- Speaker #0
Bonjour, nous sommes aujourd'hui le dimanche 26 avril, dans quelques heures va se dérouler le meeting international du champions day à Hong Kong. Je suis au 103ème ou 102ème, je ne sais plus, étage d'une tour à Hong Kong sur Kowloon qui a vue sur l'île de Hong Kong. Donc on est au centième étage, je vois la mer, les bateaux passer etc. Il fait un grand beau temps. C'est un spectacle absolument magnifique, j'ai le privilège d'être en train de prendre mon petit déjeuner dans le Ritz-Carlton, et oui, l'endroit où pullulent les milliardaires, et tous ceux qui les suivent bien sûr, et j'ai la chance d'être à côté de Christophe Lemaire, qui le pauvre, est arrivé en pleine nuit du Japon pour monter tout à l'heure un des favoris de la grande course du jour, la QE2 Cup. Christophe, bonjour !
- Speaker #1
Bonjour à tous !
- Speaker #0
Christophe est maintenant installé au Japon depuis des temps immémoriaux, On a même... On pense qu'il a des ancêtres samouraïs, à tel point qu'il est là-bas depuis longtemps. Et il va nous raconter un peu sa vie là-bas. Il va nous raconter sa carrière, où il en est et d'où il vient, bien sûr. Avec un Japon qui est, vous allez le voir, complètement différent de Hong Kong. Vu de France, on a l'impression que c'est des pays similaires. En vérité, c'est aussi différent que l'Égypte et la Norvège, à peu près, les deux pays. Et vous allez comprendre que pour les courses, également, c'est totalement un monde différent. On a eu Alexis Badel la semaine dernière. Là, on passe avec une semaine de décalage et vous allez voir, c'est un monde de différences entre le Japon et entre Hong Kong. Et grâce à Christophe, on va tout comprendre. Alors Christophe, pour reprendre un peu la genèse de la chose, tu es parti au Japon maintenant depuis une bonne quinzaine d'années, plus que ça même. La première année où tu es allé là-bas, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Alors, c'était en l'hiver 2002-2003. Je venais de gagner mon premier Group 1 avec Vespone à Chantilly dans le prix Jean Prat. Donc je rentrais dans les critères pour pouvoir passer un hiver au Japon. Le Japon dont j'avais entendu parler par Olivier Pellier, forcément, qui a été le précurseur et vraiment le premier jockey étranger à avoir passé des séjours au Japon. Et voilà, ça nous paraissait très exotique à l'époque d'aller au Japon, à 10 000 km de la France. Mais tellement excitant pour un jeune jockey que dès que j'ai eu l'opportunité, j'y suis allé. Et grâce à Teruya Yoshida qui m'a parrainé pour ce premier voyage au Japon, j'ai commencé cette aventure japonaise à ce moment-là.
- Speaker #0
Teruya Yoshida, c'est un membre de la famille Yoshida évidemment, mais c'est vraiment un des grands éleveurs propriétaires du Japon, de Hokkaido, et c'est surtout un très gros francophile. Je ne sais pas s'il va toujours, mais il allait. très régulièrement en famille en France, notamment pour les ventes de Deauville. Et alors, toi, tu arrives là-bas, parfait, tu ne parles pas japonais, tu parles un peu anglais, certes, mais il y a très peu de japonais qui parlent anglais. Et comment ça s'est passé ? C'est un monde de différence, même pour courir, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Oui, c'est sûr qu'on arrive dans une culture complètement différente, que ce soit la culture pour la vie de tous les jours, mais aussi pour les courses. Le Japon, on sait que c'est un pays bien organisé. Tout est encadré, tout est minuté, tout est chronométré, tout est en place. Donc là, notre esprit latin en prend un petit peu un coup, parce que nous qui avons l'habitude de faire comme on veut, quand on veut, bon ben là, il faut se plier un petit peu aux règles. Je dirais par exemple que le... Le plus gros choc pour nous les jockeys c'est de se retrouver en quarantaine à partir du vendredi soir jusqu'au dimanche soir. C'est à dire qu'on se retrouve isolé dans un petit hôtel réservé pour les jockeys dans l'ensemble de l'hippodrome où on n'a aucun moyen de communication, donc pas de téléphone, pas d'internet bien sûr. Les réseaux sociaux, bon à l'époque quand j'y suis allé il n'y en avait pas encore. Pour dire que ça remonte, mais voilà, tout de suite on est mis au diapason de la vie japonaise, de la culture japonaise. Et quand on est jeune, c'est une expérience qui est bonne à prendre et qui m'a fait grandir aussi en tant que jockey et aussi en tant que personne.
