- Speaker #0
Il y a quand même beaucoup de collègues qui maintenant le disent, ils n'ont plus confiance en leur hiérarchie. Les politiques sont des lâches.
- Speaker #1
Il a passé plus de 30 ans sur le terrain à côtoyer les lignes de fracture que les rapports officiels ne montrent jamais. Il vient tout juste de prendre sa retraite et de retrouver sa liberté de parole. Malgré tout, il a choisi de rester anonyme compte tenu de l'état actuel du pays. Brigadier-chef au sein de la police nationale, Franck connaît l'état de l'intérieur. Aujourd'hui, on ne va parler ni de réformes ni de statistiques. On va parler de ce qu'il a vu, de ce qu'il ressent et de la question qui taraude n'importe quel citoyen prévoyant. À quel moment un homme qui a fait le choix de protéger les autres commence à protéger les siens d'abord ? Franck, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Speaker #0
J'ai intégré la police nationale début des années 90. J'étais affecté à la préfecture de police de Paris en sécurité publique. Au départ, police au courant. secours, compagnie d'intervention et bac local par la suite à la création des pubs. La fameuse police de proximité, j'ai réussi les tests pour intégrer une bac départementale en banlieue parisienne où j'étais affecté pendant dix ans. Ensuite, j'ai décidé de faire un contrat outre-mer pendant quatre ans. À mon retour en métropole, j'ai quitté la sécurité publique pour intégrer la fameuse grande maison PJ où je suis resté jusqu'à la fin de ma carrière.
- Speaker #1
Je vais t'énoncer des affirmations que l'on peut lire sur internet ou entendre dans les médias traditionnels et tu vas pouvoir nous dire ce que tu en penses. Dans certains quartiers, la police n'est plus là pour protéger.
- Speaker #0
Les policiers maintenant nationaux, ils reculent en intervention. Avant, ils allaient au contact, ils interpellaient, ils se sentent toujours en insécurité. En fait, c'est ça le problème, c'est cette vision qu'ils ont, ce sentiment qu'ils vont être gravement blessés face à des individus qui veulent en découdre. Un policier avant, il allait au contact, quoi qu'il arrive, et maintenant non. C'est marche arrière, on ne prend pas de risques. Maintenant, les policiers, ils sont plus soutenus par leur hiérarchie et ils pensent à leur intégrité physique. Il y a des années, la hiérarchie était derrière nous, on faisait confiance à nos officiers, à nos patrons. Il y a maintenant ce phénomène où on n'a plus confiance. Et donc, la première chose à laquelle on pense, c'est notre intégrité physique. Alors si on prend un exemple, on appelle 17 dans un quartier sensible, automatiquement vous allez demander des équipages en renfort. On ne rentre plus maintenant dans une cité sensible comme on rentrait avant. On va appeler à la radio pour demander un équipage en renfort. Donc tout ça, c'est une question de temps. Donc avant, quand il y avait en deux minutes, trois minutes, on intervenait, maintenant ça va prendre le temps que deux, trois équipages se rapprochent. Et je vais donner un exemple. Il y a quelques années, il y avait des individus dans une cité sensible qui étaient en train de mettre le feu à une voiture. Donc nous, on les voit en flag. On était sur un point haut et on a vu qu'il y avait effectivement pas mal de monde, c'était une quinzaine. Donc automatiquement, on a visité notre station directrice, on a demandé du renfort. La première chose qu'il y a eu, c'était attente, pas d'intervention et rendre compte. Ça, c'est la première chose qui arrive maintenant. Rendre compte, attente et on vous rapproche des véhicules. Pendant ce temps-là, l'heure tourne et donc vous vous rendez compte. Et jusqu'à temps qu'il y ait un nombre d'équipages... qui arrivent. Il y a eu le déploiement aussi d'un officier, etc. Et en fait, vous tombez ensuite dans ce qui est plus du flagrant délit. En fait, on tombe en maintien de l'ordre. Puisque les jeunes voient les girots, voient les effectifs arriver, même si on est sur un point haut, ils ont des chouffes partout. Donc ensuite, ils se préparent. Et donc là, vous tombez avec une préparation en maintien de l'ordre, donc ces casques, boucliers, etc. Maintenant, pour entrer dans une cité, c'est un déploiement de force qui est Donc vous vous rendez compte, deux voitures brûlées, il vaut mieux qu'il y ait deux voitures brûlées plutôt que des interpellations et qu'ils rentrent chez eux. Et ensuite, vous recensez les dégâts. Mais il n'y a pas eu de blessés, il n'y a surtout pas eu d'interpellations avec des images qui pourraient mettre en cause les policiers.
- Speaker #1
La corporation protège ses membres.
- Speaker #0
Alors ça, c'était le cas il y a des années, mais maintenant, c'est terminé. Il n'y a pas de protection. Il y a une hiérarchie qui ne vous sous-distendra pas. Si vous vous interpellez dans des conditions qui sont justes, qui ont été filmées, maintenant en fait vous êtes d'abord jugé par les médias, ensuite vous êtes jugé par le judiciaire et votre hiérarchie ne vous suivra pas. Vous êtes seul, seul contre toute cette institution qui préfère mettre en pâture des policiers plutôt que d'aller les défendre. Et maintenant donc c'est les délinquants en fait qui sortent le téléphone et vous filment, ils vous insultent, ils vous narguent et ils attendent que ça dérape pour ensuite pouvoir se défendre. Donc en fait, vous reculez tout le temps parce que vous êtes mis en cause. Ça entraîne tout de suite, si vous allez au contact, et si ça se passe mal, on va vous demander pourquoi vous avez amené cette violence. Donc maintenant, vous vous laissez insulter. Moi, c'est pour ça que j'ai quitté la sécurité publique.
- Speaker #1
Si demain, il y a des émeutes généralisées en France, l'État n'a pas les moyens de tenir.
