- Speaker #0
Blasiane, et alors ? Votre nouveau rendez-vous podcast, elle est d'Afrique centrale,
- Speaker #1
il est asiatique.
- Speaker #0
Bienvenue dans notre podcast dédié à la vie de couple interculturel.
- Speaker #1
Nous partageons avec vous nos cultures, nos expériences et la magnifique complexité de notre relation métissée.
- Speaker #0
Dans ce podcast, nous ouvrons les portes de notre quotidien de couple.
- Speaker #1
Merci pour l'écoute.
- Speaker #0
Dans cet épisode spécial, nous ouvrons le dialogue sur la place des personnes racisées dans la culture en 2026. Inspiré par la sortie du film l'Odyssée et le choix fort d'un castigne multiculturel, nous nous interrogeons sur l'état réel de la représentation aujourd'hui. Assiste-t-on à une véritable évolution des mentalités et des récits, ou s'agit-il encore trop souvent d'effets de vitrine ? Comment les artistes racisés redéfinissent-ils les codes de la création contemporaine ? Entre avancées majeures, stéréotypes persistants, et questions de légitimité, nous croisons nos perspectives et nos expériences pour décrypter ce que signifie faire culture ensemble en 2026. Un épisode engagé, sans filtre et essentiel. Coucou les auditeurs, écoutez, là ça fait vraiment un an qu'on n'est pas revenus, donc il s'en est passé des choses entre temps, c'est la vie réelle.
- Speaker #1
Oui écoutez, c'est vrai qu'on a été très défendus, on avait plein de projets, plein de choses à faire et c'est vrai qu'on a... plus trop eu le temps de revenir vers vous, mais on va essayer d'y remédier et de revenir plus souvent.
- Speaker #0
On va être plus assidus. On est très contents de vous retrouver aujourd'hui pour une toute nouvelle émission basée sur une nouvelle thématique qui est la place des racisés dans le milieu culturel, en l'occurrence dans le cinéma, dans la musique ou dans différentes formes artistiques, quelles que soient. Je suis accompagné de ma prétendante et on va parler de tout ça. En ce moment, il y a le film de Christopher Nolan qui s'appelle L'Odyssée qui fait un carton. Et on l'a vu et on était assez contents. Moi, très content du final, de ce que ça rend et de ce que ça renvoie aussi. Et aussi de la place de ces acteurs mixtes tout au long du film. Parce que dans ce film-là, on peut avoir des acteurs noirs, des acteurs asiatiques du sud-est. des acteurs asiatiques du nord Il y avait des asiatiques chinois,
- Speaker #1
japonais et tout ? Non, ça il n'y en avait pas ?
- Speaker #0
Si, il y avait un asiatique... C'est celui qui part un moment avec les sirènes, qui enlève la cire de ses oreilles et qui part...
- Speaker #1
C'est vrai, c'est vrai, c'est vrai, oui.
- Speaker #0
On peut retrouver aussi... d'Afrique du Moyen-Orient, on peut retrouver aussi, je crois, d'Amérique du Sud aussi. De voir, en fait, toute cette palette culturelle, ça fait énormément plaisir parce qu'on ne justifie en aucun cas leur appartenance culturelle ou leur racine dans le film. En fait, on veut ça aujourd'hui dans le cinéma. Et le fait que ce soit un gros réalisateur prisé comme Christopher Nolan qui puisse mettre ça en avant en rentrant dans aucune justification possible, ça donne l'espoir pour l'avenir du cinéma et l'avenir de la culture dans le monde.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr, c'est vrai. Mais est-ce que tu penses que tout ça, d'un côté, ça dérange ? Parce que d'un côté, est-ce qu'après nous n'étions pas nés ? Mais la Grèce, les Grecs, on a l'impression que c'était blanc quand même à cette époque-là. C'est vrai que là, c'est parti. Ce n'est pas une aspiration de fait historique. C'est vraiment par rapport à un bouquin, le film. Mais dans l'imaginaire le plus profond des gens, c'est vrai qu'on en a quand même grandi avec des personnages. Par exemple, on imagine toujours tous le grec blanc. et donc est-ce que tu comprends que ça peut aussi choquer un peu les gens que en plus c'est toujours Hollywood genre c'est jamais les autres cinémas qui mélangent un petit peu enfin Hollywood les anglais aussi le font un petit peu il y avait une reine enfin je enfin quand tu regardes Bridgerton ou l'histoire enfin d'une d'une reine aussi anglaise qui s'en représentait par rapport à une femme noire, c'est vrai que dans les pays occidentaux, nous, on ne le fait pas. Donc, c'est toujours les Américains qui font ça, qui sont toujours en train de raciser, de mélanger toutes les ethnies, comme la petite sirène. Même si c'est une œuvre... C'est une œuvre... Imaginaire. Imaginaire, voilà, que la petite sirène, à aucun moment, on dit qu'elle est blanche. Mais c'est vrai qu'on a tous grandi avec ça, avec des images, la petite sirène blanche... Jésus-Christ blanc, blond, alors que je pense que Jésus-Christ, je pense qu'il devait être plus basané, avec les cheveux bouclés, il ressemblait plus à un palestinien de la façon dont on le représente, comme un blond aux yeux bleus. Mais le truc, c'est que, est-ce que tu peux comprendre, toi, que les gens, ils sont un peu perturbés, parce que pour eux, toute leur vie, toute leur jeunesse, grande partie de leur vie, ils ont eu à chaque fois des films Par exemple, quand tu regardes tous les odyssées qu'il y a eu, je veux dire, la reine de Troyes, elle était blonde. La petite sirène, c'était Ariel. Est-ce que tu penses que ça peut perturber certaines personnes ?
- Speaker #0
Oui, parce que toutes les représentations, que ce soit bibliques, religieuses, mythologiques, ont toujours été vues par le prisme de l'homme blanc. Donc aujourd'hui, ça vient déconstruire quelque chose que la culture a essayé de bâtir pendant des années. Et le fait qu'on vienne justement désamorcer un peu tout ce contexte-là, je pense que ça peut faire du mal à certains. Mais bon, en même temps, il faut réinterroger en fait cette époque. Il faut réinterroger cette construction, cette culture, comment elle a existé aussi. Donc tu vois, c'est comme... On n'est pas sûr que Beethoven soit blanc, on n'est pas sûr que Hamlet soit blanc. Il y a un truc où déjà que les femmes ont leur appliqué justement toute leur soif, leur connaissance vis-à-vis de tout ce qui est invention culturelle ou ce qui est avancé scientifique, c'est l'homme blanc qui a appliqué à la femme. Ça s'est reproduit aussi par rapport à l'homme de couleur, l'homme racisé. On vient réintroduire et on revient à interroger une histoire comme... l'histoire d'Homère, que ce soit l'Iliade ou l'Odyssée. Je veux dire, il n'y a aucune personne à ce jour qui peut nous prédire si comme Ulysse ou comme Achille ou tous ces personnages-là ont été blancs.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr, surtout qu'il y a eu beaucoup d'esclavage. Peut-être qu'ils ont fait venir des gens. Peut-être qu'à cette époque-là, ils étaient plus hétéroclites qu'on pense aujourd'hui.
- Speaker #0
Oui, et quand on parle aussi de... Quand je disais tout à l'heure par rapport au... religieux, mythologique et ça va aussi pour tout ce qui est Walt Disney les personnages dans les dessins animés les contes de Grimm, tout ce qui est lié à l'éducation et à l'enfance la représentation positive et toujours quelqu'un de très beau et forcément blanc j'avais vu une réaction sur TikTok par rapport à Aladdin, comme quoi Aladdin et Jasmine étaient représentés avec un faciès très européen, très occidentalisé Et à côté, les méchants sont vus comme des personnes au nez crochu, au regard noir, et censés représenter justement les habitants dans le pays où ça se passe, tu vois, comme dans Mulan ou comme dans différents films où se déroule une histoire. Et il y a toujours cette représentation de l'héros, l'héroïne très occidentalisée. Et c'est vrai, c'est qu'on a tendance justement à transformer une espèce de réalité alors qu'on ne sait pas vraiment si cette réalité est vraie ou pas. Et ça devient une espèce de norme, donc ça habitue les gens à penser que forcément le héros, la héroïne est blanc et c'est pas autrement. Là par exemple sur le film de Christopher Nolan, Lupita qui joue Hélène de Troyes, elle joue 4 minutes à tout casser dans le film, qui dure 3 heures, et bien ça va créer une énorme polémique autour de son personnage. pareil pour le personnage de Cynon qui est joué par Elliot Page qui est une transgenre qui fait polémique aussi pareil, elle a un petit rôle elle joue à tout casser peut-être 10 minutes dans le film, un bout à bout voilà, ça vient interroger ces choses alors on ne demande même pas à Matt Damon parce que c'est censé être grec c'est censé être méditerranéen Troyes, qui aujourd'hui la ville de Troyes est vers la Turquie Itak, ça se trouve en Grèce, et que Matt Damon, Anatawe qui joue Epenelope, ils n'ont pas des faces siestes de méditerranéens. Et là, pour le coup, ça ne vient choquer personne. Donc, si on interroge certains personnages... Anatawe,
- Speaker #1
rude avec la peau blanche, elle fait un peu italienne quand même, non ?
- Speaker #0
Oui, peut-être, mais pas... Tu vois, quand tu vois Matt Damon... Oui, c'est sûr,
- Speaker #1
il fait viking.
- Speaker #0
Non, mais voilà.
- Speaker #1
C'est un viking qui a... C'est sûr.
- Speaker #0
Ou quand tu vois, comment il s'appelle déjà ? Tom Holland, c'est pareil. Tom Holland, il fait très anglais. Il n'a rien d'amitié tarnière.
- Speaker #1
Ça ne choque personne.
- Speaker #0
Alors pourquoi on interroge ? Et on remet en question le rôle de Lupita et d'Eliott. Et par contre, on ne met pas en question le caractère de Matt Damon et Tom Holland.
- Speaker #1
C'est sûr, mais après, c'est ça. Vu que ces gens-là, eux, ils veulent des gens qui les représentent, que toute leur vie, ils ont des gens qui les représentent. Ils ne sont pas posés la question. C'est vrai que c'est quelque chose qu'on n'a pas dit, que personne n'a dit. Mais c'est vrai qu'il ne ressemble pas du tout à un Méditerranéen. Tom Holland ne ressemble pas à un Italien. Il ressemble vraiment à un Anglais. Et puis d'un côté, tu dis, la reine de Troyes, elle est censée représenter la femme la plus belle au monde, une beauté rare. Donc après, la beauté, c'est un peu subjectif. C'est-à-dire que peut-être que pour Christophe Hollande, Lupita, c'est la femme la plus belle. la plus belle. C'est vrai que c'est un peu bizarre. C'est vrai que pendant tellement longtemps, on avait une blonde aux yeux bleus. Donc en fait, pour la personne occidentale, la beauté ultime, c'est la blonde aux yeux bleus. C'est un peu tiré par les cheveux.
- Speaker #0
Ce qui est marrant, c'est que dans le film, la blonde aux yeux bleus, c'est une nymphe. C'est Calypso. C'est représenté par Calistéron, qui elle, est un peu la séductrice qui essaie de retenir Ulysse. Donc on n'est pas là dans l'espèce de déesse. la plus belle femme du monde. C'est-à-dire que l'imaginaire du public qui est la blonde...
- Speaker #1
Elle est quand même belle, quand même.
- Speaker #0
Oui, mais elle est rétrogradée en tant que nymphe dans une île isolée et pas à son avantage.
- Speaker #1
Je suis pas trop d'accord avec toi. Elle est quand même très, très belle dans le film. Mais elle n'est pas... Il n'y a pas l'opulence, il n'y a pas les belles robes. C'est vrai qu'il vit comme dans un monde où ça reste quand même assez simple. C'est vrai. Bien sûr.
- Speaker #0
Et toutes ces représentations de Hélène de Troyes, elles étaient à l'image de Charlize Theron. Et donc, tu vois, c'est comme si Christopher Nolan disait, voilà, votre représentation de l'Aleine de Troyes, j'en veux faire quelque chose d'autre et j'en veux faire une nymphe, je veux faire Calypso.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, mais c'est intéressant. C'est vrai que là, on a vraiment l'impression que du coup, il a un peu brisé les codes occidentaux. Et c'est vrai que les personnages, c'est vrai que je pense que les gens l'auraient plus mis, elle, en tant que reine de Troyes. et les autres dans d'autres personnages. Mais c'est vrai que c'est intéressant, le fait comme ça qu'il ait brisé tous ces codes de la beauté, parce que c'est comme les occidentaux, c'est vrai qu'eux, qui décident qui est beau et qui n'est pas beau. Il peut y avoir des personnages, ils sont toujours... La beauté ultime pour un Européen, c'est les traits fins. Même quand on parle, par exemple, de la femme noire, ou la femme asiatique, ou autre, je prends cet exemple-là. Il faut qu'elle soit belle, il faut sûr qu'elle ait les traits très fins. Même quand tu regardes les publicités asiatiques, les nanas sont tous refaits parce qu'il faut qu'elle ait les traits fins, la peau blanche, les yeux débridés pour qu'ils soient ronds. Et du coup, c'est vrai que malheureusement, c'est vrai qu'on grandit, on note le monde et dans chaque continent, c'est vrai qu'il y a encore ce truc-là où les gens sont encore matrixés, où il y a encore des traces. de colonisation, après la Chine n'a pas été forcément colonisée, mais c'est vrai que du coup dans tous ces pays-là la beauté c'est très fin, la peau claire, tout ça. C'est vrai que ce qui est intéressant dans ce film-là c'est ça. C'est vrai que c'est le fait que lui il a un peu bousculé les codes et c'est vrai qu'on a tendance à dire qu'un acteur est censé tout jouer, et bien j'estime qu'un acteur, Tom Holland, même s'il est Indien, enfin même s'il est anglais, excuse-moi, pas indien, parce que j'ai l'image de l'Indien, du personnage indien. Enfin, indien, on ne sait pas s'il est indien, mais d'Asie. Il est indien ?
