- Speaker #0
L'art et la création prennent bien des formes, certaines étant parfois plus évidentes que d'autres, plus subtiles, plus complexes. Chacune de ces formes résulte d'une rencontre entre une personnalité et son art. À travers les épisodes de Chemins Créateurs, je pars à la rencontre des talents antillais, et aujourd'hui, je prends de la hauteur. Direction Terreville, pour une immersion dans l'univers de la création de bijoux, avec une matière première toute particulière. Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode, je suis en compagnie de Rolita qui nous accueille dans son atelier. Bonjour Rolita.
- Speaker #1
Bonjour Marie-Paule.
- Speaker #0
Merci de nous accueillir, ceux qui nous écoutent et moi-même. Avant de nous immerger dans ton univers, j'aimerais qu'on parle un peu de toi. Donc, concrètement, que peux-tu nous dire ? Qui est Rolita ?
- Speaker #1
Ah ben Rolita, c'est une femme qui a 42 ans. ou bientôt 43, je ne fais pas mon âge, souvent on me dit que je fais plus jeune que ce qu'on ne pense, voilà.
- Speaker #0
Je confie.
- Speaker #1
Je ne fais rien pour ça, en fait, c'est tout naturel. Je suis juste ce que mes grands-parents m'ont enseigné, parce que j'ai vécu avec mes grands-parents depuis toute petite, jusqu'à l'âge de 18 ans, et après, j'ai rejoins ma mère, biologique, à mes 18 ans, et puis après, ça m'a permis aussi de continuer mon cursus scolaire, voilà, supérieur. dans l'Hexagone, sur Paris.
- Speaker #0
D'accord. Mais tu as grandi ici ?
- Speaker #1
Absolument, j'ai grandi ici, plus précisément au Marin. Je suis originaire du Marin. J'habite Cholcher depuis 4 ans, 4-5 ans. Avant, j'habitais Fort-de-France. Après, j'ai déménagé pour venir habiter sur Cholcher. Tu as de la récréation ? Non, pas du tout. J'adore Cholcher. C'est une très belle commune. Et je m'y sens bien à Thierville. En plus, il y a une bonne relation avec les voisins. On est comme une grande famille, voilà. C'est l'essentiel. Exactement. Et puis, travailler dans des conditions pareilles, c'est-à-dire avec le bruit des oiseaux, la nature. Donc, ça rejoint exactement ce que, disons, mon enfance, quand j'habitais avant dans la commune du Marin, puisque je suis marinoise d'origine. Voilà. Puis précisément, j'habitais le Cap-Macré.
- Speaker #0
D'accord. Très bien. Donc, tu m'as dit que tu as grandi en Martinique et que tu es partie pour suivre tes études à Paris ?
- Speaker #1
Absolument, pour faire des études en tant qu'assistante de direction.
- Speaker #0
D'accord. C'est le domaine professionnel dans lequel tu évolues ?
- Speaker #1
Exactement. Je suis assistante de direction depuis 7 ans auprès d'une structure dans le milieu de l'autonomie mobile. Ça se passerait bien. On est à peu près 100 salariés. uniquement sur cette concession. Après, c'est un gros groupe qui a plusieurs structures, toujours dans le milieu de l'automobile et autres domaines d'activité. Ok.
- Speaker #0
Tu as suivi ton cursus dans l'administration. À quel moment est venue l'envie ? Est-ce que la fibre créative était déjà dans le coin ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Il faut dire que la fibre créative était... Toujours là, elle a toujours existé depuis jeune enfant. Parce qu'il faut savoir que j'ai toujours été passionnée par le domaine de la mode, par la peinture, vraiment, par l'art aussi. C'est un milieu dans lequel je voulais évoluer, mais malheureusement, mes parents ne voulaient pas. Alors, je ne sais pas si c'est par crainte, pour quelles raisons, mais ils ont voulu que j'évolue plutôt dans un autre corps de métier. Et donc, du coup, j'ai subi un peu la volonté de mes parents, mais tout en sachant, en me disant que... Ce n'est pas réellement ce que je voulais faire et j'ai toujours été passionnée par l'art.
- Speaker #0
Alors, on reviendra sur l'art puisque c'est quand même le cœur de notre échange du jour. Mais est-ce que tu t'épanouis quand même dans l'autre domaine, même si ce n'était pas exactement ce que tu voulais ?