- Speaker #0
Si demain, il y a des émeutes en France, ce qui est clair, c'est qu'on va reparler encore d'un phénomène qui a tout changé. C'est le phénomène des Gilets jaunes où le maintien de l'ordre a complètement changé. D'une part, parce qu'on va parler des premiers événements des Gilets jaunes où c'est monté très fort en violence, en violence urbaine. À ce moment-là... Il y a eu des directives qui ont été données, que les policiers ont appliquées à la lettre, et ça a été la fermeté à tout prix. Donc bien sûr qu'il y a eu des blessés de part et d'autre. Et ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que cette hiérarchie policière qui, à un moment donné, a donné des instructions fermes, aujourd'hui, elle ne soutient plus ces policiers qui sont mis en examen et qui sont aujourd'hui jugés pour des faits qui datent de quelques années. Et donc aujourd'hui, les policiers, ils n'iront plus la tête la première sur quoi qu'il arrive en maintien de l'ordre. Ils vont d'abord penser à leur carrière, à leur intégrité physique. Ils n'auront aucune confiance en leur hiérarchie.
- Speaker #1
La violence qu'on vous demande d'exercer légalement finit par contaminer ce qu'on est humainement.
- Speaker #0
Oui, ça m'a changé totalement, puisque toutes ces interventions, toutes ces vacations qu'on fait, toute cette violence qu'on subit tous les jours, quand vous arrivez au travail, vous savez que ce n'est pas une vacation calme. Aujourd'hui, vous savez. Donc, vous êtes amené tout de suite à monter en tension et vous préparer à cette violence. C'est ça. Donc, tous les jours, vous vous préparez à vous battre. Et ça fatigue quand même pas mal. Donc, à un moment donné, il y a ce côté noir qui va rentrer. Il y a une journée où peut-être vous serez plus fatigué, la vacation, machin, et vous allez répondre plus violemment.
- Speaker #1
Tu dis toi-même que ça t'a endurci, mais est-ce que tu ne passes pas à côté de moments agréables de la vie ?
- Speaker #0
Ça a été compliqué pendant quelques années de séparer mon métier de policier avec ma vie personnelle. On ramène toujours à la maison des événements qui sont liés à ce métier. Et je vais prendre un exemple, c'est avec une de mes ex. En fait, je revisais, quand je dormais, je revisais mes interventions de police. Et vu que c'était assez violent pendant quelques années, notamment avec les violences urbaines en banlieue parisienne, en fait, je mettais des coups. Donc, elle me poussait. Donc là, je me réveillais. Et elle me disait « Mais qu'est-ce que tu fais, quoi ? » Je revivais ça pendant ces nuits de sommeil. Et c'est là que j'ai vu qu'il y avait quelque chose qui basculait, en fait. Parce que cette violence, non seulement je la vivais, mais je la revivais chez moi. C'est là que j'ai dit qu'il va falloir, à un moment donné, que ça s'arrête. Parce que c'est plus vivable, ni pour nos proches, ni pour nous.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ce métier a abîmé en toi que tu n'avais pas anticipé ?
- Speaker #0
Maintenant, on m'appelle « cœur de pierre » , quoi. Alors, il y a plusieurs choses. Il y a ce phénomène de violence. qu'on subit tous les jours. Mais il y a surtout aussi ce phénomène, je ne sais pas s'il y a beaucoup de métiers où on est confronté à la mort. Donc ça, par contre, c'est vraiment un aspect que j'ai eu dès que je suis rentré dans la police. C'est que ma première intervention, quand j'étais en police au cours, j'étais stagiaire, et c'était un toxicomane qui a été retrouvé chez lui en overdose. Et en fait, on n'est pas préparé. À l'école de police, ils ne nous préparent pas psychologiquement à affronter la mort. Et les collègues, c'est pour dire un peu la mentalité, il y a des années quand même. Ils m'ont dit, on a la procédure à faire, ça ne te gêne pas, on te laisse tout seul. Pendant quelques minutes, on va faire la procédure, on revient le temps que la morgue arrive. Donc, ils m'ont laissé seul dans cet appart avec une scène avec un cadavre. Et franchement, je n'étais pas très à l'aise. Et ça m'a quand même porté pendant quelques semaines après, quand je dormais. Parce qu'on se fait des films, on pense qu'il va se lever d'un coup, Zombie 3. Alors ça, c'est une phase. Ça, c'était dès que je suis rentré dans la police. Mais ça a continué quand même après. les accidents de la route avec des gens qui sont morts, notamment des enfants. Cette mission qu'on a aussi, c'est d'aviser la famille. Ça, ça m'a beaucoup marqué quand même. C'est qu'après, ce sont des policiers qui se présentent au domicile. Notamment là, c'était une mère de famille qui était décédée. Il a fallu que je me présente avec la patrouille, parce que bien sûr, un officier n'a pas dénié de se déplacer. Il a préféré envoyer un équipage à sa place. Et donc, c'est nous qui avons avisé les grands-parents qui gardaient ces enfants. Et là, c'est quelque chose qui vous marque. parce que vous ne savez pas trop comment amener à des grands-parents que leur fille vient de décéder dans un accident de la route. C'est pareil, c'est des choses où on n'est pas préparé psychologiquement.
- Speaker #1
En pleine intervention, t'arrives-t-il de douter de ton utilité ?
- Speaker #0
Ah oui, ça c'est souvent qu'on doute malheureusement. Une action concrète, c'est quand vous interpellez un jeune délinquant en bal de hiérarchie, il sort avant vous. Donc vous allez vous taper deux heures de procédure. Vous avez présenté ça à un OPJ, le temps que vous remplissiez toute votre paperasse administrative, il est dehors. Ou le lendemain, vous savez qu'il a eu un rappel à la loi. Donc en fait, pourquoi s'embêter à faire toutes ces procédures si au bout de cette chaîne, la réponse pénale n'allait pas ? Donc après, vous n'interpellez plus. Pourquoi on va perdre nos temps à deux heures de paperasse ? Donc on ne le fait plus. On ne fait plus.
- Speaker #1
Nous allons aborder les zones grises et l'envers du décor. Qu'est-ce que les syndicats ne diront jamais dans les médias sur l'état réel de la formation et du recrutement ?
