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Bio Is The New Black #2 - Un regard sur le vivant, entretien avec Marie-Sarah Adenis

Bio Is The New Black #2 - Un regard sur le vivant, entretien avec Marie-Sarah Adenis

58min |23/01/2020|

251

Listen
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Bio Is The New Black #2 - Un regard sur le vivant, entretien avec Marie-Sarah Adenis

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58min |23/01/2020|

251

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Description

Pour ce second épisode hors les murs de Bio Is The New Black, nous étions à Issy-les-Moulineaux. Nous avons dialogué avec Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation. Nous avons discuté de l’apport de la biologie pour penser le design et mille autres bricoles passionnantes. Cette émission est diffusée sur radio FMR dans le programme CPU et écoutable en podcast sur ausha ici et sur cpu.pm ici.


Dans cette release de CPU :

Des fossiles qui dansent

Des molécules syndicalisées

Une cabaliste du vivant 

et un cancer standardisé

Notre invité est Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation.


L'équipe aujourd'hui : Elise Rigot et DaScritch


Documentation

Marie-Sarah Adenis  😎 


Références cités (auteurs, livres, films, expositions, etc.)  💥 


Mini-Glossaire  📓 

ADN : Constituant essentiel des chromosomes, présent aussi dans les mitochondries et les plastes, l'ADN est le support de l'information héréditaire.

Chromosomes : Structure cellulaire microscopique, constituée d'ADN et de protéines, et représentant le support physique de l'hérédité.

Gamète : Cellule reproductrice, mâle ou femelle, dont le noyau ne contient qu'un seul chromosome de chaque paire et qui s'unit au gamète de sexe opposé (fécondation) pour donner naissance à un œuf (zygote).

Gène :  Segment d'ADN conditionnant la synthèse d'une ou de plusieurs protéines et, donc, la manifestation et la transmission d'un caractère héréditaire déterminé. 

Génétique : grec gennêtikos, de gennân, engendrer. Partie de la biologie qui étudie les lois de l'hérédité.

Génome : Ensemble du matériel génétique, c'est-à-dire des molécules d'ADN, d'une cellule ou d’une espèce.

Génomique : Ensemble des disciplines ayant trait à l'étude et à l'exploitation du génome.


Musiques :  😱 

  • One Self, Bluebird, Album Children of Possibility (2005)
  • Kate Tempest - Tunnel Vision, Album Let Them Eat Chaos (2016)
  • MC, The RH Factor, Crazy race
  • Alio Die & Amelia Cuni, Ambhas


Lectures :

  • « Berceau de Mica » dans le chapitre « Le dinosaure qui est en moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017, de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis
  • « HeLA Elle l’a », dans le chapitre « Au pli de moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017,de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis


Paillasse du design : une science en culture   ⚗️🔬🌱 

Au bord du promontoire, tu hisses ton corps. Tu esquisses un premier plongeon. En bas, les abysses te renvoient leur profondeur. Les pieds crispé, au bord du précipice : Tu as sauté, immergé, de tout ton corps dans ce bouillon de culture. Il fait 37°C, un microcosme vole autour de toi. Cela grouille de vies inconnues. Est-ce la porté d’un monde nouveau ? Ou bien n’est-ce qu’une des milles et unes versions de notre réalité ? 

Toi, qui pendant longtemps a cru que le monde des idées était séparé dans des unités quantifiables, strictes, éternelles, et des histoires à dormir debout que les humains se racontent pour s’expliquer le monde autour de grands feux de joie. Toi, persuadé de la foi dans le progrès scientifique et technique, oui toi, optimiste, qui regarde d’un oeil bienveillant le projet de la culture occidental.  

A toi, j’aimerai amener une vision où la science et la technique peuvent être mise en culture, qui ne soit pas seulement dans un milieu de culture. 

A toi, j’aimerai te présenter des rapprochements, des liens, des toiles, des jeux de ficelles, des comparaisons farfelues. Comment comprendre le monde vivant, qui nous entoure, dont nous faisons parti, qui nous habite, dans lequel nous évoluons ? Faut-il dire humains et non humains ? Qu’est-ce-que cela veut dire de prendre soin de ces vivants en tant qu’être l’humain, nous, qui vivons désormais sur les ruines de notre projet occidental ? 

End of the game. Il nous faut creuser dans les fondations de notre culture. Faire autrement. 

Et je crois que la compréhension du vivant est l’une, si ce n’est la chose, qui nous faut réfléchir aujourd’hui pour repenser totalement le projet culturel qui nous anime. 

Bienvenue dans Bio is the new Black.


Interview intro

Bio Is The New Black invite artistes, designers, philosophes, scientifiques et ingénieurs à explorer les multiples questions éthiques, critiques et de  créations qui se posent avec les technologies de bio-fabrication. 

Aujourd’hui nous interviewons Marie-Sarah Adenis

  • directrice artistique de l’entreprise de biotechnologie Pili
  • enseignante l’Ecole Nationale supérieure de création industrielle - ENSCI Les Ateliers et intervenante à l’école Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris
  • designer et biologiste de formation
  • présidente du premier syndicat des bactéries


Première partie : Génomique Oraculaire

Je crois bien que c’est au 226 Rue Saint-Denis, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois Marie-Sarah et moi, quelque part dans l’hiver de 2014. Un peu après les boutiques de fringues à destination d’un public ultra-féminisée à bas prix, un peu après la grande arche en pierre, entourée de Kebab, de coiffeurs affros et de restaurants indiens. Si l’on franchit le portail du 226, se tient un laboratoire d’un genre nouveau, son nom est La Paillasse, c’est un laboratoire citoyen et ouvert à tous, un rêve fou où l’on pourrait faire de la science ailleurs que dans les grands laboratoires scientifiques et faire de la recherche citoyenne. C’est là, que je rencontre Marie-Sarah. Et, c’est ici, que nous commençons à discuter de ce que devrait être une réflexion réellement fondée sur le BioDesign (dont nous détestons l’étiquette, peut-être car nous n’aimons pas tellement les catégories de manière générale), nous cherchons l’esprit critique, éclairé, nous cherchons ce qui donnerait autant de sens au vivant qu’au design. 

Entre temps, Marie-Sarah termine son diplôme à l’Ensci ainsi que son mémoire Danser parmi les fossiles. Les lectures que vous entendrez durant cette émission sont issues de ce travail de recherche.

Entre temps aussi, Marie-Sarah remporte quantité de prix et monte une entreprise, Pili. Ce qui est né au départ dans un squat prend une vie concrète : une expérience consistant à modifier la génétique de bactéries pour leur faire produire des molécules colorantes. 

Aujourd’hui nous sommes sur l’île d’Issy-les-Moulineaux, où vit Marie-Sarah Adenis, là-haut, rayonne des objets et des ouvrages qui se livrent à des discussions dans des langues inconnues. Objets de cultes africains, égyptiens, peintures et images, mots et récits. Cet entretien est la première partie de l’interview qui se concentre principalement sur le projet de génomique oraculaire et l’enseignement du design par Marie-Sarah.

Dans le projet Génomique Oraculaire, tu incarnes le duo génétique-épigénétique par le couple Dionysos et Apollon. Dionysos et Apollon apparaissent dans la pensée de Nietzsche dans l’ouvrage La Naissance de la tragédie (1872) sous le trait de deux forces antagonistes de l’art que le philosophe Nietzsche tente de réunir, et faire dialoguer. Cette dualité que tu convoques ici, permet de faire pénétrer science et culture. 

Est-ce que tu peux revenir sur le projet de Génomique Oraculaire ? Comment le présenterais-tu et qu’aimerais-tu en dire ici ? Dans un premier-temps je crois qu’il faudra quand même expliquer ces deux notions importantes que sont la génétique et l’épigénétique, je ne me risque pas à le faire, je préfère profiter de ta présence.

Il y a dans ton travail, une attention particulière portée aux symboles, à la citation, à la manière de ce que l’on pourrait appeler, des figures de style de Design. La citation à Jérôme Bosch par exemple est extrêmement repérable. Il y a aussi des opérations de traduction, comment traduire, en quelque sorte, ce qu’est un locuste-copiste, un gène fantôme ou un ancêtre commun dans le vocabulaire de la Génomique Oraculaire

Est-ce qu’on peut dire cela, que tu construis un vocabulaire ?


Lecture HeLA, Elle l’a

« Au milieu du XXème siècle, le monde scientifique est toujours incapable de maintenir en vie des cellules humaines en dehors du corps. Mais le sacrifice d’une des nôtres va forcer le miracle. En 1951, Henrietta Lacks, une afro-américaine meurt d’un cancer foudroyant. Mécaniquement et sans trop d’espoir, les médecins prélèvent quelques cellules tumorales sur le corps de la défunte. Le lendemain, les cellules cancéreuses n’ont pas défraichi, elles s’avèrent même tenaces et vigoureuses. Toutes les vingt-quatre heures, de nouvelles générations de cellules se mettent en place. La machine est lancée et n’a jamais cessé de fonctionner depuis ce jour. Le monde dispose alors de cellules humaines immortelles, les cellules HeLa, nommées d’après leur donneuse involontaire, Henrietta Lacks. Les laboratoires du monde entier se les arrachent et cultivent précieusement cette matière vivante qui se plie à toutes les exigences expérimentales. La médecine fait un bond de géant.

La recherche en est bouleversée : vaccins, fécondation in vitro, des millions de vies échappent à la polio grâce à quelques gouttes posées sur la langue. Des gouttes contenant un peu d’Henrietta Lacks qui vit dès lors à travers des millions de personnes. Des hosties à faire rougir l’Église. Promesses tenues cette fois. HeLa multiplie les miracles. 

