- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans notre podcast « Changer de sillon » , le podcast qui partage des trajectoires agricoles qui font sens. Animateurs et animatrices au CIVAM du Haut-Bocage, nous allons vous emmener à la rencontre de fermes engagées dans une agriculture durable. Une agriculture autonome, viable et vivable, qui fait du bien à ceux et à celles qui la pratiquent, au territoire et à l'environnement. En bref, une agriculture qui rend nos campagnes vivantes. Nous découvrirons comment ces agriculteurs et agricultrices ont choisi de vivre de ce métier en repensant leurs pratiques et la valorisation de leur production. Expérimentation, échanges, moments de doute, de réussite, transmissions d'expériences, chaque épisode vous plongera dans ces trajectoires de changement. Et parce que l'agriculture se construit aussi collectivement, ce podcast mettra en lumière la force du collectif porté par le réseau CIVAM. Alors, chaussez vos bottes et rejoignez-nous pour vous laisser inspirer. Le territoire du Haut-Beaucage, dans le nord des Deux-Sèvres, est, comme son nom nous le laisse supposer, une terre d'élevage et de pâturage. Sonia et Fabrice se sont installées en deux temps sur la ferme familiale de Fabrice, sur la commune de Mauléon, petite cité médiévale, de 8600 habitants. Ils ont progressivement modelé la ferme en se tournant vers l'extérieur pour construire un modèle viable autour de leurs bovins allaitants. Ils nous racontent leur trajectoire.
- Speaker #1
Bonjour Sonia. Bonjour, je suis éleveuse de bovins allaitants de race blonde d'Aquitaine, au Gaec Coutant and cow. Je me suis installée en premier sur la ferme familiale du papa de Fabrice. J'ai choisi de faire ce métier par passion. J'ai fait un BTS, gestion des exploitations agricoles. Après, j'ai eu une expérience en contrôle laitier pendant huit années. Et c'est vraiment le lien vers les animaux qui m'a guidée à m'installer, à réaliser un peu ma passion. Donc je travaille aujourd'hui dans un beau territoire, le Bocage, avec des parcelles fraîches et bordées de haies.
- Speaker #0
Aujourd'hui, sur votre ferme. tu élèves des vaches de race blonde d'Aquitaine. Peux-tu nous raconter la trajectoire de la ferme à ton arrivée, puis dans les années qui ont suivi ?
- Speaker #1
Au départ, je me suis installée toute seule sur la ferme du papa de Fabrice. C'était une petite ferme conventionnelle. Il y avait une quarantaine d'hectares de prairies et quatre hectares de céréales. La partie élevage était plutôt un système extensif basé sur les prairies. Par contre, la partie engraissement des vaches, comme j'avais peu de surface, était assez intensive, donc pas mal de paille et d'aliments. Et en fait, tous ces animaux qui étaient engraissés comme ça partaient plutôt en filière longue, soit en réseau national, soit plutôt vers l'export aussi. Et puis, petit à petit, j'ai eu un petit peu plus de terre, j'ai agrandi mon cheptel et il s'est trouvé qu'en 2015, j'ai rencontré un animateur du CIVAM. Et on a discuté, il m'a dit tu peux venir rejoindre des groupes bovins, des groupes herbes. Et puis il me dit sur le territoire, il y a une mesure agro-environnementale et climatique qui est proposée. Donc il dit je pense que ta ferme peut rentrer dedans. Et donc je suis rentrée dans cette MAEC, j'ai commencé à amorcer un petit peu mon changement. Et puis s'en est suivie une année de sécheresse. Donc là je me suis posé quelques questions. j'avais J'ai agrandi ma ferme, j'avais changé de système et j'étais partie dans un système plus extensif. Mais finalement, j'avais quand même encore un peu trop de bovins. Donc du coup, à partir de cette année de stress, je me suis dit comment faire pour être autonome, pour réussir à élever mes animaux sans avoir besoin d'acheter du fourrage à l'extérieur, parce que c'est quelque chose que je n'avais jamais fait. Mais là, du coup, j'étais devant le mur, donc il fallait que j'achète du fourrage. J'ai été voir à la ferme expérimentale à Torigny-d'Anjou, une visite qui était proposée par le CIVAM. Je me suis dit que je pouvais m'inspirer de certaines choses et notamment utiliser moins d'achats d'aliments, produire mes propres céréales. Donc j'ai commencé à introduire de la févrole et petit à petit, j'ai glissé comme ça vers un système plus autonome, plus durable. Et puis, en faisant tous ces petits progrès... Je me suis dit, finalement, est-ce que je ne peux pas aller jusqu'au bio ? J'ai fait des formations, là aussi avec le CIVAM, sur tout ce qui était aromathérapie pour les bovins. J'ai vu que ce n'était pas encore hyper difficile de se passer les antibiotiques. J'ai aussi été voir d'autres éleveurs, parce que quand on passe en bio, il y a les idées reçues. La blonde d'Aquitaine, ce n'est pas possible, c'est une vache qui mange des croquettes, beaucoup d'aliments. Donc en bio, tu n'y arriveras pas. Donc on a eu la chance de rencontrer des gens qui nous ont dit non, non. la race blonde d'Aquitaine, même en autonomie, tu y arriveras, ça prend juste un peu de temps, il faut de la patience.