- Speaker #0
On a du mal à recruter et c'est bien normal. Quand on voit notre salaire et maintenant l'état des forces de sécurité, automatiquement, moins de candidats, ça fait que vous n'avez plus le choix entre recrutement. Au lieu de recruter à 13 de moyenne sur 20, vous allez recruter à 8, à 6. Vous allez recruter des gens qui ne correspondent pas au profil, qui sont là, mais bon. Ça passe juste, alors on va les prendre. Alors qu'avant, vous ne serez jamais rentrés dans la police nationale. Ce qu'on voit maintenant, c'est une nouvelle génération. On va prendre un exemple, c'est le portable. Ils sont en patrouille, ils ont leur portable, ils regardent leur téléphone pendant 5 heures. Ils ne regardent pas ce qui se passe sur la voie publique. On ne peut pas généraliser, mais il y a quand même un phénomène, après c'est un phénomène de société. En fait, la police nationale, elle refaite notre société. Ça, il ne faut pas l'oublier. Donc le recrutement qui est fait, c'est le recrutement qui est fait au sein de notre société. L'état réel de la formation aujourd'hui, c'est que depuis 20 ans, on voit sur la voie publique, les actions violentes, elles ont progressé. Il y a plus de policiers blessés qu'avant. Donc il faudrait qu'en formation, on soit prêt à affronter sur la voie publique des scènes qu'avant, on ne connaissait pas. En fait, tous les jours, il faudrait se battre comme des combattants de MMA, se préparer à partir au sol, faire du JJB. En fait, il faut vous préparer à ça. Mais est-ce que la police vous prépare à ça ? Surtout pas. Il ne faut pas des combattants. Donc, en fait, vous prenez vos deux pieds, demi-tour droite, et il faut courir. La formation, il ne faut surtout pas y compter parce que vous n'êtes pas préparé à ce que vous allez avoir sur la voie publique. Ça, c'est clair, naté, précis. Donc, on ne va surtout pas dire que vous êtes préparé à affronter des scènes de chaos, des scènes de violence, mais jamais de la vie. Jamais de la vie. Ça va être sur le terrain que vous allez apprendre. Surtout pas en école de police. Il n'y a jamais assez de tirs par an, c'est trois par an, obligatoire. S'ils sont faits, c'est beau, mais trois, c'est le max. Dès que vous êtes affecté ensuite, la priorité, c'est le terrain. On verra ça plus tard. La formation continue, tout le monde s'en fout. Ah oui, par contre, les grenades, il a fallu, moi je me souviens du phénomène des violences urbaines, début des années 2000, quand il y a eu les émeutes en France, dans toute la France. Dans le cours, on a déployé des grenades de désencerclement. Il a fallu former... Je ne sais plus combien on était de milliers de policiers en France. En quelques heures, en quelques jours, parce qu'on a vu que là, le phénomène allait embraser toute la France et ils ne savaient pas comment y répondre. Donc, on a déployé des grenades de désencerclement à Tire-Larigot, dans tous les commissariats, et on a fait 30 minutes de formation. Ça, c'est la police nationale. Ça répond. On est au bord de la faille, et donc on fait en 30 minutes.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a des zones, des situations, des types de mise en cause face auxquelles on vous demande, sans l'écrire nulle part, de ne pas intervenir, de laisser faire ?
- Speaker #0
C'est devenu problématique avec les étrangers délinquants. On a un souci avec ce phénomène qui est mineur isolé. Alors mineurs, quand vous les voyez, les interpeller, pour vous ils ont 32 ans, mais eux ils se disent mineurs, donc ça passe crème. On vous le dit pas, mais en fait, faut pas trop quand même en ramener. Les étrangers en situation irrégulière, faut pas trop faire exploser les chiffres.
- Speaker #1
La chaîne de commandement, est-ce qu'elle tient encore vraiment ? ou est-ce qu'il y a une dissociation croissante entre ce qu'on ordonne en haut et ce qui se fait réellement sur le terrain ?
- Speaker #0
Il y a quand même beaucoup de collègues qui maintenant le disent, ils n'ont plus confiance en leur hiérarchie. Les officiers sont un peu plus sur le terrain, mais alors les commissaires maintenant ne sont plus sur le terrain. Ils sont complètement déconnectés de ce qui se passe sur le terrain. Donc ils vont vous donner des instructions que vous ne pouvez pas piquer, vous allez dire oui, oui, pour éviter de rentrer en confrontation. Mais en fait sur le terrain, ce n'est pas du tout ça. En fait... C'est toujours pareil, vous avez des objectifs, donc on va vous demander de ramener, admettons par mois, 50 interpellations pour stupéfiants. Sur la voie publique, dans la rue, ce n'est pas le supermarché, vous n'avez pas un rayon de cambriolage, un rayon stupéfiant. Quand vous êtes policier, quand vous voyez quelque chose, vous interpellez et vous faites un flagrant délit. La politique du chiffre est toujours en vigueur.
- Speaker #1
Que penses-tu du survivalisme en général, et des survivalistes en particulier ?
- Speaker #0
Ce qui fait peur en fait aux services de renseignement, c'est que les gens maintenant n'ont plus confiance en la justice et la police. C'est l'autodéfense en fait qu'ils ont peur. Maintenant, un père de famille, il ne va pas attendre que sa fille se fasse violer ou qu'il y ait des individus qui rentrent chez eux qui vont se défendre. Et pour se défendre, il faut se préparer. Je me considère plutôt comme prévoyant, pas comme survivaliste. C'est peut-être dû à mon métier. Je sais qu'à un moment donné, il y a des failles. Je prévois quand ces failles vont arriver ou quand l'ensemble de ces failles... vont se rencontrer. Alors, j'ai un sac de survie qui est prêt là, avec du matériel de soins et le nécessaire pour allumer un feu, en fait. Mais ça, je ne sais pas si c'est survivaliste, mais moi, j'ai fait un peu de floutisme quand j'étais jeune. Donc voilà, c'est un peu de quoi partir un sac d'urgence. En force de sécurité, on a notre sac, on prépare toujours nos affaires. Alors, ce n'est pas un sac d'urgence, mais on pourrait le considérer comme un... Tout peut arriver lors d'une intervention. On reproduit en fait ça sur notre vie de tous les jours.
- Speaker #1
Comment les gens qui savent que tu es policier te parlent-ils depuis que l'effondrement est devenu un sujet grand public ?
- Speaker #0
Ce n'est pas des conseils qu'ils nous demandent, c'est plutôt comment on fait encore pour rester dans cette institution, pour garder un peu cette valeur, ces valeurs, et comment on fait pour arriver encore au travail, avoir envie de bosser, porter l'uniforme.