Ella elle l’a est une chanson qui célèbre une autre noire américaine, Ella Fitzgerald.

Et dans le texte, il y a ce passage troublant : « Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi / Tu vois ça ne s’achète pas  / Quand tu l’as tu l’as ». Car HeLa, elle l’a, cette vitalité cellulaire qui n’a jamais été égalée, cette immortalité gagnée au prix d’une mort qui n’a pas pu être épargnée à une époque où les inégalités rongent la société américaine. Noire et pauvre, ça faisait au moins deux bonnes raisons de mourir plus vite que les autres. Et pourtant, ce qu’Henrietta a offert au monde, c’est une source quasi infinie de remèdes. Des rédemptions par millions.

Mais cette mort n’en est pas tout à fait une puisque quelque chose de vivant lui survit et colonise tous les espaces qui s’offrent à elle. Sans compter que la sorcellerie moderne pourrait bien proposer à Henrietta un retour sur Terre. Non seulement elle pourrait la ressusciter mais en milliers d’exemplaires comme autant de plis d’Henrietta. Chaque laboratoire pourrait proposer sa version du retour d’Henrietta Lacks : HeLa made in China, HeLa made in Milano, HeLa made in Rio De Janeiro. Toutes les mêmes ? rien n’est moins sûr. Des dizaines d’années de manipulation dans des environnements, certes stériles et normatifs, mais qui sait, l’air frais de Helsinki a peut-être grippé Henrietta et nul ne peut dire si les rengaines fredonnées par les laborantines de Madrid n’ont pas bercé les cellules d’une manière ou d’une autre. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Deuxième partie : réception du projet à l’ENSCI

Il y a une belle image, une vue d’ensemble, où l’on peut voir différents objets. Je vais tenter de les décrire. Il y a une sorte de bobine de fil juchée sur un promontoire, il y a une arche plein cintre composée de ce qui ressemble à des baguettes de bois dont le motif intercale des rayures blanches et noires, tels des bits en noirs et blanc qui forment un motif abstrait. Il y a la forme symbolique d’une hélices d’ADN enfermée dans un tube à essai posé à l’envers, il y a une échelle qui part dans le vide et commence sur le morceau d’un sol quadrillé. Il y a un jeu de carte qui semble mettre en exergue des mécanismes du vivant sous la forme d’un jeu de tarot divinatoire, il y a la reproduction miniature du retable du Jardin des délices de Jérôme Bosch. Au dos de ce retable, le fait est connu et visible au musée du Prado à Madrid, se tient un globe, une demi-sphère couverte par la coupole du ciel. Le retable rentre en dialogue avec des séquences plus ou moins longues de noirs et de blanc enfermés sous cloche. Ce sont je crois, la matérialisation métaphorique des gènes. Que se raconte-t-il entre les paysages de luxures, de débauches et de plaisir de Jérôme Bosch et le petit dôme en verre ? Il y a un jeu de dame, dont les placements réguliers ont été bouleversés par une cartographie cosmologique. Toutes ces choses fourmillent d’idées, de rapprochement. Une partie de ce monde est en noir&blanc, l’autre en couleur.

Comment ce projet a-t-il été reçu à l’Ensci, qui est connue et reconnue pour son enseignement du design industriel c’est à dire la fabrication en grande série de pièce où le jeu est une adéquation des formes de production à la production des formes ? 

Qu’est ce que ça change pour toi, fondamentalement, de penser le design avec cette connaissance de la biologie ? Tu as en effet étudié à la faculté puis tu as fait un Master 2 à l’ENS d’Ulm, je crois que tu avais même commencé une thèse en neuroscience ?

C’est dans un dédale de plis que l’on rentre dans l’écriture de Marie-Sarah. L’écriture ici n’est pas la mise en plan de réflexions pour les ranger gentiment dans des catégories qui ménage le lecteur. 

Il faut trancher dans le pli un chemin pour obtenir un semblant d’explication : pli incorporel, pli frontière, pli volte-face, pli connecteur, pli exponentiel, pli reflet, pli émergence, pli herméneutique, cette mise en plis, notre mise à pli, se fait le long des pages qui deviennent des monts sur lesquels courent des images entre deux-plis : entre deux frontière de la pensée, qui connecte deux éléments, qui reflète l’écriture. Écriture que l’on pourrait dire Rhizomique dans le vocabulaire de Deleuze et qui me fait penser aux “ jeux de ficelles “ qu’apprécie tant Donna Haraway. 


Lecture Berceau de Mica 

« L’écriture cunéiforme a évolué pendant trois mille ans pour s’adapter aux contraintes et à la plasticité de son support, l’argile, qui lui a permis de devenir une écriture-sculpture. 

Et il se peut que l’argile ait également été le ferment d’une sculpture du vivant.

Matière friable, l’argile est rapidement considérée dans l’antique Mésopotamie comme un élément primordial. Si de nombreux récits des origines développent l’idée d’un homme sculpté dans l’argile (Adam fut modelé avec de la glèbe, le Golem est fait d’argile, etc.), la communauté scientifique se penche désormais sérieusement sur le rôle de l’argile comme échaffaudage déterminant dans l’apparition et l’organisation de la vie. En se mélangeant à de l’eau de mer, la structure de l’argile forme un hydrogel – état spongieux – où des molécules passant à proximité se retrouvent captées en forte concentration. L’argile catalyse alors les réactions susceptibles d’advenir entre ces molécules en favorisant la polymérisation de molécules organiques complexes. Parmi les minéraux qui constituent l’argile, le mica possède une structure en feuillets qui seraient au cœur de ce bouleversement. Depuis 2007, la biologiste Helen Hansma défend son hypothèse : Life between the sheets. L’eau aurait entraîné les biomolécules qui se seraient retrouvées piégées, protégées par la fine épaisseur des feuillets de mica qui auraient commencé par servir de membranes artificielles.

Le mica aurait contraint les molécules à réagir entre elles et à se structurer en cellules  étanches grâce aux cycles jour-nuit qui provoquent la dilatation et la contraction des feuillets de mica. C’est typiquement avec ce genre d’oscillation mécanique qu’on peut induire chez les cellules cardiaques un mouvement contractile. Et c’est peut-être ce même mouvement de va-et-vient qui aura permis d’animer la matière et de la conduire à se retrancher dans une forteresse de phospholipides : la membrane cellulaire. Visuellement, le mica respire, dilatant ses feuillets et laissant entrevoir les timides tentatives d’union des molécules dans ses saillies. À chaque strate, à chaque étage du mica, s’est probablement déroulé une lutte pour fabriquer les premiers tressaillements de la vie. C’est là, dans un de ces feuillets, que la grammaire des êtres s’est mise en place. Plusieurs fois ? Des millions peut-être, mais il ne nous reste qu’une unique grammaire de la vie : celle qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et qui ébranle chaque cellule et chaque être vivant, et pas un seul fossile ne nous a encore prouvé le contraire. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Troisième partie : Enseigner le vivant

Après cette lecture de ton mémoire, nous allons nous intéresser à ton enseignement de la biologie à l’ENSCI les Ateliers. Nous nous intéresserons plus longuement à cette question durant un deuxième entretien. 

Est ce que tu peux nous donner un exemple concret de ce que tu enseignes à tes étudiants designers ? 

Quels visions animent ces jeunes designers ?

  • Introduction du Projet BIOQUEER par Robin Bourgeois, Claire-Angelica De Cartert et Talita Otovic ENSAD 2019

« Le projet explore les relations entre le queer et les récentes recherches sur le microbiote humain. Projeté dans un futur hypothétique où l’hétéronormativité n’existe plus, le spectateur est invité à écouter un discours qui énonce comment les personnes atteintes d’homophobie pourraient être prises en charge à travers leur microbiote pour rétablir un équilibre perdu sans lequel ils souffrent d’homophobie. » (texte de Marie-Sarah Adenis)

  • Introduction du projet ATMOS par Camille Peyrachon et Daniel Cadot ENSCI 2018

« Le projet traite de la géo-ingénierie qui consiste à manipuler le climat à grande échelle avec des techniques potentiellement dangereuses et qui donnent la sensation que tout pourra être réglé par un surplus de technique. 

Ce techno-solutionnisme évite de se confronter à la question des causes de ce dérèglement. Le programme spéculatif ATMOS explore comment cette géo-ingénierie pourrait s’imposer dans notre quotidien. Il s’agit d’alerter en pointant les dérives afin de bien comprendre ce que ces techniques de géo-ingénierie impliquent en dépit de leur démonstrations séduisantes. » (texte de Marie-Sarah Adenis)



Bio is the new black retrouvera prochainement Marie-Sarah Adenis pour une deuxième interview.

C'était CPU, le programme Carré Petit Utile de Radio FMR

Pour ce deuxième épisode de la série Bio is the new black, l'équipe est composée de :

Elise Rigot, Chief Stirrer Officer

DaScritch, Chief Mixer Officer

La release a été shippée avec les moyens techniques de CPU et de Bio is the new black. 

L'intégralité du programme, des extraits et nos sources sont disponibles sur le site cpu.pm

sur la page de l’émission cpu.pm/0126 et sur la plateforme ausha, vous pouvez commenter et partager. Les chroniques et interviews sont en licence libre c'est donc là pour ça !

La programmation musicale est de Marie-Sarah Adenis, Bio Is the New Black la remercie pour son swing :) Merci aussi à Phaune Radio.

