- Speaker #0
Avant de commencer, je veux dire quelque chose à celles d'entre vous qui écoutent CDXY pour les questions de reconversion, d'ambition, d'image de soi, et qui se demandent peut-être ce que le sucre vient faire là-dedans. Tout. Quand vous êtes en pleine reconstruction professionnelle ou personnelle, Quand vous relancez un projet, que vous négociez votre légitimité, que vous postulez, que vous pitchez, que vous vous levez chaque matin avec l'intention de changer quelque chose, votre corps est votre premier outil de travail. Pas votre CV, pas votre réseau, votre corps. Une glycémie qui déraille, c'est une concentration qui flanche à 14 heures. C'est une réunion importante où vous n'êtes plus tout à fait là. C'est une décision prise sous l'effet du cortisol et du manque de glucose, pas sous l'effet de votre meilleur jugement. Les femmes qu'on admire, celles qui avancent avec clarté, avec énergie, avec cette présence qu'on appelle le charisme, ne sont pas nécessairement plus douées. Elles ont juste décidé un jour que prendre soin d'elles n'était plus négociable. Se préoccuper de sa glycémie à 50 ans, ce n'est pas de la coquetterie, ce n'est pas de la vanité, c'est de la stratégie. C'est choisir d'avoir toute sa tête disponible pour construire ce qu'on veut reconstruire, sans que son propre corps lui mette des bâtons dans les roues. Cet épisode est fait pour vous, particulièrement pour vous. Alors ? Pourquoi le sucre ? Pourquoi il est important de l'évoquer à ce moment de notre vie ? Parce que c'est le premier accélérateur du vieillissement cutané que personne n'ose nommer. A cause de la glycation qui agit au niveau cellulaire dans la profondeur de vos tissus. Puis il a ces pics glycémiques qui font grossir du ventre parce que le mécanisme insuline-œstrogène est déréglé et qu'on a de grosses envies de sucre, parfois incontrôlables, parfois inconscientes. Sur la durée, quand ce cycle se répète sans être accompagné, Il peut évoluer vers quelque chose de plus sérieux, quelque chose dont on parle très peu dans les conversations entre femmes de notre génération, parce que ça fait peur et qu'on préfère ne pas y penser. Je vais en parler quand même, c'est le pré-diabète silencieux. Voilà les trois réalités biologiques. Je les pose là, pas comme un verdict, mais comme un contexte. Parce que tout à l'heure avec mon invité, nous allons parler de quelque chose que la biologie seule ne peut expliquer. Pourquoi, même quand on sait tout ça, on continue à craquer pour le sucre ? Pour y voir plus clair, j'ai le plaisir d'accueillir Jean-Michel Gérald, qui est thérapeute dans le domaine de la psychologie, et plus particulièrement dans l'approche centrée sur la personne du psychologue américain Carl Rogers. Bonjour Jean-Michel, et bienvenue dans CDXY. Qui êtes-vous ? On veut tout savoir.
- Speaker #1
Bonjour Karine. Eh bien écoutez, moi e suis thérapeute formé à l'approche centrée sur la personne de Carl Rogers. Carl Rogers était un éminent psychologue américain,vraiment l'humaniste. pur jus, dans la mesure où c'est quelqu'un qui a mis son cœur dans son travail, qui a fait beaucoup de recherches cliniques qui ont beaucoup intéressé l'éducation dans son ensemble et la thérapie en particulier parce que c'est quelqu'un qui mettait vraiment l'accent sur la relation. C'est une démarche qui m'a touché t qui remplissait vraiment ce que je recherchais le plus, c'est-à-dire créer de la relation avec mes clients via le... cœur en fait parce que je pense que ça passe par là, l'alliance thérapeutique qui est vraiment le point de départ d'un travail sur soi en profondeur c'est être en capacité de nouer cette alliance et de se reposer dessus même si par moments elle doit être questionnée re-questionnée éclaircie, remise en valeur c'est le rôle du thérapeute dans la relation avec son client et c'est vraiment ce qui fait la différence pour aller chercher au fond de soi des nouvelles problèmes et en venir à une conscience nouvelle de soi, une lecture nouvelle de soi. Je suis spécialisé notamment dans l'addiction parce que c'est une problématique que j'ai connue de près, qui m'a touché de près. J'ai beaucoup travaillé le modèle Minnesota et c'est vrai qu'aujourd'hui je m'aide beaucoup de ce modèle qui est vraiment un modèle d'intégration, d'aller chercher la ressource en soi pour faire face à l'addiction et puis surtout la dépasser, c'est-à-dire trouver des ressources nouvelles qui permettent d'avoir une abstinence heureuse, si vous voulez. Moi je reçois depuis cinq ans et c'est vrai que j'ai vraiment à cœur de rencontrer les gens. pouvoir les aider comme... Pour qu'ils puissent à terme s'aider eux-mêmes, se connaître eux-mêmes, se lire eux-mêmes, pour pouvoir vivre en harmonie et en paix avec eux, de manière à aussi se tourner vers l'autre. Parce que quand on s'est tourné vers soi, qu'on a les clés pour mieux se comprendre, eh bien ça permet au bout du compte, et c'est ça la finalité finalement, de se tourner vers l'autre. D'où l'importance de la relation.