- Speaker #1
Les syndicats de police et les discours politiques autour de la sécurité Ont-ils suivi la réalité du terrain ou est-ce qu'ils parlent d'un métier qui n'existe plus vraiment ?
- Speaker #0
La réalité du terrain, c'est que les politiques sont des lâches et ils n'iront pas où il faudrait aller. Au début, on a une faille et là, ce n'est plus une faille, c'est un gouffre. Dans la rue, les délinquants, les criminels, ils sont bien au courant de tout ça et eux, ils s'organisent. Donc en fait, eux gagnent du terrain et nous, on recule. Mais c'est ça depuis 20 ans. C'est les réseaux sociaux, ils sont organisés en armement, en personnel, en logistique et vous, vous reculez. Pour faire une enquête judiciaire, vous allez mettre deux ans, si elle aboutit. Bienvenue dans la Nouvelle-France.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui pousse les gens à s'armer selon toi ?
- Speaker #0
Maintenant, les gens ont peur. Quand on regarde un peu tout ce qui se passe au niveau délinquance et criminalité, avant, c'était 93, Marseille. Maintenant, vous avez des petits patins que vous ne connaissez pas et vous avez des phénomènes de bandes où de citoyens qui se font tuer, de petits fils de paysans qui se font... qui se font tuer à coups de couteau. Ça n'arrivait pas avant. Maintenant, cette criminalité, elle n'est plus vouée à des circonscriptions polices. Maintenant, vous avez des petits patelins de 1 000, 2 000 habitants, des zones de gendarmerie, où il y a ces phénomènes d'agression, couteau, phénomène de bande, et notamment de narcotrafic qui arrivent. Il y a beaucoup de personnes qui pensaient être en sécurité à la montagne, dans des endroits un peu reclus, et qui ne sont plus en sécurité. On se rend compte que maintenant, n'importe où en France, en métropole, en Outre-mer, vous n'êtes pas en sécurité, en fait. Vous rencontrez une personne qui fait une queue de poisson, avant vous aurez klaxonné, et maintenant les personnes ne klaxonnent plus. Vous avez peur que le magas descend de sa voiture, il vous sort un couteau, il descend d'A3, il vous massacre votre voiture. Tous les gens ont peur que pour quelque chose de bénin, vous arrivez à perdre la vie. Chacun regarde ses chaussures, rentre chez lui. C'est un peu de l'égoïsme, moi je trouve, au lieu de répondre à ça. Mais en fait, vous n'avez pas le choix. Vous allez faire quoi ? Vous allez répondre ? Vous allez vous défendre ? selon ce que vous allez faire, c'est vous qui allez être mis en cause. On va dire pourquoi vous l'avez frappé, pourquoi machin. Parce que de toute manière, ils sont au courant. Les agresseurs, ils savent comment faire. Ils savent qu'ils ont un avocat dans le biais d'office. Ils savent que s'ils sont mineurs, ils sont intouchables. Donc eux, ils ont tout pour eux. Quand on regarde la chaîne pénale, alors que tout devrait être lié, en fait, police, justice, pénitentiaire, ça devrait marcher main dans la main, plus rien ne fonctionne. Vous discutez avec... Un agent de la pénitentiaire, il va vous dire que c'est une catastrophe à l'intérieur des prisons.
- Speaker #1
Est-ce que les rapports entre les gens se sont tendus au fil des années ? Est-ce que tu l'as constaté ?
- Speaker #0
On a de plus en plus d'actes violents, gratuits. On va venir au contact d'une personne pour trouver un prétexte pour se battre ou pour l'agresser. C'est ce qu'on remarque de plus en plus, que ce soit sur les hommes ou sur les femmes, mais je crois que c'est un phénomène de société quand même. C'est qu'on a de plus en plus d'actes violents, notamment avec des délinquants mineurs. Ce qu'on constate aujourd'hui, c'est peut-être un effondrement de la stabilité familiale. Beaucoup de monoparentalité et beaucoup de jeunes qui sont livrés à eux-mêmes, des familles qui n'arrivent plus à gérer leurs enfants. Moi, on a eu le cas d'une personne qui s'est présentée au commissariat. Son fils avait 13 ans et elle nous disait « mais gardez-le, j'en peux plus, gardez-le » . En fait, on lui a expliqué que jusqu'à sa majorité, elle était... pénalement responsable de son fils. Elle était complètement dépassée parce qu'elle ne savait plus comment faire. On n'est pas là pour faire du social. En fait, cette personne, elle nous a fait un peu pitié parce qu'au lieu de venir comme certaines viennent t'agresser au commissariat et te dire pourquoi vous l'avez interpellée et qu'est-ce que vous avez fait, laissez-le, tout ça. Elle, elle appelait au secours. Et elle n'avait aucune réponse sociale.
- Speaker #1
Cyberattaque massive sur les réseaux électriques de trois métropoles. La préfecture est hors ligne. Il est 22h, tu as 6 collègues. Qu'est-ce que tu fais dans les deux premières heures ?
- Speaker #0
Première chose, c'est que déjà, si on n'a plus de communication avec notre poste directeur, c'est qu'on rentre direct au service. Ça, c'est la première chose. C'est rentrer pour se protéger. Parce qu'on ne peut pas savoir ce qui va arriver. Prévenir, c'est guérir. Donc, il va falloir s'équiper de tout ce qu'on a disponible, bien sûr. Sur la voie publique, on n'est pas safe.
- Speaker #1
Donc, plus personne sur la voie publique. Qui protège les citoyens ?
- Speaker #0
Il est clair que si les réseaux tombent, on n'aura aucun moyen de communication. Donc ça voudrait dire qu'on serait seul sur la voie publique, et ça, il n'en est pas question. S'il arrive quoi que ce soit, on ne pourrait pas être seul, isolé. Donc d'abord, on se replie et on va au service. Ensuite, on intervient dans un nombre et on pourra anticiper.
- Speaker #1
Si l'État ne peut plus payer les salaires des forces de l'ordre pendant trois semaines, tu crois que la police tient ?
- Speaker #0
Demain, s'il n'y a plus de salaire, il n'y aura plus de police dans la rue. Ça, c'est clair, net et précis.
