Speaker #0Parler autrement commence par une question simple et complexe à la fois. Qu'appelle-t-on vraiment réussir quand on apprend une langue ? Ce podcast est né d'un doute sur les critères habituels de l'efficacité. Vitesse, fluidité, niveau, performance. Il est né aussi du désir d'élargir notre regard. Ici, on s'intéresse à ce qui ne se mesure pas facilement, mais qui compte tout autant. Le désir d'apprendre, la confiance, la relation à l'autre, le plaisir et le courage de rester en lien. malgré l'inconfort. Dans un monde où l'intelligence artificielle transforme notre manière de communiquer, ce podcast défend une idée essentielle. Parler une langue reste avant tout une expérience humaine. Un podcast en français pour les apprenants curieux, sensibles et exigeants qui cherchent à comprendre ce que les langues font à leur vie et comment elles transforment notre manière de parler, d'écouter et de rester en lien avec soi et avec les autres. Il y a un moment quand on apprend une langue où tout semble ralentir. On comprend beaucoup plus qu'avant, on se débrouille même, et pourtant on a l'impression de ne plus avancer. Beaucoup de personnes abandonnent à ce moment-là. On l'appelle souvent le plateau B1. Dans cet épisode, j'aimerais m'arrêter sur ce moment précis, non pas forcément pour l'expliciter, mais plus pour comprendre pourquoi il est si souvent décourageant et ce qu'il dit de notre rapport à l'apprentissage. On pourra bien sûr voir qu'en faire, comment le dépasser, dépasser ce stade et continuer de progresser vers un niveau de fluidité plus satisfaisant. Pour ça, je vais répondre à des questions qui m'ont été posées de manière assez récurrente par différents apprenants lors de mes formations. Et elles me serviront de fil rouge pour répondre justement à cette grande question du « et après le B1, comment faire ? » Première question donc, on me demande qu'est-ce qui devient plus difficile quand on atteint le niveau B1 ? Alors ce qui devient plus difficile, ce n'est pas d'apprendre de nouvelles règles, c'est plutôt d'exister dans la langue. À ce stade, on comprend globalement les échanges, mais on ne peut pas vraiment encore nuancer sa pensée. On peut difficilement défendre un point de vue, on a beaucoup de mal à improviser et il est vraiment difficile d'être spontané. On se rend compte que parler ne consiste plus seulement à faire des phrases, mais vraiment à tenir une place dans une interaction. C'est agir et interagir avec l'autre. Et cette place, elle est plutôt fragile. C'est souvent la première fois que l'apprenant ressent une fatigue relationnelle. Pas seulement cognitive, pas au niveau seulement de sa réflexion et de sa construction de phrases, mais c'est vraiment l'effort qu'il fait face à l'autre qui va lui coûter un petit peu. Autre question, pourquoi ? A-t-on l'impression de ne plus progresser à ce stade ? Alors, on peut avoir l'impression de ne plus progresser à ce stade parce que tout simplement la nature des progrès en elle-même change. Avant le B1, chaque nouveau mot est visible. C'est un nouveau mot, la liste s'allonge et chaque règle apprise donne une sensation immédiate d'avancement. C'est radicalement nouveau grâce à ce nouveau point de grammaire. Je vais pouvoir peut-être m'exprimer enfin au passé ou au conditionnel, alors là encore plus subtil. Donc chaque nouveauté apporte vraiment un pan de la langue qui nous permet au plus près de nous exprimer clairement. Donc tout ça précède le niveau B1 et on aime ces progrès parce qu'ils sont tout de suite gratifiants, dans le sens où ils prennent sens immédiatement. Par contre, une fois atteint ce niveau B1, les progrès sont plus fins, ils sont plus diffus, ils sont vraiment moins spectaculaires, on est dans la subtilité, on est dans les nuances. On est dans les points de grammaire qui ne changent pas radicalement, mais qui apportent justement cette modulation des arguments, cette diplomatie qui nous manquait, cette relativité dans les comparaisons. Tout ça s'ajoute