- Speaker #0
C'est vrai. Jean-Michel, j'ai une première question. Quand une femme me dit, je sais que je mange un peu trop de sucre, je sais que je ne peux pas toujours me contrôler, j'ai vraiment l'impression, le sentiment d'être accro au sucre. Mais je manque de volonté, je vais prendre un morceau, je vais manger une petite friandise, je sais que je n'aurais pas dû, mais j'ai craqué. Vraiment, je manque, je n'y arrive pas. Qu'est-ce que vous entendez derrière ces mots ?
- Speaker #1
J'entends une impuissance, une impuissance dont elle n'est... pas forcément responsable. Et puis surtout, ne pas se culpabiliser ni se juger outre mesure parce que sinon, c'est la double peine pour soi. Non seulement on craque, on prend son sucre, sa dose, mais en plus on va se fouetter par-dessus en culpabilisant. J'aurais pas dû, j'aurais pas fait. Et ça, si vous voulez, c'est double peine, c'est lourd à porter. Et finalement, les conséquences vont être encore pires parce que cette culpabilité, à terme, va nous faire reconsommer, si vous voulez.
- Speaker #0
Alors, vous venez d'employer un mot qui est assez fort. Vous avez dit sa dose. Est-ce que le sucre, qui est quand même indispensable pour l'énergie, entre dans le cadre de quelque chose d'addictif. On parle d'addiction au sens clinique du terme, même pour le sucre. Ce n'est pas un mot trop fort, dose, addiction. On parle du sucre, d'un aliment a priori, qui est bénéfique pour l'organisme.
- Speaker #1
Vous connaissez la fameuse expérience, la célèbre expérience, qui est dans un labyrinthe. On fait travailler ces petites souris, on leur met à disposition quotidiennement. d'un côté de la cocaïne, de l'autre côté du sucre. Et c'est naturellement, enfin naturellement, c'est spontanément qu'elle se tourne vers le sucre comme source d'énergie beaucoup plus importante pour elle. Et source sans doute de vie aussi, tant sur le plan cérébral que physique. Tout notre corps réclame ce sucre, a besoin de ce sucre pour fonctionner. Maintenant, il ne faut pas qu'on soit atteint par la conséquence du fait d'une surconsommation. L'addiction, elle vient quand il y a surconsommation et quand il n'y a plus la possibilité de contrôler sa consommation.
- Speaker #0
Oui, c'est justement ce que je voulais vous demander. Qu'est-ce qui crée l'addiction ?
- Speaker #1
Ce qui crée l'addiction, j'ai envie de vous dire, on tombe dedans quand on est petit. Je pense qu'il y a des facteurs génétiques, il y a un contexte familial, il y a aussi un comportement de soi vis-à-vis de la vie, c'est-à-dire qu'on compense énormément et qu'on a trouvé une source de compensation qui répond soit à un vide, soit à un manque affectif, soit à un vide existentiel. Donc c'est ça la fonction d'une réponse qui se veut adéquate parce qu'elle est... pas trop chère, rapide et plutôt efficace parce qu'elle remplit une sorte de fonction de remplissage justement et c'est ça qu'il faut voir regarder en face pour se donner la chance de vivre autrement sa relation. Je pense qu'on peut parler de rapport et de relation au sucre comme une relation humaine finalement. Quel rapport on a aux vivants, bien sûr, mais quel rapport on a aux objets et quel rapport on a à sa nourriture. C'est-à-dire que plus on en connaît sur sa source d'alimentation, plus on est en capacité d'avoir un rapport plus sain, plus vrai, plus juste, plus équilibré avec le sucre.
- Speaker #0
Intéressant. Jean-Michel ? Après 45 ans, on connaît une chute de progestérone et d'ostrogène. Le cerveau réagit différemment, d'un point de vue physiologique, au sucre. Est-ce que la vulnérabilité psychologique change également à ce moment ? Donc on a ces changements physiologiques autour de la quarantaine, de la cinquantaine, mais est-ce que le cerveau change aussi à cette période particulière ?
