- Speaker #0
Bienvenue dans Coalition, le podcast de Sport Power qui donne la parole à celles et ceux qui font le business du sport féminin. Je suis Sophie Sauvage et j'accueille deux fois par mois ce micro. Des championnes, des entreprises, clubs, institutions, pour explorer ensemble l'économie du sport féminin, ses modèles de développement et le chemin pour construire une trajectoire pérenne et ambitieuse pour l'ensemble des acteurs sportifs et économiques. Bonne écoute ! Aujourd'hui dans le podcast Coalition, j'ai l'immense plaisir d'accueillir Sarah Ouamoun. Sarah est la boxeuse française la plus médaillée de l'histoire. Pionne du monde en 2008, vice-championne olympique en 2016. Elle est aussi entrepreneur. Elle vient de publier son nouveau livre « Frapper juste » et elle trace depuis des années un chemin très singulier entre sport, leadership, engagement et transmission. Avec Sarah, nous allons explorer les contours de son parcours. On a à comprendre ce que veut dire prendre sa place, l'occuper pleinement et parfois frapper juste pour faire bouger les lignes. On va aussi parler de puissance au féminin, d'ambition, de courage, d'entrepreneuriat. et de la manière dont on transforme ces expériences en force pour soi et pour les autres. Bonne écoute ! Bonjour Sarah !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
C'est une vraie chance et un bonheur de t'accueillir dans ce podcast, dans cet épisode de Coalition. Tu viens de publier un livre qui s'appelle Frapper Juste et qui, pour moi, veut dire beaucoup de choses. Dans ce livre, tu racontes ton histoire. Tu mets la boxe au cœur de ton histoire et on va en parler. Mais tu dis aussi que c'est important de prendre sa place, de l'occuper pleinement, de comprendre les codes d'un écosystème et parfois de frapper juste pour faire bouger les lignes. Alors si tu veux bien, on va commencer un petit peu par le début et que tu nous expliques comment la boxe a pris une telle place dans ta vie et finalement comment tu as appris à... devenir toi-même cette championne exceptionnelle, entrepreneur et qui partage tant avec les autres aussi ?
- Speaker #1
En fait, la boxe a été une rencontre un peu hasardeuse. Dans ma famille, on ne parlait pas de boxe, on faisait du sport parce que ma mère croit vraiment aux valeurs éducatives du sport. Et donc, j'ai commencé très tôt, dès l'âge de deux ans, à faire du baby judo. Enfin voilà, j'ai fait plein, plein, plein de sports. Et puis, à l'âge de 14 ans, je suis passée devant une salle de boxe et j'y suis entrée par curiosité. Et je n'aurais jamais imaginé que 20 ans plus tard, je finirais ma carrière sur un ring olympique. Donc au départ, c'est la curiosité. Puis après, c'est la rencontre avec un entraîneur qui m'a tout de suite parlé de sa passion pour la boxe. Il me parlait de nobles arts, des scrims des points, en m'expliquant que la boxe était d'abord dans la tête, d'abord stratégique. Et puis, il m'a proposé d'essayer de faire une séance de boxe éducative. C'est celle qu'on propose aux enfants juste à la touche. Et j'avoue qu'au début, j'avais cette image un peu de Rocky où il fallait se frapper dessus, avoir le nez cassé. Je ne m'imaginais pas du tout sur un ring. Et puis, il n'y avait pas de représentation féminine. Donc honnêtement, je ne m'étais jamais projetée en train de combattre. Et quand j'ai fait cette première séance, j'ai adoré parce que... Je trouvais qu'il y avait une super ambiance dans la salle. On s'entraînait en musique. Lui était toujours derrière moi, me donnait confiance. Et j'ai décidé de m'inscrire sans trop me poser de questions. Et puis, voilà, j'ai découvert ce milieu, ce milieu qui était encore très masculin, puisque moi, je commence la boxe en 96. Elle est interdite aux hommes, aux femmes, pardon. Et donc, voilà, je ne me pose pas de questions. J'y vais et je m'entraîne. J'essaye de me faire ma place. Il y a surtout... Surtout cet allié Saïd Benajem qui lui était boxeur professionnel encore à l'époque et qui fait en sorte que je me sente bien. Et très vite, j'ai évolué. La première équipe de France féminine s'est créée en 99, date à laquelle la Fédération française a autorisé les premiers combats. Et j'ai évolué comme ça dans ce milieu. J'étais plutôt une adolescente très introvertie et ça a été un vrai challenge pour moi la boxe parce que monter... sur un ring, être gardée de tous, que ce soit à l'entraînement ou en combat. C'était vraiment pour moi un combat intérieur, parce que j'avais tendance à me rétrécir, à me faire petite, très discrète. Et là, il fallait être exposée, il fallait presque faire du bruit, être très visible. Mais c'est ce qui m'a aidée à grandir, c'est ce qui m'a aidée à m'accepter, à me faire ma place. à assumer en fait ce que j'avais envie de faire et d'être et ça m'a rendu beaucoup plus puissante et plus solide à la fois dans la tête et dans le corps, mais vraiment c'est passé par le corps d'abord. Et à partir du moment où je sentais que je commençais à maîtriser mon corps, mes gestes, je me sentais forte, ça a commencé presque à irriguer le mental. Et donc, j'ai commencé à être peut-être un peu plus audacieuse, à affirmer un peu plus mes ambitions, à oser combattre et défier, tu vois, aller sur d'autres terrains que seulement le ring. Et puis très vite, j'ai voulu m'engager dans les instances dirigeantes parce que je voyais beaucoup de choses qui me dérangeaient. Et en fait, il y avait presque des colères en moi qui me disaient que ce n'est pas normal, en fait, cette place des femmes. Et donc voilà, c'est vraiment le ring qui a forgé, je pense, mon identité.
