- Speaker #0
Eh bien, bonjour à tous, bonjour à nos auditeurs, les dodos du coup, merci d'être là, merci d'être fidèles. Et bienvenue dans ce nouvel épisode du bala dodo de l'exitoire. Aujourd'hui, on va vous parler d'un sujet qui nous tient à cœur, qui est assez d'actualité on va dire. Et le sujet du jour c'est la nostalgie. Tintin tin Vous écoutez Le balado De l'exutoire Donc aujourd'hui on va parler de la nostalgie Pas forcément celle de grands souvenirs Des vieilles photos de famille Ou des chansons qu'on écoute pour se remploger dans le passé, mais plutôt de cette nostalgie qui arrive sans prévenir. Il y a des périodes de notre vie qu'on passe des mois à vouloir quitter. Une année d'études qu'on trouve interminable, une ville dont on commence à avoir fait le tour, un quotidien qu'on est impatient de laisser derrière nous. Sur le moment, on attend surtout la suite. Puis, quelques années passent, et on retombe sur une photo, une musique ou une odeur, qui nous rappelle un moment, un endroit, qu'on n'avait pas revu depuis longtemps. Et sans vraiment savoir pourquoi, cette période qu'on était pourtant content de quitter, commence à nous manquer.
- Speaker #1
Alors que si je te propose de retourner dans cette période, malgré tous les bons moments qui te rappellent...
- Speaker #0
Je ne retourne pas.
- Speaker #1
Ouais, voilà.
- Speaker #0
Jamais. Et c'est là qu'on commence à se poser des questions un peu étranges. Pourquoi est-ce qu'on regrette une période qu'on n'a pas envie de revivre ? Pourquoi est-ce qu'une simple odeur peut nous ramener genre dix ans en arrière ? Et est-ce qu'on peut vraiment être nostalgique d'un moment qu'on est encore en train de vivre ?
- Speaker #1
En fait, ça peut être des questions qui arrivent un petit peu dans des moments où on ne réfléchit pas beaucoup, sous la douche, dans le bus ou même avant de dormir. Alors ces fameuses questions, c'est un peu les pensées sous la douche, qu'on appelle aussi les « shower thoughts » .
- Speaker #0
Qui a un accent anglais impeccable.
- Speaker #1
Eh ça va, je fais ce que je veux. En fait, ça va être des questions qui paraissent assez simples au départ, parfois un peu absurdes, mais qui deviennent vite beaucoup plus intéressantes dès qu'on va essayer de la creuser un petit peu. Vous donner quelques exemples, ça peut être par exemple, pourquoi est-ce qu'on regarde frénétiquement notre téléphone dès qu'on attend dans un endroit public ? On va toujours vouloir le sortir dès qu'on est seul dans un endroit public et qu'on attend quelqu'un. Ça peut être pourquoi est-ce qu'on passe 10 minutes à comparer des pâtes pour économiser 20 centimes et le lendemain, on va se faire une commande du beurre, alors qu'on aurait pu se faire à manger nous-mêmes et passer un aussi bon moment. Et pourquoi est-ce qu'on dit « à tes souhaits » seulement quand on est ternu, mais pas quand quelqu'un tousse ? Est-ce qu'il y a une règle pour ça ? Je ne sais pas. C'est une très bonne question. On ne va pas y répondre. Comment ?
- Speaker #0
On ne va pas y répondre.
- Speaker #1
On ne va pas y répondre.
- Speaker #0
C'est ça qui est fou.
- Speaker #1
Parce qu'en fait, dans cet épisode, on va essayer de faire ça, mais sur le thème de la nostalgie. Parce qu'il y a beaucoup trop de questions, sinon. Et donc, ça peut être, pourquoi est-ce qu'il y a une musique qui peut nous faire revenir à une ancienne période ? Et pourquoi, en fait, des journées très simples, assez banales, des fois, ça devient vraiment un souvenir un peu inoubliable, juste parce que c'était banal, justement.
- Speaker #0
Je sais pas si on a dit, mais aujourd'hui c'est Alan et moi, Clémence, qui faisons le podcast. Et dis-moi Alan, est-ce que tu sais, toi qui as fait du latin pendant longtemps, d'où vient le mot nostalgie ?
- Speaker #1
J'ai fait beaucoup trop d'années de latin et j'en sais strictement rien, parce que pour moi c'est plus du grec.
- Speaker #0
Ah, mais c'est tout faux, c'est pas ça. Mais c'est pas grave, ça a des axes d'amélioration, c'est ça qui est bien. Ah bon, c'est grec ? Le mot vient de deux racines grecques, effectivement. Nostos qui veut dire le retour chez soi et algos, je ne sais pas si on prononce comme ça, mais algo ou algos, la douleur. Donc à l'époque, la nostalgie, elle était considérée comme une véritable maladie. On lui associait des insomnies, une perte d'appétit, de l'anxiété, parfois même des palpitations.
- Speaker #1
Et du coup, ce qui est marrant, c'est qu'en trois siècles, le mot a quand même vachement évolué. On est quand même passé d'une pathologie médicale à... plutôt à un sentiment d'attachement du passé.
- Speaker #0
En fait, ça remonte, je crois, en 1688. Je crois que j'ai la date précise sous les yeux. C'est très précis. C'est un étudiant en médecine à Mulhouse qui utilise le terme nostalgie pour décrire un mal du pays. Un mal du pays violent qui est observé notamment chez des mercenaires suisses qui ont été éloignés chez eux. Donc, de base, c'est une pathologie, donc vraiment une maladie. Aujourd'hui, c'est plus, comme tu l'as dit, un sentiment d'attachement au passé. Et surtout, la compréhension du phénomène de la nostalgie a un peu changé. Aujourd'hui, la nostalgie intéresse plutôt les chercheurs parce qu'elle touche la mémoire, les émotions, notre identité et même un peu notre rapport aux autres. Alors on va commencer très simplement par cette question, comment une période qu'on trouvait pénible peut-elle finir par nous manquer ? Est-ce que toi Alan, tu as raison, tu as une période dans ta vie qui, sur le moment, que tu trouvais pénible, mais que tu as quand même un peu de nostalgie par rapport à cette période ?