- Speaker #1
Nous allons maintenant aborder le sujet des enfants, de la transmission et de l'éthique. Est-ce que tu as des enfants ? Et si oui, est-ce que tu leur as expliqué ce que tu fais vraiment ?
- Speaker #0
Alors ça, c'est l'autre facette, c'est que j'ai des enfants et je n'ai jamais rien caché. Quand je suis rentré à la police, c'était une famille, on partageait tout avec nos collègues, donc la famille. On a invité nos collègues à la maison avec leurs femmes, leurs enfants, on discutait de tout. Mes enfants ont toujours entendu ce que je faisais au travail, les interventions de police, et ça a fait partie aussi de leur vie. Alors c'est marrant parce que j'ai le grand qui a fait des études de commerce. Je n'ai jamais poussé à rentrer dans la police nationale. Il a tellement baigné dans cette vie de police, en fait, en entendant les collègues qui viennent à la maison, les interventions, qu'il y a quelques années, c'était l'époque des attentats à Paris, c'était sa vocation, c'était rentrer pour... combattre l'islamisme radical, ça a été un tournant de sa vie. Et je ne m'y attendais pas du tout qu'il quitte le commerce pour rentrer dans la police nationale. Je l'avais prévenu quand même sur que la police avait changé. Il ne s'attendait pas à voir cette double facette entre ce qu'on voit à la télé et ce qu'on voit sur le terrain. Et notamment, il est rentré dans la police au début des événements des Gilets jaunes. Il a quitté cette institution parce que, pour lui, il y avait toutes ces valeurs qu'il a entendues pendant des années qui sont effondrées, notamment à travers tout ce maintien de l'ordre. Il avait cette facette des Gilets jaunes et la facette des violences urbaines où on a eu ce double discours où là, Gilets jaunes en avant, quoi qu'il en coûte, il faut ramener l'ordre public. Et l'autre facette des violences urbaines où c'est plutôt attente, on laisse casser, on verra après si on peut interpeller. Donc en fait, c'est cette injustice que lui n'a pas supportée et qu'il a fait quitter l'institution. Il y a aussi toute cette tension qu'il a mal vécue et tous ces rappels où le week-end, ils sont en congé et vous êtes rappelés. vous n'avez plus de repos, vous n'avez plus de temps à vous. Une collègue s'est suicidée de son immunité. Et ça, ça a été le basculement. Il a préféré partir et préserver sa vie et aller dans le privé et faire un autre métier que policier.
- Speaker #1
J'interromps une petite seconde l'interview pour vous demander de vous abonner à la chaîne pour soutenir mon travail et à découvrir l'application Le Bunker sur App Store et Play Store et notamment l'onglet Bon Plan dans lequel vous retrouverez nos partenaires qui vous proposent des remises exceptionnelles sur l'équipement de survie, la nourriture lyophilisée, des protections balistiques, des filtres à gravité pour l'eau potable, mais aussi des formations et des analyses de qualité. Tout cela avec des réductions spéciales qui vous sont réservées. Est-ce qu'il y a une limite morale que tu ne franchiras jamais, quoi qu'il arrive, même si un supérieur te l'ordonne, même si c'est légal ?
- Speaker #0
Il faut prendre l'événement des Gilets jaunes. On a eu le départ des Gilets jaunes, il y a quand même des gens qui étaient dans la rue et qu'on a côtoyé, nous, sur des ronds-points, qui étaient des gens de tous les jours, quoi, c'était pas des racailles. C'était des infirmiers, des agriculteurs, des profs. des gens de tous les jours. Et en fait, ça a basculé. On a bien vu qu'on a voulu un peu que ce mouvement bascule un peu dans l'extrême. Parce que nous, on avait eu un premier contact avec ces gens et on a bien vu que c'était des gens de tous les jours. Ce n'est pas des extrêmes, ce n'était pas des gens qui étaient prêts à tout brûler. C'est des gens qui avaient faim. Et comme beaucoup de policiers, à la fin de leur mois, tu regardes ton compte et tu as découvert. Et en fait, c'était des gens comme nous. Ce n'est pas question qu'on rentre dans l'art de ces personnes. Quand on a eu ces personnes en face de nous, on faisait en sorte qu'ils partent, qu'on sentait que ça allait chavirer du côté obscur et qu'il y avait d'autres groupuscules qui arrivaient, qui se mélangeaient à eux, parce que c'est toujours comme ça, et qu'on savait ce qui allait arriver. On faisait en sorte d'aller les prévenir, leur demander qu'ils partent, qu'ils s'éloignent de tout ça, parce qu'il n'était pas question pour nous qu'on fasse l'amalgame avec ces personnes. On a un exemple, c'était les agriculteurs. Je crois qu'il y a pas mal de forces de l'ordre qui étaient assez, je ne dirais pas en colère, mais qui ont vu des images qui se sont mises à la place des forces mobiles Merci. ou des autres compagnies d'intervention qui ont été déployées, qui n'auraient pas fait ça. Vous avez toujours une raison de ne pas intervenir. Après, à vous de l'amener. Le problème, c'est toujours pareil. Si vous êtes seul, on va vous montrer du doigt. Si tout le monde est OK, il n'y aura pas de problème. Il n'y a plus de solidarité, en fait. Parce qu'à une époque, personne ne serait descendu des camions. Et maintenant, tout le monde se regarde en chien de faïence. Qu'est-ce qu'il va dire l'autre ? Qu'est-ce qu'il va faire ? Il n'y a pas d'avancement. Ils attendent qu'un mouvement de solidarité. Ça ne se fait pas. Puis après, ils rentrent chez eux, ils réfléchissent et ils s'envolent. J'ai quelques échos de collègues qui l'ont fait parce qu'ils se sentaient obligés, parce que toute leur unité ne s'est pas posée de questions, et puis tout le monde est descendu. Après, quand ils sont rentrés chez eux, ils n'étaient pas fiers d'eux. Ils se posaient des questions. Est-ce que j'aurais pu faire le malade ?
- Speaker #1
La philosophie du chaos. Est-ce que tu te considères comme survivaliste ? Est-ce que tu te prépares à un éventuel effondrement de la société ? Et si oui, quel type d'effondrement ?