- Speaker #0
Et alors, malgré ce monde de différence, assez rapidement tu as eu des très bons résultats là-bas. Mais en revanche, tu es resté tout le temps invité à l'année, jusqu'à ce que finalement tu aies le graal qui était le fait d'être intégré au PAS-la-Gira.
- Speaker #1
Oui, alors invité pour des short-term license, c'est-à-dire pour trois mois, puisqu'on avait droit à un visa de travail de trois mois. Donc effectivement, moi la culture m'a tout de suite plu, je me suis tout de suite senti bien dans cet environnement. Les résultats... Effectivement j'en ai eu assez rapidement bien que j'ai mis un petit peu de temps avant de gagner ma première course de groupe qui a été l'Ari Makinen, un groupe 1. Un gros groupe 1. Un gros groupe 1, l'une des plus grandes courses au Japon avec Earth's Cry. Mais voilà pendant 2-3 ans j'ai fait mon petit trou là-bas, j'ai noué contact avec beaucoup de gens. Je pense que j'ai été assez vite apprécié. Et du coup, voilà, tous les ans, pendant une quinzaine d'années, je suis revenu tous les hivers. Donc j'ai quand même montré une certaine, comment dire, fidélité vis-à-vis de la JRA et des professionnels japonais. Par exemple, j'aurais très bien pu venir ici à Hong Kong, faire des périodes de trois mois aussi à Hong Kong pour voir autre chose. Mais non, je suis toujours allé au Japon parce que vraiment j'aimais ça.
- Speaker #0
Alors dis-toi, tu cites Hong Kong, il y a trois mondes différents, il y a la France, l'Europe, non pas la France que tu connais bien naturellement, on a Hong Kong et on a le Japon. Et tu m'expliquais que les trois ont une culture pour ce qui concerne les jockeys et la façon dont on fait travailler les jockeys très différente. Est-ce que tu peux essayer de me résumer ces trois façons différentes de voir les jockeys ?
- Speaker #1
Alors, on va commencer par la France. La France a une culture hippique d'à peu près 200 ans. Donc voilà, on a des écuries avec un grand nombre de chevaux, des jockeys maison. Les relations professionnelles entre jockey et entraîneur sont quand même courtoises. On travaille plus ou moins sur le long terme parce qu'il y a quand même l'élevage derrière. On a des chevaux qui courent de 2 ans jusqu'à 6-7 ans parfois. Mais c'est aussi très pointu. Récemment, il y a quand même une pression financière qui est assez importante sur les entraîneurs, sur les propriétaires. Donc les relations avec les jockeys ont changé. Donc il y a vraiment un besoin de résultats qu'on ressent très fortement quand on est jockey, avec quand même beaucoup de pression avant la course.
- Speaker #0
Résultats à court terme.
