- Speaker #0
Bienvenue sur notre podcast Cactus Théorie. Je suis Alex.
- Speaker #1
Je suis Hache. On va vous parler d'histoires qui ne manquent pas de piquant.
- Speaker #0
Disparitions mystérieuses, phénomènes inexpliqués et enquêtes épineuses. Alors si c'est votre truc, n'hésitez pas à rester avec nous.
- Speaker #1
Et à vous abonner bien sûr.
- Speaker #0
Petit avertissement pour nos auditeurs sensibles et pour le jeune public, sachez que certaines histoires et thématiques abordées dans ce podcast peuvent être, comment dire, dérangeantes. Salut les cactus !
- Speaker #1
Salut tout le monde ! Comment tu vas ?
- Speaker #0
Ça va super, écoute, je viens juste de finir de bosser, mais quand je dis juste, c'est vraiment il y a 5 minutes que j'ai imprimé l'histoire du jour.
- Speaker #1
J'ai vu ça.
- Speaker #0
Ça a été intense. On voulait absolument enregistrer ce soir par rapport à notre organisation du quotidien.
- Speaker #1
Alex déteste être en retard.
- Speaker #0
En tout cas, j'ai bossé comme une dingue, il faut dire ce qui est.
- Speaker #1
Oui, bravo.
- Speaker #0
Donc là, je suis la tête dans l'histoire, donc ça va se ressentir, je pense. Normalement, j'ai un peu plus de recul, mais là, je suis vraiment à fond dedans. Donc on y va, je vous propose de démarrer tout de suite.
- Speaker #1
On attaque.
- Speaker #0
Je vais donc démarrer cet épisode dans le vif du sujet H avec un appel 911. C'est celui d'une femme qui à première vue, tu verras, elle semble froide et totalement détachée. Et je vous traduis tout de suite plutôt que le faire après. Elle dit à la répartitrice qu'elle a besoin qu'un officier de police vienne à son domicile. La répartitrice lui demande pourquoi. Elle essaie de comprendre la répartitrice, est-ce qu'il y a un intrus chez vous ? Elle lui demande aussi avant le passage que je vais vous passer. Elle lui demande si elle a besoin d'une ambulance. La femme, elle lui répond non, qu'elle a juste besoin qu'un officier de police vienne chez elle.
- Speaker #1
Donc, elle n'est pas blessée ?
- Speaker #0
Non, elle n'est pas blessée. Ensuite, la femme, vous verrez, la répartitrice lui demande si elle est toute seule chez elle. Et là, la femme, au bout du fil, lui répond que non, que ses enfants sont là. C'est parti, je vous fais écouter.
- Speaker #1
On s'apprendrait. Elle a un malaise ? Elle fait un malaise ?
- Speaker #2
On entend une respiration lourde.
- Speaker #0
Voilà, donc quand t'as parlé de respiration lourde, H, on l'entendait derrière dire « Non, non, je suis pas seule, mes enfants sont là. » Comme je vous disais tout à l'heure. Sauf que ce qu'elle ne dit pas, cette femme, c'est que ses enfants, ses cinq enfants, techniquement, ils ne sont plus là. Ils sont morts, parce qu'elle vient de les tuer un à un.
- Speaker #1
Le soir même ?
- Speaker #0
Ce jour-là, oui. Les 5 ? Juste avant d'appeler le 911.
- Speaker #1
Putain !
- Speaker #0
Cette femme, Ash, elle s'appelle Andrea Yates, et vous connaissez peut-être déjà son histoire. Cette histoire va nous plonger au cœur d'une affaire qui est bien sûr terrible et tragique. C'est celle du meurtre de 5 enfants, qui n'avaient rien demandé, qui avaient toute la vie devant eux. 5 enfants qui sont morts de la main de celles qu'ils aimaient le plus au monde, celles en qui ils avaient le plus confiance. celles qui devaient les protéger, leurs mères. Cette histoire, c'est aussi celle d'une femme, d'une mère fragile, dont les troubles psychiatriques déclenchés après ses grossesses n'ont pas été suffisamment pris au sérieux. Parce qu'on est dans une société où une mère n'a pas le droit de montrer ses faiblesses, n'a pas le droit de flancher. Une société qui considère encore que chaque femme est faite pour être mère, que c'est inné, que c'est instinctif, et que ce rôle doit lui apporter bonheur et plénitude. Et ces histoires de mères tueuses, ah je pense qu'il y en a plusieurs, malheureusement, elles révèlent aussi un problème de société qui est assez grave, c'est celui du manque de connaissances, on en a déjà parlé dans Cactus Theory, et de reconnaissance du milieu médical et du grand public sur les sujets qui touchent à la santé mentale et à la maladie mentale, qui sont des sujets tabous. Sur le site d'ailleurs du ministère de la Santé français, on réalise qu'un Français sur quatre va souffrir au cours de sa vie d'au moins un trouble de santé mentale. C'est beaucoup !
- Speaker #1
en français ? Je l'enlève tous les jours.
- Speaker #0
C'est vrai. C'est bien parce que toi, t'en es conscient. Ils ne sont pas très bien soignés les tiens quand même.
- Speaker #1
J'y travaille.
- Speaker #0
Et plus généralement, donc, 41% des Français estiment avoir déjà été affectés par un problème de santé mentale au cours de leur vie. Les plus courants que tu connais étant la dépression, le burn-out ou les pensées suicidaires. C'est ceux-là qui ressortent le plus. Donc évidemment, quand on voit tous ces chiffres, on peut supposer que les médecins généralistes se retrouvent en première ligne pour gérer en première intention ce type de trouble. Tu vas avoir en premier ton médecin de famille. Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Et encore, c'est sous réserve que les patients osent en parler, qu'ils osent dire à leurs médecins généralistes, écoutez, là, ça ne va pas du tout, je ne me sens pas bien au boulot, je me sens mal, j'ai des idées, des pensées suicidaires, etc., des pensées noires. Et on peut penser aussi, H, que les médecins généralistes ne sont pas encore forcément bien formés pour réagir face à ce genre de patients. Ils sont beaucoup plus formés pour tout ce qui est allopathie, que la santé, les bobos, etc.
- Speaker #1
C'est leur job.
- Speaker #0
C'est leur job, oui, sauf que la santé mentale, c'est tout aussi important que la santé physique. On le sait maintenant, avec le recul. Et pour ce qui concerne les jeunes mères, on en parle très peu, c'est très tabou, comme tout ce qui concerne les problèmes de santé physique. Et mentaux qui sont liés à la féminité, la ménopause, la maternité, tout ce qui est règles, etc. C'est des sujets tabous.
- Speaker #1
Que nous les hommes ne subissons pas.
- Speaker #0
Exactement. Et vous avez bien de la chance d'ailleurs. Concernant les troubles de la maternité H, parlons-en. Tu vas comprendre pourquoi je vous parle de ça maintenant. On a souvent tendance à confondre plusieurs troubles. On a d'abord le baby blues, que tu connais sûrement, qui peut durer de quelques heures. après l'accouchement jusqu'à deux semaines maximum et qui est généralement causée par la chute d'hormones et l'épuisement.
- Speaker #1
Baby blues, j'ai connu des copines, baby blues il a duré six mois minimum.
- Speaker #0
Et bien c'est pas un baby blues, c'est bien que tu le dises, c'est une dépression du postpartum, c'est autre chose justement. Donc la dépression du postpartum c'est une maladie, c'est considéré comme une maladie, c'est une dépression donc c'est une maladie et ses conséquences peuvent être beaucoup plus graves. Elle concerne généralement les femmes, mais ça peut aussi dans... Des rares cas, ça peut aussi concerner les pères qui peuvent faire une dépression du postpartum. Donc, comme tu disais, la dépression du postpartum, elle peut durer de plusieurs semaines à plus d'un an après l'accouchement, dans les cas où elle n'est pas traitée, parce qu'elle se traite comme une dépression. Ok,
- Speaker #1
je ne savais pas.
- Speaker #0
Au niveau des signes, on a les signes cliniques d'une dépression classique, avec en plus une difficulté souvent à créer du lien avec son bébé, se réjouir de son arrivée, donc avec de la culpabilité, que ce soit pour les femmes ou pour les hommes. de se dire qu'on n'aime pas son enfant et qu'on n'est pas heureux. C'est plus compliqué que ça. Moi, je te parle d'une dépression où il y a vraiment... C'est très compliqué de créer du lien avec ton enfant. Il y a des blocages, t'es pas bien, t'as pas envie, tu sors pas du lit. Tu peux avoir aussi des pensées suicidaires. Enfin voilà, c'est autre chose. Et donc, la dépression postpartum, selon Santé publique France, elle concerne 17% des femmes.