Prochaine release : Nous vous donnons rendez-vous jeudi prochain à 11h.

Si vous nous écoutez sur radio FMR le jeudi, il est midi, nous cédons l’antenne à Monique Blanquet.  

Description

Pour ce second épisode hors les murs de Bio Is The New Black, nous étions à Issy-les-Moulineaux. Nous avons dialogué avec Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation. Nous avons discuté de l’apport de la biologie pour penser le design et mille autres bricoles passionnantes. Cette émission est diffusée sur radio FMR dans le programme CPU et écoutable en podcast sur ausha ici et sur cpu.pm ici.


Dans cette release de CPU :

Des fossiles qui dansent

Des molécules syndicalisées

Une cabaliste du vivant 

et un cancer standardisé

Notre invité est Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation.


L'équipe aujourd'hui : Elise Rigot et DaScritch


Documentation

Marie-Sarah Adenis  😎 


Références cités (auteurs, livres, films, expositions, etc.)  💥 


Mini-Glossaire  📓 

ADN : Constituant essentiel des chromosomes, présent aussi dans les mitochondries et les plastes, l'ADN est le support de l'information héréditaire.

Chromosomes : Structure cellulaire microscopique, constituée d'ADN et de protéines, et représentant le support physique de l'hérédité.

Gamète : Cellule reproductrice, mâle ou femelle, dont le noyau ne contient qu'un seul chromosome de chaque paire et qui s'unit au gamète de sexe opposé (fécondation) pour donner naissance à un œuf (zygote).

Gène :  Segment d'ADN conditionnant la synthèse d'une ou de plusieurs protéines et, donc, la manifestation et la transmission d'un caractère héréditaire déterminé. 

Génétique : grec gennêtikos, de gennân, engendrer. Partie de la biologie qui étudie les lois de l'hérédité.

Génome : Ensemble du matériel génétique, c'est-à-dire des molécules d'ADN, d'une cellule ou d’une espèce.

Génomique : Ensemble des disciplines ayant trait à l'étude et à l'exploitation du génome.


Musiques :  😱 

  • One Self, Bluebird, Album Children of Possibility (2005)
  • Kate Tempest - Tunnel Vision, Album Let Them Eat Chaos (2016)
  • MC, The RH Factor, Crazy race
  • Alio Die & Amelia Cuni, Ambhas


Lectures :

  • « Berceau de Mica » dans le chapitre « Le dinosaure qui est en moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017, de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis
  • « HeLA Elle l’a », dans le chapitre « Au pli de moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017,de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis


Paillasse du design : une science en culture   ⚗️🔬🌱 

Au bord du promontoire, tu hisses ton corps. Tu esquisses un premier plongeon. En bas, les abysses te renvoient leur profondeur. Les pieds crispé, au bord du précipice : Tu as sauté, immergé, de tout ton corps dans ce bouillon de culture. Il fait 37°C, un microcosme vole autour de toi. Cela grouille de vies inconnues. Est-ce la porté d’un monde nouveau ? Ou bien n’est-ce qu’une des milles et unes versions de notre réalité ? 

Toi, qui pendant longtemps a cru que le monde des idées était séparé dans des unités quantifiables, strictes, éternelles, et des histoires à dormir debout que les humains se racontent pour s’expliquer le monde autour de grands feux de joie. Toi, persuadé de la foi dans le progrès scientifique et technique, oui toi, optimiste, qui regarde d’un oeil bienveillant le projet de la culture occidental.  

A toi, j’aimerai amener une vision où la science et la technique peuvent être mise en culture, qui ne soit pas seulement dans un milieu de culture. 

A toi, j’aimerai te présenter des rapprochements, des liens, des toiles, des jeux de ficelles, des comparaisons farfelues. Comment comprendre le monde vivant, qui nous entoure, dont nous faisons parti, qui nous habite, dans lequel nous évoluons ? Faut-il dire humains et non humains ? Qu’est-ce-que cela veut dire de prendre soin de ces vivants en tant qu’être l’humain, nous, qui vivons désormais sur les ruines de notre projet occidental ? 

End of the game. Il nous faut creuser dans les fondations de notre culture. Faire autrement. 

Et je crois que la compréhension du vivant est l’une, si ce n’est la chose, qui nous faut réfléchir aujourd’hui pour repenser totalement le projet culturel qui nous anime. 

Bienvenue dans Bio is the new Black.


Interview intro

Bio Is The New Black invite artistes, designers, philosophes, scientifiques et ingénieurs à explorer les multiples questions éthiques, critiques et de  créations qui se posent avec les technologies de bio-fabrication. 

Aujourd’hui nous interviewons Marie-Sarah Adenis

  • directrice artistique de l’entreprise de biotechnologie Pili
  • enseignante l’Ecole Nationale supérieure de création industrielle - ENSCI Les Ateliers et intervenante à l’école Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris
  • designer et biologiste de formation
  • présidente du premier syndicat des bactéries


Première partie : Génomique Oraculaire

Je crois bien que c’est au 226 Rue Saint-Denis, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois Marie-Sarah et moi, quelque part dans l’hiver de 2014. Un peu après les boutiques de fringues à destination d’un public ultra-féminisée à bas prix, un peu après la grande arche en pierre, entourée de Kebab, de coiffeurs affros et de restaurants indiens. Si l’on franchit le portail du 226, se tient un laboratoire d’un genre nouveau, son nom est La Paillasse, c’est un laboratoire citoyen et ouvert à tous, un rêve fou où l’on pourrait faire de la science ailleurs que dans les grands laboratoires scientifiques et faire de la recherche citoyenne. C’est là, que je rencontre Marie-Sarah. Et, c’est ici, que nous commençons à discuter de ce que devrait être une réflexion réellement fondée sur le BioDesign (dont nous détestons l’étiquette, peut-être car nous n’aimons pas tellement les catégories de manière générale), nous cherchons l’esprit critique, éclairé, nous cherchons ce qui donnerait autant de sens au vivant qu’au design. 

Entre temps, Marie-Sarah termine son diplôme à l’Ensci ainsi que son mémoire Danser parmi les fossiles. Les lectures que vous entendrez durant cette émission sont issues de ce travail de recherche.

Entre temps aussi, Marie-Sarah remporte quantité de prix et monte une entreprise, Pili. Ce qui est né au départ dans un squat prend une vie concrète : une expérience consistant à modifier la génétique de bactéries pour leur faire produire des molécules colorantes. 

Aujourd’hui nous sommes sur l’île d’Issy-les-Moulineaux, où vit Marie-Sarah Adenis, là-haut, rayonne des objets et des ouvrages qui se livrent à des discussions dans des langues inconnues. Objets de cultes africains, égyptiens, peintures et images, mots et récits. Cet entretien est la première partie de l’interview qui se concentre principalement sur le projet de génomique oraculaire et l’enseignement du design par Marie-Sarah.

Dans le projet Génomique Oraculaire, tu incarnes le duo génétique-épigénétique par le couple Dionysos et Apollon. Dionysos et Apollon apparaissent dans la pensée de Nietzsche dans l’ouvrage La Naissance de la tragédie (1872) sous le trait de deux forces antagonistes de l’art que le philosophe Nietzsche tente de réunir, et faire dialoguer. Cette dualité que tu convoques ici, permet de faire pénétrer science et culture. 

Est-ce que tu peux revenir sur le projet de Génomique Oraculaire ? Comment le présenterais-tu et qu’aimerais-tu en dire ici ? Dans un premier-temps je crois qu’il faudra quand même expliquer ces deux notions importantes que sont la génétique et l’épigénétique, je ne me risque pas à le faire, je préfère profiter de ta présence.

Il y a dans ton travail, une attention particulière portée aux symboles, à la citation, à la manière de ce que l’on pourrait appeler, des figures de style de Design. La citation à Jérôme Bosch par exemple est extrêmement repérable. Il y a aussi des opérations de traduction, comment traduire, en quelque sorte, ce qu’est un locuste-copiste, un gène fantôme ou un ancêtre commun dans le vocabulaire de la Génomique Oraculaire

Est-ce qu’on peut dire cela, que tu construis un vocabulaire ?


Lecture HeLA, Elle l’a

« Au milieu du XXème siècle, le monde scientifique est toujours incapable de maintenir en vie des cellules humaines en dehors du corps. Mais le sacrifice d’une des nôtres va forcer le miracle. En 1951, Henrietta Lacks, une afro-américaine meurt d’un cancer foudroyant. Mécaniquement et sans trop d’espoir, les médecins prélèvent quelques cellules tumorales sur le corps de la défunte. Le lendemain, les cellules cancéreuses n’ont pas défraichi, elles s’avèrent même tenaces et vigoureuses. Toutes les vingt-quatre heures, de nouvelles générations de cellules se mettent en place. La machine est lancée et n’a jamais cessé de fonctionner depuis ce jour. Le monde dispose alors de cellules humaines immortelles, les cellules HeLa, nommées d’après leur donneuse involontaire, Henrietta Lacks. Les laboratoires du monde entier se les arrachent et cultivent précieusement cette matière vivante qui se plie à toutes les exigences expérimentales. La médecine fait un bond de géant.

La recherche en est bouleversée : vaccins, fécondation in vitro, des millions de vies échappent à la polio grâce à quelques gouttes posées sur la langue. Des gouttes contenant un peu d’Henrietta Lacks qui vit dès lors à travers des millions de personnes. Des hosties à faire rougir l’Église. Promesses tenues cette fois. HeLa multiplie les miracles. 

Ella elle l’a est une chanson qui célèbre une autre noire américaine, Ella Fitzgerald.