- Speaker #0
Une des choses que tu soulignes, c'est le ring, cet espace dans lequel tu... te jettes un peu au début sans trop savoir et qui représente quand même beaucoup de choses qui nécessitent beaucoup de courage en fait. Aller sur le ring, ça nécessite du courage. Mais ce dont tu parles beaucoup dans ton livre, c'est finalement de s'approprier l'espace. Tu insistes sur le fait que la boxe, c'est un cadre dans lequel tu peux exprimer ta colère, mais d'une manière maîtrisée. que la puissance, c'est quelque chose d'important, mais qu'il faut frapper juste, et que ce n'est donc pas un déchaînement de colère et de puissance, que le quadrillage du ring et que cette appropriation de l'espace est importante. Et moi, je le vois dans ton parcours. En fait, tu t'es engagée dans tellement de choses qu'on ne peut pas tout citer, mais vice-présidente du CNOSF, vice-présidente de la filière sport. Je ne vais pas tout dire, et on parlera après des projets que tu as montés toi, mais j'ai l'impression que cette appropriation de l'espace, c'est quelque chose que tu as répliqué dans ta vie hors du ring, de maîtriser le terrain, et puis ensuite d'user de l'intelligence et de la force au bon moment.
- Speaker #1
Oui, en fait…
- Speaker #0
On peut faire un parallèle comme ça ?
- Speaker #1
Oui, on pourrait, en fait… Le ring, tu as des règles. Et du coup, quand tu commences à comprendre ces règles, à maîtriser un peu les outils, là, tu peux commencer à agir, essayer de prendre ta place et de faire bouger les lignes, t'imposer. Et j'ai l'impression que c'est un peu comme ça partout. C'est-à-dire que dans tous les environnements, tu as des règles. Et il faut, avant d'espérer changer les choses et prendre ta place, il faut comprendre cet environnement. Et moi, j'aime bien dire que le premier outil en boxe, c'est les yeux, ce n'est pas les poings. C'est tout ce travail d'observation et d'analyse de ton adversaire, de ton environnement en fonction de l'adversaire que tu as. C'est souvent un style de boxe, une culture, une manière d'aborder le combat. Et tout ça, il faut le comprendre avant de monter ta stratégie et d'agir. Et que ce soit sur un ring, dans des instances dirigeantes, dans un conseil d'administration ou même dans mes clubs. Je crois qu'il y a vraiment cette nécessité de comprendre d'abord toutes ces règles et l'environnement, de comprendre les gens qui le font pour pouvoir après commencer à agir et faire bouger les choses.
- Speaker #0
Et c'est ce que tu fais brillamment. Il y a un autre point qui me paraît important, c'est cette notion de puissance, qu'on a souvent du mal à associer aux femmes. Toi, tu parles beaucoup du mot ambition. dans le livre tu parles de l'ambition et de l'importance d'en avoir en fait et quelle qu'elle soit finalement avoir une ambition qui te guide et on a le droit d'avoir de l'ambition en tant que femme je pense que tu as aussi cette notion de puissance qui est vraiment associée à toi, à ce que tu représentes et tu es une incarnation de femme puissante et pas parce que tu es une boxeuse choix. Parce que ton parcours, tu l'as construit et qui t'a mené là où tu es. Et je trouve que c'est très important de mettre ça en valeur, en fait.
- Speaker #1
C'est vrai que je parle beaucoup de puissance à la fois physique et mentale. J'ai vraiment la conviction que la puissance, tu ne la reçois pas, tu la construis. Et ça ne se fait jamais dans le confort. Souvent, j'ai eu l'impression d'avoir développé cette puissance, qu'elle soit dans la tête ou dans le corps, mais avec beaucoup de travail, avec cette ambition. Et dans le livre, je dis l'ambition, ce mot qu'on nous a volé, parce que dans les différents environnements que j'ai fréquentés, j'ai toujours eu le sentiment qu'une femme qui assume son ambition, qui en parle, qui la rend visible, elle est… On va voir ça négativement, c'est-à-dire qu'on va dire « elle, elle est dans l'ongle » , etc. Alors que pour un homme, c'est un peu différent. Et c'est pour ça que je dis qu'il faut se le réapproprier, ce mot, parce que ce n'est pas un mot négatif, bien au contraire, on peut affirmer ses ambitions. Et pour moi, c'est quelque chose de vraiment très valorisant. C'est une manière aussi de se fixer des objectifs et d'avancer, de s'élever, de continuer à progresser. Et en fait, moi, j'aime beaucoup cette notion de puissance, parce que c'est vrai que quand on dit puissance, c'est encore plus puissance physique. On ne va pas penser systématiquement aux femmes. Et moi, le message que j'ai envie de dire, c'est qu'on a le droit et on peut tout à fait. En réalité, on est puissante. C'est juste qu'il faut avoir confiance en nous et oser exprimer cette puissance.