- Speaker #1
Oui, certainement. En fait, on peut parler peut-être de chaîne logique. En fait, c'est un enchaînement de causes à effet. Le corps a moins de défense, ne serait-ce qu'immunitaire, avec l'âge, a moins de défense, a moins de barrières concernant l'élimination, par exemple. Plus on vieillit, moins on élimine. Et forcément, le Ce manque de barrière nous fragilise face à la tentation du sucre.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui se passe quand on décide d'arrêter le sucre d'un coup ? On se réveille un matin, c'est trop, j'arrête.
- Speaker #1
Ça, je ne pourrais que le déconseiller. Dans ma clientèle, j'ai... Je pense à une personne qui a suivi un régime cétogène, qui est un régime alimentaire à base de gras, beaucoup de gras pour compenser la quasi-nulité du sucre dans le sang. Donc le gras remplace le sucre, mais voilà, il faut... Il faut en avoir envie, il faut être prêt, il faut que ça soit à sa portée. Parce que c'est vrai que radicaliser de cette façon-là, enfin si on peut parler de radicalité, parce que finalement, c'est pour ça que je parle de rapport au sucre, c'est qu'on a tous une porte d'entrée et une porte de sortie par rapport à son rapport au sucre. Et c'est ce chemin qu'il faut trouver en soi, l'ajustement en fait. Et si vous voulez, ce régime cétogène, il peut convenir à certaines personnes dont le mode de fonctionnement est tout ou rien. C'est souvent le cas pour les personnes dépendantes. C'est tout ou rien parce que finalement, tout, elles n'arrivent pas à contrôler et les conséquences sont de plus en plus lourdes et vraiment fâcheuses sur tous les plans. Et rien, ça veut dire pouvoir à terme vraiment compenser avec des choses Merci. qui nous nourrissent et avec lesquels on se sent en harmonie. Parce qu'il faut savoir qu'un sevrage pur et dur du sucre, dashboard, c'est extrêmement difficile parce que le sucre est présent partout, surtout sur les produits industrialisés, manufacturés. Dès qu'il y a quelque chose sous vide, il y a 100% de chances qu'il y ait du sucre rajouté. Donc ça, il faut le connaître aussi. Et puis, peut-être savoir quelle est la palette de possibilités que nous offre une vie modérée sans sucre, laquelle nous convient. Et pour ça, c'est important, si c'est travaillé en parallèle et de façon nouée avec la thérapie, ça peut... permettre vraiment une efficacité plus grande. Parce que c'est vivre mieux sans sucre ou vivre mieux avec un sucre tout à fait modéré. Une relation maîtrisée, on va dire. Mais en conscience. Je pense que le mot conscience est une façon importante d'aller interroger son rapport au sucre.
- Speaker #0
Très bien, très juste. Je voudrais revenir sur un mot que vous avez employé tout à l'heure. On a évoqué rapidement la culpabilité. La culpabilité, après avoir craqué, est-ce que ça aide ou est-ce que ça fait empirer ? Ça va nous faire empirer. On va prendre un morceau de sucre, on va culpabiliser, c'était pas bien, donc on va en reprendre un autre et on va reculpabiliser. La culpabilité dans le processus.
- Speaker #1
La culpabilité. comme je vous l'ai dit tout à l'heure, c'est vraiment la double peine et c'est vraiment la moins bonne conseillère et voire la pire ennemie. C'est-à-dire que j'ai le souvenir d'une cliente qui faisait croire à son conjoint qu'elle avait des habitudes alimentaires tout à fait normales, saines, équilibrées. Et en fait, une fois que son compagnon était sorti, sorti pour aller travailler, par exemple. Elle mangeait de façon compulsive, sans pouvoir s'arrêter, jusqu'à se faire vomir. Mais son compagnon n'en savait rien. C'est-à-dire que cette culpabilité va nous faire complètement péter les plombs, c'est-à-dire nous faire mentir, nous faire avoir... Mettre une chape de déni en s'arrangeant pour camoufler sa souffrance. Ça vraiment, c'est un ennemi redoutable parce que, si vous voulez, ça vous fait faire des choses qui ne sont plus vous. Comme si vous aviez une double vie et que cette double vie vous rongeait petit à petit sur la vraie vie que vous pourriez avoir avec un rapport plus franc, plus clair, plus sincère. En fait, je pense qu'il ne faut jamais. Se priver de l'apport, surtout quand on a confiance en eux, de l'apport de ses proches dans votre stratégie de recherche d'une vie meilleure.
- Speaker #0
Oui, parce que finalement, face à nos proches, la culpabilité peut mener vers la honte.