Et dans le texte, il y a ce passage troublant : « Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi / Tu vois ça ne s’achète pas  / Quand tu l’as tu l’as ». Car HeLa, elle l’a, cette vitalité cellulaire qui n’a jamais été égalée, cette immortalité gagnée au prix d’une mort qui n’a pas pu être épargnée à une époque où les inégalités rongent la société américaine. Noire et pauvre, ça faisait au moins deux bonnes raisons de mourir plus vite que les autres. Et pourtant, ce qu’Henrietta a offert au monde, c’est une source quasi infinie de remèdes. Des rédemptions par millions.

Mais cette mort n’en est pas tout à fait une puisque quelque chose de vivant lui survit et colonise tous les espaces qui s’offrent à elle. Sans compter que la sorcellerie moderne pourrait bien proposer à Henrietta un retour sur Terre. Non seulement elle pourrait la ressusciter mais en milliers d’exemplaires comme autant de plis d’Henrietta. Chaque laboratoire pourrait proposer sa version du retour d’Henrietta Lacks : HeLa made in China, HeLa made in Milano, HeLa made in Rio De Janeiro. Toutes les mêmes ? rien n’est moins sûr. Des dizaines d’années de manipulation dans des environnements, certes stériles et normatifs, mais qui sait, l’air frais de Helsinki a peut-être grippé Henrietta et nul ne peut dire si les rengaines fredonnées par les laborantines de Madrid n’ont pas bercé les cellules d’une manière ou d’une autre. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Deuxième partie : réception du projet à l’ENSCI

Il y a une belle image, une vue d’ensemble, où l’on peut voir différents objets. Je vais tenter de les décrire. Il y a une sorte de bobine de fil juchée sur un promontoire, il y a une arche plein cintre composée de ce qui ressemble à des baguettes de bois dont le motif intercale des rayures blanches et noires, tels des bits en noirs et blanc qui forment un motif abstrait. Il y a la forme symbolique d’une hélices d’ADN enfermée dans un tube à essai posé à l’envers, il y a une échelle qui part dans le vide et commence sur le morceau d’un sol quadrillé. Il y a un jeu de carte qui semble mettre en exergue des mécanismes du vivant sous la forme d’un jeu de tarot divinatoire, il y a la reproduction miniature du retable du Jardin des délices de Jérôme Bosch. Au dos de ce retable, le fait est connu et visible au musée du Prado à Madrid, se tient un globe, une demi-sphère couverte par la coupole du ciel. Le retable rentre en dialogue avec des séquences plus ou moins longues de noirs et de blanc enfermés sous cloche. Ce sont je crois, la matérialisation métaphorique des gènes. Que se raconte-t-il entre les paysages de luxures, de débauches et de plaisir de Jérôme Bosch et le petit dôme en verre ? Il y a un jeu de dame, dont les placements réguliers ont été bouleversés par une cartographie cosmologique. Toutes ces choses fourmillent d’idées, de rapprochement. Une partie de ce monde est en noir&blanc, l’autre en couleur.

Comment ce projet a-t-il été reçu à l’Ensci, qui est connue et reconnue pour son enseignement du design industriel c’est à dire la fabrication en grande série de pièce où le jeu est une adéquation des formes de production à la production des formes ? 

Qu’est ce que ça change pour toi, fondamentalement, de penser le design avec cette connaissance de la biologie ? Tu as en effet étudié à la faculté puis tu as fait un Master 2 à l’ENS d’Ulm, je crois que tu avais même commencé une thèse en neuroscience ?

C’est dans un dédale de plis que l’on rentre dans l’écriture de Marie-Sarah. L’écriture ici n’est pas la mise en plan de réflexions pour les ranger gentiment dans des catégories qui ménage le lecteur. 

Il faut trancher dans le pli un chemin pour obtenir un semblant d’explication : pli incorporel, pli frontière, pli volte-face, pli connecteur, pli exponentiel, pli reflet, pli émergence, pli herméneutique, cette mise en plis, notre mise à pli, se fait le long des pages qui deviennent des monts sur lesquels courent des images entre deux-plis : entre deux frontière de la pensée, qui connecte deux éléments, qui reflète l’écriture. Écriture que l’on pourrait dire Rhizomique dans le vocabulaire de Deleuze et qui me fait penser aux “ jeux de ficelles “ qu’apprécie tant Donna Haraway. 


Lecture Berceau de Mica 

« L’écriture cunéiforme a évolué pendant trois mille ans pour s’adapter aux contraintes et à la plasticité de son support, l’argile, qui lui a permis de devenir une écriture-sculpture. 

Et il se peut que l’argile ait également été le ferment d’une sculpture du vivant.

Matière friable, l’argile est rapidement considérée dans l’antique Mésopotamie comme un élément primordial. Si de nombreux récits des origines développent l’idée d’un homme sculpté dans l’argile (Adam fut modelé avec de la glèbe, le Golem est fait d’argile, etc.), la communauté scientifique se penche désormais sérieusement sur le rôle de l’argile comme échaffaudage déterminant dans l’apparition et l’organisation de la vie. En se mélangeant à de l’eau de mer, la structure de l’argile forme un hydrogel – état spongieux – où des molécules passant à proximité se retrouvent captées en forte concentration. L’argile catalyse alors les réactions susceptibles d’advenir entre ces molécules en favorisant la polymérisation de molécules organiques complexes. Parmi les minéraux qui constituent l’argile, le mica possède une structure en feuillets qui seraient au cœur de ce bouleversement. Depuis 2007, la biologiste Helen Hansma défend son hypothèse : Life between the sheets. L’eau aurait entraîné les biomolécules qui se seraient retrouvées piégées, protégées par la fine épaisseur des feuillets de mica qui auraient commencé par servir de membranes artificielles.

Le mica aurait contraint les molécules à réagir entre elles et à se structurer en cellules  étanches grâce aux cycles jour-nuit qui provoquent la dilatation et la contraction des feuillets de mica. C’est typiquement avec ce genre d’oscillation mécanique qu’on peut induire chez les cellules cardiaques un mouvement contractile. Et c’est peut-être ce même mouvement de va-et-vient qui aura permis d’animer la matière et de la conduire à se retrancher dans une forteresse de phospholipides : la membrane cellulaire. Visuellement, le mica respire, dilatant ses feuillets et laissant entrevoir les timides tentatives d’union des molécules dans ses saillies. À chaque strate, à chaque étage du mica, s’est probablement déroulé une lutte pour fabriquer les premiers tressaillements de la vie. C’est là, dans un de ces feuillets, que la grammaire des êtres s’est mise en place. Plusieurs fois ? Des millions peut-être, mais il ne nous reste qu’une unique grammaire de la vie : celle qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et qui ébranle chaque cellule et chaque être vivant, et pas un seul fossile ne nous a encore prouvé le contraire. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Troisième partie : Enseigner le vivant

Après cette lecture de ton mémoire, nous allons nous intéresser à ton enseignement de la biologie à l’ENSCI les Ateliers. Nous nous intéresserons plus longuement à cette question durant un deuxième entretien. 

Est ce que tu peux nous donner un exemple concret de ce que tu enseignes à tes étudiants designers ? 

Quels visions animent ces jeunes designers ?

  • Introduction du Projet BIOQUEER par Robin Bourgeois, Claire-Angelica De Cartert et Talita Otovic ENSAD 2019

« Le projet explore les relations entre le queer et les récentes recherches sur le microbiote humain. Projeté dans un futur hypothétique où l’hétéronormativité n’existe plus, le spectateur est invité à écouter un discours qui énonce comment les personnes atteintes d’homophobie pourraient être prises en charge à travers leur microbiote pour rétablir un équilibre perdu sans lequel ils souffrent d’homophobie. » (texte de Marie-Sarah Adenis)

  • Introduction du projet ATMOS par Camille Peyrachon et Daniel Cadot ENSCI 2018

« Le projet traite de la géo-ingénierie qui consiste à manipuler le climat à grande échelle avec des techniques potentiellement dangereuses et qui donnent la sensation que tout pourra être réglé par un surplus de technique. 

Ce techno-solutionnisme évite de se confronter à la question des causes de ce dérèglement. Le programme spéculatif ATMOS explore comment cette géo-ingénierie pourrait s’imposer dans notre quotidien. Il s’agit d’alerter en pointant les dérives afin de bien comprendre ce que ces techniques de géo-ingénierie impliquent en dépit de leur démonstrations séduisantes. » (texte de Marie-Sarah Adenis)



Bio is the new black retrouvera prochainement Marie-Sarah Adenis pour une deuxième interview.

C'était CPU, le programme Carré Petit Utile de Radio FMR

Pour ce deuxième épisode de la série Bio is the new black, l'équipe est composée de :

Elise Rigot, Chief Stirrer Officer

DaScritch, Chief Mixer Officer

La release a été shippée avec les moyens techniques de CPU et de Bio is the new black. 

L'intégralité du programme, des extraits et nos sources sont disponibles sur le site cpu.pm

sur la page de l’émission cpu.pm/0126 et sur la plateforme ausha, vous pouvez commenter et partager. Les chroniques et interviews sont en licence libre c'est donc là pour ça !

La programmation musicale est de Marie-Sarah Adenis, Bio Is the New Black la remercie pour son swing :) Merci aussi à Phaune Radio.

Prochaine release : Nous vous donnons rendez-vous jeudi prochain à 11h.

Si vous nous écoutez sur radio FMR le jeudi, il est midi, nous cédons l’antenne à Monique Blanquet.  

