- Speaker #0
Dans ce quartier libre, on parle de la place des femmes dans l'armée.
- Speaker #1
Quand on arrive en tant que femme, c'est « tiens, voilà de la chair fraîche » .
- Speaker #0
Avez-vous rencontré du sexisme à l'armée ?
- Speaker #1
Affirmatif.
- Speaker #0
Pour ça, j'ai invité l'adjudant Eugénie. Elle est moniteur commando, spécialiste du combat au corps à corps. L'idée avec elle, c'est de mettre les pieds dans le plat. L'armée est-elle un métier d'homme ? Est-ce que les femmes ont leur place dans notre institution ?
- Speaker #1
Je me suis dit « mais en fait, elles s'entraînent comme des bonhommes » . Et on m'a dit « non, elles s'entraînent comme des soldats » .
- Speaker #0
D'emblée, je m'excuse, l'idée n'est pas de vous enfermer dans votre sexe et de vous réduire à ça. Vous avez une carrière opérationnelle, vous avez un tas de choses à raconter. Vous êtes la première femme à avoir réussi le stage d'instructeur C4, du combat au corps à corps en situation de guerre ou de conflit de haute intensité. Et jusqu'à peu, vous étiez, il n'y avait pas de femme dans cette discipline.
- Speaker #1
Effectivement. J'ai été la première à obtenir cet instructorat en décembre 2020.
- Speaker #0
Quand vous êtes arrivée, on vous a regardé comment ? On vous a sous-estimé ? On s'est dit que ça ne passerait pas ?
- Speaker #1
Non, j'étais attendue au tournant. Parce qu'à savoir, c'est une chose, c'est que quatre semaines avant, j'étais déjà au CNEC pour passer mon moniteur commando. Et quatre semaines après, j'y suis retournée pour passer mon instructorat C4. Donc déjà, quand j'étais là-bas, j'entendais déjà des bruits de couloirs. C'est elle, elle est dans telle brigade, elle va revenir dans quelques semaines pour faire l'instructeur C4. Bon, on m'avait prévenu, on m'a dit Eugénie, attention, ils ne vont pas te faire de cadeau. Tu veux être la première, mais il va falloir que tu le mérites.
- Speaker #0
Ils vous ont reçu comment ?
- Speaker #1
Très bien, par contre, très bien. J'ai été très bien reçu.
- Speaker #0
Il n'y a pas eu un traitement particulier.
- Speaker #1
On m'a juste dit très clairement, on ne te fera pas de cadeau. Tu es une stagiaire comme tout le monde. Que tu sois une femme ou pas, t'es comme tout le monde, on te traitera de la même manière. Et là, j'ai regardé mon instructeur, je lui ai dit reçu, et paf, une tape dans le dos, c'est parti.
- Speaker #0
Et après, en combat, pareil, il n'y a aucune différence entre le fait que vous soyez une femme n'a pas donné lieu à un traitement particulier ?
- Speaker #1
Non, ça ne les a pas empêchés de me mettre de chaos au foie. Je n'ai jamais voulu de traitement de faveur et j'ai toujours commencé, j'ai fait étape. par étape. Comme ça, au moins, on ne peut pas me dire que tu es sous-officier, que tu as directement passé l'instructeur, que tu n'es pas légitime ou quoi que ce soit. Non, je me suis fait la main. J'ai commencé par le début, le niveau initial, la formation technique élémentaire et après le monitorat, etc. pour acquérir de l'expérience et être, je l'espère, une très bonne instructrice.
- Speaker #0
Alors, vous n'êtes pas seulement spécialisé dans le combat au corps à corps. Là, vous l'avez dit tout à l'heure, vous avez passé le monitorat commando. Le mot SNEC a été prononcé, donc CNEC c'est le Centre National d'Entraînement Commando qui est à Mont-Louis, par lequel passent beaucoup d'officiers, sous-officiers et militaires du rang qui veulent être aguerris, formés aux techniques d'instructeurs à commando. Là aussi, je crois qu'il y a la première femme qui est devenue instructeur commando dans les années 2010 par là, vous la connaissez peut-être ?
- Speaker #1
Oui, je ne donnerai pas son nom.
- Speaker #0
Elle aussi précurseur ?
- Speaker #1
effectivement et d'ailleurs c'est elle qui m'a remis mon pins de moniteur chef au CNSD c'était votre parrain elle vous a remis le pins ?
- Speaker #0
ma reine oui effectivement et puis c'était un grand honneur elle j'imagine que vous avez pu un peu échanger avec elle c'est une pionnière quand elle est arrivée ça s'est passé comment pour elle et comment ça s'est passé après pour vous quand vous êtes arrivée au centre national d'entraînement commando ?
- Speaker #1
c'est une femme qui est très humble et moi je lui ai fait des éloges je lui ai dit que c'était un honneur de la rencontrer Et elle ne s'est vraiment pas étalée là-dessus. Elle m'a dit qu'on ne lui avait pas fait de cadeau et que c'était un stage qui était très dur parce que c'était la première et qu'à l'époque, la pédagogie, c'était peut-être pas la même qu'aujourd'hui. Et bon, elle ne s'est pas plus étalée là-dessus. Mais rien que pour ça, elle a un profond respect, vraiment. Et ça lui a fait extrêmement plaisir de remettre le pinis à la première femme instructeur C4. Et pour moi, c'était un honneur que ce soit la première femme instructrice commando. qui me remettent mon brevet.