- Speaker #1
C'est pas mal. C'est pas mal.
- Speaker #0
Tu vois, ce que je te disais tout à l'heure, c'est qu'on n'en parle pas beaucoup. C'est un peu tabou.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Tout ce qui est lié à la parentalité, c'est un peu tabou. Mais ce n'est pas tout, puisque tu verras, Ash, qu'on va parler ensuite d'un autre trouble mental qui touche certaines mères plus loin dans cet épisode et qui est encore beaucoup plus grave. Maintenant que tu as appris toutes ces informations intéressantes, Ash, et que vous savez tout ça, on peut démarrer l'épisode avec l'histoire d'Andrea Yates, qui m'a été suggérée par notre chère Elodie, qui est une de nos auditrices préférées.
- Speaker #1
Mais oui, Elodie, salut !
- Speaker #0
Et avec qui d'ailleurs je partage beaucoup de sensibilité sur plein de sujets et elle m'envoie beaucoup de contenu très intéressant. Merci Elodie,
- Speaker #1
on t'embrasse ! Ça veut dire quoi ? Plein de messages entre vous ?
- Speaker #0
Ouais, qu'on a pas mal de choses en commun, comme je pense pas mal de nos auditeurs auditrices. Donc si vous avez suivi l'actualité des dernières semaines, vous savez que deux histoires très similaires à celles d'Andrea Yates ont été médiatisées aux Etats-Unis. Tu as peut-être vu... passer le procès H de Lindsay Clancy et de Dimon Fleming, deux procès, deux histoires différentes, qui, toutes les deux, ont aussi tué leurs propres enfants. Ça ne dit rien ? Non, non,
- Speaker #1
non, je n'ai pas vu passer ça, mais bon.
- Speaker #0
Et la question pendant ces deux procès, c'était de déterminer si, oui ou non, elles étaient considérées comme pénalement responsables de ces infanticides. Pour cette histoire H, je t'amène à Clear Lake, au Texas. Clear Lake, c'est un quartier résidentiel qui est situé au sud-est de la banlieue de Houston. On est quand même dans la banlieue de Houston.
- Speaker #1
Je vais me répéter une fois de plus pour les cactus qui nous connaissent, mais c'est exactement l'endroit où j'ai acheté mon van.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Mon vieux van américain.
- Speaker #0
À chaque fois qu'on parle de Houston...
- Speaker #1
Dans la banlieue de Texas, oui, Houston, c'est... Voilà.
- Speaker #0
On fait un petit clin d'œil à ton van, si ça te fait plaisir.
- Speaker #1
Bisous le van.
- Speaker #0
Clear Lake, donc, est surtout connu pour le Space Center de la NASA. où sont données des conférences et où sont organisées des expositions sur les dernières découvertes astronomiques. D'ailleurs, en 2001... C'est là, à la NASA, que travaille Rusty Yates, ingénieur informatique. Il vit à Clear Lake avec sa femme Andrea Yates. Andrea, donc au moment des faits en 2001, elle a 37 ans. Elle est mère au foyer et elle élève ses 5 enfants. On a la petite Mary qui a 6 mois. Et ses grands frères Luc, 2 ans. Paul, 3 ans. Don, 5 ans. Et Noah, 7 ans.
- Speaker #1
Ça fait du monde à la maison.
- Speaker #0
avec quand même une Une différence d'âge très faible, tu remarqueras.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai.
- Speaker #0
Mais Andrea, ce que tu ne sais pas, H, c'est qu'elle n'a pas toujours rêvé de fonder une famille. Elle est née en 1964 au Texas, au sein d'une grande famille, apparemment sans histoire. Elle a passé une adolescence très saine. Elle était capitaine du club de natation de son lycée. Elle était entourée de plein d'amis. Elle était brillante en classe. Elle avait des très bonnes notes. C'est quelqu'un qui avait beaucoup d'empathie et qui prenait beaucoup soin des gens autour d'elle. Et c'est pour cette raison qu'elle s'est orientée vers une... Une carrière d'infirmière, elle a fait une école et évidemment, sans surprise, elle a réussi à obtenir son diplôme sans difficulté. Par contre, Andrea, même après ses études, elle n'a aucun intérêt pour tout ce qui est flirt et relations amoureuses. Ça ne l'intéresse pas du tout. Jusqu'à ce qu'elle rencontre Rusty, qu'elle a rencontré dans le bloc d'appartement où elle habitait. À ce moment-là, d'ailleurs, elle venait juste d'obtenir son diplôme d'infirmière, donc elle était déjà active professionnellement. Elle débutait sa carrière d'infirmière Elle avait 25 ans Et c'est là qu'elle a croisé la route de Rusty A la piscine commune De son bloc d'appartement Au Texas il y a des piscines Dans les blocs d'appartement J'ai touché le fond de la piscine Et bon ils vont se mettre très vite en couple Et les choses vont s'accélérer pour eux deux Ils vont se marier en 93 Soit 3 ans après leur rencontre Et s'installer officiellement à Houston Dans ce qu'il confiera Plus tard, évidemment, à l'autrice qui s'appelle Susie Spencer, qui a écrit un livre sur cette histoire qui s'appelle Breaking Point. Breaking Point. Rusty va faire référence à des problèmes de couple qui ont surgi très vite après leur rencontre. Selon lui, il dira qu'Andrea, elle détestait le sexe et les rapprochements physiques. Ce n'était pas du tout son truc. Mais ce qui va se passer, ce que je ne t'ai pas dit encore, c'est qu'elle était très croyante. Et Rusty était très croyant aussi, donc elle se soumettait tout simplement à l'autorité de son mari. C'est moche. Tu vas comprendre pourquoi. Ouais, ouais, c'est très moche. Donc le couple, forcément, qui est dans ses croyances, va rapidement... Il n'y aura évidemment pas de contraception, donc ils vont rapidement donner naissance à leur premier enfant, qui s'appelle Noah. Tu verras que tous les enfants, tu l'as compris déjà, ont des noms bibliques.
- Speaker #1
Et donc les rapports charnels étaient uniquement pour la procréation.
- Speaker #0
C'est ça, ouais. Ouais, ouais.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça. Ouais, c'est ça. C'était pour la... Ouais, c'est ça. Pour la reproduction. T'as tout compris. Rusty et Andrea, et là ça va te plaire, Hache, ils étaient en particulier très fans des enseignements apocalyptiques du révérend évangéliste Michael Woronik... Niki ? C'est très dur à prononcer comme d'habitude. Et ce monsieur, eh bien... Il a été officiellement reconnu comme un gourou. Selon ceux, je vais l'appeler Michael, parce que son nom de famille est trop compliqué à dire.
- Speaker #1
Donc tu m'as dit que c'était un véritable gourou, Michael ?
- Speaker #0
C'est un gourou, oui. Comme je te dis, apocalyptique, voilà, c'est des histoires sympathiques.
- Speaker #1
Déviance de la Bible.
- Speaker #0
Exactement. Et ce gourou, il mettait une pression énorme sur les femmes, tu comprendras plus tard. Il va dire que les femmes, elles ont d'abord tenté Adam, est zompée. péché, et selon lui, elle devrait se ranger pour devenir de bonnes mères, de bonnes épouses, mais aussi de bonnes croyantes, de bonnes voisines, de bonnes amies. Elle devrait finalement, selon lui, entièrement se dévouer aux autres.
- Speaker #1
Bon, il faudrait que je me taise maintenant. Mais qui de nos jours peut encore parler comme ça ?
- Speaker #0
Plein de gens ! C'est ça que tu ne sais pas, Hache. Plein de gens parlent encore comme ça.
- Speaker #1
Mais qui peut se faire endoctriner comme ça ? Il faut vraiment être dans le... Il faut vraiment être dans le danger, dans le... Dans la dépression, dans la faiblesse,
- Speaker #0
dans la fragilité. Méfie-toi de ça, parce qu'on l'a déjà vu dans Cactus Theory, ce n'est pas forcément des gens très très fragiles qui se font endoctriner. Tu peux être quelqu'un de fort et avoir un gros passage à vide dans ta vie, rencontrer la mauvaise personne, et ça peut très vite devenir...
- Speaker #1
Et ça s'enchaîne.
- Speaker #0
On le sait. Donc voilà, voilà son opinion sur la femme à ce monsieur, c'est quand même particulier. On va faire une petite parenthèse, comme je te disais, c'est un révérend qui était itinérant. Et Rusty, en fait c'est Rusty qui a rencontré ce révérend pour la première fois, parce que ce monsieur, il donnait des conférences dans les facs. Je trouve ça horrible. C'est exactement comme Evansgate, tu sais, ils vont dans les facs pour essayer de convaincre des jeunes.