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
On a tendance, du coup, voilà, pour moi, un acteur, c'est censé tout jouer. Pendant très longtemps, les acteurs blancs ont joué des rôles de personnes noires. Quand tu vois Depardieu qui a joué Alexandre Dumas, alors qu'Alexandre Dumas, il est métisse. Quand tu vois aussi Sarah Johnson qui a joué une femme asiatique, alors qu'il n'y a pas eu de femme asiatique. Et par contre, là, on disait, oui, un acteur, il est censé tout jouer. Mais pourquoi pas un acteur trans n'est pas censé jouer un mec ? Enfin, tu vois, vu que c'est des acteurs. Pourquoi une femme noire n'est pas censée jouer une femme blanche aussi ? Tu vois, c'est toujours... C'est vrai qu'on a toujours tendance à se dire du côté blanc, il peut tout jouer. Par contre, de l'autre côté, il ne peut pas jouer. Mais le monde, il évolue. On vit dans un monde où on est tous différents, et ce qui fait aussi notre beauté. On est censés pouvoir... se retrouver dans chaque continent. En plus, ce sont des films internationaux, c'est des grosses boasters américains, donc vus dans tous les pays du monde. J'estime que chaque personne de chaque continent devrait avoir une représentation. C'est quand même dingue qu'avant, tous les grosses boasters américains, il n'y avait que des blancs qui jouaient dedans. Et du coup, nous, regardez ça. Je pense qu'aujourd'hui, c'est très important parce qu'il y a énormément de... Tous les pays, maintenant, ils ont envie d'être représentés. Donc je pense que c'est très important et je pense que c'était très intelligent de sa part.
- Speaker #0
Très intelligent. Et puis de se dire que même si demain, il y a un film qui, admettons, qui se passe. Je sais que la France va sortir Les Misérables bientôt. Et dans le casting, la diversité se limite à Rahim. Rahim joue le rôle de Javert. C'est déjà très bien. Mais est-ce qu'on ne devrait pas aussi pouvoir avoir cette possibilité de donner le rôle d'un racisé ? d'une personne racisée à un rôle qui n'était pas forcément... Au lieu d'avoir un Jean Valjean qui va être interprété par Vincent Ladon, est-ce qu'on ne devrait pas s'autoriser peut-être d'avoir un Jean Valjean noir ou asiatique ou arabe, même si le personnage de Jean Valjean n'était pas noir asiatique ou arabe ?
- Speaker #1
C'est l'interprétation qui compte. Ça serait très intéressant de faire ça.
- Speaker #0
Parce que ça remettrait en question justement, nous, notre position en tant que spectateur, à accepter le rôle d'un comédien et pas le rôle d'une apparence.
- Speaker #1
Oui, mais est-ce que la France, elle est prête ? Rien que quand tu vois qu'on est élu un maire noir ou un maire maghrébin, c'est la fin du monde. Est-ce que tu penses que dans ce pays, on est prêt ? On est encore beaucoup dans les clichés. Même si ça change un petit peu, nous sommes comme... beaucoup, nous sommes très ancrés dans les clichés et dans la représentation où tout est censé être blanc. Je trouve ça un peu triste et les minorités sont quand même très ancrées dans leur rôle. Malgré que tout ça change un petit peu encore, mais il y a encore beaucoup de boulot quand même.
- Speaker #0
Mais en tout cas, le fait que Christopher Nolan, qui est un des plus gros réalisateurs hollywoodiens aujourd'hui, qui a une portée visuelle, politique, cinématographique énorme... par rapport à ce qu'il raconte, ses obsessions, par rapport au temps, par rapport au regret, ou par rapport au scrupule des gens qui ont fait la guerre. Donc ça raconte vraiment aussi une part politique aussi dans l'Odyssée qui est vachement bien, comment ces gens qui reviennent de la guerre vivent leurs traumas, qui vont les suivre jusqu'à la mort. Ça parle de ça aussi. Et le fait qu'ils mettent en avant un personnage comme Matt Damon, qui est vraiment quelqu'un de très rusé, comparé à l'histoire de l'Iliade où c'est... Achille qui est le plus fort, le plus costaud. Là, Matt Damon, c'est l'homme qui représente le personnage très rusé, qui peut se débrouiller, qui réfléchit, qui a vraiment une réflexion sur comment s'en sortir et comment sauver ses hommes. Et que son bras droit soit Imèche Patel, qui joue le rôle de Eury Locke, qui est un Indien. Et que le fait que même l'Indien, lui, soit aussi rusé à l'image à peu près de Matt Damon. Je trouve que c'est politique tout ça, parce qu'on ne cantonne pas justement à raciser un rôle de figurant. Là, on lui donne une place, en l'occurrence, le bras droit de Matt Damon a une place super importante. Et ils ont une amitié très forte au long du film, parce que Matt Damon a un regard sur Imège Patel, et inversement, il y a un truc de très fraternel avec ces deux hommes qu'on parcourt à travers le film, et que l'un ne peut pas s'en sortir sans l'autre. Et ça, je trouve ça vachement beau.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Après, franchement, avec du recul, je me dis, c'est une œuvre qui a été écrite il y a très longtemps. Et c'est vrai que je trouve qu'aujourd'hui, la guerre, la vision de la guerre n'a pas changé. C'est-à-dire qu'on a beau dire, on avance, il n'y a jamais eu autant de guerres qu'aujourd'hui. En 2026, il y a des guerres partout. Et je trouve que ce qui est intéressant... C'est qu'on est censé être un peuple qui a évolué. On a quand même l'esprit critique, on a quand même vu beaucoup de choses. Mais en fait, il était plus évolué à se remettre en question avant que maintenant. Quand tu vois les guerres qui se passent en Ukraine, les guerres qui se passent en Iran, toutes ces guerres-là, je veux dire, il n'y a aucune évolution de l'être humain là-dedans. Je veux dire, il n'y a aucun moment où on s'est dit, on pense à l'autre. Alors que tu dis une œuvre qui a été écrite il y a très longtemps. Le mec, il arrive quand même à se remettre en question. Alors que nous, aujourd'hui, en 2026, on se remet en question de rien.
- Speaker #0
C'est un problème de colonisation, de pillage des matières premières. En l'occurrence, là, il y avait des viols. Mais après, oui, il y avait aussi l'armée.
- Speaker #1
Il y a toujours des viols aujourd'hui.
- Speaker #0
Il y a toujours des viols aujourd'hui, bien sûr.
- Speaker #1
Je veux dire, ce qui se passe...
- Speaker #0
C'est que les méthodes de guerre, de combat et de stratégie sont toujours les mêmes.
- Speaker #1
Exactement. C'est fou, quand même. Je lui dis, on aura beau avancer dans le temps, et pour moi... Il y a l'impression qu'on n'est voulu pas, absolument. C'est vraiment triste.
- Speaker #0
Et c'est pour ça que l'Odyssée est très ancrée aussi par rapport à ce que nous, on vit en ce moment. C'est pour ça que la part politique, elle est très importante dans Simla. Mais ça me fait penser aussi à tout, parce qu'on avait déjà eu une discussion, je ne sais pas si on l'avait dit en antenne. Mais tous ces films des années 90, tous ces films du nouvel Hollywood qui représentaient justement ce qu'était le monde, et en l'occurrence, Le Sauveur Blanc, tous ces films de Spielberg que j'adore, parce que pour moi, Spielberg reste quand même un des réalisateurs au monde. Mais tous ces films comme Indiana Jones où tu as la représentation du noir ou de l'asiatique qui est très caricaturé, ou l'homme noir et cannibale, l'asiatique qui est très... très fourbe et fait du karaté ou du kung-fu et mange n'importe quoi. Il y avait toute cette représentation de l'étranger, de l'ennemi, qui était quand même assez agressif, toujours violent. Et ça, c'est très problématique par rapport à l'image que renvoient justement les racisés à l'extérieur, parce qu'on est vu comme des personnages qui font, surtout dans les années 90, des personnages qui font très peur.
- Speaker #1
Oui, parce qu'ils disaient, mais après, quand tu vas encore plus loin, pendant longtemps, le français, c'était le méchant. Le russe, le français étaient les méchants dans les films, pourtant ils étaient blancs aussi. Nous, on était des sauvages, mais les méchants... Alors, nous, on était des sauvages,
- Speaker #0
pas éduqués, et pas avec de cerveau. Tant pis que le russe ou l'allemand...
- Speaker #1
Le français, c'était comme des méchants.
- Speaker #0
Ouais, c'était... C'était pas des sauvages, ils avaient classe, mais ils étaient très... très féroces en soum-soum. Il y avait un truc de très menace-fantôme.
- Speaker #1
Le meilleur blanc du monde entier, c'est l'Amérique. Les blancs, ils sont au même niveau que l'Amérique.
- Speaker #0
Mais c'est vrai qu'ils se faisaient souvent emmerder par le russe, l'allemand, le français. Donc ça, c'était les méchants intelligents. Ou soit les méchants cons qui étaient... l'africain, l'Afrique du Nord, l'Afrique centrale, ou l'asiatique du Nord ou l'asiatique du Sud-Est. C'était vraiment...
- Speaker #1
C'était sauvage. L'Algère, quand tu vois l'arabe, il regarde noir, méchant.
- Speaker #0
Je regardais justement Jamais sans ma fille, qui est un film en référence à notre époque des années 90, qui se passe en Iran. Une partie aux Etats-Unis et l'autre partie en Iran, parce que... L'héroïne qui est américaine veut se marier avec un Iranien. Ils ont une fille ensemble et l'Iranien décide d'embarquer sa famille en Iran pour finalement éduquer sa fille en Iran. Et la représentation de l'Iranien à cette époque-là, c'était la personne noire du regard, très agressive, très sauvage. C'était horrible. ou des films comme Midnight Express, où je crois que ça se passe en Turquie, est représenté pareil comme quelqu'un d'agressif, de sauvage, de cruel. Et c'est fou ce regard qu'on peut avoir justement à cette époque-là. Et tous les gros réalisateurs, tous ces réalisateurs de l'époque qui ont fait des films assez impressionnants et qui ont marqué l'histoire du cinéma, ont usou. adopté un peu ce prisme-là, déjà du sauveur blanc, mais aussi de l'ennemi outre-Atlantique.
- Speaker #1
C'est vrai, mais c'est vrai que quand on a tout ça, Indiana Jones, ces films-là, c'était ça. Et encore, il y a des films où il n'y a pas trop de représentation noire. Quand tu regardes, des fois, je me dis, parfois, j'ai un peu honte, mais mieux. tous les séries, les films que j'ai adorés genre Saxon The City, la minorité elle était où ? j'ai un peu honte aujourd'hui de me dire que j'aimais tous ces trucs là que ce soit Gossip Girl que ce soit toutes ces séries là même Charmed tous ces trucs là et tout c'est vrai que quand j'y repense, pendant longtemps j'ai adoré toutes ces séries et tout mais c'est vrai que
- Speaker #0
il n'y avait pas de minorité quand tu regardes aussi nos séries françaises que ce soit Premier Baiser,
- Speaker #1
Hélène et les garçons qui sont plus à la Bé Production c'était plus vieux non ? c'était plus vieux mais je veux dire aux Etats-Unis je peux encore comprendre qu'à Bé Production il n'y avait peut-être pas beaucoup de minorité et tout ça mais bon je veux dire, les Américains les Noirs ils sont arrivés même temps que les Blancs les migrations étaient très présentes quand même tu vois Mais c'est vrai que, et pourtant on voyait comme la diversité dans les gros, dans certains, enfin gros post-busters, même si la minorité, elle était, elle avait une place où il était attardé, très intelligent, elle était sauvage et tout. Mais c'est vrai que quand tu regardes bien, toutes ces séries-là, il n'y en avait pas. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, moi, en tant que femme noire, il y a des choses que je, c'est très très bête, mais alors qu'avant j'étais passionnée par tous ces trucs-là, j'étais passionnée de mode, passionnée de tout ça, je m'attraitais à tout ça. J'ai pris beaucoup de recul. Je ne suis pas allée voir le jazz habillé en Prada. Parce que pour moi, dans la reconstruction que je fais aujourd'hui, je me dis que je ne peux plus regarder ça. Emeline Paris, il y a un noir dedans, mais je ne peux plus regarder ça. Parce que je me dis que ce n'est pas fait pour moi. Il ne me parle pas. C'est contre des valeurs. J'ai l'impression que la mode... Quand je réfléchis, je travaillais dans le luxe. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, l'image, l'attache que j'avais même au magazine, tous ces trucs-là, ça ne m'intéresse plus du tout. Je crois que je n'ai plus jamais racheté un magazine depuis des années parce que je me dis, encore aujourd'hui, on n'est pas représenté. Tu vois ? Et même dans toutes ces séries-là, ils en font quand même aujourd'hui. Je pense que même dans la suite de Sex and the City, il n'y a toujours pas de minorité. Je n'ai pas regardé la nouvelle version, la nouvelle série avec, je ne sais pas si c'est une série ou si c'est un film, je n'en sais rien du tout. Mais oui, je me suis vraiment détachée de tout ça aujourd'hui parce que je me dis, mais on se moque de nous.
- Speaker #0
Mais c'est faux qu'on ait cet avis et c'est important d'avoir cet avis-là, d'avoir cette réflexion et ce constat. Mais ce constat, on aurait pu l'avoir aussi dès notre plus jeune âge.
