- #Joanna
Bonjour, je suis Joanna Haouzi, coach professionnel et cofondatrice de Lumanae, et vous écoutez le podcast « Coach toujours, tu m'intéresses » . Dans ce podcast, je vous propose de découvrir des femmes et des hommes qui ont en commun d'écouter, d'aider, d'orienter et surtout de coacher. Ils observent, analysent, comprennent, interrogent et guident des personnes qui leur font confiance pour déposer, partager, s'alléger, prendre de la hauteur et apprendre à mieux se connaître. Ils excellent dans l'art du questionnement et dans l'écoute sans jugement. Ensemble, nous discutons de leur parcours de coach, des méthodes qu'ils utilisent, d'un coaching qui les a marqués et de la façon dont leur approche a changé les choses pour leur coacher, voire pour eux-mêmes. pour se développer et rayonner. Bonne écoute ! Aujourd'hui, j'ai le grand plaisir d'accueillir une femme que j'admire à la fois engagée et passionnée. Il s'agit de Florence Caillot. Bonjour Florence !
- #Florence
Bonjour Joanna !
- #Joanna
Alors Florence, je vais me permettre de te présenter si tu le veux bien. Ton parcours m'inspire énormément parce que... Tu as connu un virage décisif à l'aube de tes 40 ans, porté par une rencontre bouleversante, celle de ton fils adoptif, en situation de handicap. Une rencontre qui t'a ouvert à la vulnérabilité, la sienne et la tienne, et qui a posé les bases d'un chemin vers l'accompagnement, le coaching et la thérapie. Tu viens pourtant d'un monde bien différent au départ, celui du conseil. Et depuis 20 ans, tu accompagnes les femmes et les hommes dans leur développement professionnel. avec une richesse d'approches qui forcent le respect. Tu as une triple formation en ressources humaines, en coaching, puis en thérapie familiale systémique. Tu t'es par ailleurs formé à de multiples approches, MBTI, Enneagram, analyse transactionnelle, développement de l'intuition, co-développement, approche stratégique de l'école Palo Alto, pratiques narratives, accompagnement du deuil, etc. Cela t'a permis de nourrir ton besoin d'apprendre et de faire des liens, mais aussi de trouver l'approche qui entrera en résonance avec la vision du monde de ton client. Aujourd'hui, tu te consacres à la transmission, tu interviens dans le master de coaching de Paris 2,
- #Joanna
tu formes,
- #Joanna
tu supervises les élèves et les coachs de l'Umanaï, tu partages ton expérience avec beaucoup de générosité et tu continues aussi ton propre chemin en thérapie, en supervision et tu te formes au Yoga Nidra. Florence, bienvenue dans Coach Toujours, tu m'intéresses.
- #Florence
Merci Joanna. Tu as raison de souligner les formations, je pense qu'on fait un métier formidable, un métier dans lequel on s'engage à se former en permanence, à toujours avoir cette curiosité pour l'humain au fond. Et pour ça, je pense qu'il y a plusieurs grandes voies qui toutes viennent se rencontrer quelque part dans le coaching. Il y a la voie de la philosophie, il y a la voie de la psychologie, la voie de la spiritualité. Ce sont des façons de nous nourrir et ensuite de pouvoir accompagner nos clients et les rejoindre là où ils en sont.
- #Joanna
Donc c'est ça que j'aime dans ce métier.
- #Joanna
Merci de partager déjà cela. Et j'aimerais connaître un peu plus ton chemin initiatique vers le coaching. Comment tu as découvert le coaching ?
- #Florence
Alors en fait, ce n'est pas le coaching que j'ai découvert en premier, c'est l'accompagnement. Dans les années 90, il y a une loi sur les bilans de compétences et... A cette époque-là, je travaille dans un cabinet de recrutement, un cabinet de chasse de tête, et le patron du cabinet me dit « tiens, tu devrais regarder la loi sur les bilans de compétences, on pourrait peut-être proposer ça aussi à nos clients » . Et donc à l'époque, je crée une méthodologie de bilan de compétences, je me forme, et je me forme à un outil que j'adore qui est le MBTI. Ça pour moi, ça a été une découverte.
- #Joanna
C'était d'abord une découverte sur moi-même, j'avais 28 ans, donc comprendre... Mes modes de fonctionnement, ceux des autres, j'ai trouvé ça formidable.