- Speaker #1
Mais comment tu peux rentrer ?
- Speaker #0
Comment ça peut être légal ?
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
C'est ça qui me... Ouais.
- Speaker #1
Tu vois, dans n'importe quel lycée, fac ou collège de France ou de Navarre, normalement, tu rentres pas comme ça.
- Speaker #0
Je pense que peut-être en France, nous, c'est plus cadré par rapport à ça. Mais peut-être qu'aux Etats-Unis, tu sais, tu peux peut-être pratiquer... Faire du prosélytisme plus facilement, non ? Je ne sais pas. Je n'ai pas cette connaissance par rapport à ça. Mais ce n'est pas la première fois qu'on entend du sport comme ça. On va arrêter de parler en même temps, ce sera mieux. Donc, c'est Rusty qui a rencontré le révérend en premier. Quand il était à la fac, il a beaucoup accroché avec ce monsieur. Et malheureusement, il a fait la grosse erreur de présenter ce monsieur à sa femme, Andrea. Tu comprendras pourquoi ensuite. En parallèle donc, Andrea, elle donne naissance à ses premiers garçons, à deux ans d'intervalle. Et elle va décider d'arrêter son métier d'infirmière pour devenir mère au foyer. On ne sait pas exactement si c'est elle qui a pris la décision, ou si c'est Rusty qui l'a incité à pousser, manipuler, ça on ne le sait pas. En tout cas, elle a quitté son job, elle est devenue mère au foyer. Après ses deux premières grossesses, elle va commencer à se sentir différente. Elle va avoir des pensées envahissantes, violentes, qui vont la traverser. Ces pensées, pendant ces pensées, elle se voit en train de poignarder ses enfants, et elle se voit être le diable.
- Speaker #1
Moi aussi, j'ai eu deux enfants. Mais des fois, ils te mettent à bout. T'as beau être un couple solide, ils t'amènent au fond du fond du trou.
- Speaker #0
Oui, c'est une sacrée épreuve. La parentalité, c'est une sacrée épreuve pour le mental, pour la patience. Je pense clairement que par moments, t'as envie comme d'autres. comme on dit, de les jeter par la fenêtre. Mais tu ne le fais pas.
- Speaker #1
C'est magique. C'est magique et c'est beau.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Mais quand c'est moche...
- Speaker #0
Oui, c'est moche.
- Speaker #1
C'est moche.
- Speaker #0
Ça, c'est bien de parler de ça, d'en être conscient. Mais là, tu parles, comme tout à l'heure, tu parles de... Je pense que beaucoup de parents vivent ça, cette espèce de saturation qui fait qu'à un moment... Moi, encore une fois, je parle sans savoir. Je n'ai pas d'enfant. De cette saturation qui fait que par moment, tu as envie que ça s'arrête. Mais là, c'est autre chose dont je te parle.
- Speaker #1
Mais on n'arrive pas jusqu'à l'infanticide.
- Speaker #0
Jamais. Parce que tu n'as pas de maladie mentale qui s'est déclenchée suite à la naissance de ton enfant. On est d'accord.
- Speaker #1
Pour le moment.
- Speaker #0
Pour le moment. C'est ça. Donc le fait d'avoir ces images soudaines de violence vis-à-vis de ces enfants, eh bien, H, on appelle ça des phobies d'impulsion. Je vais t'apprendre plein de choses aujourd'hui.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Elles sont assez fréquentes après l'accouchement, figure-toi. Elles sont provoquées par, comme tu disais, un cocktail exclusif, mélan, la fatigue, tu as aussi pour les femmes la chute hormonale, et comme tu disais, tu as aussi le stress brutal provoqué par ce changement de vie radical qui est l'arrivée d'un enfant dans ta vie.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et tout ce que ça implique. Donc, il peut y avoir ces pensées intrusives que beaucoup de, surtout des femmes rencontrent, mais je suppose qu'il peut y avoir aussi des hommes, même si les hormones, ce n'est pas pareil. Mais normalement, ça s'arrête là, d'accord ? Andrea, elle est la première surprise par ses pensées, et elle se sent évidemment coupable d'imaginer s'imaginer en train de tuer ses enfants. Elle va en parler à personne au début, parce qu'elle se dit qu'une bonne mère ça doit pas avoir ce genre de pensée, que ça va passer, et que c'est la fatigue, et que voilà. Voilà ce qu'elle se dit au début. En 96, Rusty, donc son mari, va décrocher une nouvelle mission de la NASA en Floride cette fois-ci. C'est une mission assez courte, de plusieurs mois. Et il va décider d'acheter une caravane pour qu'Andréa et sa famille puissent le suivre. Andréa et les enfants puissent le suivre.
- Speaker #1
Oui, logique.
- Speaker #0
Donc Andréa, elle se retrouve avec deux enfants qui ont deux ans d'écart, deux garçons, enfin voilà. Très compliqué dans une caravane. Elle est déracinée. Sachant qu'elle a déjà, comme tu l'as compris, une certaine fragilité.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Donc une caravane spartiate, c'est pas top pour sa situation. En 97, un an après... La famille Yates va retourner moins d'un an après. La mission a duré moins d'un an. Vivre à Houston. Mais là, Rusty, il ne veut pas retourner en maison. Il ne veut pas. Tu vas comprendre après pourquoi. Alors, il décide de troquer la caravane familiale contre un grand bus de la compagnie américaine Greyhound.
- Speaker #1
Les Greyhound, oui.
- Speaker #0
Qui a été reconverti en maison.
- Speaker #1
C'est sympa, pourquoi pas ?
- Speaker #0
Sympa, quand tu as des enfants en bas âge.
- Speaker #1
Attends, ça c'est déjà fait, les bus Greyhound, j'en ai pris trois fois au moins aux Etats-Unis, c'est une compagnie qui existe encore mais les vieux bus ils sont collecteurs, ils sont magnifiques et tu peux les aménager comme des baraques roulantes.
- Speaker #0
Oui, mais est-ce que... C'est génial pour un projet de nomadie.
- Speaker #1
Si tout le monde est d'accord.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça. Mais est-ce que c'est l'idéal, tu crois, pour élever des petits ?
- Speaker #1
J'ai déjà vu les reportages où t'as des parents qui partent avec 2, 3, 4, 5 ans. Oui,
- Speaker #0
mais comme tu dis, c'est un projet commun. Là, c'est pas le cas.
- Speaker #1
Là, c'est pas le cas. Ce bus,
- Speaker #0
il l'a acheté à son super ami, le gourou Michael Waroniki.
- Speaker #1
Ah ben, fallait commencer par là.
- Speaker #0
Voilà. Et c'est ce bus même que le révérend... utilisés pour se déplacer, prêcher à travers le pays. Il se déplaçait dans son petit bus Greyhound. Petite anecdote, Ash, au sujet de ce gourou, ce révérend. Sa femme Rachel et leurs six enfants se déplaçaient en fait beaucoup. Mais ce n'était pas dans un objectif New Age, hippie, on va prêcher dans tous les Etats-Unis, ça va être génial, on va vivre la liberté et l'aventure. C'était tout simplement parce que ces prêches à Michael, ils étaient tellement dangereux que... il ne se passait pas longtemps avant que les autorités locales les chassent et leur collent des procès aux fesses.
- Speaker #1
Donc, échanger d'état. C'est un mot de maison roulante parce que tu dis tellement de conneries quand tu prêches, qu'à chaque fois il faut que tu les déplaces, sinon tu finis en taule.
- Speaker #0
Mais bien sûr, tu as tout compris. Donc après, ils vont vendre, je ne sais pas où ils vont se poser, peu importe.
- Speaker #1
Toujours est-il que la famille rachète le bus.
- Speaker #0
Enfin, Rusty rachète le bus, parce qu'Andréa ce n'est pas du tout son projet. En plus, lorsqu'ils aménagent dans ce bus, Andrea, elle vient juste d'accoucher de son troisième enfant, Paul. Ça commence à faire du monde. Et attends, parce que c'est pas fini, à peine un an plus tard, c'est le quatrième garçon de la famille qui vient au monde. Luc. Luc. Luc. Luc.
- Speaker #1
Skywalker.
- Speaker #0
Et son frère Paul, à ce moment-là, il a un an seulement. Imagine, l'écart d'âge est quand même très réduit.
- Speaker #1
Oui, oui, vraiment.
- Speaker #0
Tu peux te demander peut-être à ce stade pourquoi ils ont choisi de vivre dans un bus, d'où ça sort, caravane, bus, pourquoi ? C'est parce que le révérend Wuroniki, il estime que... Et c'est ça sa philosophie.