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Description

Pour ce second épisode hors les murs de Bio Is The New Black, nous étions à Issy-les-Moulineaux. Nous avons dialogué avec Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation. Nous avons discuté de l’apport de la biologie pour penser le design et mille autres bricoles passionnantes. Cette émission est diffusée sur radio FMR dans le programme CPU et écoutable en podcast sur ausha ici et sur cpu.pm ici.


Dans cette release de CPU :

Des fossiles qui dansent

Des molécules syndicalisées

Une cabaliste du vivant 

et un cancer standardisé

Notre invité est Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation.


L'équipe aujourd'hui : Elise Rigot et DaScritch


Documentation

Marie-Sarah Adenis  😎 


Références cités (auteurs, livres, films, expositions, etc.)  💥 


Mini-Glossaire  📓 

ADN : Constituant essentiel des chromosomes, présent aussi dans les mitochondries et les plastes, l'ADN est le support de l'information héréditaire.

Chromosomes : Structure cellulaire microscopique, constituée d'ADN et de protéines, et représentant le support physique de l'hérédité.

Gamète : Cellule reproductrice, mâle ou femelle, dont le noyau ne contient qu'un seul chromosome de chaque paire et qui s'unit au gamète de sexe opposé (fécondation) pour donner naissance à un œuf (zygote).

Gène :  Segment d'ADN conditionnant la synthèse d'une ou de plusieurs protéines et, donc, la manifestation et la transmission d'un caractère héréditaire déterminé. 

Génétique : grec gennêtikos, de gennân, engendrer. Partie de la biologie qui étudie les lois de l'hérédité.

Génome : Ensemble du matériel génétique, c'est-à-dire des molécules d'ADN, d'une cellule ou d’une espèce.

Génomique : Ensemble des disciplines ayant trait à l'étude et à l'exploitation du génome.


Musiques :  😱 

  • One Self, Bluebird, Album Children of Possibility (2005)
  • Kate Tempest - Tunnel Vision, Album Let Them Eat Chaos (2016)
  • MC, The RH Factor, Crazy race
  • Alio Die & Amelia Cuni, Ambhas


Lectures :

  • « Berceau de Mica » dans le chapitre « Le dinosaure qui est en moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017, de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis
  • « HeLA Elle l’a », dans le chapitre « Au pli de moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017,de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis


Paillasse du design : une science en culture   ⚗️🔬🌱 

Au bord du promontoire, tu hisses ton corps. Tu esquisses un premier plongeon. En bas, les abysses te renvoient leur profondeur. Les pieds crispé, au bord du précipice : Tu as sauté, immergé, de tout ton corps dans ce bouillon de culture. Il fait 37°C, un microcosme vole autour de toi. Cela grouille de vies inconnues. Est-ce la porté d’un monde nouveau ? Ou bien n’est-ce qu’une des milles et unes versions de notre réalité ? 

Toi, qui pendant longtemps a cru que le monde des idées était séparé dans des unités quantifiables, strictes, éternelles, et des histoires à dormir debout que les humains se racontent pour s’expliquer le monde autour de grands feux de joie. Toi, persuadé de la foi dans le progrès scientifique et technique, oui toi, optimiste, qui regarde d’un oeil bienveillant le projet de la culture occidental.  

A toi, j’aimerai amener une vision où la science et la technique peuvent être mise en culture, qui ne soit pas seulement dans un milieu de culture. 

A toi, j’aimerai te présenter des rapprochements, des liens, des toiles, des jeux de ficelles, des comparaisons farfelues. Comment comprendre le monde vivant, qui nous entoure, dont nous faisons parti, qui nous habite, dans lequel nous évoluons ? Faut-il dire humains et non humains ? Qu’est-ce-que cela veut dire de prendre soin de ces vivants en tant qu’être l’humain, nous, qui vivons désormais sur les ruines de notre projet occidental ? 

End of the game. Il nous faut creuser dans les fondations de notre culture. Faire autrement. 

Et je crois que la compréhension du vivant est l’une, si ce n’est la chose, qui nous faut réfléchir aujourd’hui pour repenser totalement le projet culturel qui nous anime. 

Bienvenue dans Bio is the new Black.


Interview intro

Bio Is The New Black invite artistes, designers, philosophes, scientifiques et ingénieurs à explorer les multiples questions éthiques, critiques et de  créations qui se posent avec les technologies de bio-fabrication. 

Aujourd’hui nous interviewons Marie-Sarah Adenis

  • directrice artistique de l’entreprise de biotechnologie Pili
  • enseignante l’Ecole Nationale supérieure de création industrielle - ENSCI Les Ateliers et intervenante à l’école Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris
  • designer et biologiste de formation
  • présidente du premier syndicat des bactéries


Première partie : Génomique Oraculaire

Je crois bien que c’est au 226 Rue Saint-Denis, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois Marie-Sarah et moi, quelque part dans l’hiver de 2014. Un peu après les boutiques de fringues à destination d’un public ultra-féminisée à bas prix, un peu après la grande arche en pierre, entourée de Kebab, de coiffeurs affros et de restaurants indiens. Si l’on franchit le portail du 226, se tient un laboratoire d’un genre nouveau, son nom est La Paillasse, c’est un laboratoire citoyen et ouvert à tous, un rêve fou où l’on pourrait faire de la science ailleurs que dans les grands laboratoires scientifiques et faire de la recherche citoyenne. C’est là, que je rencontre Marie-Sarah. Et, c’est ici, que nous commençons à discuter de ce que devrait être une réflexion réellement fondée sur le BioDesign (dont nous détestons l’étiquette, peut-être car nous n’aimons pas tellement les catégories de manière générale), nous cherchons l’esprit critique, éclairé, nous cherchons ce qui donnerait autant de sens au vivant qu’au design. 

Entre temps, Marie-Sarah termine son diplôme à l’Ensci ainsi que son mémoire Danser parmi les fossiles. Les lectures que vous entendrez durant cette émission sont issues de ce travail de recherche.

Entre temps aussi, Marie-Sarah remporte quantité de prix et monte une entreprise, Pili. Ce qui est né au départ dans un squat prend une vie concrète : une expérience consistant à modifier la génétique de bactéries pour leur faire produire des molécules colorantes. 

Aujourd’hui nous sommes sur l’île d’Issy-les-Moulineaux, où vit Marie-Sarah Adenis, là-haut, rayonne des objets et des ouvrages qui se livrent à des discussions dans des langues inconnues. Objets de cultes africains, égyptiens, peintures et images, mots et récits. Cet entretien est la première partie de l’interview qui se concentre principalement sur le projet de génomique oraculaire et l’enseignement du design par Marie-Sarah.

Dans le projet Génomique Oraculaire, tu incarnes le duo génétique-épigénétique par le couple Dionysos et Apollon. Dionysos et Apollon apparaissent dans la pensée de Nietzsche dans l’ouvrage La Naissance de la tragédie (1872) sous le trait de deux forces antagonistes de l’art que le philosophe Nietzsche tente de réunir, et faire dialoguer. Cette dualité que tu convoques ici, permet de faire pénétrer science et culture. 

Est-ce que tu peux revenir sur le projet de Génomique Oraculaire ? Comment le présenterais-tu et qu’aimerais-tu en dire ici ? Dans un premier-temps je crois qu’il faudra quand même expliquer ces deux notions importantes que sont la génétique et l’épigénétique, je ne me risque pas à le faire, je préfère profiter de ta présence.

Il y a dans ton travail, une attention particulière portée aux symboles, à la citation, à la manière de ce que l’on pourrait appeler, des figures de style de Design. La citation à Jérôme Bosch par exemple est extrêmement repérable. Il y a aussi des opérations de traduction, comment traduire, en quelque sorte, ce qu’est un locuste-copiste, un gène fantôme ou un ancêtre commun dans le vocabulaire de la Génomique Oraculaire

Est-ce qu’on peut dire cela, que tu construis un vocabulaire ?


Lecture HeLA, Elle l’a

« Au milieu du XXème siècle, le monde scientifique est toujours incapable de maintenir en vie des cellules humaines en dehors du corps. Mais le sacrifice d’une des nôtres va forcer le miracle. En 1951, Henrietta Lacks, une afro-américaine meurt d’un cancer foudroyant. Mécaniquement et sans trop d’espoir, les médecins prélèvent quelques cellules tumorales sur le corps de la défunte. Le lendemain, les cellules cancéreuses n’ont pas défraichi, elles s’avèrent même tenaces et vigoureuses. Toutes les vingt-quatre heures, de nouvelles générations de cellules se mettent en place. La machine est lancée et n’a jamais cessé de fonctionner depuis ce jour. Le monde dispose alors de cellules humaines immortelles, les cellules HeLa, nommées d’après leur donneuse involontaire, Henrietta Lacks. Les laboratoires du monde entier se les arrachent et cultivent précieusement cette matière vivante qui se plie à toutes les exigences expérimentales. La médecine fait un bond de géant.

La recherche en est bouleversée : vaccins, fécondation in vitro, des millions de vies échappent à la polio grâce à quelques gouttes posées sur la langue. Des gouttes contenant un peu d’Henrietta Lacks qui vit dès lors à travers des millions de personnes. Des hosties à faire rougir l’Église. Promesses tenues cette fois. HeLa multiplie les miracles. 

Ella elle l’a est une chanson qui célèbre une autre noire américaine, Ella Fitzgerald.