- Speaker #1
Ouais, je pense comme tout ingénieur, on est tous passés pour beaucoup par la prépa. c'est très français la prépa c'est un peu le cégep mais version hardcore en France ils adorent vraiment faire quelque chose comme ça et donc c'est un peu la voie royale vraiment quand tu t'en sors à peu près bien à l'école et que tu veux finir dans une école d'ingénieur tu passes par là et non c'est une période où tu travailles tous les jours tu te lèves à 6h30 7h et tu finis ta journée à 23h minuit Tu n'as fait que travailler de la journée. Les week-ends, tu travailles, tu ne sors pas. Tes vacances, allez, tu prends peut-être quelques jours de repos, mais 80% du temps, tu travailles. C'est que ça. Et aujourd'hui, en fait, j'ai fait tellement de belles relations, de belles découvertes là-bas avec des personnes que j'y retournerai pas, pour rien au monde. Mais par contre, revoir chacune de ces personnes... à chaque fois c'est un bonheur et ça me rappelle tous ces souvenirs toutes ces cols de maths qui m'ont juste fait kiffer en fait la difficulté elle est pénible sur le moment mais un peu avec le recul tu te dis putain ça m'a quand même apporté vachement que ce soit,
- Speaker #0
en fait dans la difficulté c'est ce que tu dis, on tisse des liens de fou parce qu'on est tous dans la merde donc on se soutient il y a beaucoup d'entraide contrairement à ce qu'on pourrait penser parce que c'est un peu un milieu compétitif mais Sur le moment, tu passes par un bon moment.
- Speaker #1
C'est de la torture sur le coup.
- Speaker #0
En plus, c'est deux ans, donc c'est interminable.
- Speaker #1
Tu passes tous tes samedis à faire des devoirs surveillés.
- Speaker #0
C'est no fun, mais c'est vrai qu'avec le recul, il y en a beaucoup qui ont kiffé cette période. Du coup, avec le recul, on embellit quand même vachement. En fait, on oublie peut-être la douleur. On oublie peut-être le fait qu'on était parfois... Je ne sais pas, cette colle qui nous a fait pleurer.
- Speaker #1
Ça, on va un peu l'effacer.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Le cerveau nous protège. De faux. Et même, tu sais, des fois, ton cerveau, il ne peut plus encaisser d'informations. Tellement il était saturé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
En fait, tu avais une fatigue psychologique, mais pas physique, parce que tu n'avais pas trop le temps de faire du sport ou quoi.
- Speaker #1
Du coup, c'est un peu la beauté de la prépa, de surcharger à ce point le cerveau pour en ressortir le meilleur un peu et le pousser à évoluer. Et donc, au final, les seules choses un peu que tu retiens, c'est justement cette surperformance et les relations un peu que tu as pu créer, qui, elles, restent encore après la prépa, alors que tout ce que tu as fait niveau col, niveau devoir surveiller, tout ça, honnêtement, tu le vis mal sur le coup, mais quelques jours après, tu l'as déjà oublié parce que tout va si vite. que finalement, ce que tu te souviens, c'est vraiment ce qui a duré sur le long.
- Speaker #0
Mais c'est ça qu'ils disent, les chercheurs, ils disent qu'en fait, la mémoire, elle ne supprime pas nécessairement les mauvais moments. Donc, la prépa, on a quand même ce souvenir que c'était dur, éprouvant, que parfois on en avait ras-le-bol, mais avec le temps, elle peut simplement réduire leur poids émotionnel. C'est-à-dire qu'on ne va pas se remettre dans cet état-là, on ne va pas se souvenir.
- Speaker #1
On ne va pas l'oublier. Mais pour autant, il ne va pas nous marquer. Ce n'est pas lui qui va revenir.
- Speaker #0
On ne se souvient plus de l'état vraiment dans lequel on était. On minimise peut-être l'impact que ça a eu sur le moment. Après, il y a tout le côté où, comme c'était challengeant, il y a quand même un positif qui en découle. Mais sur le moment, on ne voit pas. On a la tête dans le guidon et on se dit...
- Speaker #1
Au final, c'est quand même quelque chose qu'on recommande après. aux gens qui nous demandent s'il faut faire une prépa. La réponse directe, c'est oui, oui, oui, fonce, va faire une prépa. Est-ce que toi, tu as une période autre que la prépa qui t'a un peu marquée là-dessus ?
- Speaker #0
Pas vraiment, non. Prépa, c'est ce qui me vient en premier. Et sinon, après des moments douloureux, oui. Par exemple, je pense à un deuil ou quelque chose comme ça, qui est différent pour le coup. Parce qu'il y a un sacré poids émotionnel que tu oublies. Ouais, je pense que c'est allégé quand même. Et puis, tu sais, le temps, on dit souvent que le temps fait bien les choses. Il n'y a que le temps pour vraiment guérir d'un deuil, par exemple. Et donc, justement, il y a le côté avec le temps, peut-être la mémoire, peut-être le cerveau s'habitue, il y a moins de tristesse. Du coup, tu as moins ce poids émotionnel. Je ne sais pas quand il repense.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
complètement.
- Speaker #1
Je sais aussi qu'il y a quelque chose qui m'étonne un peu, c'est qu'aujourd'hui, j'ai peut-être la prépa et l'école d'ingénieur qui me reviennent un peu en tête, comme des souvenirs nostalgiques. Et le lycée, que pourtant j'ai adoré, vraiment, j'ai passé des moments merveilleux, c'est moins nostalgique. En fait, j'ai l'impression de l'expliquer un petit peu parce qu'il y a quand même beaucoup de relations. d'amis que j'ai eu là-bas, avec qui aujourd'hui, je ne parle plus tant que ça, nos parcours ont beaucoup évolué, changé, ça a divergé. Et donc, en fait, c'est encore difficile de s'y rattacher aujourd'hui. Je vais avoir quelques petits exemples qui me viennent en tête, quelques amis, même mes meilleurs amis encore aujourd'hui, qui viennent du lycée. Mais pourtant, ça reste assez limité par rapport à tout le contexte de ma vie aujourd'hui que j'ai développée. Donc, je m'y rattache moins et j'ai l'impression d'avoir moins de nostalgie par rapport à ça.
- Speaker #0
Par rapport au fait que tu n'as plus trop de souvenirs ?
- Speaker #1
J'ai les souvenirs quand je les creuse, mais pour autant, je vais être plus nostalgique de la prépa ou de l'école d'ingénieur.