- Speaker #1
Mais on n'avait pas de... Nous, on a grandi avec... On n'a pas grandi avec tout ça. Nos parents, eux, ils voulaient tellement s'intégrer qu'il n'y en avait pas ce débat-là.
- Speaker #0
Oui, mais il y a une poussée où justement les racisés ouvrent un peu plus leur bouche par rapport justement aux inégalités culturelles, à la représentation qui n'est pas vraie, parce qu'on est un peu plus solidaires et qu'on nous donne des moyens comme les réseaux sociaux pour en parler. Chose qu'on n'avait pas il y a dix ans, on avait cette pensée au fond de nous, mais on ne la sortait pas, tu vois. Parce que cette réflexion l'a toujours eu, je pense que cette sous-représentation culturelle. On l'a toujours eu en nous, mais on n'a pas eu justement les micros, on n'a pas eu ce côté à la fois sororité des femmes, à la fois union entre les différents groupes de racisés. Il n'y avait pas tout ça à l'époque.
- Speaker #1
Non, après, on a quand même eu les séries noires, c'est-à-dire qu'on a eu les séries américaines noires.
- Speaker #0
Ok, mais ce que je veux dire, c'est que si on avait eu à cette époque-là les micros ou les choses qui puissent nous permettre de réagir à... à ce contexte-là, peut-être qu'on se serait levé un peu plus tôt, tu vois. Et que le contexte ne nous donnait pas cette forme et on était dans une forme d'acceptation parce que tout le monde faisait ça, il n'y avait aucune proposition à côté et que, tu vois, même le journalisme aujourd'hui, quand tu vois les différents podcasts, ceux qui prennent le micro, il y a autant de... de gens de toutes les nationalités. Et c'est ça qui est beau, c'est qu'aujourd'hui, tout le monde a pris la main, alors que c'est des choses qu'on pensait déjà à l'époque et qu'on ne faisait pas.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai. Mais après, moi, je trouve que c'est dommage parce que du coup, ça nous réduit à être communautaire. Je développe dans ce que je veux dire. C'est-à-dire que, vu que jusqu'à aujourd'hui, personne ne se mélange, personne ne fait des trucs, on ne voit pas la diversité dans toutes ces choses-là. Du coup, ça nous pose, par exemple, à écouter les podcasts. peut-être en tant qu'asiatiques maintenant, des podcasts asiatiques, suivre la mode asiatique, quand il y a des festivals de cinéma asiatiques, du coup, je trouve que ça nous force à être... On se réveille, nous, mais d'un côté, on reste quand même très communautaire. Et ça, c'est un truc que je trouve quand même assez dommage.
- Speaker #0
Je pense que ça fait tellement longtemps qu'on n'a pas été représenté que lorsque l'on voit un cousin, une cousine ou quelqu'un qui nous représente notre culture... On est super content et on veut adhérer. Tu vois, il y a un truc de... On pose la lumière pour la première fois sur nous. Donc, on adhère, on suit ce mouvement, on suit ce groupe, on essaie d'aller au festival, on essaie d'écouter les podcasts. Il y a un truc de... Forcément, étant donné qu'on n'était pas mis en lumière, on y va, quoi. Mais tu vois, c'est con, mais à l'époque, culturellement parlant, dans les années 90, on n'était pas représentés dans les séries, dans les films. Et musicalement parlant, oui.
- Speaker #1
Il y avait les séries Notre Belle Famille, tous ces trucs-là,
- Speaker #0
quand même. Non, mais ça, OK. Moi, je te parle purement en France. OK, oui.
- Speaker #1
Il n'y avait absolument rien.
- Speaker #0
Il n'y avait rien. C'est-à-dire que culturellement parlant, cinéma, on était absent. Séries, on était absent. Émissions télé, on était absent. Il y avait zéro représentation des racisées alors qu'on était là.
- Speaker #1
C'est avec le pétard.
- Speaker #0
La seule représentation. Avec le pétard. Ouais, bon. Voilà la représentation. Le peu de représentation, la minorité qu'on avait, c'était toujours pour se moquer. La seule représentation qu'on avait culturellement parlant, c'était la musique. C'est-à-dire soit le rap, le R&B, les choses comme ça. Et dès qu'on a eu cette fenêtre de tir, là, toutes les personnes racisées, même les Asiatiques, même les Moyen-Orient, l'Afrique Moyen-Orient ou l'Afrique centrale, on était tous à fond dedans. C'est-à-dire qu'on s'est tous retrouvés, nous, entre racisées, à kiffer cette culture. hip-hop, tu vois. Que ce soit Asiatique, que ce soit Moyen-Orient, que ce soit Afrique centrale, on était tous à fond dedans. Parce que c'était notre seule fenêtre de tir et on se disait, ben voilà, on nous donne une petite brioche, des petites miettes, ben vas-y, on connaît pas cette culture, ben vas-y, on va y adhérer à fond parce que c'est notre seul moyen, c'est notre seule lumière sur nous, tu vois.
- Speaker #1
Ouais, après j'ai pas trié aussi. J'avais un peu du mal. Enfin, je ne sais pas très hip-hop, mais je savais ce que tu voulais. Non,
- Speaker #0
mais tu vois, par exemple, moi, j'adore la musique. Je suis très ouvert à tout. Dès le plus jeune âge, j'écoutais toutes sortes de musiques. Mais par exemple, le rock, j'adorais. Mais je ne pouvais pas sortir en mode rocker dehors. C'était la honte. C'était un milieu où je voyais qu'il n'y avait que des blancs.
- Speaker #1
Ce n'était pas la honte. C'était juste que, du coup, ils ne t'intégraient pas dans ça. Donc, du coup, toi, tu avais du mal à... Non,
- Speaker #0
mais je pense que moi, je ne m'intégrais pas dans ça. C'était... parce que je me disais que ce n'était pas une culture pour moi et que je l'écoutais juste dans ma chambre. Mais que si j'avais vu que dans les rockers, qu'il y avait des rockers racisés ou que dans le collège ou au lycée, il y avait des groupes de rockers fans qui étaient racisés, peut-être que je me serais un peu plus mêlé dans ce truc-là. Seulement, je n'avais pas de représentation, donc c'était quelque chose que je cachais. La seule représentation culturellement parlant, c'était le hip-hop. Et c'est pour ça que je me suis rapproché de ce truc-là. et c'est tellement dommage parce que ça a fermé tellement de portes sur plein de trucs ça a sectarisé des cultures des impressions et des pensées alors qu'en fait on aurait pu tous être liés aux choses tu vois c'est comme le théâtre le théâtre c'est con mais aucune personne racisienne allait au théâtre parce que on se disait que c'était pas fait pour nous que ça nous parlait pas et que c'était pas quelque chose qui nous représentait dans ce que ça raconte, dans ce que ça véhicule, dans justement les pièces de théâtre qui ont été abordées. Dans les années 80-90. Et en tant que spectateur aussi, tu vois. Mais ça, longtemps, même jusqu'à... Il n'y a pas très longtemps, tu vois.
- Speaker #1
Après, c'est vrai que moi, j'étais au théâtre. C'est vrai. Mais c'est vrai que quand j'allais au théâtre, j'étais la seule. C'est vrai qu'il n'y a jamais eu énormément... Mais après, je me dis, est-ce qu'aussi... Parce que même s'il n'y a eu pas de représentation, enfin, je... J'ai l'impression que... Tu vois, c'est hyper débile ce que je veux te dire. Et c'est même pas qu'une question de représentation. Mais j'ai l'impression que moi, dans ma tête, alors que c'est complètement faux et c'est absolument pas vrai, que toutes ces musiques-là, genre le rock, le métal, c'était une musique de fachos. Vu que j'ai l'impression que si toi... En tant que minorité, t'avais le malheur de prendre tes codes, on se disait « ouais, c'est pas la musique pour toi » , alors qu'absolument pas. Je pense que tous les rockers ne sont pas racistes, que tous les métals ne sont pas du tout racistes. Mais c'est vrai qu'on avait tellement cette image-là du raciste dans ce truc-là, que peut-être aussi nous, on n'osait pas rentrer dedans parce qu'on se dit « oui, c'est pas des gens qui étaient ouverts » .
- Speaker #0
Parce que c'est ce que visuellement ça représentait.
- Speaker #1
Mais franchement, c'était plus les fans qui faisaient que...
- Speaker #0
Je ne sais pas. Mais quand tu prends un groupe comme System of a Down, c'est un gros groupe de heavy metal, ou mélange de rap, rock, tout ça. Mais c'était écouté essentiellement par des blancs métalleux, limite gothiques, tu vois. Mais ce qui a défendu le propos, c'était des gros gauchos. C'était l'égalité des chants, c'était le partage, c'était la solidarité. C'est ce qui est au-delà.
- Speaker #1
Mais on ne le savait pas à cette époque-là.
- Speaker #0
On ne savait pas.
- Speaker #1
Peut-être qu'il y avait beaucoup moins de communication par rapport à maintenant. Les indices sont plus sur les médias.
- Speaker #0
Le peu de visuels qu'on avait, c'était les vidéoclips. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas d'Instagram où on voyait une interview. Et les seuls vidéoclips qu'on avait, c'était des gothiques blancs qui sautaient partout. Et ça, quand tu vois que tu es racisé, ça ne te donne pas envie d'y adhérer.
- Speaker #1
Alors que ce n'est pas du tout un milieu qui est raciste. Ce n'est pas du tout un milieu qui est au contraire. un milieu dans lequel c'est des gens qui se sentent hors du système et qui ont envie de... Je ne trouve pas forcément les mots, mais qui ont envie... Ils sont dans un monde et ils ne rejettent pas forcément les autres. Mais c'est vrai qu'il n'y avait pas les réseaux sociaux, du coup, on ne savait pas ce que pensaient ces gens-là.
- Speaker #0
Et le seul... Et c'est cliché, ce que nous pensions à l'époque, c'était de se dire voilà... gothique, mascara sur le visage, homme blanc, énervé. On pensait toujours à tout ça, ça s'additionnait, on disait raciste. Alors que pas du tout.
- Speaker #2
Absolument pas.
- Speaker #0
C'est ça qui est fou. Mais voilà, en tout cas, je pense que cette représentation culturelle à l'époque des années 90, c'était le hip-hop. Mais tu vois, même dans la comédie, dans le stand-up, tu vois, tous les comiques de l'époque, les seuls comiques racisés, c'était les inconnus et les dieudonnés, tu vois, il n'y avait pas Ismail. Il n'y avait pas forcément de comiques... Oui,
- Speaker #1
il y avait Michel Blanc, mais ils l'ont évincé. Oui,
- Speaker #0
il y avait Michel Blanc, mais ils l'ont évincé.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Éric Blanc, ce n'est pas Michel Blanc.
- Speaker #1
C'est Éric Blanc ou Michel Blanc ? Non,
- Speaker #0
Michel Blanc, c'est un acteur de... Ah pardon,
- Speaker #1
pas bad. Je suis très très nulle pour les noms des gens.
- Speaker #0
Michel Blanc, c'est des parties de la troupe du Splendor.
- Speaker #1
Ah oui, c'est celui qui a une calvétie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et Éric Blanc, oui, ils l'ont évincé, oui. Mais ce que je veux dire, c'est que tu vois, même dans ça, tu vois, quand on... le milieu du stand-up, du spectacle qui n'est pas théâtre, mais qui est de la comédie pure, d'aller dans des cafés-théâtres, d'aller dans tous ces petits cafés-théâtres qu'il y a dans Paris et même dans les Alcane Radis, il y en a eu beaucoup, le Splendid, le Palais des Glaces, il y a énormément de mini-scènes ou de grosses scènes liées au spectacle stand-up ou comédie. Tu vois, même ça, nous, on n'y allait pas parce qu'on est... on ne se sentait pas représenté. Et je pense qu'à l'époque, dans les années 90...
- Speaker #1
C'était stand-up. Ah oui, ça, il y avait des stand-ups.
- Speaker #0
C'était soit du seul en scène, soit c'était des sketchs. Ça ne se disait pas stand-up.
- Speaker #1
C'est vraiment Jamel Debouz qui a mis ça.
- Speaker #0
Mais voilà, ce que je veux dire, c'est qu'à l'époque, étant donné qu'il n'y avait aucun racisé qui était représenté, personne n'y allait. Et le jour où Eric et Ramzy et Jamel Debouz sont arrivés et qu'ils ont fait leur plateau de stand-up avec que des racisés, là, ça a ouvert la porte à... à tout ce public racisé qui sont ouverts, qui sont partis justement dans tous ces cafés-théâtres, alors que ce n'était pas le public visé à la base, tu vois, ce genre de comédie.
- Speaker #2
C'est vrai, c'est vrai.
- Speaker #0
Et c'est pour ça que je dis en ça que si le théâtre s'était un peu plus ouvert dans ce que ça raconte, dans ce que ça défend, dans la profondeur aussi des textes, des choses comme ça, et que... aussi dans la représentation artistique, dans les acteurs, dans les choses comme ça. Si on avait un peu plus de références visuelles, historiques, raciales dans ce que ça raconte, ça pourrait peut-être ramener un peu plus de public.
- Speaker #2
C'est vrai, tu as tout à fait raison.
- Speaker #0
Et je pense que le hip-hop en est l'exemple, parce que l'hip-hop, pour moi, ça a permis d'amener tout ce... tout ce public qui s'est tu pendant des années, qui n'a pas osé, qui n'a pas osé justement s'exprimer culturellement parlant.
- Speaker #1
Non, c'est vrai.
- Speaker #0
Ça les a tous ramenés.
- Speaker #1
Mais encore une fois, c'est ça, on a dû créer...
- Speaker #0
Un mouvement.