- Speaker #1
Exactement. La culpabilité, c'est un cercle vicieux. La culpabilité mène à la honte et la honte mène à la reconsommation plus ou moins tardive. et c'est un cercle vicieux il ne faut pas ni en avoir honte ni se sentir coupable c'est juste essayer de descendre en soi pour connaître son désir profond d'une vie qui nous va mieux, je dis ça par rapport on a tous en tête un poids idéal, c'est à dire un moment où dans notre vie on s'est senti bien en possession de ses ressources et en possession de son de son pouvoir d'agir, en fait, à un moment où on n'est ni trop ni pas assez. Et ce poids idéal doit nous servir de boussole, en fait, parce que si vous avez le désir de retrouver ce poids idéal, il va vous mener vers un poids qui sera meilleur pour vous. Et de façon tout à fait... Tout à fait naturel, sans contraintes, sans volonté déchaînée. Ça va être de l'ordre du désir. C'est écouter ce désir profond d'un sentiment qu'on a eu au fond de notre chair, d'un poids vraiment où on se sentait bien. Et ça, ça n'a pas de prix.
- Speaker #0
C'est vrai, c'est vrai. Dans votre pratique, quand vous accompagnez quelqu'un qui a une relation compliquée avec le sucre, parce qu'on parle du sucre, mais avec effectivement un produit alimentaire, par où vous commencez ?
- Speaker #1
En fait, je commence par connaître son environnement, son contexte de vie, ses habitudes, ses rituels s'il en a. Essayer un peu de cartographier comme ça. les points clés, les repères essentiels de ce qui jalonne sa vie en fait, par où il passe dans ses sentiments, dans son rapport à soi, dans son rapport aux autres, qu'est-ce qui le marque, qu'est-ce qui est dominant, qu'est-ce qui le fait souffrir, qu'est-ce qui au contraire le réjouit. Tout ça, c'est des choses très importantes à connaître pour le thérapeute avant de pouvoir... faire travailler son client. Je commence par ça, par ouvrir des portes, par regarder avec l'accord du client. Si je me permets de frapper une porte, c'est toujours le client qui l'ouvre. Après, c'est un choix qu'il fait. Le thérapeute, sans jugement, va regarder si la personne veut le montrer, qu'est-ce qu'il y a derrière la porte. En quoi ça peut être gênant ? En quoi ça peut être une ressource ? Quel est le point d'accroche et quel est le point d'appui, en fait ? Toujours dans la perspective, justement, à la fois de s'explorer et à la fois de retrouver un horizon qui convient mieux à la personne.
- Speaker #0
Est-ce qu'il peut arriver qu'une personne résiste, ne veuille pas ?
- Speaker #1
Alors quand on vient en thérapie, c'est qu'il y a une résistance qui a pété déjà. Donc ça, c'est bon signe. Mais il y a des clients qui peuvent arriver la bouche fermée en ne sachant pas exactement comment vous dire pourquoi ils sont là. Ils savent qu'il y a quelque chose qui ne va pas, mais ils ne savent pas l'exprimer, le définir et l'exprimer, l'identifier. Et nous, notre première séance, va être d'essayer d'éclaircir ce qui a amené la personne à venir consulter quelqu'un pour l'aider. Et ce n'est pas facile ce moment-là de se livrer à quelqu'un qu'on ne connaît ni d'Ave ni d'Adam, tendre la main en disant j'ai besoin d'aide. J'y arrive pas, je n'en peux plus, j'ai envie de changer. Donc il faut écouter ses phrases, j'en peux plus, j'ai envie de changer. Ce sont des clés pour permettre à la personne d'aller encore un peu plus loin par rapport à sa demande.
- Speaker #0
Est-ce qu'on a toujours conscience d'avoir des comportements compulsifs, voire addictifs ?
- Speaker #1
Non, on peut subir cette addiction de façon... Avec une couche de déni tellement forte, tellement grande que, ben non, moi je n'ai pas de problème. Alors que les conséquences physiques, cardiaques, sur le moral, parce que le sucre génère beaucoup de nervosité, plus on en prend, plus on a besoin d'en prendre. Donc ça génère de l'anxiété, de l'angoisse, des troubles, de l'humeur, des pics up and down. qui sont très, très violents au quotidien, en fait. Et on ne s'en rend pas compte. Et on peut les subir sans vouloir les voir en face, alors qu'elles ont des conséquences graves, lourdes et vraiment fâcheuses sur le confort de vie, en fait. Et c'est ça qu'il faut aller regarder en face, sans se juger, parce que tout le monde, à un moment de sa vie, rencontre des difficultés. Plus on se donne les moyens de pouvoir regarder ça carte sur table, comme un jeu extérieur à soi, parce que finalement, on est un peu aussi traversé par des pulsions, des compulsions qui nous dépassent. Et se faire aider, c'est déjà résoudre le problème, en fait.