- Speaker #0
C'est ce que tu transmets beaucoup. Moi, il y a un épisode de ton parcours qui m'a beaucoup marquée. C'est quand tu ne te qualifies pas pour les Jeux olympiques de Londres, qui sont les premiers Jeux qui autorisent la boxe des femmes, si je ne me trompe pas. Et tu ne te qualifies pas alors que... C'était quasiment pas prévisible que tu ne te qualifies pas. Et tu décides d'arrêter ta carrière. Et puis finalement, tu te dis à un moment, après la naissance de ta première fille, si je ne me trompe pas, tu te dis, mais finalement, j'ai encore des choses à faire sur le ring. Et c'est ma liberté de décider, de tenter le coup et d'essayer de me qualifier pour Rio. Et ça, tu le fais pour toi. en toute conscience, en sachant que le challenge, il est hyper difficile, que tu te remets physiquement après grossesse et maternité. Et là, tu peux nous parler de ce moment, de cette décision qui est pour moi une incarnation de liberté, en fait.
- Speaker #1
Oui, je peux t'en parler. 2012, c'est vrai que c'était un moment important parce que c'était la première Olympiade féminine pour les boxeuses. Donc, moment historique. Moi, ça faisait 16 ans que je boxais. À l'époque, j'étais numéro 1 de ma catégorie. Donc, j'imaginais vraiment faire les Jeux. Et je ne pensais pas que les Jeux allaient se faire sans moi parce que j'étais là depuis le début. Et je me sentais prête pour... pour y aller. Et bon, bref, je ne me qualifie pas. C'est comme ça, ça fait partie du sport. C'est une compétition, ce qu'on appelle par mort subite. Donc, c'est-à-dire que si on perd, il n'y a pas de seconde chance. Il faut être là le jour J. Et donc, moi, je perds et je décide d'arrêter ma carrière. Et je pensais vraiment que c'était la fin pour moi, que je raccrochais les gants, parce que là encore, il n'y avait pas de représentation de femme maman. qui revenait sur un ring. En plus, j'avais passé la barre des 30 ans, donc souvent c'était l'âge de la retraite sportive. Et deux années sont passées, je suis devenue maman, je me suis lancée dans l'entrepreneuriat et j'avoue que j'avais encore ce truc au fond de moi. Il y avait ce rêve d'enfant d'aller au jeu et en même temps cette histoire qui était un peu inachevée. Et deux années qui m'ont aussi permis de prendre conscience de ce qui s'était passé en fait sur le ring. Il y avait un aspect sur lequel je n'avais peut-être pas assez travaillé, c'est le mental. Parce que moi, j'ai craqué dans la tête. Ce jour-là, je me suis laissée parasiter par l'enjeu de la compétition. Je n'ai pas réussi à rester dans le moment présent. Et j'ai décidé de reprendre le chemin de l'entraînement pour tenter une qualification pour les Jeux de Rio. Et c'est vrai qu'à l'époque, j'avais 32 ans, j'étais en pleine levée de fonds. Et puis, j'étais maman. Et donc, quand j'ai commencé à... présenté mon projet et justement cette ambition de faire les Jeux, tout de suite, ça a été « Ah mais non, mais c'est pas possible, t'as arrêté depuis deux ans, il faut oublier les Jeux, tu réussiras pas à te qualifier. » En plus, on m'a même dit « Écoute, on a laissé des femmes monter sur un ring, on va pas laisser des mamans, enfin voilà, faut pas abuser. » Et... Et oui, j'ai fait le choix de m'écouter, de me dire, il faut que je me protège de tous les retours que je vais avoir. Parce qu'il y a eu des retours qui se voulaient bienveillants, mais qui me blessaient et qui finalement détruisaient presque mon rêve. Et puis il y a ceux qui n'y croyaient vraiment pas et pour qui c'était inconcevable. C'était un projet complètement fou et que je perdais du temps et que je faisais perdre du temps aux autres. J'ai eu envie juste de vivre mon truc et de me dire, voilà, j'avance avec ce que j'ai, avec ceux qui veulent croire en moi un peu, en mode innovation frugale, on fait avec ce qu'on a. Et franchement, c'est la meilleure décision que j'ai prise de ma vie.
- Speaker #0
Et puis, tu as été vice-championne olympique. C'était donc un parcours absolument magnifique. Et donc, nous, moi, je me souviens assez bien de ton parcours. et de cette médaille. Et ce qui est impressionnant, en fait, c'est non seulement ton parcours de boxeuse, mais ce que tu fais depuis, en fait, et que tu avais commencé avant, puisque tu fais toujours des choses en parallèle et des milliards de choses en même temps. Mais tu as transformé tout ce que tu as appris, tu continues à apprendre et tu es devenue une entrepreneur multiple. avec des projets. Et aussi, tu as monté des projets pour transmettre. Et ça, je pense que c'est au cœur de ta personnalité de partager, de transmettre ce que tu as appris et de faire en sorte que des femmes puissent bénéficier de ton expérience. Tu mets souvent la boxe au cœur pour partager. Mais c'est important. pour toi et pour toutes celles avec qui tu partages de connaître ça. Tu nous en parles un peu, que ce soit les Punches ou d'autres projets que tu as montés ?