- Speaker #0
Il y a aussi une partie qui est vraiment aguerrissement, c'est-à-dire on mange peu, on ne dort pas, on n'est jamais en confort, on dort dans la forêt, on dort de manière dégradée. Encore une fois, je pense qu'il y a plein de jeunes femmes qui nous écoutent, qui peut-être se posent la question de rentrer dans l'armée. Des choses comme ça, vous, est-ce que ça vous faisait peur avant d'entrer dans l'armée ? Et comment vous les avez vécues ?
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas eu peur. Un jour on a dormi dans une buse et il y avait des rats qui nous ont réveillés, on sentait la pisse, la merde de rats. Il pleuvait des cordes, on n'avait pas le choix, il fallait bien qu'on s'abrite. Donc ce n'est pas le genre de truc qui me fait peur. J'ai même lors de mon premier stage Monitor Co tenu trois semaines avec deux panaries infectieuses aux deux gros orteils et je suis passé à ça de l'amputation de mes orteils. Je suis quelqu'un qui est très dur au mal, très solide. Et ce n'est pas le genre de truc qui me fait peur. Marcher dans la forêt pendant des heures, avoir mal aux pieds, porter mon sac. Je pense que j'ai un mental à toute épreuve. Ça, ce n'est vraiment pas quelque chose qui m'a posé problème lors de ce stage.
- Speaker #0
Les panaristes, c'est parce que vous ne vouliez pas lever la main et dire « j'ai mal quelque part » ou « je vais aller à l'infirmerie » .
- Speaker #1
Je n'ai pas voulu. consulter, j'ai repoussé les limites de mon corps, ça a failli me coûter très cher j'aurais pu ne plus être monitrice de sport parce qu'avec deux orteils en moins vous comprenez qu'être moniteur EPMS sans orteils ça aurait pu être compliqué mais voilà j'ai repoussé les limites de mon corps j'avais mon coeur qui battait dans mes orteils mais je me suis dit non je peux pas lâcher pour mon régiment pour moi, pour ma famille et d'ailleurs c'est ma famille qui m'a poussé à aller consulter parce que Parce que sinon, je pense que je ne l'aurais pas fait.
- Speaker #0
Moi, je tiens à dire, là, je reprends ma casquette d'officier, et notamment les troupes de montagne, l'acte réflexe du soldat, rendre compte. Donc, quand on est blessé, on rend compte. C'est après vos chefs qui vous indiquent la marche à suivre, parce qu'un soldat amputé, comme l'a dit l'adjudant, en fait, ça ne sert à rien. Donc, il ne faut pas se taire, il faut lever la main, rendre compte à ses chefs, et après, on voit ce qu'on fait. Je tenais à le dire, parce que c'est important, surtout chez nous, il y a aussi à la Légion cette cette envie de se dépasser et parfois d'aller au bout alors qu'il ya des moments où quand on est chef de groupe ou de section on a besoin de savoir si les gars vont bien ou pas et si on peut aller plus loin vous avez raison de souligner ça aurait pu me coûter vraiment très cher moi je sais pas que c'était une erreur je ne connais pas la situation mais c'est vrai que nous
- Speaker #1
on dit plus en plus que vous voulez absolument tenir et c'est vrai que avec les camarades qui vous disent c'est bon il te reste cinq jours cinq jours et après tu pars avec ton pin's donc Toutes ces raisons-là ont fait que j'ai repoussé les limites. Mais c'est vrai que réaction à froid, je me dis que c'est complètement con.
- Speaker #0
Je n'osais pas le dire, mais en fait, il faut... Bon, je n'étais pas là dans vos chaussures, littéralement, mais il y a des moments où il faut connaître aussi ses limites et savoir lever la main parce que ce n'est pas son intérêt personnel, c'est l'intérêt du groupe. Là, c'est un stage, je comprends que vous ayez eu envie d'aller au bout. Votre binôme, enfin, je ne sais pas si c'était votre binôme, L'autre soldat féminin qui était là, elle est allée au bout ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça a été une réussite d'équipe ?
- Speaker #1
Franchement,
- Speaker #0
oui. Donc, je l'ai dit, c'est des stages qui sont très rares, très sélectifs, où généralement, il y a assez peu de femmes qui les réussissent. C'est pour ça que c'était intéressant de recevoir l'adjudant Eugénie pour en parler. J'ai dit que j'allais mettre les pieds dans le plat, donc je vais vous poser des questions. J'espère ne pas vous offenser. Est-ce que vous avez eu, vous, des problèmes comme femme à l'armée ? déjà vous avez eu Vous avez rencontré de la misogynie ou du sexisme dans votre carrière ?
