Speaker #0Bienvenue dans le premier épisode de Maurice Tavi, le podcast qui explore les vies réinventées à l'île Maurice. Ici, on va parler expatriation, mais surtout quête de sens, de renaissance et d'aventure humaine. Alors aujourd'hui, pour ce premier épisode, j'ai décidé de parler de moi. Pas parce que mon histoire est exceptionnelle, mais parce qu'elle m'a menée jusqu'ici, derrière ce micro. Alors moi, je m'appelle Laura, je suis maman d'un petit garçon de 9 ans, professeur des écoles et expatriée depuis 2 années maintenant. Je pourrais commencer en disant que j'ai été subitement appelée par les cocotiers et le sable fin, mais ça, ce n'est pas mon histoire. Je suis partie parce que rester n'était plus possible. Il n'y a pas eu un moment précis, mais il y a eu une accumulation de fatigue et de tension jusqu'à ce qu'à l'intérieur, on se dise vraiment, ça ne peut plus continuer comme ça. On ne peut plus juste attendre que ça passe et que ça aille mieux dans un pays qui ne nous correspond plus, dans lequel on n'arrive plus à se retrouver pour un tas de raisons que je vais partiellement exposer ici. Donc je ne suis pas partie de base pour le soleil, je ne suis pas partie pour le rêve, je ne suis pas partie non plus pour fuir mes responsabilités. Je vivais dans le sud de la France, j'étais professeure en maternelle, en couple et formant une famille recomposée avec tous les deux un enfant d'une première union, des amies merveilleuses, un village super sympa. et un cadre de vie vraiment agréable en soi. Toutes mes économies partaient dans des petits voyages en famille, en France ou en Europe, et de l'extérieur, j'avais sûrement une vie confortable et même enviée. Mais pourtant, on ne sait jamais ce qui se passe réellement chez les gens, et derrière les apparences, j'ai traversé avec mon enfant, avec mes proches, des années dramatiques, un vrai drame de vie. Un traumatisme qui nous a marqués à vie et qui, forcément, change énormément de choses en nous, qu'on le veuille ou non, en fait. On a été plongés pendant plusieurs années dans un monde de procédures judiciaires, d'expertise, de convocation et de tensions permanentes, en fait. et une situation judiciaire qui a... Amener le civil à protéger mon enfant, tandis que le côté pénal, après avoir condamné une première fois, finit par relaxer en appel, car en France, il faut le savoir, le doute bénéficie à l'accusé. Donc quand un doute existe, la victime, elle, est condamnée au silence. Sauf que, vous l'aurez compris, j'ai une voix et je compte m'en servir, et mon enfant, il ne sera jamais réduit au silence. Je ne prendrai jamais la parole à sa place. Ça a déjà été assez fait dans des procès et des procédures françaises qui justement donnent la parole aux représentants légals et non à la victime. Donc voilà, je ne débattrai pas plus sur la situation exacte. En attendant, ce que la justice française a permis... Une partie, je précise bien une partie, puisque en fait tout un système d'expertise, d'enquête a été mené. C'est très difficile à vivre, mais ça a été mené. Il y a eu des conclusions qui, ces conclusions, ont été totalement piétinées par des juges en appel. Et ce système qui broie les victimes et les familles... Ça par contre, je ne me tairai pas et ça c'est mon histoire à moi, personnelle, partagée avec mon fils, mais c'est en tout cas mon point de vue et ce que moi j'ai traversé. Donc à un moment donné, j'ai compris que me lamenter et continuer de vivre dans ce cadre-là, c'était aussi nous condamner à rester enfermés. seulement dans le traumatisme, en restant en France, en restant dans ce cadre qui nous oppressait. Là, j'utilise bien le « nous » puisque effectivement, que ce soit moi en tant que mère, mon fils, mon compagnon, mes proches et même mes amis ont été impactés par cette situation. Donc, à un moment donné, j'ai fait un choix. J'ai fait un choix légal, un choix réfléchi et un choix encadré. Je n'ai pas décidé de partir. On a décidé de partir. parce que c'était s'offrir le droit de croire à nouveau, de croire en la beauté de la vie, au fait que le soleil se lèvera toujours pour ceux qui veulent le voir, même derrière les