- Delphine Guillemaud
Chers auditeurs, bienvenue dans Changement de terrain, le podcast de l'agence Sport Impact. Je suis Delphine Guillemot, fondatrice de l'agence, et dans ce podcast, je vous propose d'entrer dans le mental des sportifs. Ensemble, on va retracer leur carrière sportive et s'intéresser particulièrement à leur reconversion professionnelle. À travers leur parcours, leur réussite et leurs échecs, ils nous partagent les clés mentales qu'ils utilisent pour performer. Parce que les défis du sport résolvent souvent avec ceux du quotidien. Changement de terrain, là où l'état d'esprit du sportif devient une source d'inspiration pour relever nos défis. Pour ce quatrième épisode, je reçois Stéphanie Dufour, basketteuse professionnelle reconvertie dans l'entrepreneuriat. Stéphanie a démarré le basket un peu par hasard sur les conseils de son papa, lui-même président de club. Elle gravit les échelons très vite et fait des choix audacieux qui lui permettent d'atteindre ses objectifs très rapidement. Elle devient chef d'entreprise à l'âge de 22 ans quand elle décide de reprendre l'entreprise de son père. En parallèle, elle gère à la fois sa carrière de joueuse et ses études. C'est un parcours puissant de force de travail et de résilience que nous allons découvrir. Bienvenue Stéphanie et merci beaucoup d'être là au micro de Changement de terrain. Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
- Stéphanie Dufour
Alors Stéphanie, 34 ans. Comme tu l'as dit, anciennement basketeuse professionnelle, reconvertie dans l'entrepreneuriat, épanouie, alignée. Voilà, et après, je pense qu'on va avoir l'occasion de discuter.
- Delphine Guillemaud
D'aller plus dans le détail.
- Stéphanie Dufour
C'est ça.
- Delphine Guillemaud
On va commencer par retracer ta carrière sportive assez rapidement, puisque l'idée, c'est d'aller plus en profondeur dans maintenant ta vie d'aujourd'hui. Mais comment et à quel âge tu as démarré le basket ?
- Stéphanie Dufour
Alors, j'ai démarré le basket vers 9 ans, si je ne dis pas de bêtises. quelque chose comme ça. Comme tu l'as dit, ce n'était pas un souhait plus profond. Avant, je faisais de la gym. Et on pose toujours la question, mais t'es soupe, t'as fait de la gym ? Oui, j'ai fait de la gym. Sauf que vu le gabarit que j'avais, la corpulence, ma place n'était pas sur les praticables. C'est vrai que j'étais en surpoids quand j'étais jeune. Donc ma mère m'a pris rendez-vous chez un nutritionniste et mon père m'a dit, il faudrait que tu fasses un sport qui court. Et donc on m'a mis... au basket. Et c'est de fil en aiguille que j'ai eu un parcours dans le basket.
- Delphine Guillemaud
Et quel parcours ? Parce que du coup, on va retracer ta carrière en quelques étapes. Donc, tu commences à jouer à Fosses, dans la Val d'Oise, puis tu intègres le club de Franconville, dont le président n'est autre que ton papa. Tu progresses bien, tu performes, tu bosses beaucoup, et tu intègres le Pôle Espoir Île-de-France, où tu obtiens à deux reprises le titre de championne de France. Ensuite, tu fais un choix surprenant, tu choisis de t'orienter vers un centre de formation plutôt que d'intégrer l'INSEP.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait. J'ai beaucoup réfléchi, parce que c'est vrai qu'un choix de centre de formation, c'est engageant sur les trois prochaines années. Et l'INSEP, quand j'ai fait les essais, alors oui, c'est une très belle institution française, sauf que pour moi, on est trop dans une bulle. Et moi, j'aime l'équilibre. Et c'est vrai qu'en étant dans un centre de formation comme Mondeville, On a un pied dans le monde réel et un pied dans le sport, dans le basket. Et surtout, je me suis dit, je n'ai pas du tout envie de passer à côté de mes années cadettes parce que je savais qu'on pouvait aller chercher des titres de championne de France et de coupe de France. Je ne me suis pas trompée. Choix gagnant, puisque la première année, on finit championne de France. La deuxième année, on fait le doublé avec la coupe et le championnat. Et la troisième année, elle est un peu moins bonne. On a gagné la médaille d'argent. Et j'ai tissé de très belles amitiés au centre de formation.
- Delphine Guillemaud
Est-ce que ce n'est pas aussi le fait que tu as pu continuer tes études qui t'a aussi poussé à faire ce choix du centre de formation plutôt que de l'INSEP ?
- Stéphanie Dufour
L'INSEP, on peut les continuer, sauf que c'est un programme qui est aménagé. On n'est qu'entre sportifs. C'est vrai que pour moi, ça m'oppressait un peu l'INSEP.
- Delphine Guillemaud
Tu voulais avoir un pied dans l'école classique.
- Stéphanie Dufour
C'est ça. Au milieu de gens « normaux » , entre guillemets, même si on est tous normaux.
- Delphine Guillemaud
Hors sportif.
- Stéphanie Dufour
Voilà, hors sportif.
- Delphine Guillemaud
En parallèle, tu continues, donc on vient de le dire, tes études, tu valides un bac.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Tu valides un BTS.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Et tu enchaînes avec une licence en sport business.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Alors, pourquoi justement tu as fait ce choix de continuer les études alors que, du coup, ta carrière sportive, elle était en plein essor ?
- Stéphanie Dufour
Ma mère. Donc après un bac scientifique... En fait, j'ai fait un bac scientifique pour avoir le choix des possibles, parce que je ne savais pas du tout ce que je voulais faire. Donc, je me suis dit, je ne me ferme pas de porte, je fais un bac S. Après, j'ai signé à la Roche-sur-Yon en Ligue 2. Il n'y a pas non plus pléthore de choix en termes d'études. Et j'ai cherché et trouvé un BTS qui était le plus général possible. Et je me suis orientée sur le BTS Assistant Manager. Je savais très bien que je ne finirais pas assistante, mais j'ai touché des matières comme le management, l'éco, le droit, etc. C'est pour ça que j'ai validé un BTS, sans vouloir forcément faire le métier auquel était dédié le BTS.