- Speaker #1
Alors, je dirais oui, absolument, parce que les deux me permettent d'évoluer. Et puis aussi, comme quand on est dans le milieu de l'auto, on est auto-entrepreneur, C'est bien aussi d'avoir une... Comment dirais-je ? Une bonne gestion administrative. Tout à fait. L'un ne va pas sans l'autre. Donc, c'est juste, je dirais, primordial, au fait. Et ça m'aide aujourd'hui à pouvoir évoluer dans le domaine dans lequel je me suis lancée, qui est le tour entrepreneuriat.
- Speaker #0
Donc, d'une certaine façon, ce domaine, en fait, vient, entre guillemets, te nourrir sur ton autre domaine créatif.
- Speaker #1
Absolument. Et puis, ça permet aussi de trouver un juste équilibre. de vivre aussi, d'être passionné, mais ne pas avoir ce stress que peut-être d'autres Chemins Créateurs pourraient avoir.
- Speaker #0
C'est sûr que les domaines créatifs génèrent des craintes souvent dans l'entourage. Est-ce que ce sera porteur ? Est-ce que ça ne le sera pas ? Est-ce que tu vas t'en sortir ? C'est peut-être pour ça aussi que ça a « dévié » il y a quelques années. Mais n'empêche, tu es de retour dans l'univers de la création.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Comment ça s'est passé ? À quel moment, vu que tu as suivi notre cursus, à quel moment tu t'es dit « j'y retourne, je le fais à côté, Et je ne lâche plus. Quoi qu'on me dise, je ne lâche plus.
- Speaker #1
Alors, je dirais qu'il y a peut-être trois facteurs. Donc, il y a le premier facteur qui est l'an de mes 40 ans. Ça a été un peu une introspection, si on peut dire ça comme ça, de mon parcours. Et je me suis dit, qu'est-ce que tu as fait depuis tes 40 ans ?
- Speaker #0
Grande question !
- Speaker #1
Exactement, exactement. Surtout que j'ai eu un événement qui était un peu bouleversant.
- Speaker #0
C'est un service de déclencheur.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Et le fait d'avoir été divorcée, et à 40 ans, on s'est dit, bon, je retourne au pays, ça y est, je suis divorcée, je n'ai toujours pas construit, au fait, qu'est-ce que je fais ? C'était vraiment un petit moment, un peu, je ne sais pas comment dire, je suis encore dans l'émotion, chaque fois que j'en parle, on est un peu dans le doute, et j'ai un ami qui m'a dit, mais non, il ne faut pas voir les choses comme ça, il faut que tu te poses et que tu cherches le positif. et faire le point entre le positif et le négatif. Il y a toujours, dans les points négatifs, il y a toujours des points positifs.
- Speaker #0
Toujours.
- Speaker #1
Et suite à ça, cet élément, disons, j'ai eu une grosse problématique qui a fait qu'il m'a, on va dire, qui m'a un peu bousculée, mais en même temps, qui m'a permis de prendre une décision puisque je me suis retrouvée dans une situation financière qui était, suite à cet événement, qui était très, très compliquée. Et à ce moment-là, je Plusieurs fois, je suis tombée sur une vidéo d'une jeune femme qui est fondatrice d'une formation à l'époque, je ne sais pas si ça existe toujours, Booston Capital. Booston Capital a lancé une formation qui permettait, ou qui permet encore, de pouvoir travailler sa structure financière, c'est-à-dire avoir une éducation financière pour soi et pour son entourage. Donc, quand je suis tombée sur cette vidéo, je trouvais que ça me parlait énormément, parce que ce n'était pas qu'une affaire de formation sur la partie aspect financier, mais ça allait vraiment au-delà de ça, c'est-à-dire vraiment dans la globalité. Exactement, tout à fait. Et donc, du coup, j'ai participé à cette conférence. Et puis, suite à la conférence, je me suis tout de suite inscrite. Et puis, à ce moment-là, c'est parti de là. Donc on a fait un point, donc on était, moi je faisais partie de la, il y avait plusieurs sessions, moi je faisais partie de la session Laura Flessel, on était plusieurs apprenants sur la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et on avait trois coachs, donc dont trois coachs, deux coachs qui sont sur la Guadeloupe et une coach aussi sur Paris, donc on avait des réunions tous les jeudis. De là, on a travaillé sur plusieurs aspects, comme j'expliquais, l'aspect financier, mais qui on est, d'où on vient et qu'est-ce qu'on a envie de faire pour soi.
- Speaker #0
Important,
- Speaker #1
voilà,
- Speaker #0
c'est important de le préciser.
- Speaker #1
C'est exactement, exactement.