Et dans le texte, il y a ce passage troublant : « Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi / Tu vois ça ne s’achète pas  / Quand tu l’as tu l’as ». Car HeLa, elle l’a, cette vitalité cellulaire qui n’a jamais été égalée, cette immortalité gagnée au prix d’une mort qui n’a pas pu être épargnée à une époque où les inégalités rongent la société américaine. Noire et pauvre, ça faisait au moins deux bonnes raisons de mourir plus vite que les autres. Et pourtant, ce qu’Henrietta a offert au monde, c’est une source quasi infinie de remèdes. Des rédemptions par millions.

Mais cette mort n’en est pas tout à fait une puisque quelque chose de vivant lui survit et colonise tous les espaces qui s’offrent à elle. Sans compter que la sorcellerie moderne pourrait bien proposer à Henrietta un retour sur Terre. Non seulement elle pourrait la ressusciter mais en milliers d’exemplaires comme autant de plis d’Henrietta. Chaque laboratoire pourrait proposer sa version du retour d’Henrietta Lacks : HeLa made in China, HeLa made in Milano, HeLa made in Rio De Janeiro. Toutes les mêmes ? rien n’est moins sûr. Des dizaines d’années de manipulation dans des environnements, certes stériles et normatifs, mais qui sait, l’air frais de Helsinki a peut-être grippé Henrietta et nul ne peut dire si les rengaines fredonnées par les laborantines de Madrid n’ont pas bercé les cellules d’une manière ou d’une autre. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Deuxième partie : réception du projet à l’ENSCI

Il y a une belle image, une vue d’ensemble, où l’on peut voir différents objets. Je vais tenter de les décrire. Il y a une sorte de bobine de fil juchée sur un promontoire, il y a une arche plein cintre composée de ce qui ressemble à des baguettes de bois dont le motif intercale des rayures blanches et noires, tels des bits en noirs et blanc qui forment un motif abstrait. Il y a la forme symbolique d’une hélices d’ADN enfermée dans un tube à essai posé à l’envers, il y a une échelle qui part dans le vide et commence sur le morceau d’un sol quadrillé. Il y a un jeu de carte qui semble mettre en exergue des mécanismes du vivant sous la forme d’un jeu de tarot divinatoire, il y a la reproduction miniature du retable du Jardin des délices de Jérôme Bosch. Au dos de ce retable, le fait est connu et visible au musée du Prado à Madrid, se tient un globe, une demi-sphère couverte par la coupole du ciel. Le retable rentre en dialogue avec des séquences plus ou moins longues de noirs et de blanc enfermés sous cloche. Ce sont je crois, la matérialisation métaphorique des gènes. Que se raconte-t-il entre les paysages de luxures, de débauches et de plaisir de Jérôme Bosch et le petit dôme en verre ? Il y a un jeu de dame, dont les placements réguliers ont été bouleversés par une cartographie cosmologique. Toutes ces choses fourmillent d’idées, de rapprochement. Une partie de ce monde est en noir&blanc, l’autre en couleur.

Comment ce projet a-t-il été reçu à l’Ensci, qui est connue et reconnue pour son enseignement du design industriel c’est à dire la fabrication en grande série de pièce où le jeu est une adéquation des formes de production à la production des formes ? 

Qu’est ce que ça change pour toi, fondamentalement, de penser le design avec cette connaissance de la biologie ? Tu as en effet étudié à la faculté puis tu as fait un Master 2 à l’ENS d’Ulm, je crois que tu avais même commencé une thèse en neuroscience ?

C’est dans un dédale de plis que l’on rentre dans l’écriture de Marie-Sarah. L’écriture ici n’est pas la mise en plan de réflexions pour les ranger gentiment dans des catégories qui ménage le lecteur. 

Il faut trancher dans le pli un chemin pour obtenir un semblant d’explication : pli incorporel, pli frontière, pli volte-face, pli connecteur, pli exponentiel, pli reflet, pli émergence, pli herméneutique, cette mise en plis, notre mise à pli, se fait le long des pages qui deviennent des monts sur lesquels courent des images entre deux-plis : entre deux frontière de la pensée, qui connecte deux éléments, qui reflète l’écriture. Écriture que l’on pourrait dire Rhizomique dans le vocabulaire de Deleuze et qui me fait penser aux “ jeux de ficelles “ qu’apprécie tant Donna Haraway. 


Lecture Berceau de Mica 

« L’écriture cunéiforme a évolué pendant trois mille ans pour s’adapter aux contraintes et à la plasticité de son support, l’argile, qui lui a permis de devenir une écriture-sculpture. 

Et il se peut que l’argile ait également été le ferment d’une sculpture du vivant.

Matière friable, l’argile est rapidement considérée dans l’antique Mésopotamie comme un élément primordial. Si de nombreux récits des origines développent l’idée d’un homme sculpté dans l’argile (Adam fut modelé avec de la glèbe, le Golem est fait d’argile, etc.), la communauté scientifique se penche désormais sérieusement sur le rôle de l’argile comme échaffaudage déterminant dans l’apparition et l’organisation de la vie. En se mélangeant à de l’eau de mer, la structure de l’argile forme un hydrogel – état spongieux – où des molécules passant à proximité se retrouvent captées en forte concentration. L’argile catalyse alors les réactions susceptibles d’advenir entre ces molécules en favorisant la polymérisation de molécules organiques complexes. Parmi les minéraux qui constituent l’argile, le mica possède une structure en feuillets qui seraient au cœur de ce bouleversement. Depuis 2007, la biologiste Helen Hansma défend son hypothèse : Life between the sheets. L’eau aurait entraîné les biomolécules qui se seraient retrouvées piégées, protégées par la fine épaisseur des feuillets de mica qui auraient commencé par servir de membranes artificielles.

Le mica aurait contraint les molécules à réagir entre elles et à se structurer en cellules  étanches grâce aux cycles jour-nuit qui provoquent la dilatation et la contraction des feuillets de mica. C’est typiquement avec ce genre d’oscillation mécanique qu’on peut induire chez les cellules cardiaques un mouvement contractile. Et c’est peut-être ce même mouvement de va-et-vient qui aura permis d’animer la matière et de la conduire à se retrancher dans une forteresse de phospholipides : la membrane cellulaire. Visuellement, le mica respire, dilatant ses feuillets et laissant entrevoir les timides tentatives d’union des molécules dans ses saillies. À chaque strate, à chaque étage du mica, s’est probablement déroulé une lutte pour fabriquer les premiers tressaillements de la vie. C’est là, dans un de ces feuillets, que la grammaire des êtres s’est mise en place. Plusieurs fois ? Des millions peut-être, mais il ne nous reste qu’une unique grammaire de la vie : celle qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et qui ébranle chaque cellule et chaque être vivant, et pas un seul fossile ne nous a encore prouvé le contraire. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Troisième partie : Enseigner le vivant

Après cette lecture de ton mémoire, nous allons nous intéresser à ton enseignement de la biologie à l’ENSCI les Ateliers. Nous nous intéresserons plus longuement à cette question durant un deuxième entretien. 

Est ce que tu peux nous donner un exemple concret de ce que tu enseignes à tes étudiants designers ? 

Quels visions animent ces jeunes designers ?

  • Introduction du Projet BIOQUEER par Robin Bourgeois, Claire-Angelica De Cartert et Talita Otovic ENSAD 2019

« Le projet explore les relations entre le queer et les récentes recherches sur le microbiote humain. Projeté dans un futur hypothétique où l’hétéronormativité n’existe plus, le spectateur est invité à écouter un discours qui énonce comment les personnes atteintes d’homophobie pourraient être prises en charge à travers leur microbiote pour rétablir un équilibre perdu sans lequel ils souffrent d’homophobie. » (texte de Marie-Sarah Adenis)

  • Introduction du projet ATMOS par Camille Peyrachon et Daniel Cadot ENSCI 2018

« Le projet traite de la géo-ingénierie qui consiste à manipuler le climat à grande échelle avec des techniques potentiellement dangereuses et qui donnent la sensation que tout pourra être réglé par un surplus de technique. 

Ce techno-solutionnisme évite de se confronter à la question des causes de ce dérèglement. Le programme spéculatif ATMOS explore comment cette géo-ingénierie pourrait s’imposer dans notre quotidien. Il s’agit d’alerter en pointant les dérives afin de bien comprendre ce que ces techniques de géo-ingénierie impliquent en dépit de leur démonstrations séduisantes. » (texte de Marie-Sarah Adenis)



Bio is the new black retrouvera prochainement Marie-Sarah Adenis pour une deuxième interview.

C'était CPU, le programme Carré Petit Utile de Radio FMR

Pour ce deuxième épisode de la série Bio is the new black, l'équipe est composée de :

Elise Rigot, Chief Stirrer Officer

DaScritch, Chief Mixer Officer

La release a été shippée avec les moyens techniques de CPU et de Bio is the new black. 

L'intégralité du programme, des extraits et nos sources sont disponibles sur le site cpu.pm

sur la page de l’émission cpu.pm/0126 et sur la plateforme ausha, vous pouvez commenter et partager. Les chroniques et interviews sont en licence libre c'est donc là pour ça !

La programmation musicale est de Marie-Sarah Adenis, Bio Is the New Black la remercie pour son swing :) Merci aussi à Phaune Radio.

Prochaine release : Nous vous donnons rendez-vous jeudi prochain à 11h.

Si vous nous écoutez sur radio FMR le jeudi, il est midi, nous cédons l’antenne à Monique Blanquet.  

Description

Pour ce second épisode hors les murs de Bio Is The New Black, nous étions à Issy-les-Moulineaux. Nous avons dialogué avec Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation. Nous avons discuté de l’apport de la biologie pour penser le design et mille autres bricoles passionnantes. Cette émission est diffusée sur radio FMR dans le programme CPU et écoutable en podcast sur ausha ici et sur cpu.pm ici.


