ça me plaît beaucoup ensuite les cinq heures de voiture où je suis toute seule dans mon berlingot avec un podcast, avec de la musique à flâner, alors flâner, bon il y a des journées qui sont tendues où t'es juste en train d'aller le plus vite possible et où tu stresses un peu mais globalement je peux passer beaucoup de temps dans ma tête avec moi-même et j'apprécie et en même temps il y a plein de mini interactions tout au long de la tournée où tu retrouves vraiment ce sentiment de service public. Je sais que la poste n'est plus vraiment un service public. Ce n'est pas tout à fait. C'est un espèce d'organisme hybride entre le privé et le public. C'est un peu bâtard. Mais pour moi, ça a encore pleinement sa mission de service public parce qu'on est vraiment au contact des gens. Alors, même si maintenant, on appelle ça des clients. Effectivement, dès qu'il y a un recommandé, ça fait plus d'un an que je suis sur la même tournée. Donc, les gens me connaissent. Je suis devenue leur factrice, en fait. pour eux maintenant la factrice de la tournée c'est moi on se connaît on se demande des petites nouvelles et puis les gens culturellement attendent beaucoup le facteur ou la factrice pour discuter parce qu'avant bon il y avait plus le temps il restait boire un café maintenant malheureusement avec le capitalisme il n'y a plus le temps mais en attendant les gens t'attendent te racontent leur petite vie les petits malheurs les décès aussi parce que parfois t'apportes plein de petites cartes et tu sais que c'est des condoléances tu croises la personne et elle t'explique un petit peu ce qui s'est passé, tu prends le temps de discuter, des enfants qui viennent chercher le courrier qui sont tous fiers de ramener la petite liasse de pub. Il y a quand même un contact avec les gens mais qui pour moi est juste parfait parce qu'en fait c'est des petites interactions où tu as un tout petit aperçu de la vie des gens mais sans t'investir autant émotionnellement qu'avec tes élèves. Donc c'est-à-dire que même si j'ai une personne qui va me dire que son mari, ça m'est arrivé encore la semaine dernière, que son mari est décédé, qui me raconte un petit peu ce qui s'est passé, que je suis vraiment en empathie avec elle pendant ces dix minutes que je prends. Je ne la ramène pas le soir à la maison. Ça ne m'atteint pas autant. Donc, je trouve que c'est assez éclectique, en fait, pour que la journée, il y ait un petit peu de tout sans que ça te pèse à chaque fois.
- Speaker #0
Mais en tout cas, quand tu en parles, c'est vrai que ça se sent que c'est quelque chose qui t'a plu. Est-ce que tu sais, si tu n'avais pas eu l'opportunité de travailler avec ton conjoint, Est-ce que... tu serais restée à la poste ?
- Speaker #1
Honnêtement, non. Je pense pas. Je pense que ça m'a autant plu parce que je savais déjà que ce serait temporaire. Parce que c'était, je te l'avais dit, je crois, par écrit, mais je le considère un peu comme mon rebound job, tu sais, comme le rebound sexe après une rupture où t'as une petite relation qui n'a pas beaucoup de sens, mais qui est très fun, avec quelqu'un où tu sais que vous allez pas refaire votre vie ensemble, mais vous prenez plein, plein de fun et ça te redonne... la confiance que tu avais perdue en toi, pour moi, c'est exactement ça, en fait. C'est que la dépression que j'ai faite suite à l'éducation nationale, c'était un peu comme une énorme rupture. Et la poste, elle est arrivée un petit peu comme la relation chouette et un peu sans conséquences qui reconstruit un peu les réserves, la confiance en soi. Mais dans l'état actuel des choses, je pense que ça finirait par me faire autant de mal que l'éducation nationale. Parce que je trouve que, justement, ce côté service public met dévoyé par la privatisation, on ressent d'autant plus les effets que ce qu'on critiquait déjà en étant dans l'éducation nationale, parce que pour moi, c'est une mission de service public, c'est relier les individus entre eux, c'est faciliter la communication. Ça ne devrait pas répondre à des logiques économiques, sauf que malheureusement, ça doit être une entreprise rentable. C'est-à-dire qu'on va rajouter sur le dos des facteurs de plus en plus de tâches. Moi, rien qu'en une année, j'ai eu le temps de voir le métier évoluer, ce qui est quand même fou. Il y a des tâches qu'on ne faisait pas il y a un an. qu'on nous a demandé de faire et ça se rajoute tout le temps et on embauche moins et on demande plus et on n'est pas reconnaissant. Le côté hiérarchique n'est pas à l'écoute. Là aussi, il est tellement présent parce que de quoi on se plaint ? Facteur, c'est quand même un métier plutôt facile. Je veux dire, tu te balades, tu donnes des lettres aux gens. La cadence n'est clairement pas la même que quand tu travailles dans un bureau et que tu fais un métier vraiment important. J'arrive à prendre du recul parce que ça fait qu'un an et parce que je sais que je ne vais pas rester. Mais je sais très bien que si je restais plusieurs années, au bout du compte, ça m'aurait fait la même chose.
