- Speaker #0
Prescrire un examen biologique, c'est un acte du quotidien, mais aussi une vraie responsabilité. Dans Biomédicalement Votre, on prend le temps de décrypter ensemble la juste prescription à partir de situations concrètes, de retours de terrain et d'échanges entre professionnels de santé. Bienvenue et bonne écoute ! Je m'appelle Abla, je suis biologiste médicale et aujourd'hui, je reçois avec plaisir ma chère collègue Sabine Trombert. biologiste médical spécialiste en infectiologie au laboratoire CERBA. Ensemble, nous allons parler de Neisseria gonorrhoeae ou gonocoque, une bactérie responsable d'une infection sexuellement transmissible en pleine recrudescence et dont la prise en charge a été actualisée par la HAS en avril 2025. Comment bien prescrire le diagnostic ? Quand faut-il dépister plusieurs sites ? Et pourquoi la culture reste indispensable ? même à l'ère des PCR. Dans cet épisode de Biomédicalement Votre, nous allons revenir sur la juste prescription et la bonne interprétation du bilan biologique en cas de suspicion d'infection agonococque. Bonjour Sabine. Bonjour Abla. Avant de commencer, je vais vous lire une question qui nous a été envoyée par Thomas, médecin généraliste à Lyon, qui reçoit un homme de 28 ans, consultant pour des brûlures urinaires apparues deux jours après un rapport sexuel non protégé. Il suspecte une infection à gonocoque et se demande « dois-je demander une PCR ou une culture ? » Alors Sabine, qu'est-ce qu'on peut répondre à Thomas ?
- Speaker #1
Dans ce contexte de patients symptomatiques, l'examen de première intention et la PCR sont associés à la culture d'emblée. En effet, la PCR est la méthode diagnostique de référence aujourd'hui. avec d'excellentes performances en termes de sensibilité et de spécificité. Mais, et c'est un point important, la culture permet la réalisation de l'antibiogramme. Donc ces deux examens sont complémentaires, la PCR pour diagnostiquer, la culture pour surveiller les résistances.
- Speaker #0
Très bien. Donc les recommandations sur le gonocoque ont été actualisées en avril 2025 par la HAS, la Haute Autorité de Santé. Pourquoi cette mise à jour était-elle nécessaire ?
- Speaker #1
Parce que l'infection à gonocoque reste un problème majeur de santé publique. En effet, on estime que près de 82 millions de nouveaux cas chaque année dans le monde. Et on a noté en Europe une augmentation d'un facteur 3 des infections à gonocoque entre 2015 et 2024. Donc une recrudescence très importante chez les MSM, les Men Who Have Sex With Men, mais aussi dans une population hétérosexuelle. Donc très important de diagnostiquer ces infections.
- Speaker #0
Très bien. Et qu'est-ce qui change concrètement pour les médecins et les biologistes ?
- Speaker #1
Ce qui change concrètement pour les biologistes, c'est le fait qu'on réalise d'emblée la culture et la PCR chez un patient symptomatique et que chez un patient asymptomatique, on fasse d'emblée la PCR. Et si elle est positive, on réalisera la culture seulement dans un deuxième temps. Pour les cliniciens, ce qui est important de rappeler, c'est qu'on a une modification des recommandations thérapeutiques depuis la HAS 2025, puisque la majorité des infections non compliquées, qu'elles soient au niveau rectal, pharyngé, cervical ou urétral, se fera avec de la ceftriaxone en intramusculaire à la dose de 1 g en monothérapie.
- Speaker #0
Et est-ce que le dépistage systématique reste recommandé ?
- Speaker #1
Le dépistage systématique est recommandé seulement chez les patients qui ont des facteurs de risque et notamment chez les jeunes de 15-29 ans. Et ce qu'il faut rappeler, c'est qu'il est désormais possible depuis 2024 de se présenter dans un laboratoire d'analyse médicale et de réaliser un test de dépistage sans avance de frais et sans prescription médicale, ce qu'on a appelé le IST sans ordo.
- Speaker #0
Et quelle est la population concernée par le dépistage systématique ?
- Speaker #1
Le dépistage, il est recommandé pas pour toutes les populations. On privilégie un dépistage ciblé des personnes les plus exposées, donc les jeunes sexuellement actifs. Et on a parlé du dispositif IST sans ordo, mis en place depuis septembre 2024, sans avance de frais et sans ordonnance pour toute personne qui se présenterait de moins de 26 ans dans un laboratoire. Les personnes ayant plusieurs partenaires, les patients... dont le partenaire est infecté, les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes et les personnes consultant dans le cadre d'une autre ISD. L'objectif est de diagnostiquer précocement des infections souvent asymptomatiques et en pensant notamment aux sphères rectales et pharyngées.
- Speaker #0
Sabine, on parle beaucoup de dépistage multisite. Pourquoi c'est si important ?
- Speaker #1
Alors, c'est très important parce que le gonocoque ne se limite pas aux infections génitales. Selon les pratiques sexuelles, l'infection peut toucher l'urètre, le col utérin, mais aussi le rectum et ou le pharynx. Or, ces deux dernières localisations sont très souvent asymptomatiques. Si l'on ne prélève qu'un seul site, on risque de passer complètement à côté du diagnostic. Le choix des prélèvements doit donc toujours être guidé par les pratiques sexuelles déclarées par le patient et on privilégiera l'auto-prélèvement.
- Speaker #0
Alors, venons-en au diagnostic maintenant. Les PCR restent la méthode de référence. Sur quel type de prélèvement peuvent-elles être réalisées ?