- Speaker #1
Nos mouvements. Enfin, j'ai jamais le comédie club. Enfin, voilà, il a dû créer des endroits où que les minorités puissent faire. C'est vrai que c'est quand même triste, moi, je trouve qu'on n'a pas pu rentrer chez les autres et qu'on a dû nous-mêmes créer. nos choses à nous pour pouvoir être visibles.
- Speaker #0
Et encore, Jamel, ce qu'il a créé dans la première édition, c'était des stand-uppers qui se moquaient de leur origine.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
L'asiatique, il fait l'accent, le noir, il fait l'accent. Donc, ce n'est pas une belle porte d'entrée. Ce n'est pas une belle fenêtre de tir pour commencer. C'est-à-dire qu'il fallait... OK, on a eu nos spectacles, mais ensuite, il fallait faire un travail sur ce qu'on racontait. Parce que souvent, le nouvel ordre, c'était tu vas monter sur scène, mais tu vas parler de qui t'es, et donc tu vas te moquer toi-même de tes racines et de tes origines, ce qui n'est pas forcément un atout. Michel Leblab l'a fait, pourquoi moi, en tant qu'assisé, je devrais le faire ?
- Speaker #1
Le pire dans Michel Leves, c'est qu'il ne se moquait pas du blanc, il se moquait du noir en prenant l'accent qu'il n'en s'est pas de sa venaie. C'est vrai, mais je pense que c'est aussi pour ça que aujourd'hui, tous ces gens-là, tous ces premiers-là qui ont fait tout ça, ils ont un peu du mal aujourd'hui parce que du coup, la génération qui est arrivée après nous s'est réveillée en disant mais c'est quoi ça ? Tu te moques de ta mère, tu te moques de ton père, tu te moques de trucs.
- Speaker #0
Mais c'est exactement ce qui se passe dans le cinéma aujourd'hui. C'est-à-dire que la première... la première personne, le premier racisé à qui on donne l'outil pour s'exprimer, il va peut-être le faire maladroitement, mais son intention de base, je pense qu'à Jamel, c'était de représenter justement les minorités. Sauf que maladroitement parlant, il a mis des minorités en avant qui se moquent, eux, de leur truc. Par rapport au cinéma, c'est ce qui s'est passé aussi. Les premières personnes à qui on a donné la caméra pour les raciser. On est en plein dedans et ça dure depuis des années. C'est des racisés qui se moquent de la banlieue, de la représentation. de manière caricaturale. Et ça, c'en est un problème. Et du coup, le spectateur racisé ne se sent pas représenté. Et ça peut créer des longs débats dans les réseaux sociaux en tant que c'est quoi ce film encore de... C'est quoi encore ce bounty qui fait des films ? C'est quoi ce traître ? Comment il nous représente ? Ce jugement, tu vois. Et donc, je pense qu'il y a aussi une forme maladroite qui est faite aussi dans le cinéma.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Mais est-ce que d'un côté aussi, ces gens-là, c'est tout ce qu'ils vivaient ? Parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, les minorités habitent partout. Mais pendant très longtemps, le minorité était fraîchement arrivé, il vit dans sa cité, et il racontait tout ce qu'il vivait lui. Tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que d'un côté, ce n'est pas aussi ça ? Ce n'est pas aussi ça qui a fait que lui racontait ce qu'il voyait, que tout ce qu'il voyait, c'était sa cité ?
- Speaker #0
Oui, mais bien sûr, si tu représentes ce que tu as connu, mais que tu en fais un drama et que tu tournes les potards de la Hesse jusqu'à la fin, ça devient compliqué. Soit tu fais un drama et que tu mets ton personnage qui a vécu déjà la Hesse plus bactère parce que soit il finit en prison, soit il se fait tuer par des dealers. Ça commence à faire beaucoup. Il ne peut pas terminer, avoir un emploi comme tout le monde, être avocat, être médecin, faire une fac de droit, faire des choses comme ça. Ça aussi, c'est une alternative. Ou comme tous les films de Franck Gastambide où chaque personnage issu de la banlieue, c'est des gogoles. Ils ne savent pas ligner deux mots. Ils disent des wesh-wesh tout le temps. Ils sont incultes et ils sont teubés. Et ils n'ont qu'un cerveau. Au bout d'un moment, quand tu arrives à évincer toutes ces représentations-là, je suis désolé, il y a énormément de choses que tu peux raconter positivement quand tu as grandi en cité ou dans la banlieue. Quand tu fais partie d'une minorité, quand tu parles justement d'une diaspora et que tu veux la faire évoluer positivement, tu peux le faire.
- Speaker #1
Et peut-être qu'aussi, le truc, c'est quoi ? Peut-être qu'ils se disent, ces gens-là. Écoutez, si je fais quelque chose de différent, moi, j'ai un public, mon public à moi, il m'a toujours suivi, il m'a toujours suivi en faisant des blagues pourries sur mes cousins, mes cousines, ma cité. Et il se dit, là, ces gens-là, aujourd'hui, ils ont un pouvoir d'achat. du coup, ils me suivent toujours et du coup, ils vont aller voir mes films. Est-ce que c'est pas ça qu'ils se disent ?
- Speaker #0
Ouais, parce que je suis d'accord avec toi, parce que justement, aux Etats-Unis, t'as des films comme Friday ou Freaky Friday qui se moquent un peu de la banlieue aux Etats-Unis en créant des archétypes issus de la banlieue et c'est rigolo, c'est marrant et que ça a été accepté aux Etats-Unis. Ou les films avec Bethodman et Redman. réintègrent l'université et qui fument des gros pétards et qui représentent un peu la banlieue de malheurs rigolotes, mais de flemmardes et tout. C'est des choses qui vont marcher et qui font rigoler. Mais je pense qu'en France, on a trop de tendances à faire que ça et à mal caricaturer, justement.
- Speaker #1
Je pense vraiment que les gens ont peur de ces choses parce qu'ils ont peur que leur public ne les fasse pas à Medsila. Quand tu as tous les followers qu'il a, c'est pas que des... Je pense que c'est... Très peu de gens de la minorité. Donc, est-ce que lui, s'il change de registre trop vite, est-ce qu'il n'aurait pas peur de perdre tout son public là qu'il suit depuis le début, qui adore ses blagues pouraves où il se moque des Noirs et des Arabes, où il se déguise en nana ? Est-ce que ça, lui, s'il arrête de faire ça, est-ce que du coup, est-ce que nous, aujourd'hui, nous sommes assez pour pouvoir aller financer ces gens-là ? Aller les voir au cinéma ? Parce que d'un côté, ce public-là, lui, il y va. Tu vois ? Est-ce que ce n'est pas ça aussi ? Franchement, Amélie, je suis désolée, mais il a beaucoup de followers.
- Speaker #0
Oui, bien sûr.
- Speaker #1
Et quand il a des polémiques, c'est souvent les personnes, je ne viens pas de redire ça à Blanche, mais qui le défendent et qui continuent à voir ses films. Tu vois ? Ou aller voir ses pièces. aller voir ses pièces, ses spectacles.
- Speaker #0
Après, moi, j'ai l'impression que dans le cinéma français, juste pour parler du registre de la comédie française 2010-2020, c'est de la comédie potache, grossière, bien salée, bien... de la comédie de brasserie, tu vois, de la comédie grand public pour la ménagère, mais aussi pour un peu tout le monde. Et c'est pas drôle du tout. Mais c'est de la comédie qui marche, parce qu'il y a beaucoup de Français qui rigolent dans ce genre d'enquête.
- Speaker #1
C'est eux qui vont au cinéma, c'est pas nous.
- Speaker #0
La France a ce type de comédie, cette comédie potache. C'est le style de la France et qui fonctionne, qui marche. et qui marchera toujours, je pense, parce qu'il y a énormément de comédies dans ce genre-là qui fonctionnent. Par contre, quand c'est un mec racisé, issu de la diversité, qui fait de la comédie, il est obligé d'utiliser, entre autres, cette grammaire finalement un peu potache, un peu salace, pour réaliser sa comédie. Et j'ai l'impression que, justement, le mariage entre ce genre de comédie ne fonctionne pas et peut décevoir énormément. de personnes issues de la diversité, racisées, parce qu'ils ne se sentent pas représentés, parce qu'on se dit, ah putain, lui, il a le moyen, le moyen de nous représenter, sauf qu'il ne fait que faire le prolongement du cinéma comédie française dite potache, tu vois. Et c'est ça le problème, parce qu'on se dit, bah voilà, il y a Ahmed Silla qui peut reprendre les manettes, ah, il va nous faire rire, il va nous apporter un autre type de comédie. Il va refaire le même type de comédie qu'on a l'habitude de voir avec Didier Bourdon, avec tous ces acteurs qui font ce type de comédie, avec les Danny Boon et tout. Ce qui est un type de comédie qu'on n'apprécie pas mais qui fonctionne, moi j'accepte. Ce n'est pas un cinéma que je veux voir, mais je comprends que ça fonctionne. Mais quand on voit une personne racisée, que ce soit Kim Jimli, Ahmed Silla, aborder cette grammaire de ce style-là, on se dit « Coco, tu étais censé nous représenter, mais tu ne crées pas toi le type de comédie qu'on aimerait voir. » te cantonner, tu vas te formater à ce genre de comédie. Et on aimerait leur dire, mais non, mais faites votre comédie à vous, tu vois. Et aujourd'hui, moi, ce qui me manque, c'est ce que je dis souvent à des amis, c'est de la comédie sociale. C'est de la comédie où on a besoin de sentir qu'il y a des problèmes aussi, mais qu'on peut aussi les surmonter, parce que c'est souvent aussi des comédies liées à des problèmes haussmanniens, issues d'une bourgeoisie ou d'une grande famille qui habite dans une grande maison. Alors que... Il y a des réalisateurs, je pense à Delpine et Kervern, qui s'intéressent justement aux minorités, aux ouvriers, qui arrivent justement à faire des comédies, certes rurales, ça peut servir d'exemple parce que c'est des comédies qui fonctionnent, et je pense que ça, c'en est un exemple, et on aimerait voir un peu plus de comédies un peu ouvrières, un peu comme moi je pense à Berni Bonvoisin qui avait fait Les démons de Jésus, ou ce type de films, où on s'intéresse justement à des minorités issues de classes ouvrières, de banlieue. ou dans le milieu rural, et en faire, justement, quelque chose de bon, être positif, et pas forcément tomber dans le côté un peu caricatural, où ça se finit mal. Et c'est ça qu'on en a besoin, de ces représentations-là. C'est de sentir qu'on a besoin d'avoir des minorités issues de la France de Macron.
- Speaker #1
C'est ça que maintenant, aujourd'hui, il n'y a plus que... La minorité est sorti de sa cité, il habite dans le même endroit que les autres. C'est ça que maintenant, on est des blocs. Donc on n'est pas... que des noirs ou des arts. Tu as tout à fait raison par rapport à ça. Par contre, quand on a été au cinéma la dernière fois, il y a un extrait du prochain film de Jamel Debbouze. J'avais envie de crier. Je ne sais pas si tu te rappelles ou pas. C'était un gamin, genre, il était dans une cité. Du coup, il faisait trop de conneries. Du coup, il est parti un peu chez les... Il est parti en colo, je ne sais pas quoi, avec les gâteaux, je ne sais pas quoi. Non, non. Oh là là ! Quand j'ai vu ça, je me suis dit mais Jamel, arrête !
- Speaker #0
Non, mais ça, tu vois...
- Speaker #1
Jamel, arrête.
- Speaker #0
Et ça, c'est ce que je disais tout à l'heure. C'est typiquement la grammaire du cinéma potache comédie française. C'est-à-dire que les gens issus de la banlieue, de la minorité, vont réadapter, justement, cet humour potache. Jamel,
- Speaker #1
il n'a plus cette vie non plus. Pourquoi il ne raconte pas sa vie à lui ? Enfin, je veux dire, tous les élepents de robeux comme lui, qui ont des vies... Oui, ils sont bourgeoisés, ils ont des vies. Ils ont raconté beaucoup de choses drôles, tu vois. Mais ça... retomber là-dessus, le Neuilly-Tamer. Je pensais qu'en 2026, on n'en faisait plus des Neuilly-Tamer.
- Speaker #0
Non, mais ça, c'est ton avis. Mais au final, ça fonctionne, ces films. Les gens vont le voir.
- Speaker #1
Je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de vues.
- Speaker #0
Si on continue à en faire, je pense que c'est ça.
- Speaker #1
J'ai l'impression que ces films-là, ils ne font plus trop de vues, mais juste parce qu'il faut des quotas.
- Speaker #0
Je pense que si ça ne marcherait plus, on arrêterait de les faire. Et vu que ça fonctionne, ça plaît à un type de personne. Sauf que nous... issu de la diversité et de la minorité, ça nous plaît pas parce que ça nous représente pas. Mais ces gens-là, quand ils font ce film-là, ils nous visent pas nous. C'est pas pour nous qu'ils font ce film-là.
- Speaker #1
Ouais, je sais, mais bon, je trouve ça tellement triste que jamais le Debbouze, encore en 2026, il pense encore comme ça. Après, oui, on parle jamais de Debbouze, on parlait de la médecine là encore. Voilà, c'est vrai que c'est... Mais je trouve qu'encore les autres, c'est un peu moins dans la caricature. Même si on n'apprécie pas forcément... Mais il y a encore des trucs, tu vois, comme quand... En humour. Oui, en humour, quand ils dénoncent un peu nos clichés et tout, on a encore un petit peu évolué, même si ce n'est pas encore ça. Mais Jamel Debouze.
- Speaker #0
Non, mais moi, je trouve que... Non, mais en humour, on n'y est pas.
- Speaker #1
On n'y est pas,
- Speaker #0
mais quand on compte de nous-mêmes,
- Speaker #1
avec toutes les caricatures qu'on fait, quand les Noirs ont sur les Blancs, je crois encore que ça va être un corps un peu creusé, même si c'est toujours pas ça.
