- #Sabrina
Bienvenue dans Bag à part. Je suis Sabrina Pagès-Fredge, gémologue et communicante, et je vous emmène avec moi pour découvrir sans chichi le monde de la joaillerie. À travers des interviews de professionnels qui partagent leur expertise et également à travers des récits de fiancés qui ont trouvé bague à leurs doigts et nous partagent leur expérience. Je vous propose donc d'être bien inspiré et mieux informé afin de faire des choix éclairés. Sans plus attendre, entrons ! dans le monde de Bague à part. Bonjour à tous et bienvenue dans Bagapar. J'espère que vous vous portez bien en ce mois de février où l'on célèbre l'amour. Aujourd'hui, on parle de la pierre de fiançailles par excellence, le diamant. Le diamant est éternel, disait De Beers. Éternel et reproduit depuis quelques décennies en laboratoire. Ces diamants-ci sont appelés diamants de synthèse par opposition aux diamants issus des mines qui sont dits « naturels » . Alors, la semaine passée, on s'intéressait déjà à ces diamants par le récit de Manon et César et à l'histoire de leur marque de joaillerie audace. Et pour cet épisode, je vous propose de plonger un peu plus dans ce monde et d'essayer de comprendre les spécificités des diamants de synthèse, qui ne se destinent pas qu'à la joaillerie d'ailleurs, bref, de saisir les facettes de cette industrie et de ses acteurs à travers mon échange avec Véronique de Beaumont. Issue du monde des pierres naturelles, mon invitée a été acheteuse de pierres, pierres de couleur et diamants d'ailleurs, pour les plus grandes maisons-places Vendôme avant de s'enthousiasmer et de sauter le pas pour les diamants de synthèse au point d'en être devenue en quelques années une figure phare en France. Je vous invite donc à découvrir le monde des diamants de synthèse. Véronique de Beaumont, bonjour !
- #Véronique
Bonjour Sabrina.
- #Sabrina
Tu diriges une société de négoce de diamants de synthèse avec ton associé et cette société s'appelle Den Beaumont. Avec toi, on va découvrir le monde des diamants de synthèse. Déjà, pour commencer, est-ce que tu peux nous expliquer les deux procédés actuels pour fabriquer un diamant en laboratoire qu'on appelle donc diamant de synthèse ?
- #Véronique
Alors, le premier procédé qui s'appelle HPHT, haute pression, haute pression. de température, a été inventé à partir des années 1952. Et là, il s'inspire directement des conditions de formation du diamant naturel, c'est-à-dire qu'on reproduit dans des presses au sein de laboratoires les conditions naturelles de pression et de température. Et le deuxième procédé, CVD, Chemical Vapor Deposition, qui est arrivé plus tôt dans les années 70, lui s'inspire en fait des diamants que l'on peut trouver au sein de l'univers, puisqu'on s'est aperçu que toutes les météorites qui arrivaient sur notre planète de terre contenait des nanoparticules de diamants. Donc ça veut dire que les conditions sont réunies dans l'univers pour créer du diamant. Ces deux procédés existent et cohabitent.
- #Sabrina
Est-ce que ça veut dire que les diamants CVD, les diamants HPHT et les diamants issus des mines qui sont dits naturels sont parfaitement identiques ?
- #Véronique
Absolument. Du diamant, c'est du diamant. Donc en fait, le diamant, ce ne sont que des atomes de carbone qui vont cristalliser dans le système tubique et c'est un atome. qui est relié par des liaisons covalentes à quatre autres atomes et cette maille se construit. Donc en fait, il n'y a rien d'autre. Il peut y avoir des impuretés qui vont avoir une influence sur la couleur, mais du diamant, c'est du diamant. Donc on se retrouve en face de trois diamants bruts et après, ils suivent le même chemin pour la taille et la certification.
- #Sabrina
Effectivement, le diamant qui sort de la presse d'un laboratoire comme le diamant qui sort de la terre, c'est ce qu'on appelle un brut, donc il n'est pas encore taillé. à l'inverse de ce qu'on voit habituellement dans les boutiques, où là, on voit effectivement les diamants une fois taillés. Je voulais revenir, est-ce que parmi les deux procédés, donc HPHT ou CVD, il y a une technique qui est aujourd'hui privilégiée pour la joaillerie ?