- Speaker #1
Effectivement, la PCR, c'est la méthode de choix en première intention, associée plus ou moins à la culture, comme nous l'avons dit précédemment. Ils peuvent être réalisés sur les urines de premier jet chez l'homme. Donc, on oubliera le prélèvement urétral, sauf si le patient est symptomatique. Et ce qui est important, c'est que si on réalise des urines de premier jet chez l'homme, il faut qu'il y ait eu une stase des urines d'au moins une heure dans la vessie. Chez la femme, on privilégiera l'autoprélèvement vaginal. Et puis, on pourra faire un prélèvement cervical si un spéculum doit être posé pour une autre raison. Pour les deux autres sites, qui sont le prélèvement rectal et pharyngé, on privilégiera l'autoprélèvement. Donc la PCR a d'excellentes performances diagnostiques. Et je le rappelle, chez un patient symptomatique, on fait d'emblée PCR et culture. Et chez le patient asymptomatique, la PCR en première intention. et si elle est positive, on réalisera une culture... avec antibiogramme. Cette culture ne doit pas retarder le traitement, mais elle est essentielle pour surveiller l'émergence des résistances. Et un point particulier concernant la résistance, nous venons d'avoir une alerte du Centre national de référence des gonocoques qui a montré que la résistance à la ceftriaxone, qui est le traitement de première intention à l'heure actuelle, est en train d'augmenter de façon importante. Puisqu'on a depuis janvier 2025 16 souches résistantes à la ceftriaxone qui ont été mises en évidence en France.
- Speaker #0
Si je comprends bien Sabine, le message c'est PCR pour diagnostiquer, culture pour surveiller les résistances et adapter le traitement au besoin.
- Speaker #1
Oui exactement. La PCR permet un diagnostic rapide et sensible. La culture apporte une information complémentaire indispensable, le profil de sensibilité aux antibiotiques. Cette surveillance est, comme je vous l'ai dit, devenue cruciale, car le gonocoque a progressivement acquis des résistances, et les recommandations insistent donc sur la nécessité de maintenir cette surveillance microbiologique à grande échelle.
- Speaker #0
Alors, dernière question pratique, faut-il contrôler systématiquement la guérison après traitement ? Et quid du ou des partenaires ?
- Speaker #1
Alors, deux questions. Faut-il contrôler systématiquement la guérison ? Non, on ne contrôle pas systématiquement. lorsque l'infection a été traitée par ceftriaxone et qu'on a une évolution clinique favorable, le contrôle n'est pas nécessaire. Par contre, il peut s'avérer nécessaire, et dans ces cas-là, on fera un contrôle 14 jours après l'arrêt de l'antibiotique, en cas de traitement qui ne serait pas le traitement standard, si la souche présente une sensibilité diminuée à la ceftriaxone, Si c'est un patient qui revient d'une zone de forte endémie de résistance, et notamment l'Asie du Sud-Est, où les symptômes persistent, 72 heures après l'antibiothérapie. Et ne pas oublier abstinence sexuelle ou port du préservatif jusqu'à 7 jours après l'arrêt du traitement. Deuxième question, cuide du ou des partenaires. Là aussi, il faudra faire un dépistage systématique du ou des partenaires. six patients est symptomatique dans les six derniers mois. Et si le patient est asymptomatique, à ce moment-là, on fera un dépistage seulement. Faut-il faire une notification au partenaire ? Oui, un dépistage de Neisseria gonorrhoe doit être proposé à tout partenaire dans les six derniers mois. Et on traitera les patients qui sont détectés positifs. Et si le rapport sexuel date de moins de 14 jours, à ce moment-là, on pourra d'emblée Merci. donner une antibiotérapie parce que le test de PCR risque d'être négatif.
- Speaker #0
En résumé, on adapte les prélèvements aux pratiques sexuelles du patient et on pense systématiquement au dépistage multisite. On utilise la PCR plus ou moins à la culture comme examen diagnostique de référence. La culture est essentielle pour surveiller les résistances et préserver les options thérapeutiques futures. Et on n'oublie pas le dépistage des autres IST, l'information des partenaires et les mesures de prévention.
- Speaker #1
Tout à fait, Abla. Comme tu le dis, il faut absolument que le dépistage s'inscrive dans un contexte plus large de santé sexuelle où le clinicien accompagnera le patient. parlera violence sexuelle éventuelle, parlera de la prévention, proposera éventuellement l'après-VIH et le dépistage des partenaires. Et puis, un point important, ne pas oublier qu'une personne qui a été infectée par du gonocoque est susceptible d'être réinfectée. Donc, on proposera un dépistage de nouveau trois à six mois après ce premier épisode.
- Speaker #0
C'est le moment de la question rituelle. Sabine ? Avez-vous un cas ou un chiffre à nous donner ?
- Speaker #1
Alors, je reviendrai sur deux chiffres. Le premier, c'est le nombre d'infections agonococques en Europe qui a été multiplié par un facteur 3 entre 2015 et 2024. Donc, vraiment une importante augmentation du nombre d'infections qui concerne dans 62% des cas les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes. Mais on a aussi une forte augmentation dans la population hétérosexuelle. Et puis le deuxième chiffre, c'est le nombre de souches résistantes à la ceftriaxone, qui est donc le traitement de référence en première intention en France. Et on a noté depuis 2025 16 de ces souches qui sont résistantes à la ceftriaxone, alors que dans les années précédentes, cette résistante était limitée à 1 à 3 infections par an.
- Speaker #0
Eh bien, un grand merci Sabine d'avoir partagé votre expérience.
- Speaker #1
Merci à vous, c'était un plaisir.
- Speaker #0
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