Speaker #0Bonne vie Ida ! Le podcast d'une aventure régénérative sur 1,5 hectare en Ariège. Explorons les sagesses ancestrales et les pratiques régénératives, agroécologie, permaculture, syntropie, hydrologie, dans la pensée comme dans la pratique quotidienne. Une aventure pour renouer avec la joie en soi, au service du vivant, de l'hospitalité et de la beauté du monde. Il est tôt. Les premiers rayons du soleil s'étirent sur le jardin. Plus tard, l'air étouffera de chaleur. Le sol brûlera les pieds. Le scarabée se réfugiera dans une naufracturisité noire et le noyé endurera le feu du soleil. Pour le moment, la lumière rase, éblouit les graminées dorées et les bouquets de graines pauvres qui tanguent doucement. Les arbres et les massifs étirent leurs ombres matinales au sol, une ombre frêle. Il y a un air d'automne dans ces arbres défoliés, mais c'est bien l'été qui règne. Il est difficile d'imaginer l'ampleur du travail de régénération du lieu à la vue de ce boisement timide. C'est que l'essentiel de mon travail ne se voit pas. Il plonge dans l'univers effervescent interdit à notre regard, le monde du microscopique. Il invoque les peuples d'insectes minuscules, de champignons et leurs réseaux mycéliens, l'activité grouillante d'un milliard de bactéries par gramme de sol, les racines infimes qui forment leur chemin de leur poussée patiente. Les virus aux formes de serpentins, de soleils ou de cactus, c'est la part invisible du vivant et pourtant, la majorité de la vie sur Terre est dans le sol. C'est justement là que je cherche à agir, auprès de tout ce qui fouille, fouille, altère, digère, métabolise, ce qui décompose ou se désagrège et se diffuse, ce qui est déposé et brassé, tout ce qui s'accouple et s'engrange ou s'ingère, s'excrète et s'humifie, ce qui salit, s'épouse comme l'if du champignon et la racine de l'arbre, s'écrète ou absorbe, se ramifie. se propagent en biofilms ou filaments, rencontrent, luttent, embrassent dans la pâte levée et granuleuse du sol. Une patte vivante, constellée de bulles d'air, de petits cailloux et d'aspérités, de miettes de bois, de gouttes d'eau, de bestioles infimes, de poussières de feuilles, de spores, de lichens et de mousses. C'est le monde du minuscule, qui joue à l'échelle des molécules et des atomes, et s'amuse comme un enfant, ou comme un dieu, à décomposer et recomposer les éléments fondamentaux de la vie sur Terre. Mon travail ici s'allie aux puissances invisibles. Ensemble, nous maintenons l'habitabilité de notre milieu. S'allier aux puissances invisibles pour lutter contre les famines, sécheresses, désertifications, canicules et autres désastres, c'est peut-être le pari le plus fou et le plus prometteur. Agir en faveur de ce qu'on ne peut pas voir, la trame mystérieuse du vivant. Oui, plus tard l'air étouffera de chaleur, mais maintenant c'est l'heure délicieuse. Le matin presque frileux, une lumière toute neuve fait renaître le monde. Entendez-vous cet oiseau ? Ce chant de la forêt tropicale. C'est le loriot d'Europe, un passereau assez grand au plumage exotique. Les ailes noires se découpent patiétement sur sa robe jaune canarie. Oui, ce cri de chat, c'est mieux aussi. Bientôt on ne l'entendra plus. Les laurieux d'Europe sont en train de partir pour l'Afrique tropicale et ne reviendront qu'au printemps prochain. Quand je suis arrivée, il y a bientôt quatre ans, on parcourait d'un regard la prairie rase jusqu'à l'horizon où se découpent les Pyrénées. Désormais, un sentiment de verticalité émerge avec l'épanouissement des premiers arbres. Il modifie la perception du paysage, invite à les contourner, à glaner des cassis ou du raisin en chemin, à observer les petites vies qui fourmillent. Le jardin s'est gonflé d'espace à arpenter. Dans ce jardin, aucun arbre n'est seul. Autour de chaque tronc s'organise une constellation de plantes pour l'accompagner. Les soleils dorés détournent le sol et