- Speaker #0
Oui, en fait, ça vient raviver quelque chose que tu as déjà vécu. Peut-être que tu ne t'en rendrais pas autant compte si tu n'avais pas vécu la même chose avant. Là, c'est juste que les signaux, je pense, qui s'allument à la moindre petite étincelle. Je pense que tu te dis, ouh là là, je connais ça, je sais comment ça va se terminer.
- Speaker #1
Je pense, oui. Et puis, il y a beaucoup de similitudes entre l'esprit. corps enseignant et l'esprit de corps facteur. C'est vraiment un petit peu la même mentalité. C'est une population qui râle beaucoup.
- Speaker #0
Ok,
- Speaker #1
je ne savais pas. Dans les centres de tri, en tout cas, dès qu'on parle vraiment boulot, tâche et hiérarchie, ça râle beaucoup. C'est un métier qui n'est plus aussi syndiqué qu'avant. C'est-à-dire que là où avant, une grève de facteur pouvait avoir un impact, là, tu vois, en septembre dernier, il y a eu la grève, le mouvement de grève du 10 septembre. qui n'était pas centré sur la poste, mais un petit peu sur tout le monde, un espèce de ras-le-bol général. On était deux dans mon centre à l'affaire. Et encore, tout le monde était choqué. Quand un intérimaire, je la fasse la grève, je leur disais, moi, je suis à ce point, j'étais un stit, j'ai fait je ne sais pas combien de grèves, ça me paraît normal. Mais même le gars de la CGT intérime que j'ai appelé pour lui demander qu'est-ce qu'il faut que je fasse, la déclaration de grève, à qui je la fais. Même lui, il était choqué que je veuille faire grève, parce que maintenant, ça n'a plus aucun sens. Il y en a très peu qui sont syndiqués. Et du coup, il y a cette espèce de grogne latente d'avoir vu le métier décliner, de sentir que maintenant, c'est les colis Amazon qui priment sur le courrier. Et du coup, je retrouve un peu cette espèce de mécontentement latent. Et pour autant, il y en a plein qui ne partent pas. Il y en a qui sont là depuis 20, 25 ans, qui sont clairement le prof aigri.
- Speaker #0
Oui, et qui sûrement se disent qu'est-ce que je peux bien savoir faire d'autre ? J'ai que ça comme expérience, exactement finalement comme les enseignants. Et je parie qu'ils le... pensent, je dis pas qu'ils le sont, mais on a tendance à penser comme ça parce que aussi on manque de confiance en nous et parce qu'on n'a pas testé d'autres choses et parce qu'on nous pousse pas à penser qu'on est capable. Donc c'est difficile, mais je pense que c'est comme pour effectivement les enseignants et enseignantes qui sont plus heureux dans leur métier et qui du coup, bah, involontairement le font aussi subir à l'entourage, que ce soit à la maison, mais aux enfants, aux parents, aux collègues, etc. Personne n'a envie d'être comme ça, personne prend du plaisir à être comme ça, sauf que c'est tellement difficile de bouger les choses, que parfois on reste dans cet état-là pendant longtemps, voire pour certaines personnes jusqu'à la fin. Et c'est dommage, et à la fois, je sais très bien que quand on est dedans, c'est pas facile. Donc il n'y a pas de miracle non plus, mais c'est vrai que ça ne m'étonne pas que ça puisse être une profession qui peut ressentir la même chose. Et c'est aussi, tu parlais des similitudes, mais c'est aussi une profession pour laquelle on a une idée de ce que c'est, et du coup on peut juger facilement. Nous, on s'imagine juste le facteur. Moi, il se balade à vélo, il dépose des lettres et c'est sympa. Tu vois, comme ce que tu disais tout à l'heure, un peu le jugement. Et en fait, c'est plus de choses que ça. C'est parfois des gros horaires, c'est parfois du stress, c'est parfois des grosses journées de travail. Donc, oui, on n'a pas idée.