- Delphine Guillemaud
Donc justement, là, tu l'as évoqué, tu signes un contrat pro à La Roche-sur-Yon, donc ton premier contrat professionnel.
- Stéphanie Dufour
C'est ça.
- Delphine Guillemaud
Tu deviens co-capitaine de ton équipe à 18 ans. Tu peux nous parler un petit peu de cette période ?
- Stéphanie Dufour
Alors, c'est un nouveau monde parce qu'on passe de leader dans une équipe de U18 à toute petite dans un nouveau groupe. J'ai eu la chance d'avoir un groupe extraordinaire, des filles qui avaient une dizaine d'années plus que moi, mais qui avaient telle bienveillance. et qui m'ont intégré finalement assez rapidement. J'ai toujours aimé passer du temps avec les gens plus matures et qui avaient plus d'expérience que moi. Donc moi, je me suis vraiment régalée. Et je pense que c'est là où j'ai commencé à développer une fibre de leadership ou peut-être que c'était tout simplement la continuité de ce que j'avais peut-être pu produire dans mes années cadettes, à l'âge de 18. Et le coach, donc Mathieu Chauvet à l'époque, envie de me responsabiliser et me donner un rôle de co-capitaine parce que je m'entendais bien avec les filles, je n'étais pas forcément quelqu'un qui jouait le plus, forcément, j'étais jeune, donc il fallait faire ses preuves. Et donc j'avais assez de recul pour avoir des mots, pour maintenir l'équipe mentalement dans un match, avoir les mots qui font du bien. Donc voilà comment ça s'est fait.
- Delphine Guillemaud
Déjà, c'est beau d'avoir eu ces responsabilités-là aussi jeune, je trouve. Comment justement ça se poursuit ce contrat à La Roche-sur-Yon ? J'ai cru savoir que tu avais enchaîné après les blessures à un certain moment.
- Stéphanie Dufour
En fait, après avoir validé mon BTS, la troisième année à La Roche, je me suis dit que je vais devenir professionnelle à temps plein. Et là, je suis au prail de ma carrière, ma jeune carrière finalement. Je fais une rupture des ligaments croisés. Donc là, introspection, qu'est-ce que je vais devenir ? On est en train de s'écrouler. Ça n'a pas été une étape facile, mais finalement, qu'elle fait du bien pour relativiser, prendre de la hauteur et se dire, s'il n'y a pas de basket, qu'est-ce que je fais ?
- Delphine Guillemaud
Donc tu as quel âge à ce moment-là ?
- Stéphanie Dufour
21 ans.
- Delphine Guillemaud
Donc tu prends la décision de retourner dans ton club de Franconville. suite à cette blessure.
- Stéphanie Dufour
C'est ça.
- Delphine Guillemaud
Malheureusement, tu perds ton papa dans la...
- Stéphanie Dufour
Un an et demi après avoir signé à Franconville.
- Delphine Guillemaud
Comment t'as fait pour te relever justement de ces épreuves ? Parce qu'en fait, t'as enchaîné. T'as déjà les blessures, tu l'as évoquées, c'était compliqué. Et après, tu as le décès de ton papa.
- Stéphanie Dufour
Comment j'ai fait pour pouvoir me relever ? Pour moi, dans la vie, on a deux options. Soit je me morfonds, soit je me relève. Et ça, c'est vraiment quelque chose que mon père m'a inculqué très très très jeune. Puis, pour moi, une vie en a qu'une. Et je partais du principe que mon père préférerait me voir sourire que pleurer. Maintenant, je dis ça avec le recul, ça a l'air simple, évident. Sauf qu'à cette époque-là, je perds mon président. Avant ça, je perds mon pilier, mon père, qui était quelqu'un de très, très, très important. Je perds aussi le chef d'entreprise qui avait le business familial. Une épreuve qui n'a pas été facile. Je me retrouve derrière son bureau. Finalement, je me retrouve à vivre deux vies. Assumer la sienne, c'est la responsabilité, et la mienne.
- Delphine Guillemaud
Justement, tu peux nous en dire un peu plus parce que tu l'as évoqué. Il avait une entreprise, il était chef d'entreprise. Tu décides à 22 ans de reprendre les rênes.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Pourquoi tu fais ce choix ?
- Stéphanie Dufour
Au plus profond de moi, je savais que depuis toujours, je voulais entreprendre et avoir une entreprise. Ne sachant pas ce que je voulais faire quand j'étais jeune, ma mère m'a beaucoup exposée sur des forums du métier, des choses comme ça. Et je me souviendrai toujours à un moment où je partais à un stand, création d'entreprise, et je prenais toujours tous les prospectus en me disant « mais moi je veux une musique nationale, je veux avoir 1000 salariés dans mon organisation, etc. » Et en réfléchissant d'où venait ce goût pour l'entrepreneuriat, quand j'étais jeune et qu'on m'a expliqué que quand je serais grande, j'aurais plus de vacances scolaires, et que j'aurais 5 semaines et que je devrais demander quand, Je pense. Je prends mes congés, etc. J'ai senti une oppression dès le plus jeune âge. Finalement, je me suis dit, je n'ai pas envie de ça. Moi, je suis très attachée à la liberté. Donc, tout ça pour en revenir pourquoi j'ai fait ce choix-là. De un, j'aimais les filles. De deux, je ne me voyais pas laisser l'entreprise familiale s'effondrer, si je puis dire. Et puis, je me suis dit, tu as envie d'entreprendre, tu as envie d'avoir ton entreprise. Vas-y, fais tes preuves, tu as l'opportunité de le faire.