- Speaker #0
Cette transition de tes pratiques vers le bio a amené des questionnements sur vos débouchés. Comment ces changements se sont-ils opérés ?
- Speaker #1
J'avais des demandes de la famille qui me disaient nous pourquoi pas, on aimerait bien manger un peu plus local. J'étais persuadée de produire une viande en ayant gagné en autonomie, une viande qui était de qualité. Et ça me gênait beaucoup d'avoir une viande différente de celle des copains et des voisins et qu'elle se retrouve dans le même circuit. C'est-à-dire qu'il n'y avait pas de différenciation sur la qualité de ma viande. Donc j'ai commencé à faire quelques veaux quand j'étais toute seule en vente directe. Le fait de faire quelques veaux, la famille après nous a dit, si tu fais du veau, pourquoi pas faire des vaches ? Donc c'est comme ça que je me suis dit, ça serait bien de commencer à changer de méthode de commercialisation. C'est vraiment la rencontre avec d'autres agriculteurs qui m'ont dit que ce changement était possible. Et puis après, ça tombait très bien parce que mon mari avait une petite idée qui lui trottait dans la tête. C'était de revenir sur la ferme, s'installer avec moi et qu'on développe cette vente directe. Fabrice,
- Speaker #0
peux-tu te présenter et nous expliquer dans quel contexte tu t'es installé avec Sonia ?
- Speaker #2
Bonjour Stéphanie, je m'appelle Fabrice, je suis le mari de Sonia. Je l'ai rejoint sur la ferme. En janvier 2020, avant j'avais un travail à l'extérieur et j'avais fait le tour de mon métier. J'ai arrêté ce métier-là. On s'est dit que c'était peut-être l'occasion d'essayer.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a permis d'avancer dans ce projet de vente directe ?
- Speaker #2
C'est déjà d'avoir un peu de temps entre le métier que j'avais arrêté avant et quand je me suis installé. Il s'est écoulé à peu près un an. Ça m'a permis de lancer mon projet, notamment en faisant une étude. études de marché, en créant un site internet. Le jour où je me suis installé, tout était prêt pour capter les clients. Donc ça, ça a été la première chose. À ce moment-là, on est passé aussi en bio. Et ça, c'est important parce que ça nous a ouvert des marchés derrière. Ce qui a été important aussi, c'est tout le réseau, les gens qu'on a pu rencontrer sur le terrain. Nous, on est dans un secteur géographique où on a la chance d'avoir des outils agroalimentaires, que ce soit des abattoirs, des ateliers de découpe. On a aussi... Beaucoup d'agriculteurs qui font de la vente directe, donc ça veut dire que certains ont des camions frigorifiques qui sont prêts à louer à d'autres, ou alors c'est sous forme de CUMA. Donc tous ces outils nous ont permis de nous lancer sans faire d'investissement en fait. C'était aussi un rassurant pour nous en se disant que si on échouait dans notre projet, on n'avait pas investi, donc dans le pire des cas, il fallait que je retrouve un emploi, mais on n'avait pas d'engagement financier. Petit à petit, tous les freins ont été levés grâce aux rencontres qu'on a faites? à droite, à gauche. Ce qui a été important aussi pour lancer le projet, ça a été de bien fixer le prix de vente de nos produits. Aujourd'hui, on a un prix qui est tout à fait cohérent avec le marché de la vente directe. On avait vraiment bien déterminé le bon prix dès le départ.
- Speaker #0
On voit que les rencontres ont été pour toi et Sonia des leviers de changement, autant dans l'élevage que dans la commercialisation. Peux-tu nous détailler vos modalités de vente et votre organisation sur la ferme ?