- Speaker #0
C'est vrai.
- Speaker #1
Une partie.
- Speaker #0
Très juste. Si vous deviez donner une petite astuce, une petite chose concrète aux personnes qui nous écoutent, ce serait quoi ?
- Speaker #1
Au quotidien, il y en a pas mal, c'est-à-dire de manger en conscience. Moi, je sais que, par exemple, j'aime bien aller faire mon marché parce que déjà, ça permet de se sociabiliser. Même avec deux ou trois mots d'échange, il fait beau aujourd'hui. « Ah, la semaine dernière, je vous ai pris ça, c'était tellement bon, je vais en reprendre. » « Ah, mais non, je vous conseille plutôt ça, c'est tout frais, ça vient d'arriver, cette saison. » Regardez, pas hésiter à réveiller ces sens. Je pense qu'on vit tellement machinalement au quotidien qu'on ne se rend plus compte exactement de ce qu'on mange, pourquoi on le mange. On fait tout un peu de façon automatique, exactement. On ne se donne plus le temps de savourer. Et je pense que savourer... C'est vraiment la possibilité de retoucher des textures d'un fruit, une mangue. Ça a une peau, ça a une chair. C'est vraiment goûter ça, regarder s'imprégner des couleurs, de la forme, du goût et puis du parfum. Quand vous éveillez vos sens à la nourriture, vous vous permettez... de déguster et vous apprenez à votre corps, vous éduquez votre corps à repérer ce qui est bon pour lui et ce qui n'est pas bon pour lui. Donc vous aidez votre corps à discerner ce qui est bon et pas bon. Ça, c'est très, très important parce que ça affûte votre conscience. Et le fait que votre conscience soit affûtée va vous permettre de... Non, ça, j'en ai plus envie. Je sens qu'il n'y aurait pas du poison, mais presque, ça peut l'être. Mais je sens que ce n'est pas bon pour moi. J'en ai peut-être envie, parce que... Et encore, et encore. Si on regarde bien la couleur de certaines choses, la forme, on sent que
c'est industriel et que finalement, derrière tout cette apparence de bonne chose, ce n'est que du sucre. Donc, il faut essayer de conscientiser ça. Ensuite, une fois qu'on a fait son marché et qu'on revient avec plein de bonnes choses, c'est vraiment prendre le temps de mâcher. Moi, je suis toujours stupéfait de voir... Je ne suis pas fan du restaurant parce que je suis sensible au bruit. Et souvent, ça résonne, même si c'est toujours agréable de pouvoir converser avec une bonne amie, un bon ami, à table. C'est toujours un moment sympa. Mais voilà, je vois très bien que, si vous voulez, mon fils a un grand-père qui n'est pas mon père, mais qui est son grand-père maternel. C'est tout. Tom est très inspirant pour moi parce qu'il est vraiment à ce qu'il fait. Quand il fait son jardin, il fait son jardin. Et il l'entretient très bien. Quand il fait la vaisselle, il fait la vaisselle. Rien d'autre. Il ne regarde pas à côté. Il fait la vaisselle. Il est dans ses couverts. Il essuie. Il mousse. Il fait mousser. Il essuie. Et ça, si vous voulez, quand il mange, il a 85 ans, mais il est bon pied, bon oeil. Et surtout, je me dis, tiens, il est affûté. Et pourquoi ? Parce que quand je le vois manger, je me dis, waouh, il savoure. Il prend le temps de mâcher. Et ça, le temps de mastication, on n'en parle jamais assez, mais c'est fondamental. Plus on mâche, plus le niveau de satiété sera élevé. Et on aura moins besoin d'engouffrer de quantité. Et ça, c'est fondamental. Après, il y a aussi peut-être retarder un moment, habituer votre cerveau à retarder le moment où vous allez faire plaisir, contenter votre cerveau. C'est-à-dire différer d'une minute, puis un peu plus tard de deux minutes, de trois minutes. Et après, vous vous apercevrez qu'il faut apprendre à frustrer un peu son cerveau, différer la... la dose, c'est un bon moyen, bien petit à petit, pas après pas, jour après jour, d'habituer son cerveau à être moins en demande. Parce que c'est le cerveau qui vient toquer. J'ai besoin, il me faut ma dose. Comme un doudou, comme une totote pour un bébé. Et puis le bébé va finir de faire tomber sa sucette toutes les 30 secondes pour se faire remarquer. Le sucre fonctionne de la même façon.