- Delphine Guillemaud
Donc, en fait, même à ce moment-là, donc tu continues à jouer en tant que joueuse à Franconville, tu reprends l'entreprise de ton père, donc tu deviens chef d'entreprise. Et tu continues aussi ta licence ou tu l'avais déjà validée ?
- Stéphanie Dufour
Non, je la continue. C'était la saison où je revenais de la rupture de mes ligaments croisés. Ma mère me disait, tu ne fais que ça de tes journées. Du coup, j'ai dit, ok, je refais une licence. Du coup, j'avais cours de 14h à 17h. Donc, ça allait. En janvier, il y a le décès de mon papa. Le matin, attention, je n'ai pas repris l'entreprise seule. J'ai mes grands-parents du côté père, qui étaient eux-mêmes chefs d'entreprise. On a repris ça à trois, si je puis dire. Donc le matin, j'allais à l'entreprise, l'après-midi j'allais en cours et le soir j'allais m'entraîner. C'est un genre que j'étais aussi capitaine de l'équipe. Le club avait de l'ambition et je me suis dit, si moi je m'entraîne, si moi je monte l'exemple, personne n'a l'excuse de ne pas se donner à fond aux entraînements et aux matchs. C'était une année assez charnière.
- Delphine Guillemaud
On note quand même une grande maturité, parce que tu as fait des choix qui ne sont quand même pas communs. Si on reprend ton choix d'aller plutôt vers le centre de formation plutôt qu'à l'INSEP, si on regarde le choix de reprendre l'entreprise de ton père. Et aussi, tu as fait le choix de rester jouer à Franconville alors qu'il me semble que tu avais des sollicitations des clubs de Ligue 2. Et tu as préféré rester à ton club formateur parce que tu avais aussi toutes ces activités à côté. Le fait aussi d'être co-capitaine à 18 ans, donc tout ça, ce n'est pas commun à cet âge-là. Comment tu as pu développer cette maturité à ton avis ?
- Stéphanie Dufour
Très jeune, j'ai toujours aimé discuter avec les adultes. Je ne sais pas, je me suis toujours posé beaucoup de questions. Je pense que se poser des questions, ça fait grandir. On essaie de comprendre comment fonctionne la vie finalement. J'étais toujours aussi portée vers les autres, j'ai toujours fait preuve d'empathie. Je pense que j'ai la chance de savoir ce que je veux aussi dans la vie. Et ça, on y arrive en se posant des questions. C'est pour ça que ça permet de faire des choix beaucoup plus éclairés finalement. Et je pense que ça peut venir de là, ce qu'on peut appeler une certaine maturité finalement. Savoir où on veut aller. Et plus on sait où on veut aller, plus les choix paraissent évidents et on sait saisir les opportunités quand elles se présentent.
- Delphine Guillemaud
Ok. En 2019, tu vends du coup l'entreprise de ton père pour te consacrer à nouveau à fond sur le basket. Tu signes à Sceaux, puis tu pars à Geispo !
- Stéphanie Dufour
Geispolsheim.
- Delphine Guillemaud
Oui, on dira Geispo ! Tu fais une dernière saison au Paris Basket. Donc, tu souhaites, avec le Paris Basket, participer à la création de leur équipe féminine, si je ne me trompe pas. Quel regard tu poses aujourd'hui sur ta carrière sportive ? Au final, elle s'est arrêtée il n'y a pas si longtemps que ça, puisque tu as joué sur la saison 2024-2025. Je ne sais pas si tu as assez de recul aujourd'hui pour nous faire un petit flashback. Et voilà, quel regard tu as sur toute cette période de basketeuse ?
- Stéphanie Dufour
Alors, pendant très longtemps, j'avais beaucoup de... pas de regrets, mais je m'étais toujours dit... si je n'avais pas repris l'entreprise de mon père, si je n'avais pas perdu mon père, jusqu'où j'aurais pu jouer ? Je pense que j'aurais pu jouer à plus haut niveau que ce que j'ai fait, parce que finalement, j'ai beaucoup joué en troisième division, ce qui m'a permis toujours d'allier le basket et une activité à côté. Et avec le recul, si je devais le refaire, je ferais exactement la même chose. Je me rends compte que finalement, ça a été une chance d'avoir un pied, on va dire, hors du sport, monde réel, si je puis dire, et le monde du sport. En vendant l'entreprise avant le Covid, en novembre 2019, c'était une société d'événementiel, traiteur et on avait des locaux, donc on faisait la location sale. Donc ça c'est très bien tombé. Parce qu'après c'était très compliqué pour le repreneur. Et là j'avais envie de vivre pour moi, je suis partie du coup à Guespo. C'est un club qui m'a toujours attirée, j'adorais l'état d'esprit. que les Alsaciennes pouvaient avoir quand je jouais contre elles. Enfin, j'ai détesté jouer contre elles, donc je me suis dit, pourquoi pas jouer avec elles ? J'ai tissé de vrais liens, même si la saison a été très courte à cause du Covid. Donc on a fait peut-être 4-5 matchs. On était premières du championnat. Et après, j'ai bougé. J'ai bougé parce que j'avais mon coach mentor, Misha, qui est serbe, que j'avais eu à Franconville, et qui a signé à Colomiers, dans la banlieue toulousaine. Je n'avais pas forcément eu de partir de Gaspaux, mais mon cœur me disait de partir à Colomiers. rejoindre ce coach. Pareil, ça se passe très bien. Et en fait, j'ai eu envie de suivre mon instinct après sur ma saison, de toujours chercher l'alignement avec ce que je voulais faire et être. Après Colomiers, donc c'est à Colomiers que je me lance dans une nouvelle activité entrepreneuriale qui est le conseil en gestion de patrimoine. Et du coup, j'avais envie de consacrer plus de temps à mon activité parallèle. Donc, je suis descendue de niveau, je suis partie jouer à Antibes. Donc, un choix aussi qui était très réfléchi. J'avais une amie aussi qui jouait là-bas. Et après, envie de revenir sur Paris. J'avais une grand-mère malade, besoin de recentrer avec mes proches. Donc, c'est pour ça que j'ai fait le choix de remonter sur Paris. Et c'est à ce moment-là, ça a dû se savoir, que j'étais contactée par Paris Basket. Et le projet, même si j'avais envie de prendre du temps sur le choix de mon club, le projet m'a séduit forcément en tant que femme ambitieuse. Et je m'étais dit, ça peut être bien de faire partie de la première édition du Paris Basket. Bon, je ne sais pas si tu as entendu, mais je n'ai pas fini la saison. J'ai arrêté la saison après peut-être pas trois mois parce que je ne connais pas de plaisir personnel. pas du tout alliés à Je ne trouvais pas mon propre alignement. Du coup, j'ai fait quelque chose qui ne se fait pas beaucoup. J'ai arrêté en cours de saison. Je pense que c'était mieux pour moi, mieux pour l'équipe. Je n'apportais pas l'énergie que je pouvais apporter dans un groupe. Je ne prenais pas de plaisir avec ce qui était proposé. Et puis, je prenais un vrai, vrai plaisir à côté dans l'entrepreneuriat. Donc, je me suis dit peut-être que c'est le moment d'arrêter, tout simplement.