- #Florence
C'est un outil que j'utilise encore aujourd'hui, en particulier avec des gens qui, à travers le coaching, découvrent une première approche de la conscience d'eux-mêmes. Et ce que j'aime dans le MBTI, qui n'est pas du tout un test de personnalité, mais une typologie de personnalité, c'est qu'on va proposer à la personne qui le passe de se positionner, de découvrir comment elle fonctionne, de dire « voilà ce qui me ressemble le plus » . Premier exercice de réflexion sur soi, de conscience de soi, je continue à le pratiquer aujourd'hui. Pour ça, pour moi, ça a été une première découverte. Et puis, il se passe un temps relativement long, pendant lequel, en effet, on y reviendra plus tard, je pense, dans notre échange. J'ai adopté deux petits garçons et en particulier j'ai adopté un petit garçon qui est en situation de handicap. Et quand je recommence à travailler en 2003, après une longue interruption professionnelle, j'ai envie de sens, j'ai envie d'accompagner des personnes qui vivent des moments difficiles et je rejoins un gros cabinet américain spécialisé dans l'outplacement. D'accord. Et là encore, qui dit cabinet américain dit souvent méthodologie, ils ont une méthodologie qui est très bien faite. Ils forment de manière systématique leurs consultants et j'ai un jour un échange lors d'une formation avec la directrice qualité du groupe avec qui je partage mon doute en disant écoute la méthodologie elle est super pour aider à repérer des compétences, affiner un projet, se mettre en mouvement, déboucher sur un job, un contrat. Mais il y a quand même toute une période autour du moment où la personne quitte l'entreprise, autour du deuil à faire, deuil de cette entreprise, deuil d'un statut social, deuil d'un certain nombre d'espoirs. Et là, on est très en difficulté pour accompagner. La méthodologie, ça ne nous aide pas. Et elle me dit, écoute, tu as tout à fait raison. Et il y a un métier qui commence à se développer vraiment en France, on est au début des années 2000, c'est le coaching. Et dans le coaching, c'est le client qui sait. Et donc il a des ressources, des ressources qu'il oublie quand il est sous stress, quand il est dans la difficulté, il oublie ses ressources, il oublie qu'il sait qu'il a des clés pour se sortir de cette situation. Et le rôle du coach, ça va être de l'aider à éclairer l'endroit où il a perdu les clés. Donc je m'intéresse à ce métier, je décide de me former, je regarde les formations. C'est un métier qui n'est pas réglementé, comme tu le sais, donc il y a beaucoup de formations qui existent et je voulais quelque chose qui soit sérieux. donc je choisis de... me former à HEC. Je pense que j'ai un côté bon élève et HEC, ça avait un côté très rassurant pour moi. Et puis, et c'est ce que j'ai retrouvé à Paris 2, HEC a des approches multiples. HEC ne dit pas, il y a une voie pour devenir coach, mais il y a plein de grilles de lecture, d'outils. On va vous les proposer. Puis d'abord et avant tout, un travail sur vous et un travail sur votre posture. Et puis à charge pour vous ensuite d'approfondir. Donc je m'offre cette formation pour mes 40 ans et c'est le début. Et ensuite, comme tu l'as dit tout à l'heure, j'ai continué à me former. à plein d'approches différentes.
- #Joanna
Et en fait, tu interviens en tant que pionnière du coaching, parce qu'à cette époque, il n'y avait pas tellement de coachs sur le marché, contrairement à aujourd'hui.
- #Florence
Alors ça a sans doute facilité les choses, bien sûr. Oui, le coaching existait depuis une petite dizaine d'années en France. Il s'adressait essentiellement à des cadres dirigeants. Et petit à petit, Lumanae est vraiment l'aboutissement de ça. On voit qu'il y a une démocratisation du coaching, parce qu'on se rend compte que c'est... C'est un outil qui peut être utile à tout le monde dans plein de situations professionnelles différentes.
- #Joanna
Et donc, je comprends qu'il y a un besoin pour l'entreprise dans laquelle tu travailles d'accompagner une étape qui n'était pas accompagnée. Et toi, pourquoi ça a résonné ? Pourquoi tu as voulu devenir coach ?
- #Florence
En fait, je crois que ça remonte à très très longtemps. Si je recherche le tout début... Quand j'avais 15 ans, j'avais une forme de visualisation,
- #Joanna
je ne savais pas du tout à l'époque ce que c'était la visualisation,
- #Florence
mais quand j'imaginais ma vie d'adulte à 35, 40, 45 ans, je me voyais en face à face avec des gens et je leur posais des questions et les gens allaient mieux.
- #Joanna
Ah oui ?
- #Florence
Bon. Et alors à l'époque, je me suis posé la question, quel genre de métier ? Journalisme, recrutement et finalement j'ai choisi le recrutement, ce que j'ai fait pendant... 12 ans, avec beaucoup de plaisir, j'ai travaillé pour des gros cabinets, là aussi des gros cabinets américains, spécialisés dans l'exécutif search, et j'en ai tiré une grande satisfaction intellectuelle, et puis un grand appétit pour découvrir des parcours, et souvent des parcours extraordinaires, pour découvrir des cultures d'entreprises différentes, des process. Je travaillais dans l'industrie, et j'aime bien ce côté très concret de l'industrie, et de la découverte d'un process, mais j'avais régulièrement une question existentielle qui revenait à peu près à chaque retour de vacances. qui était de dire, mais à quoi je contribue, à quoi je sers ? Et souvent, quand on a des questions existentielles comme ça, et ça, on le voit souvent en coaching, quand on les laisse sur le côté du chemin, elles se réinvitent dans notre vie, et parfois, la vie nous scotche au mur pour nous obliger à y répondre. Et comme on l'a un petit peu évoqué tout à l'heure, la vie m'a très joliment scotché au mur. Nous avons adopté deux petits garçons, et notre deuxième fils s'est avéré être lourdement handicapé, avec un double handicap, et là, tout... Tout ce que j'avais construit, tout ce que j'avais mis au fond sous contrôle s'effondrait. Donc pendant plusieurs années, je me suis consacrée à ma petite famille, à mes deux enfants. Et en particulier, j'ai beaucoup accompagné mon deuxième fils dans les opérations, les soins, la rééducation qu'il a eues. Ce qui fait que quand j'ai voulu recommencer à travailler, la chasse de tête m'a paru un peu paillette après ce que j'avais vécu. Et puis j'avais découvert des choses importantes sur moi dans cette période. J'avais découvert, en effet, comme tu le disais très justement tout à l'heure, sa vulnérabilité, la mienne. Et j'aime cette période-là parce qu'elle est aussi porteuse de plein de potentiels, de plein de possibles. J'ai découvert aussi que je refusais les diagnostics, les dictates, les étiquettes. parce qu'on nous avait fait un pronostic très sombre qui s'est avéré, parce que nous nous sommes beaucoup battus avec lui, qui s'est avéré tout à fait faux. Mais ça, je pense que c'est quelque chose qui me porte aussi dans mes coachings, de refuser les étiquettes pour mes clients. Et puis j'ai découvert que je savais accompagner, d'une certaine façon. Donc naturellement, ensuite, le coaching prenait complètement sens dans ma vie. Et ça fait 20 ans maintenant, et je me lève tous les matins avec plaisir et amitié. de ce métier.