- Speaker #0
Parce qu'on est souvent drivé par les attentes de l'entourage. C'est ça. De la société,
- Speaker #1
les attentes de plein de choses,
- Speaker #0
de plein de gens, mais on ne s'écoute pas toujours.
- Speaker #1
Tout à fait, on a du mal à se choisir, comme je dis.
- Speaker #0
C'est ça.
- Speaker #1
Et là, ça a été la grande révélation parce que chacun d'entre nous s'est présenté à tourner en rôle chaque jour. Et après est venu le moment où je devais me présenter et dire qui j'étais. Et ce que je m'en parle, mon cursus scolaire est aussi personnel et professionnel. À ce moment-là, j'ai expliqué mon parcours, ma vie de tous les jours, comment ça se passait. Et après, j'ai eu l'une des coachs qui se trouve sur Paris qui me dit « Alors ? » C'est bien tout ce que tu fais, mais à quel moment tu penses à toi ? À quel moment tu as osé penser à toi ?
- Speaker #0
Ça pique un peu comme question.
- Speaker #1
Et je crois que là, c'était vraiment ce qui m'a vraiment secouée au fait. Et je me suis rendue compte au fait que j'avais passé tout mon temps à aider tout le monde, sauf que je retardais les choses pour moi et qu'il fallait que je me choisisse, que je fasse les choses pour moi.
- Speaker #0
Et que tu fasses quelque chose qui te plaise.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Donc c'était beaucoup d'émotion. Et puis le soir, je me suis dit, allez, je ne sais pas pourquoi, j'ai commencé à attendre. J'ai commencé à la fin de le soir. Et après, on a voulu sur notre challenge, c'était de trouver parmi ce qu'on faisait tout naturellement, qu'on pouvait se servir de ça comme main financière. C'est-à-dire le convertir comme activité professionnelle. Et puis, du coup, j'ai commencé la peinture. J'aimais bien aussi les boucles d'oreilles. À l'époque, il n'y a pas très longtemps, les gens faisaient des boucles d'oreilles en résine. Je me disais, pourquoi pas, je vais me lancer. Mais je me disais, ce n'est pas vraiment ça. Il faut vraiment que... Il me manque quelque chose, parce que je suis aussi très poétique.
- Speaker #0
On ne va pas avancer trop vite. On y reviendra. Donc, tu m'as dit que tu avais déjà touché à l'art quand tu étais dans ton enfance. Et qu'est-ce que tu faisais ? Quelles étaient les formes d'art que tu avais explorées dans ton enfance ?
- Speaker #1
Comme j'avais une voisine, on va dire que c'était presque comme une maman, c'est vrai que j'aimais beaucoup dessiner, tout ça. Et elle aussi, elle voulait me pousser vers ce domaine de l'art et vers ce domaine aussi de la mode. Donc, elle trouvait tout le temps des petits magazines. Donc, elle avait pris des cours au CERMAC de Fort-de-France. Et à son tour aussi, elle m'enseignait surtout sur la pratique du dessin, le fusain, tout ça. Et c'est vrai que ça me plaisait bien. Et puis, ça me permettait aussi de pouvoir m'évader.
- Speaker #0
D'accord. Donc, ça a été ton socle, en fait. pour l'univers que tu as créé toi-même ensuite.
- Speaker #1
Voilà, exactement. Et puis, je dirais aussi, dans ma famille, on a des personnes qui sont très créatives. J'ai ma marraine qui coud. Donc, c'est elle qui réalisait mes vêtements quand j'étais enfant. Et après, plus tard, j'ai découvert du côté de mon père aussi que j'ai une tante aussi qui était vraiment dans la création, c'est-à-dire qu'elle customisait tous ses vêtements. Elle achetait un vêtement, mais pour elle, elle voulait toujours mettre sa petite tante. touche de personnalité. Donc, elle créait ses croquis.
- Speaker #0
C'était sa base exacte. Et ensuite, elle leur donnait vie, d'une certaine façon.
- Speaker #1
C'est ça. Et ma grand-mère aussi, côté maman, on va dire mes deux grands-mères d'ailleurs, elles sont couturières également. Donc, oui, on est vraiment dans une famille très créative. Elles faisaient leurs propres vêtements, leurs croquis, et voilà.
- Speaker #0
Je peux comprendre aisément pourquoi tu avais tout cet intérêt pour la mode, la peinture et autres, puisqu'en fait, au final, tu étais entourée de toutes ces influences créatives-là. Nous allons revenir à là où nous sommes arrêtés tout à l'heure, c'est-à-dire qu'il manquait quelque chose. Tu as commencé, d'après ce que j'ai compris, par les bijoux en résine.