- Speaker #1
C'est vrai que pendant ma carrière, je me suis très vite engagée à la fois dans des instances pour les athlètes, notamment la commission des athlètes du comité olympique, au sein de ma fédération, pour prendre la parole. expliquer aussi comment on pouvait améliorer nos conditions, faire remonter la voie des athlètes et du terrain. Et puis, j'ai créé une première association qui était au départ un club de boxe réservé aux femmes avec une garderie et qui s'est transformée. Là, c'est un projet qui existe depuis 16 ans et aujourd'hui, c'est des tiers-lieux sportifs dans lesquels j'ai des clubs de boxe et puis des programmes d'éducation et d'accompagnement par... par la boxe. Et c'est vrai qu'il y a eu cette envie de transmettre. J'ai très vite mesuré la chance que j'avais eue de rencontrer la boxe, de rencontrer cette passion, mais aussi beaucoup d'alliés qui m'ont permis de grandir, de me transformer. Et j'ai eu envie presque de partager les secrets du ring parce que pour moi, ça a été une vraie chance. Et le fait de me dire, je vais créer une association et je vais partager ce que j'ai appris parce que très vite, j'ai assez vite conscientiser aussi ce que l'entraînement développait chez moi en termes de discipline, de confiance, d'audace, de goût de l'effort. Et je me disais, mais ça, c'est tellement précieux. Il faut que je puisse le partager à tous les jeunes qui veulent aussi travailler sur eux et qui ont besoin d'être accompagnés. Et donc, ces clubs, c'est des clubs qui existent toujours, qui sont ouverts à tous. Et c'est vrai qu'en plus, le regard sur la boxe a beaucoup évolué, moi, depuis... Mes premiers pas sur un ring, aujourd'hui, il y a un regard social qui a beaucoup changé. La boxe est devenue très tendance et ça m'a permis aussi de vraiment démocratiser ce sport et de faire mettre les gants à tout le monde. Aujourd'hui, on a des cours pour seniors, des cours pour enfants. Pour moi, c'est une vraie réussite de voir des femmes, des enfants, des jeunes filles. passer la porte de la salle de boxe et oser combattre, oser bouger, oser faire du sport. Et puis, il y a cinq ans, j'ai décidé d'aller un peu plus loin dans cet accompagnement en créant un programme qui s'appelle Les Puncheuses. C'est un programme qui s'adresse uniquement à des femmes avec cette volonté de les accompagner à vraiment prendre leur place, à gagner en autorité, en leadership. Et là, on est sur un step un peu... différent, puisqu'il y avait cette volonté au départ d'ouvrir les salles et de faire bouger. Et puis maintenant, c'est OK, vous avez bougé, mais comment on peut aller encore plus loin en montant sur le ring, en prenant notre place, en osant se rendre beaucoup plus visible. Et ce programme, en fait, c'est un... C'est une combinaison de boxe, d'atelier collectif, mais aussi d'art oratoire. Parce que je me disais que le ring, c'est un super terrain pour rendre visibles les femmes. Et moi, quand, tu vois, je me souviens précisément du tournoi de qualification olympique. Et quand je suis arrivée sur la compétition, je me disais, mais je ne sais pas si toutes les filles qui sont là mesurent la chance qu'on a et ce moment. important parce qu'en fait, on a passé un cap. On va aller au jeu, on va être visible. Pendant des années, je me souviens, on boxait, il n'y avait personne dans nos salles. On faisait des tournois partout dans le monde, mais dans les gradins, il n'y avait que les participantes et les entraîneurs. Et là, on va être visible de toutes, de tous, et il y a plein de petites filles qui vont nous voir et qui vont peut-être vouloir faire comme nous. Et donc moi, j'ai eu envie d'utiliser aussi ce ring pour donner la parole aux femmes et leur dire, mais montez sur ce ring. Personne ne va le faire à votre place. Donc, allez-y, osez, même si le discours, ce que vous allez dire n'est pas parfait, ce n'est pas grave. Prenez le micro parce qu'on ne va pas vous le tendre. Et montez sur ce ring et prenez la parole. Prenez votre place, osez exister, osez prendre la lumière. Et donc voilà, ce programme, c'est ça. et avant Peut-être que mes réussites étaient très personnelles. Les Jeux, c'était un rêve d'enfant. Et pour moi, la réussite, très vite, en raccrochant les gants. Tu vois, on parle souvent de la petite mort des sportifs quand on arrête notre carrière, ce moment un peu compliqué où on doit retrouver une identité. Moi, j'ai eu peur deux, trois secondes. Et puis, je me suis dit, mais non, il y a 20 ans de RIM derrière. C'est tellement précieux. Et ça, en fait, il faut le transmettre. Je n'ai pas forcément envie d'être entraîneur. Mais par contre, je sais qu'il y a quelque chose qui s'est passé sur le ring et ça, il faut en parler. Il faut permettre à d'autres de découvrir un peu presque ces secrets du ring. Et voilà, ces programmes, c'est un peu ça, partager pour permettre à d'autres de se découvrir et de découvrir cette puissance à la fois physique et mentale.
- Speaker #0
J'ai lu les témoignages des femmes qui ont pris la parole sur ce ring. Et je crois que c'était il y a quelques semaines qu'il y a eu une session avec beaucoup de monde autour du ring et chaque femme qui prenait la parole à la suite des autres. Et les témoignages étaient formidables en fait. Une espèce de sentiment de... Bah oui, chacune a dû ressentir ce sentiment de puissance. Et le fait de le ressentir au moins une fois, ça aide à la construction de la confiance pour la suite. Et donc, je trouve ça assez fantastique pour chacune de celles qui a pu participer. Et puis pour toutes celles et ceux qui ont écouté aussi. Parce que c'est une démonstration de ce que tu prônes.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est vrai que c'était un moment assez...