- #Véronique
Non, les deux sont utilisées. Je te disais, justement, après, c'est juste l'origine de la production qui diffère. Après, effectivement, on va privilégier le CVD aujourd'hui pour son côté vertueux, environnemental. Un diamant CVD est beaucoup, beaucoup. ou beaucoup moins énergivores qu'un diamant produit par la méthode HP-HT.
- #Sabrina
Est-ce qu'aujourd'hui, il y a un pays qui se distingue à la fois par la qualité de ces diamants créés en laboratoire et qui aurait des infrastructures plus vertueuses d'un point de vue écologique ?
- #Véronique
Alors nous, si on part du principe qu'on ne travaille qu'avec des diamants produits selon la méthode CVD, non, je dirais qu'aujourd'hui, ils ont tous énormément progressé depuis les cinq dernières années. Le principe des... HPHT est aujourd'hui essentiellement produit en Chine et en Russie. Pour les autres diamants, ils sont créés au sein de réacteurs CVD. Et là, c'est d'autres pays comme l'Inde, les États-Unis, Israël, Dubaï et d'autres pays, même en Europe, qui, eux, peuvent se tourner plus pour la production de diamants, pas uniquement pour la joaillerie, mais pour les applications deep tech.
- #Sabrina
Comment on peut distinguer un diamant naturel d'un diamant de laboratoire ?
- #Véronique
uniquement en passant par un organisme habilité comme un laboratoire de gémologie qui lui a les outils de caractérisation et qui va pouvoir identifier l'origine du diamant.
- #Sabrina
Ok, donc en fait la seule façon de distinguer a priori un diamant naturel d'un diamant créé en laboratoire, c'est par des machines. Ça n'est pas par l'œil humain et ça n'est même pas avec une loupe, la loupe du gémologue.
- #Véronique
Non, à la loupe... ou x10, même x20, il est impossible, en présence d'un diamant, j'allais dire, très propre, avec une belle pureté, de distinguer si on est en présence d'un diamant naturel ou d'un diamant de servette.
- #Sabrina
Mais du coup, est-ce qu'on va trouver les mêmes inclusions dans les diamants issus de la Terre et dans les diamants qui sont fabriqués par la méthode CVD et ceux fabriqués par la méthode HTHP ? Il faut peut-être préciser en amont ce que sont les inclusions. En fait, ce sont les caractéristiques internes d'une pierre. Donc,
- #Véronique
ce qu'on trouve...
- #Sabrina
à l'intérieur de la pierre, ce qui rend un peu chaque pierre unique aussi. Ce n'est pas du tout propre aux diamants, il y en a dans toutes les pierres. Et dans les diamants, le grade le plus élevé, c'est quand il n'y a pas d'inclusion visible à la loupe x10. Après, au microscope, on pourra toujours trouver des inclusions.
- #Véronique
Les inclusions vont être différentes, puisque dans le milieu naturel, dans le manteau terrestre, il va y avoir d'autres éléments naturels qui peuvent venir s'imbriquer dans... lors de la croissance, et c'est pour ça que dans un diamant naturel, parfois on trouve d'autres minéraux qui vont être pris. Ce ne va pas être le cas dans le diamant créé en laboratoire. Il va y avoir des inclusions métalliques, et ça aussi, ça va être un indicateur pour déceler si on a en présence un diamant naturel. Mais on trouvera beaucoup de graphite, puisque dans le CVD, lorsqu'on voit pousser un diamant CVD, vous voyez le diamant brut et tout autour, il y a une matière noire qu'on appelle du polycrystallin. Et effectivement, il y a des éléments du polycrystallate qui peuvent sauter et se mettre lors de la croissance, et donc venir mettre des points noirs, ce qu'on appelle des inclusions de graphite, à l'intérieur du diamant. Beaucoup de gens pensent que parce que c'est industrialisé, c'est très simple, il suffit d'appuyer sur un bouton. Donc chaque croissance est différente, même si les conditions sont réunies.
- #Sabrina
Donc ça veut dire qu'il n'y a pas deux diamants synthétiques identiques.
- #Véronique
Non, chaque diamant est unique, même lorsqu'il est créé au sein d'un laboratoire.