- Delphine Guillemaud
Tu me fais une passe-dé de dingue parce que justement, je voulais qu'on passe maintenant à ta carrière professionnelle, qui est aussi hyper intéressante et du coup que tu as commencé très tôt. Je fais juste une petite aparté. Si vous souhaitez découvrir plus en détail la carrière sportive de Stéphanie, vous pouvez aller écouter le podcast Être et athlète, dans lequel elle explique vraiment tout en détail tout le parcours de sa carrière sportive. Alors aujourd'hui, tu te définis comme networker et consultante en gestion de patrimoine. Peux-tu nous donner plus de détails pour comprendre ? ton métier ?
- Stéphanie Dufour
Je vais reparler de la genèse de ce débarrage. En grandissant, en me rapprochant de la trentaine vers mes 28 ans, forcément mon cercle sont des sportifs de haut niveau. Et je me suis rendu compte qu'il n'y a pas forcément d'accompagnement sur l'après, notamment sur l'accompagnement financier. Je me suis rendu compte que finalement, très peu de gens de mon entourage l'avaient préparé. Et donc du coup, je me suis dit, J'ai envie d'aider à ce niveau-là. Donc, c'est une idée qui a camuré. 30 ans, grosse introspection. Qu'est-ce que je veux devenir ? 30 ans, c'était un cas assez anxiogène pour moi, finalement, qui s'est très bien passé. Et je voulais me relancer dans un projet entrepreneurial. Et quelques mois plus tard, deux, trois mois plus tard, je fais la rencontre de celui qui est aujourd'hui mon formateur et mon parrain dans l'activité. Il s'appelle Rémi. Il m'a dit, voilà, moi, je suis conseillère de son patrimoine rattachée à un réseau. Moi, je connaissais un peu le marketing rationnel et je lui ai dit, OK, quand est-ce que je peux commencer ? Et donc, c'est de là où est né mon vrai projet de reconversion. Et donc, qu'est-ce qu'est le marketing rationnel et pourquoi je m'appelle networker ? C'est tout simplement parce que network, en anglais, ça veut dire réseau. Et du coup, je me développe par le marketing de réseau, le marketing relationnel. J'ai une double casquette. Dans cette activité, c'est que je vais avoir une partie développement de mes clients. Je vais pouvoir les accompagner sur leur trajectoire financière en les aidant à structurer leurs finances. Et la deuxième, c'est que je peux également proposer une opportunité entrepreneuriale à des personnes qui souhaiteraient rejoindre le réseau et donc l'activité.
- Delphine Guillemaud
Ok, donc en fait, tu fais beaucoup de ce qu'on appelle club business, réseau d'affaires pour rencontrer un maximum de gens et promouvoir justement ton activité et essayer aussi d'avoir des gens qui te rejoignent pour... faire la même activité que toi.
- Stéphanie Dufour
C'est ça. Moi, j'expose un maximum de monde déjà aux concerts, parce qu'aujourd'hui, la conjoncture est compliquée, le système des retraites est menacé. Donc, j'ai forcément beaucoup de convictions dans mon activité qui me passionnent, puisque pour moi, c'est des sujets sociétaux que je défends. Et la deuxième, c'est aussi que je me rends compte qu'il y a beaucoup de gens qui ne sont pas épanouis professionnellement. Et donc, c'est tendre la main à des gens qui souhaiteraient entreprendre. qui n'osent pas, des gens qui souhaitent entreprendre sans réellement savoir dans quoi, et surtout proposer à des sportifs aussi de pouvoir entamer une reconversion qui est totalement faisable en double activité en tant que sportif et même dans une vie traditionnelle. Moi aujourd'hui dans mon équipe, j'ai des gens qui viennent d'univers totalement différents, j'ai une directrice d'école primaire, j'ai des anciens de la cuisine, en fait c'est des gens qui ont envie d'autre chose. d'avoir une activité qui fait du sens et dans laquelle il y a un vrai marché.
- Delphine Guillemaud
Ok, d'ailleurs, avec Phenix Capital, c'est le nom de ton entreprise en gestion de patrimoine, tu t'adresses pas forcément qu'aux sportifs finalement, tu t'adresses à tout le monde. Parce que tu m'avais donné une stat qui était intéressante, tu m'as dit que 60% des sportifs finissaient fauchés au bout de 5 ans. Donc là, on est vraiment sur un sujet, je pense, qui est intéressant. Si on fait un petit zoom sur juste les sportifs, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils gagnent beaucoup d'argent et qu'ils le dépensent sans vraiment réfléchir ?