- Speaker #0
Parce que c'était plus intense. C'était deux intensités différentes. Alors là, rien à voir. Vraiment opposées même, on peut dire. Mais peut-être que c'est dans l'intensité qu'on est vraiment nostalgique. Enfin, dont on est vraiment nostalgique. Oui,
- Speaker #1
c'est sûr. Après, je pense que tu as aussi beaucoup de découvertes de première fois au lycée qui font que c'est un peu unique. Ça va être la première fois que tu peux avoir une copine, la première fois que tu peux découvrir l'alcool, la première fois que tu vas faire une soirée, la première fois que tu passes un vrai examen. Le brevet, c'est sympa, mais ce n'est pas aussi stressant.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Il y a moins d'enjeux, en tout cas.
- Speaker #1
Après, on a eu le Covid. Moi, je n'ai pas passé le bac.
- Speaker #0
Moi non plus. Le contrôle continue, merci.
- Speaker #1
Mais voilà, plein de choses comme ça. Et pour autant, même, je me rappelle du Covid, c'est pas non plus une grosse nostalgie ou des choses comme ça. Pourtant, c'est une belle période, je trouve. Enfin, triste, mais on retient que le beau, entre guillemets, où on était un peu chez nous, à se rapprocher de notre famille et tout ça. Et ouais, c'est un peu étonnant.
- Speaker #0
Et est-ce qu'il y a des facteurs qui te font replonger dans le passé ? Parce que tout ne se passe pas vraiment... dans le cerveau. On parlait de ces souvenirs qui reviennent de manière un peu intempestive, de manière impromptue, aléatoire. Parce que, par exemple, tu vas passer devant une boutique où il y a une certaine odeur et tu vas voir un objet ou tu vas entendre une chanson qui va te replonger dans le passé. Est-ce qu'il y a un peu de ça chez toi ?
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Je pense que tout le monde a à peu près ça.
- Speaker #0
Oui, c'est sûr même.
- Speaker #1
Une musique, j'ai. Une odeur, pas tant que ça.
- Speaker #0
L'odeur, c'est très puissant, pourtant. Oui,
- Speaker #1
mais pourtant, j'ai l'impression que je suis nul.
- Speaker #0
Un parfum, par exemple, qui te rappelle quelqu'un.
- Speaker #1
Pas tant que ça. Ça ne va pas marquer.
- Speaker #0
Ou de la nourriture. Tu as une nourriture d'enfance.
- Speaker #1
Je pense que j'ai un sens qui est moins développé que les autres. C'est l'odeur. Vraiment, sincèrement.
- Speaker #0
On est toujours enrhumés en même temps.
- Speaker #1
Ce n'est pas de ma faute. Non, non. Une musique, ça serait les musiques de Thérapie Taxi, qui me rappellent vraiment à fond mon lycée. Parce que c'est là où j'ai découvert, entre guillemets, vraiment la musique. Je sais que je ne le découvrais pas trop avec mes parents. Et donc au lycée, j'ai commencé à écouter vraiment. On devait même aller voir Thérapie Taxi en concert et on ne l'a pas fait. Terrible. On avait nos places et tout, mais ça a été annulé. Oh merde. Et un objet... En fait, l'objet qui me revient en tête, c'est un ami, Coco, Corentin. On l'embrasse. Ouais, qu'on l'embrasse déjà. On avait fait un Koh-Lanta avec des amis. On avait mélangé des amis de lycée et de prépa. Et Corentin avait préparé un trophée qu'il avait fait lui-même en bois, qu'il avait taillé pour Koh-Lanta. Parce que c'est un trophée en bois qu'on remet à la fin. Et donc, ce Koh-Lanta, je l'ai gagné. un peu par fraude je méritais pas t'es pas obligé de le dire j'ai gagné quand même et donc j'ai toujours ce trophée chez moi et ça me marque à chaque fois que je le revois je repense un peu à cette période, à cet endroit précis et à tous ces liens un petit peu parce que c'était aussi de nouvelles amitiés qui sont nées c'est marrant parce que moi c'est pas tant les objets c'est plus en fait toi c'est plus la vue
- Speaker #0
La vision.
- Speaker #1
Toi, ça va être l'odeur ? Moi,
- Speaker #0
ça va être, je pense, l'odeur en top 1. Surtout, moi, ce qui me marque, c'est les parfums. Ça va me rappeler quelqu'un. Par exemple, un parfum un peu boisé, ça va me rappeler mon papy. je ne sais pas d'autres exemples la pivoine ça me rappelle ma maman par exemple plutôt ma mamie, bon bref c'est pas intéressant bref il y a des odeurs comme ça alors l'odeur de la nourriture aussi je n'ai pas d'exemple précis mais ça m'arrive souvent les muffins du métro et ça ça va être une grosse nostalgie ça va me manquer sérieusement ? ou alors même les odeurs corporelles non ça c'est bizarre tu t'en rappelles j'oublie
- Speaker #1
C'est pas obligé de tout dire, mais on comprend.
- Speaker #0
Et, non, mais odeur corporelle, c'est difficile parce que chaque odeur est unique et genre ça va pas te rappeler un souvenir, t'es avec la personne. T'as pas l'anusagie de quelque chose qui est là, présent, tu vois. Oui,
- Speaker #1
mais c'est peut-être des moments, une émotion. Peut-être, oui.
- Speaker #0
Peut-être plus replongée dans un moment, oui. Mais, donc ça marche moins sur l'odeur corporelle, mais, ou une musique. Je sais que dans ma playlist, Il y a des musiques qui correspondent à des phases de ta vie, à des moments.
- Speaker #1
À des chapitres.
- Speaker #0
À des chapitres, justement. Et c'est plus Louis et l'odorat que vraiment...
- Speaker #1
Un exemple de musique qui te replonge un peu.
- Speaker #0
Jul.
- Speaker #1
Waouh ! Jul, pour moi,
- Speaker #0
tu vois, c'est le sud. C'est à l'aise. Ça, c'était ma période où j'écoutais... Ah ouais,
- Speaker #1
mais non, mais pour autant. C'est pas parce qu'on était à l'aise qu'on écoutait Jul.
- Speaker #0
Non, mais...
- Speaker #1
J'aimais pas et encore aujourd'hui... Moi, j'ai écouté Jul. Tu fais ce que tu veux.
