- Speaker #0
Personne n'était prêt. Et pourtant, ce village avait été prévenu, à la minute près. L'alerte a été donnée, les routes ont été coupées. Les écoles ont fermé la veille. Tout, sur le papier, a fonctionné comme prévu. Ce qui n'a pas fonctionné, c'est tout ce qui se passe après l'alerte. Les heures et les jours qui suivent, dans chaque maison, une fois que l'eau est montée et que les secours sont débordés. Le même mécanisme se retrouve à l'identique dans des crises qui n'ont aucun rapport avec elles. Quand la France traverse une canicule meurtrière...
- Speaker #1
Mesdames, Messieurs, je viens de présider le Conseil des ministres face à la canicule exceptionnelle. qui a frappé nos concitoyens et notre pays.
- Speaker #0
Une pénurie de carburant, un risque de coupure d'électricité généralisée ou des émeutes qui paralysent des villes entières pendant plusieurs nuits. Des événements différents, des causes différentes et au bout, toujours la même scène. Des services saturés, des centaines de milliers de personnes livrées à elles-mêmes et des conséquences qui auraient pu être largement réduites. Pourtant, sur le papier, la France est un pays qui est armé pour ça. Sixième puissance économique mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité, puissance nucléaire, doté d'un des systèmes d'alerte et de secours les plus sophistiqués d'Europe. Et malgré ça, depuis 20 ans, chaque crise un peu sérieuse produit le même scénario. Ce paradoxe a trois causes. Elle traverse toutes les crises, quelle qu'en soit la nature. La troisième est peut-être la plus dérangeante, parce qu'elle commence derrière votre porte. La première fragilité, c'est celle des flux. Depuis une trentaine d'années, l'économie française, comme la plupart des économies développées, fonctionne en flux tendu. Cela veut dire que les stocks, à tous les niveaux, ont été réduits au minimum pour limiter les coûts. Un supermarché ne conserve plus des semaines de marchandises dans ses réserves. Il reçoit des livraisons en continu, plusieurs fois par jour, calculées pour que les rayons se remplissent juste à temps et jamais en excès. C'est extrêmement efficace. Tant que les camions roulent, que les routes sont dégagées, et que l'électricité ne s'arrête jamais. Le problème, c'est que cette efficacité repose sur l'hypothèse que rien ne s'arrête jamais. On l'a vu au printemps 2020, quand des rayons entiers se sont vidés en quelques jours à peine. Le système n'était pas conçu pour absorber un pic de demande soudain. On l'a vu fin 2018, quand des barrages filtrants ont suffi à assécher une partie des stations-service du pays en quelques jours. Au point que certains automobilistes faisaient la queue pendant des heures pour quelques litres de carburant. Et on l'a vu dans le Pas-de-Calais en 2023, quand plus de 300 communes se sont retrouvées coupées d'eau potable, d'électricité et de réseaux téléphoniques, parfois pendant plusieurs jours, parce que les stations de pompage et les lignes étaient elles-mêmes sous l'eau. Dans les trois cas, le sujet n'était pas la quantité de ressources disponibles dans le pays. Le sujet, c'était la distance entre cette ressource et votre porte d'entrée. au moment précis où vous en avez besoin. Ce qui nous ramène à la question initiale, mais sous un angle différent. Si le système qui alimente nos foyers en eau, en électricité et en nourriture est aussi tendu, alors la question n'est pas de savoir si une coupure va arriver. C'est de savoir ce qui se passe, chez vous, dans les heures et les jours qui suivent. Et c'est là qu'intervient la deuxième fragilité, celle qui s'est construite lentement. Sur plusieurs générations, presque sans qu'on s'en rende compte. Il y a 60 ans, la grande majorité des foyers français avaient un minimum d'autonomie. Un jardin, parfois un puits, des conserves faites maison, du bois pour se chauffer, et surtout, des voisins et une famille qui passait régulièrement, en particulier chez les personnes âgées. Ce n'était pas du survivalisme, mais simplement la vie courante. Cette autonomie a quasiment disparu en deux générations. En 2003, durant le mois d'août, la France a connu l'épisode de surmortalité le plus important de son histoire récente en temps de paix. Depuis quelques jours, une chaleur inhabituelle est en train d'envahir l'Europe.
- Speaker #2
Les températures, les voici, je ne sais pas si on a déjà eu une carte aussi chaude de façon homogène.
- Speaker #0
Sur une période d'à peine trois semaines, environ 15 000 décès supplémentaires ont été enregistrés par rapport à une période normale.