- Speaker #0
C'est très intéressant. Alors, Jean-Michel, vous avez employé un mot qui sonne très bien à mon oreille. C'est savoureux. La saveur. C'est quelque chose qui me... C'est vraiment un mot qui me parle. Ça me parle complètement. Moi, je vais parler un petit peu de moi. Puisqu'on est là. Donc, moi, j'ai vraiment... Je suis ce bec sucré. Je suis cette personne qui aime vraiment beaucoup le sucre. Pour ce qu'il est, finalement. Pour ce goût. Pour ces différentes textures sous lesquelles il nous est proposé, en friandises, en desserts, en pâtisseries, en fruits. Vraiment, il y a un vrai plaisir des sens, effectivement. Un beau fruit, un beau fruit exotique et l'odeur qui va avec. C'est vraiment très, très plaisant pour moi. Un bon carré de chocolat noir, de la vanille. Tout ça, ce sont des plaisirs que j'assume complètement. Et pour dire vrai, que je n'ai pas du tout envie d'abandonner. Moi, il y a une deuxième dimension que je veux nommer parce que je pense que beaucoup de femmes qui nous écoutent se reconnaîtront. Ce sont ces fringales sucrées, ces petits goûters, ces petits snacks qui ont ce côté effectivement réconfort. Quand ça ne va pas trop bien, une petite journée difficile, un coup de mou, une déception. Le sucre est là, il est immédiat, il est disponible, il est apaisant. Il compte vraiment quelque chose que les mots M O T S n'atteignent pas toujours. Alors moi, j'ai quelque chose que je recommande aux personnes que j'accompagne. Plutôt que de supprimer ce sucre que je sais très présent, moi, j'ai mes petites parades, mes parades intelligentes, comme je les appelle. J'ai mes sucres alternatifs, des sucres qui ont un index glycémique bas, mon sucre de coco, mon sirop d'agave, pour garder quand même le plaisir au palais en limitant les pics. J'adopte de plus en plus une alimentation à index glycémique bas quand je... Quand je cuisine au quotidien, et puis pas folle, la guêpe, pour compenser mes excès, j'ai aussi mes plantes sur lesquelles j'écris un article qui sont mes alliés pour réguler la glycémie, sans renoncer aux aliments sucrés que j'aime tant. Ce que je n'ai pas encore en revanche, c'est le levier psychologique sur la compulsion elle-même. Parce que toutes ces parades, elles m'aident effectivement à gérer les conséquences du sucre. Par contre, elles ne m'aident pas encore à comprendre pourquoi certains jours... Il y a quelque chose qui prend le dessus sur mon intention. D'où la question que je vais vous poser. Est-ce qu'en agissant sur l'addiction, l'objectif, c'est de ne plus avoir envie de sucre du tout ? Clairement, je ne veux pas perdre le plaisir que m'apporte le sucre. Si effectivement, j'entame un processus de gérer, de contenir ces compulsions sucrées, est-ce que ça va me faire ne plus avoir envie de sucre ? Ça me fait peur, ça.
- Speaker #1
Bien sûr. Je pense que le sel de la vie, le goût, le goût des choses, et du reste, j'ai appris récemment qu'étymologiquement, la saveur venait de la sagesse. J'entends que vous dites plaisir et je la lirai à désir, c'est-à-dire que pour atteindre le plaisir, il faut désirer quelque chose. Donc vous avez le désir de vous faire plaisir. de déguster les bonnes choses. Et c'est bien normal, c'est ce qui fait qu'on est vivant, qu'on est heureux de vivre.
- Speaker #0
Et qu'il faut prendre le plaisir là où il est. Après, ce désir, il peut vraiment se conjuguer au pluriel. C'est-à-dire que, bien sûr, ça peut être un allié du plaisir. Mais ça doit être aussi en conscience. C'est-à-dire que le désir, c'est aussi celui d'être en forme. C'est aussi celui de ne pas trop prendre de poids, etc. Donc, il faut vraiment avoir identifié le... Parce que je pense que l'une des clés pour avoir un rapport au sucre équilibré est le désir à la fois de, bien sûr, je l'entends chez vous, de se faire plaisir, mais aussi le désir d'une vie bonne, meilleure, qui a du sens. Et ce rapport au poids idéal dont je vous parlais, c'est toujours tendre vert. On n'est jamais complètement satisfait parce qu'on vieillit, parce que c'est le sort de tout le monde et qu'en vieillissant... Voilà, on élimine moins et on se porte avec moins de vaillance. Mais si vous avez le désir d'entretenir ce que vous avez, de muscler ce que vous avez et le désir de profiter des choses sans abuser, alors là, vous allez trouver une forme de vie et de comportement qui vous convient.