- Speaker #1
Laisse-moi deviner, l'autre il va reprendre sa tournée des prêches, machin et tout ? Non,
- Speaker #0
ça aurait pu, genre tu vas me remplacer, c'est toi qui va prendre la relève, c'est pas ça. Ce révérend, il considère qu'il y a très peu d'individus sur Terre qui méritent d'aller au paradis, selon lui la plupart iront en enfer. et pour lui les seuls qui peuvent peut-être parviendront aux portes du paradis, sont ceux qui abandonnent toute forme de confort matériel. Donc pour ne pas aller en enfer, il faut réussir à vivre avec le strict minimum, sans aucune attache. Qui est très hypocrite de sa part, parce qu'il gagne de l'argent, et il vient de revendre son bus. Pour s'acheter une grosse baraque.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
C'est ça qui est drôle avec les gourous. Ils font l'inverse de ce qu'ils prônent.
- Speaker #1
C'est ça qui est fun. Non, je plaisante.
- Speaker #0
Donc pendant que Rusty est au travail... à gagner sa vie pour la famille. Andrea, elle se retrouve donc à élever quatre garçons, dont un nouveau-né. Un bébé, donc un nouveau-né plus un bébé de un an, un petit de trois ans et un autre de quatre ans. D'après ce que j'ai compris, le bus en plus, pour une aussi grande famille, il était trop petit. Malgré le fait que tu dis que c'est un grand bus, ça reste quand même qu'au niveau des mètres carrés exploitables, c'est pas beaucoup,
- Speaker #1
c'est petit. Le grès, c'est un bus qui fait la route de grande route. C'est un quart en fait, c'est pas un bus, c'est un quart. Bien aménagé, voilà, tu peux vivre à 5. Voilà, c'est ça. Là-dedans...
- Speaker #0
Petit, ça me parait compliqué.
- Speaker #1
Ça prend de la place.
- Speaker #0
Ouais, ça fait un grand studio je pense. Ils sont dans un objectif minimaliste-apocalyptique, c'est comme ça que j'appelle les choses.
- Speaker #1
Minimaliste ?
- Speaker #0
Apocalyptique, c'est vraiment ça quoi, tu vois.
- Speaker #1
J'adore quand t'es positive.
- Speaker #0
Excuse-moi mais c'est le message qu'on véhicule quand même, que le révérend leur transmet. Et il faut savoir que dans cet objectif, Rusty et Andrea, ils faisaient dormir leurs enfants dans la soute à bagages du bus qui avait été reconverti en dortoir.
- Speaker #1
Oui, alors ça, c'est pas possible.
- Speaker #0
Ça, ça va pas. Ça ne va pas du tout. En plus de ça, ils vivent dans un genre de parc à caravane, pas comme un camping.
- Speaker #1
Alors ça n'existe pas vraiment en France ni en Europe. Mais aux Etats-Unis, ça existe vraiment, véritablement.
- Speaker #0
Totalement.
- Speaker #1
Tu peux rester toute l'année. Tu payes un petit loyer, t'as l'eau, t'as l'électricité, machin, tout. Ouais, c'est des grands parcs.
- Speaker #0
Et ça existe aussi à nos amis, pour nos amis québécois, ça existe aussi au Canada. Oui,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Mais nous, on n'a pas ça en France, en effet. Nous, on a les camping-cars. Nous,
- Speaker #1
on a les aires pour les camping-cars et puis voilà.
- Speaker #0
Mais tu ne peux pas passer l'année là.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Donc, ils habitent là-dedans. Donc, ça veut dire qu'ils ont quand même un accès à l'eau qui n'est quand même pas top pour une famille avec plein de petits. Ce n'est pas confortable.
- Speaker #1
Disons qu'on a un robinet pour cinq, c'est compliqué.
- Speaker #0
C'est ça. En plus, ils sont dans une démarche vraiment minimaliste. Donc, il n'y a pas de couche, il faut tout laver, etc. Et c'est elle qui s'occupe de tout.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Tu vois un peu le quotidien.
- Speaker #1
Moi, je trouve que c'est un... J'allais dire vie de merde, mais bon, j'ai pas le droit.
- Speaker #0
En tout cas, c'est la vie qu'ils ont choisie. A priori. À ce stade, Andrea, elle est, elle, devenue encore plus fidèle au révérend Michael que Rusty. Elle adhère encore plus. Elle échange même avec lui et avec sa femme des lettres régulièrement. Elle se donne des nouvelles. La santé mentale d'Andrea, elle s'est beaucoup détériorée depuis les quatre dernières années. Mais c'est vraiment à partir de son 36e anniversaire et de son 4e enfant, de sa 4e grossesse, que les choses vont prendre des proportions dramatiques. En plus de ses pensées intrusives dont je t'ai parlé, de sa vie spartiate et de ses responsabilités, elle est aussi en parallèle aidante pour son père, dont elle est très proche, qui souffre de la maladie d'Alzheimer.
- Speaker #1
Mais elle devait être débordée cette femme-là.
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Débordée. Comment veux-tu ne pas déprimer ? et être fatigué et donc au bout du rouleau quand tu es débordé comme ça ?
- Speaker #0
En fait, c'est ça. C'est que tu atteins une telle fragilité que ça laisse la place aux troubles psychiatriques et en fait, ils prennent le dessus. C'est comme ça que ça se développe. C'est que tu atteins un tel niveau que ça part en live.
- Speaker #1
Mais t'es saturé.
- Speaker #0
T'es saturé complètement. Elle s'occupe de son père. Elle est très isolée. Elle n'a pas d'amis. Elle est enfermée à la maison toute la journée à s'occuper de ses enfants et nettoyer les couches. Au camping. Et en parallèle, Rusty, son mari, il semble totalement être dans le déni au sujet de la santé mentale de sa femme.
- Speaker #1
Parce que lui, le matin...
- Speaker #0
Il part bosser.
- Speaker #1
Voilà, il rentre le soir, je ramène le poignon, toi t'occupes de la maison, enfin de la caravane.
- Speaker #0
Du bus !
- Speaker #1
Enfin du bus, oui, il parle du bus, ouais.
- Speaker #0
Après, moi je suis pas là pour critiquer cet homme qui a perdu, c'est horrible, qui a perdu tous ses enfants. Lui, qu'est-ce qu'il se dit ? Il se dit que c'est le rôle de sa femme, Andrea, de se sacrifier pour les enfants. Pendant que lui travaille pour nourrir la famille.
- Speaker #1
Et lui va se sacrifier pour nourrir la famille.
- Speaker #0
Exactement. Il se dit qu'Andréa, elle ira mieux quand les enfants seront plus grands, que ça va passer. Il voit qu'elle ne va pas bien, mais il se dit que ça va passer. C'est normal.
- Speaker #1
Ça m'est arrivé aussi. Ils regardent leur femme s'effondrer et se disent juste, c'est passager.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors que non.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Je te dis parce qu'il y a un côté, comme si c'était naturel, que la femme... Elle remonte la pente, elle est forte. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Tu vois ? C'est vrai, hein ? Mais il y a un moment donné où, quand t'as besoin d'aide, t'as besoin d'aide. Que tu sois un homme, une femme, une mère. Pas une mère, un père, pas un père. Andrea, elle est si seule que ses seules interactions extérieures sont les lettres qu'elle reçoit et qu'elle échange avec le révérend et sa femme. Très mauvaise idée. Eux, eux deux, là, donc tous les deux, là, ils ont les mêmes discours. Ils entretiennent des discours qui sont très culpabilisants. Ils lui disent très clairement... Et attention, t'es pas prêt. T'es pas prêt pour ce que je vais dire. Ils lui disent que la femme, c'est le diable. Même la femme du révérend, elle dit ça au-dessus de la femme. Comme je le disais, c'est une sorcière, c'est la fille d'Ève, la tentatrice, etc. Selon eux, les femmes, elles doivent être à la maison à éduquer leurs enfants, comme je le disais tout à l'heure, mais ils vont aussi dire que c'est pas assez. Puisque selon eux, la plupart des femmes modernes qui sont à la maison et qui éduquent leurs enfants qui sont femmes, vous voyez, Elles ne savent pas le faire. Elles sont trop paresseuses. Elles ne se donnent pas assez pour leurs enfants. Elles se plaignent trop. Et à cause de ça, je finis là-dessus, à cause de ça, leurs enfants, c'est ça qu'elle entend, Andrea, risquent d'aller en enfer aussi.