au niveau B1, mais cela ne correspond pas forcément à des progrès flagrants. Donc on progresse, on progresse d'une autre manière, on progresse dans la compréhension implicite, on progresse dans la gestion des malentendus. Donc là, on entend vraiment... tout ce qui est justement un petit peu plus subtil, un petit peu plus nuancé. On va également, du fait d'avoir pratiqué plus longtemps, acquérir une certaine fluidité et une capacité à suivre une conversation longue. Mais ces progrès, on est d'accord, ces progrès-là ne donnent pas la même satisfaction immédiate que les progrès qu'on pouvait faire avant d'atteindre ce niveau, ce niveau socle. C'est à cause de notre cerveau en réalité, c'est lui qui interprète ce ralentissement comme une stagnation, alors qu'il y a progression, mais beaucoup moins flagrante, beaucoup moins rapide, beaucoup moins spectaculaire. Qu'est-ce qui disparaît au niveau B1, me demande-t-on, alors qu'on pensait que ce serait plus facile ? Le paradoxe, on progresse et on n'y arrive plus. Ah, alors, la question pique un petit peu. Souvent, ce qui disparaît, c'est l'enthousiasme du début. Oui, parce que les débuts ne sont peut-être pas les plus faciles, mais en même temps, ils sont très stimulants, très gratifiants, parce que les progrès, justement, comme je le disais, sont assez évidents. Au départ, tout est nouveau, chaque petite réussite est valorisée, l'effort est visible et immédiatement reconnu, parce qu'on passe de 0 à 1, donc forcément, ou bien de 1 à 2. Là, on parle du niveau à 1 à 2. Tout est évident, tout est visible, tout est flagrant. On se voit progresser, on nous voit progresser. Le retour, les feedbacks qu'on nous fait sont très encourageants. Arrivé au B1, on est « assez bon » pour qu'on attende plus de nous, mais encore pas assez à l'aise pour répondre à ces attentes. Donc on est dans un entre-deux. Les encouragements se font plus rares parce que les progrès ne sont plus aussi évidents. L'apprenant se retrouve dans une zone intermédiaire. Il fournit encore beaucoup d'efforts. mais le retour est proportionnellement moins visible. C'est donc une zone de désillusion. On ne parle pas d'échec, ce serait vraiment inadapté, mais c'est une zone où on peut être un peu déçu de tous les efforts qu'on peut fournir et puis du retour que l'on a qui ne sont pas des retours d'enthousiasme entier. La question à trois sous, pourquoi tant de personnes abandonnent-elles précisément ? à ce moment-là. Alors, il est vrai que beaucoup abandonnent, alors qu'ils sont j'allais dire près du but, parce que ce niveau-là, ce niveau B1, fait qu'on a un ressenti assez flou, où le sens de tout cet apprentissage, de tous ces efforts, devient flou. À ce stade, beaucoup se demandent pourquoi je fais ça ? Pour qui ? À quel prix ? On a déjà investi beaucoup de temps, mais en même temps, les bénéfices ressentis ne sont plus immédiats. Ce qui fait que sans accompagnement, le plateau B1 peut être vécu comme une impasse. Là, je ne vais pas plus loin, je ne vois pas comment progresser, je piétine depuis un bon bout de temps et je ne vois pas d'évolution. Ça peut être aussi ressenti comme une remise en cause personnelle. Alors, je peux me sentir moins capable que les autres ou simplement pas bon en langue. Je peux vraiment remettre en question mes capacités d'apprentissage. Je peux finalement me résigner face à une fatigue que j'estime inutile. Abandonner devient une façon de reprendre le contrôle. Non, finalement, je préfère tout laisser tomber. Parce qu'en fait, ce n'est pas ce que je veux. Je prends cette décision de mettre de côté ce projet qui finalement ne répond pas à ce que j'attendais. Et enfin, la question qui nous préoccupe et nous occupe le plus, qu'est-ce qui pourrait aider à traverser ce plateau, cette traversée du désert ? Parfois, on a l'impression de ne pas pouvoir passer outre et devoir y rester bloqué. Que faire ? Fuir ou agir ? Alors d'abord, mettre des mots sur ce qui se passe. Comprendre que le plateau B1, c'est