- Speaker #1
C'est ça, exactement.
- Speaker #0
Mais tu n'as pas eu le feeling.
- Speaker #1
Non, je n'ai pas eu le feeling parce que je trouvais que c'était quelque chose que tout le monde pratiquait et ça manquait d'une touche d'originalité.
- Speaker #0
D'accord, j'ai quand même une question avant qu'on continue. Pourquoi les bijoux ?
- Speaker #1
Pourquoi les bijoux ? Parce que je me suis dit, les bijoux ça permet aussi de donner une touche finale à ce qu'on porte.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
On peut porter un vêtement simple, mais ne serait-ce qu'accessoiriser son vêtement, ça change tout de suite le regard et l'impact que ça peut avoir sur nous.
- Speaker #0
Et ça change une tenue aussi.
- Speaker #1
Exactement, tout à fait, c'est exactement ça. On peut avoir une simple tenue, je veux dire une robe basique unie. Mais si on apporte une touche avec des bijoux, ça change complètement la tenue.
- Speaker #0
D'accord. Donc, on disait que tout le monde faisait de la résine.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et toi, tu as voulu explorer un autre support.
- Speaker #1
Oui. Alors, un jour, j'avais ma voisine. Elle avait son paysagiste qui était là. Et je le vois couper des feuilles de banane. Et je ne sais pas pourquoi, j'ai eu une révélation. Je lui ai dit, monsieur, vous faites quoi avec les feuilles de banane ? Il me regarde et dit, mais madame, je l'ai jeté. J'ai dit, mais il ne faut pas les jeter, monsieur. Donnez-moi, je vais récupérer. Il me regarde et il me dit, il me regarde et puis il se pose la question, il me dit, mais qu'est-ce que la dame est en train de me dire, elle récupère des feuilles de bananier. Il me dit, qu'est-ce que vous en faites ? J'ai dit, ne vous inquiétez pas, je sais ce que je vais faire avec.
- Speaker #0
T'inquiète.
- Speaker #1
Donc du coup, je les ai récupérées. Et puis bon, bien entendu, je les ai lavées, je les ai expérimentées. Et puis au fil de l'eau, j'ai commencé à faire des intégrations avec la résine et la feuille de bananier. Je mettais des petits mots, gratitude, sérénité et tout. Ça plaisait. Et au fil de l'eau, j'ai commencé à écrire aussi. J'avais mon cahier où j'écrivais aussi des petits mots, des petits poèmes, tout ça. Je me suis dit, pourquoi pas, on peut associer les deux. Un bijou, c'est bien. Mais si on peut aussi passer aussi des messages autour de nous, c'est aussi bien. Tout à fait. Donc, j'allais les deux. Voilà.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, quand tu as commencé, tu as commencé par quelles pièces ?
- Speaker #1
J'ai commencé par les boucles d'oreilles.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Et puis... Et petit à petit, je me suis un peu détachée du format du moulage. Parce qu'il faut savoir que quand on fait, pour les personnes qui font des boucles d'oreilles en résine, c'est sous forme de moulage. Mais moi, je n'aime pas être... Comment dirais-je ?
- Speaker #0
Brider ?
- Speaker #1
Brider dans quelque chose, dans un format. Moi, j'aime bien être libre d'expression. Et je me dis, non, ça ne me convient pas. Donc, au fil de l'eau, j'ai exploité la feuille de bananier. Ce n'était pas facile.
- Speaker #0
Je suppose que ça a demandé des tests.
- Speaker #1
Exactement. J'ai effectué des tests. Donc, j'ai commencé à faire des découpes avec la feuille de bananier à la main. Et puis, à faire des petits croquis de dessin. Et puis, finalement, ça a plu parce que je vendais déjà un petit peu des bijoux en résine. Mais j'ai constaté que ce que les gens aimaient beaucoup, c'était les intégrations de messages que je faisais dans la résine. Donc après, j'ai dit bon, on va tester quelque chose. On va commencer à faire uniquement la fête de balanier et juste avoir de quoi pour pouvoir la solidifier. Et ça a plu. Et je me suis dit voilà. C'est exactement ça. On continue à travailler la feuille de bananier, à l'exploiter. Et puis, tout en gardant aussi le concept de chaque bijou portant un nom. Parce que ça, ça plaisait énormément. Et je voyais des personnes en larmes à chaque fois. Et j'avais des collègues qui me disaient, il faut continuer. Il ne faut pas t'arrêter là. Il faut continuer. Il faut que tu continues à faire les bijoux avec tes cartes. Voilà.