- Stéphanie Dufour
En fait, ce qui se passe, encore une fois, je ne vais pas faire de généralité, mais les stats sont les stats. En tant que sportif, alors... On parle de ceux qui, nous les femmes, c'est différent. Et puis à certains sports, on est obligé de penser à la presse parce que c'est assez évident. Mais c'est vrai que dans certains sports, les montants, les salaires sont exorbitants. Je ne dis pas que c'est trop payé ou pas du tout. C'est juste qu'on s'habitue à un train de vie assez confortable. Et j'ai fait des calculs. C'est impossible qu'un sportif gagne de manière, avec des revenus risquels, ce qu'il a pu gagner toute sa carrière. Les carrières sont courtes, contrairement à un plan de carrière traditionnel. Donc, il faut sensibiliser. Sauf qu'il y a un manque de sensibilisation à ce niveau-là, auprès des clubs, auprès peut-être de l'environnement aussi, du joueur. Ça peut être les agents, ça peut être les familles aussi, qui peuvent tirer profit des gains. Donc, il y a une vraie stat et qui fait mal au cœur finalement, puisqu'on fait beaucoup de sacrifices, on met notre corps à rude épreuve. Et effectivement, c'est 60% des sportifs qui terminent fauchés après 5 ans d'arrêt de leur carrière.
- Delphine Guillemaud
C'est énorme. C'est énorme. Et du coup, qu'est-ce que tu leur conseillerais à ces sportifs ? Donc, il y a une notion d'anticiper l'après. Donc, effectivement, je pense qu'il y a la partie formation ou reconversion qu'on va un petit peu plus évoquer. Mais est-ce qu'il y a aussi d'autres, justement, tips en termes de gestion financière, plutôt investir dans l'immobilier, ce genre de choses ?
- Stéphanie Dufour
En fait, il faut commencer très tôt. Dès lors qu'on gagne de l'argent, mais ça, ça s'applique à tout le monde, mais dès qu'on commence à gagner de l'argent, il faut commencer à placer et investir. Parce que déjà, on a vu qu'il n'y a aucune garantie de finir sa carrière à 30 ans, 35, 40 ans, peu importe à l'âge auquel on a envie de terminer. Et donc, ça permet de préparer la suite, même si on ne sait pas forcément ce qu'on veut faire sur un plan professionnel, ça permet d'avoir une certaine sécurité financière finalement. qui permet de pouvoir subvenir à nos besoins quand on arrête la carrière. C'est un vrai sujet de mettre de la pédagogie financière ou de l'éducation financière dans les centres de formation.
- Delphine Guillemaud
Du coup, toi, c'est avec Phenix Capital, là où tu interviens, tu peux accompagner un sportif ou un non sportif sur cette gestion financière, les placements, essayer de l'orienter au mieux pour qu'il puisse faire fructifier son argent.
- Stéphanie Dufour
C'est ça. En fait, moi, je propose des solutions en fonction des projets des personnes que je vais accompagner. Est-ce que ça va être du placement ? Est-ce que ça va être de l'immobilier ? Est-ce que ça va être optimiser sa fiscalité ? C'est vraiment du sur-mesure. En tout cas, c'est comme ça que j'ai envie d'exercer mon activité.
- Delphine Guillemaud
Un accompagnement de proximité.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Personnalisé.
- Stéphanie Dufour
Exactement.
- Delphine Guillemaud
Alors, tu sais qu'on a interviewé Kélian Galletier, que tu connais.
- Stéphanie Dufour
J'ai cru voir ça.
- Delphine Guillemaud
Parce que vous êtes tous les deux au Factory Club.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Alors, est-ce que tu peux nous parler un petit peu du Factory Club ? Parce que c'est intéressant justement pour la reconversion des sportifs.
- Stéphanie Dufour
Alors moi, Factory Club, j'ai été très séduite par leurs valeurs et leurs projets, à savoir d'accompagner des sportifs dans leurs projets entrepreneuriaux. C'est comme ça que j'ai rencontré Kélian. Donc moi, j'ai décidé d'être investisseuse, donc je suis également associée à ce projet. Et c'est un projet qui nous tient à cœur finalement, c'est de pouvoir intervenir dans les clubs, sensibiliser sur les sujets qu'on a dans le podcast et d'avoir un impact dans le sport. avec la conviction que l'entrepreneuriat peut être une très belle porte de sortie après la carrière, que c'est quelque chose qui peut se faire en parallèle de sa carrière de sportif, et que c'est une super expérience de vie. Finalement, on a la possibilité d'utiliser toutes les compétences et les valeurs du sport sur un projet qui peut nous tenir à cœur. Donc, je suis très attachée à ce projet au Factory Club. Je suis avec Julien et Alex, qui sont les deux fondateurs. On développe comme ça sur des actions.
- Delphine Guillemaud
Ok.
- Stéphanie Dufour
J'aime le sport.
- Delphine Guillemaud
Du coup, si vous êtes intéressé, n'hésitez pas à aller sur la page du Factory Club. Et puis, si vous êtes un sportif qui est en train de réfléchir à sa carrière professionnelle, n'hésitez pas à aller vers eux aussi. Je pense qu'ils pourront vous encadrer, vous orienter et vous accompagner.
- Stéphanie Dufour
Ah ouais, ils seront très contents de le faire.
- Delphine Guillemaud
Alors, il paraît que tu as un deuxième projet en tête. Est-ce que tu souhaites nous en parler ?
- Stéphanie Dufour
Oui, avec grand plaisir. Donc en parallèle de mon cabinet, Phenix Capital, j'avais à cœur de vouloir contribuer aussi à peut-être... aider le sport, avec toute humilité évidemment, mais de trouver des solutions sur les lacunes que j'ai pu rencontrer pendant ma carrière. Donc avec des amis, on avait la même volonté, c'était de créer une agence à 360 pour pouvoir aider les sportifs. C'est très énergivore, l'accompagnement de l'humain, et on se rend compte finalement qu'entre ce qu'on dit et ce qu'on fait, ce n'est pas forcément toujours le cas.