- Speaker #1
Jamais, dans aucune religion ancienne, peu importe la religion, jamais on a traité la femme comme ça.
- Speaker #0
Évidemment.
- Speaker #1
Ça peut être... Excusez-moi, je vais faire un gros mot. Un putain de gourou qui fait son...
- Speaker #0
Sa propre interprétation et qui part en dérive.
- Speaker #1
Et qui a endoctriné sa propre femme. C'est moche !
- Speaker #0
Voilà. Donc il faut imaginer qu'Andréa, qui est déjà très fragilisée par sa dépression du postpartum, avec 4 enfants, qui a des pensées culpabilisantes.
- Speaker #1
Je peux poser une question ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Est-ce que les enfants ont déscolarisé ?
- Speaker #0
Non, c'est elle qui les scolarisait à la maison.
- Speaker #1
Elle était totalement enfermée dans son bus avec les enfants.
- Speaker #0
En 2000. Alors que Rusty est au travail, il reçoit un coup de fil de sa femme, Andrea. Elle lui dit qu'elle a besoin d'aide et qu'il doit rentrer immédiatement à la maison. Dès son arrivée, il trouve Andrea sur le canapé du bus, en train littéralement de manger ses doigts. Elle grignote ses doigts, d'accord ?
- Speaker #1
Normalement, tu ronges les peaux, des fois ça va vous gêner. Non,
- Speaker #0
c'est les doigts. Les doigts. Elle tremble de tout son corps et elle lui dit qu'elle a vraiment besoin d'aide. Elle ne lui dit pas à ce stade qu'elle a des pensées envahissantes, qu'elle se voit tuer leurs enfants, mais elle lui dit que ça ne va pas du tout, du tout. Elle a ce courage-là de lui dire là, je ne vais pas bien, aide-moi. Donc Rusty, écoute, Rusty quoi, il ne sait pas trop quoi faire. Au début, au lieu de l'amener tout de suite consulter un médecin ou un psychiatre, Il se dit, je vais l'amener avec les enfants faire une balade sur la plage. Ça ira mieux après. Sauf qu'après cette balade, il voit que ça ne va pas mieux du tout. Donc la seule chose qui lui vient à l'esprit, c'est qu'il va conduire sa femme Andrea chez ses parents à elle. Sauf que dans la nuit qui va suivre Andrea, elle va avaler une boîte entière de somnifères. Elle va faire une tentative de suicide.
- Speaker #1
Elle est au bout du rouleau.
- Speaker #0
Au bout du rouleau. Heureusement, ses parents, Andrea, vont s'apercevoir que ça ne va pas, ils vont l'amener tout de suite à l'hôpital. Elle va s'en sortir, lavage d'estomac, etc. Mais par contre, bien sûr, elle va être immédiatement hospitalisée dans un service psychiatrique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça y est. De là, on va la diagnostiquer d'une dépression sévère. C'est tout.
- Speaker #1
J'imagine.
- Speaker #0
Donc, elle a une dépression sévère, donc on va lui prescrire des antidépresseurs, on va la garder une semaine en observation, et hop ! Dehors, retour à la maison. Sauf qu'avec les antidépresseurs, Andrea, elle ne va toujours pas mieux. Mais ce qui est plutôt positif, c'est qu'elle est suivie par un psychiatre qu'elle voit plusieurs fois par mois. Et ce psychiatre, il va un petit peu analyser la situation. Et il va lui dire, non madame, vous n'avez pas besoin d'antidépresseurs. Vous avez besoin d'antipsychotiques. Lui, il va faire la distinction entre la dépression et la psychose. Pas du tout les mêmes conséquences.
- Speaker #1
Ni les mêmes remèdes.
- Speaker #0
Exactement. Les conséquences de la psychose, elles peuvent être encore plus graves, puisqu'il y a une vraie altération de la réalité dans l'esprit du malade. On en a déjà parlé dans Cactus Théorique.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Malheureusement, Andrea, elle va raconter tout ça à son seul confident, qui est le révérend, le gourou, et à sa femme. Et ces derniers vont lui dire, arrête tout, ne prends pas les médicaments, parce que selon eux, on ne doit jamais faire confiance aux médecins, ça c'est classique dans les sectes.
- Speaker #1
Charlatans.
- Speaker #0
Et elle va les écouter, donc elle va arrêter ses antipsychotiques. Mais bizarrement, elle va se sentir mieux, en tout cas, les premiers jours. Mais ça va recommencer. Sauf que là, en plus de ses pensées intrusives, la pauvre Andrea, elle va s'auto-mutiler. Elle va se gratter jusqu'au sang et s'arracher les cheveux.
- Speaker #1
Ces gens-là, au lieu de faire du mal aux autres, ils vont commencer par se faire du mal à eux. Fort. Après, très fort. Et ça fait tellement mal qu'au bout d'un moment, ils vont arrêter, ils vont faire du mal aux autres.
- Speaker #0
Donc elle se fait mal, elle s'arrache les cheveux, un à un, elle se gratte jusqu'au sang. Donc là, je te dis Rusty, son mari doit quand même être témoin de tout ça. Oui,
- Speaker #1
mais il ne se sent pas coupable.
- Speaker #0
Non mais il n'est pas coupable.
- Speaker #1
Tu te grattes au sang ? Appelle le gourou, il a la solution. Ou demande une pommade à sa femme, elle va t'aider.
- Speaker #0
C'est un cercle vicieux. Sauf que les pensées intrusives d'Andréa vont commencer à se transformer en hallucinations. Elle va entendre des voix qui, toute la journée H, du matin au soir, vont lui répéter « Prends un couteau, prends un couteau, prends un couteau » . Un jour, alors que Rusty est à la maison, elle finit par passer à l'action. Elle va à la cuisine, elle prend un couteau, mais là en fait, elle a une espèce de micro-prise de conscience. Elle panique à l'idée de faire du mal à ses enfants, donc avec le couteau, elle va s'enfermer dans la salle de bain.
- Speaker #1
Elle va se faire du mal.
- Speaker #0
Pour ne pas faire du mal à ses enfants. Elle retourne le couteau contre elle, elle va se planter le couteau dans le cou.
- Speaker #1
Dans le cou ? Elle a touché une...
- Speaker #0
Non, non, elle n'a pas touché d'article. Rusty va la trouver et il la conduit immédiatement à l'hôpital. De la nouvelle hospitalisation, en service psychiatrique, on la met sous anti-psychoptique, à nouveau. Et là, elle va réussir à se confier au psychiatre du service.
- Speaker #1
Elle est restée combien de temps ? Deux semaines, trois semaines ?
- Speaker #0
Oui, à chaque fois, c'est très court. Là par contre, elle réussit à se confier au psychiatre et lui dit qu'elle a des hallucinations qui l'incident à tuer ses propres enfants. Et là, le psychiatre va poser le bon diagnostic, enfin, après plusieurs hospitalisations. Andrea, elle souffre d'une psychose du postpartum. Ça existe.
- Speaker #1
D'après l'accouchement ?
- Speaker #0
Ouais, tu vas voir. C'est une maladie mentale déclarée après une grossesse qui touche environ une femme sur mille. Donc c'est beaucoup moins heureusement que la dépression du postpartum. Mais c'est quand même beaucoup.
- Speaker #1
Oui, mais vu les millions qu'on a sur Terre, une sur mille, c'est beaucoup.
- Speaker #0
Et il faut imaginer que dans le cas d'Andrea, ça a été évidemment décuplé par le nombre de grossesses importants qu'elle a vécues en peu de temps. Parce qu'elle a eu beaucoup d'enfants.
- Speaker #1
5 enfants.
- Speaker #0
Pour l'instant, elle en a 4 à ce moment-là.
- Speaker #1
Ouais, oh la vache.
- Speaker #0
La psychose du postpartum H, elle provoque des hallucinations puissantes qui peuvent mettre en danger la mère et son entourage proche. Elle, elle entendait des voix qui lui disaient de prendre un couteau. C'est ça que ça provoque. C'est la grossesse qui déclenche la maladie mentale. Mais c'est comme la dépression du postpartum, mais en version plus poédique.
- Speaker #1
Ok, je ne savais pas.
- Speaker #0
Alors c'est une maladie qui nécessite une hospitalisation rapide et sérieuse et qui peut être guérie grâce à un traitement bien dosé d'antipsychotiques. Mais dans les cas les plus sévères, comme c'est le cas pour Andrea, On conseille aux femmes de faire une électro... Un électro... C'est un mot très dur à dire. Électroconvulsivothérapie. Une électroconvulsivothérapie.
- Speaker #1
Ok, ça c'est quoi ?