- Speaker #1
Résultats à court terme, même après la course, parfois il y a des mots d'oiseau qui peuvent même partir. Donc c'est quand même devenu un environnement assez pesant quand même je pense, contrairement à il y a 40-50 ans. L'ambiance était un petit peu différente avec des propriétaires très fortunés qui forcément attendaient des résultats sportifs, mais financièrement on n'avait pas cette pression. Donc voilà, on a cette ambiance-là en Europe, notamment. Ici à Hong Kong, il n'y a pas d'élevage. Il n'y a pas d'élevage. le jeu Pour les Asiatiques, c'est quand même quelque chose de très très important et le jeu fait vraiment partie de la culture, je pense, ici à Hong Kong. Et à 95% des cours, c'est des handicaps. Donc là, il y a un besoin de résultats immédiats. Une pression là aussi sur les jockeys très très importante avant la course où il faut parler avec les propriétaires voilà il faut beaucoup se mettre en avant pour pouvoir récupérer des montes et voilà pour pouvoir faire son trou et voilà il n'y a pas d'agent donc il faut faire tout le boulot en amont des courses soi-même donc ça c'est on va dire une petite épreuve déjà Et puis, il faut absolument des résultats parce que sinon, vous êtes mis au rencard. Et en plus, il y a le facteur chance un peu qui entre en jeu. C'est-à-dire que si on considère que vous n'êtes pas un jockey chanceux, là, vous êtes tout de suite balayé et vous restez au vestiaire. Et là, je pense qu'on peut vivre des moments un petit peu difficiles. Et aussi, l'aspect un peu différent pour les jockeys, c'est que comme il n'y a pas d'élevage, Je pense qu'il est plus difficile de viser le long terme avec un cheval. Ce qui est gratifiant aussi pour un jockey, comme pour un entraîneur, c'est de fabriquer un cheval. De ses deux ans, l'amener au plus haut niveau quand il aura trois ou quatre ans. Je ne suis pas sûr qu'on ait vraiment cet aspect ici à Hong Kong. Et après au Japon, là aussi très différent parce que terre d'élevage. Donc là pour le coup, on peut penser au long terme, travailler sur le long terme. On a beaucoup de groupes de propriétaires, de clubs de propriétaires avec parfois un cheval divisé en 500 parts. Donc 500 petits propriétaires différents. Donc l'ambiance est vraiment différente. Je pense qu'il y a un respect entre chaque profession, notamment jockey, entraîneur, et chacun se fait confiance. Moi, personnellement, quand je suis arrivé et que j'ai réussi à avoir un statut au Japon, les entraîneurs ne me donnent jamais d'ordre. Donc je pense qu'ils considèrent que je suis... Je suis un professionnel, je connais les chevaux que je monte.
- Speaker #0
Tu n'as jamais pris le parcours à l'envers pour autant ?
- Speaker #1
Non, ça ne m'est jamais arrivé. Parfois peut-être par étourderie, trompé de sortie de piste, au lieu d'aller à droite je suis allé à gauche parce que je pensais que c'était 2004 au lieu de 1800 mètres. Ça, ça a peut-être dû arriver. C'est comme quand je pars au paddock sans mon casque, avec la cravache mais sans le casque. Stéphane Coffini pourra en parler, ou même Loulou Rossi, mes anciens valets en France. Sérieusement, ils considèrent que chacun a sa place, chacun connaît son métier. Et donc, on laisse faire, on fait confiance. Et même après la course, ça m'est arrivé que des entraîneurs s'excusent de ne pas m'avoir donné un assez bon cheval pour terminer dans les 3-4 premiers. Donc ça c'est quand même assez incroyable.
- Speaker #0
Alors on a remarqué quelque chose aussi, c'est que quel que soit le niveau des courses au Japon, c'est-à-dire que même dans les groupes 1, quel que soit le niveau, classique, pas classique, il y a autant de partants pour un handicap en France. Alors c'est super pour les Paris, etc. Mais pour toi, ça complique la monde du coup, parce que plus il y a de partants dans un groupe 1, plus il y a de chevaux qui n'ont pas de chance a priori. Et donc ça complique un petit peu la tactique employée.
- Speaker #1
Oui, c'est pour ça qu'il faut bien étudier les courses pour savoir derrière quels chevaux se mettre ou ne pas se mettre. Parce que je dirais qu'au Japon, avec une piste rapide, des trains de course assez soutenus, les courses ressemblent un petit peu aux courses de Kérine, les courses de vélo sur les vélodromes. Donc il ne peut pas y avoir d'à-coups. Il faut vraiment être dans la bonne roue, être dans la bonne vague. Même si on vient un peu en épaisseur, c'est pas grave, il faut quand même que la course soit fluide. Donc de là, les qualités du jockey doivent ressortir pour pouvoir se placer au bon endroit, être au bon endroit au bon moment pour que le cheval puisse exprimer ses pleines capacités dans la ligne droite. Donc j'ai entendu par-ci par-là que le Japon, oui c'est facile, les jockeys sont pas bons. Les courses vont vite, mais non, c'est pas si facile que ça. Et croyez-moi, les jockeys qui sont venus faire des petits séjours au Japon pourront vous confirmer que c'est pas si facile que ça de gagner des courses au Japon.