- #Joanna
C'est intéressant ce lien que tu fais avec l'accompagnement de ton fils parce que qu'est-ce que le coaching si ce n'est être porteur d'espoir pour les autres finalement ?
- #Florence
Complètement. Et c'est parfois y croire quand nos clients n'y croient plus.
- #Joanna
Exactement.
- #Florence
Et ça, ça a été... Oui, pour moi, c'est fondamental dans la façon dont on le fait. C'est d'aller souligner non pas le problème mais toutes les ressources, toutes les solutions. Or, on a tendance à se focaliser sur le problème. que ce soit face à la maladie ou face à un problème professionnel. Et c'est dans le récit que l'on fait du problème que l'on s'enferme.
- #Joanna
Absolument, oui. Est-ce que tu aurais un extrait de film qui évoque le coaching pour toi ?
- #Florence
Alors oui, j'ai pensé à un film, ça va peut-être un petit peu surprendre, j'ai pensé à un dessin animé. D'abord parce que j'aime beaucoup utiliser les contes de fées, les dessins animés dans le coaching, parce que ça évoque, ça nous relie à notre... notre âme d'enfant, à l'enfant libre, à l'enfant créatif en nous. Et j'ai pensé à un film des studios Pixar du début des années 20,
- #Joanna
2020,
- #Florence
qui s'appelle Luca.
- #Joanna
Ok.
- #Florence
Et dans ce film, donc c'est l'histoire de deux jeunes ados qui créent une amitié, Alberto et Luca, c'est un film qui est en italien. Alberto a construit une Vespa de briquet de broc et une rampe de lancement. Et il veut persuader son ami de monter derrière lui et de lancer la Vespa. Et l'idée, c'est qu'on va voler, on va survoler la mer. Et Luca lui dit oui, puis non, et puis il hésite. Et Alberto lui dit, je comprends ce qui se passe dans ta tête. Parce que moi aussi, j'ai quelque chose comme ça dans ma tête. En fait, il lui dit, tu as un Bruno. Bruno, c'est le prénom Bruno. Tu as un Bruno dans ta tête. Tu as un Bruno qui te dit, tu ne vas pas y arriver, tu n'es pas capable. Tu as peur, tu vas te faire mal, ça ne va jamais marcher. Et ça, ça parle de nos pensées limitantes. Après, Alberto ne fait pas vraiment du coaching. Il lui dit, tu vas dire, tais-toi ton Bruno, silencieux Bruno, silencieux Bruno, jusqu'à ce que Lucas saute. Mais là où quand même ça rejoint le coaching, ça rejoint une approche que j'aime beaucoup, qui est celle des pratiques narratives. Et en fait, c'est ce qu'on appelle en pratiques narratives, l'externalisation du problème. Donc pour les praticiens narratifs, C'est vraiment un des fondamentaux. La personne est la personne, le problème est le problème, mais la personne n'est jamais le problème. Et donc, à partir du moment où on nomme le problème comme un problème extérieur, un Bruno qui raconte des choses dans la tête, on peut commencer à aider notre client à voir comment il va dialoguer avec son problème, il va éventuellement combattre son problème, il va trouver des ressources pour lutter contre son problème. Et là aussi, c'est redonner du pouvoir. à notre client qui se vit dans l'impuissance, c'est lui redonner la possibilité, pour reprendre l'expression des praticiens narratifs, de redevenir auteur de sa vie.
- #Joanna
Est-ce que tu peux expliquer les pratiques narratives en quelques mots s'il te plaît ?
- #Florence
Alors en quelques mots ça va être compliqué, si tu as deux heures je peux te parler des pratiques narratives. En fait c'est une approche qui au départ est plutôt une approche de thérapeutes familiaux et de travailleurs sociaux. C'est en France que les... coachs se sont plutôt intéressés à cette approche, mais ailleurs dans le monde et en particulier en Australie, en Nouvelle-Zélande où cette approche a été créée, ce sont plutôt des thérapeutes. L'idée, c'est vraiment d'aider la personne à retrouver en elle les ressources. Alors, on va retrouver beaucoup de choses qu'on retrouve dans l'appréciative inquiry. Là, on est plus sur un versant thérapeutique, souvent. mais avec une lecture qui peut se faire aussi en coaching. Et moi, ce que j'aime bien dans cette approche, c'est deux choses. D'abord, il y a un côté politique dans cette approche, qui est d'être vraiment du côté des plus faibles, de ceux qui n'y arrivent pas. et de dire mais même quand on fait partie des plus faibles, on a les capacités de pouvoir s'en sortir. Donc il y a cette Ausha. Et puis il y a un côté poétique, c'est-à-dire que très souvent, on va dignifier la parole du client en créant une œuvre autour. Alors soit on va l'inviter à le faire, soit le thérapeute ou le coach va le faire pour lui. Écrire un poème, écrire un beau texte pour reprendre les... termes du client quand il est en relation avec ce qui fait sens pour lui, avec ce qui a de la valeur pour lui, ou avec ses qualités, avec ses talents, c'est aussi une façon d'honorer ça et de renforcer sa confiance en lui, en ses capacités à faire face. Donc j'aime beaucoup cette approche.