- Speaker #0
J'ai écouté Jul, je pense, début d'école d'ingé. Est-ce que c'est pour te mettre dans le bain ? Un peu. Pour moi, Jul, c'est le sud et c'est la fête. C'est la légèreté. C'est l'école d'ingé.
- Speaker #1
C'est beau. Et qu'est-ce qui te rappelle ton chez-toi ? Est-ce que t'as quelque chose genre ça va...
- Speaker #0
Mon chat. Ça marche pas.
- Speaker #1
L'odeur de ton chat. L'odeur des croquettes.
- Speaker #0
L'odeur des croquettes ? L'odeur de chez moi... Ça, pour le coup, ça fait plus des bruits. Par exemple, j'habite à la campagne. Mes parents ont un grand jardin. Il y a beaucoup d'oiseaux. Je sais que je suis chez moi quand j'entends les petits oiseaux le matin.
- Speaker #1
Ok, c'est beau.
- Speaker #0
C'est pas un truc que j'entends trop à Montréal, par exemple. Ni à Alès, d'ailleurs. Enfin, les villes, en fait. On n'entend pas trop d'oiseaux. Du coup, c'est plus ça qui m'appelle. Et toi ?
- Speaker #1
Chez moi, ce ne serait pas vraiment ma maison en tant que telle, mais plus le sentiment. Et ça serait l'odeur iodée. L'odeur de la mer, un peu. Le côté un peu salé. Même le bruit. Le bruit de la mer. Tout ça. Ça me replonge direct du racquibron. C'est l'un des plus beaux endroits en Bretagne.
- Speaker #0
Du coup, l'odeur.
- Speaker #1
Là, l'odeur et le son. Pas tant que ça les objets.
- Speaker #0
Est-ce que tu savais que contrairement aux autres sens, les odeurs activent l'hippocampe et le système des émotions ? C'est pour ça que ça fait ressurgir un souvenir ancien et précis sans effort conscient. Quand je disais tout à l'heure que c'est plus l'odeur qui me rappelle... C'est que je suis une personne plutôt normale. Bien constituée, avec un hippocampe bien établi.
- Speaker #1
Donc tu es plus en train d'insimiler que je ne suis pas une personne normale.
- Speaker #0
Tu es un peu bizarre. Mais c'est ok.
- Speaker #1
Non, je suis un peu différent. Je suis enrhumé, c'est pour ça.
- Speaker #0
C'est parce que tu es enrhumé.
- Speaker #1
C'est quand même trois mois, je ne le sens plus.
- Speaker #0
Il faudra se faire tester. Donc c'est plus les odeurs qui provoquent des souvenirs autobiographiques. Donc des expériences passées. Et qui sont aussi fortement chargées en émotions. Et ça, ça rappelle un peu en vrai la madeleine de Proust. C'est un peu connu, ça, la madeleine de Proust.
- Speaker #1
Exactement,
- Speaker #0
ouais. Donc, c'est un peu l'effet madeleine de Proust qui est expliqué par les neurosciences grâce au trajet des messages olfactifs et gustatifs. Le goût aussi. Ça peut rappeler vachement des souvenirs.
- Speaker #1
Et Proust, du coup, j'ai appris que c'était un scientifique Proust.
- Speaker #0
Non. Et pas un philoge.
- Speaker #1
Pour moi, c'était un lieu, la madeleine de Proust. Ah non,
- Speaker #0
non. Moi, je pensais que... J'ai un petit souvenir de mon cours de philo, de terminale. On parlait de ça. Et ma prof avait incité sur le fait que la madeleine de poux, ce n'est pas juste rappeler un souvenir, c'est vraiment que ça te remet dans l'état dans lequel tu étais quand tu as eu cette expérience. Donc c'est vraiment un truc beaucoup plus puissant que ce que je pensais que ça signifiait. Mais c'est vraiment que ça te remplonge dans le même état que tu étais. Même environnement, même... Enfin genre ça te replonge dans un... Comme si t'étais de l'autre côté du temps, tu vois ?
- Speaker #1
Il y a des environnements, je ne veux pas y retourner. Je veux juste y penser.
- Speaker #0
Mais non, mais je pense que, pareil, Madeleine de Proust, ce n'est pas forcément un choix. Imagine, je ne sais pas, ta grand-mère, elle te faisait des super gâteaux, je n'en sais rien. Peut-être que tu vas goûter. Ratatouille ! C'est un peu ça, Ratatouille.
- Speaker #1
C'est vrai. Oui, oui, complètement.
- Speaker #0
Désolée de vous spoiler, mais si vous n'avez pas vu Ratatouille, mais la scène où le critique, il mange une ratatouille qui est pourtant... Ratatouille qui est pourtant un plat simple. Donc il est un peu choqué parce que c'est un établissement de renom. Il faudrait faire un truc un petit peu plus...
- Speaker #1
Mais le plat est stylé. Il est beau.
- Speaker #0
Et il est très stylé. Il est un peu étonné. Et puis en fait, quand il goûte, il est... Et en plus, on a vraiment cette scène où il se revoit enfant. Et il replonge dans cet état. Dans le même état. Attends, j'ai trouvé l'exemple.
- Speaker #1
Ouais, mais c'est magnifique. Ça parle à tout le monde, je pense.
- Speaker #0
Eh bien, si vous n'avez pas vu Ratatouille...
- Speaker #1
Désolé pour vous, mais il faut y aller.
- Speaker #0
disponible sur Disney+, qui est en partenaire de ce podcast. Balade au dos, le code promo. Mais finalement, qu'est-ce qui nous manque réellement dans ces moments-là ?
- Speaker #1
C'est difficile d'identifier vraiment ce qui nous manque parce que t'as à la fois les personnes qui sont avec toi sur le coup, peut-être qu'elles ne sont plus vraiment ce qu'elles étaient aujourd'hui, elles ont peut-être évolué, tu vois. Et puis, tu as aussi le lieu. Tu étais peut-être à l'aise un peu à l'endroit où tu étais. Je ne sais pas, il y a aussi la personne que tu étais à ce moment-là. Ce n'est pas forcément la même non plus.
- Speaker #0
C'est sûr que non, même.
- Speaker #1
Non, mais surtout que là, j'ai 24 ans, tu en as 22.
- Speaker #0
Bientôt 23.