- Speaker #3
Les dysfonctionnements ont été nombreux cet été. En fait, à plusieurs reprises, les informations qui laissaient présager un drame ont bien été collectées, mais elles n'ont jamais été centralisées et recoupées.
- Speaker #0
15 000. Ce qui a manqué cet été-là n'était pas d'ordre médical. C'était une simple présence à côté de chaque personne vulnérable, au moment où elle en avait besoin. La troisième fragilité, c'est celle qui relie les deux premières, et c'est probablement la plus inquiétante parce qu'elle ne dépend ni de la météo, ni de la géopolitique. C'est la fragilité des services de secours eux-mêmes, lorsque plusieurs crises se superposent. Prenez l'hiver 2022-2023. La France a traversé en même temps une crise énergétique liée à la guerre en Ukraine et à l'arrêt prolongé de plusieurs réacteurs nucléaires pour maintenance.
- Speaker #4
L'autre défi du gouvernement, c'est celui de l'électricité. Il faut à tout prix empêcher les délestages cet hiver.
- Speaker #5
Et pour anticiper les températures négatives qui glacent le pays cette semaine, EDF a acheté du courant à ses voisins belges et allemands.
- Speaker #0
RTE, le gestionnaire du réseau électrique, a averti tout l'hiver que des coupures organisées quartier par quartier étaient possibles si la consommation dépassait certains seuils lors des pics de froid. Un système d'alerte spécifique, baptisé EcoWatt, a même été créé pour prévenir la population à l'avance de ses risques. La France, septième puissance économique mondiale, a passé un hiver entier avec en toile de fond la possibilité concrète de coupures d'électricité organisées sur tout le territoire. Ces coupures n'ont au final pas eu lieu à grande échelle, mais le simple fait que l'hypothèse ait été prise suffisamment au sérieux pour justifier la création d'un système d'alerte national en dit long. Et pendant ce temps-là, les services de secours, les pompiers, les hôpitaux devaient aussi continuer à répondre aux urgences habituelles, aux accidents de la route, aux malaises cardiaques et aux tensions sociales récurrentes. Trois fragilités donc. Des flux qui ne supportent aucune interruption. Une autonomie individuelle qui a disparu en deux générations. et des services de secours qui fonctionnent très bien pour une crise isolée mais qui craquent dès que deux ou trois surviennent en même temps ou se répètent trop vite. Aucune de ces trois fragilités n'est propre à une inondation, une canicule, une pénurie de carburant ou une émeute. Elles sont la toile de fond commune à toutes les crises que la France a connues depuis 20 ans et elles ne vont pas se résoudre toutes seules parce qu'elles sont aussi, d'une certaine manière, le prix de l'efficacité économique de ces 40 dernières années. Cela signifie que la responsabilité de combler cet écart, ce qu'on pourrait appeler le dernier kilomètre entre l'alerte officielle et la survie réelle d'un foyer, ne peut venir que d'un seul endroit. Ce dernier kilomètre, ce n'est pas un bunker, ni des années de stock, ni un mode de vie à reconstruire. C'est une poignée de réflexes simples, de ceux qu'on acquiert en quelques heures et qu'on espère ne jamais avoir à utiliser. Pour les 15 000 personnes de l'été 2003, pour les centaines de milliers de foyers du Pas-de-Calais, ce dernier kilomètre n'a pas existé. C'est précisément ce que Rémi, d'apprendre, préparer, survivre, enseigne depuis plusieurs années à travers ses formations, et qu'il vient de condenser dans un manuel distribué gratuitement aux Français. Vous y découvrirez comment stopper un départ de feu et sauver votre maison des flammes, comment stopper un départ de feu et sauver votre maison des flammes, Stockez de l'eau et de la nourriture, sans vous ruiner ni rien gaspiller. Comment secourir un blessé quand les secours ne répondent plus ? Comment survivre sans électricité ni eau courante ? Vous y trouverez aussi la liste du matériel indispensable. Vous apprendrez comment évacuer votre domicile en urgence, sans mettre votre famille en danger. Vous saurez exactement quoi faire au moment où vos voisins, eux, paniqueront. Faites ce dernier kilomètre vous-même. Le lien en description vous permet d'obtenir gratuitement ce manuel de survie au format numérique ou de le commander à prix coûtant en version papier pour l'avoir sous la main le jour où tout le reste s'arrêtera. Bref, l'effondrement.