- Speaker #0
C'est une technique de stimulation cérébrale qui, soi-disant, aiderait à supprimer les pensées suicidaires et noires.
- Speaker #1
On te branche des électrodes sur le côté du cerveau, sur les temples ou en haut, et on te file des pulsions électriques.
- Speaker #0
C'est ça. Et le psychiatre qui suivait Andrea à l'époque lui a conseillé de faire appel à ce traitement, compte tenu de la sévérité de sa psychose. Ça donne quand même des très bons résultats, et ils disent même que c'est plus efficace que les antipsychotiques dans certains cas. Attention, on ne s'est pas... On n'imagine pas l'image à l'ancienne.
- Speaker #1
Oui, je sais bien, je sais bien.
- Speaker #0
Voilà. C'est bien cadré, c'est bien réalisé. Sauf que le problème, malgré ce conseil, c'est qu'elle et Rusty, ils vont refuser. Ils vont trouver ça un peu trop extrême, comme... Comme toi, tu réagis.
- Speaker #1
Parce que le gourou a dû le refuser aussi ?
- Speaker #0
Non, non. Là, à ce stade, ils en sont à un stade où je pense que le gourou, ils ont mis de côté ce qu'il disait, tellement c'est grave. Et au bout de trois semaines d'hospitalisation, Andrea, elle va rentrer à la maison avec un traitement antipsychotique plutôt... Médicamenteux. Ouais, mais plutôt efficace. En parallèle, Rusty, il va décider d'acheter une maison. Alors, c'est à la demande de la mère d'Andrea qui est... très inquiète pour elle et qui va dire à Rusty écoute, ta femme elle est dans un bus avec 4 enfants, il faut arrêter, elle est fragile il y en a marre donc Rusty il achète une maison pour toute la famille à Houston, comme je te disais à Clear donc tout ça se passe en quelques semaines ou quelques mois pour aider Andréa à se stabiliser et ça va plus ou moins marcher pendant plusieurs mois, donc Andréa s'est enfin stabilisée Elle a retrouvé une vie normale, elle a joué avec ses enfants, et je réalise, ah mon dieu, que je ne t'ai montré aucune photo depuis le début. Alors que nos auditeurs et auditrices ont les photos depuis tout à l'heure.
- Speaker #1
Tu les montreras à la fin.
- Speaker #0
Si tu veux, ouais, on va faire dans cet ordre-là, on va changer un petit peu. Donc elle joue avec ses enfants, elle se sent enfin épanouie, heureuse, en tant que mère, épouse, etc. Tout simplement parce que ses hallucinations et ses pensées intrusives se sentent tues. Donc le traitement fonctionne.
- Speaker #1
Et puis, comme tu m'as dit, maintenant, ils ont acheté une maison.
- Speaker #0
Voilà, donc elle n'a plus d'espace, elle se sent moins oppressée dans son bus. Ça va mieux pour Andrea. Malheureusement, la mauvaise décision est apparue. Alors même que le psychiatre d'Andrea leur avait, au couple, lourdement déconseillé de faire un autre enfant, Rusty et Andrea décident d'accueillir un nouvel enfant dans leur famille.
- Speaker #1
Le cinquième.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Le oula. je sais plus.
- Speaker #0
Là, je te rappelle qu'ils sont très croyants et qu'ils sont persuadés que leur mission sur Terre c'est d'avoir le plus d'enfants possible et que c'est Dieu qui l'a décidé pour eux donc pour eux c'est important dans une interview et là tiens-toi bien, Rusty il dira ensuite pour se justifier de ce choix, il dira la phrase suivante que je traduis, c'est comme si on te disait tu peux avoir cette magnifique Mercedes mais elle sera compliquée à conduire les deux premières semaines et après ça ira mieux
- Speaker #1
Un enfant, c'est pas une bagnole.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Mais putain, franchement, comment un mec peut dire ça à quelqu'un ?
- Speaker #0
Premièrement, un bébé, c'est pas une voiture.
- Speaker #1
Mais évidemment.
- Speaker #0
Deuxièmement, la psychose du postpartum, ça dure pas 15 jours comme ça, ça se règle pas comme ça. C'est très grave.
- Speaker #1
C'est n'importe quoi.
- Speaker #0
Après, ce qu'il va dire aussi, c'est qu'avec sa femme, avec Andrea, il connaissait les risques, mais que maintenant qu'elle était stabilisée, qu'elle avait le bon traitement, ils se sont dit, ça va bien se passer. En janvier 2001, la petite Marie voit le jour, c'est la première fille de la famille et leur cinquième enfant. Quelques mois plus tard, malheureusement le père d'Andrea meurt, comme je te disais il avait la maladie d'Alzheimer, elle était très proche de lui. Ça la plonge dans une profonde détresse.
- Speaker #1
Again and again.
- Speaker #0
Elle est à nouveau hospitalisée et diagnostiquée d'une psychose du postpartum. Elle le montre très peu, Andrea, mais son état mental se détériore au point qu'elle arrête de se nourrir et qu'elle jette son traitement antipsychotique dans les toilettes. Rusty et sa mère, ils vont faire les choses bien, ils vont l'hospitaliser à nouveau. Ils vont voir qu'elle ne va pas bien.
- Speaker #1
Oui, mais à chaque fois la mettre à l'hôpital, c'est se débarrasser du problème.
- Speaker #0
C'est ça. Non mais je suis d'accord.
- Speaker #1
Et si tu ne restes pas sous cachet, sous cacheton ?
- Speaker #0
Pour le restant de tes jours presque.
- Speaker #1
Ce n'est pas bien et tu me déranges.
- Speaker #0
Surtout qu'on sait que c'est plus compliqué que ça de stabiliser quelqu'un avec des médicaments.
- Speaker #1
Mais évidemment.
- Speaker #0
Ce n'est pas une science exacte.
- Speaker #1
Exact, oui.
- Speaker #0
Donc ils vont l'hospitaliser pendant deux mois. Dire à quel point elle n'est pas bien.
- Speaker #1
Excusez-moi, mais cette pauvre femme, elle est à l'hôpital pendant deux mois. Elle a cinq enfants.
- Speaker #0
Tout petits.
- Speaker #1
Dont une en bas âge.
- Speaker #0
Qui vient de naître il y a quelques mois.
- Speaker #1
Et on te la recolle à l'hosto ? Avec des cachets ? La camisole chimique ? Et c'est même pas le cas décidé.
- Speaker #0
Non, je pense qu'à ce stade, elle contrôle plus rien. Comme dirait ma mère qui nous écoute, à un moment, tu n'es plus aux manettes. Ma mère, elle dit ça. T'es plus aux manettes. C'est exactement ça.
- Speaker #1
Cette pauvre femme, je pense qu'on lui a viré ses manettes depuis longtemps. Elle subit les manettes des autres.
- Speaker #0
Elle subit une vie qui n'était pas pour elle dès le départ, je pense. On est d'accord. Donc on va lui donner un autre traitement pour voir si ça fonctionne mieux. Comme je te disais, on fait des tests. En plus, ce qu'il disait, c'est que tu ne peux pas arrêter un traitement et le reprendre tout de suite après. Du jour au lendemain, évidemment.
- Speaker #1
Il y a un protocole.
- Speaker #0
Il y a tout un protocole à respecter. Et on lui donne un nouveau traitement au bout de deux mois et elle est de retour à la maison.
- Speaker #1
Elle va mieux.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Non ?
- Speaker #0
Non, elle n'est pas stabilisée. Du tout. Le 20 juin 2001, au matin, Rusty part travailler pendant qu'Andrea et ses cinq enfants dorment. Une heure plus tard, ou deux heures plus tard à peine, vers 9h, 9h30, Andrea se réveille. Elle prépare le petit déjeuner de ses enfants. Elle leur donne des céréales et d'enduler. Puis elle remplit la baignoire. Elle les amène un à un dans la salle de bain. Et elle les noie. Elle aligne les corps de ses quatre plus jeunes enfants qu'elle noie en premier sur le lit. Elle les couvre d'un drap. Il y a juste la tête qui dépasse.
- Speaker #1
Redis-moi l'âge des premiers à ce moment-là.
- Speaker #0
La plus petite, elle a six mois, Marie. Ensuite, Luc, il a deux ans. Paul, trois ans. John, cinq ans. Et Noah, donc le dernier, a sept ans. Et c'est le dernier qu'elle va noyer. Comme je te dis, elle les couvre d'un drap, sauf la tête. Et alors qu'elle vient de noyer le dernier Noah, qui a 7 ans, elle décide d'appeler le 911. Lorsque l'ambulancier pénètre dans la maison, Andrea est assise sur le canapé, elle est totalement muette, les yeux totalement vides.