- Speaker #0
Oui, mais je trouve que Jamel, justement, il se plie quand même à ce type d'humour, un peu humour potage, film français, et il s'y plie bien. Il connaît les codes, il connaît les clichés, les caricatures, les punchlines un peu... les contrastes entre ce que pensent les gens et la réalité, les caricatures. Et il le fait bien, même si c'est nul. Je pense qu'il en a conscience qu'il y a un public qui n'y adhère pas, mais il le fait pour le public qui adhère.
- Speaker #2
Oui, mais c'est triste. Il faut bien arrêter de faire ça.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #2
C'est vraiment triste.
- Speaker #0
Mais je ne sais pas si finalement, ça se trouve, il y a des réalisateurs, alors je ne les connais pas et je ne les ai pas vus encore, mais des réalisateurs qui se sont... frotter à de l'humour un peu plus intelligent, un peu plus smart sur les représentations culturelles, les représentations raciales du milieu ouvrier, de l'humour social. Vraiment comme on en avait à l'époque où on pouvait caricaturer un homme qui vit la précarité, mais sans le mettre dans des clichés liés à son appartenance. physique, ethnique, mais purement par rapport à ce qu'il est en train de vivre, lui, sur le moment, soit de la précarité de l'emploi, soit, je sais pas, un divorce, soit un truc comme ça, mais qu'on vive réellement sans appuyer et sans être lourd sur des blagues à tout bas et juste en racontant une petite histoire. Tu vois, c'est comme les films d'horreur qui sont intellectuels et qui marchent bien. Je trouve que c'est les films d'horreur où il n'y a pas des jumpscares dans tous les sens, où il n'y a pas des monstres dans tous les sens. C'est-à-dire que c'est avant tout en filigrane. un film d'auteur, mais que dans ce film d'horreur-là, de temps en temps, t'as quelque chose qui fait peur, t'as de l'angoisse, des trucs comme ça. Et je trouve que l'humour, ça devrait être pareil. C'est-à-dire que t'as en filigrane quelque chose de très social, très fort, qui est censé représenter une époque qu'on est en train de vivre, et qu'à travers ça, de temps en temps, t'as des points d'humour parce que le personnage tombe sur des choses un peu burlesques ou des choses comme ça, mais que ça ne vient pas être appuyé toutes les minutes où tu dois avoir de la punchline sur punchline. ou que tu dois sentir une espèce de l'humour timé pour que ça fasse rigoler. Et c'est en ça que c'est chiant, parce que ça devient de l'humour boulimique, c'est de l'humour fast-food. Non,
- Speaker #1
mais c'est sûr.
- Speaker #0
Tu dois rigoler toutes les deux minutes, quoi. Non,
- Speaker #1
mais c'est sûr. Et surtout que je me dis, moi, je travaille, et c'est vrai qu'on est plusieurs, et c'est de la diversité, mais au travail, je veux dire, quand on se parle dans notre vie de tous les jours, je veux dire, il n'y a pas nos origines qui nous reviennent toujours à la figure. On n'a pas les conversations sur... On est... On est pareil, on a juste des couleurs de peau différents, mais on vit la même chose. On va boire des verres, on va boire des verres. On ne se dit pas, tiens, toi, t'es noir, tu vas boire un verre. T'as tes robes, tu vas boire un verre. En fait, on s'est rendu compte que, moi, je me rends compte, on m'a vu tous les jours, avec toute la diversité dans laquelle je travaille, on a exactement les mêmes codes. On vit tous les mêmes choses, tous les jours. Après, peut-être que si on rentre chez nous, peut-être que t'as l'air de te faire un bœuf bourguignon, on va te faire un couscous. ou un mafé, mais nos parents, ils travaillent, ils sont aussi mélangés, ils ont la même chose. Il n'y a pas de choses qu'ils vont faire en disant « Le rebeu continue à arriver, il disarma au lieu du travail » ou « Atta malikum » , tout ce que je veux dire.
- Speaker #0
Dans un débat les plus classiques, il n'y a pas, par exemple, l'asiatique qui va ressortir un truc ethnique lié à ses origines.
- Speaker #1
Absolument pas. Et quand on va voir les conversations, on va parler du travail, on va parler des... de la politique, de ce qu'on a vu. Il n'y a jamais une origine qui revient dedans.
- Speaker #0
On regarde un film comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu où tu as toute la diversité qui est représentée. Un débat classique, forcément, l'autre, il va ramener un truc à ses origines ou l'autre, il va tailler ses origines. Et ce qui fait que ça a cartonné. Le film, il a fait des millions. Parce que c'est ça que les gens veulent. Enfin,
- Speaker #1
ce que les Français veulent. Tous les jours, ce n'est pas ça du tout. Ce n'est pas ça du tout. Après ça, peut-être que... Peut-être les seules choses qui vont faire la différence, c'est peut-être notre façon de voir les choses, parfois, d'interpréter les choses. Peut-être un peu plus d'empathie sur certains trucs parce que nos origines font que. Je ne sais pas quelles sont nos origines, c'est plus dans la façon dont on a été éduqué. Parce que c'est vrai qu'on peut être tous de même origine, mais nos parents vont nous éduquer différemment. Du coup, on aura plus une sensibilité par rapport à certaines choses. la vie, faire quoi, on sera... Mais même pas moi. Enfin, franchement, dans ma vie de tous les jours, dans la conversation que j'ai tous les jours, on est tous des racisés dans mon travail et je ne vois... Et on a tous grandi en France, on a des parents qui ont travaillé en France. Je ne vois pas... de différence. Je vois aucune différence. On a la même merde, on a la même vie, on a les mêmes transports tous les jours. Même quand on se regarde nos paniers repas, on va se taper des tastis croustis, on va se taper des pâtes, on va se taper des machins, des sushis et tout. Même dans ça, il n'y a pas trop de différence. Même quand on cuisine à la maison, on ne fait même plus des pâtes chez nous. C'est quand même assez rare. On n'a pas le temps. Ça prend beaucoup de temps. Mais rien que ça, c'est fini, c'est cliché. C'est bon, on habite des fois dans le même quartier, on est tous dans les quartiers un peu similaires, on a tous le même salaire, du coup on dépense la même chose tout le temps, donc il faut arrêter ça, vraiment.
- Speaker #0
Et qu'aujourd'hui ça ferait du bien justement, dans une France où on est un peu plus unis culturellement parlant, on arrive à plus affirmer des choses. que ces différentes communautés arrivent à fermer des choses et dire les choses, poser des mots et déconstruire les choses, ça serait intéressant d'avoir un cinéma aussi qui représente ça aussi.
- Speaker #1
Exactement. Après, on est toujours fermé de nos origines, mais dans la vie de tous les jours, on vit comme tous les Français.
- Speaker #0
C'est ça. Et ça manque cruellement de cette représentation-là.
- Speaker #1
C'est vraiment dommage.
- Speaker #0
Mais bizarrement, tu vois qu'en musique, on n'a pas ce problème-là, tu vois, quand je vois... La musique...
- Speaker #1
Encore plus.
- Speaker #0
Mais non, mais regarde. Si tu fais un parallèle tout coin entre le cinéma et la musique, ce qui cartonne, les artistes qui cartonnent aujourd'hui en France, ils vendent le plus. Il n'y en a qu'à moi. Tu vois, c'est des personnes racisées qui font l'unanimité aujourd'hui. Contrario, contraste avec le cinéma où... Ceux qui gardent, c'est Adèle Exarpopoulos, Gilles Lelouch.
- Speaker #1
Oui, je suis sûre parce que après, je veux dire, quand même, j'adore Anna Camora et tout, mais son style vestimentaire quand elle est sur scène, ça n'a rien à voir avec le style vestimentaire d'Angèle ou de trucs. Elle est populaire et tout, parce qu'elle fait la bonne... Enfin, sa musique, elle est dansante, elle est vachement bien, mais, encore une fois, dans nos artistes français et ceux des migrations, on garde encore des codes vestimentaires qui sont différents de l'artiste blanc.
- Speaker #0
Oui, mais OK, d'accord.
- Speaker #1
Le fait que c'est rassembleur,
- Speaker #0
tu veux dire ? D'accord, ça, tu es tout à fait d'accord. Ce n'est pas ça que je suis en train de parler. Je te parle en tant que spectateur. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, Ayana Kamoura et Maître Gims, qui sont des artistes issus de la diversité, c'est quand même les artistes les plus écoutés en France.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Et je pense que même si tu enlèves les jeunes de 8 à 15 ans, ça reste quand même les artistes les plus écoutés au monde. Je pense que les darons, aujourd'hui, ou dans les fêtes, ou dans les barbecues, ou dans les kermesses, ils écoutent du Gims ou d'Anna Kamoura. Et c'est ces mêmes personnes qui vont aller voir des comédies françaises potaches à la télé. Donc tu vois, c'est un contraste qui est quand même très différent.
- Speaker #1
Je ne pense pas que Gims a le même public qu'Anna Kamoura. Je pense que Gims, lui, a un public beaucoup plus ouvert qu'Anna Kamoura. Mon amour, je pense que les vieux darons écoutent du Gims parce que les paroles, Il fait quand même de la variété, Gims. Ayanakamura fait une musique qu'ils ne connaissent pas là-dedans. Gims, pour eux, il articule bien, il a des paroles quand il chante. Pour moi,
- Speaker #0
Gims et Ayanakamura, c'est quand même des musiques très grand public.
- Speaker #1
Non, je ne suis pas d'accord avec toi.
- Speaker #0
Toutes les différentes classes d'âge. Je ne suis pas d'accord avec toi.
- Speaker #1
Je trouve que Gims est vraiment très particulier.
- Speaker #0
Je suis désolé, mais Gims ou Ayanakamura, ce n'est pas de la musique de niche.
- Speaker #1
Toi, tu n'entendras jamais... des gens sur les réseaux sociaux dire de Gims, ah je comprends pas ce qu'il dit, c'est pas français les mélodies elle est bizarre, les Nakamura les vieux ils écoutent pas les Nakamura.
- Speaker #0
Non mais peut-être pas les vieux mais tu vois bien que c'est quand même l'artiste la plus écoutée donc il y a vraiment une population Mais moi je mettrais pas Gims et Nakamura dans le même truc parce que c'est deux choses complètement différentes ils sont pas acceptés d'un même façon tous les deux Bref, mais ce qui est sûr c'est que c'est les artistes les plus écoutés de France, t'es d'accord ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
L'artiste Et c'est quoi ce... Moi, je te parle de vrais contrastes entre, en termes musicals, culture musicale, c'est des artistes issus de la diversité qui cartonnent, et de la culture cinématographique, il n'y a aucune représentation de personnes issues de la diversité qui cartonnent.
- Speaker #1
Oui, parce que les jeunes écoutent de la musique parce que c'est gratuit, mais par contre, ils ne vont pas débourser des sous pour aller au cinéma. Encore une fois. Parce que c'est deux arts complètement différents.
- Speaker #0
Oui, parce que...
- Speaker #1
Tu vois ce que je veux dire ? C'est parce que la musique... Tu écoutes la musique sur YouTube, tu peux faire un truc sur YouTube. Le cinéma, il faut que t'ailles le payer, il faut que t'ailles le voir. Ils ne se déplacent pas pareil. Ils sont moins intéressés pareil.
- Speaker #0
Si le cinéma était gratuit... comme le streaming sur Spotify.
- Speaker #1
Et surtout qu'il doit être catégorisé comme quelque chose qui appartient qu'aux blancs, alors que le cinéma, c'est censé être pour tout le monde. Et que la musique...
- Speaker #0
Après, l'équivalent du streaming en musique avec Spotify, tous ces trucs-là, Amazon, tout ça, c'est Netflix et Amazon Vidéo. C'est que pour moi, des plateformes comme Netflix ou Amazon peuvent créer justement des personnalités ou des figures, des acteurs, des comédiens, comédiennes. issus de la diversité fort, ils peuvent eux créer ce type de personnages et créer vraiment des icônes issus de la diversité et créer des types de films qui pourront plaire justement à tous ces gens qui détestent les films d'Ahmed Sila ou qui détestent les films de Jamel.
- Speaker #1
C'est ça, un peu commencer. Quand tu as des youtubeurs qui font des films et qui font des millions d'entrées, c'est un peu commencer.
- Speaker #0
Quel youtubeur fait des millions d'entrées ?
- Speaker #1
Je veux dire, Squeezie, c'est Squeezie. Il y en a un youtubeur qui faisait des films, qui a fait des films au cinéma. Il y avait énormément de gens qui ont été le voir. C'était Squeezie, non ?
- Speaker #0
Ah non, c'est Willem. Non,
- Speaker #1
c'était pas... Non, il y a un mec, un youtubeur. Après, Obsession aussi, c'est des youtubeurs... Peut-être qu'eux, ils sont pas du tout dans le code. Du coup, vu qu'ils ont pas travaillé dans... Tu vois, les comédiens, tous les acteurs, ils sont tous dans le même jus.
- Speaker #0
Ouais, mais la question, c'est différent parce que le réalisateur... Mais non,
- Speaker #1
mais il y a un youtubeur qui avait... Je suis sûre que c'était Squeezie.
- Speaker #0
Non, Squeezie a jamais sorti de film au cinéma. Mais non, mais juste pour...
- Speaker #1
C'est pas le film qu'on a vu. C'était un autre youtubeur qui avait fait un film et qui l'avait projeté au cinéma. Et ça fait vachement... Oui,
- Speaker #0
c'est Willem. Ah non, le mec qui avait monté l'Himalaya.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Voilà.