- Speaker #1
Non, non, non, c'est ça. Il y a des jours où on court partout. Là, typiquement, pendant la canicule, je sais qu'il y a plein de mes clients qui sont tombés de l'eau quand ils ont appris que je n'avais pas la clim dans ma voiture. Donc, c'est-à-dire qu'il faisait 42 degrés dehors. Dans la voiture, je ne sais pas combien il faisait, mais... On suffoquait. Alors certes, ils avaient adapté les horaires, c'est-à-dire que quand vraiment on dépassait les 40, tu vois, je faisais du 6h midi. Donc, ce qui était très appréciable et on était très contents. Mais ça veut dire que pendant tout ce temps, le courrier s'est accumulé parce que 6h midi, on n'avait pas le temps de faire autant. Et donc, dans les jours d'après, il a fallu rattraper. On a mis à peu près 15 jours à éponger. Et puis est venue la deuxième canicule à nouveau 6h midi, à nouveau du retard. Et les gens qui appelaient pour dire... Pourquoi je n'ai pas eu monté les aides ? » Et il fallait leur expliquer. En fait, je suis désolée, mais là, vraiment, la priorité, c'est les colis, les recommandés. Et le reste, on n'a pas le temps de le faire. On est juste sous l'eau. Et c'est vrai que les clients qui prennent le temps de demander, mais exactement comme quand tu es prof, ceux qui prennent le temps de se poser la question, généralement, tombent de haut et se rendent compte qu'effectivement, on ne glande ou il ne pas. Mais l'image générale, on est encore un peu dans les films à la tatie où le gars prend son vélo pépère, s'arrête pour siffler des coups avec les clients habitués. et flâne un peu sur sa tournée. Et c'est vrai qu'il y a des jours où vraiment, il n'y a pas énormément de volume, où vraiment, il y a le temps. Mais vraiment, je ne sais pas, en un an, ça a dû arriver trois ou quatre fois, quoi.
- Speaker #0
Oui, donc ce n'est quand même pas une grosse majorité, loin de là, quoi.
- Speaker #1
Non, du tout.
- Speaker #0
Et est-ce que tu dirais que l'école te manque ?
- Speaker #1
Non, du tout. Enfin, je n'arrive pas à faire la démarche de demander ma démission, ma rupture conventionnelle. Je ne sais pas pourquoi encore, mais je n'y arrive pas. Même encore aujourd'hui, quand on me demande ce que je faisais avant, je ne dis pas que j'étais rédactrice WebNCO, je dis que j'étais prof parce que ça fait encore partie de mon identité, d'une certaine façon.
- Speaker #0
Et puis, tu l'as fait plus longtemps aussi.
- Speaker #1
Oui, aussi.
- Speaker #0
Donc, ça prend plus de place sur ta carrière.
- Speaker #1
C'est ça. Donc, ce n'est pas un deuil que je suis prête à faire. Mais pour autant, je ne me vois pas retourner en classe. Les deux années qui ont suivi, là, rien qu'aller chercher mes enfants à l'école et voir, tu sais, les productions d'élèves affichées en couloir parce qu'ils étaient en maternelle, mon cerveau partait en roue libre. Je me dis, oh là là, le petit Matisse, là, il m'a l'air de... Son trait de crayon est très appuyé. Je vais le prendre en remédiation parce qu'il faudrait que je vois comment il tient son crayon. Et vraiment, mon cerveau partait en roue libre. Je me dis, mais arrête, Tavix, ce n'est pas ton élève. Enfin, vraiment. Et du coup, le moindre truc... J'ai essayé de me désensibiliser petit à petit, d'aller les chercher dans le couloir. J'ai passé mon agrément pour accompagner mes enfants à la piscine. Ça aussi, ça a été dur de remonter dans un quart scolaire, de mener un groupe dans l'eau, etc. C'était dur, je les ai accompagnés en sortie. Ça aussi, en fait, c'était plein d'étapes pour moi où je me remettais un petit peu en contact avec le milieu scolaire pour réussir à me réhabituer. Mais ce ne sont toujours pas des moments où je prends plaisir, en fait. J'accompagne mes enfants à la piscine ou en sortie de colère parce que je suis contente de pouvoir leur offrir ça, soit avec leur maman et tout, parce que c'est cool. Tous les enfants aiment ça. Mais en vrai, moi, c'est des journées où ça me stresse et où je suis obligée de sans arrêt arrêter d'être en super vigilance comme s'il était en charge du groupe. Donc non, je pense que je suis encore trop échaudée par le truc et je n'arriverai plus à retourner en classe et à y prendre du plaisir. En tout cas, pas pour l'instant. quoi que ce soit Je ne sais pas si ça reviendra.
- Speaker #0
Et ton dernier ou ta dernière, à quel âge ?