- Speaker #1
Mais c'est incroyable !
- Speaker #0
Les 4 enfants sont alignés sur le lit. Il faut imaginer la scène que voit l'ambulancier. Il ressemble, selon lui, à des... poupées de porcelaine, les visages. C'est ça que ça lui donne comme impression. Par terre, il va avoir une trace d'eau. Il y a quatre enfants sur le lit. Il va avoir une trace d'eau sur le sol qui va suivre jusqu'à la salle de bain. Et dans la salle de bain, il va trouver Noah, le dernier enfant qui flotte dans la baignoire.
- Speaker #1
Donc la maman a réussi à noyer un par un ses enfants sans que les autres ne s'alarment.
- Speaker #0
Je pense, oui. J'espère. Si en plus ils étaient conscients de ce qui allait leur arriver, j'espère oui.
- Speaker #1
Elle a dû mettre la télé à fond.
- Speaker #0
Je sais pas.
- Speaker #1
Vous regardez Dora, enfin peu importe, vous vous foutez dans la télé et puis après ça vous allez au bain.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Chacun son tour, on va au bain.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Mais quelle horreur.
- Speaker #0
C'est horrible. Andrea, elle sera tout d'abord condamnée à la perpétuité en 2002. Mais en appel en 2006, sa condamnation va être transformée en verdict de non-culpabilité. On a déjà vu ça dans Cactus Theory.
- Speaker #1
Mental.
- Speaker #0
Pour cause d'aliénation mentale.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Parce que son avocat, qui s'appelle George Parnam, qui est un ami de la famille aussi d'Andrea, il va dire la chose suivante. Le monde dans lequel vivait Andrea au moment de ses meurtres était celui induit par son état psychotique. Et quand on plonge dans les profondeurs d'une psychose, on prend des décisions qui sont basées sur ce monde et en aucun cas sur la réalité du monde dans lequel on vit. Donc elle était persuadée, je rappelle, qu'elle était le diable. que ses enfants allaient aller en enfer, et que pour les protéger, c'est ça qu'elle dira, dans sa psychose, il fallait qu'elle les tue.
- Speaker #1
Les sauver.
- Speaker #0
Les sauver.
- Speaker #1
Pour elle, c'était les sauver.
- Speaker #0
C'était les sauver. C'est ça la psychose du post-partum.
- Speaker #1
Moi je suis dégoûté de cette putain d'histoire, parce que le mari est hyper coupable, le gourou aussi, ils ont laissé cette femme totalement...
- Speaker #0
En détresse.
- Speaker #1
En détresse, mais jusqu'au bout. On te fout quoi ? Tiens, tu vas mal ? Je te colle à l'hosto et t'es cachée. Tu vas mieux ? Je te ressors. Je te fiche ta mère pendant deux semaines. Tu vas remal. On fait un enfant. Tu vas remal. Mais cette femme-là, déjà, n'était pas faite, je suppose, pour avoir autant d'enfants. Et cette vie-là. Surtout avec un mec pareil. Et avec un copain et femme gourou, les meilleurs amis du monde.
- Speaker #0
Elle n'a pas eu le bon entourage.
- Speaker #1
Moi, je lui en veux, à cette femme-là, d'avoir tué ses enfants.
- Speaker #0
Évidemment, on ne pourra jamais lui pardonner.
- Speaker #1
Il ne faut jamais faire du mal à personne. Mais je comprends sa détresse. C'est une histoire terrible, ça. Parce que je ne sais pas de quel côté... Oui,
- Speaker #0
c'est ça qui est compliqué. Quand il y a des problèmes de santé mentale, il n'y a pas de conscience, je vais t'en reparler après, mais du bien ou du mal. Tu es dans un état, comme dit l'avocat, où tu ne peux plus distinguer. Tu es dans ton monde, le monde de ta psychose. L'objectif de la défense. Dans ce procès qui était important.
- Speaker #1
Oui, bien sûr.
- Speaker #0
C'était donc, surtout en 2001, c'était pas des sujets encore... La psychose du postpartum, c'était pas du tout des sujets connus. C'était donc de prouver qu'Andréa souffrait d'une maladie mentale qui lui rendait impossible la distinction entre le bien et le mal. Il était aussi évident, comme tu dis, qu'elle a appelé à l'aide, qu'elle a exprimé son mal-être plusieurs années avant son passage à l'acte.
- Speaker #1
Mais oui.
- Speaker #0
On peut voir donc... C'est comme ça que je vois les choses. Tu me diras, je suis d'accord. On peut voir dans cette histoire. terrible pour ses enfants, pour cette famille. Une succession de mauvaises décisions du couple, d'une part, mais aussi de mauvaises influences.
- Speaker #1
Mais ce n'est pas du couple, elle a subi. Depuis le début de ton histoire, moi je vois une femme qui ne fait que subir la vie qu'on lui impose. Avec le nom d'enfant, avec le bus au lieu de la maison, et puis les beaux-parents, et puis le gourou. Elle n'a fait que subir cette femme-là.
- Speaker #0
C'est vrai. Des mauvaises influences aussi, parce que le révérend, il a... totalement profité de sa fragilité pour l'enfoncer encore plus dans sa psychose. Rusty, il n'a pas non plus pris conscience de la gravité de la situation, même si je pense, Hache, qu'il n'a pas voulu mal faire ce monsieur, il vit aujourd'hui avec le poids terrible de ce drame sur le dos, je pense vraiment qu'il n'était pas du tout, qu'il était dans son monde et qu'il n'était pas du tout conscient de...
- Speaker #1
Il était en mode boulot,
- Speaker #0
Et puis, je pense qu'il n'avait pas conscience de la gravité des choses. On peut aussi regretter... Je finirai là-dessus, que la médecine psychiatrique ne soit pas assez performante en la matière. Il n'y a que très peu de recul sur la psychose du postpartum, alors que ça concerne quand même une femme sur mille.
- Speaker #1
Je n'y connais rien, mais tu as sûrement raison.
- Speaker #0
Au même titre que la dépression postpartum en général, ça prouve que la santé mentale en général est encore considérée comme un tabou et secondaire, alors qu'on sait bien qu'un mauvais diagnostic ou une prise en charge trop tardive, ça peut avoir des conséquences dramatiques. Autant sur la personne que sur la société en général. Rien, comme tu disais, ne pourra jamais excuser le geste d'Andréa. Mais, je vais conclure là-dessus, Hache, il est temps, pour justement éviter que ce genre de choses arrive à nouveau, de prendre plus au sérieux la santé mentale des mères. Dans une société, tu seras d'accord avec moi, je pense, où on leur demande d'être de bonnes mères, de bonnes épouses,
- Speaker #1
de bonnes amies,
- Speaker #0
de bonnes voisines. Et il faut aussi qu'elles aient une vie sociale et professionnelle épanouissante.
- Speaker #1
Mais bien sûr ! Non, je plaisante. Non,
- Speaker #0
mais voilà.
- Speaker #1
Moi, ce que j'ai envie de dire, c'est que ce genre de femme, ou même les hommes, peu importe, c'est l'être humain, des fois, tu as une faiblesse, et dès que tu es faible, on t'écrase. Oui. Mais voilà, maintenant, on vit dans un monde, je trouve, où on doit être lisse, et c'est moche. Et quand tu es une personne vachement, comment dire...
- Speaker #0
Fragile, sensible.
- Speaker #1
Fragile, il ne faut pas que ça se voie.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Alors soit ça se voie, il y a des gens qui en profitent ou pas, peu importe. Et si ça se voie, tu n'intéresses personne. D'accord,
- Speaker #0
on te fuit.
- Speaker #1
On te fuit.
- Speaker #0
C'est tabou. Ce que j'aime dans cette histoire, c'est que... Enfin, j'aime rien, soyons clairs, dans cette histoire, elle est horrible. Mais ce qui est intéressant, je trouve, c'est qu'il n'y a pas de méchant ou de gentil. C'est vraiment tellement compliqué, en fait, comme sujet. Et... tellement grave d'en arriver là et de laisser des situations qui étaient prévisibles. qui était prévisible se produire, c'est très grave et très dangereux.
- Speaker #1
Ce qui m'ennuie dans ton histoire, celle-là va me faire vraiment plus que la semaine, parce que les cactus, tu m'en as raconté, mais celle-là, tu prends une femme gentille, à la base, tu prends une gentille.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Qui a fini par tuer.
- Speaker #0
C'est pas un monstre, c'est pas une psychopathe, cette femme.
- Speaker #1
Tu prends une gentille qui n'a rien demandé à personne.