- Delphine Guillemaud
Ce n'est pas applicable forcément.
- Stéphanie Dufour
Voilà donc on y laisse beaucoup de plumes en termes d'énergie. C'est très bien puisqu'on a acquis de l'expérience. Du coup, je pivote sur ce projet. La volonté est toujours la même, c'est de pouvoir accompagner tous les sportifs, pas forcément le basket, et pas forcément que le basket féminin. Au contraire, c'est un pouvoir, en fait c'est assez universel finalement, de pouvoir aider tous les sportifs via... un projet qui sera plus sur la Sportec, avec une plateforme qui va faire de la mise en relation. Le projet est à venir, donc je pourrais t'en dire plus quand il sera sorti, et c'est une histoire de quelques semaines.
- Delphine Guillemaud
Ok, on reviendra pour en savoir plus.
- Stéphanie Dufour
Avec grand plaisir.
- Delphine Guillemaud
Alors, en préparant l'interview, je t'ai demandé quel avait été l'élément déclencheur qui t'avait décidé à mettre fin à ta carrière de basketeuse, et tu m'as répondu l'envie d'autre chose, l'envie d'être maître de mon destin. d'avancer plus vite, de construire avec des gens qui ont ma vision et mon mindset. Est-ce que dans ta carrière sportive, tu t'es sentie freinée à certains moments ?
- Stéphanie Dufour
Oui, plein de fois. Parce qu'on avance en groupe. On avance en groupe avec nos coéquipières, on avance en groupe avec nos coachs, on avance en groupe aussi avec nos dirigeants. Alors quand on est jeune, pas forcément parce qu'on est plutôt dans un tunnel, on n'a pas forcément une prise de hauteur qu'on peut avoir quand on mûrit. Et moi, vers mes 30 ans, j'ai commencé à beaucoup lire, à me développer énormément personnellement. C'est là où je commençais à avoir toutes les lacunes qu'on a dans le sport, avec cette prise de hauteur. Et je me suis sentie peut-être plafonnée. Et forcément, la réussite, c'est ce qui fait aussi la beauté d'un sport co, c'est que quand tout le monde est aligné, on peut faire des choses extraordinaires. et quand on n'a pas un alignement sur les objectifs, sur... L'énergie qu'on a envie de mettre dans ce projet-là, il peut y avoir une certaine frustration. Et donc, je me suis dit, on attend une saison de plus, on attend une saison de plus, etc. Et je trouvais que je pouvais beaucoup plus être maître de mon destin dans l'entrepreneuriat. Et c'est là où j'ai commencé à prendre beaucoup plus de hauteur par rapport au sport. Mais oui, en fait, on a des frustrations quand on est dans un sport co. Et c'est pour ça que c'est... très jouissif quand on arrive à être au bon endroit, avec les bonnes personnes et atteindre des résultats de très bons résultats. Mais c'est ce qui fait la beauté du sport et c'est aussi ce qui est très compliqué dans le sport.
- Delphine Guillemaud
C'est la mise en relation de tous les individus pour former une équipe qui gagne.
- Stéphanie Dufour
Et du coup, ça demande une certaine réflexion de mettre tout ça en place. Sauf que ce n'est pas une volonté forcément des dirigeants ou du sport. En fait, le sport, on prône beaucoup la performance, mais je trouve qu'il y a énormément d'outils qui sont manquants pour atteindre justement cette harmonie dans la réussite. Chose que je retrouve énormément dans mon activité parallèle, dans le marketing relationnel, où tout est mis en place pour faire réussir les autres. Et les gens qui sont là, c'est des gens qui ont réellement envie de réussir.
- Delphine Guillemaud
Et les outils qui pourraient être mis en place, c'est quoi ? C'est peut-être plus d'ouverture sur des nouvelles façons de faire ? des nouveaux profils de coach, des nouvelles façons de sensibiliser aussi les sportifs ? Ça peut être quoi comme outil ?
- Stéphanie Dufour
Déjà, ne serait-ce que sur le recrutement, il n'y a pas que des stats à prendre en compte. Donc certes, les stats, il peut y avoir une certaine complémentarité sur quelqu'un qui est plutôt défensif et une autre plutôt offensive. Mais il y a surtout sur les tempéraments. Et ça, je... Après, je parle à mon échelle. Peut-être que sur des niveaux où il y a aussi peut-être plus d'argent dans certains sports. Mais c'est vrai qu'au niveau auquel je jouais et que j'assume, il me manquait tous ces éléments-là.
- Delphine Guillemaud
Finalement, il n'y a pas vraiment de zoom sur l'humain tel quel dans le collectif. On est plus sur la performance physique.
- Stéphanie Dufour
C'est-à-dire que sur le recrutement, on ne va pas chercher la complémentarité des individus. Et encore une fois, peut-être que c'est un manque de moyens aussi financiers, etc.
- Delphine Guillemaud
Ou c'est une autre approche. qu'il faut ouvrir et qui demande ça.
- Stéphanie Dufour
Je suis intéressée. Je pousse à aller vers cette voie-là. Et aussi, c'est un peu dans le monde professionnel et dans le sport, c'est qu'un manager, ce n'est pas une position, c'est une compétence. Et ça, je n'arrête pas de le dire. Le management, c'est une compétence qui s'acquiert. Ce n'est pas parce qu'on est un diplôme de coach que, par définition, on est forcément un bon manager. Pour moi, un leader, c'est quelqu'un qui sait faire bouger les gens. et qui doit avoir de très bonnes compétences managériales. Et ce n'est pas toujours le cas. Et pour moi, c'est ça la performance, c'est se dépasser en tant qu'humain, oui sur le terrain, mais aussi dans le développement personnel. C'est ça que je ne retrouvais pas forcément sur mes dernières années dans le sport.