Dans cette release de CPU :

Des fossiles qui dansent

Des molécules syndicalisées

Une cabaliste du vivant 

et un cancer standardisé

Notre invité est Marie-Sarah Adenis, designer et biologiste de formation.


L'équipe aujourd'hui : Elise Rigot et DaScritch


Documentation

Marie-Sarah Adenis  😎 


Références cités (auteurs, livres, films, expositions, etc.)  💥 


Mini-Glossaire  📓 

ADN : Constituant essentiel des chromosomes, présent aussi dans les mitochondries et les plastes, l'ADN est le support de l'information héréditaire.

Chromosomes : Structure cellulaire microscopique, constituée d'ADN et de protéines, et représentant le support physique de l'hérédité.

Gamète : Cellule reproductrice, mâle ou femelle, dont le noyau ne contient qu'un seul chromosome de chaque paire et qui s'unit au gamète de sexe opposé (fécondation) pour donner naissance à un œuf (zygote).

Gène :  Segment d'ADN conditionnant la synthèse d'une ou de plusieurs protéines et, donc, la manifestation et la transmission d'un caractère héréditaire déterminé. 

Génétique : grec gennêtikos, de gennân, engendrer. Partie de la biologie qui étudie les lois de l'hérédité.

Génome : Ensemble du matériel génétique, c'est-à-dire des molécules d'ADN, d'une cellule ou d’une espèce.

Génomique : Ensemble des disciplines ayant trait à l'étude et à l'exploitation du génome.


Musiques :  😱 

  • One Self, Bluebird, Album Children of Possibility (2005)
  • Kate Tempest - Tunnel Vision, Album Let Them Eat Chaos (2016)
  • MC, The RH Factor, Crazy race
  • Alio Die & Amelia Cuni, Ambhas


Lectures :

  • « Berceau de Mica » dans le chapitre « Le dinosaure qui est en moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017, de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis
  • « HeLA Elle l’a », dans le chapitre « Au pli de moi », Danser parmi les fossiles, mémoire de fin d’étude à l’ENSCI Les Ateliers, 2017,de Marie-Sarah Adenis sous la direction de Rémi Sussan, tout droit réservé à Marie-Sarah Adenis


Paillasse du design : une science en culture   ⚗️🔬🌱 

Au bord du promontoire, tu hisses ton corps. Tu esquisses un premier plongeon. En bas, les abysses te renvoient leur profondeur. Les pieds crispé, au bord du précipice : Tu as sauté, immergé, de tout ton corps dans ce bouillon de culture. Il fait 37°C, un microcosme vole autour de toi. Cela grouille de vies inconnues. Est-ce la porté d’un monde nouveau ? Ou bien n’est-ce qu’une des milles et unes versions de notre réalité ? 

Toi, qui pendant longtemps a cru que le monde des idées était séparé dans des unités quantifiables, strictes, éternelles, et des histoires à dormir debout que les humains se racontent pour s’expliquer le monde autour de grands feux de joie. Toi, persuadé de la foi dans le progrès scientifique et technique, oui toi, optimiste, qui regarde d’un oeil bienveillant le projet de la culture occidental.  

A toi, j’aimerai amener une vision où la science et la technique peuvent être mise en culture, qui ne soit pas seulement dans un milieu de culture. 

A toi, j’aimerai te présenter des rapprochements, des liens, des toiles, des jeux de ficelles, des comparaisons farfelues. Comment comprendre le monde vivant, qui nous entoure, dont nous faisons parti, qui nous habite, dans lequel nous évoluons ? Faut-il dire humains et non humains ? Qu’est-ce-que cela veut dire de prendre soin de ces vivants en tant qu’être l’humain, nous, qui vivons désormais sur les ruines de notre projet occidental ? 

End of the game. Il nous faut creuser dans les fondations de notre culture. Faire autrement. 

Et je crois que la compréhension du vivant est l’une, si ce n’est la chose, qui nous faut réfléchir aujourd’hui pour repenser totalement le projet culturel qui nous anime. 

Bienvenue dans Bio is the new Black.


Interview intro

Bio Is The New Black invite artistes, designers, philosophes, scientifiques et ingénieurs à explorer les multiples questions éthiques, critiques et de  créations qui se posent avec les technologies de bio-fabrication. 

Aujourd’hui nous interviewons Marie-Sarah Adenis

  • directrice artistique de l’entreprise de biotechnologie Pili
  • enseignante l’Ecole Nationale supérieure de création industrielle - ENSCI Les Ateliers et intervenante à l’école Nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris
  • designer et biologiste de formation
  • présidente du premier syndicat des bactéries


Première partie : Génomique Oraculaire

Je crois bien que c’est au 226 Rue Saint-Denis, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois Marie-Sarah et moi, quelque part dans l’hiver de 2014. Un peu après les boutiques de fringues à destination d’un public ultra-féminisée à bas prix, un peu après la grande arche en pierre, entourée de Kebab, de coiffeurs affros et de restaurants indiens. Si l’on franchit le portail du 226, se tient un laboratoire d’un genre nouveau, son nom est La Paillasse, c’est un laboratoire citoyen et ouvert à tous, un rêve fou où l’on pourrait faire de la science ailleurs que dans les grands laboratoires scientifiques et faire de la recherche citoyenne. C’est là, que je rencontre Marie-Sarah. Et, c’est ici, que nous commençons à discuter de ce que devrait être une réflexion réellement fondée sur le BioDesign (dont nous détestons l’étiquette, peut-être car nous n’aimons pas tellement les catégories de manière générale), nous cherchons l’esprit critique, éclairé, nous cherchons ce qui donnerait autant de sens au vivant qu’au design. 

Entre temps, Marie-Sarah termine son diplôme à l’Ensci ainsi que son mémoire Danser parmi les fossiles. Les lectures que vous entendrez durant cette émission sont issues de ce travail de recherche.

Entre temps aussi, Marie-Sarah remporte quantité de prix et monte une entreprise, Pili. Ce qui est né au départ dans un squat prend une vie concrète : une expérience consistant à modifier la génétique de bactéries pour leur faire produire des molécules colorantes. 

Aujourd’hui nous sommes sur l’île d’Issy-les-Moulineaux, où vit Marie-Sarah Adenis, là-haut, rayonne des objets et des ouvrages qui se livrent à des discussions dans des langues inconnues. Objets de cultes africains, égyptiens, peintures et images, mots et récits. Cet entretien est la première partie de l’interview qui se concentre principalement sur le projet de génomique oraculaire et l’enseignement du design par Marie-Sarah.

Dans le projet Génomique Oraculaire, tu incarnes le duo génétique-épigénétique par le couple Dionysos et Apollon. Dionysos et Apollon apparaissent dans la pensée de Nietzsche dans l’ouvrage La Naissance de la tragédie (1872) sous le trait de deux forces antagonistes de l’art que le philosophe Nietzsche tente de réunir, et faire dialoguer. Cette dualité que tu convoques ici, permet de faire pénétrer science et culture. 

Est-ce que tu peux revenir sur le projet de Génomique Oraculaire ? Comment le présenterais-tu et qu’aimerais-tu en dire ici ? Dans un premier-temps je crois qu’il faudra quand même expliquer ces deux notions importantes que sont la génétique et l’épigénétique, je ne me risque pas à le faire, je préfère profiter de ta présence.

Il y a dans ton travail, une attention particulière portée aux symboles, à la citation, à la manière de ce que l’on pourrait appeler, des figures de style de Design. La citation à Jérôme Bosch par exemple est extrêmement repérable. Il y a aussi des opérations de traduction, comment traduire, en quelque sorte, ce qu’est un locuste-copiste, un gène fantôme ou un ancêtre commun dans le vocabulaire de la Génomique Oraculaire

Est-ce qu’on peut dire cela, que tu construis un vocabulaire ?


Lecture HeLA, Elle l’a

« Au milieu du XXème siècle, le monde scientifique est toujours incapable de maintenir en vie des cellules humaines en dehors du corps. Mais le sacrifice d’une des nôtres va forcer le miracle. En 1951, Henrietta Lacks, une afro-américaine meurt d’un cancer foudroyant. Mécaniquement et sans trop d’espoir, les médecins prélèvent quelques cellules tumorales sur le corps de la défunte. Le lendemain, les cellules cancéreuses n’ont pas défraichi, elles s’avèrent même tenaces et vigoureuses. Toutes les vingt-quatre heures, de nouvelles générations de cellules se mettent en place. La machine est lancée et n’a jamais cessé de fonctionner depuis ce jour. Le monde dispose alors de cellules humaines immortelles, les cellules HeLa, nommées d’après leur donneuse involontaire, Henrietta Lacks. Les laboratoires du monde entier se les arrachent et cultivent précieusement cette matière vivante qui se plie à toutes les exigences expérimentales. La médecine fait un bond de géant.

La recherche en est bouleversée : vaccins, fécondation in vitro, des millions de vies échappent à la polio grâce à quelques gouttes posées sur la langue. Des gouttes contenant un peu d’Henrietta Lacks qui vit dès lors à travers des millions de personnes. Des hosties à faire rougir l’Église. Promesses tenues cette fois. HeLa multiplie les miracles. 

Ella elle l’a est une chanson qui célèbre une autre noire américaine, Ella Fitzgerald.