nuages. C'est une phrase que l'on s'est souvent répétée et partir, ça n'est pas effacer le passé, c'est seulement cesser d'y être confronté en permanence. On n'a pas tout gommé, on a encore des blessures, on a encore... Beaucoup de choses à digérer. Le fait même de partir et de s'expatrier n'efface pas tout. En fait, on part avec nos problèmes, on part avec nos doutes, on part avec nos peurs, on part avec notre passé. C'était vraiment uniquement dans l'espoir de permettre à mon enfant de se reconstruire, loin de la peur et des tensions, et avoir, malgré ce poids, de la place pour quelque chose de nouveau. Cette décision, elle a été prise après beaucoup de discussions avec des professionnels, avec des professionnels de la justice, de la santé, mon fils, ma famille, mon ex-compagnon, nos proches. Et pourtant, partir, c'était aussi accepter de porter seule cette décision finale, avec ce que cela implique, la solitude, les jugements, l'incompréhension. Parce qu'en soi, quand on part, on ne laisse pas que des lieux, on laisse aussi des habitudes, des certitudes et toute une identité même. On laisse une vie construite et pas une vie parfaite, loin de là, mais un cadre, des proches. Et même quand on part pour de bonnes raisons, il y a une forme de deuil qui est réelle et qu'il faut affronter. Donc une fois le besoin de partir vraiment cadré, il y a la question de où s'expatrier, où peut-on offrir le meilleur cadre à son enfant et à soi-même aussi. Et donc la question s'est posée, pourquoi pas Lynn Morris ? Eh bien, en tant qu'enseignante, il existe la possibilité de postuler pour enseigner dans des écoles françaises à l'étranger, ça s'appelle le système AEFE. Et à ce moment-là, un poste à l'île Maurice était disponible. Dans d'autres pays également, j'ai été prise pour les États-Unis par exemple, mais pour le coup, Maurice m'appelait beaucoup plus que les États-Unis pour le cadre de vie, le style de vie, la culture, la plage bien entendu, mais la diversité, la beauté de ses paysages, bien entendu, il y a tout ça aux États-Unis, mais il y a aussi quand même un... Un mindset complètement différent. Les Etats-Unis, beaucoup travaillé, beaucoup de faux-semblants, alors que l'île Maurice a un style de vie beaucoup plus cool, beaucoup plus zen, avec des personnes beaucoup plus ouvertes d'esprit aussi, et dans la bienveillance, dans le partage. De tous les postes, c'est celui que je voulais. Mon fils rêvait aussi de voir les dauphins. de vivre les pieds dans l'eau toute l'année. C'était vraiment le pays qui Ausha toutes les cases. On y parle français, l'adaptation est facilitée pour un enfant, le coût de la vie qui semblait gérable avec le salaire proposé, une location d'appartement trouvée en quelques jours. Enfin, vraiment, tout s'est aligné, en fait, une fois la décision prise. Donc, quatre valets en soute, nos billets d'avion, une soirée d'au revoir. à la fois drôle, triste et en même temps très apaisante, entourée des personnes qui ont marqué nos vies à jamais. Et nous voilà arrivés le 17 juillet à l'île Maurice. Donc ça serait romancé de dire que tout a roulé dès notre arrivée, qu'on vit notre meilleure vie et que tout va bien sur le simple fait d'avoir changé d'hémisphère. Comme je le disais au début, l'expatriation demande quand même un travail sur soi. qui ne se fait pas en quelques jours, qu'il y a des hauts et des bas, il y a encore des soirs remplis de larmes, il y a des manques. S'expatrier, c'est quand même laisser, c'est laisser du mauvais, mais c'est aussi laisser du bon. Et je dirais même avec le recul que ça permet de voir le bon de ce que l'on avait aussi. Donc voilà. Maintenant, on ne veut plus retourner en arrière. On a appris, on a grandi, mon fils, moi, séparément, ensemble. On s'est créé des nouveaux rituels, comme aller à la plage le lundi après l'école. On a adopté un chien et un chat. On a acheté un paddle et une planche de surf. Il s'est mis à aimer le kitesurf. Moi, aimer courir le samedi matin à 7h du mat pour faire des trails avant qu'il fasse trop chaud. Je me suis mise à vouloir souffler en regardant un coucher de soleil, à vouloir voir le beau, chose que