- Speaker #0
Ok. Je reviens juste sur la feuille de bananier. C'est quand même un support qui est quand même assez fragile.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
dans la manipulation et tout, comment c'est au quotidien ?
- Speaker #1
Il faut savoir que moi je suis quelqu'un, en général, je ne suis pas très à droite, et ça m'a permis c'est justement déjà d'apprendre à être patiente, et puis d'être, comment dirais-je, de faire preuve de minutie, si on peut dire ça comme ça. Et j'ai trouvé une possibilité de pouvoir, c'est justement m'adapter à la feuille. Ce n'est pas la feuille que ça adapte, c'est moi qui m'adapte à la feuille, de manière à ce qu'elle ne se casse pas.
- Speaker #0
D'accord, voilà.
- Speaker #1
Et j'essaie de choisir des pièces aussi quand je les lave. Quand je choisis mes pièces, je les coupe et je les lave. Je fais tout le processus pour pouvoir après les utiliser, faire en sorte que ce sont des feuilles qui sont moins fragiles, sur lesquelles je peux travailler.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Avec aisance.
- Speaker #0
Oui. Tu as mentionné les formes, les différentes formes de bijoux que tu faisais, avec son message, etc. Mais avant de continuer à explorer tout ça, j'aurais voulu savoir comment ça se passe au moment où tu crées. Ton processus de création, à quoi il ressemble ? Est-ce qu'il est pensé en amont ? Est-ce que c'est du pure feeling ? Est-ce que c'est un mix des deux ?
- Speaker #1
Alors, je dirais que c'est un mix des deux. Alors, des fois, je peux avoir... La vision, c'est-à-dire que, et je reviens ici d'ailleurs, le comité Mise Petite Globale, parce qu'ils m'ont permis de pouvoir sortir de ma zone de confort. Et ça, ça a été vraiment une réalisation, c'est-à-dire que maintenant, j'arrive à faire des bijoux sur mesure. C'est-à-dire qu'avec le vêtement qu'on va me montrer, tout de suite, j'aurai la vision et je me dis, je peux faire le bijou de cette forme-là, l'agencer, faire le coloris comme ça, qui ressemble un peu au coloris du vêtement. Et c'est vrai qu'aussi, des fois, c'est un peu au feeling, selon mon ressenti du jour. Et je vais peindre une feuille et puis je vais faire des découpes. Je ne sais pas du tout ce que ça va donner. Et après, l'esprit va venir. Je dis, ah, mais tiens, je peux l'assembler comme ceci, comme cela. Ça donne tel résultat. Ah, ben c'est parti. Super, on y va. On le fait.
- Speaker #0
Entre l'idée et la réalisation, combien de temps se passe ?
- Speaker #1
Je dirais, il faut compter à peu près 3-4 jours.
- Speaker #0
Ah, ça va, c'est rapide.
- Speaker #1
Oui et non, parce que quand je dis 3-4 jours, je ne compte pas non plus le fait que j'ai déjà en amont coupé les feuilles, ramassé les feuilles, pouvoir les traiter pour aller voir les travailler. Et puis aussi la peinture. Parce que cette étape-là, ça prend un peu beaucoup plus de temps.
- Speaker #0
Ok. Et si on compte la phase de traitement dans le processus ?
- Speaker #1
Je dirais qu'on est à peu près sur deux ou trois semaines.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà, deux ou trois semaines.
- Speaker #0
Ok. Tu me disais que tu explorais différentes formes, différentes couleurs aussi. Est-ce que les formes et les couleurs ont une importance ?
- Speaker #1
Oui, elles ont une importance parce que, comme j'expliquais, ça donne un impact aussi sur la tenue qu'on peut porter, aussi sur la morphologie de la personne. Et des fois, ça ne donne pas le même résultat. Voilà.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ça ne donne pas le même impact selon la personne qui va le penser. Voilà. Ou des fois, c'est le contraire. Des fois, on peut penser, ce bijou, il est moyen. Et en l'essayant avec le vêtement, ça donne... Pas du tout ce qu'on avait vu au départ. On est même des fois bluffés.
- Speaker #0
Ah, il y a même l'inattendu au bout du chemin.
- Speaker #1
Exactement, tout à fait.
- Speaker #0
La feuille de banane, c'est ton support principal ?