- #Sabrina
Est-ce que tu peux nous confirmer que les mêmes critères de qualité s'appliquent aux diamants de synthèse comme aux diamants naturels et nous rappeler quels sont ces fameux critères de qualité,
- #Véronique
s'il te plaît ? Alors, seul le diamant est gradé en fonction des 4C. Comme on est en présence d'un diamant, même s'il a été créé en laboratoire, les laboratoires internationaux de gémologie utilisent les mêmes grades, donc 4C, la couleur, color, la pureté, clarity, cut, la taille et cara, le poids. Donc ce sont les 4C. Il faut savoir qu'aujourd'hui, dès que tu achètes une bague avec un diamant de plus de 0,30, normalement, tu as systématiquement un certificat qui l'accompagne d'un laboratoire privé indépendant, international, dont on parlait tout à l'heure. Et là, sur ton certificat, première chose qu'il y a écrit, on te dit si c'est un diamant naturel ou un diamant de laboratoire. Donc, face à ça, après, tu as les 4 C. Tu regardes les commentaires aussi, ça, c'est très important. Pour les paires de couleurs, tu as l'origine, ce qui n'est pas le cas dans le diamant, puisqu'on ne peut pas différencier un diamant s'il est extrait. au Canada, en Russie, en Afrique. Un diamant est un diamant. Mais les commentaires sont importants. Et donc, pour le diamant de laboratoire, dans les commentaires, on te dira si c'est un diamant CVD ou un diamant HPHT.
- #Sabrina
On va parler des coûts maintenant d'un diamant de synthèse. Si on prend deux diamants, un naturel et un créé en laboratoire, de qualité comparable, et d'un carat. Tous les deux d'un carat. Ça sera quoi le prix pour le client final ?
- #Véronique
Moi, je ne vais pas te communiquer les prix en B2B, mais dans le retail, généralement, les prix sont de l'ordre de 50% à 30% moins cher. En fait, comme le diamant de laboratoire coûte moins cher, ce qui est intéressant, en tout cas aujourd'hui, c'est d'acheter des grosseurs, c'est-à-dire d'acheter des pierres à partir de 2 carats, 2, 3, 4, 5 carats. C'est-à-dire qu'il y a 10 ans, un diamant de laboratoire était au même prix qu'un diamant naturel, puisqu'il y avait… peu de sites de production, que ce n'était pas très bien maîtrisé, qu'on n'arrivait pas à faire de jolies pierres au-dessus d'un carat. Maintenant que, comme la recherche a énormément avancé, qu'ils se sont industrialisés, les diamants, effectivement, aujourd'hui, sont parfaitement maîtrisés, donc les coûts ont baissé. On ne pourra pas aller plus bas.
- #Sabrina
Mais là, tu parles des coûts pour les professionnels, mais pour le client final ?
- #Véronique
Justement, parce que comme le client, il y a une concurrence, même chez les bijoutiers, joailliers, les sites en ligne. Il y aura des écarts vraiment très importants sur des sites en ligne. Vous aurez les couleurs, les poids identiques, les couleurs identiques et les puretés identiques. Sauf qu'en fonction de la provenance, donc la zone de production du diamant, si votre diamant est HPHT, très énergivore, ou CVD, beaucoup moins. Et d'ailleurs, après, il y a aussi tous les traitements qui sont utilisés pour améliorer la couleur. Donc, c'est pour ça qu'il y a un prix pour tout.
- #Sabrina
Comment c'est fixé ce prix du coup ?
- #Véronique
C'est en fonction du producteur. Alors effectivement, les prix, comme on n'a pas de référence, comme dans le diamant intérêt, les prix varient énormément d'un producteur à l'autre. En fonction de la zone géographique, le coût de la main-d'œuvre n'est pas la même en Inde qu'aux États-Unis. Donc, bien évidemment, tu as des coûts alors que tu es en présence d'un diamant de la même couleur et de la même pureté. C'est compliqué après d'expliquer à un client que... pour une même pierre, on peut avoir deux, trois prix différents. Et donc, c'est là où je pense que l'origine et la traçabilité auront son importance puisque tu auras peut-être des clients finaux qui diront, moi, je veux un diamant indien ou un diamant créé aux Etats-Unis ou en Europe. Je pense que là, effectivement, ça a tout son intérêt.
- #Sabrina
Je voulais maintenant parler de créativité. On entend parfois que les diamants de synthèse permettent davantage de créativité dans les formes proposées. Est-ce que c'est vrai ? Est-ce qu'il y a des formes inhabituelles, voire innovantes, qu'on peut se permettre avec les diamants de synthèse et qu'on peut moins se permettre avec les diamants naturels ?