dessoucient. Les parterres parfumées de thym, de lavande et de sauge, les touffes de consoude, les Ausha fauves et les artichauts exubérants, les bouquets jaunes vifs de coronilles, les fragrances de menthe fraîche, menthe verte, menthe poivrée, menthe orange, menthe bergamote, menthe pamplemousse, menthe réglisse. Ce printemps, toutes ces plantes ont verdi, puis fleurit le parterre de l'arbre. En s'étirant tout en hauteur pour aller fleurir plus près du ciel, c'est ce qu'on appelle la montaison. La montaison, un phénomène que l'on souhaite généralement éviter sur une salade ou un poireau. A tort, peut-être. Les fleurs de poireau font l'effet d'un feu d'artifice et sont très appréciées des coléoptères. Maintenant, les tiges de ces plantes montées sont sèches. Elles portent à leur extrémité le fruit des épousailles printanières délivrées par les pollinisateurs. Elles portent des centaines, des milliers de graines. C'est en pensant à elles que je parcours le jardin ce matin. Je pense à ces millions de graines tout autour de moi, prêtes pour la récolte. Je suis en train de collecter des graines en vue d'un grand semis, dans ce même jardin, cet automne. Voici la lampzanne. Il y a trois ou quatre ans, je l'aurais peut-être identifié comme une mauvaise herbe. C'est une excellente salade sauvage, abondante, tendre, sans amertume. J'en ai mangé tout le printemps, et maintenant elle s'érige en bouquets secs d'un mètre de haut. Quand je les secoue, vient comme le son d'un bâton de pluie. En récoltant des graines, d'autres se libèrent, et j'ensemence ainsi à nouveau le sol, directement. Ce n'est pas la première fois que je fais une abondante récolte de graines en vue d'un grand semis, mais cela fera l'objet d'une autre histoire, un autre jour. Le semis que je prévois aujourd'hui pour l'automne 2025 est parfaitement inspiré du travail de ce formidable monsieur, Manasobufu Kouka. Comme j'aimerais qu'il soit encore vivant pour apprendre à ses côtés. A défaut, j'apprends à travers ces livres, la révolution d'un seul brin de paille, et semer dans le désert. Le titre du second ouvrage m'a interpellée. Certes, je n'habite pas un désert de sable, pourtant notre territoire présente manifestement des caractéristiques de désertification. L'absence presque radicale de matière organique dans le sol, par exemple, comme l'ont révélé les analyses de sol réalisées en laboratoire. Les failles de rétractation, où je glisse ma main jusqu'au poignet. Mais aussi la disparition de l'activité biologique du sol, ces vies microscopiques responsables de l'humus, de la fertilité et de l'hydratation du sol. Ces signes alertent que le paysage est en train de glisser vers une forme de désertification. Nous pouvons l'observer et nous résigner à vivre dans l'aridité. Mais nous pouvons tout à fait agir, simplement. pour restaurer la santé du paysage habité. Après seulement quelques années, la vie du sol a repris et la dynamique de croissance des végétaux s'en ressent. Les très nombreuses formes de vie qui avaient déserté les lieux commencent doucement à revenir. Je me suis retrouvée heureuse comme une petite fille en surprenant un couple de lézards verts, une espèce protégée en France. Ce sont des reptiles superbes d'une vingtaine de centimètres de long, aux couleurs chatoyantes, dans des tons iridescents de vert piqué de jaune et de bleu turquoise. Quelques jours plus tard, dans un bouquet de févroles que je venais de faucher, j'ai découvert la présence du plus grand papillon d'Europe. Le grand pan de nuit. Mais revenons à nos graines. Voilà la sauge sclarée. Je n'avais pas idée de cette floraison aussi spectaculaire avant de la voir. La rosette de feuilles épaisses et dufteuses s'élève en une hampe de plus d'un mètre de haut, d'où jaillissent des flots de fleurs pastelles. C'est une plante bisannuelle, elle fait son cycle de vie sur deux ans. Première année, une rosette de feuilles. Deuxième