- Speaker #1
Bientôt 23. Bref. Et je pense que la personne que tu étais il y a 2-3 ans, ce n'est vraiment pas la même. Ça change beaucoup, tu vois, ta mentalité et tout ça. Moi, je sais que... la personne que j'étais au lycée, et la personne que j'étais en prépa, et la personne que j'étais en école d'ingé, et la personne que j'étais au Canada, ça n'a rien à voir. Et c'est trop marrant.
- Speaker #0
Heureusement que ça évolue, parce que...
- Speaker #1
Elle m'a connue en école d'ingé, c'est pour ça qu'elle dit ça.
- Speaker #0
Non, mais même, en vrai, je le dis pour tout le monde, c'est bien, c'est heureusement qu'on évolue, et que les expériences nous changent.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Changement de contexte, ça te force à évoluer. Et même dans un même contexte. Peut-être, est-ce que tu... Par exemple, imaginons... Est-ce que tu peux être... Imaginons que tu as les mêmes personnes, le même environnement. Par exemple, tu es dans une maison, tu vis avec ton mari, je ne sais pas, tes enfants. Après, tes enfants grandissent, donc tu as aussi un changement de contexte. Imaginons que tu es deux avec ton mari, vous évoluez tous les deux, mais il n'y a rien vraiment qui change dans l'environnement. Tu peux toujours être nostalgique d'une époque passée où vous étiez toujours dans cette même maison, mais vous étiez peut-être plus jeune. Tu as le même contexte, les mêmes personnes, mais tu n'es plus la même personne. Elle a mûri. Elle a évolué. Mûri, je ne sais pas.
- Speaker #1
Non, c'est sûr.
- Speaker #0
Mais je pense qu'à notre âge,
- Speaker #1
on est quand même plutôt marqué par ce changement d'environnement un peu soudain.
- Speaker #0
C'est sûr.
- Speaker #1
Je pense que c'est ça qui fait que... Moi, je sais que les périodes auxquelles je me rattache, c'est vraiment quand j'ai changé d'ami brutalement d'un coup. En quelques semaines... tu perds un peu tout le monde et tu retrouves de nouvelles personnes incroyables.
- Speaker #0
Là, dernièrement, finalement, ta vie dernièrement ?
- Speaker #1
Oui, entre autres. La plupart de mes amis sont retournés en France. Et du coup, on s'en refait des nouveaux. Et puis, il y a toujours des passerelles, entre guillemets, des amis qui restent quand même. Ça évolue. Mais tu vois, pour autant, je ne marquerais pas ça comme une nouvelle étape. Une continuité de...
- Speaker #0
Un chapitre dans un chapitre.
- Speaker #1
Ouais, ça serait un peu le... Je ne sais pas comment appeler ça. Chapitre dans un chapitre.
- Speaker #0
Un paragraphe dans le chapitre ? Une phrase ?
- Speaker #1
Tu serais une ligne.
- Speaker #0
Tu serais une apostrophe. Non, mais c'est réel.
- Speaker #1
Et puis, je trouve, c'est quand même quelque chose qui est beaucoup plus marquant quand t'es jeune.
- Speaker #0
T'as pas sur la table.
- Speaker #1
C'est quand même quelque chose qui est beaucoup plus marquant quand t'es jeune que quand tu vieillis, entre guillemets. Mais qu'est-ce qu'on sait ? Ben non, mais j'ai l'impression quand même que ta période de 20 à 30 ans, t'évolues. Beaucoup plus, parce que c'est beaucoup de premières fois, que ta période de 50 à 70 ans.
- Speaker #0
Peut-être pas.
- Speaker #1
Tu quittes le travail, tu quittes beaucoup de choses.
- Speaker #0
C'est intéressant. En fait, tu fais un peu référence à des moments de stabilité versus des moments où il y a beaucoup de changements, en gros.
- Speaker #1
Oui, c'est un peu ça.
- Speaker #0
Et donc, c'est quoi ton... Ta take, c'est de dire, vu qu'on évolue beaucoup, qu'il y a beaucoup de chapitres, qu'on est dans une période où... il y a beaucoup de changements, beaucoup de changements d'environnement, et qu'on essaie aussi de trouver son identité, que c'est des moments qui sont plus à même de nous faire susciter de la nostalgie plus tard ?
- Speaker #1
Pour moi, oui. Et c'est d'ailleurs un élément scientifique, le reminiscence bump. En gros, chez les adultes plus âgés, les souvenirs autobiographiques ne sont pas répartis uniformément sur toute leur vie. En fait, on va retrouver souvent une concentration importante des souvenirs provenant de l'adolescence et du début de l'âge adulte. Donc, entre les 15-30 ans, ça, ça va être une grosse partie, entre guillemets, de nos souvenirs. Et c'est un peu pour ça que je me le dis aussi. Et par exemple, moi, je regarde toute ma vie de quand je suis né jusqu'à à peu près le lycée. Moi, c'est à peu près l'équivalent d'un chapitre.
- Speaker #0
Un seul chapitre.
- Speaker #1
La prépa, deux ans.
- Speaker #0
Un chapitre.
- Speaker #1
L'école d'ingé, deux ans, un chapitre. Canada, deux ans, un chapitre.
- Speaker #0
Mais ce n'est pas linéaire du tout.
- Speaker #1
Du tout ? C'est à quel point c'est intense et à quel point ton environnement change. Et je trouve que toute ta vie où tu vas travailler, il y a moyen que ce soit un chapitre. Si tu ne changes jamais de boîte, si tu ne changes pas de collègue, etc. Si tu changes de boîte, de collègue, de lieu, forcément, ça va changer. Du coup, ce n'est pas du tout linéaire. Et j'ai l'impression que c'est très intense quand tu es jeune parce que tu es amené. en fait, par tes études et tout ça, à découvrir plus de monde, à te faire plus d'amis et à bouger beaucoup.
- Speaker #0
Mais en fait, je voulais parler du mécanisme de nostalgie parce qu'en fait, on s'y rapproche un peu. Parce qu'on parle de chapitres qui ne sont pas vraiment linéaires et les chapitres dont on a parfois beaucoup de nostalgie, c'est souvent les chapitres qui nous ont fait évoluer. les chapitres où on se remet en question, où on se cherche un peu en identité. Qu'est-ce qui déclenche la nostalgie, en fait ? Qu'est-ce qui fait qu'on est nostalgique de quelque chose ? Et ça, en fait, c'est un mécanisme du cerveau. C'est pas juste pour se rappeler un joli souvenir, parce que c'est pas juste ça, en fait, la nostalgie. C'est pas un joli souvenir. C'est un peu une structure bittersweet, un peu amère-doux. C'est-à-dire qu'à la fois, c'est un joli souvenir, certes, mais en même temps, il y a une tristesse. parce que c'est fini et qu'on ne pourra plus y retourner. Et c'est un peu ce mélange-là qui fait que c'est de la nostalgie.