- Speaker #1
Oui, c'était vraiment un bel événement. En fait, elles se sont préparées pendant cinq mois sur toutes celles qui sont montées sur le ring. Au départ, il n'y en avait que deux qui étaient d'accord en disant non, non, mais moi, ce n'est pas possible. Je ne peux pas. Je ne suis pas capable de prendre la parole en public. Et en plus, au milieu de tout le monde, sur un ring, 200 personnes qui me regardent et à parler de soi. Parce qu'en fait, le défi, c'était de raconter un combat intérieur qu'elles ont gagné ou perdu, mais même si elles l'ont perdu. qu'est-ce qu'elles en ont tiré de positif. Et donc, on est partis sur plein de sujets. Ça a parlé de burn-out, de suradaptation, de postpartum, de dépression, plein de sujets hyper intéressants. Et finalement, c'est devenu presque, au départ, ce défi individuel, c'est devenu un défi collectif. Et il y a tout ce groupe qui s'est tiré. Et oui, honnêtement, il s'est passé quelque chose sur ce rythme. Mais en fait, moi, je me suis presque vue sur mes premiers combats, à ce moment où on t'appelle, tu entends ton nom et tu dois monter sur le ring avec ta musique, la lumière, tout le monde te regarde. Et en fait, c'est ça qui est transformateur. C'est ce moment où tu décides de faire le premier pas, d'avancer, d'enjamber les cordes du ring, quand tu sais que tu as 200 personnes qui te fixent, mais tu assumes. Et quand tu réussis, tu ne sors plus du... Bye ! Tu sors du ring, tu es complètement différente. Et moi, j'ai vraiment adoré ce moment.
- Speaker #0
J'imagine que toutes celles et ceux qui étaient là, de celles qui ont pris la parole à celles et ceux qui ont écouté, ça a dû être très, très, très puissant comme moment. Sarah, tu es engagée à travers ce que tu fais toi, à travers ce que tu portes. Pour toi... Tu es une pionnière dans ton sport. Tu es une pionnière aussi en dehors de ton sport, par ta position dans les instances, ton parcours d'entrepreneur. Comment est-ce que tu... Tu disais que la boxe avait beaucoup évolué. On voit encore qu'au niveau professionnel, c'est difficile pour nos championnes françaises de trouver des combats. Je veux dire, ce n'est pas fluide. J'avais à ce micro Emma Gongora, il y a quelques... Il y a quelques mois, on parlait de l'écart entre peut-être l'Amérique du Nord et la France pour trouver des combats. Est-ce que toi, tu as une vision globale de l'évolution de ton sport, que ce soit boxe olympique, boxe professionnel ? Qu'est-ce qui te paraît essentiel pour les prochaines années ? Qu'est-ce qu'on peut faire pour que ça devienne un espace encore plus égalitaire ? Et avec plus d'opportunités.
- Speaker #1
Sur la boxe amateur, la boxe olympique, il y a eu quand même une belle évolution. Et les Jeux de Paris 2024 ont permis cette accélération avec autant de boxeuses que de boxeurs. Il y a 10 ans, donc 2016, il y avait trois catégories pour femmes. On était 36, il y avait plus de 500 hommes en compétition. Et déjà, les hommes râlaient parce que quand on a été intégrés à la compétition, Il fallait libérer des places qui étaient réservées aux hommes. Et donc, ça a été un vrai défi. Paris 2024, c'est 50-50. Alors, ça a râlé, évidemment, mais c'est fait. Et là, ça a permis, derrière, je le vois depuis deux ans, de multiplier les opportunités de boxer. Il y a des tonnes de compétitions. Ce qu'il y avait beaucoup moins avant, tu as des opportunités de progresser. Et en fait, on progresse et on se rend visible par les tournois. par l'enchaînement des combats. La boxe professionnelle, c'est vraiment un autre monde parce que tu deviens solidaire, tu es indépendante et il y a beaucoup moins d'opportunités. Tu vas dépendre des promoteurs, des sponsors parce que tu dois tout financer. Quand tu es en boxe olympique en équipe de France, c'est la fédération qui prend en charge. Tu peux avoir des aides. des bourses, presque des salaires qui sont très faibles, mais ça te permet quand même d'avoir une activité et de pouvoir en tout cas subvenir à tes besoins et à côté participer à toutes les compétitions qui te sont proposées. En boxe olympique, en boxe professionnelle, si tu n'as pas déjà un petit nom parce que tu sors de la boxe amateur, peut-être avec une médaille olympique, tu vois, Estelle qui, elle, est sortie des Jeux avec sa médaille d'or. Derrière, c'est beaucoup plus facile pour trouver des combats, trouver des sponsors parce que tu as déjà un nom. Mais c'est pareil chez les hommes. Un boxeur pro qui n'a pas de titre en amateur, c'est très compliqué derrière de se construire une carrière. Après, ça dépend de plein de choses. C'est-à-dire que ça va dépendre à la fois de ta personnalité. de ton lieu d'habitation, parce qu'il suffit que tu sois dans une ville où tu as une municipalité qui t'accompagne, et il y a quelques boxeurs et boxeuses comme ça qui arrivent à se construire une carrière, parce que derrière, tu as la ville qui va financer des combats, qui va être derrière, te rendre beaucoup plus visible. Mais évidemment, pour les boxeuses, c'est hyper compliqué. Tu as très peu d'adversaires, donc très peu d'opportunités de boxer. Aujourd'hui... En France, il y a 5000 boxeurs et boxeuses. C'est complètement ridicule. Et en plus, il n'y a plus de diffuseurs. À l'époque, quand il y avait Canal+, qui diffusait les grands combats de boxe, c'était les belles années de la boxe, plutôt dans les années 90. La boxe pro vivait bien. On avait des têtes d'affiches, les gens se déplaçaient pour voir des combats. Aujourd'hui, honnêtement, c'est les années dures pour la boxe anglaise. En plus, il y a la concurrence du MMA avec beaucoup plus de shows, de visibilité. Ils ont réussi à capter les codes un peu de l'entertainment, ce qui n'est pas le cas chez nous. On est encore avec des soirées boxe qui ne sont pas toujours super fun, en tout cas sur les petites organisations. Et donc, ça peut attirer moins. Et forcément, c'est les... les femmes qui en pâtissent. Mais il faut être hyper courageuse aujourd'hui pour passer professionnelle en France parce que la plupart du temps, c'est des femmes qui ont un emploi à côté et qui, après, doivent s'entraîner. Donc, on dit que c'est un statut professionnel, mais qui, en vrai, est hyper précaire.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Absolument. Toi, tu n'as jamais peur de te battre. Tu l'as prouvé. Et tu sais aussi quand ne pas aller au combat. Et ça, je pense que c'est aussi très, très important dans la vie de savoir choisir à quel moment il faut frapper juste. comme tu le dis, et à quel moment il vaut mieux se mettre en retrait. Tu as vécu un moment assez difficile l'an dernier avec les élections aux présidences des fédérations. Et tu as décidé de prendre du recul par rapport à ton envie d'être coprésidente de la fédération face à un environnement sexiste. agressif, voire pire, à ton encontre. Moi, je suis admirative à la fois de ton engagement sur ce combat, mais aussi, finalement, du fait d'avoir dit « non, je n'y vais pas » . Et je trouve que c'est aussi fort de se battre et de savoir quand ce n'est pas la peine. Parce que tu passes aussi un message très fort en n'y allant pas.