- Speaker #1
D'accord, mais donc du coup, je peux, donc c'est possible. d'entrer dans ce processus de dompter, de gérer ses compulsions, par exemple, sans renoncer à 100%, sans renoncer complètement au sucre ?
- Speaker #0
Oui, dompter, maîtriser, connaître, savoir. Je pense que plus on connaît ses habitudes, plus on connaît ce que l'on désire. mieux on va pouvoir répartir, équilibrer ces tentations. L'un ne peut pas aller sans l'autre, si vous voulez. Pour moi, c'est l'une des clés.
- Speaker #1
Mais cliniquement, ce sevrage d'une addiction, est-ce que ça veut dire qu'on arrête complètement ?
- Speaker #0
Pour les grands addicts, c'est une possibilité. Parce qu'ils sont tellement habitués dans leur quotidien depuis des années à plus et plus souvent. C'est le propre de l'addiction. On augmente les doses et on réduit le temps entre les doses. Là, le tout ou rien peut vraiment être la solution la plus adaptée. Parce qu'ils verront que... Mais après, c'est tellement dur au quotidien de se passer de sucre. Il y en a partout, y compris dans les fruits, etc. Mais bien sûr, dans les fruits, surtout avec la peau, surtout quand les fruits sont moins mûrs, ils sont moins sucrés. Donc, c'est vers ça qu'il faut se diriger. Parce que de toute façon, biologiquement, physiquement, nous avons besoin de ce sucre. Un régime sans sucre, j'ai des doutes. Est-ce que ça peut exister ? Mais en tous les cas, de voir que ces produits manufacturés sont de l'arnaque, qu'ils sont proposés comme source d'énergie, non, ce n'est pas vrai. Parce qu'en fait, ça vous met un pic de glycémie très haut et ça vous fait redescendre aussi. Donc, ce n'est pas ça qui peut... au quotidien, vous mettre bien dans vos baskets. Ce n'est pas possible.
- Speaker #1
Je vais revenir sur une notion que vous avez évoquée tout à l'heure. Vous avez évoqué le poids idéal. Moi, j'ai des auditrices qui vont dire, mais encore une injonction ?
- Speaker #0
Non, je ne crois pas qu'il s'agisse d'une injonction. C'est vraiment se remémorer en soi, retoucher du doigt et dans son... corps, la sensation que l'on avait, peut-être quand on avait 20 ans, 22 ans, alors c'est beaucoup plus facile dans ce sens-là, mais il y a un jour où on était adulte et on s'est senti bien dans son corps. Eh bien, c'est aller retrouver cette image de soi et sa maîtrise de soi et sa jouissance d'être au monde, sa jouissance d'être soi dans un corps qui n'est ni lourd, ni léger, mais juste complètement habité. Complètement habité par ces possibilités que donne le corps. Courir, marcher, respirer. Tendre la main à quelqu'un, sourire à quelqu'un, empoigner quelqu'un, célébrer quelqu'un, câliner quelqu'un, toutes ces choses qui donnent du goût et du sel à la vie. Et bien quand on va retoucher ça au fond de soi, ces images qui sont plus qu'idéales, ce sont des souvenirs merveilleux qu'on a au fond de soi comme dans un jardin secret, qu'on a tous dans une vie intérieure. Eh bien, vouloir avoir le désir de retrouver ces sensations-là va vous aider au quotidien, va vous aider au quotidien à faire attention en conscience à ce que vous choisissez pour vous nourrir.
- Speaker #1
D'accord, je comprends mieux. Effectivement, il n'y a pas d'objectif chiffré, d'objectif d'image devant le miroir, d'objectif que la société peut demander. exiger à une femme.
- Speaker #0
Oui, si vous voulez, avec ces clés-là, on parle de la particularité de chacun et de son rapport de chacun. Je pense que les régimes insistent beaucoup sur « j'ai une recette miracle que je vais chercher à généraliser » . Alors il y en a pour qui ça marche, et heureusement, tant mieux. Bien sûr, il y a des régimes, des tas de régimes. les années 80, qui sont remis au goût du jour, j'ai envie de dire. Mais je crois que l'une des choses les plus importantes, c'est se remettre en vie et en rapport avec soi et en rapport avec les autres. Je pense que c'est sortir de l'isolement. C'est vraiment le régime le plus humain, j'ai envie de vous dire, sans... 3 grammes
d'artichaut, 500 grammes de raisin sec et je ne sais pas quoi.
- Speaker #1
Salade verte, haricots verts.