- Speaker #1
Absolument. J'utilise aussi d'autres végétaux. J'ai essayé aussi d'explorer la feuille de gingembre. J'ai fait quelques collections avec la feuille de gingembre. Je l'utilise. plus comme avant, puisque je n'en ai pas en grande quantité. Donc, ce sont des feuilles que je récupère chez ma grand-mère, chez ma petite-mère. J'ai une grand-mère, c'est aussi ma maman. Je la considère comme ma maman. Et donc, je n'en ai plus comme avant. Et j'utilise aussi le coton.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà. Donc, des fois, pour réaliser les petits bourgeons, parce que des fois, je réalise des boucles d'oreilles en fleurs. Donc, pour faire vraiment les petits bourgeons, j'utilise le coton.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Le coton de chez nous. D'ailleurs, on va dire qu'on voit des disparitions. Il n'y a pas beaucoup de cotonnières minciniques. Mais c'est vrai que ma grand-mère en a chez elle. Et du coup, on le chéblige. Il faut qu'on garde ça parce que...
- Speaker #0
Ah bon, l'entendeur, plantez du coton chez vous. Tu as plusieurs matières que tu utilises.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
La feuille de banane, on va dire que c'est ton élément signature.
- Speaker #1
Exactement, tout à fait.
- Speaker #0
J'ai bien compris que c'était un hasard au début. Mais aujourd'hui, est-ce qu'il y a une symbolique derrière ?
- Speaker #1
Oui, je dirais qu'il y a une symbolique derrière. à savoir que En Martinique, on a une grande richesse. Ça nous montre qu'en Martinique, on a des choses avec lesquelles on peut travailler. On peut même l'exploiter et montrer au-delà de ce qu'on est capable de faire en Martinique avec une simple feuille végétale.
- Speaker #0
Parlons un petit peu vraiment de tes créations. Qu'est-ce qui t'éclate le plus ? Qu'est-ce qui t'éclate le moins ?
- Speaker #1
Alors, ce qui m'éclate le plus, c'est de pouvoir... récupérer mes feuilles, faire les différents coloris, les différents motifs. Et puis aussi, de voir des fois le résultat que ça peut donner. Je suis vraiment comme les enfants, en fait. C'est les yeux qui pétillent. Je suis excitée. Je me dis « Waouh ! »
- Speaker #0
C'est Noël avant l'heure.
- Speaker #1
C'est ça. C'est trop beau. Je suis fière de moi. Et même des fois, je demande à mon fils « Que t'en rends ? » Il me dit « Mais oui, c'est bien, maman. » Et après, ce qui est le moins drôle, des fois, c'est la partie la plus difficile. C'est la partie qui demande à solidifier les bijoux. Parce que cette partie-là, il faut être, comme je disais, il faut faire preuve d'agilité, bien solidifier les bijoux, qu'il n'y ait pas de défauts, éviter les défauts. Parce qu'après, si je le solidifie mal, c'est loupé. Donc, il faut tout recommencer à nouveau. Je veux dire, c'est la partie la moins fun, si on peut dire ça comme ça.
- Speaker #0
Oui, parce que c'est aussi la plus difficile, mais j'allais dire aussi peut-être minutieuse. Il y a vraiment toute une attention à porter.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Il suffit qu'on ne soit pas concentré, il suffit qu'on ait les idées ailleurs. Et au final, le résultat n'est pas au rendez-vous.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, pour avoir testé maintenant de plus en plus, quand je réalise cette partie-là, j'essaie vraiment d'être dans le calme absolu pour pouvoir réaliser la partie solidification des bijoux. Et même des fois, j'essaie de le faire quand mon fils n'est pas là. Donc j'en profite quand il est au cours de soutien, il est à l'école ou il dort, par exemple, quand il dort. Quand il dort. J'en profite pour faire cette partie-là, pour ne pas être dérangée et d'être concentrée à 100% sur ce que je fais.
- Speaker #0
D'accord. Pendant que tu es concentrée à 100% sur ce que tu fais, qu'est-ce qui te traverse l'esprit pendant que tu es en train de créer tes bijoux ?
- Speaker #1
En fait, c'est surtout regarder les moindres petits détails. Est-ce que toutes les parties sont bien couvertes et tout ? Je pense que je suis vraiment concentrée sur ça. On ne peut pas penser à autre chose. Par contre, quand je peins, oui, je mets ma musique chill, toutes sortes d'idées me viennent. Je pense des vacances, comment je vais m'organiser, à où je pourrais exposer. Oui, là, vraiment, c'est la totale évasion.
- Speaker #0
Les idées s'envolent.
- Speaker #1
Voilà, exactement. En plus, dans mon atelier, comme tu peux le voir, Je suis face à la nature, donc c'est très inspirant, j'entends le bruit des oiseaux, c'est juste magnifique.