- Speaker #1
Oui, mais en fait, si tu veux, c'est vrai que ça a été un épisode difficile parce que je me suis engagée avec beaucoup de sincérité. C'est mon sport. C'est un sport qui m'a beaucoup donné et j'avais envie de lui rendre. J'avais des expériences au comité olympique, au CIO qui me permettaient de penser que je pouvais apporter à ma fédération. Et j'avais un peu anticipé les attaques sexistes parce que j'avais... déjà accompagné d'autres femmes sur des élections au sein de leur fédération. Et c'est des périodes qui, les périodes d'élections comme ça, c'est toujours très agressif, très violent. Et donc, je m'étais dit, oui, je vais me faire attaquer parce que je suis sur ma condition de femme, c'est sûr. Je vais être insultée et tout ça. Bon, c'est triste de se dire qu'on le sait et voilà. On l'accepte. Enfin, c'est pas que je l'acceptais, mais c'est-à-dire que j'étais préparée à ces coups-là. En me disant, je vais avoir ces coups. Et quand on le sait, ça fait peut-être moins mal. Par contre, là où je n'étais pas prête, c'était vraiment d'être attaquée parce que je suis racisée. Des insultes racistes, je ne m'attendais pas du tout à ça. Parce qu'en plus, la boxe, ça reste un sport quand même qui est très populaire. Et donc, il y a une vraie diversité. surtout chez les pratiquants, peut-être moins dans les instances dirigeantes, mais en tout cas chez les pratiquants, il y a une vraie diversité. Donc je ne m'attendais pas à ça et ça, ça a été violent parce que c'est des fonctions bénévoles, j'avais rien à gagner, je ne venais pas chercher une place ou un pouvoir en fait. J'avais déjà d'autres fonctions qui auraient pu me permettre de me valoriser si c'était mon envie. Ce n'était pas du tout le cas. Je m'imaginais m'engager sur un certain temps, aider cette fédération à se relever, et puis après passer le relais, former des plus jeunes. Et donc oui, ces coups-là, ça a été des coups durs. Et j'ai assez vite pris la décision de me retirer parce que je me suis dit qu'il y a des combats qu'il ne faut pas mener parce que qu'on les gagne ou qu'on les perde, en tout cas, je savais que c'était un combat qui allait être difficile à gagner sur ce terrain-là. parce que je me sentais aussi seule dans ce combat à ce moment-là. Et je me disais que ce soit le racisme ou le sexisme, ce n'est pas ici que je vais combattre. Je ferais mieux de retourner sur le terrain et de le combattre avec l'éducation, avec les jeunes. Et je ne suis pas certaine qu'en étant allée au bout de ce projet, peut-être même en étant élue coprésidente, puisque là, c'était dans le cadre d'une coprésidente, j'aurais pu changer les choses. je pense que je me serais vraiment abîmée. Et tu vois, c'est vraiment le parallèle avec la boxe. Il y a des fois dans sa carrière, il faut accepter de ne pas faire des combats. Et ça, c'est difficile parce que tu as un peu la pression, parce que tu veux montrer que tu es capable. Mais il y a des fois, moi, je sais que dans ma carrière, il y a des combats que j'ai refusés parce que ce n'était pas le moment, parce que je n'étais pas en bonne condition, que ce soit physique ou même dans la tête, je n'étais pas prête. ou parce que je sentais que c'était un combat qui était trop difficile pour ce jour-là, et que quand tu prends des coups trop durs, tu ne reviens jamais aussi fort, tu ne reviens jamais au même niveau. Tu vois, moi j'ai vu plein d'athlètes abîmés par des combats parce que tu as pris un coup trop dur et tu ne reviens plus. C'est fini, ta carrière s'arrête parce qu'il y a eu le combat de trop, le coup de trop. Et moi je sentais que c'était ça. C'était le combat. J'allais y laisser trop de plumes. Et il valait mieux que je me retire. Alors, il y a beaucoup de gens qui n'ont pas compris. Qui n'ont pas compris ce retrait en disant « Tu les laisses gagner, ce n'est pas normal. » Mais j'étais assez à l'aise avec ce choix-là. En me disant « Là, ce n'est pas le bon endroit. Je ne suis pas avec les bonnes personnes. Et je ferai autrement. J'avancerai. Et si je dois y retourner ? » Parce qu'en fait, ça m'a quand même appris beaucoup de choses. même sur un... la manière de mener toute une campagne politique, ce que je n'avais pas forcément bien fait. Tu vois, j'ai beaucoup appris. Et je pense que si un jour, je devais soit conseiller des gens, soit y retourner, je serais un peu mieux armée.