- Speaker #0
Alors, c'est un environnement, on en parlait tout à l'heure. Moi, j'avais toujours comparé un peu ta carrière à ce sujet-là à celle de Cantona. C'est-à-dire que ton jeu, t'as gagné plein de groupes en France et en Europe, c'est pas un sujet, mais Cantona a marqué plein de buts avant de partir en Grande-Bretagne. Mais quand le jeu a changé, lui comme toi, à mon avis, avait passé un cap. C'est-à-dire que comme si vous aviez trouvé un environnement qui était favorable à votre expression sportive. Est-ce que c'est un sentiment qui te semble justifié ?
- Speaker #1
Oui, je suis assez d'accord avec cette analyse. Déjà, mentalement, on va dire que les jockeys sont quand même beaucoup. Plus libre de monter comme ils le sentent au Japon. Ça revient sur ce que j'ai dit tout à l'heure, les entraîneurs et les propriétaires font confiance au jockey. Donc ça c'est vraiment un paramètre très important, puisque la prise de décision du coup elle est vraiment instinctive. Donc ça c'est très important. Et puis techniquement ? Moi je suis un jockey qui fait confiance beaucoup à mon cheval, qui aime bien monter les chevaux dans leur rythme. J'aime pas les courses qui vont trop doucement. J'aime bien que le cheval puisse galoper librement. Et au Japon, j'ai pu vraiment mettre cet aspect-là de ma monte, vraiment, j'ai pu le mettre en avant, et je pense que les chevaux me le rendent bien du coup. Et puis bon, j'ai un petit peu ce sang-froid aussi, qui fait qu'au Japon ça marche bien, parce que sur les hippodromes comme Tokyo par exemple, avec des longues lignes droites. Je sais être patient. Là, pour le coup, la monte française m'a vraiment servi. Et le cheval, comme on dit, je garde une petite poire pour la soif pour les derniers 150 mètres de la course. Et voilà, je pense que c'est un style de course qui est favorable à mon style de monte.
- Speaker #0
C'est vrai que quand on regarde les courses japonaises, on voit souvent, y compris dans les groupes, encore une fois... Ce n'est pas des leaders, on voit des chevaux partir de loin et prendre plusieurs longueurs, tout le monde partir derrière, à mi-ligne droite on a l'impression que c'est plié, et d'un seul coup dans les 50-100 derniers mètres tout change, c'est très spectaculaire de ce point de vue.
- Speaker #1
Oui effectivement, les chevaux ne sont pas entraînés non plus comme en Europe, on a des chevaux plus résistants je pense, qui ont plus de longues accélérations que de vraies pointes de vitesse, et comme les pistes sont assez rapides... On joue sur cette faculté à pouvoir tenir un rythme soutenu jusqu'au poteau. Et comme vous l'avez dit précédemment, il y a beaucoup de partants dans les courses. Donc certains qui n'ont pas forcément de chance tentent de s'échapper en espérant que les bons chevaux soient bloqués derrière. Et parfois ça marche d'ailleurs. Il faut être très attentif, mais quand on monte le meilleur cheval, il faut quand même faire attention à ne pas se faire piéger au milieu du peloton et laisser partir des fuyards.
- Speaker #0
Quand on évoquait ta carrière en France, tu m'expliquais qu'en fait, tu n'avais pas été forcément un jockey très freelance. Tu étais freelance de fait, tu as beaucoup monté pour des écuries, tu as été fidèle très longtemps à plusieurs entraîneurs. On a parlé de Pascal Barret, de Maurice Gilbert, de Nicolas Clément. Ensuite les Aga-Kan, etc.
- Speaker #1
Jean-Claude
- Speaker #0
Rouget. Et donc, tu n'avais pas un profil, un type de jockey freelance. Au Japon, j'imagine que tu as trouvé, d'après ce que tu me décris, un environnement qui était à peu près le même, c'est-à-dire travaillé un peu plus sur le long terme.