- Speaker #0
Ça,
- Speaker #1
ça commence un peu, tu vois. Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ça, c'est un documentaire, mais ça n'a rien à voir. C'est un vlog. C'est un mec qui a fait un énorme vlog parce qu'il a monté l'Everest.
- Speaker #1
En tout cas, il a fait venir beaucoup de gens à voir son truc dans l'Everest. Non,
- Speaker #0
mais d'accord, mais ce n'est pas du cinéma. Ce n'est pas un film.
- Speaker #1
Oui, mais oui, d'accord. Mais en attendant, je viens de t'en dépasser pour aller le voir.
- Speaker #0
Oui, mais par exemple, tu donnais l'exemple d'Obsession. Curry Barker qui est un réalisateur youtubeur à la base qui a fait du court métrage d'horreur sur youtube je crois qu'il en fait 3-4 et des sketchs sur youtube et sur instagram c'est un mec à qui aux Etats-Unis on a dit on te file une enveloppe et tu nous prends un film et on voit ce que ça donne et il a fait son film Obsession qui cartonne mais des exemples comme ça en France t'en as pas et puis c'est pas je pense c'est pas le sujet vraiment parce que c'est pas un truc issu de la diversité ou des choses comme ça tu vois Il y a aussi, non mais après, il y a, à qui on a donné la chance, il y a le mec qui a fait Us et qui avait fait Get Out, qui lui, était un comique issu de la comédie et qui a fait des sketchs pour la télé et qui, derrière, a fait...
- Speaker #1
Ça se trouve, nous aussi, on va avoir ça vu que c'est aux Etats-Unis que c'est parti. Ça se trouve que nous aussi,
- Speaker #0
on va avoir des gens... Jean-Anne.
- Speaker #1
Ouais, peut-être que nous aussi, ça va venir ça. Des gens qui font des... Il n'y avait pas le truc avec les deux frères qui faisaient plein de sketchs, un qui était handicapé et que du coup ils ont fait un film ?
- Speaker #0
Ah, Golo et Richie ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Oui, mais Golo et Richie, ce n'est pas eux qui l'ont réalisé.
- Speaker #1
Oui, d'accord, mais je pense que c'est quand même des mecs qui viennent des réseaux sociaux et c'est de la minorité que du coup... Bien sûr.
- Speaker #0
Mais c'est un documentaire qui est censé représenter la réalité de ce qu'ils vivent un peu tous les jours. Mais apparemment, ça fonctionne bien. Oui,
- Speaker #1
donc du coup, tu vois, ça peut marcher, mais je pense que juste que... Ce milieu-là du cinéma, il est trop... C'est trop... Pas une secte, mais ils sont trop dans leur truc et du coup, ils oublient... Je pense qu'il faut...
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'ils ont tendance à moins donner la liberté à un autre type de cinéma.
- Speaker #1
C'est ça. Et du coup, c'est pour ça qu'ils restent entre eux et du coup, ils ont peur parce qu'à côté, tous ces boomers-là, ils vont mourir donc il faudra d'être...
- Speaker #0
et pour un plus long cinéma c'est peut-être le moment aujourd'hui de recréer un nouveau cinéma ouais mais quand t'as une franchise qui ont l'habitude de fonctionner de cette manière là ils peuvent reléguer et transmettre cette même méthode mais ces gens là qui vont voir ça ils vont disparaître la nouvelle génération elle est pas forcément comme ça c'est comme la polémique de Télérama qui avait fait une première en disant que C'est toujours les mêmes acteurs qui jouent au cinéma, que ce soit Gilles Lelouch, Adélaïc Zerpopoulos, Pierre Ninet, tout ça. Et que Gilles Lelouch avait dit dans une interview, écoutez-moi, l'année dernière, j'ai fait qu'un film. Donc Pierre Ninet qui disait, écoutez, l'année dernière, j'ai fait qu'un film. Et je suis d'accord, ils ne font pas un milliard de films non plus, ces mecs-là, mais c'est souvent eux qu'on voit en première tête.
- Speaker #1
Et surtout dans les pubs, on les voit partout.
- Speaker #0
Oui, dans les réseaux sociaux. Je pense que c'était maladroit de Télérama de dire qu'il n'y a que eux qui tournent parce que c'est un peu faux. Mais qu'il n'y a pas assez de comédiens différents. Il n'y a pas assez de diversité et de groupes de comédiens différents. en France comme il peut y avoir aux Etats-Unis ou en Angleterre ou des choses comme ça. C'est-à-dire que ça se compte dans une pièce le nombre de comédiens qui sont représentés.
- Speaker #1
Après, je pense que c'est plus par rapport aux os de gérer. Parce que c'est vrai que moi, Pierre Minet, avant que tu me montres des films de Pierre Minet, je connaissais parce que je voyais tout le temps. Pierre Minet, il est géré de tellement de trucs que du coup, tu ne peux pas passer à côté. Moi, je n'ai jamais vu un film de Pierre Minet avant que tu m'en montres, mais Pierre Minet est partout. Adèle... Nîmé,
- Speaker #0
bébé.
- Speaker #1
Nîmé ? Pierre Ninet, pardon, excusez-moi.
- Speaker #0
C'est afféminé, c'est pas le... Pierre Ninet, alors je veux dire,
- Speaker #1
j'avais jamais vu un de ses films, mais ce mec-là, je le connaissais parce qu'il s'est légéré de tout. Adèle, pareil, elle avait tous les défilés de mode, elle est partout aussi, je pense que c'est ça aussi qui donne l'impression que...
- Speaker #0
Qui joue pas tout le temps.
- Speaker #1
Alors qu'en fait, ils vont...
- Speaker #0
Ils sont surreprésentés à peu près partout.
- Speaker #1
Mais vraiment, tu vois, ils ont fait le truc sur les 2B3, le mec a joué... temps, il a fait 10 000 pubs. Donc, tu as l'impression de le connaître. La série To Be Free.
- Speaker #0
L'acteur principal ? Oui,
- Speaker #1
il a fait 10 000 pubs et il était géré de tellement de trucs. Jean-Paul Gaultier, il a fait la pub de Jean-Paul Gaultier. Donc, tu as l'impression que ces gens-là, tu les vois tout le temps. Il n'y a pas de gens que je ne connais pas. J'ai vu zéro de leurs films. J'ai l'impression qu'ils sont partout parce que c'est toujours les mêmes égéries.
- Speaker #0
Et contrairement à certains comédiens qu'on voit plus au cinéma, tu vois, moi, je pense à des acteurs que... Par exemple, un acteur que j'aime bien, il s'appelle Vincent Mackenna, il tourne pas mal, qui a pas souvent le premier rôle, mais qui a souvent, qui a des fois le premier rôle, ou des fois le second rôle. On voit très souvent au cinéma, mais il me saoule pas. Il fait du bien, je trouve. Parce qu'il est pas dans une surreprésentation, il est pas là à être partout, dans les réseaux sociaux, dans les médias, dans les magazines. On voit très souvent, c'est comme leur calamite, celle qui joue dans la série 10%.
- Speaker #1
Je suis désolée, enfin, je suis... très très nul dans les séries françaises. Je regarde zéro séries françaises, du coup je n'ai pas la télé pendant très longtemps, donc je ne connais pas très, donc ne m'en voulez pas.
- Speaker #0
C'est des acteurs très connus qui jouent très souvent, très régulièrement, et je pense qu'ils ont un planning à 4 films par an, 4-5 films par an. On les voit beaucoup, on les voit beaucoup à l'affiche, ils font de temps en temps des promos, mais ils ne font pas mal à la tête. Ils ne sont pas surreprésentés. On les voit de temps en temps, mais ils ne prennent pas beaucoup de place.
- Speaker #1
Parce qu'ils n'ont pas des campagnes de pub.
- Speaker #0
Ils ne sont pas des égérides,
- Speaker #1
je l'évoque au cinéma. Vu qu'ils n'ont pas non plus 15 films par an, du coup...
- Speaker #0
C'est vrai que c'est bizarre parce que, que ce soit Pierre Ninet, Gilles Lelouch, Adèle Exarpopoulos, mais ce ne sont pas des acteurs qui tombent énormément, mais on les voit très souvent, ce qui fait qu'on a l'impression qu'ils sont partout. Et en fait, c'est en ça que ça devient un peu énervant, pour certains. Après, moi, je ne trouve pas ça spécialement énervant de tout le temps les voir parce que bon, voilà, ça reste des comédiens. Mais ce que je trouve énervant, c'est de se dire qu'il y a d'autres comédiens qu'on ne voit pas.
- Speaker #1
Moi, c'est surtout que ces gens-là, ils ne me parlent pas. Je suis désolée, mais j'adore Adèle, j'ai vu la vie d'Adèle. Il n'y a pas de souci et tout, mais aujourd'hui, je veux dire, cette nana-là, je veux dire, pour moi, elle ne représente rien. Ce que j'ai envie de voir est ma façon de penser, tu vois. Donc, du coup, elle ne m'intéresse pas forcément. Je ne vais pas m'intéresser à elle forcément. Je pense qu'il y a beaucoup de gens qu'on met en valeur. J'ai l'impression que c'est des gens qui décident qui est bon, qui est mauvais, et que le public ne les a pas forcément écoutés. Après, j'ai peut-être tort, parce que vu que ces gens-là sont des égéries de martyrs, ça veut dire qu'ils cartonnent. Mais c'est vrai que moi, en tant que femme noire qui a grandi en France de 43 ans, je ne parle pas à tous ces gens.
- Speaker #0
En fait, même s'ils ne tournent pas tout le temps, c'est qu'à chaque fois qu'ils tournent dans un film, c'est toujours un événement.
- Speaker #1
Parce que la presse a envie que ce soit un événement.
- Speaker #0
Oui, parce que déjà, c'est des acteurs qui sont très charismatiques et qui choisissent leur rôle très minutieusement. Et s'ils ont choisi de jouer dans ce film-là, c'est que ce film-là est important. Donc, il y a tout un marketing derrière, toute une presse aussi qui vient faire la promo autour de ce film. Donc, c'est un événement à chaque fois qu'ils font un film. Donc, c'est pour ça qu'on a l'impression... Et puis, c'est des mois, des mois de promotion. Donc, il y a aussi cette impression-là qui sont partout, alors qu'en fait, c'est juste du marketing. On les voit un peu partout,
- Speaker #1
sur les télés,
- Speaker #0
dans les médias, dans des vlogs, chez les youtubeurs.
- Speaker #1
Moi j'aurais une question, enfin la femme noire de 43 ans qui a vécu en France, dites-moi dans les commentaires c'est qui vous aujourd'hui, en France, les gens que vous admirez et que vous suivez ?
- Speaker #0
En acteur,
- Speaker #1
en acteur, en chanteur, ne me dites pas Yannick Amora, mais quelles sont ces gens, les personnalités françaises qui aujourd'hui vous parlent ? Moi, j'ai l'impression qu'il n'y a pas... personne, que ce soit dans le cinéma, que ce soit dans la mode et tout, plus personne ne me parle. Je ne me reconnais dans absolument rien. Vraiment, il n'y a aucune actrice qui va me toucher, dans laquelle je me reconnais. Comme je te dis, j'ai fait le deuil d'énormément de personnages d'avant que j'adorais, parce que je me suis rendu compte qu'aujourd'hui, j'étais un peu dans le déni. Vu que je n'avais rien d'autre, du coup, j'ai adoré. En me réveillant aujourd'hui, je me suis dit, mais en fait, il y avait zéro diversité. Tu vois ?
- Speaker #0
Mais en tant qu'actrice, par exemple, il n'y a personne qui te fait vibrer ou tu te dis le prochain film de cette actrice, je vais aller la voir parce que c'est quelqu'un que j'apprécie.
- Speaker #1
Non,
- Speaker #0
il n'y en a pas. En ça, tu ne te sens pas représentée. Tu ne te dis pas que c'est une actrice majeure, importante. Après,
- Speaker #1
il y a plein d'actrices que j'aime beaucoup. Non,
- Speaker #0
mais en actrice, là, si on parle français.
- Speaker #1
Français, aucune.
- Speaker #0
Français, aucune.
- Speaker #1
aucune, il n'y a aucune chose à représenter, il n'y a aucune politique qui donne envie, il n'y a aucune politique qui donne envie. Socialement,
- Speaker #0
politiquement, elle peut faire avancer les choses, elle peut être battante, chaque œuvre est aussi une marche politique, une marche sociale, il y a un combat.
- Speaker #1
Aucune, et même acteur, je veux dire, en tant que femme noire de 43 ans qui a grandi en France, il n'y a aucune personne dans le cinéma français qui me donne envie de m'intéresser à elle ou qui me dit, enfin, tu vois, je, non, aucun, vraiment aucun. Et je serais super triste, alors que plus jeune, j'en aurais eu peut-être.
- Speaker #0
Je te pose la question maintenant, peut-être aujourd'hui, mais avant, qui c'était justement en France ? Parce que peut-être que tu as eu justement la crise qui te représentait, qui était tes modèles, justement.
- Speaker #1
Pas forcément des modèles, mais il y a plein, je veux dire, il y a des personnages TV que je suivais, que je devrais suivre. Par exemple, Daphne Burki, c'est quelqu'un que j'adorais. Et aujourd'hui, je trouve que plus je la connais, plus machin et tout, je trouve qu'il n'y a plus rien qui m'attire chez elle. Alors que c'est une femme que j'ai adorée, par exemple, tu vois. Luz Bourgoin, c'est quelqu'un que j'ai adorée. Aujourd'hui, j'ai l'impression que je me suis réveillée, qu'elle et moi, on a absolument rien en commun. Elle ne m'inspire pas plus, tu vois. et j'en ai... plein de listes comme ça d'actrices, je trouve qu'aujourd'hui, alors qu'avant, j'adorais. Ces femmes-là, j'adorais. Je trouve qu'aujourd'hui,
- Speaker #0
non. Là, tu me cites des personnalités télévisuelles issues de la télévision. Je te parle vraiment purement comédien, comédienne.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Aucun modèle représentatif en France ? par rapport à moi aujourd'hui mais pousser les idées tu te dis il y a une avancée culturelle ou sociale ou une avancée vraiment par rapport à une figure ethnique ou qui pourrait me dire que à chaque fois c'est un plaisir de voir ce film parce que chaque film est un combat est-ce que aux Etats-Unis t'as eu ça ?