- Speaker #0
Si on est réaliste et qu'on regarde ce qui est face à nous sur la voie publique, on se rend bien compte que ce n'est plus des failles qu'on a, mais c'est des gouffres. Une aparté, j'ai juste sur un mois pris différents événements qui me semblent graves. C'est juste le mois de mai 2026. Le Parisien, elle ne parvenait plus à nourrir sa famille. La maman s'est jetée du 13e étage de sa résidence à Toulon. 24 mai 2026, le JDD, terrorisme, le cerveau des attentats du 13 novembre, bientôt libre. France 3 Régions, un trafiquant de drogue multirécidiviste remis en liberté. CNews, 22 mai 2026, des affrontements impliquant des hooligans niçois. s'y blesser dans un grave. Actu Lyon, agriculteur en colère, appelle à bloquer Lyon lundi 11 mai 2026. RTL, un Tunisien interpellé en France, soupçonné de fomenter un projet d'attaque d'inspiration djihadiste. Le Parisien, vague de violences urbaines, des rodéos motorisés, jets de projectiles aux forces de l'ordre. Ouest France, fusillade à Nantes, Nice, une marcellisation des réseaux. Comment la géographie du narcotrafic se transforme ? 40 millions d'automobilistes. Déni de démocratie, le Conseil constitutionnel rétablit les EDFE. Mesure de ségrégation sociale. Public Sénat. 78% des Français n'ont pas confiance dans la politique selon le baromètre Sevipov. Ça c'est pour un mois de fait que moi je considère des faits graves. Ce sont des faits nationaux. Comment ne pas arriver aujourd'hui à se dire qu'on regroupe tout ça par thème ? que l'effondrement n'a pas déjà commencé. On marche sur un volcan, et quand est-ce qu'il y a une étincelle qui va faire que tous ces événements vont se corréler en interaction entre eux et vont provoquer un effondrement ? C'est juste une question de temps. De toute manière, ce sera un phénomène de cascade, on l'a vu là. La première chose que je peux parler, c'est l'effondrement de la sécurité. C'est une catastrophe. La sécurité, aujourd'hui, c'est la priorité de beaucoup de Français et nous, les forces de l'ordre, malheureusement. Comment on peut dire à des gens qu'on va les protéger demain si nous, face au chaos, on recule ? Et si des politiques ne sont même pas capables de vous faire avancer sur des phénomènes de violences urbaines qui grand-graignent des villes entières, demain, si c'est le chaos, qu'est-ce qu'ils vont vous dire ? Aujourd'hui, ce qu'on peut constater déjà, c'est une détresse sociale, ça, elle est actée. La détresse sociale, il faut voir ce qu'elle va entraîner ensuite. Insécurité, narcotrafic, c'est quoi l'étincelle qui va faire que tout ça va se mêler et tout ça va entraîner un effondrement global ? On ne parle que du national, on ne rentre même pas dans l'international, parce que si jamais On va sur l'international, on pourrait se dire que c'est l'ensemble du monde qui est en train de se fragmenter. Aujourd'hui, on ne compte même plus les pays en guerre. Est-ce que nous, demain, est-ce qu'on ne sera pas un pays en guerre ?
- Speaker #1
Penses-tu qu'une reconstruction est possible après un réel effacement des institutions ?
- Speaker #0
Compte tenu de ce qu'on voit actuellement, c'est même obligatoire qu'il y ait une reconstruction, parce qu'il va y avoir une destruction. Ça ne passera pas par autre chose que ça. On n'aura pas d'autre choix de reconstruire. Sinon, c'est un néant qui s'annonce à nous. Je suis quand même optimiste là-dessus, c'est qu'il y a beaucoup de gens, et notamment des survivalistes et des gens, des prévoyants, qui sont prêts demain à amener un nouveau monde qui est solidaire, qui est humain.
- Speaker #1
Après tout ce que tu viens de nous dire, est-ce que tu aimes encore ce métier ?
- Speaker #0
J'aime toujours ce métier parce que je l'ai fait depuis plus de 30 ans. C'est ma vie en fait, en fait c'est lié à moi. Ça m'a fait grandir et ça a forgé mon caractère. Ce métier, je l'aime toujours, c'est les personnes, on va dire, c'est une hiérarchie des politiques qui ont gâché ce métier. Mais ce métier, c'est un beau métier. Il faudra que ça redevienne un beau métier. La police a été déconstruite. Est-ce que ça n'a pas été une volonté politique de la déconstruire ? Quand je suis rentré, il y avait vraiment une cohésion. Il y avait une famille où on se retrouvait, ce que je trouve qui n'est plus le cas aujourd'hui. Et quand vous aviez des problèmes personnels, vous partiez plus tôt, vous quittez votre domicile conjugal et on allait se réfugier dans cette famille qui était la police nationale, avec nos collègues de terrain. Il n'y a plus cette solidarité, cet esprit de famille qu'il y avait il y a quelques années. Il n'y a plus cette cohésion, ça a complètement changé.
- Speaker #1
Nous allons maintenant aborder les questions des membres de la communauté recueillies sur le Discord de Bref l'effondrement que vous pouvez retrouver en commentaire épinglé. Question de Toki. Notre société va dans le mur et les forces de l'ordre continuent de protéger ce qui nous y propulse. Pourquoi ne s'y opposent-ils pas davantage ?
- Speaker #0
Éternelle discussion. Quand est-ce que les policiers vont poser leur bouclier pour être avec la population ? Il y a un phénomène de solidarité qui n'est plus dans les forces de l'ordre. que comme il y a des années, je vais raconter une anecdote. Il y avait des manifestants, maintenant il y a plus de 30 ans, qui se dirigeaient vers l'Elysée. C'était des policiers d'ailleurs dans le syndicat de police. Ils sont arrivés face à des CRS. Bien sûr, qu'est-ce qui s'est passé ? Le barrage s'est ouvert. Ils ont laissé passer les manifestants jusqu'à arriver à l'Elysée. Quand ils sont arrivés à 100 mètres de l'Elysée, ils ont vu que les policiers qui étaient pour le maintien de l'ordre les laissaient passer. Donc, ils ont déployé des forces mobiles, des gendarmes, et ils leur ont donné des ordres fermes. qu'il fallait par tout moyen les arrêter. Donc, ils ont sommé les policiers de s'arrêter. Sinon, éventuellement, l'usage des armes sera effectué. Tout ça pour vous dire que maintenant, vous allez constater sur plusieurs artères de la capitale, vous avez toujours des policiers avec des gendarmes. Je me suis toujours demandé pourquoi à côté de moi, il y avait un gendarme mobile qui faisait la même mission que moi. En fait, c'est pour ça. Si jamais la police est défaillante et vice-versa, le politique a toujours prévu qu'il y ait une unité qui arrive à combler cette défaillance. Tout autour de l'État, des ministères importants, vous avez deux forces de sécurité, peut-être même trois avec les militaires, puisque maintenant il y a un déploiement de militaires dans le cadre de l'antiterrorisme. S'il nuit des défaillantes, l'autre viendra à subvenir à cette défaillante.
