- Speaker #0
Il y a cet instant suspendu, ce soir où j'ai découvert ce qu'est le voguing. Avant de comprendre, il y a une sensation, une chaleur, quelque chose qui circule comme un courant sous la peau. C'était à Bordeaux, il y a un moment. J'étais venue voir une projection organisée par le Girophare, un espace d'accueil et d'accompagnement des communautés LGBTQIA+. Une salle ordinaire, un écran blanc, des regards attentifs, et cette sensation étrange que quelque chose allait se picturer. Puis se lancent les images du documentaire Paris is Burning, réalisé par Jenny Livingstone. Un film qui raconte la naissance du voguing à New York. Une danse initiée par des personnes trans, des dragues, des afrodescendantes et des latinas. En réponse au racisme, à l'exclusion, à la violence des normes blanches. Et c'est une brèche qui s'ouvre. Des visages sculptés par la lumière, des regards qui ne négocient pas leur place. Des corps qui ne demandent pas la permission. Des gestes qui découpent l'air pour y inscrire leur existence. Ce que je voyais, ce n'était pas seulement de la danse. C'était une revanche. Un feu. transmis de corps en corps. Dans cette salle, quelque chose s'est déplacé. J'ai compris que certains gestes portent des histoires que les livres oublient. Que danser peut être une manière de dire « je suis là et je ne disparaîtrai pas » . Aujourd'hui, cette énergie traverse encore les scènes, les villes, les générations. Elle se transmet, se réinvente, refuse de s'éteindre. Elle vit dans les quartiers populaires, dans les bôles, dans les communautés qui se choisissent quand tout le reste vacille. Dans cet épisode, cette vibration a un nom. Vinnie Ravlone, une légende du voguing en France. Une voix qui rappelle que danser, parfois, c'est refuser de plier. Vous écoutez le podcast comme un bruit de révolte. Je m'appelle Solène Ducrétaud et je vous propose de me suivre dans ce guide pratique des luttes plurielles. Accompagnée par le photographe Johan Cordel, nous explorons les différentes clés d'engagement qu'il est possible de mettre en œuvre pour résister, lutter, militer et contribuer au changement de notre société. Nous sommes allés sur le terrain enregistrer des voix qui s'unissent pour faire monter comme un bruit de révolte. Ce podcast s'accompagne donc d'images. Pour les voir, rendez-vous sur Instagram ou sur le site du podcast. Maintenant, place à Vigny. Bonjour Vinny !
- Speaker #1
Salut, salut !
- Speaker #0
Est-ce que tu peux te présenter et nous dire qui tu es ?
- Speaker #1
Bien sûr, je m'appelle Vinny Revlon, je suis la première légende du voguing. They call me the king of Paris, also. Je suis franco-cangoulais, j'habite à Paris, je bouge un peu partout dans le monde. Donc on va dire que je suis the international bitch.
- Speaker #0
Alors t'es pas venu tout seul aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ah, je ne suis pas venu tout seul, je suis venu avec la princesse de la House of Revlon, Riley Revlon the Queen. of Bush Queen Vogue fame.
- Speaker #0
J'ai rêvé.
- Speaker #1
C'était important aussi pour moi de ramener Riley parce que Riley, c'est une star.
- Speaker #2
Je suis une personne très timide. C'est juste quand je danse, en fait, je ne suis pas timide, mais pour ça, je suis timide. C'est pour ça que je ne m'exprime pas trop.
- Speaker #0
Ça marche. Pourquoi le voguing ?
- Speaker #1
Pourquoi le voguing ? J'ai envie de te dire pourquoi pas. Le voguing, en fait, ça me parle. Déjà, je suis congolais, donc la mode. c'est pour moi. J'adore les SAP, j'adore tout ce qui brille. Le voguing, c'est ça, mais avec de gros messages derrière. Je fais partie de la communauté LGBT, c'est un mouvement qui a été créé par la communauté LGBT et donc du coup, ça me parle, ça a été créé par les personnes LGBT racisées, je le suis, ça me parle encore plus et ça a de gros messages politiques derrière. Il y a vraiment l'esprit de compétition, mais aussi l'esprit de famille, d'entraide dessus. de support, de love, et c'est des messages que je chéris.
- Speaker #0
Cet épisode sur la danse fait partie du chapitre Core, où on y explore les différentes formes de militantisme. Qu'est-ce que ça t'évoque ?
- Speaker #1
Alors tout de suite, quand je pense à Core, je pense à la Ballroom Scene. La Ballroom Scene, c'est le lieu où on vogue, c'est le lieu où il y a les compétitions, où on gagne des trophées, où on gagne de l'argent. Et donc le Core, chez nous, On a tendance à dire que everybody is beautiful. Short, big, tall, skinny, giant, green, blue, everybody is beautiful. Donc les corps, chez nous, toutes les formes de corps sont célébrées. Donc dans le monde actuel, être trop maigre ou être trop gros, c'est mal vu, c'est critiqué, chez nous c'est célébré. Quand on va voir a big girl, on va dire you better walk that big body bitch. Tu vois ce que je veux dire ? Et quand on va voir une grande personne, on va dire you are tall bitch, walk them legs. Donc tu vois, c'est de l'empowerment. Et donc, du coup, chez nous, le corps, c'est célébré et c'est un vecteur de messages.