année, une montée en floraison presque exubérante. Puisque les sages sclarées viennent de monter à graines, elles viennent de finir leur cycle de vie et disparaîtront peut-être du jardin. Peut-être qu'elles se ressembleront d'elles-mêmes, mais je vais les aider. Je pince la tige entre mon pouce et mon index et récolte d'un trait des dizaines de graines. que je verse aussitôt dans une petite boîte étiquetée. Ce sera une essence supplémentaire à mon grand semi. Je vous parlais de Masanobu Fukuoka. Je parlais de « semer dans le désert » . Oui, ces premières années ont été un défi considérable. Il a fallu réamorcer, à la force d'une énergie furieuse d'enthousiasme, les dynamiques de la vie. Si vous en êtes curieux, je vous raconterai tout ce que j'ai mis en place à ce jour pour y parvenir une autre fois. Cet automne, selon les bons conseils de Fukuoka, je vais réensemencer le jardin en plantes, arbustes et arbres. J'ai déjà récolté tous les noyaux des pêches que mes arbres ont donnés, les noyaux des prunes violettes sauvages du sous-bois, appelées prunes à cochons, les noyaux des rennes-claudes. Me voilà encore en train de cueillir les grappes de fruits des sureaux de la haie, du moins ceux que les oiseaux ont laissés. Tant mieux, que les oiseaux sachent qu'ils peuvent se nourrir ici, et qu'ils emplissent le jardin. Après tout, toutes les graines qu'ils mangent, ils les sèment aussi, chez moi et dans tout le voisinage. À côté, dans la haie, la viorne l'entane. Je touche les baies. L'extrémité de mes doigts me disent qu'elles sont mûres. J'en récolte les grappes. Voilà le cornouillé sanguin. Les fruits sont encore durs. Je vais attendre, encore, avant de les récolter. Lors de ma première année sur ce lieu, j'ai tenu dans ma main de petites graines d'arbres de quelques millimètres qui ont bien voulu germer, pousser leurs deux côtés les dons vers le ciel, verts et fragiles. La seconde année, ces jeunes plants d'arbres ont trouvé leur place dans la haie et aujourd'hui, trois ans après germination, certains de ces plants sont plus grands que moi. Et voilà qu'ils fructifient, m'offrant désormais les graines qui me permettront de transformer à nouveau la dynamique du lieu. vers la luxuriance. Ici, c'est la grande bardane. Elle m'a fait la grâce de s'installer toute seule au pied du noyer. La tête fleurie et séchée, tout en petits picots, m'arrive à hauteur de visage. Cette plante est à la fois une excellente compagne des arbres, elle décompacte et enrichit le sol, mais c'est encore un très bon légume. Au Japon, on trouve sur les étals de marché ces racines d'une trentaine de centimètres de long, sous le nom de gobo. Leurs vertus médicinales sont reconnues et inscrites à la pharmacopée française. Les études ont montré, entre autres, son action anti-inflammatoire et hépatoprotectrice, c'est-à-dire protectrice du foie, et son soutien à l'activité rénale et digestive. Les graines sont enfermées dans une boule grosse comme l'extrémité d'un pouce, toutes velues. de sorte qu'elles se collent comme un scratch aux vêtements, aux chaussures, aux cheveux et au pelage des animaux, qui deviennent alors malgré eux d'excellents vecteurs de dispersion de la plante. Une fois à la maison, les graines sont soigneusement consignées. Elles renferment le trésor de la vie, chacune avec son programme génétique unique, si différent et si proche du nôtre. Car nous avons un quart de notre ADN en commun avec nos grands cousins les arbres. Ces êtres qui comme nous viennent de la rencontre d'une gamète mâle et d'une gamète femelle, qui naissent de cet œuf fécondé qu'est la graine, qui grandissent et qui respirent. Les arbres dont le mode d'existence est si radicalement différent du nôtre que nous oublions parfois que, comme nous, ce sont des êtres vivants. La graine. C'est là aussi ce qui fait la puissance du semis, le brassage génétique. En effet, la plupart des plantes de pépinière, et