- Speaker #1
Question de Ijo Dessol. Les policiers enquêtent pendant des mois, collectent des preuves, procèdent aux interpellations, et au niveau de la justice, rien ne suit. Les peines sont dérisoires, les délinquants sont de nouveau opérationnels en quelques semaines. Comment vit-on ça dans la police et comment la hiérarchie communique-t-elle là-dessus avec les agents ?
- Speaker #0
On le vit mal puisque nous, c'est notre cœur de métier d'interpeller des délinquants et des criminels. Quand du jour au lendemain, tout le travail que vous avez fait, parce que ça demande quand même beaucoup de rigueur, beaucoup de temps, beaucoup d'investissement, et que du jour au lendemain, vous le recroisez dans la rue, puis ils vous narguent, en plus ils vous regardent de travers, vous imaginez comment on ressent ça et l'affront que ça nous fait. Après, notre hiérarchie... C'est toujours la même histoire, c'est les objectifs. Quoi qu'il arrive, il faudra quand même ramener, faire des interpellations. Voilà, c'est votre cœur de métier, voilà le blabla qu'on vous sort. Mais en fait, vous allez perdre votre temps là ? Ça c'est de l'argent de qui ça ? C'est l'argent de qui ? De fonctionnaires de police ? Mais qui paye tout ça ? C'est les citoyens qui payent. Ils payent quoi en fait ? Pourquoi on perd notre temps à faire des procédures qui sont vouées à l'échec ? C'est quoi le but ? Mais non. des jeunes de 12 ans qui prennent une cala et qui montent tuer d'autres personnes. Donc si vous n'arrêtez pas ces jeunes, demain, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Qu'est-ce qui les empêcherait d'aller rafaler dans un centre commercial, d'aller tuer ? Il n'y a rien qui les empêcherait. Vous leur donnez 5 000, 10 000 euros, ils sont prêts à tout. Demain, le plus offrant leur dit d'aller dans un centre commercial et de faire un crime de masse. Qu'est-ce qui les empêcherait ? Rien.
- Speaker #1
Comment tu vis ça alors ?
- Speaker #0
On le vit mal. Tout ça, c'est mal vécu parce qu'on se pose toujours la question de pourquoi je me lève le matin ? Faire quoi en fait ? La valeur de mon métier, c'est quoi ? Quand un peintre peint une façade, il est content de son résultat. Nous, c'est quoi le résultat ? On ramène des interpellés, le lendemain, ils sont mis dehors, ils vous narguent, ils vous insultent, et on repart encore de cet engrenage. Pourquoi je vais continuer à faire ce métier ? Et est-ce que ça vaut le coup que je continue ?
- Speaker #1
Question de Petit Tonnerre. As-tu les moyens d'accomplir ta mission ?
- Speaker #0
Alors là, je vais parler du cadre de la police judiciaire, puisque nous, on a quand même des moyens qui sont plus importants. Contrairement aux parents pauvres de la police nationale, la sécurité publique, on a beaucoup de moyens, notamment des moyens techniques, qui sont déployés pour nous. Le problème, ce n'est pas les moyens. Le problème, c'est d'avoir des effectifs, des hommes et des femmes derrière ces moyens. Et en fait, vous avez trop de dossiers en procédure. Là, il y a une accumulation de dossiers criminels qui est importante. Et en fait, on n'a pas assez d'effectifs. Moins d'effectifs veut dire aussi une possibilité d'avoir des erreurs en procédure. Donc en fait, c'est un engrenage et beaucoup de collègues quittent maintenant toutes ces unités, tous ces offices centraux ou même ces unités spécialisées, parce qu'ils sont noyés sous les dossiers.
- Speaker #1
Question de Gurvan. On observe de plus en plus de demandes de mutations vers la police municipale, au point que le gouvernement a fortement limité la passerelle. Comment tu expliques cette fuite vers la police municipale ?
- Speaker #0
C'est en corrélation avec la question d'avant. Quand vous vous levez le matin et que vous vous dites « pourquoi je bosse ? » , vous regardez votre voisin, qui est le policier municipal, qui lui est rappelé sur ses week-ends, et va faire, selon les communes, 300, 400 euros de plus sur son salaire pour deux jours travaillés sur son week-end. Alors que vous, vous allez marquer des heures supplémentaires, et vous allez faire quoi à 10 euros de l'heure imposable ? Si vous les faites payer, vous partez, et vous allez voir où l'herbe est verte. Et en ce moment, l'herbe est verte à la police municipale. Plus de moyens, plus d'effectifs, vous êtes tranquille, vous faites un petit rapport, et moins de contraintes procédurales.
- Speaker #1
Question de Bilba Roud. Quelle méthode utilises-tu pour te ressourcer après une journée difficile et rester opérationnel le lendemain ?
- Speaker #0
Pour me ressourcer, moi ça fait bien longtemps maintenant, c'est la musique. Je joue d'un instrument, la basse. J'ai commencé par la batterie, maintenant je suis bassiste. Et puis je crée. Ça c'est primordial. Moi je trouve que c'est vraiment ce qui nous permet... Après il y en a qui faisaient le sport, il y en a d'autres activités. Et en fait ça c'est super important pour notre équilibre au quotidien. C'est trouver un moyen de se ressourcer. Moi ce moyen c'est celui-là, c'est la musique.
- Speaker #1
Deux questions de SL. As-tu eu vent de cadentrismes de réseaux criminels dans les commissariats, via des stagiaires, des vacataires, pour accéder aux fichiers ou aux opérations en cours ?