- Delphine Guillemaud
Alors, quelles ont été tes difficultés pour passer de joueuse de basket à entrepreneur ?
- Stéphanie Dufour
C'est une question, si tu me l'avais posée il y a encore un an, j'aurais été incapable d'y répondre. Là, ça fait un an et demi que j'ai arrêté le basket et ça m'a permis de prendre énormément de hauteur. C'est très difficile de retrouver sa vraie identité. L'identité que je cherchais, celle de moi en tant que femme et plus en tant que sportive. C'est vrai qu'on est dans un cadre, quand on est dans le sport, tout est cadré, nos entraînements sont bien organisés, etc. Donc c'est vrai qu'il y a des choses sur lesquelles on n'a pas besoin de réfléchir, on se laisse porter. C'est vrai que quand tout s'arrête, tu as une certaine liberté qui est décuplée, puisque tu as tes week-ends, tu as tes soirées, et en fait tu as un emploi de temps qui est vide. Après je travaillais déjà, j'étais déjà dans l'entrepreneuriat, mais en fait c'est un changement de paradigme qui est assez fort. Et ça demande de savoir, maintenant ça y est, 22 ans de carrière, ce qui me définissait, en partie, mais en grande partie. qu'est-ce que je deviens aujourd'hui ? Qui suis-je vraiment sans la balle orange ? C'est un exercice qui m'a... Un an, un an et demi, de savoir ce que je voulais vraiment. Encore une fois, chercher l'alignement. Ce qui était dur, ce n'est pas tant l'activité professionnelle, puisque moi je l'avais trouvée, j'ai eu la chance de l'avoir trouvée et de décider quand j'ai envie d'arrêter le basket et pas quand je pouvais. Ça, c'est aussi une chance. Mais c'est surtout en tant que femme et discuter aussi avec des amis. qui ont été un peu proches en même temps que moi. C'est un vrai sujet, savoir maintenant qu'est-ce que j'ai envie de faire, qui j'ai envie d'être et quelles valeurs j'ai envie de partager.
- Delphine Guillemaud
C'est intéressant parce qu'en fait, je pense qu'ils y passent tous, enfin, vous y passez tous, les sportifs, à un moment donné, quand votre carrière s'arrête, vous vous dites, ok, d'accord, maintenant, qu'est-ce que je fais, en fait, et qui je suis ? Donc, t'es vraiment dans une quête identitaire. Et je pense qu'il y en a qui doivent très mal le vivre parce qu'ils sont tellement définis par leur sport.
- Stéphanie Dufour
Tout à fait.
- Delphine Guillemaud
Du coup, ils se perdent un petit peu. Et c'est pour ça qu'on parle de cette transition qui est toujours très compliquée. Donc, toi, tu t'es posé en tout cas les bonnes questions. Et aujourd'hui, tu as l'air pleinement alignée. Parce que c'est un mot que tu répètes depuis le départ. Et ça se voit. Moi, je te vois. Ça se voit que tu es vraiment en quête d'aller sur quelque chose qui te plaît et que tu es vraiment dans un truc de vouloir être à fond dans tout ce que tu fais. Donc, c'est top. Je voulais te poser la question, quelle est la compétence sportive que tu as développée qui a été la plus difficile à adapter au monde de l'entreprise ?
- Stéphanie Dufour
Très bonne question. Je pense que c'est la résilience. En fait, elle est évidente dans le monde du sport parce qu'il faut se relever, etc. Donc, on identifie plus facilement un résultat dans le sport que dans l'entrepreneur, dans le monde de l'entreprise, c'est moins palpable. Surtout que... C'est moins palpable, donc c'est moins identifiable. Tu ne sais pas si c'est un échec que tu es en train de traverser, si c'est un obstacle. Après, moi, ma relation à l'échec est très... Je ne sais même pas vraiment ce qu'est un échec. On m'a déjà posé la question, quel est ton plus gros échec ? Je ne sais pas quoi répondre quand on parle d'échec. Parce que moi, je prends ça comme un tremplin et un obstacle.
- Delphine Guillemaud
Quand on a préparé l'interview, justement, je t'avais posé cette question. Et tu m'as mis que, justement, l'échec est fondamental dès lors qu'on a décidé de réussir. Je suis assez d'accord avec toi. En fait, c'est impossible d'avoir un parcours sans faute et au final, même, tu te fais chier.
- Stéphanie Dufour
Ah oui, c'est exactement ça.
- Delphine Guillemaud
Donc, le fait d'avoir des échecs te permet de te poser des questions et de comprendre, justement, le pourquoi du comment.
- Stéphanie Dufour
Oui. Donc, pour rebondir sur la question juste avant, c'est ça, c'est... Comment identifier un résultat ? Et c'était ça qui était le plus difficile pour moi dans la compétence à retransmettre dans l'entrepreneuriat. Et après, oui, l'échec, en fait, je ne sais pas si c'est l'humain ou si c'est en France où on parle que l'échec est mauvais. Mais il faut échouer perpétuellement parce que si on n'est pas en échec, c'est-à-dire qu'on ne sort pas de sa zone de confort et on ne se met pas en déséquilibre. Et moi, j'ai compris un truc récemment. Mon coach, la mentor, quand on faisait des exercices de dribble, disait, si vous ne perdez pas la balle, c'est que vous ne faites pas bien l'exercice. Et en fait, je me suis dit, mais c'est exactement ça. C'est que si je fais tout bien, je ne me mets pas en déséquilibre et je ne progresserai pas. Donc, je pousse les gens. Ça a même été le sujet d'une intervention que j'ai faite il y a 3-4 semaines. C'est un événement qu'on avait fait en équipe où le titre de mon intervention était « Oser poursuivre l'échec » . Et alors, c'est assez... C'est clivant. Ça ne parle pas forcément aux gens. Mais il faut poursuivre l'échec. Il faut dire, je ne suis pas en échec. C'est quoi mon prochain échec ? C'est là où tu crantes, c'est là où tu apprends, c'est là où tu grandis. C'est mes convictions.