- Speaker #1
Oui, effectivement. J'ai la chance d'avoir un énorme soutien de la part de Northern Farm en général, qui est vraiment une... une entité dominante au Japon. Donc je monte de très bons chevaux tous les week-ends, mais je les remonte, je peux les remonter. Donc parfois, oui, je suis battu dans une course parce que je n'ai pas été assez agressif au départ ou j'étais un petit peu enfermé. Le temps que je sorte, je suis venu finir troisième. Mais comme je sais que je vais pouvoir remonter le cheval... j'ai pas de raison de donner des courses dures aux chevaux et après les chevaux me le rendent bien parce qu'après ça n'empêche pas de gagner des courses de groupe avec et en fait en France j'avais aussi cet état d'esprit et donc c'est pour ça que comme vous le disiez j'ai eu de bons résultats avec les entraîneurs chez qui je travaillais sur le long terme donc au début de ma carrière Nicolas Clément, Maurice Hilbert et puis après Merci. Pascal Barry, Jean-Claude Rouget, puis les Aga-Camp. Dans toutes les écuries où je suis passé, on a eu de bons résultats à très haut niveau, avec des chevaux qui ont pu montrer toute leur qualité. Et effectivement, j'ai eu très peu d'opportunités pour monter des one-shot, c'est-à-dire un groupe 1, un cheval que je n'avais jamais monté. Un très bon cheval, boum je gagne. Le seul qui me vient en tête à la rigueur ce serait Starcraft, entraîné par Lucas Cumani, que j'ai monté dans le prix du Moin de Longchamp pour la première fois et qui j'ai gagné facilement. Et puis après je l'ai remonté dans les QE2, c'était à Newmarket parce que Ascot était fermé. C'est un des seuls chevaux dont je me souviens avoir été choisi pour le monter sur une ou deux courses.
- Speaker #0
Alors maintenant tu as 8 cravages d'or au Japon, pour un français c'est juste inimaginable, avant que tu le fasses c'était un truc qu'on ne serait jamais pensé, tu as 47 ans je crois, t'en es où de ta 47 ?
- Speaker #1
On va dire que je suis plutôt sur la fin, après la sortie que de l'entrée. Mais bon, ce qui me ravit, c'est que je suis encore au top, puisque en 2025, je fais mon meilleur début d'année depuis que je suis arrivé au Japon. Donc ça, ça me ravit. Je monte toujours de très bons chevaux. J'ai toujours la confiance des grands professionnels au Japon. L'opportunité de monter à l'étranger aussi, comme ça va être le cas aujourd'hui. Il me reste certainement quelques petites années à monter au haut niveau. So far, so good, on va dire. Je suis ravi de la carrière que j'ai eue, que ce soit en France, au Japon, à l'étranger. Surtout les professionnels avec qui j'ai travaillé, ça a été vraiment un bonheur. J'ai réalisé mon rêve, donc je ne pouvais pas espérer mieux. J'ai fait ce que j'avais à faire avec mes qualités, avec mes défauts. J'espère terminer ma carrière sur une ou des bonnes notes. Mais en tous les cas, j'ai vécu des grands moments. J'ai vécu ma passion avec ma famille, les gens qui m'ont soutenu pendant presque 30 ans maintenant. Donc voilà, ça a été... Ça a été une vie très sympa, une carrière très sympa, avec des hauts, des bas, mais ça c'est normal, il faut savoir rebondir parfois. Mais dans l'ensemble, ça a été plutôt positif.
- Speaker #0
Tu parlais de ta famille, donc tes enfants ont quasiment été élevés au Japon ?
- Speaker #1
Oui, ils ont passé plus de temps au Japon qu'en France en fait. Mais maintenant, mon fils, lui, il vit en Suisse, maintenant il est apprenti horloger. Ma fille va quitter le Japon aussi cet été puisqu'elle passe son bac international dans les mois qui viennent. Et donc voilà, c'est la vie. Les oiseaux quittent le nid.
- Speaker #0
Mais personne ne va rester au Japon. Tu ne peux pas avoir l'insulté japonaise, je pense. Tu as des visas permanents, mais ce n'est pas... pas maintenant dans le sens français du mot, quand on est là-bas, on est toujours un peu invité, on n'est jamais vraiment chez soi. C'est quelque chose que tu aurais envisagé ? Tu restes français, évidemment, mais c'est le pays dans lequel tu souhaites toujours revenir.