- #Joanna
D'accord. C'est intéressant et c'est vrai que moi je ne la connais pas du tout. Et pour autant, quand je t'entends parler au tout début, j'entendais comme... Comme si tu voulais en parler et le souligner, mais c'est vrai qu'il y a tellement d'outils dans le coaching qu'il est difficile de toucher à tout et de connaître toutes les pratiques.
- #Florence
Alors pour moi, c'est au-delà d'un outil, c'est vraiment une question de posture. Et ça, je pense que c'est très important. Oui, il y a plein d'outils dans le coaching, mais je pense qu'on peut être aussi un excellent coach sans avoir forcément des outils ou beaucoup d'outils. Alors souvent, je dis, c'est bien d'avoir une grille de lecture quand même. Il y a des grandes grilles de lecture du psychisme humain, une grille de lecture à laquelle finalement, parfois quand je suis perdue avec un client, je vais me raccrocher en me disant, là, je retourne à des fondamentaux, qu'est-ce qui se passe ? Quelle lecture je peux avoir ? La grille de lecture, pour moi, c'est ça. Mais pour moi, ce qui va d'abord faire le coaching, c'est la formation à une posture basse, qui est une posture d'écoute, qui est une posture d'acceptation. de non-jugement, de compréhension. Et puis pour ça, il y a pour moi deux jambes sur lesquelles nous marchons. La première, c'est la thérapie. Donc pour devenir coach, pour moi c'est indispensable d'avoir fait un vrai travail thérapeutique sur soi et de le continuer tout au long de notre pratique de coaching. Je n'ai pas mentionné tout à l'heure dans mon parcours, mais ça, ça a été aussi le cadeau de la rencontre avec mes fils. précipité dans une analyse qui a duré une dizaine d'années, que j'ai eu la chance de faire avec une thérapeute jungienne, donc moi qui mets beaucoup les choses sous contrôle, les thérapeutes jungiens, l'approche jungienne, d'où vient le MBTI, c'est une approche qu'on travaille souvent à partir des rêves, donc les rêves, on ne les décide pas, là je lâchais le contrôle, c'est mes rêves qui me mettaient en relation avec mon inconscient, et j'ai fait un travail que j'ai adoré, depuis j'ai travaillé avec d'autres approches thérapeutiques, mais j'ai un lien émotionnel, affectif très très fort avec cette première pratique. Ça, c'est la première jambe pour le coach. La deuxième jambe, c'est la supervision, c'est-à-dire ce moment où on va questionner ce qui se passe entre nous et notre client avec l'aide d'un superviseur, parfois avec l'aide de nos pairs. Il y a deux types de supervision. La supervision individuelle, où on est en face-à-face avec notre superviseur. Puis, il y a la supervision collective, où il y a toujours un superviseur, mais aussi des... pères avec lesquels, des confrères, des consœurs avec lesquels on peut échanger et on s'enrichit toutes les pratiques. Et c'est ça qui est formidable parce qu'il n'y a pas une grille de lecture. Et quand un confrère ou une consœur dit « Ah ouais, c'est intéressant ce que tu as fait, mais tu vois, moi j'aurais fait complètement différemment, j'aurais fait ci, j'aurais fait ça » , moi à chaque fois, je suis émerveillée. Donc voilà, pour moi, le coaching, c'est ça. C'est une posture et deux jambes, le travail sur soi à travers la thérapie pour comprendre qui on est et avec quelles lunettes Nous regardons le monde. Et puis le travail de supervision. Et ce qu'il y a en commun entre les deux, c'est de nous rappeler que dans ces moments-là, nous nous sentons en effet fragiles, vulnérables, en plein doute, en plein questionnement. Et c'est ce que vivent nos clients. Et ça, ça nous évite de prendre une posture haute avec eux.
- #Joanna
Exactement. Merci, c'est très clair et ça permet de rappeler les bases. Et ça me permet d'embrayer sur l'histoire d'un coaching. Est-ce que tu pourrais nous raconter un coaching qui t'a marqué ? en expliquant comment s'est déroulé le coaching et avec quoi est reparti le coaching finalement.
- #Florence
D'accord,
- #Joanna
avec grand plaisir.
- #Florence
Alors c'est toujours difficile de choisir parce que j'ai plein d'histoires et plein d'attachements aussi aux personnes que j'ai pu accompagner. Je vais vous parler de Samuel. Samuel, lorsque je le rencontre la première fois, c'est un chef de projet en organisation. Il est ingénieur de formation. Il travaille dans un grand groupe industriel où il doit conduire un programme de transformation important, très impactant pour l'entreprise. Samuel, c'est quelqu'un qui a un naturel plutôt extraverti, de l'aisance dans les échanges. Une de ses grandes qualités, c'est que lorsqu'il y a des tensions dans le groupe de travail qu'il conduit, il arrive à détendre l'atmosphère par une plaisanterie, une petite touche d'humour. Il est volontiers pédagogue, il sait bien expliquer ses idées, les process, les outils qu'il a envie de mettre en place. Pour autant, la DRH du groupe lui propose de faire un coaching et l'intention qu'elle m'explique quand elle me contacte, c'est... Samuel doit développer son impact et sa capacité à faire avancer les projets. Il doit obtenir des décisions plus rapides des dirigeants, prendre de l'assurance, parce qu'il n'arrive pas à faire suffisamment, à convaincre suffisamment les dirigeants lorsqu'il doit obtenir des arbitrages.