- Speaker #1
Imagine, là, sur le coup, je me sens nostalgique, par exemple, de quelque chose qui s'est passé la semaine dernière, j'étais avec des amis, j'ai encore mes amis, je peux encore retourner à cet endroit et revivre ce moment.
- Speaker #0
C'est parce que tu ne revivras jamais ce moment-là.
- Speaker #1
Récit.
- Speaker #0
Tu ne revivras pas ce même moment, dans le même contexte. C'est pour ça que... Tu peux être dans un même environnement, entre guillemets, avec les mêmes personnes, ce qu'on parlait par exemple de la maison, avec le couple, mais tu ne revivras jamais le moment exact. Ce ne sera jamais la même chose. Parce qu'il y a trop de paramètres qui s'alignent pour revivre le moment et ce ne sera jamais le cas. Et qu'est-ce qui explique ce mécanisme-là pour le cerveau ? Pourquoi le cerveau fait cette espèce de mélange amer ? Il y a trois raisons principales. Déjà, c'est la continuité identitaire. Le cerveau va garder un fil entre qui on était à cette époque, à ce moment-là précis, et qui on est aujourd'hui. Une reliure sociale. Les souvenirs nostalgiques sont peuplés de gens, ce qu'on disait, de personnes, d'objets, d'un contexte. Donc on se souvient d'avoir été entouré. La nostalgie permet aussi une remotivation. Parce que c'est pas juste une tristesse pour dire je suis triste. C'est pas vraiment ça. C'est une remotivation parce qu'après un épisode nostalgique, on ressort avec peut-être plus de sens et plus d'énergie. Et souvent, qu'est-ce qui déclenche la nostalgie ? En fait, c'est un peu ce que tu disais tout à l'heure avec les chapitres. Ça peut être l'ennui, la solitude, l'incertitude. Donc, par exemple, l'incertitude, c'est un peu ce qui caractérise la période... D'études, quand on est jeune. On ne sait pas trop où on va. On ne sait pas trop quand on y va. Mais on fonce.
- Speaker #1
C'est ça, tête baissée.
- Speaker #0
De toute façon, on n'a pas trop le choix. Et par exemple, les périodes de rupture. Alors quand on dit rupture, ça peut être un gros changement, genre un déménagement. Aussi une rupture amoureuse. Amicale. Amicale. Mais plus généralement, un grand changement de vie. Et c'est un peu un réflexe de survie psychologique finalement. Ce qui compte, ce n'est pas vraiment la qualité objective du moment, de se dire que c'était un joli moment, mais plutôt le lien qu'il représentait.
- Speaker #1
La nostalgie, j'avais vu que c'était un peu aussi une manière d'avoir un fil conducteur entre les différentes étapes de ta vie.
- Speaker #0
Parce que peut-être notre vie évolue beaucoup, très vite. Et donc, ça servait un peu justement de lien entre ces différentes étapes de la vie et se rappeler un petit peu comment c'était tissé. Après, je n'ai pas exactement compris pourquoi ni comment. Mais voilà, c'est un peu ce que j'avais lu là-dessus. Et donc, c'était un phénomène pour le cerveau, justement, de faire le lien entre les différentes étapes. Est-ce que toi, tu as des moments ? qui t'ont rendu nostalgique récemment ?
- Speaker #1
J'ai l'impression d'être une personne très très nostalgique. Par exemple, j'aime beaucoup filmer, faire des vlogs. Ce que j'aime bien, c'est... Je filme des moments un peu random, un peu sans grégard, un peu pas calculé. La banalité du quotidien. Parfois je filme pas, mais surtout c'est l'idée d'associer un moment avec une musique. donc ma musique du moment qui va me replonger dans les musiques que j'écoutais à l'époque donc du coup l'odeur ça marche pas là mais au moins la musique et j'adore re-regarder ces vidéos un peu en boucle que j'ai mais c'est pour mon kiff personnel parce que ça me ramène vraiment à un moment précis de ma vie et je suis souvent très très nostalgique parce que je trouve ça c'est un joli souvenir Mais à la fois, c'est frustrant parce que je me dis que je ne pourrai jamais vraiment y retourner. Et je ne pourrai jamais vraiment retrouver les personnes qui sont dans ces vidéos-là. Ces personnes ne sont plus vraiment les mêmes personnes. Alors, elles n'ont pas radicalement changé, ce n'est pas ça la question. Mais c'est que tu ne retrouveras plus les personnes comme elles étaient à ce moment-là.
- Speaker #0
Les étoiles ne seront jamais alignées pour que tout se passe pareil.
- Speaker #1
Puis tout le monde évolue, mais même moi, je ne serai jamais la même personne. Et donc, on a tendance aussi à être accrochée à des gens. Par exemple, on parle de rupture. Rupture amoureuse. Même rupture amicale. Souvent, des gens nous manquent. Ou même, regarde, simplement, on est parti loin de notre pays, loin de chez nous, pendant deux ans. Quand on va revenir... En fait, il y a beaucoup de potes qui nous manquent. Mais ces potes-là, ils évoluent de leur côté. Nous, on est venus de notre côté. Et donc, ces amis-là, on ne va jamais vraiment les retrouver comme on les avait avant.
- Speaker #0
La vie n'est pas figée quand on part.
- Speaker #1
La vie n'est pas figée.
- Speaker #0
Et c'est dur d'imaginer que... eux ont refait leur quotidien aussi, sans qu'on soit là.
- Speaker #1
Sans qu'on soit là. C'est un quotidien de merde quand même.
- Speaker #0
Ouais, c'est malheureux sans nous.
- Speaker #1
Blague à part, par exemple, imaginons un ami ou un ex qui nous manque, par exemple. Surtout l'ex, c'est plus parlant parce que l'ami, tu peux le retrouver après, ou alors une rupture amicale, je sais pas. Mais genre, t'auras des moments de ta relation qui va te manquer, mais cette personne n'existe plus.