- Speaker #0
C'est ce qui t'inspire, la nature ?
- Speaker #1
C'est ça, exact.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a d'autres sources d'inspiration que tu explores ?
- Speaker #1
Comme ça, non.
- Speaker #0
D'accord. Tu me disais que tu ne pouvais pas penser à autre chose quand tu étais très concentrée sur certaines phases, mais qu'à d'autres moments, tes pensées s'envolent sur d'autres phases. mais est-ce qu'à un moment, les pensées qui te traversent sont... aussi des intentions en fait qui sont destinées à celle qui recevra le bijou après alors oui quand je sais que c'est un bijou que je vais réaliser pour euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh euh
- Speaker #1
Pour des personnes, oui. Donc, j'essaie de m'imaginer comment cette personne sera, comment elle sera, comment dirais-je, quelle sera sa réaction face au bijou quand je vais lui présenter le bijou. Quand je ne sais pas, on va dire que c'est l'instinct. Je pense à plusieurs choses, mais pas forcément à la personne qui le portera.
- Speaker #0
Et quand tu sais, quand tu rencontres la personne qui le portera, est-ce que l'émotion est au rendez-vous au moment où, on va dire, un rôle ? la personne rencontre son bijou.
- Speaker #1
Oui, et surtout quand je donne les cartes et quand la personne choisit son bijou et je vois la carte, je dis ok, d'accord. Et c'est souvent, les gens me disent mais c'est incroyable, mais comment tu fais ? Je ne comprends pas. Ça correspond exactement à ma personnalité. Je vous dis mais je ne peux pas savoir que ce bijou sera attribué, ce sera attribué et c'est toi qui as fait ton choix. Donc, je ne peux pas savoir d'avance. Ils me disent mais vraiment, c'est juste incroyable.
- Speaker #0
Au final, qui choisit qui ? C'est le bijou qui choisit sa porteuse ou est-ce que c'est la porteuse qui choisit son bijou ?
- Speaker #1
Je dirais que c'est le bijou qui choisit la porteuse.
- Speaker #0
C'est beau en fait comme ça.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Alors, juste un petit ricochet, tu parlais de ton fils tout à l'heure. Est-ce que de la même façon que l'art a été transmis de différentes façons, est-ce que toi aussi tu fais ce travail de transmission avec lui ?
- Speaker #1
Absolument, dans tout ce que je participe aussi, et je dirais que mon fils, c'est ma force. Je ne veux pas trop entrer dans les détails, mais je fais ça aussi pour lui, pour lui montrer qu'il faut être courageux, il faut persévérer. On peut faire de nos... Comment dirais-je ? Nos difficultés peuvent devenir notre force. Et il faut exploiter ça. Il ne faut pas avoir peur d'affronter. C'est justement... comment dirais-je ?
- Speaker #0
Ses peurs.
- Speaker #1
Ses peurs, voilà. Faut affronter ses peurs.
- Speaker #0
Dépasser ses limites. Voilà,
- Speaker #1
c'est dépasser aussi ses limites. Donc, il m'accompagne. Je dis souvent que c'est mon fils, mais c'est aussi mon assistant parce que des fois, je lui demande son avis. Quand je suis un peu perdue ou je ne suis pas sur, des fois sur un bijou, sur le résultat que ça peut donner, c'est vrai que lui me dit, mais non, au fait, non, non, ce bijou-là, tu vas le vendre. Je te dis, Jean-Maman, celui-là, il est parfait.
- Speaker #0
Vas-y, maman, fonce.
- Speaker #1
C'est ça, c'est exactement ça. Et c'est très rare qu'il se trompe sur le résultat ou ce que ça a pu donner.
- Speaker #0
Donc l'instinct, c'est famille.
- Speaker #1
Exactement, je dirais ça. Des fois, il a la vision. Plus que moi.
- Speaker #0
Lui aussi, il contribue aux petits messages ou pas ?
- Speaker #1
Non, non.
- Speaker #0
Ça, c'est que toi.
- Speaker #1
Oui, ça, c'est que moi.