courant, c'est normal, c'est partagé, c'est aussi, surtout, temporaire, donc on n'y reste pas. On l'atteint, on s'en impatiente, mais c'est un passage obligé à partir duquel on avance vers le niveau B2. Ensuite, il est peut-être important de changer de critère, c'est-à-dire ne plus mesurer uniquement la quantité de mots appris, ou la correction de la langue, donc viser la perfection absolument à chaque nouvelle règle de grammaire apprise. Mais il est peut-être plus important maintenant de vérifier sa capacité à rester dans l'échange, à regarder son interlocuteur et à tenter de comprendre plus finement. Et tout en même temps, à gérer l'inconfort, puisqu'on en a déjà parlé, l'inconfort est là. Et il s'agit d'apprendre à le gérer, c'est-à-dire à vivre avec. à lui laisser la place qu'il doit occuper et à jongler aussi avec cette phase où l'on sent que tout n'est pas facile, que ça avance mais à tout petit pas. Et enfin, peut-être, revenir au sens. Il est important de se positionner par rapport à son apprentissage et se rappeler pourquoi cette langue compte, ce qu'elle permet de vivre. Alors ça peut être de vivre dans l'échange avec son interlocuteur, ça peut être son client, ça peut être... Son collègue ou ses collègues, ça peut être des équipes tout entières, elle permet de mieux travailler, elle permet de mieux se sentir dans le milieu dans lequel on évolue, que ce soit dans son pays ou à l'étranger. Ce qui fait que cet apprentissage et cette langue ont du sens, c'est avec qui elle me permet d'être en relation. Donc traverser le plateau B1, ça demande rarement plus de travail, ça demande plutôt un autre regard, un autre regard sur soi, sur le parcours déjà fait, sur les critères selon lesquels on mesure ses progrès et également revenir au sens même qui nous a poussé à initier ce projet d'apprendre cette langue. Si on veut un petit peu synthétiser le tout, le plateau B1 n'est pas un échec de l'apprentissage, c'est un moment où apprendre une langue cesse d'être une accumulation de connaissances. L'apprentissage devient une expérience humaine, on est là dans l'échange, on est là dans l'interaction et cette posture nouvelle face à l'autre va nous pousser à avancer vers le niveau suivant, quitter le plateau B1 pour progressivement perfectionner son anglais, son allemand, son français. pour atteindre un niveau B2, le niveau de la fluidité professionnelle et personnelle, où on arrive à exprimer avec beaucoup plus de facilité et de nuance et de diplomatie nos idées, nos arguments, notre vision du monde et du reste. De manière globale, et si l'on veut conclure, on pourra dire que le plateau B1 n'est pas un mur, c'est un passage, un moment où la langue cesse d'être un objet à maîtriser absolument et elle devient une expérience à vivre. les autres, avec ses limites, avec sa fatigue aussi. Et si beaucoup abandonnent à ce moment-là, ce n'est pas par manque de capacité, même si on peut les remettre en cause, c'est un réflexe que beaucoup ont, mais parce qu'on parle trop peu de ce que ce passage implique en réalité. Donc parler autrement, c'est aussi apprendre à traverser ces moments-là sans les confondre avec un échec. C'est un passage qui nous amène vers le niveau supérieur de manière plus douce, plus lente, mais de manière progressive et sûre. Merci de m'avoir écouté jusqu'ici. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à le partager autour de vous. La semaine prochaine, j'avance mon calendrier pour aborder la question du bon accent. Et oui, notre président nous aura bien fait rire, ou peut-être juste sourire, mais ce qui nous intrigue là, c'est vraiment pourquoi l'accent français, le French accent, prête tant à cette réaction qui a fait le tour du monde quand même. Donc, on y revient la semaine prochaine. Et puis, si vous n'avez pas encore écouté l'épisode de la semaine dernière où mon invité est un viking pur et dur, je vous y invite. Attention, c'est en anglais. Donc, à bon entendeur. Je vous retrouve très bientôt. Talk to you soon. bye.