- #Véronique
Il y a plein de questions dans ta question. La première, effectivement, il faut savoir que lorsqu'on part d'un diamant naturel, on va toujours essayer de maximiser le poids, parce que le diamant naturel coûte cher. On va obtenir la forme, en tout cas, qui pèsera le plus. Donc, lorsqu'on est en présence d'un diamant naturel de taille poire ou de taille ovale, ce n'est pas le tailleur, le diamantaire qui a décidé de tailler une poire ou un ovale, c'est la matière, le brut, qui induit pour maximiser le poids de tailler une poire ou un ovale. Dans le diamant créé en laboratoire, tout est permis. Vous arrêtez votre réacteur au moment souhaité. Et donc là, à partir de là, vous pouvez faire ce qu'on appelle des diamants. des rose-cut, des tables, qui vont vous permettre de tailler toutes les formes que vous souhaitez. À savoir qu'aujourd'hui, en termes de taillerie, il y a eu énormément de regrets. On parle de la taille laser. Aujourd'hui, vous pouvez tout imaginer. Vous pouvez tailler des portraits, des continents. Tout peut être fait à partir du diamant de synthèse.
- #Sabrina
D'accord. Le diamant de synthèse permet une plus grande créativité.
- #Véronique
Je pense que ça va être la révolution. Là, pour le moment, on est en train d'apploiser la matière, de la faire connaître vers le client final. Mais après, j'allais dire, les maisons les plus audacieuses, elles vont effectivement proposer des tailles qui, aujourd'hui, n'existaient pas, parce qu'il y avait toujours une recherche de gains derrière, alors que là, on va être dans une recherche créative de design, en tout cas avec des nouvelles propositions.
- #Sabrina
Super intéressant. Et justement, tu parlais des maisons, donc là, c'est les mazourgeries, mais il y a de plus en plus de maisons de mode qui se lancent aussi dans la joaillerie. Est-ce que tu penses que la tendance des diamants de synthèse pourrait venir par le biais des maisons de mode ?
- #Véronique
Je pense qu'on va avoir de plus en plus des formes grandes et importantes. Et alors, se tourner vers des marques plus créateurs et moins joailleries, ils vont tous y aller parce que là, ça sera pour des raisons économiques, de coûts, et donc permettre de faire rentrer le diamant dans leur collection. Les grandes maisons, ça sera, je pense, un petit peu après. Enfin, certaines vont y aller, mais les grandes maisons, je pense comme Harry Winston, Van Cleef, Graff, n'iront jamais. Et ça n'aurait pas de sens d'y aller. Parce qu'aujourd'hui, ils ont créé, j'allais dire, leur image sur les très belles, enfin, les plus belles pépites sorties de la nature. Donc, ça serait effectivement changer d'histoire.
- #Sabrina
Pour revenir à cette question de prix, vu que tu nous as expliqué que finalement, c'est un diamant dont on maîtrise... de A à Z de la croissance. Est-ce qu'on peut parler de rareté par rapport à une production qui est justement maîtrisée, sachant que la rareté, c'est ce qui fait aussi le prix d'un diamant minier ?
- #Véronique
Alors, le diamant n'est pas rare. Aujourd'hui, sur Terre, il y a beaucoup plus de diamants naturels que des diamants créés en laboratoire. Alors, peut-être que dans 10 ans, je te dirais le contraire. Mais aujourd'hui, en fait, la notion de rareté, elle est... pour les diamants exceptionnels, de couleurs exceptionnelles, de pureté exceptionnelle pour le diamant naturel. C'est vrai que dans la croissance au sein du laboratoire, il n'y a aucune raison de produire des diamants bruns, grisâtres, qui ne seraient pas destinés à la joaillerie, mais qui seraient destinés justement... pour l'industrie lourde. Donc nous, on va se tourner uniquement vers la jolie production. Alors que l'extraction minière, en fait, va extraire 100%. 85% seront destinés à l'industrie lourde et 15% pour la joaillerie. Donc on est obligé quand même d'extraire énormément de quantités de diamants. C'est pour ça qu'il n'est pas rare. Mais des diamants très beaux, il n'y en a pas beaucoup.
- #Sabrina
En naturel.
- #Véronique
En naturel.
- #Sabrina
Pour dérouler cette question jusqu'au bout, on peut considérer les diamants de synthèse comme des diamants... d'investissement. Est-ce qu'il y a un marché de la revente qui existe ou qui serait amené à exister d'après toi ? Ou justement, ça ne sera pas le cas parce que ces diamants à la revente n'auront pas pris de valeur ?
