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MC' Aime - Les os des filles de Line Papin chez Stock (01/02/20)

04min | 2020-3-8

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Description

Née à Hanoï en 1995, Line Papin y a grandi jusqu’à l’âge de dix ans, avant de s’installer en France. Elle se consacre à l’écriture, au dessin et au cinéma. Son premier livre, L’Éveil a reçu le prix de la Vocation en 2016. Son troisième roman, Les os des filles, publié chez Stock, confirme une écriture d'une maturité exceptionnelle. Il figure dans la sélection du Prix 2020 des Lecteurs d’Antony.
Rien n'est inventé dans ce récit qui commence dans un pays qu'on connait mal, le Vietnam des années 70. La couverture est une photo de famille, datant des années 80, où l’on voit sa grand-mère avec ses trois filles, qui sont sa mère et ses tantes, qu’elle désigne toutes par la lettre H, y compris quand il s’agit de sa mère qu’elle n’appelle jamais maman. Cela montre bien la difficulté à exister par soi-même de cette petite fille de dix ans à qui on n’expliqua rien au moment où elle est arrachée à son pays d’origine pour arriver en Touraine.
Tout est inattendu pour elle et souvent à l'opposé de ce qu'elle a connu jusque là. Le bouleversement est immense. L'univers de Line change radicalement du jour au lendemain : la température, la nourriture, l'environnement, le mode de vie.
Et pourtant il y eut, dans ce pays, des guerres effroyables, la guerre d'Indochine, la guerre du Vietnam qui ont fait souffrir sa famille qui éprouva une cruelle famine.
Sont-ce les non-dits ou une forme de réaction en miroir qui a précipité la jeune fille dans une troisième guerre, la guerre intérieure de l'anorexie, qui l'affama jusqu'à la presque dernière limite et qui lui valut d'être hospitalisée un an ?
Les os reviennent régulièrement comme synonyme du mot "corps". Aussi bien celui, très vivant du nouveau-né, premier petite poche d'os de la vie (p. 26), que dans la petite boite où l'on conserve au Vietnam les ossements des morts. Ce sont les signes de la maigreur pendant la guerre, et aussi la menace de la fin de vie de celle qui s'affame et qui n'a plus que la peau sur le squelette. Enfin c'est aussi un jeu de mots avec les eaux de l'accouchée.
Le lecteur avance de surprise en surprise dans ce récit très émouvant qui explore la mémoire jusque là invisible de sa grand-mère et de sa mère. On balance avec l’auteur entre deux cultures très différentes qui se réconcilient avec l'écriture. Et qui oscille aussi entre la mort et la vie.

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