- Speaker #0
Ce qui me marre beaucoup, et je crois que c'est quelque chose qui est attaché aux championnes, et sans doute aux champions aussi, c'est la capacité que vous avez à apprendre tout le temps. et à théoriser vos apprentissages, à conscientiser ce que vous apprenez. Et moi, j'ai l'impression que dans ton parcours, évidemment, tu as appris à boxer, mais chaque expérience te donne des cartes supplémentaires et donc des atouts supplémentaires pour mener tes projets suivants. Je suis assez fascinée et j'aimerais que tu nous dises un peu comment toi tu vois ça. Tu le disais tout à l'heure, tu avais très vite su théoriser ce que tu apprenais et c'est pour ça que tu avais pu lancer ta première salle de boxe, le programme des puncheuses. Mais j'ai l'impression que c'est un savoir et que tu le développes. tout le temps, en fait, cette capacité vraiment à théoriser tes apprentissages et à apprendre tout le temps.
- Speaker #1
Ouais, c'est peut-être, tu sais...
- Speaker #0
J'adore le savoir-faire, ça.
- Speaker #1
Parce que quand tu... quand tu te fixes des objectifs sportifs et que tu montes sur un ring, tu descends du ring, tout de suite, t'analyses que, tu vois, forcément, tu vas prendre des coups. Donc, tu vois, même ce rapport à l'échec, ce rapport à la prise de risque, il est... il est normal. Et donc derrière, il n'y a pas de peur, il n'y a pas d'émotion négative. Et tu vas très vite analyser parce que tu sais que c'est cette analyse qui va te permettre de comprendre et de mieux faire au prochain coup. Et donc tu passes ton temps à tester et analyser et réajuster. Et je pense que ce mécanisme-là de se dire « Ok, j'agis, j'analyse et je réajuste » , tu peux après le transposer un peu partout. à chaque fois que tu vis une expérience, tu prends le temps d'essayer de prendre du recul, d'analyser et de te dire, ok, ça je garde, ça je prends, et qu'est-ce que ça dit de moi ? Qu'est-ce que ça dit des choix que j'ai pu faire ? Et tu apprends en fait, tu as aussi ce qui est passionnant, c'est que tu apprends à mieux te connaître. Tu vois, c'est parce que tu sais que plus tu vas te connaître, mieux tu vas agir et tu vas prendre des décisions qui vont être beaucoup plus alignées et cohérentes. Donc, je pense que ça fait partie de la formation des athlètes, d'être en capacité d'analyser, d'accepter aussi tous les feedbacks. Je trouve que la position d'un coach, notamment sur le ring, cet homme de coin qui est là et qui a une vision 360, c'est hyper intéressant. Quand je suis sur le ring, je suis face à mon adversaire. Et donc, tu as une vision qui est… qui est un peu plus resserré. Tu vois, tu as une analyse qui est, voilà, c'est le face-à-face et tu ne vois pas tout ce qu'il y a autour. Tu arrives à imaginer un peu ces mouvements, ces pas, mais tu ne captes pas tout l'environnement. Et en fait, tu as besoin de cet homme de coin qui, lui, va avoir une vision 360, qui va regarder aussi le coin adverse et ce qui se dit, comment ça bouge, les mots qu'il peut capter. Il va regarder, tu vois, ton adversaire vraiment dans tous les angles. Et en fait, ce feedback-là, il est hyper important, tu vois, de se dire je vais m'appuyer sur ce qu'il va me dire pour moi mieux comprendre et même avoir un retour sur ce que je ne vois pas parce qu'il me regarde aussi de dos et j'ai besoin de savoir ce qui se passe derrière, tu vois, comment mon corps bouge, comment je me place. Et quand j'ai pris cette décision, qu'est-ce que ça a produit chez l'autre ? Et donc voilà, être en capacité d'accepter les feedbacks sans... Tu vois, sans émotion, de me dire, voilà, j'ai besoin que tu me dises ce qui va, mais surtout ce qui ne va pas et ce que je peux améliorer.