- #Véronique
Alors, moi, on me pose souvent la question. Je considère qu'un diamant naturel, ce n'est pas un bon investissement. Si on achète un diamant en dessous de 4-5 carats et qu'il ne serait pas de couleur D, des puretés VVS ou IF, et pour un diamant de laboratoire, de 4-5 carats, Là, pour le coup, ce n'est pas deux fois moins cher, mais c'est encore beaucoup moins cher. Donc non, ce n'est pas un investissement, c'est un instant T, un achat plaisir. On se fait plaisir, on peut porter son bijou de façon décomplexée. Et à la revente, aujourd'hui, il n'y a pas de marché. Par contre, je pense que des maisons plus de design qui se tourneraient vers le diamant de laboratoire, là, ça aura du sens parce qu'on achètera une marque, une signature de maison. Tout comme on achète des bijoux signés dans des ventes aux enchères, on achète la signature du designer ou de la maison. Et donc, je pense que pour le diamant de laboratoire, c'est l'aide de noblesse, effectivement, qu'on aura des carats très importants. On achètera aussi surtout un design et une griffe d'une maison. Et donc là, effectivement, les prix pourront monter dans quelques années.
- #Sabrina
À part l'argument du coup, quels autres types d'arguments il y a ? Est-ce qu'ils sont recevables pour toi, ces arguments ?
- #Véronique
Alors oui, c'est aussi pour ça que je m'y suis tournée. la traçabilité. Là, pour le coup, le producteur, nous, on ne travaille qu'avec trois producteurs, soit il a sa propre taillerie, soit il l'envoie dans une taillerie, il récupère toutes ses pierres taillées et lui-même les vend.
- #Sabrina
Est-ce que tu vois d'autres arguments qui, toi et ton associé, vous ont fait pencher vers les diamants de synthèse ?
- #Véronique
Nous, le bilan carbone. C'était vraiment ça. Une fois qu'on a vu... Alors, moi, j'ai travaillé avec le producteur français. Donc, nous... On bénéficie de l'énergie décarbonée de la France, donc le nucléaire, et donc notre empreinte carbone. Avant, toute compensation était excellente. Et après, les autres entités qui ont été labellisées, c'est parce qu'effectivement, ils sont soit adossés à une centrale hydraulique, soit ils ont mis des panneaux solaires. Le CVD, aujourd'hui même en Inde, toutes les exploitations productrices ont créé autour, justement, plein de champs de panneaux solaires. Il y a des éoliennes. Il y a énormément de moyens aujourd'hui pour en tout cas faire de la... compensation carbone sachant qu'aujourd'hui il ya vraiment deux entités le monde des diamants naturels et le monde des diamants de laboratoire justement est ce qu'il existe une norme commune aux diamants de synthèse et aux diamants naturels à laquelle le consommateur puisse se référer aujourd'hui a pas vraiment de normes génériques à un label qui existe s'appelle le ss 007 qui certifie en fait aussi bien des producteurs que des rites retailers ou des marques de joaillerie qui travaillent avec le diamant naturel et le diamant de synthèse.
- #Sabrina
Et il y a combien de producteurs de diamants de synthèse qui ont été labellisés ?
- #Véronique
Il n'y a que 6 producteurs de diamants de synthèse qui ont été labellisés à CES. C'est un audit qui est très long, qui peut durer 8 mois jusqu'à un an. On va vraiment étudier toutes les énergies utilisées pour la production du diamant.
- #Sabrina
Et au niveau mondial, on estime à combien le nombre de producteurs de diamants de synthèse, quelles que soient les techniques ?
- #Véronique
Aujourd'hui, c'est assez confus. parce qu'il y a quand même beaucoup de micro-laboratoires qui produisent, mais pour les applications deep tech. Et donc, pourquoi le diamant est de plus en plus produit ? Il est utilisé et produit en laboratoire parce qu'en fait, le diamant produit en laboratoire est beaucoup plus propre. Ses propriétés sont maximales par rapport au diamant naturel qui aura eu des défauts de croissance dans le manteau terrestre. Donc, on produit du diamant pour les applications telles que le spatial, le médical. médicales, l'informatique, l'informatique quantique. Et donc, on va produire de plus en plus de diamants. Tout ça, c'est pour l'industrie. Et il y a une petite partie pour la joaillerie.
- #Sabrina
D'accord. Donc, à chacun, finalement, sa voie de sortie.