- Speaker #0
Ok. Est-ce que je peux demander à quoi peuvent éventuellement ressembler les petits messages qui sont transmis ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui. Je peux te les montrer. Alors mes messages, c'est souvent des messages d'amour aussi, se donner de la force, puis aussi développer sur l'estime de soi. Et puis aussi, le passé, ça fait partie aussi de notre richesse. Il ne faut pas avoir peur de dire, bon, j'ai peut-être eu un échec, mais à côté de ça, j'ai peut-être de la gratitude qui va arriver. À côté de ça, c'était fait pour me bousculer, pour créer justement d'autres opportunités. Parce que des fois, il nous arrive des choses dans la vie, et on se dit... On est un peu dans la frustration, ça peut arriver qu'on est dans la colère, on ne comprend pas tout de suite, mais au fait, il y a une raison. Il y a toujours une raison. Il y a toujours une raison. Et c'est avec le temps, en prenant beaucoup de recul, et des fois quand on est un peu plus dans l'apaisement, on comprend les choses.
- Speaker #0
Tout à fait. Et puis, il y a ce côté aussi où chaque événement qu'on vit et chaque réaction qu'on peut avoir aussi, permet de mettre en lumière quelque chose dont on n'a pas forcément conscience. mais sur lesquels il faudrait éventuellement se pencher pour pouvoir comprendre pourquoi on a réagi ainsi, pourquoi... Et puis peut-être aussi... Alors, on ne peut pas forcément savoir pour quelle raison un événement a eu lieu, même si je suis persuadée qu'il y a toujours une raison à tout. Mais le temps le dit en général un peu plus tard que tout le monde.
- Speaker #1
Je suis tout à fait d'accord avec ça.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu voudrais que les personnes qui nous écoutent retiennent ?
- Speaker #1
Il ne faut pas avoir peur de se lancer quand on a des rêves. Il faut y aller, il faut foncer. Souvent, on a des personnes de l'entourage ou des connaissances qui peuvent vous freiner, vous disent « mais non, mais pourquoi tu fais ça ? » En fait, seuls vous connaissez la vraie raison de ce que vous choisissez. Et je me dis des fois de dire non aux gens et suivre sa voie, c'est se choisir. Comme je le disais tout à l'heure. Donc, il faut se choisir.
- Speaker #0
Ce sera la phrase qu'on retiendra, se choisir.
- Speaker #1
C'est ça. Je dis souvent dans mes stories Instagram, se traiter en première classe. Parce que ça aussi, c'est très, très important. Ce n'est pas être égoïste. Mais pour moi, j'estime que si on est bien, si on se sent bien physiquement et voire surtout mentalement, il n'y a que comme ça qu'on peut aider les autres. Si on n'est pas bien, on ne peut pas aider les autres.
- Speaker #0
Si on n'a pas l'énergie, si on n'a pas la force, si on n'a pas le moral, c'est dur d'aller aider les autres. et même pousser le cœur sur jusqu'à aider les autres malgré ça, alors que nous-mêmes, on n'est pas bien. C'est un peu, d'une certaine façon, accentuer notre mal-être à nous-mêmes.
- Speaker #1
Exactement, tout à fait.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a un point que je n'aurais pas abordé, que tu voudrais évoquer ?
- Speaker #1
Qu'est-ce que je peux dire ? Comme je disais, la Martinique, on a beaucoup de richesses. Il y a beaucoup de personnes comme moi qui sont dans la création et qui sont très peu reconnues et qui font des choses exceptionnelles. Et malheureusement, je trouve... trouve qu'on a une population qui je ne veux pas catégoriser, je ne veux pas dire que c'est dans un point général, ne font pas attention à des Chemins Créateurs comme moi et malheureusement on est obligé de partir dans l'hexagone pour pouvoir parce que d'autres personnes voient notre potentiel, voire on nous appelle pour nous dire non mais ce que vous faites c'est génial, moi je veux que vous soyez là, présente et présenter ce produit et c'est une fois qu'on est parti qu'après qu'il y a cette reconnaissance dans notre
- Speaker #0
pays et je trouve que c'est vraiment vraiment dommage oui effectivement si systématiquement il faut que ce soit reconnu à l'extérieur avant de l'être directement sur place oui c'est un peu dommage quand même ce sera notre mot de la fin ? C'est ça à ceux qui nous écoutent, n'hésitez pas à en parler autour de vous, n'hésitez pas quand vous croisez des petits Chemins Créateurs aussi à ne serait-ce que passer les voir, interagir avec eux Et qui sait, peut-être que vous trouverez votre bonheur aussi.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Rolita, merci beaucoup de nous avoir accueillis.
- Speaker #1
Avec grand plaisir, c'est moi qui te remercie.
- Speaker #0
Un plaisir partagé.
- Speaker #1
Voilà. Et pour cet échange.
- Speaker #0
Tout à fait. À tous ceux qui nous écoutent, merci d'avoir pris le temps de nous écouter. Et on se retrouve bientôt dans un prochain épisode de Chemins Créateurs.