- Speaker #0
Peut-être que c'est un élément clé transposable pour des bons managers, en fait, d'être… En capacité de délivrer du feedback de manière neutre et constructive, et loin des aspects hiérarchie, jugement, etc. Et que ce n'est pas toujours facile en entreprise d'avoir cette capacité à ne pas juger, mais à être dans le soutien et la progression. Je me dis, en fait, si on avait chacun un homme ou une femme de coin qui nous guide, qui nous dit, écoute, sur cette réunion, la façon dont tu as pris la parole, voilà tout ce qui est positif, voilà tout ce que tu peux améliorer, ou sur ce dossier que tu as fait, tu vois, si on pouvait en fait se mettre dans l'idée. qu'on peut avoir quelqu'un qui nous aide, qui nous soutient et qui nous coache positivement,
- Speaker #1
la vie serait sans doute plus facile. Ah mais oui. Mais puis là, tu vois, tu as le cadre qui fait que ce feedback, il doit être hyper efficace et lui-même doit choisir parce qu'il te fait ce feedback sur ta minute de repos. Tu vois ? à partir du moment où le gong retentit, le chrono est déclenché. Le temps que tu arrives dans le coin, tu vas te retourner, il va te donner à boire, tu vas respirer, tu as déjà 15-20 secondes qui passent. Et donc, il va avoir moins de 30 secondes pour te faire un retour. Mais avant de faire ce retour, il va te demander, toi, ce que tu ressens et comment tu as analysé. Et donc, tu vois, c'est assez court. C'est-à-dire qu'en gros, il doit te dire deux choses maximum. mais de façon hyper efficace, hyper concise. Et tu vois, je pense que ça, c'est un des ingrédients qui fait que ça marche, parce qu'il n'y a pas de futilité autour. Et toi, tu acceptes qu'ils ne prennent pas des gants, en gros, pour te dire les choses. Ça va être un peu direct, mais tu prends parce que tu es en attente de ça, tu as besoin parce que tu sais que c'est cet élément-là qui va faire que le prochain round, tu vois, il va te donner une clé pour réussir. Et donc, on accepte. plus facilement ces retours-là et c'est ces retours qui font que tu vas retourner au prochain round et tu seras certainement meilleur.
- Speaker #0
Apprendre, écouter, transformer, continuer, combattre au bon endroit et prendre son espace et accepter sa puissance, tout ça, c'est des choses que tu as su faire parfaitement et plus encore partager. Sarah, moi je suis vraiment impressionnée. On n'a pas parlé de tous tes projets entrepreneuriaux et je ne sais pas si on a le temps, mais tu mets la même énergie dans tes projets entrepreneuriaux que ce que tu as mis sur le ring et la même intelligence. Donc écoute, bravo, merci. On va conclure ce podcast avec les deux questions signatures. Alors la première c'est... Quel est ton moment de sport féminin ? Et ça peut être un moment de toi ou pas de toi. C'est toi qui choisis.
- Speaker #1
Oui, moi, j'avais envie de dire que peut-être mon plus beau moment de sport féminin, ce n'est pas une victoire. C'est le moment où j'ai vu plein de filles pousser la porte des salles de boxe, toute une génération, parce que les premières filles qui ont commencé comme moi, on était vraiment des exceptions presque, des bêtes curieuses. Et aujourd'hui, je vois plein de petites filles qui poussent la porte de la salle. Et pour qui, c'est normal. C'est-à-dire qu'elles ne se posent pas la question comme nous, nous nous la sommes posée. Et pour moi, c'est ça ma victoire de sport féminin aujourd'hui. C'est de voir toutes ces petites filles oser monter sur le ring et combattre. Tu vois, ça, c'est ma plus belle réussite.
- Speaker #0
Tu as ouvert les portes. Tu es une pionnière. et tu es inspirante pour des filles, des femmes. Et ça, c'est absolument fantastique. Ma dernière question, Sarah, c'est que signifie pour toi le mot coalition ?
- Speaker #1
Coalition, pour moi, ce n'est pas un groupe de personnes qui pensent pareil, mais c'est des personnes qui, avec leur identité, avancent dans un objectif commun. Moi, je le sais très bien que quand je suis allée chercher ma médaille à Rio, je ne l'ai pas fait seule. J'ai eu plein d'alliés autour de moi et c'est vraiment cet ensemble de personnes qui avaient la même envie, le même objectif qui a fait qu'on y est allé. Tu vois, quand je suis dans les instances dirigeantes, ce qui fait que... on arrive à faire bouger les lignes et qu'il y ait du changement, c'est parce qu'il y a des alliances. Et la coalition, c'est un peu ça, c'est cette alliance. Réussir à mettre de côté peut-être sa personnalité ou des choses qui ne pourraient pas aller ensemble pour s'entendre et avancer vers ce même objectif, c'est la conviction qu'ensemble, on est plus fort. Je pense que toutes les plus grandes... transformations de notre société ne sont pas l'œuvre d'une seule personne. C'est toujours plein de personnes qui décident de mettre leur énergie en commun. C'est un peu ça pour moi, la coalition.
- Speaker #0
Je partage ton avis. Nous, avec Sport Power, ce qu'on promeut et ce qu'on a envie de faire passer comme message, c'est que pour changer la place des femmes dans le sport, et faire en sorte que le sport devienne vraiment un espace égalitaire, tant au niveau professionnel qu'au niveau de la pratique des femmes, des filles. On a besoin de travailler tous ensemble, que ce soit les institutions, les médias, les championnes pour commencer, les sponsors, l'ensemble des stakeholders, comme disent les Américains, et nous on pousse ce message. Et ce podcast, il sert à ça aussi, finalement, à donner la parole à des femmes, et sans doute des hommes aussi bientôt, mais pour l'instant, essentiellement des femmes engagées, qui poussent les portes, qui le font avec justesse et intelligence. Et je rappellerai juste pour la fin qu'il faut absolument lire ton bouquin, Frappé Juste, je l'ai dévoré le week-end dernier. Merci. C'est des leçons pour tous les jours, en fait. Et c'est un peu peut-être notre livre de coin à défaut d'hommes ou de femmes de coin.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Sarah.
- Speaker #1
Merci à toi. Merci.
- Speaker #0
C'était Coalition, le podcast de Sport Power. Merci de nous avoir écoutés. Et pour suivre toute l'actualité business du sport féminin, abonnez-vous à notre page LinkedIn. et à notre newsletter sur le site sportpower.com et surtout, rejoignez-nous dans la coalition !