- #Véronique
Exactement. Tout est bon dans le diamant. On trouve toujours une option pour l'utiliser. Après, il y a un prix pour tout. Un diamant industriel pour l'industrie lourde n'est pas du tout le même prix que pour l'industrie de pointe, de niche et puis pour la joaillerie.
- #Sabrina
Et par rapport aux diamants de couleur ? Ça en est où le procédé des diamants de synthèse ?
- #Véronique
Alors, moi, ce que j'observe en tout cas, c'est qu'aujourd'hui, on n'est pas encore très très bon. dans le diamant de synthèse au niveau des couleurs. Moi, je trouve que les plus belles propositions que j'ai vues, c'était des diamants qui avaient été créés dans les presses HPHT, donc plus énergivores, mais c'était ceux, en fait, comme ils sont produits selon le procédé naturel, dans les mêmes conditions, les couleurs sont plus proches des diamants de couleur naturelle. Parce qu'aujourd'hui, les propositions sont plutôt assez électriques. On a des propositions de bleu, de rose, de jaune-oranger, mais c'est des... couleurs très franches, qui ont beaucoup moins de charme que le diamant naturel de couleur.
- #Sabrina
Et donc là, tu parles de la technique CVD en particulier, qui produit des couleurs un peu agressives.
- #Véronique
Un peu agressives, et donc aujourd'hui, l'enjeu de tous ces producteurs, c'est de travailler donc, j'allais dire, maintenant qu'ils maîtrisent parfaitement la croissance blanche, ils travaillent, toutes leurs équipes, sur justement trouver des jolies couleurs, et ça c'est très compliqué, c'est des années de recherche, mais aujourd'hui trouver une pierre de plus de 2 carats, très belle couleur jaune, extrêmement rares. Des bleus, des roses, il y en a, mais ce ne sont pas pour moi des pierres de charme. Parce que j'ai quand même travaillé 20 ans dans le diamant naturel, donc j'ai un œil averti.
- #Sabrina
Puisque tu l'abordes, à quel moment tu as rencontré le diamant de synthèse et surtout, à quel moment tu t'es dit c'est le futur ?
- #Véronique
Alors, le diamant de synthèse, on en a entendu parler. Moi, j'étais étudiante en Institut National de Gémologie, donc bien évidemment, il y avait un brief, enfin c'était deux slides sur le diamant HPHT et le diamant CBD. C'était tout et on me disait allez, il y a 30 ans. Ne vous inquiétez pas, ça sera dédié à l'industrie et pour le moment on ne produit que des petites brutes brunâtres, jaunâtres, dégueulasses. C'était une connaissance mais ça n'est pas venu nous polluer. Moi j'ai vu mes premiers diamants de laboratoire CVDH acheté en 2005. J'étais acheteur diamant chez Van Cleef & Arpels et donc nous c'était vraiment pour nous alerter pour qu'on commence à mettre des process avec nos fournisseurs. Mais moi j'ai plutôt vu beaucoup d'espoir en fait d'anciennement. j'étais incapable de différencier qui était qui voilà, l'avenir est dans ces petites boîtes, parce que je te dis l'émotion était là, une fois qu'on a compris qu'on est en présence d'un diamant et pas d'une imitation naturelle ou de synthèse on se dit voilà l'avancée, il y a un boulevard devant nous et c'est pour ça que moi en 2020 j'ai rejoint un producteur pendant deux ans pour vraiment comprendre la cristallisation et la croissance et maintenant je me suis tournée vers le négoce.
- #Sabrina
Est-ce que tu vois autre chose à ajouter pour le consommateur ?
- #Véronique
Moi, je l'inviterais en tout cas à faire une comparaison. Être curieux, c'est toujours bien. Ça vous permet d'avancer et d'acheter en pleine conscience.
- #Sabrina
Très bien. Ça sera loin de la fin. Merci beaucoup. À bientôt, Véronique. Voilà, cet épisode est maintenant terminé. Je vous remercie de l'avoir écouté. Et surtout, j'espère que vous en sortirez enrichi de nouvelles connaissances grâce à la pédagogie et à l'énergie de Véronique. On se retrouve le mois prochain avec une thématique différente. le 14 mars de mémoire, donc rendez-vous à la mi-mars. Pour ma part, je vous souhaite d'être en forme, de continuer à être curieux et je vous laisse avec une chanson, qu'il soit naturelle ou synthétique, les diamants, pour se former, ont besoin de pression. Voici donc le bien nommé Pressure Makes Diamond. À bientôt !