- Speaker #1
peut-être aussi le fait que je m'intéresse plus trop à ce qui se passe en France aussi tu vois, il y a peut-être ça mais non il n'y en a aucun et aux Etats-Unis,
- Speaker #0
qui t'a donné cette impression là ?
- Speaker #1
tu vois je sais pas toutes les séries de femmes noires hyper fortes Murder, Scandal Yopitalango, tous ces films là les Amazones, je sais plus le nom tu vois moi ça m'a je crois qu'elles sont puissantes après moi je suis très très libre pour retenir les noms des actrices mais il y en a tellement des films de femmes racisées que je trouve extraordinaires avec des rôles extraordinaires qu'on a donné de déroulé extraordinaire et qui me parlent. Tu vois, même la fille de Diana Ross, comme elle s'appelle déjà, Tracy... Ellie Ross. Ouais. Je la trouve extraordinaire, cette nana. Tu vois, je la trouve, dans tout ce qu'elle fait, tout ça, je la trouve hyper passionnante. Moi, elle me parle. Tu vois, elle a pratiquement le même âge que moi, mais en France, pas du tout. Alors que, tu vois, par contre, les stars que j'adorais avant, genre Beyoncé, Aujourd'hui, elle ne me parle absolument pas.
- Speaker #0
Alors voilà, c'était ma question. C'est par rapport, là on parlait culture cinéma, mais en culture musicale. Il y a eu des figures, des modèles qui ont été...
- Speaker #1
Mais Isolde, tu vois, elle, j'aime beaucoup ce qu'elle fait, sa personnalité. Tu vois, peut-être elle est encore, pas dans tout, mais je trouve qu'elle est quand même assez intéressante cette nana. Mais sinon, après Ayana Kamoura, alors sa musique, mais sa personnalité, tout ce qu'elle fait, tout, ça... Elle ne me donne pas forcément envie de la suivre.
- Speaker #0
Mais c'est marrant parce que j'ai l'impression que dans les figures, et c'est pour ça que ça rejoint un peu ce que j'ai l'impression que ce qu'on disait tout à l'heure, c'est que pour toi, les figures représentatives, tes modèles, sont vraiment plus issues de la musique que du milieu du cinéma.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ah mais non,
- Speaker #1
parce que la fille de Daniela Ross, c'est l'actrice.
- Speaker #0
En parlant, tu m'as cité très spontanément des chanteuses françaises. très rapidement. Alors que des modèles de cinéma...
- Speaker #1
J'en ai sauté qu'une, mais vraiment que j'aimais bien. Encore, Isotte, elle n'est pas française, je trouve qu'elle est belge.
- Speaker #0
Oui, mais elle est francophone.
- Speaker #1
Oui, et laquelle, vraiment ? Parce qu'elle n'a qu'à manger dans sa musique, mais après, tout ce qu'elle fait, ça ne me parle pas forcément. Ce que je veux dire,
- Speaker #0
c'est que tu es dans une réflexion quand il s'agissait du cinéma. C'est pour ça que j'ai l'impression que nos modèles qui nous... Moi, je pourrais dire pareil. Je pense que ça se rejoint à ce que toi, tu dis. Moi, mes modèles... les personnalités publiques sont vraiment issues aussi de la musique.
- Speaker #1
De la musique, oui. On s'est passionnés de l'hip-hop aussi.
- Speaker #0
Oui, voilà. Dans les combats, dans les parcours, dans ce que ça défend, dans ce que ça représente. Et moins dans le cinéma, dans les acteurs. Par contre, j'ai des parcours de réalisateur, parce que moi, c'est plus les traits de réalisateur qui me passionnent. En termes de comédien, comédienne, j'ai pas vraiment de parcours inspirant. Genre, il n'y a pas un acteur... français, il y a Vincent Ladon que j'aime beaucoup parce qu'il représente justement les minorités et qu'à chaque fois qu'il se positionne sur un film, t'as l'impression que c'est un espèce de combat social qu'il fait donc ça, en ça, je respecte et je suis toujours assez curieux de savoir quel film il va défendre la prochaine fois parce que lui, il est cohérent et constant dans ses choix artistiques et je pense qu'un acteur, ça devrait être dans ce même principe-là Après, il y a peut-être Karim Leclou que j'aime beaucoup aussi dans ses choix artistiques et dans ce qu'il défend au cinéma. Mais il y en a très peu. Je n'ai pas forcément une évidence, une spontanéité à te répondre à un artiste, un comédien, une comédienne directement. Parce que peut-être aussi, on ne laisse pas la chance. Il n'y a pas assez de réalisateurs, de producteurs qui donnent place à des films où des comédiens puissent mener des combats. Les films à la Vincent Lindon, il n'y en a pas un milliard non plus.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr. Mais après, est-ce que c'est aussi parce qu'ils seutent ? Moi, je ne la connaissais pas du tout, cette nana. Apparemment, elle a fait un télécrochet. Et peut-être que le fait que tu vois... En fait, moi, ce que j'aime chez elle, c'est qu'elle est très sur les réseaux sociaux, elle montre sa personnalité, elle montre ce qu'elle est aussi. Et après, bien sûr qu'elle a fait des bad buzz, des trucs qu'elle dit où je ne suis pas forcément d'accord. Mais j'aime le fait que tu vois qu'elle montre ses failles, qu'elle montre ce qu'elle est, qu'elle montre qu'elle est talentueuse. Et il y a peut-être ça aussi, peut-être que tous ces gens-là du cinéma français, peut-être qu'ils montrent moins. Parce qu'on les voit dans des films, ils ont toujours des films de minorité. Donc du coup, ça nous parle encore moins. Et en plus, on ne voit pas trop ce qu'ils font à côté. Tu vois, ils ne ressortent pas forcément du lot. Peut-être que je me trompe. Non,
- Speaker #0
mais je pense que tu vois...
- Speaker #1
Il y a aussi ça aussi.
- Speaker #0
Tu vois, par exemple, si je prends un exemple d'Aïssa Maïa, qui mène un combat en parallèle de sa carrière d'actrice, un combat social, politique, à défendre les minorités, à défendre aussi la représentation des Noirs dans le cinéma, d'essayer d'avancer socialement et culturellement parlant, elle mène un vrai combat en parallèle de sa carrière de cinéma. Pourtant, sa carrière de cinéma, elle n'est pas représentative de son combat à elle, à côté. Parce qu'elle n'a pas forcément... des scénarios qui lui permettent d'être représentée comme elle est dans la vie réelle. Et c'est pour ça, je pense, que ce genre de comédien, comédienne, attendent aussi des combats, des scénarios qui défendent vraiment un combat social, politique ou qui ont une vraie avancée sociale. Il y en a très peu, justement, dans le cinéma. C'est pour ça qu'on a des modèles qui... On peut être intéressé par des modèles Parce que c'est très divertissant. Ils font des performances d'acting. Ils font des performances où ils peuvent interpréter différents rôles. Donc ça rend ça intéressant. Mais là, je parle purement politiquement et social. Quel avancé on peut avoir ? Et quel type de film peuvent attendre ce type de comédien aussi ? Et je pense qu'il y en a très peu.
- Speaker #1
Après, moi, le truc, c'est que... Après, c'est vrai qu'aujourd'hui, les jeunes d'aujourd'hui, ils ont envie que de savoir comment pensent... quels partis politiques sont les gens qui suivent. Le truc, c'est que moi, je ne te parle pas de politique, je te parle de la personne, comment elle s'ouvre, comment elle pense, comment elle fait les choses. Je pense que je cherche la sensibilité de quelqu'un, d'émotion de quelqu'un. Je ne cherche pas forcément à savoir le combat qu'elle fait par rapport aux femmes, parce que je pense qu'il y a beaucoup de gens qui font des combats, ils veulent les mener, mais est-ce que c'est vraiment parfois... Je vais être dure, mais est-ce que ce n'est pas forcément des fois parce qu'on a envie de faire plaisir aux gens qui nous... Je ne dis pas qu'elle ne fait pas tout ça. Ce que je veux dire, c'est que je trouve qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de gens qui se servent de combats pour attirer les gens. Moi, ce que j'ai envie de voir aujourd'hui, c'est l'authenticité. Tu vois, c'est juste que cette femme-là, je ne la connais pas, peut-être que tout ce qu'elle montre, c'est ça. mais elle ne montre pas autre chose. Donc du coup, je l'ai même oublié alors que j'ai un contre-contre-contre-contre-elle, tu vois, mais juste que peut-être moi, à l'âge que j'ai aujourd'hui, j'ai envie de me dire que c'est des humains et c'est des gens qui vont m'apporter des émotions. Le fait que de tout n'importe quoi. Oui,
- Speaker #0
en gros, tu aimerais juste avoir un comédien, une comédienne, par exemple, noire, qui interprète un rôle lambda. Oui,
- Speaker #1
voilà, c'est ça.
- Speaker #0
Voilà. Sans exprimer un combat intérieur. C'est pour moi, je n'aime pas des combats. Non, mais ça, je suis d'accord avec toi. Parce que c'est archi-important de ne pas... Ce qu'on disait tout à l'heure, justement, avec le thème principal de cette émission, c'était l'exemple de l'Odyssée de Nolan. C'est que lui n'est pas dans une représentation culturelle de la backstory ethnique de ce personnage-là. On s'en fout complètement dans le film. Et c'est clair qu'on doit avoir ce type de représentation parce que... On ne doit pas sans cesse justifier notre couleur de peau à l'image. Ça, je suis tout à fait d'accord. Mais n'empêche que, quand tu as une personne, comme par exemple Aïssa Maïga, qui représente dans un film une personne lambda à qui on ne pose pas de questions, c'est très satisfaisant, c'est valorisant.
- Speaker #1
Exactement, je suis d'accord.
- Speaker #0
On est heureux pour ça et on a envie de suivre un peu plus. Mais le fait qu'elle interprète une personne lambda, tu as tout son combat. mine de rien tu vois aussi tout son combat qu'elle a pu mener aujourd'hui parce que c'est très particulier, c'est peu commun de voir justement une personne comme Aïssa Maïga dans un rôle lambda t'as envie de glorifier ça, t'as envie de donner de l'importance et quand tu vois ce personnage là, t'as de l'émotion parce que tu dis, elle emmène avec elle dans ce personnage là tout son parcours qu'elle n'a pas pu avoir ou tout son parcours dur qui a été compliqué, tu vois c'est comme Viola Davis quand tu vois dans son rôle quand elle a une interprétation d'une femme lambda qui mène un combat Tu vois son combat dans son personnage, dans ce qu'elle interprète, mais aussi dans son combat de femme noire. Il y a ça aussi. Et ça, c'est important. Je pense que ça, c'est des choses qu'on ne peut pas enlever, qu'on devrait peut-être enlever certes, mais qui est glorifiant. Moi, quand je vois... Après,
- Speaker #1
je n'ai pas l'impression que le truc qui sort plus de meurtre d'or, c'est qu'elle soit noire.
- Speaker #0
Non, non, non, je suis d'accord.
- Speaker #1
Et ce n'est pas du tout ça. C'est le fait surtout que ce soit une femme. et qu'elle ait des travers. Bien sûr. Je ne sais pas, je m'exprime mal. Je ne pense pas que dans Murder, on parle de sa couleur de peau. Tu vois ce que je veux dire ? Oui, bien sûr. C'est plus le fait que...
- Speaker #0
Bien sûr. Et c'est ça qui est...
- Speaker #1
Qu'elle ait des travers.
- Speaker #0
C'est ça qui est bien. Mais ce que je veux dire, c'est que quand tu la vois, tu ne peux pas... Tu peux penser que c'est... En fait, tu penses que c'est quelque chose de très rare et tu veux glorifier ce moment-là. Tu vois ce que je veux dire ? C'est comme... Tu vois, il y a un acteur qui s'appelle Riz Ahmed. qui est un acteur pakistanais qui a percé en Angleterre. Et quand il fait un film comme Sound of Metal, qui est un chef-d'oeuvre, et que tu le vois dans ce personnage-là transpirer l'interprétation, tu te dis, putain, c'est un acteur de ouf. Il ne représente pas sa communauté pakistanais. C'est juste un personnage lambda qui vit une situation. Mais tu ne peux pas t'empêcher de penser qu'en fait, c'est un mec issu de la diversité qui traîne aussi derrière lui un boulet aussi d'intégration, de combat aussi, parce qu'il a envie de s'affirmer. Et ça procure beaucoup plus d'émotions. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
Oui, oui. Après, je pense qu'il le fait qu'elle monte ses failles, ça procure l'émotion et que la puissance, d'ailleurs, il y a toujours une faiblesse derrière.
- Speaker #0
Oui, et ça participe à le fait que ce soit un moment rare, tu vois. Un moment rare qu'il faut apprécier et tu donnes un peu plus d'importance à ce moment-là.
- Speaker #1
Après, il faut quand même dire que le rôle à elle, son rôle dans Murder...
- Speaker #0
Analyse Kitting.