- Speaker #2
Aujourd'hui, on vend désormais quasiment 100% de nos vaches en vente directe. On vend une grande partie des veaux aussi en vente directe. Mais aujourd'hui, c'est vraiment une satisfaction. On a plusieurs voies de commercialisation. On est présent au marché domadaire de notre commune à Moléon. On vend aussi à la ferme, on reçoit des clients à la ferme. Et puis, on fait partie d'une association d'éleveurs qui s'appelle Bon et Bocain, qui est située dans le... dans le bocage du Bressuirais, et qui fournit des cantines scolaires et des EHPAD. Donc ça, c'est un marché complémentaire qu'on voit à notre vente directe. D'ailleurs, c'est aussi grâce au CIVAM, mais à la rencontre d'autres éleveurs qu'on a intégré ce groupe d'éleveurs. On fait aussi de la livraison en ville. On est présent à Nantes, Tours et Paris. Donc ce ne sont que des clients particuliers. Et pour se développer, notamment sur... Paris, on a eu l'opportunité de participer à des salons. C'est des salons sur lesquels on rencontre beaucoup de clients et où on vend beaucoup nos produits. Mais en plus, ça nous donne un carnet d'adresse qui va nous permettre ensuite de livrer 5-6 fois l'année sur Paris. Ça permet à nos clients parisiens de manger une viande de qualité à un prix très abordable pour eux, mais qui est rémunérateur pour nous. Et donc aujourd'hui, on est... tous les deux avec Sonia sur la ferme. Moi, je suis plutôt sur la partie vente directe et elle est plutôt sur la ferme. En tout cas, tout ce qui est partie livraison sur la région parisienne, Tours et Nantes, c'est moi qui m'en occupe. Chaque fois que je reviens d'une ou deux journées de livraison dans ces villes, on a fait le plein de bonnes énergies. Tous les clients qu'on rencontre sont hyper contents de ce qu'on a fait. qu'on leur fournit comme viande. Ils ne nous achètent pas seulement de la viande, ils achètent aussi un lien à notre ferme. Ils sont contents quand on prend 5-10 minutes avec eux pour discuter de ce qu'on fait à la ferme au moment où on les livre. Ils sont contents de connaître l'actualité de notre ferme et ça les rattache un peu au milieu rural, ce lien qu'ils ont perdu grâce à nous. Ils l'ont retrouvé un peu.
- Speaker #0
Sonia, Fabrice, on arrive à la fin de l'épisode. Est-ce que vous auriez un conseil à donner à des porteurs de projets ou à des personnes qui se questionnent sur la transition de leur ferme ?
- Speaker #1
Je leur dirais à ces gens qui se posent la question de faire un virage, qui hésitent à aller vers cette transition, qu'il faut y aller, c'est réalisable, c'est important d'avoir des convictions. d'être en accord avec soi-même. Il ne faut pas hésiter à aller voir d'autres agriculteurs, sortir de sa ferme, pousser un peu, faire des rencontres, d'échanger sur ses pratiques et de s'ouvrir sur le monde extérieur parce que ça n'apporte que du bonus et ça apporte de la motivation. Et plus on se sent bien sur notre ferme, mieux on fait les choses.
- Speaker #2
Moi, si je devais porter un conseil à quelqu'un, c'est que nous, on a été jusqu'au bout de la démarche en vendant par nous-mêmes nos produits. Je suis conscient que ce n'est pas forcément donné à tout le monde, mais sans aller jusque là, ce qui est accessible à tous, c'est de travailler l'autonomie sur sa ferme et du coup de reprendre le pouvoir décisionnaire sur sa ferme et d'être le seul décideur sur sa ferme. Aujourd'hui, la vente directe nous permet d'être heureux dans notre métier, de bien en vivre. Mais avant ça, je suis arrivé dans une ferme où la santé financière était bonne parce que Sonia avait déjà fait tout. tout ce travail sur l'autonomie de la ferme et ça avait porté ses fruits.
- Speaker #0
Merci Sonia, merci Fabrice pour cette découverte de votre ferme et de tout ce que vous avez mis en place toutes ces années. Vous nous avez montré que la relocalisation des produits agricoles peut répondre autant aux attentes des producteurs que des mangeurs. Cette expérience vous a plu ? Elle vous donne envie d'en savoir plus ? Alors ! Rendez-vous sur la chaîne YouTube et le site du CIVAM du Haut-Bocage. Nous remercions les fonds européens agricoles pour le développement rural qui nous ont permis de réaliser ce podcast. Merci pour votre écoute et en attendant le prochain épisode, vous pouvez également nous rejoindre sur les réseaux sociaux pour découvrir nos projets.