- #Joanna
Donc,
- #Florence
à première vue, on se dit, racontez comme ça, Samuel manque de confiance en lui et...
- #Joanna
On peut se dire,
- #Florence
après tout, quand on regarde son parcours, Samuel est d'une grande loyauté par rapport à l'entreprise. Il n'a jamais pris le risque d'aller ailleurs. Ça fait 15-17 ans qu'il est là. Il semble approuver totalement ce programme de transformation qui pourrait peut-être gêner, déranger certaines personnes qui le questionneraient davantage. Et puis, lorsque la DRH lui propose le coaching, là aussi, il accepte d'emblée la démarche de coaching. Donc on peut se dire, oui, en effet, est-ce que Samuel sait s'opposer ? Ce qui est intéressant,
- #Joanna
c'est que le coaching, ça nous amène à aller plus loin que cette demande, cette première apparence, cette demande officielle.
- #Florence
Et en fait, nous nous retrouvons donc dans la réunion de lancement, l'adhérage du groupe, Samuel et moi. Cette première réunion, elle est importante parce que c'est une réunion dans laquelle on va échanger sur le contexte du coaching, les attendus, les objectifs, de manière à... à partager les attentes. Et donc, la DRH, qui est une femme affirmée, membre du comité exécutif du groupe, partage avec nous ce qu'elle attend du coaching, et donc, elle redit « Voilà, Samuel devrait gagner en impact, devrait gagner en assurance. Il a souvent une vision claire, des idées judicieuses, mais il faudrait qu'il arrive à mieux emporter les décisions, et je pense que c'est peut-être un peu un manque de confiance en lui. » Samuel, lui de son côté, explique en effet qu'il sait bien où il veut aller, qu'il a une idée claire, qu'il aime partager ses idées. Mais par moments, il le dit, il bloque, il n'arrive pas à convaincre. Et quand la DRH lui dit « je pense qu'il faut vraiment que tu travailles la confiance en toi » , Samuel a une petite réflexion qui est « je ne suis pas sûre que ce soit ça » . Et ça c'est intéressant parce que... Ma conviction, c'est que c'est le client qui sait. Et dans le « je ne suis pas sûr » , même dit sans argument derrière, il y a quand même l'idée que ce n'est peut-être pas ça, la vraie piste. Et je trouve que notre rôle de coach, c'est d'aller écouter ces petites expressions, ce qui sort de la musique globale, de la mélodie, ce qui détonne dans la mélodie. Et en particulier... ça va me conduire à la première séance à déjà chercher les exceptions. C'est-à-dire que très souvent, lorsque nous rencontrons un problème, l'une de nos façons de faire perdurer le problème provient de l'histoire que nous nous racontons au sujet de ce problème. Nous faisons ainsi d'un incident qui est bien réel une règle générale. Par exemple, si nous participons... un oral d'examen et que ce jour-là nous bafouillons, nous perdons pied, nous perdons nos moyens, nous risquons d'en tirer l'idée de « je suis nulle à l'oral et il ne faut surtout pas que je choisisse de faire une école ou une formation où on va me demander de passer devant un jury d'examen parce que je ne sais pas faire » . Donc déjà, et ça c'est très important, c'est-à-dire que ça nous conduit souvent à une forme de prophétie autoréalisatrice. ou quelque part je vais stimuler involontairement ce que je crains de voir se produire. Et donc, comme je ne me crois pas capable, je deviens incapable. Donc déjà, le premier rôle du coach, ça va être d'enfoncer un coin dans cette idée de prophétie autoréalisatrice et de rechercher l'exception. Et dans la prophétie autoréalisatrice de Samuel, il y a quelque chose de l'ordre, face à des dirigeants, face à des figures d'autorité, je ne sais pas m'affirmer.
- #Joanna
D'accord.
- #Florence
Et première séance, je vais lui faire un feedback. Je vais lui faire un feedback de ce que j'ai pu observer pendant la réunion lancement du coaching avec la DRH. Et donc, je vais lui faire part du fait que j'ai remarqué qu'il avait une attitude sereine, calme, qui ne semblait pas déstabilisée, alors que cette femme est bien une figure d'autorité, puisqu'elle est membre du COMEX et que, dans sa façon de s'exprimer, dans son positionnement, c'est quelqu'un qui ne manque pas d'assertivité. Et ça, c'est un point aussi important, c'est aussi une grille de lecture importante dans le coaching. On fait le pari que ce qui se passe dans le processus du coaching est à l'image de ce qui se passe en dehors. En partageant avec lui ces éléments, je vais déjà lui demander si ce n'est pas quelque chose qui se reproduit ailleurs, s'il n'y a pas déjà une exception. Mais c'est toujours une hypothèse. Il y a toujours l'idée derrière ça que c'est notre client qui sait. Donc, je vais lui poser la question. Voilà mon ressenti. Est-ce que ça coïncide avec ce que vous, vous avez vécu pendant cette réunion ?
- #Joanna
Et comment il réagit ?