- Speaker #1
Cinq ans.
- Speaker #0
Ah oui, donc tu vois, tu as le temps, d'ici que les 12 ans soient atteints, tu as le temps avant de devoir prendre une décision, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est ce que je me dis. C'est ce que je me dis. Et puis, je ne perds pas espoir. Enfin, je ne sais pas, l'éducation nationale change un peu. Peut-être que si le gouvernement, l'année prochaine, après les élections, fait les choses un peu mieux, peut-être que ça nous donnera envie de retourner en place en ayant la sensation de pouvoir mieux faire, mais je ne sais pas. On verra. Là, j'avoue que je me laisse un peu porter parce que de toute façon, je n'ai jamais eu d'idée de métier clair. Donc là, l'opportunité avec mon conjoint, c'est très bien. Je vais apprendre de nouvelles choses. Je vais continuer d'utiliser tout ce que j'ai engrangé. Et puis, je me dis que ce n'est peut-être pas si grave au final de ne pas avoir un but clair professionnel dans la vie.
- Speaker #0
Non seulement ce n'est pas si grave, mais au-delà de ça, moi, c'est aussi pour ça que je suis super contente de faire ce type d'épisode parce qu'à mon avis, tu es très loin d'être la seule de ne pas avoir d'idée de métier de rêve. Et je pense que c'est même assez fréquent. Et parfois, le métier de rêve, c'était l'enseignement. Et du coup, qu'est-ce qu'on fait après ? Et est-ce qu'il vaut mieux continuer à chercher un métier de rêve ou prendre une opportunité qui est agréable ? Et est-ce qu'on a besoin d'avoir la perfection dans son travail ? Ou est-ce que le travail, ça peut être juste un moyen et la perfection, on peut l'atteindre ailleurs, dans le cadre privé ? Puis il y a des gens qui, je pense, ne cherchent pas le truc parfait, que ce soit dans le travail ou dans le privé, et c'est pas toujours ça, justement, qui rend heureux. Mais de pouvoir montrer qu'on peut se reconvertir de façon presque involontaire dans un premier métier pour rebondir, moi, je sais que c'est un discours que j'ai souvent. En fait, tu peux faire autre chose le temps de te retaper. Rien ne t'empêche après de... refaire autre chose. Surtout, une fois que t'es sortie de l'éducation nationale, ou quand t'as comme toi cette possibilité d'avoir de la dispo de droit, et même après, pour les gens qui ont eu une rupture conventionnelle, ou qui ont démissionné, qui font totalement autre chose, tu peux, après, beaucoup plus facilement changer de métier, postuler ailleurs, adapter tes horaires, demander un temps partiel, faire un cumul d'activité, enfin, tout devient plus simple. Mais oui, tu perds un bout de sécurité, et tu perds un métier que tu as fait pendant longtemps, et ce qui est dommage, c'est qu'on perd aussi le bénéfice du coup. on court, on est radié des cadres, tout ça, tout ça. Donc c'est ça, en fait, qui met beaucoup de poids dans la décision et qui rend les choses très difficiles. Si on pouvait revenir, c'est sûr que ce serait un petit peu moins compliqué de partir. On pourrait aller tester et revenir après. Mais c'est ça qui fait toute la difficulté de la démarche. Après, toi, t'as pas besoin de te presser, là, parce que t'as encore sept ans devant toi, finalement, et en sept ans, il peut s'en passer des choses. Donc j'espère que là, sur le projet avec ton conjoint, ben, tu seras... épanouie, même si ça ne devient jamais un métier passion, mais ce qui est sûr, c'est que tu vas être touche à tout, donc la polyvalence du métier de prof des écoles va t'être fort utile, tes qualités humaines aussi pour le coup. Et puis si ça se trouve, vous allez trouver ça super tout comme vous allez peut-être vous dire en fait, c'est pas top de travailler en couple. En fait, il n'y a qu'en le faisant que vous allez le savoir.