- Speaker #0
C'est du contrôle. C'est enlever un contrôle pour en remettre un autre. Et c'est fou. Moi, j'en transpire d'avance, si vous voulez. Donc, je ne connais personne d'accro au poivre ou d'accro aux épinards, sauf Popeye, peut-être. Mais ce que je veux dire, c'est que le sucre est... Voilà, il est tellement blanchi et transformé que c'est... La vie est difficile. Se faire du mal en plus, sans en être conscient, c'est très troublant. Parce qu'on se dit, à qui profite le crime ? Enfin bon, c'est un mot trop, pardon. Mais j'ai envie de vous dire, chacun doit se redonner le pouvoir de choisir. pour lui ce qui est bon pour lui. Ça me paraît fondamental. Et ce qui amène à ça, c'est la conscience. Et la conscience, elle s'éveille quand on apprend à se connaître, quand on connaît ses désirs, quand on va vers ce que l'on souhaite et non pas vers ce qu'on subit.
- Speaker #1
Excellent. Très bien. Dernière question, Jean-Michel. Si une femme nous écoute en ce moment, et qu'elle s'est reconnue dans tout ce qu'on a dit. Quelle est la première chose qu'elle peut actionner dès aujourd'hui, ce soir, demain matin ? Qu'est-ce qu'elle peut faire ?
- Speaker #0
Se tourner vers elle et aller chercher au fond d'elle ce qu'elle souhaite, ce qu'elle veut, qu'est-ce qu'elle veut changer, comment elle veut changer. Souvent, on oublie que les réponses sont en nous, mais qu'on n'est pas les mieux placés pour aller voir. ses réponses, pour aller trouver ses réponses. Et que moi, je me suis tourné vers la psychothérapie parce que je suis issu de ça, si vous voulez. C'est la psychothérapie qui m'a aidé à me structurer, à me comprendre, à m'éduquer, en quelque sorte. Et je crois que l'une des clés, c'est... Voilà, peut-être j'ai envie de lui dire, prenez un fruit de saison, regardez-le, parlez-lui. Touchez-le, respirez-le, mangez-le en conscience, dégustez-le en conscience, mâchez-le en conscience, savourez-le, ça va dire prendre son temps, prendre son temps. Pourquoi pas face à un miroir, mais comme si ce fruit était quelque chose qui vous souriait de bonheur. Ce bonheur, en fait, c'est la clé pour se débarrasser des addictions.
- Speaker #1
Très bien, je vais faire ça. Merci Jean-Michel. On a beaucoup appris. Ce qu'il faut retenir de notre échange, c'est qu'avant tout, est-ce qu'on peut dire que le but, c'est de comprendre et pas de se punir ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Ok. Donc, je tiens à rappeler que le sucre est et reste indispensable en notre organisme. Il faut simplement doser et équilibrer. Et c'est vrai, c'est ce qui est le plus compliqué. Si vous avez des doutes et si vous voulez savoir où vous en êtes, surtout n'hésitez pas à contrôler votre glycémie au moins une fois par an. Vous pouvez en trouver les coordonnées de Jean-Michel Gérald ainsi que des ressources sur la glycation et la glycémie en description de cet épisode. Un dernier mot Jean-Michel ?
- Speaker #0
Oui, peut-être, j'ai envie de dire, ne restez pas seul. Ces difficultés-là entraînent beaucoup de souffrances. Et ces souffrances, elles ont besoin d'être dites, d'être partagées, pour qu'elles s'éduquent en vous. Et je crois que, fondamentalement, un groupe de parole peut aider. Il existe des tas de fraternités sur le modèle Minnesota qui peuvent aider certaines. certaines de vos auditrices. Et puis, moi, j'aimerais bien pouvoir proposer aussi à terme, pourquoi pas avec vous, j'espère, Karine, des groupes de paroles qui puissent permettre à chacune de comprendre ce qui se passe en elle via la parole de l'autre. Ah oui, mais pour elle, c'est pareil. Et se sentir moins seule et du coup, de libérer cette souffrance qui peut être vraiment un poids au quotidien dans lequel le problème s'enquiste, en fait. Je crois beaucoup au miracle de la parole qui libère.
- Speaker #1
Écoutez, je suis d'accord avec vous. Et effectivement, je pense que de nombreuses femmes que j'accompagne apprécieraient effectivement cette dynamique de groupe accompagnée par un expert qui maîtrise complètement le sujet. Donc, à organiser. On en reparle très, très prochainement.
- Speaker #0
Merci, Karine.
- Speaker #1
Merci, Jean-Michel. Je suis Carine et ceci est notre quête. À très vite.