- Delphine Guillemaud
Je suis assez d'accord. Après, c'est vrai que les gens ont du mal à parler de leurs échecs. Mais au final, ça fait partie de la vie.
- Stéphanie Dufour
C'est tellement passionnant un échec. T'as eu le courage de faire ça. Et aux Etats-Unis, j'avais lu un livre, je ne sais plus dans lequel, où il disait que les Texans, ils étaient fiers de parler de leurs échecs, parce que ça montre aussi l'audace que tu as d'avoir tenté, tu vois. D'avoir recommencé. Exactement.
- Delphine Guillemaud
Quel conseil tu pourrais donner à un jeune sportif qui commence sa carrière ?
- Stéphanie Dufour
D'être très bien entouré. Ça, c'est super important. Je veux dire, ça, c'est la base. Et quelque chose qu'on ne répète, qu'on ne dit pas, peut-être. même et qu'on ne répète pas assez, c'est que tout, absolument tout s'arrête après la carrière. Tout, c'est-à-dire la notoriété, le rythme, la reconnaissance. Il faut être préparé. Et c'est vrai qu'on a l'impression que c'est éternel quand on est dedans et c'est aussi le milieu qui fait ça. Et c'est de toujours prendre de la hauteur sur qui on a envie d'être au-delà du sportif. Parce que ça va driver nos choix de club, ça va driver nos choix de vie également. C'est ça que j'aimerais.
- Delphine Guillemaud
Et justement, pour mieux se connaître, comment il peut faire le jeune sportif ? Parce que ça, c'est une grande question. Mais moi, je trouve que déjà, c'est compliqué. Je suis un peu plus âgée que toi. Mais de bien se connaître, ça demande quand même un travail, en fait. D'aller chercher les réponses et de se les poser déjà. Comment il pourrait faire ? Est-ce que c'est par exemple un préparateur mental ou tout ce qui est professionnel du mental qui pourrait l'aider ? Ou est-ce que c'est lui qui doit aller chercher des réponses ?
- Stéphanie Dufour
Pour moi, l'accompagnement mental est fondamental. Tout le monde doit être coaché, finalement. Mais c'est surtout expérimenter. Hors des sentiers du sport et d'avoir un entourage aussi hors sport. parce que ça permet d'avoir des retours d'expérience. En étant dans un environnement, forcément, on est en totale immersion et c'est très bien pour réussir. Mais parfois, ça enferme un peu. On a peut-être un manque de réflexion sur ce qui se passe à l'extérieur. On est vraiment dans une bulle et tout est fait pour qu'on performe. Donc, c'est normal qu'on soit dans une bulle de performance. Mais des fois, il faut peut-être péter la bulle et de voir ce qui se passe ailleurs. Oui, s'acculturer, découvrir, explorer. Moi, j'ai eu la chance finalement d'avoir toujours eu un pied dans le monde hors du sport et dans le sport. Et je pense que c'est ce qui fait que j'ai un certain équilibre. En tout cas, que j'ai eu un équilibre assez rapide à la fin de ma carrière.
- Delphine Guillemaud
En tout cas, une ouverture d'esprit incontestable. Oui, ça permet d'avoir une vision beaucoup plus large.
- Stéphanie Dufour
Et en fait, dans les clubs, dans le sport, si on fait autre chose que son sport, on a l'impression de ne pas être concentré, de ne pas être à fond. Et ça, on nous l'a dit, on nous l'a répété, etc. Et en fait, ça ne pousse pas à sortir du milieu du sport. Et pour moi, c'est une erreur. C'est une erreur. Alors, c'est peut-être des études, mais ça peut être de la lecture, ça peut être des activités, si on aime, je n'en sais rien, cuisiner, si on aime peindre, la politique, je n'en sais rien. Mais c'est juste, déjà, il faut savoir qu'on est attiré par tout ça. Déjà, hors sport, c'est difficile de savoir ce qu'on aime dans la vie. Et moi, je vois encore des gens qui n'ont rien à voir avec le sport, qui ne sont pas épanouis professionnellement, etc. Donc finalement, c'est un message universel, mais dans le sport, comme on a une identité qui est forgée par le sport, c'est dur des fois de la déconstruire.
- Delphine Guillemaud
Est-ce que tu peux me citer un mot ou une valeur pour te définir ? L'audace. Oui. Et du coup, la dernière question du podcast, à qui s'adresse ton message aujourd'hui ?
- Stéphanie Dufour
Moi, j'aime avoir un message universel. J'aime impacter les gens. Voilà, tous les gens qui pourront écouter ce podcast. Oui, j'ai une histoire dans le sport. Oui, j'ai un passif de sportive. Mais on a tous une histoire, finalement. Et encore, le sport ne me définit pas. Mais le message que j'ai envie de porter... c'est d'être heureux. Alors ça va peut-être être une phrase on va dire j'en sais rien Instagram j'en sais rien mais je le pense vraiment c'est d'être heureux et pour être heureux c'est de se poser la question qu'est-ce qui fait que je peux être heureux ou encore plus heureux si je ne sais pas répondre à cette question c'est de pouvoir y répondre et si j'ai les réponses c'est de pouvoir mettre les actions pour pouvoir atteindre ce qui me manque à cette quête du bonheur voilà tout simplement.
- Delphine Guillemaud
Bon bah ça c'est une belle conclusion. Merci beaucoup Stéphanie pour cet échange. Je te souhaite beaucoup de réussite et d'être épanouie dans tous les domaines de ta vie. Vous pouvez suivre Stéphanie sur ses réseaux sociaux. Si vous souhaitez aussi en savoir plus sur Phoenix Capital, elle a une page sur LinkedIn, vous pouvez la contacter sans problème. Nous, on se retrouve le mois prochain pour un nouvel épisode de Changement de terrain. À bientôt. À bientôt.