- Speaker #0
Qui a fait le pire geste qu'il puisse être, qui est de tuer ses propres enfants.
- Speaker #1
Peut-être pour les libérer à sa façon, je ne sais pas. Mais tu pourrais être gentille, qu'à faire un drame.
- Speaker #0
Un quinquuple infantil.
- Speaker #1
Et combien il y a de gens gentils sur Terre qui ne demandent rien à la personne à part qu'on leur foute la paix. En tout cas, cette histoire pour moi dans le cactus, c'est une des pires histoires que tu m'aies raconté.
- Speaker #0
Bah ouais. Et comme je le disais aussi, ce qu'il faut savoir c'est que maintenant elle est stabilisée, elle est en prison.
- Speaker #1
Ah, elle est vivante ?
- Speaker #0
Ouais. Elle a 64 ans, je crois, quelque chose comme ça.
- Speaker #1
Tu penses qu'après avoir tué 5 enfants, elle est stabilisée en prison ?
- Speaker #0
Alors, ce que je veux dire c'est qu'elle est stabilisée. Évidemment, sa psychose du postpartum est stabilisée. Et comme elle dit, maintenant, elle vit avec la pire punition qui soit, c'est le fait d'être maintenant. Elle est consciente de ce qu'elle a fait.
- Speaker #1
Elle est encore vivante.
- Speaker #0
Donc, elle vit avec la culpabilité. D'ailleurs, en prison, il me semble avoir lu qu'elle a essayé de mettre fin à ses jours en prison, évidemment. Qu'elle a été placée en cellule spéciale anti-suicide. Je ne sais pas comment ça s'appelle, mais... Imagine quand tu reprends conscience en la réalité, que tu es stabilisé par des médicaments et que tu comprends que tu as tué tes enfants, alors que tu n'étais pas toi-même. Ça doit être terrible.
- Speaker #1
C'est la raison pour laquelle je viens de te dire que cette femme était une gentille. Et tout ce qu'elle a vécu à cause, chimie, les cachetons,
- Speaker #0
son mari,
- Speaker #1
l'entourage, les gros, elle est passée à l'acte avec ses enfants. Je peux pas la détester maintenant.
- Speaker #0
C'est ce que je veux dire. Ce qui est intéressant dans ce que tu dis, c'est que les deux procès dont je t'ai parlé là, beaucoup plus récents, c'est des femmes qui ont vécu la même chose qu'elles. T'as les mêmes scénarios.
- Speaker #1
C'est une putain d'emprise.
- Speaker #0
En tout cas, c'est pas une question d'emprise là, forcément.
- Speaker #1
Il y avait déjà une fragilité.
- Speaker #0
Il y avait une fragilité. Il y a eu la maladie qui s'est déclarée qu'elle a psychose du post-partum. Et les deux femmes qui ont été médiatisées récemment, elles ont tué leurs enfants dans les mêmes circonstances. en plein état psychotique, donc elle n'était plus elle-même. Et comme tu le dis, il y a des gens qui les ont soutenus en disant qu'ils pouvaient avoir de l'empathie pour elle par rapport au fait que c'était une maladie, que c'était une saturation, comme tu dis, et qu'il y avait aussi une méconnaissance des maladies mentales qui sont liées à la maternité.
- Speaker #1
C'est compliqué, moi j'aimerais pas être juge.
- Speaker #0
C'est clair, dans ces affaires-là, terrible.
- Speaker #1
Ni juge, ni avocat, ni rien. Là, je ne vais pas dormir cette nuit.
- Speaker #0
Une vision d'horreur.
- Speaker #1
Merci Alex, j'adore tellement tes histoires.
- Speaker #0
Les infanticides, je n'en parle pas souvent, mais là, je trouvais qu'il y avait de la nuance à apporter aussi.
- Speaker #1
Il y a de la compassion pour la maman.
- Speaker #0
C'est une histoire piquante par rapport à tout ce que je t'ai raconté.
- Speaker #1
Moi, ce soir, je ne vais juger personne. Tu me laisses totalement...
- Speaker #0
Non, non, je sais. Et puis c'est un...
- Speaker #1
Impuissant.
- Speaker #0
Et c'est aussi un épisode que je voulais faire pour, encore une fois, sensibiliser. On a déjà parlé aux maladies mentales qui sont taboues, qu'on respecte peu. On a toujours un petit jugement de dire, ouais, attends, c'est bon.
- Speaker #1
Il y a l'emprise aussi.
- Speaker #0
C'est bon. Il y a l'emprise, mais c'est lié. Tout ça est lié, on a déjà parlé. Emprise, maladies mentales, troubles mentaux. Et je pense qu'il serait temps qu'on prenne conscience de la puissance de notre cerveau. Dans le meilleur des cas, comme dans le pire. Voilà.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
On va s'arrêter là.
- Speaker #1
En tout cas, pour conclure, avant que je te fasse un bisou, sache que c'est la première fois, Alex, ce soir, que tu m'as véritablement, avec cette histoire, retourné l'estomac. Là, je suis... Je ne sais plus quoi dire.
- Speaker #0
Bon, en tout cas, voilà. On espère que vous avez passé, malgré tout, un bon moment en notre compagnie. Ça fait réfléchir tout ça. sur ces belles paroles et si vous avez des fragilités mentales des troubles mentaux ne m'appelez pas ou même n'appelez pas H non plus sérieusement si vous avez des doutes et des questions parlez-en autour de vous c'est tellement important vous n'avez rien à prouver à personne si vous n'allez pas bien,
- Speaker #1
dites-le moi je vous embrasse tous et puis j'espère que vous allez mieux digérer cette histoire que moi je l'ai digérée ce soir parce que là je ne suis pas prêt
- Speaker #0
Ouais, et là je te propose, une fois qu'on aura coupé, de te montrer les photos. Parce que finalement je ne t'ai toujours pas montré. Mais avant, Hache, n'oublions pas que nous avons eu un nouvel avis Apple Podcast que nous allons lire.
- Speaker #1
Ah bah dis-moi, je suis pas courant.
- Speaker #0
Et attends, ce qui est drôle, c'est qu'en regardant, en essayant de lire ce nouvel avis, je me suis rendu compte que nous en avions encore un autre. Donc ça fait deux. Merci, franchement. Ouais,
- Speaker #1
salut, je sais pas qui vous êtes, mais salut et puis merci à tous.
- Speaker #0
Je vais te dire, on a Audrey Rosy qui nous a dit fin août, bonjour à vous deux et merci.
- Speaker #1
Audrey Rosy ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
C'est joli.
- Speaker #0
Merci. A vous deux, quel travail formidable. Même si je connais l'histoire, j'ai maintenant envie de votre récit. Mais j'en ai découvert aussi beaucoup. Je vais toujours voir les photos en écoutant Alex. Ce concept est trop bien. Merci encore pour ce podcast. L'histoire qui me hante, c'est celle de Chris et Lisanne. Je te rappelle qu'ils ont disparu en randonnée. Oui,
- Speaker #1
évidemment.
- Speaker #0
C'était génial aussi. Et donc, je viens de voir que nous avons un nouveau commentaire qui est adorable aussi.
- Speaker #1
D'abord, merci.
- Speaker #0
Oui, merci Audrey. On te fait des gros bisous.
- Speaker #1
Ben, totalement, oui.
- Speaker #0
Et on a Marine YCB qui nous a écrit, je crois que c'est tout à l'heure, enfin je ne sais pas. Un seul regret, ne pas vous avoir découvert plus tôt. Sujet passionnant, animateur super, j'adore.
- Speaker #1
Une femme qui a du goût, j'adore.
- Speaker #0
Merci Marine. Merci,
- Speaker #1
ouais, c'est sympa.
- Speaker #0
On est gâtés.
- Speaker #1
Ouais.
- Speaker #0
Merci pour ces commentaires Apple Podcast, ça ne vous prend pas longtemps. Nous, ça nous fait déjà super plaisir. dire ce qui est. Et en plus, ça nous aide aussi beaucoup dans l'algorithme Apple Podcast pour être bien placé.
- Speaker #1
Ça fait plaisir, vraiment.
- Speaker #0
Et ceux qui ne l'ont pas encore fait, n'hésitez pas à nous mettre des beaux commentaires. On vous lira avec grand plaisir et on vous citera dans le prochain épisode. Sur ces belles paroles H, on s'arrête là. On a déjà trop parlé.
- Speaker #1
Et puis moi, j'ai faim.
- Speaker #0
Ouais, il est tard en plus. J'ai oublié de vous dire qu'on fait une pause sur le mois d'octobre. C'est tout simplement la fin de la saison 2. déjà oui la pause vie ouais bisous bisous bye bye