- #Florence
Alors, Samuel me dit, en effet. Vous avez raison, je n'ai pas perdu mes moyens. J'étais tout à fait confiante, ça s'est bien passé. Je lui ai dit ce que je pensais, je lui ai dit qu'en effet, j'étais d'accord avec elle sur le diagnostic qu'elle posait, mais que pour autant, je n'étais pas sûre que ce soit un manque de confiance en moi. Et c'est là où on va déjà commencer à faire ce travail de déconstruction. de la représentation que Samuel se fait de son problème. Donc je lui demande, sur une échelle de 0 à 10, comment évaluez-vous votre niveau de confiance pendant cette réunion ? Je lui dis, je suis à 8,5. Donc là aussi, super, 8,5 c'est bien, je rappelle toujours à mes clients que le 10 sur 10, ce n'est pas forcément possible, en tout cas je les questionne sur ça, parce que vous pensez que c'est vraiment atteignable et souhaitable d'être toujours à 10 sur 10. Pour là aussi, s'enlever un peu de poids sur l'objectif à... à atteindre. Et donc, je vais proposer à Samuel pour la séance suivante de réfléchir à ce qui caractérise les exceptions et de regarder au fond comment ça marche quand ça marche. Autrement dit, dans les moments où il arrive à dialoguer, à proposer et à... argumenter sur ses idées face à des figures d'autorité. Qu'est-ce qui se passe ? Comment ça marche ? On arrive donc à la séance suivante et en effet, Samuel me dit « Oui, j'ai observé une chose, c'est que quand je suis en difficulté, je n'arrive plus à poser de questions. Je n'arrive plus à m'intéresser à comment mon interlocuteur voit les choses. » Je reste muet ou alors je prends un ton un peu professoral et je déroule mon idée, mais je ne suis plus dans l'interaction avec les autres. Et il me semble que ce qui caractérise ces situations, c'est qu'il s'agit bien en effet de figures d'autorité, mais ce sont toujours des hommes.
- #Joanna
D'accord.
- #Florence
Donc là, on commence déjà à avoir un certain nombre d'informations précieuses sur ce qui se joue pour Samuel. Alors, il y a différentes façons de travailler en coaching, et ça c'est toujours très très important. Il n'y a surtout pas... une façon de faire. Là, je vais bien sûr te parler, Johanna, de ma façon de travailler. Pour certains coachs, c'est tout à fait OK. Il peut y avoir une conception linéaire des choses. C'est-à-dire qu'on a trouvé une causalité, on a trouvé les circonstances dans lesquelles Samuel a du mal à travailler. Et donc, on va commencer plutôt à regarder comment petit à petit, il peut prendre de plus en plus d'affirmations et donc l'encourager, le soutenir. soutenir dans un certain nombre d'exercices, voire même de défis, qu'il peut se fixer pour renforcer une attitude plus assertive avec les figures d'autorité masculine. Et ça peut tout à fait fonctionner comme ça, mais là on va être plutôt sur du comportemental, c'est-à-dire qu'on va aider le client à modifier son comportement. Dans ma façon de travailler, je trouve que c'est plus puissant quand d'abord on aide le client à déconstruire sa vision qu'il a de lui-même et de problème. Et pour ça, c'est là où je vais faire un petit écart en passant par des outils systémiques tirés de la thérapie familiale. Alors, je ne reçois pas en tant que thérapeute, je pourrais pratiquer en tant que thérapeute familiale, mais je ne le fais pas. Mais je vais utiliser des outils de l'approche familiale systémique pour pouvoir voir comment le passé éclaire le présent.
- #Joanna
Et en l'occurrence ?
- #Florence
Alors, en l'occurrence, on arrive donc à une séance où je vais proposer à Samuel de me parler de sa relation avec les hommes de sa famille. Les premières figures d'autorité auxquelles nous sommes confrontés, elles s'inscrivent dans notre histoire familiale. Bien sûr. Ça peut être, alors traditionnellement c'était plutôt les pères, aujourd'hui ça peut être tout à fait partagé par les mères, mais ça peut être aussi d'autres figures qui ont joué. Un rôle important pour les enfants, ça peut être un grand-parent, parfois même un enseignant, parfois un grand frère. Ce qui est important, c'est de regarder ce qui s'est passé à cet endroit-là, parce que nous allons souvent reproduire dans le deuxième système, qui est le système de l'entreprise, qui vient du premier système, qui est la famille. C'est pour ça que je me suis intéressée à la thérapie familiale systémique, parce qu'inconsciemment, nous allons rapporter des choses qui viennent de notre premier système dans le deuxième système. Et donc, dans ce questionnement, Samuel commence à évoquer sa relation avec son père. Et il me dit, voilà, j'avais un père qui était un taiseux. C'est quelqu'un qui était médecin dans une petite ville de province. Et il avait repris le cabinet familial qui existait depuis trois générations. D'accord. Et quand Samuel évoque son père et sa relation avec son père, il se ferme. Il y a quelque chose chez lui qui devient sombre. Et en même temps, sans doute dans un élan d'empathie, je ne ressens pas moi-même de la tristesse. Dans ce cas-là, je vais questionner, je vais être très à l'écoute de ce qui se passe émotionnellement à l'intérieur de moi et je vais l'utiliser pour éclairer ce qui se passe dans le système. Et donc, la question c'est, est-ce que cette tristesse est celle de Samuel ? et j'en fais le reflet ? Ou bien, est-ce qu'il y a quelque chose qui est de l'ordre du reflet systémique de la relation entre lui et son père ? Et en effet, Samuel, quand je le questionne, me décrit un homme qui est tout à fait malheureux dans son métier. Il fait un métier qu'il n'aime pas. Et Samuel, quand j'évoque la relation avec son père, de quoi est-ce qu'il caractérisait ? Cette