dans le quotidien, je ne parvenais plus à voir. Alors, je pourrais potentiellement le revoir en France, mais c'est vraiment ici que j'ai appris à le faire, que j'ai pris le temps de le faire. Sûrement grâce aussi à cette solitude que l'on rencontre en s'expatriant, mais aussi, bon, paysage qui s'y prête, on ne va pas se mentir, mais aussi à vraiment un autre mode de vie. C'est vraiment quelque chose qui s'installe et qu'on apprend, qui nous transforme. Pour moi, l'expatriation va forcément de pair avec une transformation. Et puis il y en a chez qui ça peut donc très bien réussir, peut-être... Des personnes pour qui l'expatriation va créer une transformation négative, certes, mais dans tous les cas, ça marque, ça crée quelque chose. En tout cas, l'île Maurice, pour nous, après des hauts et des bas, des adaptations et beaucoup d'acceptations, c'est devenu un vrai refuge. Un endroit où on se sent en sécurité, où le corps a pu se relâcher, où je vois mon enfant rire, vivre, apprendre. Avec ces petits haillots qui ponctuent des phrases de temps à autre. Pour nous, c'est vraiment devenu un lieu où la vie quotidienne n'est pas le paradis des lunes de miel, le cliché de l'île Maurice, mais où elle est plus douce, plus riche en rencontres et en expériences. Alors Maurice Tavi est né de cette histoire-là, parce que derrière certaines expatriations, il n'y a pas un rêve instagrammable, mais une nécessité vitale. Ce n'est pas forcément réussir ailleurs, c'est se relever autrement et accepter que certaines vies commencent après une chute. C'est aussi redonner du sens. La reconstruction, pour moi, ce n'est pas quelque chose de linéaire. Je trouve que c'est important de le dire et au final, c'est en apprenant avec le temps. Et j'ai appris que je pouvais survivre à beaucoup. que je pouvais décider, que je pouvais me créer une vie autrement. J'ai appris que la douceur peut coexister avec la peine et que le plus grand courage est invisible. Tout ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait à 100% seule, j'ai été soutenue, j'ai surtout vécu en pensant à lui, à ce petit bonhomme qui mérite une vie plus belle que la plus belle des étoiles du ciel. Et parfois, protéger, ce n'est plus parler, c'est juste agir. Et guérir, ce n'est plus expliquer, c'est juste se donner la possibilité de vivre. J'ai eu peur, j'ai eu peur de me tromper, peur de ne pas y arriver, peur de l'avenir. Mais la peur la plus forte, c'était celle de rester dans ce cadre anxiogène au possible, de rester dans le trauma ambiant. Donc au final, changer de pays, c'est pas... juste changer de décor, c'est changer de miroir aussi. On se retrouve face à soi-même, sans ses repères habituels, sans le rôle social qu'on jouait aussi. Alors ça fait peur, mais ça libère aussi. Après, comme je l'ai dit, je ne me suis pas reconstruite en un jour, je ne me suis pas réveillée forte, alignée, résiliente et sereine en débarquant à l'île Maurice. C'est lent, c'est par petites touches, rempli de rechutes, de doutes. et de respiration, mais j'espère pour continuer à construire le meilleur. Et parce que beaucoup partent pour survivre sans jamais oser le dire, ici je veux donner la parole à celles et ceux qui ont dû se réinventer, souvent dans le silence, souvent dans la dignité, parfois sans reconnaissance, avec des doutes et des regrets. mais toujours la volonté de se trouver et de finir par s'aligner. Si tu écoutes cet épisode et que tu vis une situation où rester te détruit, que tu as peur de te lancer, Sache une chose, se protéger n'est pas une faute. Partir peut être un acte d'amour. Tu n'as pas tout à justifier pour être légitime. Alors merci d'avoir écouté ce premier épisode. Et ici, tu l'as compris, on va parler de la vraie vie. De renaissance, de doute et de chemin inattendu. A travers ce podcast, je vais poser des questions simples mais profondes. Qu'est-ce qui t'a vraiment fait partir ? Qu'est-ce que tu as perdu et gagné ? Qu'est-ce qui est le plus dur et le plus beau ? Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, tu te dis que tu as eu raison ? Alors n'oublie pas, il n'est jamais trop tard pour Maurice Tavis. A très vite !