- Speaker #1
Analyse Kitting. tu vois le truc c'est que peut-être t'as pas eu cette série bébé mais il y a le truc c'est que il y a eu plein de séries sur les femmes plein de séries sur le pouvoir plein de séries sur le truc mais à chaque fois ces personnages là elles étaient tout le temps clean tu vois ce que je veux dire mais elle elle est pas clean elle est pas clean du tout même si elle est puissante elle est pas clean tu vois c'est un personnage que t'as envie de détester je suis sûre que pendant très très longtemps Quand tu regardais les séries, que ce soit Sarah Jessica Parker, que ce soit toutes les séries qu'on a vues, la femme avait toujours un rôle un peu bébête parce qu'elle intéressait à la mode. Soit elle était dure, mais elle avait zéro travers. Elle, elle nous a montré qu'elle n'est qu'une vraie personne. Tu vois ce que je veux dire ? Je pense que c'est ça. Peut-être le fait qu'elle soit noire aussi change énormément de choses pour moi. Mais j'ai trouvé qu'aujourd'hui, ce que j'aime dans les séries, ce qu'on n'a pas fait pendant des années et des années... On n'a jamais montré les failles des gens. On n'a jamais montré que le héros, ce n'est pas un héros. Tout le monde a des failles. La personne la plus puissante au monde a des failles.
- Speaker #0
Elle peut avoir des faiblesses.
- Speaker #1
C'est pour ça que j'aime tellement cette série. C'est pour ça que j'aime tellement Anna Eskitting. Parce que je trouve que c'est extraordinaire. Le fait qu'elle ait des failles.
- Speaker #0
Ce n'est pas une héroïne ni un anti-héros. C'est vraiment une antagoniste. C'est vraiment une méchante qui a des failles.
- Speaker #1
Oui, c'est un être humain. Tu vois ce que je veux dire ? Après, elle est alcoolique, tu vois la nana, enfin, elle a beaucoup ça, c'est une grosse manipulatrice, mais elle a des failles et on montre une vraie personne. Et je pense que pendant longtemps, on a voulu montrer que des gens qui n'existaient pas. Tu vois ? Et je pense que c'est aussi ça. Et je pense que moi aujourd'hui, les Sarah Jessica Parker, j'en peux plus quoi. Tu vois, des meufs toutes gentilles, toutes machin, ça a un peu été beaucoup ma jeunesse. Même par rapport aux gens avec qui je traînais, c'était des meufs comme ça, toute lise, toute gentille, toute mignonne, tout machin et tout. Et en fait, aujourd'hui, j'ai envie qu'on ait pas honte de montrer qui on est.
- Speaker #0
C'est pour ça que j'aime beaucoup Iseult.
- Speaker #1
Que ce soit bon ou mauvais, je pense que c'est pour ça que j'aime beaucoup Iseult, parce que je trouve que c'est ça qu'elle montre. Elle est maladroite parfois. Après, je trouve ça triste que parfois Internet a toujours besoin de toujours juger tout, mais elle nous montre ses failles. Tu vois, et Anissa Malga, moi, je la connais pas. Donc j'ai jamais vu ses failles dans les séries. Enfin, si, elle joue souvent des personnages forts, parce que j'ai vu quelques... Mais je sais pas. Et je trouve que c'est peut-être ça, c'est peut-être ce qu'ils font que moi, en tant que femme noire, je me dis, peut-être que le fait que je me dis pendant très longtemps, nous, on a dû jouer des rôles pour se réaccepter et que du coup, ça nous peinait. Et même aujourd'hui, au travail, tout ça, il y a toujours un gré de la commune. Au travail, il y a toujours le truc où la minorité doit toujours tout prouver. Et je trouve que dans ça, on montre que non, on est juste des gens normaux. on peut aussi avoir des failles, et c'est pas grave. Tu vois ? On n'a plus besoin de jouer un rôle. C'est peut-être pour ça que j'aime ces personnages, c'est peut-être pour ça qu'aujourd'hui, ces femmes-là me touchent plus. Parce que on est encore dans une société dans laquelle selon nos ethnies, on doit avoir telle ou telle personnalité. Et si on n'a pas, moi je sais que c'est aussi mon compas dans ma vie de tous les jours, c'est-à-dire que j'ai envie de montrer que j'ai une personnalité, mais je ne suis pas quelqu'un qui est méchante.
- Speaker #0
Et ça,
- Speaker #1
on ne l'accepte pas.
- Speaker #0
Oui, mais je comprends. Tu vois, genre, moi je trouve que le plus. l'acteur racisé qui s'est bien débrouillé dans ses choix artistiques en termes de cinéma c'est quand même Omar Sy qui aujourd'hui fait du cinéma qui ne le représente pas de manière ethnique ne le représente pas par
- Speaker #1
sa couleur parce qu'il a vraiment des rôles qui sont d'un point de vue défaillant par contre ce que je reproche c'est ses choix cinématographiques qui jouent toujours dans des gros films des gros pour...
- Speaker #0
C'est toujours des figures très importantes, mais il n'y a pas eu, je trouve, un rôle performant en termes de comédien. Je ne l'ai jamais vu encore dans un film d'auteur où il interprète un personnage fort et très touchant. C'est vrai. Mais encore une fois, un personnage lambda.
- Speaker #1
Mais pas le rôle du noir de service qui a le bec handicapé.
- Speaker #0
qu'il y a à l'historique par rapport à sa couleur. Un personnage lambda, fort, puissant, avec des travers et très puissant dans ce qu'il interprète et en termes de jeu pour qu'il ait une belle perf. Ça, je ne l'ai pas encore. C'est vrai. J'aurais tendance à aimer voir ce genre, ce type de rôle.
- Speaker #1
C'est vrai. Et je pense que... Tu vois, quand on parle de racisme, d'intégration et tout, et je pense que le jour où, on regardera les gens pour ce qu'ils sont, et pas par rapport, on jugera. Tu vois, il y a beaucoup de gens qui nous disent, oui, pourquoi ça nous énerve quand on nous montre nos origines ? Pourquoi c'est la chose qui m'énerve ? C'est parce qu'en fait, quand on nous montre tes origines, c'est qu'en fait, on a envie de te classer par rapport à la façon dont tes origines font que tu dois réagir dans ce que tu es. Et je pense que le jour où... On cessera de demander aux personnes racisées qui vivent en France
- Speaker #0
les origines ou qu'on les prendra pour des individus à part entière de ce qu'ils sont. C'est là que, pour moi, on aura vraiment battu le racisme et qu'on aura avancé. C'est ça que j'ai envie de voir. Moi, j'ai envie d'élever mes enfants de façon à ce que on ne leur dise pas « Oui, toi, tu as des origines congolaises, donc du coup, tu es comme ça. » C'est juste des individus qu'on aura élevés avec beaucoup d'amour, qu'on aura appris à vivre dans une société, avoir des rêves, avoir des passions. Et c'est vraiment ça que je me dis, quand on arrivera à ça, même au travail, quand on arrivera à ça, on créera des très belles personnes, des personnes qui feront avancer les choses. Tu vois ?
- Speaker #1
Et je pense qu'on va dans cette direction-là, mais ça prend un peu de temps parce que je trouve qu'entre les années 90 à aujourd'hui, culturellement, on a beaucoup évolué sur plein de points. Mais ça prend du temps. Mais tu vois, c'est comme... C'est con, mais... D'oom Les années 90, aujourd'hui, à 2026, on a évolué, je trouve, dans certaines représentations, dans les types de comédiens. Pour moi, c'est quand même relou de ne pas avoir, par exemple, un acteur asiatique. En France, il n'y en a pas. Il n'y en a pas. Aujourd'hui, en termes de passé colonial, les Asiatiques, c'est les Vietnamiens, parce qu'ils ont un passé colonial avec l'Indochine. Donc, c'est un peu eux, nos représentants asiatiques. Mais aujourd'hui, un acteur vietnamien, franco-vietnamien, aujourd'hui, il n'y en a pas.
- Speaker #0
Il y a Frédéric Chaud,
- Speaker #1
qui est issu du Comedy Club, qu'on ne voit pas tout le temps et qu'à chaque fois qu'il interprète un rôle, c'est issu, c'est lié justement à ses origines. Mais autrement, il n'y en a pas. C'est dingue.
- Speaker #0
Est-ce que c'est parce qu'il y a encore ce truc-là où les personnes asiatiques... Elles ont encore envie de faire plaisir à leurs parents et réaliser les rêves des parents. Tu vois ce que je veux dire ? Et pas vivre une vie de troubadour.
- Speaker #1
Non, mais bébé, des acteurs vietnamiens, de courts-métrages, tout ça, je sais qu'il y en a.
- Speaker #0
Ok, moi je ne connais pas, c'est pour ça que je me dis ça.
- Speaker #1
Il y a très très bons acteurs vietnamiens. Je parle des vietnamiens parce que c'est eux qui sont... Du plus présent. Présent, culturellement parlant et même en représentation cinématographique. Et il y en a des très bons, pour le coup. Et il n'y en a pas du tout dans le paysage cinématographique. C'est dommage. Il n'y a même pas de second rôle. Tu vois, même pas de second rôle récurrent. Il n'y en a pas. Même pas de second rôle dans de séries, dans des pubs, des têtes récurrentes qu'on voit dans des pubs ou dans des web-séries, dans des séries, dans des films. Il n'y a aucune trace.
- Speaker #0
Alors que quand on a été voir le festival asiatique, on se rappelle, franchement, il y en avait... Eh oui,
- Speaker #1
ça prouve qu'il y en a.
- Speaker #0
Les gars, ils étaient forts. vraiment c'était fort les films ils étaient extraordinaires il n'y avait rien dans le cliché on a vu Zirou autre truc raciste dans le cliché on a vu des gens qui racontaient les vies de gens et c'était beau c'était très bien écrit c'était juste c'était extraordinaire vraiment c'était magnifique il y avait des très très bons films vraiment et je pense que c'est des films qui méritent d'être vus enfin des courts métrages c'est pas des films c'est des courts métrages qui méritent d'être vus parce que ça apportait vraiment de fraîcheur sur... C'était vraiment différent. C'est vraiment ce qu'on a envie de voir, nous. Je penserais que c'est dommage qu'on ne leur donne pas plus de place. C'était vraiment très bien. On a vu les courts-métrages qu'il y avait de Canal+. Je trouvais que ce n'était pas du tout au niveau de ces mecs-là. Vraiment, je trouvais que c'était vraiment fort. Il y avait une justesse. Après, il y avait une justesse. Il y avait énormément de... C'était juste, c'était beau. Ça parlait à tout le monde. C'était magnifique, c'était beau. Alors que j'ai trouvé que... les courts-métrages de Canal+, c'est encore dans les clichés.
- Speaker #1
En fait, ouais.
- Speaker #0
Tu vois qu'on a vu...
- Speaker #1
Structurel...
- Speaker #0
On se reconnaît tous là-dedans.
- Speaker #1
Les Asiatiques, t'as une sincérité, t'as un film qui est pas d'habitude de voir et qui est représentatif de cette population, de cette communauté-là. Tandis que les films Canal+, c'est un peu plus technique, bridé et représentatif de comment on crée un court-métrage aujourd'hui.
- Speaker #0
En fait, le truc, c'est que sur Canal+, il y avait beaucoup de colère. Je trouvais que les gens montraient leur colère. Et que du coup, je trouvais que c'était un peu... Ils avaient toujours besoin de prouver. Ils reprenaient un peu les codes des autres. Mais en leur mettant... Alors que les Asiatiques, dans leurs courts-métrages, racontaient des vies, des situations. Des instants. Pas besoin d'avoir un flic asiatique. Tu vois ce que je veux dire ? D'avoir envie de donner des rôles de blancs. Les Asiatiques racontaient juste des situations. Des gens. Des vies. Et je trouve que c'était vraiment... Ils ont beaucoup... de talent et c'est dommage qu'on ne parle pas assez du cinéma asiatique français parce qu'ils font de très très belles choses et vraiment vraiment dommage.
- Speaker #1
Et bien, quelque chose d'autre à rajouter ?
- Speaker #0
Mais non, j'ai rien à rajouter. Mais écoute, j'ai trouvé que c'était très intéressant comme sujet. Et je suis très contente d'avoir pu exprimer, moi, c'est vrai que des fois, on a des idées comme ça, des choses qu'on a dans la tête et que du coup, on a du mal un peu à mettre des mots dessus. Et je suis très contente, du coup, d'avoir pu mettre des mots, moi, par rapport à ce que j'avais envie. comment je voyais le futur et comment on avait envie que la France évolue, parce qu'on a énormément de talent en France. Et on a plein de gens extraordinaires en France, rien qu'autour de nous. Et que j'ai envie que tout ça, que ces gens-là soient mis en lumière et que on puisse les découvrir et qu'il faudrait aussi apprendre à nos enfants de ne pas avoir peur de leurs émotions, de montrer qui ils sont. Et qu'importe la couleur que vous êtes, On a pu être, à se cacher, à montrer nos émotions. Voilà, c'est tout.
- Speaker #1
Super message. En tout cas, on va finir par ces belles paroles, plein d'espoir. Et merci de nous avoir écoutés. Et je crois qu'on a fait le temps de podcast le plus long de notre session. On est dans notre quatrième épisode et je crois qu'on a fait le temps le plus long. Donc, je pense que le sujet a été très inspirant et qu'on avait beaucoup de choses à dire. En tout cas, si vous êtes restés jusqu'à cette heure-ci, c'est que... Ça vous a plu ? On a hâte de réaborder un prochain sujet ensemble avec ma compagne. Et puis, on vous attend prochainement pour une nouvelle aventure.
- Speaker #0
Merci de nous avoir écoutés.
- Speaker #1
Merci de nous avoir écoutés. Rendez-vous dans un prochain épisode.
- Speaker #0
Rendez-vous dans un prochain épisode. À bientôt.
- Speaker #1
À bientôt. Blasian, et alors ? Votre nouveau rendez-vous podcast.