- Speaker #1
C'est ça. Je me dis, je crois que j'ai arrêté de me mettre la pression parce que je me souviens quand je suis arrivée à l'UFM le premier jour, la première heure, le prof qu'on avait On nous a demandé, chacun notre tour, pourquoi on était là. Quasiment tout le monde a répondu, je ne me voyais pas faire autre chose. C'est ma vocation. Depuis que je suis tout petit, je me suis toujours vue dans ce métier-là. Et je me souviens que moi, j'avais dit, je ne sais pas, je pense que ça peut me plaire. Après, je ne pense pas faire ça plus de 15, 20 ans. Enfin, j'aimerais bien tester d'autres choses. Et je me sentais un peu illégitime parce que ce n'était pas forcément très bien vu à l'UFM de ne pas être habitée par la foi enseignante. Il y a vraiment le côté un peu sacerdotal qui est quand même très mis en avant, je trouve. Parce que c'est un métier où tu donnes beaucoup, où tu te dédies et qui fait partie de ton identité au complet. Et du coup, de réussir à se détacher de ça, de se dire en fait, mon emploi ne me définit pas. Et mon emploi peut juste être ce que je fais ou j'alloue mon temps 7 heures par jour, 5 jours par semaine. Et puis, quand je n'y suis plus, je ne le suis juste plus. Et c'est très déroutant. Donc, je suis en train de m'habituer à ça petit à petit. Je pense que factrice, c'était un petit peu doux parce que, mine de rien, être facteur, il y a quand même un petit peu une aura, on ne va pas se mentir. Déjà, tu dis que tu es facteur, les gens savent ce que c'est. Et puis, c'est un métier pour lequel les gens, généralement, ont quand même de l'affection. Donc, tu te... un petit peu reconnu et le fait de dire que t'es factrice bah tout de suite voilà il y a un petit un petit grain de fierté quoi je n'aurais pas forcément en disant bah voilà je suis secrétaire administrative dans la boîte de mon conjoint c'est vrai qu'à priori ça vend moins du rêve mais en soi je crois que maintenant je suis prête à accepter qu'un métier soit juste un métier et que moi si ça me fait kiffer de bosser avec mon conjoint mais que ça soit pas forcément sexy pour mon auditoire je crois que maintenant je suis prête à l'accepter tu vois je vais voir en septembre mais je pense que ça m'a permis de quitter doucement cette idée qu'un métier fait partie pleinement de ton identité.
- Speaker #0
Je trouve que c'est une façon assez saine de voir les choses au final parce que ça permet de se mettre moins de barrières, d'avoir moins peur du regard des autres, même de moins se juger soi-même, parce que parfois c'est son propre regard qui peut être le plus dur aussi. Donc j'espère en tout cas que tu te plairas bien. Sachant que là tu t'apprêtes donc à rechanger de métier, saurais-tu tout de même compléter la phrase « avant j'étais prof, aujourd'hui je suis » ?
- Speaker #1
Oui, parce que j'y ai réfléchi. Alors, je vais te dire, avant j'étais prof, aujourd'hui je suis confiant.
- Speaker #0
Oh bah écoute, j'adore. Ça fait plaisir à entendre et c'est bien ce que je souhaite à toutes les personnes qui nous écoutent. Parce que ce que tu disais tout à l'heure, qu'un moment où t'étais perdue, t'étais tombée sur le podcast et que ça t'avait aidé, bah dis-toi qu'il y a peut-être des gens dans quelques mois ou années qui tomberont sur ton épisode et que ça va les aider à changer de regard ou avoir des idées de métier.
- Speaker #1
de façon de faire j'espère la boucle sera bouclée comme ça c'est ça,
- Speaker #0
c'est ce que je souhaite à tout le monde et puis toi je te souhaite de t'épanouir du coup à la fois personnellement et professionnellement avec ton conjoint dans le travail mais aussi à la maison on va pas bouder le bonheur tu me tiendras au courant si tu le souhaites de comment ça se passe pour la suite parce que ça va être une reconversion et toute une nouvelle façon de fonctionner c'est ça,
- Speaker #1
ouais rires
- Speaker #0
Merci beaucoup pour tout le temps que tu as pris et de m'avoir donné toutes ces précisions parce que c'est vrai que le métier de facteur, c'est un métier qu'on pense connaître et qu'on ne connaît pas vraiment. Et même dans la façon dont tu appréhendes ta reconversion, je pense que ton profil peut aider pas mal de gens. Donc merci pour tout ça. Et puis à bientôt.
- Speaker #1
Oui, merci. Merci à toi pour l'opportunité.
- Speaker #0
Avec grand plaisir. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. Pensez à vous abonner au podcast pour ne pas rater les prochains. Pour m'aider à faire connaître l'émission, vous pouvez la noter et la commenter sur votre application d'écoute. Je vous invite également à la partager avec vos proches, vos collègues et sur vos réseaux sociaux. Retrouvez l'actualité du podcast sur Instagram et Facebook, et si vous avez besoin d'aide dans votre propre reconversion, jetez un oeil à mon site internet avantj'étaisprof.com Vous y trouverez la liste de tous les épisodes du podcast, des articles de blog, des idées de formation et mes propositions d'accompagnement. A bientôt !