- Speaker #0
Oui. Comment tu l'as connu, c'est mort.
- Speaker #1
Parfois, c'est difficile de se dire que ce n'est plus le cas et que ça ne sera jamais plus comme avant, mais ça nous permet aussi d'avancer.
- Speaker #0
Ça te sert un peu de leçon aussi. C'est un peu des moments auxquels tu peux te rattacher pour avancer aussi. Des moments de vie où tu es en mode ok, je suis nostalgique un peu de ce moment-là, mais je sais aussi qu'à ce moment, j'ai... Il y a ça qui a fait que je n'étais pas très heureux. Et donc, si aujourd'hui, j'ai à le revivre, je le ferais peut-être différemment.
- Speaker #1
Oui, mais après, moi, je trouve que le cerveau a quand même tendance à adoucir le négatif.
- Speaker #0
Ah oui, tu ne vas pas t'en souvenir, malheureusement. C'est plus, c'est un peu une leçon, en mode, peut-être fais-le comme ça, cette fois-ci.
- Speaker #1
Mais du coup, je trouve ça un peu tricky quand même, parce qu'on peut avoir tendance à se raccrocher à des personnes qui... Enfin, en fait, ces souvenirs-là, un peu... doux ou amers comme ça. Parfois, ça ne nous permet pas de se détacher de personne, par exemple. Il faut quand même avoir du recul pour se dire que ce ne sera jamais pareil. C'est facile aussi de se rattacher à ça et de se dire qu'est-ce que c'était bien. En plus, notre cerveau adoucit le côté négatif. Donc, en fait, c'est un mécanisme de survie, certes, mais ça peut être un peu tricky parfois.
- Speaker #0
Oui, il y a un attachement qui peut être créé. Tu ne sais pas vraiment pourquoi, il est un peu dangereux.
- Speaker #1
Puis tu peux aussi, ta mémoire te joue des tours, tu peux aussi te refaire un peu, réécrire l'histoire un peu, comme ça t'arrange dans ta tête.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
On a tendance à adoucir le négatif. Et aussi, on a tendance à embellir un peu le passé. Et là, on va vous raconter l'histoire de la Belle Époque. Donc la Belle Époque, c'est en France, en France-Belgique, fin de... en Europe, fin du XIXe. Non. Oui, c'est la fin du 19e, début du 20e. Donc entre 1890 et 1914. Avant la guerre. Avant la guerre. cette période-là, elle est nommée la Belle Époque. Mais est-ce que les gens qui vivaient en 1905, par exemple, ils disaient réellement qu'ils vivaient une Belle Époque ? En fait, non. Le nom de la Belle Époque, elle a été choisie, désignée après coup. Donc on parle aujourd'hui de la Belle Époque comme si les gens, à l'époque, ils savaient qu'ils vivaient cet âge-là d'or. Mais en fait, ils avaient évidemment leurs problèmes. Je pense que la vie n'était pas forcément très douce pour tout le monde, pour pas grand monde. Il y avait des crises politiques, début de la Première Guerre mondiale. Donc le non, il est venu après. Même collectivement, on peut faire ce qu'on fait avec nos propres souvenirs. C'est l'idée de se dire, on a tendance à dire après coup, avec le recul, qu'on vivait la belle époque. Donc c'est ce côté en fait, embellir le passé et tout le monde en fait a ce mécanisme-là.
- Speaker #0
Oui, complètement. Et donc il y a un historien qui s'est un peu jeté sur la question de quand est-ce que cette expression a été sortie un peu pour la première fois. Et donc c'est pendant une émission radio, donc Radio Paris, quelqu'un qui a sorti « Ah, la belle époque » , en parlant du coup des années 1900. C'était André Aleo. Et le contexte intéressant, c'était pendant l'occupation allemande qu'ils ont sorti cette expression.
- Speaker #1
Eh bien. C'était pas une période facile. Mais une phrase qui résume bien finalement ce qu'on vient de dire, c'est que le passé, lui, ne change pas. Par contre, c'est le présent depuis lequel on le regarde qui change et qui change cette perception-là. En fait, c'est la perception qui change. Qu'est-ce que tu veux... Est-ce que t'avais des trucs que tu voulais aborder en plus, qu'on n'a pas abordé ? Moi,
- Speaker #0
je sais qu'il y avait cette question qui trottait un peu. Ça m'est déjà arrivé. La question de... Quand on sait qu'il y a quelque chose qui va nous manquer, qu'on est dans l'instant présent.
- Speaker #1
Avec une nostalgie ?
- Speaker #0
Une nostalgie.
- Speaker #1
Alors que le moment n'est pas fini et qu'on est encore en temps de...
- Speaker #0
Imagine, t'es à la plage avec tes potes, c'est le dernier jour des vacances.
- Speaker #1
Ah ouais. Et c'est un peu la fin déjà, tu vois.
- Speaker #0
Ouais, il y a un petit feu et tout, mais t'es encore dans le moment. Et pourtant, tu sais déjà que ça va être quelque chose qui va te garder en tête. Tu sais que c'est un moment exceptionnel qui va rester dans ta mémoire. et qui marquera peut-être ce souvenir de tes vacances. Ce sera peut-être un peu le résumé. Moi, je l'ai eu aussi pour le cartel des Nidales.
- Speaker #1
Le cartel, c'est une grosse compétition entre des écoles d'Angers en France.
- Speaker #0
C'est un cartel de drogue. Non,
- Speaker #1
ce n'est pas un cartel de drogue. C'est vraiment une grosse compétition très festive, sportive, très festive aussi.
- Speaker #0
Regroupement d'étudiants.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Il y avait toutes les soirées, etc. Pendant l'événement... je savais que ça marquait la fin de mon école d'ingénieur. Pourtant, l'école d'ingénieur, c'est vaste. C'est deux ans, trois ans normalement. Et là, je savais qu'à ce moment-là, j'arrivais petit à petit à la fin de mon parcours scolaire en France.
- Speaker #1
Et est-ce que ça ne t'empêche pas de profiter du moment ?
- Speaker #0
Je pense que ça le rend encore plus beau.
- Speaker #1
Justement, c'est un mélange entre la tristesse et de se dire que c'est un super moment. Mais tu le vis en fait en live.