- Speaker #1
Moi, je n'ai pas eu ça. Je parle en mon nom. Peut-être que d'autres ont été confrontés à ce genre de situation. Mais moi, à savoir que dès mes trois mois de service, j'ai atterri dans une compagnie où il y avait les trois meilleures femmes du régiment. Elles faisaient 3 100 au coupeur, elles montaient 3-4 cordes brasseul. elle faisait Plus de 15 tractions, mais strictes. Et je me suis dit, mais en fait, elles s'entraînent comme des bonhommes. Et on m'a dit non, elles s'entraînent comme des soldats. Et je me suis dit, je vais faire la même chose. Je me suis dit, il faut que je fasse comme ça. Et quand j'ai commencé à m'entraîner, et que les gens ont vu que je faisais plein de tractions, que je courais bien, etc. Je peux vous assurer d'une chose, on ne m'a jamais fait chier.
- Speaker #0
Oui, ça je m'en doute.
- Speaker #1
On m'a jamais fait chier.
- Speaker #0
Puis avec un diplôme de Krav Maga et de C4, je pense que ça aide aussi.
- Speaker #1
Je suis titulaire de tout ça à l'époque, mais j'étais déjà une bagarreuse, ça c'est vrai. C'est-à-dire que quand vous parlez de sexisme, des mecs avec un comportement un peu misogyne, on m'a pas trop emmerdée par rapport à ça. Mais dans mes débuts, très souvent quand on arrive en tant que femme, c'est tiens, voilà de la chair fraîche. Tiens, il y a de la meuf qui arrive, donc c'est au premier qui arrivera à choper la meuf. Voilà, on va essayer de parler correctement quand même. Et ça, c'est vrai qu'en tant que femme... Quand on se sent un peu comme un morceau de viande, il faut faire attention. Il faut faire attention à sa ligne de conduite, il faut faire attention un peu à ses fréquentations, il faut faire attention à son comportement, à ses agissements au quotidien. Il faut se préserver de tout ça. Et je pense que c'est ça le plus gros combat que j'ai mené.
- Speaker #0
C'est que vous devez faire vos preuves encore plus, peut-être qu'un soldat, un mec, c'est comme ça que vous l'avez ressenti ?
- Speaker #1
Me battre plus, pas forcément pour prouver aux autres, mais plus par rapport à moi-même. Parce que je voulais absolument être au même niveau que mes camarades masculins. Donc je voulais faire autant de traction, je voulais courir aussi vite, je voulais faire des meilleurs temps à la piscine que mon chef de section. Donc c'était plus un combat personnel. Et je pense que dans la vie de tous les jours, il ne faut pas mener ces combats par rapport aux autres. Il faut mener ces combats par rapport à soi-même, faire les choses par rapport à soi et non par rapport aux autres. Et ça, j'ai essayé de le mettre en application du premier jour de service et je vais essayer de le faire jusqu'à mon dernier.
- Speaker #0
Voilà, pour l'instant, je crois que vous y réussissez plutôt pas mal. Est-ce que vous avez... Donc vous dites que vous essayez de faire autant de tractions, autant de... les mêmes épreuves que les gars. Pour ceux qui ne le savent pas, dans les armées, on a des barèmes différenciés dans les épreuves sportives. Donc il y a des barèmes pour les femmes et des barèmes pour les hommes. Là, je vous demande vraiment, de manière cash, votre avis là-dessus, qui sera que l'avis de l'adjudant Eugénie. Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Speaker #1
Franchement, les barèmes différenciés, je m'en fous. C'est pas quelque chose que je prends en compte. Je me suis jamais dit, tiens, je vais tout faire pour avoir le 20 sur 20 en barème féminin. Au contraire, je me suis toujours dit, je vais faire plus et je vais essayer de faire comme les mecs. Comme ça au moins j'étais sûre, en ayant cette mentalité-là, déjà de pouvoir toujours me dépasser. faire en sorte d'avoir d'autres objectifs. Une fois que je les avais atteints, je passais à autre chose, etc. Et ce n'est pas en me contentant d'avoir le 20 sur 20 en barème féminin que j'allais pouvoir avancer. Pour moi, être à la hauteur de mes camarades, d'être comme un soldat, comme tout le monde, c'était d'aller toujours plus loin, de chercher à devenir la meilleure version de moi-même au quotidien. Et pour ce faire, je pense qu'il ne faut pas se contenter du minimum. Il faut toujours chercher le maximum, comme qui dirait. Et le maximum pour moi, c'était d'aller chercher le meilleur de la compagnie. Ce n'était pas forcément une femme. Très souvent, c'était un homme. Et voilà, il fallait que j'essaye de le talonner. Je ne suis pas tout le temps arrivée. Ou du moins, pas dans tous les domaines. Mais si je pouvais le faire dans certains d'entre eux, que ce soit en pompe, en traction, en corde-brasseul. Je le faisais et c'est ça ma vraie source de motivation. C'est ça qui a fait que j'ai toujours pu avancer. Pour moi, le barème féminin, ce serait s'enfermer dans quelque chose qui n'a pas vraiment sa place dans ce milieu. J'ai toujours cherché à être un soldat et non pas un soldat dit soldat féminin. Un soldat tout court.