Et dans le texte, il y a ce passage troublant : « Que tu cherches encore les pouvoirs qui dorment en toi / Tu vois ça ne s’achète pas  / Quand tu l’as tu l’as ». Car HeLa, elle l’a, cette vitalité cellulaire qui n’a jamais été égalée, cette immortalité gagnée au prix d’une mort qui n’a pas pu être épargnée à une époque où les inégalités rongent la société américaine. Noire et pauvre, ça faisait au moins deux bonnes raisons de mourir plus vite que les autres. Et pourtant, ce qu’Henrietta a offert au monde, c’est une source quasi infinie de remèdes. Des rédemptions par millions.

Mais cette mort n’en est pas tout à fait une puisque quelque chose de vivant lui survit et colonise tous les espaces qui s’offrent à elle. Sans compter que la sorcellerie moderne pourrait bien proposer à Henrietta un retour sur Terre. Non seulement elle pourrait la ressusciter mais en milliers d’exemplaires comme autant de plis d’Henrietta. Chaque laboratoire pourrait proposer sa version du retour d’Henrietta Lacks : HeLa made in China, HeLa made in Milano, HeLa made in Rio De Janeiro. Toutes les mêmes ? rien n’est moins sûr. Des dizaines d’années de manipulation dans des environnements, certes stériles et normatifs, mais qui sait, l’air frais de Helsinki a peut-être grippé Henrietta et nul ne peut dire si les rengaines fredonnées par les laborantines de Madrid n’ont pas bercé les cellules d’une manière ou d’une autre. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Deuxième partie : réception du projet à l’ENSCI

Il y a une belle image, une vue d’ensemble, où l’on peut voir différents objets. Je vais tenter de les décrire. Il y a une sorte de bobine de fil juchée sur un promontoire, il y a une arche plein cintre composée de ce qui ressemble à des baguettes de bois dont le motif intercale des rayures blanches et noires, tels des bits en noirs et blanc qui forment un motif abstrait. Il y a la forme symbolique d’une hélices d’ADN enfermée dans un tube à essai posé à l’envers, il y a une échelle qui part dans le vide et commence sur le morceau d’un sol quadrillé. Il y a un jeu de carte qui semble mettre en exergue des mécanismes du vivant sous la forme d’un jeu de tarot divinatoire, il y a la reproduction miniature du retable du Jardin des délices de Jérôme Bosch. Au dos de ce retable, le fait est connu et visible au musée du Prado à Madrid, se tient un globe, une demi-sphère couverte par la coupole du ciel. Le retable rentre en dialogue avec des séquences plus ou moins longues de noirs et de blanc enfermés sous cloche. Ce sont je crois, la matérialisation métaphorique des gènes. Que se raconte-t-il entre les paysages de luxures, de débauches et de plaisir de Jérôme Bosch et le petit dôme en verre ? Il y a un jeu de dame, dont les placements réguliers ont été bouleversés par une cartographie cosmologique. Toutes ces choses fourmillent d’idées, de rapprochement. Une partie de ce monde est en noir&blanc, l’autre en couleur.

Comment ce projet a-t-il été reçu à l’Ensci, qui est connue et reconnue pour son enseignement du design industriel c’est à dire la fabrication en grande série de pièce où le jeu est une adéquation des formes de production à la production des formes ? 

Qu’est ce que ça change pour toi, fondamentalement, de penser le design avec cette connaissance de la biologie ? Tu as en effet étudié à la faculté puis tu as fait un Master 2 à l’ENS d’Ulm, je crois que tu avais même commencé une thèse en neuroscience ?

C’est dans un dédale de plis que l’on rentre dans l’écriture de Marie-Sarah. L’écriture ici n’est pas la mise en plan de réflexions pour les ranger gentiment dans des catégories qui ménage le lecteur. 

Il faut trancher dans le pli un chemin pour obtenir un semblant d’explication : pli incorporel, pli frontière, pli volte-face, pli connecteur, pli exponentiel, pli reflet, pli émergence, pli herméneutique, cette mise en plis, notre mise à pli, se fait le long des pages qui deviennent des monts sur lesquels courent des images entre deux-plis : entre deux frontière de la pensée, qui connecte deux éléments, qui reflète l’écriture. Écriture que l’on pourrait dire Rhizomique dans le vocabulaire de Deleuze et qui me fait penser aux “ jeux de ficelles “ qu’apprécie tant Donna Haraway. 


Lecture Berceau de Mica 

« L’écriture cunéiforme a évolué pendant trois mille ans pour s’adapter aux contraintes et à la plasticité de son support, l’argile, qui lui a permis de devenir une écriture-sculpture. 

Et il se peut que l’argile ait également été le ferment d’une sculpture du vivant.

Matière friable, l’argile est rapidement considérée dans l’antique Mésopotamie comme un élément primordial. Si de nombreux récits des origines développent l’idée d’un homme sculpté dans l’argile (Adam fut modelé avec de la glèbe, le Golem est fait d’argile, etc.), la communauté scientifique se penche désormais sérieusement sur le rôle de l’argile comme échaffaudage déterminant dans l’apparition et l’organisation de la vie. En se mélangeant à de l’eau de mer, la structure de l’argile forme un hydrogel – état spongieux – où des molécules passant à proximité se retrouvent captées en forte concentration. L’argile catalyse alors les réactions susceptibles d’advenir entre ces molécules en favorisant la polymérisation de molécules organiques complexes. Parmi les minéraux qui constituent l’argile, le mica possède une structure en feuillets qui seraient au cœur de ce bouleversement. Depuis 2007, la biologiste Helen Hansma défend son hypothèse : Life between the sheets. L’eau aurait entraîné les biomolécules qui se seraient retrouvées piégées, protégées par la fine épaisseur des feuillets de mica qui auraient commencé par servir de membranes artificielles.

Le mica aurait contraint les molécules à réagir entre elles et à se structurer en cellules  étanches grâce aux cycles jour-nuit qui provoquent la dilatation et la contraction des feuillets de mica. C’est typiquement avec ce genre d’oscillation mécanique qu’on peut induire chez les cellules cardiaques un mouvement contractile. Et c’est peut-être ce même mouvement de va-et-vient qui aura permis d’animer la matière et de la conduire à se retrancher dans une forteresse de phospholipides : la membrane cellulaire. Visuellement, le mica respire, dilatant ses feuillets et laissant entrevoir les timides tentatives d’union des molécules dans ses saillies. À chaque strate, à chaque étage du mica, s’est probablement déroulé une lutte pour fabriquer les premiers tressaillements de la vie. C’est là, dans un de ces feuillets, que la grammaire des êtres s’est mise en place. Plusieurs fois ? Des millions peut-être, mais il ne nous reste qu’une unique grammaire de la vie : celle qui s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui et qui ébranle chaque cellule et chaque être vivant, et pas un seul fossile ne nous a encore prouvé le contraire. »

Texte : © Marie-Sarah Adenis, tous droits réservés.

Lecture : Élise Rigot.


Troisième partie : Enseigner le vivant

Après cette lecture de ton mémoire, nous allons nous intéresser à ton enseignement de la biologie à l’ENSCI les Ateliers. Nous nous intéresserons plus longuement à cette question durant un deuxième entretien. 

Est ce que tu peux nous donner un exemple concret de ce que tu enseignes à tes étudiants designers ? 

Quels visions animent ces jeunes designers ?

  • Introduction du Projet BIOQUEER par Robin Bourgeois, Claire-Angelica De Cartert et Talita Otovic ENSAD 2019

« Le projet explore les relations entre le queer et les récentes recherches sur le microbiote humain. Projeté dans un futur hypothétique où l’hétéronormativité n’existe plus, le spectateur est invité à écouter un discours qui énonce comment les personnes atteintes d’homophobie pourraient être prises en charge à travers leur microbiote pour rétablir un équilibre perdu sans lequel ils souffrent d’homophobie. » (texte de Marie-Sarah Adenis)

  • Introduction du projet ATMOS par Camille Peyrachon et Daniel Cadot ENSCI 2018

« Le projet traite de la géo-ingénierie qui consiste à manipuler le climat à grande échelle avec des techniques potentiellement dangereuses et qui donnent la sensation que tout pourra être réglé par un surplus de technique. 

Ce techno-solutionnisme évite de se confronter à la question des causes de ce dérèglement. Le programme spéculatif ATMOS explore comment cette géo-ingénierie pourrait s’imposer dans notre quotidien. Il s’agit d’alerter en pointant les dérives afin de bien comprendre ce que ces techniques de géo-ingénierie impliquent en dépit de leur démonstrations séduisantes. » (texte de Marie-Sarah Adenis)



Bio is the new black retrouvera prochainement Marie-Sarah Adenis pour une deuxième interview.

C'était CPU, le programme Carré Petit Utile de Radio FMR

Pour ce deuxième épisode de la série Bio is the new black, l'équipe est composée de :

Elise Rigot, Chief Stirrer Officer

DaScritch, Chief Mixer Officer

La release a été shippée avec les moyens techniques de CPU et de Bio is the new black. 

L'intégralité du programme, des extraits et nos sources sont disponibles sur le site cpu.pm

sur la page de l’émission cpu.pm/0126 et sur la plateforme ausha, vous pouvez commenter et partager. Les chroniques et interviews sont en licence libre c'est donc là pour ça !

La programmation musicale est de Marie-Sarah Adenis, Bio Is the New Black la remercie pour son swing :) Merci aussi à Phaune Radio.

Prochaine release : Nous vous donnons rendez-vous jeudi prochain à 11h.

Si vous nous écoutez sur radio FMR le jeudi, il est midi, nous cédons l’antenne à Monique Blanquet.  

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