- Speaker #0
Et selon toi, en quoi est-ce que la danse peut être un outil militant ?
- Speaker #1
Écoute, des fois, tu n'as pas forcément envie de parler avec ta bouche. Tu n'as pas forcément envie d'écrire. Tu as juste envie de laisser ton corps parler par le biais du look, les mouvements, l'expression du visage, les pas. Il y a des pas qui veulent dire quelque chose. Tout a une histoire dans les mouvements. Et surtout, en tout cas, je vais parler du voguing puisque c'est ma discipline. Et en tout cas, le Vogue Femme, ce que moi je pratique, c'est une danse qui a été créée par les femmes trans. Donc déjà, le message est puissant. Et c'est une danse qui met en valeur son corps, mais aussi sa féminité. Tu sois un homme, une femme ou non-binary, quand tu fais le Vogue Femme, you have to vogue like a femme queen. Une femme queen, dans notre monde, c'est une femme trans, de transidentité. Et donc du coup, through the Vogue... Through voguing, t'es censé raconter une histoire avec les cinq éléments du voguing, qui sont le catwalk, le duckwalk, hands performance, spin and dip and floor performance. Avec ces cinq éléments, t'es censé raconter une histoire. Donc du coup, quoi de mieux que de raconter quelque chose avec le voguing en fait.
- Speaker #0
Et alors justement, à quoi ça ressemble le voguing ?
- Speaker #1
À quoi ça ressemble le voguing ? Alors c'est des personnes qui sont super bien habillées, ok, généralement hybrides. C'est des personnes qui ont toutes les formes. C'est une danse où vraiment tu vois des mouvements féminins. C'est aussi très, très, très physique. Et la différence aussi entre le voguing et les autres disciplines, c'est que pendant un battle, nous, on doit danser en même temps. Ce n'est pas l'un après l'autre, c'est en même temps. Donc, tu es censé outshine. ton adversaire. Donc c'est très bitchy, c'est très aussi à la mode, c'est très tendance aujourd'hui. Tu vois, il y a beaucoup de gens qui veulent du voguing un peu partout, mais not everybody can go out.
- Speaker #3
Je vais te faire un petit cours d'histoire.
- Speaker #1
C'est parti, c'est parti. On est dans les cours d'histoire, let's do it. Tout vient de New York et tout part des pageants. Les pageants, c'est les concours de beauté. C'était des concours de beauté faits par les dragues et les femmes trans aussi à l'époque. Mais ces concours de beauté étaient gagnés uniquement par les personnes blanches. Et donc du coup, les personnes racisées se sont dit Ok, we can smell that shit. I know it's wrong. Clairement, c'est du racisme. On va créer notre espace à nous, avec nos propres règles. Et donc, du coup, ce qui a donné naissance à la ballroom scene. Donc, l'espace où la compétition bat son plein dans la communauté LGBT, la communauté du voguing. Et la première catégorie de cet univers, c'est face. Face, l'art de mettre son visage en valeur. Avec des éléments précis, en effet. Je vois que tu fais des petits mouvements. That's right, you have to show your face, show your structure, show your smile. The skin, the nose. Voilà, ça c'est Face. Et donc, plus le temps a évolué, plus des catégories se sont créées, plus la danse aussi a battu son plein. Et donc, vient place à Old Way, qui est le premier
- Speaker #0
Vogue. On entend souvent dire que Paris est la capitale du Vogueing.
- Speaker #1
Of course. Ok, ok, ok. New York is the maker. Donc, New York, c'est vraiment la mother, puisque c'est elle qui a créé cet univers. Aujourd'hui... Je vous conseille de regarder déjà Paris is Burning, mais on va y revenir un peu plus tard. C'était un peu un rêve des fondateurs, que le Vogue devienne un peu international. Et puis Paris, c'est un peu le rêve de toutes les personnes et surtout les Américains. Wow, Paris, oh my God, I want to see the Eiffel Tower. Et de se dire qu'aujourd'hui, la scène a carrément, je ne dirais pas surpassé, parce que c'est un gros mot quand même, mais je dirais qu'on arrive à être plutôt à cheval avec les Américains, c'est énorme. Qu'est-ce qui fait que Paris, c'est la capitale aujourd'hui ? Parce qu'aujourd'hui... Aujourd'hui, tout le monde se déplace pour assister à nos événements à nous et parce qu'on a la dalle ici à Paris. C'est une autre réalité, mais c'est toujours les mêmes combats. Ça, c'est quelque chose qu'on a en commun avec les Américains, de la communauté LGBT et les personnes racisées. Parce qu'on a ce même combat, je pense qu'on a aussi ce même feu. Et voilà pourquoi Paris, aujourd'hui, est un peu la capitale du voguing. C'était au revoir. Le truc que j'ai beaucoup aimé, c'est que tu prenais ton temps et tu décomposais tous les mouvements. Et le truc qui est beau aussi dans le voguing, c'est que cette danse n'est pas parfaite. On ne demande pas d'être parfait. Et tu vois ce que tu as fait quand tu as raté ton dip ? On appelle ça un recovery dip. C'est comment tu arrives à rebondir d'une erreur. Et que tu fais, en fait,
- Speaker #4
tout doit être intentionnel. Si tu décides de jouer avec ça, il a quelque chose à faire. Il a quelque chose à faire.