particulièrement les cultivars ornementaux ou fruitiers, sont issues de clonages. Si je prélève par exemple cette tige de figuier et que je la plante dans un pot de terreau pour la bouturer, je réalise un clonage. Le figuier mère, d'où j'ai prélevé la tige, et le nouveau figuier, la tige plantée qui a raciné, ont exactement la même génétique. Ils ont donc exactement les mêmes propriétés, et par conséquent, les mêmes vulnérabilités. Au contraire, la graine est la voie de reproduction sexuée des plantes. À l'exact inverse de la consanguinité, elle porte en elle la rencontre d'ADN différent, et le secret d'une génétique nouvelle. unique. Rejouer ainsi les dés de la génétique à chaque génération est essentiel pour permettre aux êtres vivants de s'adapter à l'évolution de leurs conditions de vie, plus encore dans un contexte de dérèglement climatique et de mondialisation des pathogènes. La calarose, une maladie du frêne commun, Fraxinus excelsior, illustre bien le propos. En moins de 20 ans, la calarose a provoqué une hécatombe parmi les frênes du territoire français. Mais quelques 2 à 3% des arbres lui résistent. Il faut donc semer, semer abondamment du frêne pour permettre à la génétique d'exprimer des solutions aux problèmes que les conditions de vie posent. On notera tout de même un autre facteur important dans le cas de la calarose. Quand les frênes sont mélangées à un peuplement d'autres essences, Il reste généralement sain. Semer les graines et mélanger les essences sont donc des principes fondamentaux de la santé et de la robustesse des écosystèmes. Dans les deux cas, la force de vie se trouve dans la diversité. La diversité génétique au sein d'une même population, par exemple une population de frênes. La diversité d'essence au sein d'un même peuplement, par exemple au sein d'une forêt-jardin ou d'un verger. La proposition de Fukuoka consiste justement à enrichir considérablement le spectre d'expression végétale du jardin, au moyen du semis, afin de restaurer sa capacité propre de régénération. Chaque plante a ses propres verbes d'action, ses modalités d'existence et d'interaction avec toutes les formes de vie autour d'elle. Plus le système est riche de plantes différentes, en bonne santé, qui sont à leur place, plus il a de verbes d'action. Je ne sais pas directement guérir le milieu, mais je n'ai pas besoin de le savoir. Comme mon propre corps cicatrise, les milieux vivants savent se guérir. Je me contente de potentialiser ces possibles, en lui offrant une diversité et une densité de plantes pour enrichir, complexifier, démultiplier ces modalités d'être, d'interagir, de se guérir et finalement de se déployer abondamment, de s'épanouir. Masanobu Fukuoka dit ainsi « Peu importe si les conditions sont mauvaises, parmi les espèces semées, quelques-unes seront adaptées à ces sites et germeront, même si d'autres meurent. Ces plantes pilotes aideront à créer les conditions qui permettront à d'autres plantes de survivre. » Il ajoute « La terre ne reprendra pas vie si nous nous contentons de planter une petite variété d'arbres que nous croyons utiles. » Un arbre ne peut pas pousser isolément. Il faut planter des espèces de hautes futées en mélange avec des arbres de taille moyenne, des arbustes et des plantes de sous-bois. Une fois que l'écosystème mixte sera recréé, la pluie recommencera à tomber. Et encore. Il n'y a ni bon ni mauvais parmi les formes de la vie sur Terre. Chacune a son rôle, est nécessaire et a une égale valeur. Cette idée peut sembler simpliste et non scientifique, mais c'est la base de mon plan pour reverdir les paysages partout dans le monde. Fukuoka a effectivement œuvré sur tous les continents pour reverdir les déserts et les paysages dégradés par l'activité humaine. L'Inde est certainement la principale héritière de ces méthodes à ce jour, pour ce qu'elles sont simples, très peu coûteuses. et efficace à grande échelle. J'ai pour