- Speaker #0
Alors de cadentrismes sur des menaces, il y en a eu, c'était au sein de la pénitentiaire récemment. Après, à la police nationale, honnêtement, il y a plusieurs cas de discipline actuellement, qui ont été dans les médias. Il y a quand même une explosion des cas de discipline dans cette matière. Il ne faut pas se leurrer, on ne va pas se voiler la face. Est-ce dû au recrutement récent dans la police nationale ? Est-ce dû à des collègues qui n'arrivent plus à boucler leur fin de mois et qu'on leur propose 5 000 euros l'information ? Il y a beaucoup de cas qui sont apparus récemment.
- Speaker #1
Que penses-tu du port d'armes citoyen pour les policiers hors service d'abord et pour les civils formés et enregistrés ensuite ? Est-ce une aide ou une gêne pour la police ?
- Speaker #0
Moi, personnellement, j'ai toujours porté mon arme parce que ça a toujours été prévu dans le cadre légal. pour les policiers hors service, et j'en ai toujours pris la responsabilité. Suite aux événements du Bataclan, on a eu l'autorisation de porter, là ça a été, on va dire, cadré par les chefs de service. Je canine une autorisation qui permet de porter son arme de service 24-24, et pour moi quand même c'est une priorité. Je veux dire, dans ces temps-là, d'être armé, vous avez la possibilité d'être armé, contrairement à un citoyen lambda, c'est quand même un plus, on passe l'oreille. vous pouvez quand même intervenir et éventuellement arrêter une tuerie. Après, pour les citoyens, honnêtement, le politique ne le laissera jamais passer. Ils sont déjà en train de regarder d'un drôle d'œil l'autodéfense et les survivalistes. Ils ne vont sûrement pas donner un port d'armes. Il va être très réglementé. Je pense qu'il va être, et il le sera apparemment dans quelques années, encore plus réglementé. On s'en va plutôt vers une restriction de la détention d'armes que vers une ouverture vers le port d'armes.
- Speaker #1
Question de Romain. Quelles sont selon toi les solutions réalistes pour redresser le pays ?
- Speaker #0
Si on veut être réaliste pour redresser le pays, il faut un effondrement pour tout reconstruire. On a tellement laissé aller toute une partie de notre société que malheureusement, il va falloir un chaos pour qu'on puisse avoir un monde nouveau. Moi, j'en vois pas trop. de douceur, en fait. Ça ne pourra pas passer par des moments où... Non. Il y a certaines personnes qui sont dans le déni, qui ne voient pas la réalité. Quand ça va arriver, par contre, là, ça va pleurer, et il n'y aura pas de double discours ou de... Non, ça va être tranchant, en fait. Il y a ceux qui vont se défendre, ceux qui pourront se défendre, et les autres. Et ceux-là, qui ne sont pas préparés, qui seront des victimes, en fait. Il va y avoir les prédateurs et les victimes. Il ne faut pas se leurrer, il y en a qui se préparent déjà, et je parle là des mauvais, au chaos. Ils sont déjà armés, ils ont déjà fait un réseau. Leur réseau, il est déjà à travers toute la France. En une journée, ils appellent Pierre-Paul-Jacques et ils ont un véhicule qui arrive avec de l'armement, un véhicule volé bien sûr, et avec de l'armement à l'intérieur. En fait, vous avez des clans, des narcos, qui ont fait un business là-dessus, qui vous vendent un kit avec... Le véhicule, moto, scooter, etc. Et plus l'armement, tout en main. Donc, ils sont préparés déjà. Ils vous en avaient plein en France. Il ne faut pas de défaitistes, puisqu'il y en a un qui l'a réussi. C'est le président bouclé pour le Salvador, un pays où il y avait une criminalité hors normes. Donc tous les narcos des États-Unis d'origine du Salvador regagnaient leur pays d'origine et donc ensuite se reconnectaient à leur clan et donc commettaient des crimes et des délits. Apparemment, c'était une catastrophe. Et lui, en quelques mois, il a réussi à redresser un pays et c'est devenu un pays, apparemment maintenant, la population salvadorienne qui en parle. Il dit que dans la rue, on sort, on ne craint rien. Après, il a créé des prisons. Je ne sais pas si la communauté a vu ça. À grande échelle, ce n'est pas la PlayStation 3 avec des sorties au cinéma. C'est des hangars avec des lipicots surperposés. L'uniforme, il est de rigueur. La tête est rasée. Il n'y a pas de coupe à l'alissage. Et on paye sa détention. Il y a des solutions réalistes. Le président Boukele l'a fait il y a quelques années avec le Salvador. Après, c'est une volonté politique. On est bien loin de la voir en France. Si on regarde à travers notre pays, on aurait déjà la Cour européenne des droits de l'homme. Le président Boukele l'a bien vu, ça a été une solution radicale. Il avait dit, il y aura des innocents à enfermer. Donc en fait, c'est des solutions radicales, et ça, c'est applicable en France. On est tellement parti dans un extrême. Il va falloir appliquer des solutions radicales.
- Speaker #1
Question de Ed52. En cas d'effondrement, à quel moment estimeras-tu que les ordres ne doivent plus être suivis ? As-tu un plan et en quoi diffère-t-il de celui d'un prépeur civil lambda ? Que conseilles-tu comme défense passive au quotidien ?
- Speaker #0
Tout à l'heure, on parlait de s'armer et du pour d'armes. Maintenant, il y a des armes non létales qui sont en vente, libres. Il y a plusieurs chaînes là-dessus, sur YouTube, etc. Qui les testent, etc. différentes munitions, munitions lacrymogènes, des munitions qui marquent. C'est très intéressant parce qu'on peut avoir quand même un armement à la maison qui est légal, pour pouvoir défendre sa famille et ses proches.
- Speaker #1
On a parlé pendant près d'une heure, tu as répondu à des questions difficiles, certaines que tu n'attendais pas. Je voudrais te laisser le mot de la fin, pas une réponse, pas une conclusion à ce qu'on a dit, juste ce que tu veux dire toi face aux gens qui nous regardent.
- Speaker #0
N'écoutez pas les moqueries des sceaux quand ils seront effrayés par la nuit, vous. vous serez déjà endormi. Ne lâchez rien, vivez vos convictions.
- Speaker #1
Franck, merci.
- Speaker #0
Merci.