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr, je pense que j'aurais toujours des liens privilégiés avec le Japon, même si, une fois que ma carrière va s'arrêter, même si je ne pense pas vivre à plein temps au Japon. Je pense que je ne serai quand même pas très loin du pays. Je souhaite pouvoir encore avoir des interactions avec les professionnels des courses au Japon. Donc voilà, pourquoi pas travailler sur différents projets au niveau des courses. Moi, c'est quelque chose qui me plairait. Mais rien que pour la culture, je pense qu'après quelques mois passés à l'étranger, le Japon me manquera, donc je ne manquerai pas d'y retourner.
- Speaker #0
Tu parlais aussi tout à l'heure des grands chevaux que tu avais montés, je pensais notamment à un cheval comme l'Equinox, qui pour moi était peut-être ce que j'ai vu le plus fort au Japon, à part Forever Young. Je n'ai pas été très bien bibronné à Deep Impact, mais Forever Young, ce qu'il fait, serait différent d'Equinox, mais c'est assez dérable aussi, je trouve. Est-ce que le cheval, ce cheval-là, ne s'est pas vu courir là ? Tu aurais bien voulu, toi ou pas ?
- Speaker #1
Ah oui, j'aurais bien voulu, ça c'est clair. Après, dire que c'est un regret, non, parce que sa carrière a été quand même bien menée. Il termine sur une belle victoire dans la Japan Cup, il a gagné deux fois le Tenocho. Donc ça aurait été un très très beau challenge. Moi, je partais du principe que pour gagner l'arc, il faut venir avec ce genre de chevaux-là. Maintenant, la décision n'a pas été prise. Mais on ne peut pas vraiment en vouloir à l'entourage, puisque encore une fois, sa carrière s'est très bien terminée. Mais oui, ça m'aurait fait plaisir de le monter dans l'arc.
- Speaker #0
Le fait que les Japonais essaient depuis six mois de venir et de gagner l'arc, et qu'ils n'y parviennent toujours pas, malgré parfois la qualité exceptionnelle des chevaux qu'ils... qu'ils emmènent, à ton avis est-ce que c'est une fatalité ? Est-ce que c'est parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans la façon préparée ? Ou est-ce que c'est simplement un coup de pas de chance ou pas le cheval qu'il faut ?
- Speaker #1
Ouais c'est un peu tout ça je pense. C'est un peu tout ça parce que parfois ils ont manqué de chance, parfois les chevaux n'étaient pas au top de leurs conditions. Et parfois il n'était pas assez bon, tout simplement. Donc il y a un petit peu de tout ça. Il faut vraiment que les planètes s'alignent pour pouvoir gagner Starcraft de Triomphe. Mais le jour viendra.
- Speaker #0
On a Masquerade Ball qui pourra peut-être un jour y aller, que tu vas monter tout à l'heure dans la QI Tucker. Forever Young vient d'en parler, ils se sont dit qu'ils iraient, mais je pense qu'ils n'iront pas. Ce serait un mot pour eux, pas une bonne idée. Qu'en penses-tu ? Est-ce que tu vois des chevaux aujourd'hui qui seraient capables d'y aller avec une première chance ? Parce que Mascara Red Bull, que tu as monté tout à l'heure, c'est le cheval qui pourrait gagner ça.
- Speaker #1
Mascara Red Bull, oui je pense qu'il pourrait avoir la qualité pour l'arc. Il faut voir comment il évolue à 4 ans. Il a montré de très belles choses à 3 ans. Maintenant, il va falloir qu'il y ait encore une évolution pour pouvoir être un prétendant à l'Arc. Après, derrière, récemment, on n'a pas vu de chevaux de l'envergure des Quinox. Comment s'appelle-t-il qui a participé à l'Arc l'année dernière ? Croix-du-Nord. Croix-du-Nord est quand même un très très bon cheval et lui aussi, s'il fait bien cette année. Je pense qu'il a les moyens de figurer dans les trois premiers de l'arc.
- Speaker #0
Christophe, merci. Il faut que tu y ailles parce que tu as besoin de t'apprendre pour monter ton petit cheval quand même. Merci encore. On croise les doigts pour tout à l'heure. Et puis, oligato gozaimasu.
- Speaker #1
Hai, doitashimashite. Mata.