l'heure récolté une trentaine d'essences différentes. Quand les récoltes seront achevées, les semences seront triées par taille pour être enrobées d'argile. C'est la méthode de Fukuoka pour favoriser la germination en conditions difficiles. Quand les pluies sont aléatoires, les prédateurs nombreux, la fertilité moindre, bref, quand les déséquilibres du système sont trop importants pour permettre un taux de germination satisfaisant, sans désherber ni travailler le sol, car c'est bien là l'objectif, alors l'enrobage des graines à l'argile, plus exactement un mélange d'argile, de cendres et d'extraits fermentés, l'enrobage des graines permet un taux de germination beaucoup plus important. Naturellement. Même un système très pauvre, comme une couverture de chiens dents, ou pire, un sol couvert de mousse, évolue vers une diversification des essences végétales et un enrichissement du sol. Mais le semis permet de gagner de nombreuses années dans cette évolution naturelle, d'autant plus que celle-ci peut être parfois bloquée sur des temps très longs, des siècles, des millénaires. Le semis est un appel d'air, une dynamique de croissance, la pulsation de la vie qui s'éveille au printemps et qui s'appelle elle-même. Plus il y a de vie, plus il y a de vie. Elle bruit, puis elle bourdonne, et par cycle de vie et de mort, elle s'offre à elle-même, créée l'humus. Avec l'humus vient la fertilité, des plantes plus grandes, des productions plus généreuses, l'apparition de nouvelles essences ou d'autres animaux plus exigeants, qui trouvent désormais des conditions de vie propices. dans cette nouvelle luxuriance. Bien sûr, je produis de nombreux arbres et je plante abondamment au jardin. Mais semer vaut bien mieux que planter. Parce qu'une graine qui a trouvé la force de germer dans ce petit grain de terre qu'elle n'a pas choisi et qui pousse sa racine dans ce sol si compact et pauvre, cette graine qui force ses cotylédons vers le ciel immense, avare de son eau, cette graine déploie une force qu'aucun plant de pépinière n'aura jamais. Je suis dehors, pieds nus sur le sol dénudé par la sécheresse, l'herbe brûlée, étonnamment douce sous la paume de mes pieds. Une grande bassine en fer devant moi, un tamis par-dessus. J'égrène les petits fruits de sureau, des petites billes d'un pourpre presque noir, de 3 à 4 millimètres de diamètre, et j'ouvre le robinet. J'aime bien le dépulpage, voir ses fruits brassés et pressés par les gestes circulaires de la pomme de la main sur le tagne. Palper la pâte de soleil, ce miracle des plantes qui font un sucre de lumière. Entendre le son des graines libérées du fruit et l'eau qui les nettoie. À mesure que l'eau de la bassine devient pourpre, les graines de sureau se révèlent dans leur teinte blonde. Avec quatre ou cinq grappes de fruits, on en récupère aisément quelques milliers. Je les mets à sécher sur un tissu, à l'ombre, et je verse l'eau de la bassine sur des plantes assoiffées. Puis je recommence, égrénant cette fois les fruits de la viande lantane, mélasse brunâtre qui colle aux doigts. Dans le semis de cet automne, l'ingrédient phare sera le trèfle blanc, auquel j'ajoute d'autres fabacées, qui parmi tout leur spectre d'interaction avec l'ensemble de la vie organique et minérale du sol, ont l'avantage de fixer sur leurs racines l'azote présent dans l'ail. Le sainfoin, la luzerne, le trèfle rose sont ainsi des agents de fertilité. J'ajoute encore des graines de plantes, entre autres fixatrices de minéraux. comme la consoude, l'absinthe, la chicorée, la bardane, l'artichaut, le chardon, le pissanglit, l'armoise. et tout un cortège de graines de plantes variées, chacune contribuant à la complexité de l'écosystème. Soge officinale, soge sclarée et soge arbustive, mélisse, bourrache, phacélie, souci, lampesane, aquilée millefeuille, mauve sylvestre, gaillarde, allière, plantain, bugloss, pimpronelle, valériane, seigle, sarrazin, agastache. germandrée, isope, tanaisie, et