- Speaker #0
C'est pas de la mélancolie, c'est vraiment de la nostalgie en tant que telle. T'es tellement marqué par l'émotion du moment que t'es en mode, ça, c'est sûr que je vais m'en marquer. Et du coup,
- Speaker #1
tu profites encore plus parce que tu te dis, c'est la fin et là, il faut que j'en profite jusqu'au dernier.
- Speaker #0
Exactement. Ça, ça m'avait beaucoup marqué. Et ça arrive quand même assez souvent, en vrai. Des petits moments comme ça où tu sais, putain, c'est beau ce que je vis.
- Speaker #1
Et là, ça t'arrive, là ? Parce que tu vas quitter le casanat bientôt ?
- Speaker #0
Ouais, mais pas avec toi. c'est une blague non mais même Canada je sais que ça peut être des chalets des choses comme ça j'ai pas encore ce moment dur parce que la transition s'est faite vraiment lentement de quitter le Canada tous mes amis partent petit à petit pour retourner en France ça c'est dur tu sais que tu te fais de nouvelles amitiés c'est pas pareil c'est pas l'équipe avec laquelle t'es arrivé au Canada c'est pas l'équipe avec qui t'as construit l'histoire pourtant tu peux recréer de petites histoires un peu
- Speaker #1
Mais c'est pas pareil quand t'as vécu tes premières fois je trouve avec des gens et que ces personnes là quittent avant toi tu repars pas avec la même team avec laquelle t'es venu
- Speaker #0
Non c'est sûr, mais pour autant tu peux quand même créer des jolis moments de nostalgie Après est-ce que s'ils étaient restés ça aurait été Je sais que je pense que le moment où mon esprit a quitté le Canada c'est quand ils sont partis
- Speaker #1
C'est un peu triste
- Speaker #0
Non, mais j'étais toujours là, mais je le vivais quand même vachement différemment. Plus dans une logique de profiter des derniers instants, et plus dans une logique d'être présent à l'instant. Et c'était un peu surprenant, mais c'était... Ça n'a pas rendu la suite de mon histoire au Canada plus triste. Au contraire. J'ai vécu des choses...
- Speaker #1
Exceptionnelles.
- Speaker #0
Genre vraiment, là, en six mois, franchement, waouh. C'est vraiment dingue. J'étais vraiment quand même très heureux. Mais c'était différent.
- Speaker #1
Eh bien, merci Alain pour ce partage d'expérience. On va petit à petit conclure cet épisode. On espère que ça vous a intéressé, que vous avez appris. Quelques petits trucs quand même. Que ça vous a replongé tant de beaux souvenirs. Que vous avez pu vous identifier et à travers vos souvenirs, replonger un petit peu dans ces moments passés. Maintenant, on va finir avec une petite expérience, une petite question. Imaginez que l'on soit dans 10 ans, en 2036, et qu'on vous donne la possibilité de revenir exactement une journée dans votre vie actuelle. Une seule. Pas pour changer quoi que ce soit, mais simplement pour la revivre. telle qu'elle était. Le même environnement, les mêmes personnes, les mêmes cours ou le même travail, peu importe votre situation actuelle. Le même trajet, les mêmes petites habitudes. Quelle journée est-ce que vous choisissez ? Essayez un peu de réfléchir, de vous demander, dans votre vie actuelle, qu'est-ce qui vous paraît complètement banal aujourd'hui, mais qui, dans dix ans, vous marquera probablement. Et peut-être qu'on va penser à quelque chose aujourd'hui et finalement, dans dix ans, ce sera complètement...
- Speaker #0
Ouais, ça n'a rien à voir.
- Speaker #1
Rien à voir. Pas du tout ça.
- Speaker #0
Ça me fait penser à l'expérience de s'envoyer une lettre dans le futur.
- Speaker #1
J'adore faire ça.
- Speaker #0
C'est un peu ça. Tu vas raconter des choses dedans qui, tu penses, sont importantes pour le toit dans 10 ans, 20 ans. Peut-être que dans 20 ans, tu vas lire la lettre.
- Speaker #1
Tu vas avoir peut-être un peu de condescendance pour la personne qui a écrit ça.
- Speaker #0
C'est comme si tu as un journal intime et que tu relis un an plus tôt ou des choses comme ça.
- Speaker #1
Tu te sens con ?
- Speaker #0
Mais tellement.
- Speaker #1
C'est pas possible, c'est pas aussi débile.
- Speaker #0
Mais c'est bien, ça montre que t'évolues.
- Speaker #1
Tu te rends compte que t'as pas changé. Non, non, je sais. C'est une blague. Mais du coup, l'idée, un petit peu, qu'on voulait faire émerger avec ce podcast, c'est qu'avoir un manque et avoir cette nouvelle vie, c'est complètement normal. C'est même un mécanisme psychologique que tout le monde a et qui est un peu un mécanisme de survie. Donc bravo, vous avez un super instinct de survie. Et l'idée... C'est de se dire, ça me manque. Ça ne signifie pas nécessairement que c'était mieux avant. Mais ça veut simplement dire que ça a compté. Et qu'on n'oublie pas.
- Speaker #0
Et que finalement, ça nous a reconstruits.
- Speaker #1
Et ça nous a construits, exactement. Ça a reconstruit la personne qu'on est aujourd'hui. Et ça construira la personne qu'on sera demain.
- Speaker #0
Waouh, ça reste en fait.
- Speaker #1
Et ouais. Un petit mot de fin ? On a tout dit ?
- Speaker #0
Non, je pense que non. On a beaucoup parlé. On va laisser les gens réfléchir.
- Speaker #1
C'était ton premier et dernier podcast.
- Speaker #0
Premier et dernier ? On en avait fait un autre, mais qui n'était pas dingue.
- Speaker #1
On n'a pas trop réussi à faire quelque chose de...
- Speaker #0
D'ailleurs,
- Speaker #1
c'était un podcast sur l'échec et on l'a super bien...
- Speaker #0
C'était un échec.
- Speaker #1
C'était un échec. On a super bien géré... Mais ça arrive. Non, c'était ton premier et ton dernier podcast. C'était sympa.
- Speaker #0
Une belle expérience.
- Speaker #1
Puis voilà, bon retour en France. Pour un nouveau chapitre, finalement.
- Speaker #0
Un nouveau.
- Speaker #1
Et merci beaucoup de nous avoir écoutés sur le baladodo. On se retrouve pour un prochain épisode très vite.
- Speaker #0
Bye bye.
- Speaker #1
Bisous.