relation dit une grande difficulté de communication. Et il me dit, au fond, on parlait très peu. Je savais que j'étais aimée de mon père, je me sentais tout à fait aimée de mon père, mais notre complicité, elle se créait uniquement au-delà des mots, lorsque nous écoutions la musique qui était notre passion commune. Et donc, j'évoque avec Samuel l'idée que, si il avait posé des questions à son père, qu'est-ce qu'il aurait posé comme question ? Qu'est-ce qui aurait pu advenir à ce moment-là ? Qu'est-ce qui aurait pu se passer ? Samuel, à ce moment-là, a un grand moment d'émotion. Et il me dit, au fond, si je lui avais posé des questions, j'aurais posé des questions sur son métier, sur le fait que je ne le sentais pas heureux, sur ce qu'il aimait ou pas dans son métier. Et Samuel prend, en élaborant ça, prend conscience de la grande fragilité de son père et d'un édifice qu'il n'a pas voulu bousculer, de peur de le voir s'effondrer. Au fond, ce qu'il me dit, j'aurais remué le couteau dans la plaie. Mon père n'avait pas envie de faire ce métier, il l'a fait par loyauté familiale. Et je ne voulais pas, je sentais qu'il s'était fragile, je sentais qu'il n'aimait pas ça. Je sentais que ça le préoccupait, puis qu'il ne marchait pas si bien que ça, sans doute parce qu'il n'aimait pas tant que ça son métier. Et mon père avait sans doute une grande culpabilité par rapport à ça, et je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Et donc, quelque part... Samuel a gardé le silence, n'a pas questionné pour protéger. Et en retour, il a reçu aussi un cadeau plein d'amour de la part de son père qui lui a laissé faire ses choix professionnels. Et Samuel a pu faire la grande école d'ingénieurs qu'il ambitionnait de faire. Mais il n'a pas été obligé de reprendre le cabinet médical. Donc passé ce moment d'émotion intense, j'ai proposé un recadrage, un recadrage positif. Un recadrage, c'est quoi ? C'est proposer un sens différent qui va modifier la vision que notre client a de la situation et de lui-même dans la situation. Au fond, j'ai proposé comme recadrage à Samuel de Liev qui n'a pas questionné son père, non pas par peur de cet homme taciturne, mais plutôt pour le protéger d'un effondrement. Autrement dit, il était persuadé que ces questions allaient ouvrir des vannes, des vannes de peur, et sans doute... d'un fond dépressif chez son père. Et Samuel, dans ce cas-là, avec ce recadrage, ne se vit plus comme quelqu'un d'effacé, qui n'ose pas poser des questions, mais plutôt quelqu'un qui ne pose pas de questions, par souci de protéger l'autre. Et ça, ça va profondément changer les choses. Parce qu'à partir de là, Samuel ne se regarde plus comme insuffisant, pas capable, manquant d'assertivité, mais au contraire, comme quelqu'un qui prend en compte. l'autre et qui prend en compte la fragilité de l'autre. Alors là, on peut faire un petit aparté sur l'extraordinaire intelligence des enfants. Ça, je suis toujours frappée dans notre métier quand on questionne l'histoire familiale, comment les enfants sentent la fragilité des parents et mettent tout en place pour protéger les parents. Et c'est souvent dans ce système de protection qu'on va trouver les racines de ce qui se rejoue ensuite en entreprise, mais qui n'a plus forcément lieu d'être, bien sûr.
- #Joanna
Quand tu fais part de ce recadrage, de quelle manière il réagit ? Est-ce que c'est un waouh ? Est-ce que c'est difficile ?
- #Florence
Il y a des larmes qui coulent et c'est sourd. Quand on est coach, il y a un outil. On m'a appris à chasser, il faut avoir une boîte de Kleenex. C'est un des premiers outils du coach. Et être tout à fait à l'aise avec le fait que notre client peut exprimer des émotions fortes, y compris avec des larmes. Et qu'à cet endroit-là, il a touché quelque chose de profondément sensible. Et il a changé son regard. Il a changé son regard sur la relation avec son père, qu'il vivait comme distante et insuffisante. Et il a changé son regard sur lui-même, qu'il vivait comme insuffisant, insuffisamment assertif. Donc à partir de là, j'ai envie de te dire, le travail, il est fait. Après, les séances suivantes, on a fait de l'ancrage. On a fait de l'ancrage pour qu'il ancre. Cette conviction-là, et qu'il puisse ensuite gagner en aisance. Alors ensuite, dans les séances suivantes, ce que j'ai proposé, c'est ce qu'on appelle prescrire une tâche. C'est-à-dire que je lui ai proposé désormais d'observer les situations où il se retient de poser des questions. Et à ce moment-là, de s'interroger sur la fragilité sous-jacente. qu'il sent chez ses interlocuteurs. Alors, pourquoi c'est intéressant de prescrire une tâche qui là aussi est une approche que j'utilise régulièrement au coaching ? C'est d'une part parce que ça permet de vérifier ce qui jusqu'à présent n'est qu'une hypothèse. Le recadrage positif fait par un coach, c'est juste une hypothèse. Et bien sûr, c'est notre client qui sait et il doit aller vérifier que ça fait sens à l'extérieur du cabinet du coach. Et d'autre part, l'intérêt de cette prescription de tâches, quelque part, c'est de prescrire le symptôme. C'est-à-dire de lui demander de ne pas poser de questions pour s'interroger et observer. Et là où c'est intéressant, c'est que c'est une façon de soulager le client. Le client, il se soulage ainsi de la pression qu'il peut se mettre à poser des questions. Mais je lui demande de surtout observer. Et il arrive que lorsqu'on a ce type d'approche, ça s'est tiré de l'approche paradoxale. La prescription du symptôme. En demandant au client de ne pas s'exprimer, il arrive qu'on augmente les chances qu'il s'exprime sans même y penser.