encore des graines de légumes en leur souhaitant de se ré-ensauvager, des amarantes, poireaux, moutardes, radis noirs et radis daikon, salades, blettes, fenouilles, choucailles, réforts, Ausha, livèches. Poussera qui veut. Des graines et du sol émargeront un accord, et les plantes qui sortiront seront les bonnes. La vie, c'est mieux que moi. Aussi je collabore avec l'Orumex comme avec n'importe quelle autre plante. Si ce n'est que je ne le ressème pas, il s'en charge si bien tout seul. De nombreuses graines d'arbres et d'arbustes prendront part à ces semailles. Il n'y aura en tout pas moins d'une centaine d'essences représentées. Je vous parle depuis les sécheresses du mois d'août. Le semis que je prépare ne se fera qu'en automne, et la plupart des essences sommées ne germeront qu'au cours du printemps suivant. Mais j'œuvre sans hâte. Je ne pense pas encore à l'automne, encore moins à ce que le printemps prochain donnera à voir, ce qui sortira de terre ou restera dormant. Peut-être les fleurs ne sont-elles si gracieuses ? que parce qu'elles se consacrent tout entière à n'être que fleurs, fleurs de toute leur force vitale, de toute leur fragilité, sans retenue. Comme le chat n'est que sieste quand il dort, et n'est que chasse quand il est à l'affût, j'essaye à mon tour de n'être qu'arpentage matinal quand je récolte, et de n'être que chat ou amande aux fruités quand je dépulpe. Oh, loin de moi la sagesse de la fleur ou du chat, mais je progresse. Quelques mots de Masanobu Fukuoka sur notre tendance à nous projeter dans le futur, à chercher à être toujours plus rapide, à faire plus vite. Le bonheur ne nous atteint pas plus rapidement et la joie ne nous est pas donnée par les automobiles. Les voitures semblent être des moyens pour accélérer le temps et raccourcir les distances, mais au contraire, elles créent des humains liés au temps et qui souffrent d'impatience et d'inquiétude. Cela aboutit à ce que plus les gens inventent de choses qui vont vite, plus ils perdent de temps. Il n'y a pas d'autre voie que de se consacrer à ne rien faire et à vivre dans un temps et un espace infini. Cet appel à ne rien faire est loin de l'inactivité. Fukuoka, qui travaillait beaucoup, évoque plutôt une démarche. Une attitude. La vitesse me rend toujours plus pressée et le trop-plein écoule mes journées comme le sable fuit entre mes mains. Au contraire, en faisant place au vide, je suis, je vis, ici, maintenant. Cette philosophie devient une pratique concrète quand je me demande, qu'est-ce que je peux ne pas faire ? Cet automne, je convierai une douzaine d'amis et d'inconnus curieux, et ensemble, lors de belles journées à partager le travail, les repas, nos parcours et anecdotes, nous saumerons ces centaines de milliers de graines dans le jardin. En dehors de ce qui adviendra de ces graines, le processus même que je mets en œuvre fait germer quelque chose en moi. Peut-être est-ce mon corps qui se sent habiter des gestes des ancêtres, réanimés sous ma peau. Peut-être l'impression de trouver une place juste de vivante parmi les vivants, fréquentant les graines et les cabarets d'oiseaux, comme quelque chose de doux, chaud, profond, quelque chose de vivant que j'ai envie de garder en moi, une braise, un feu. Peut-être est-ce cela, la joie. Merci pour votre écoute. Lors du prochain épisode, je vous inviterai dans un timelapse de l'implantation du projet jusqu'à son état actuel. Ce sera l'occasion d'interroger la notion de régénération à partir des prémices de la vie sur Terre. Ce podcast existe grâce à ses auditeurs. N'hésitez pas à me suggérer les sujets qui vous importent. Merci pour les commentaires et les étoiles, votre soutien sous toutes ses formes et recevez des graines du jardin pour une participation sur Tipeee. On se retrouve sur le site lespoussevives.fr ou vos plateformes d'écoute de podcast. Au plaisir et bonne vie !