- #Joanna
Oui, c'est l'attitude d'un enfant quand on lui dit non, il va le faire directement.
- #Florence
Oui, et puis vraiment ça enlève de la pression psychologique. Nos clients, ils veulent bien faire, surtout quand on est dans le cadre de l'entreprise. Bien sûr. Qui leur dit tu dois, tu peux, il faut que, etc. Donc notre rôle, c'est aussi d'enlever cette pression-là. pas d'en rajouter. Et donc, les séances suivantes, ça a amené à... C'est avec ça, au fond, que Samuel est reparti de son coaching. Samuel m'a confirmé qu'en effet, il avait observé des dirigeants qui pouvaient être dans une posture fragile, et en particulier deux de ses interlocuteurs. L'un était le DG d'une BU importante, d'une business unit importante dans l'entreprise, et il était un peu mis en difficulté. Des résultats qui n'étaient pas là où on les attendait. Et l'autre, c'était un jeune dirigeant arrivé récemment, qui avait ses preuves à faire dans l'entreprise, qui venait d'un environnement complètement différent. Il avait un peu de peine à trouver sa place. Et donc, à partir de là, Samuel a complètement évolué d'une vision du monde où il se vivait comme « je ne suis pas capable d'être confrontant » face à des personnes qui détiennent l'autorité et le pouvoir, à une vision où il s'est vécu. comme protecteurs et ne voulant pas les déstabiliser parce qu'ils les sentaient fragiles. Et quelque part, il s'est rendu compte qu'il leur permettait ainsi de... sauver la face. En ayant l'air d'acquiescer lui-même, il leur permettait de s'en sortir. Et donc à partir de là, il a développé des stratégies différentes, en particulier d'avoir des échanges face à face avec chacun d'entre eux, pour ne pas les mettre en difficulté devant d'autres. Et puis il y a eu une belle alliance avec ce dirigeant nouvellement arrivé, qui est à peu près de la même génération que lui. Et là, Samuel lui a donné des clés. sur la culture de l'entreprise, ses modes de fonctionnement, et quelque part, il a joué ce rôle de protecteur qui est inscrit dans son histoire. Alors, j'ai choisi de te raconter cette histoire-là parce qu'elle mêle plusieurs approches. On a parlé des pratiques narratives avec la recherche de l'exception, on a parlé de la résonance émotionnelle, quand je me sens triste, et ça, ça vient de Moni El-Kaïm qui a théorisé le... La résonance émotionnelle est pour moi le premier outil du coach. C'est le coach qui sait identifier ses émotions et s'appuyer sur ses émotions pour les réintégrer dans le système du coaching. On a parlé d'approche systémique et on a parlé d'approche paradoxale. Ça montre comment on peut tisser quelque chose de très particulier avec chacun de nos clients.
- #Joanna
Est-ce que toi, ce coaching t'a marqué en particulier ?
- #Florence
Il m'a émue, oui. Il m'a émue parce que je me dis qu'il ne suffit de pas grand-chose pour que l'histoire qui nous fait du mal, avec laquelle nous nous enfermons, bascule en histoire positive, qui nous donne de la force, qui nous donne de l'énergie pour avancer. Les coachings où on peut aller sur ce terrain-là sont des coachings que j'affectionne particulièrement, qui laissent une trace.
- #Joanna
Oui, je comprends. terminer, est-ce que tu aimerais lire un texte ou partager un mantra ?
- #Florence
Alors, j'avais envie de partager une phrase de Spinoza qui pour moi est vraiment la base de notre métier. Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais seulement comprendre. J'ai... Adorez ma formation avec Moni El-Kaïm, qui a été un grand psychiatre, qui a apporté l'approche systémique familiale en France, et qui nous disait, quand vous commencez à juger, et c'est facile, on rentre très vite sans en prendre conscience, quand vous commencez en tant que coach à juger, vous êtes policier, vous êtes juge, vous êtes assistant social, vous êtes manager, vous êtes tout sauf coach ou thérapeute. Et vous perdez l'alliance avec votre client. Et à l'école de Palo Alto, on a cette expression que j'aime beaucoup, il s'agit de rejoindre notre client dans sa vision du monde. Et quand les émotions s'invitent, quand elles viennent en moi au cours d'un coaching, plutôt que de vouloir les repousser, c'est vraiment m'interroger sur leur utilité dans le système. Y compris quand je ressens une émotion désagréable vis-à-vis de mon client, comme de la critique ou du rejet. C'est de me dire, au fond, à quoi ça lui sert, à lui, que j'éprouve ça. Au quoi je vais ainsi reproduire un scénario qu'il connaît bien et qui, quelque part, le sécurise. Et ça, ça m'aide beaucoup à travailler avec mes émotions.
- #Joanna
Écoute, je te remercie pour ce texte. Et puis surtout, pour ce moment ensemble, à la fois profond, délicat et lumineux, qui nous éclaire sur beaucoup de pratiques. Ta posture d'écoute et ta richesse d'expérience nous rappellent à quel point accompagner, c'est d'abord s'honorer soi-même en tant qu'humain pour honorer les autres. Donc merci.
- #Florence
Merci à toi Joanna.