- Speaker #0
Dans le vlogging, un peu comme dans le milieu drague, il y a des familles qui existent. Et toi, tu as créé ta propre famille. Est-ce que tu peux nous en parler ?
- Speaker #1
Alors, une house, c'est quoi ? Une house, c'est une famille. C'est une famille avec un nom de famille. La mienne, c'est Revlon. Petit flashback à l'ancienne... Quand ils ont créé les House, leur rêve un peu, c'était d'utiliser des noms de cosmétiques, de marques de luxe, Balenciaga, Chanel, Dior, etc. Parce que c'était un milieu précaire et quand t'es dans un ball, tu crées un peu une histoire et you feel fab. Pour toi, à ce moment-là, you're the king, you're the queen. Mais c'est ça une parenthèse. Du coup, une House, c'est quoi ? C'est une famille avec un père, une mère, des enfants, beaucoup de enfants. D'ailleurs, il y a ma zorrara qui vient d'arriver, Riley Revlon. Et le but, c'est de former tes kids à exceller dans leur catégorie. Tu vois par exemple Riley Revlon ici, sa catégorie c'est Vogue Femme, comme la mienne. Et donc du coup, on la forme à ce que ce soit la meilleure dans sa catégorie. Aujourd'hui, she is the queen of Vogue Femme. Mais pas que ça. En fait, pour être bien sur le floor, il faut être bien dans la vraie vie. Et donc du coup, on s'assure à ce que nos kids soient bien, soient confortables. Et un toit, et un job. et des ambitions chez le médecin. Tu vois, se soigner s'il faut se soigner, faire des prises de sang. C'est super important. Et ça, c'est des conversations qu'on a avec nos kids. Et surtout, des fois, on a des conversations de termes sexuels parce qu'en faisant partie de la communauté LGBT, des fois, ce n'est pas facile d'avoir ces discussions avec vos parents biologiques. Et donc, du coup, ils se sentent des fois plus à l'aise à discuter de ça avec nous. Et donc, en tant que father, tu es un mentor, tu es un support. Tu es un exemple aussi. Et donc, parce que tu es un exemple, tu dois te tenir d'une certaine manière aussi. C'est super important. Et donc, voilà ce que c'est une house. Et c'est une famille. C'est une famille de choix. C'est une famille, des fois, où il y a des embrouilles, comme toute famille. Mais c'est une famille d'amour. Parce que c'est une famille que tu as choisie. Je ne dis pas. Et comment ça se passe pour intégrer une famille ? Il y a plusieurs cas. Il y a le cas où, par exemple, je suis un bol et je vois un potentiel. Et donc, je vais peut-être t'approcher et me dire, peut-être que toi, j'aime bien ta DA. Ou il y a le cas où toi... En fait, ton rêve, c'est d'intégrer la house au Prelon. Et du coup, tu vas m'approcher et tu vas me dire, ouais, j'ai vraiment envie d'intégrer cette house et tout. Comment je peux faire ? Et donc, peut-être que je vais te dire, il faut que tu fasses tes preuves. Il y a tel, tel ball qui va se passer la semaine prochaine ou dans un mois. Participe à ce ball. Je vais regarder et je vais voir si tu as le potentiel pour rejoindre ma house. Ou voilà, il y a le cas où ils ont des amis dans la house et ils vont passer par eux pour aller voir les leaders. Mais pour ma house, c'est différent. Le talent, c'est une chose, mais moi, c'est your spirit. Ton énergie, ton aura. Est-ce que ton énergie va pouvoir matcher avec les autres ? Est-ce qu'on va rigoler ? Moi, j'aime beaucoup rigoler. Donc voilà, après, chaque house a sa politique. Mais that's ballroom. Chez moi, généralement, t'as un temps où tu viens en practice. Parce que nous, on a des répétitions tous les mercredis. On s'entraîne tous les mercredis à la Gathelleric. Il y a une de mes gosses qui a été au practice pendant un an, sans être Evelyn. et ensuite on va on choisit le jour où elle sort officiellement en boule avec le nom et avec toute la house qui chante derrière. Parce que chaque house a son propre chant pour supporter la personne qui participe au boule et dans sa catégorie. Nous, c'est « Hey, hey, hey, AY, A Revlon, hey » . Et dans tous les Revlons de la salle, chantez les Revlons et les gens qui aiment notre house aussi pour supporter la personne qui participe.
- Speaker #5
Combien d'enfants ?
- Speaker #1
Oula ! Je suis un papa poulain ! J'ai des enfants à Paris, j'ai des enfants à Londres, j'ai des enfants en Espagne... J'ai des enfants en Espagne, j'ai des enfants en Australie, j'ai des enfants au Brésil. Donc, facile de s'en... peut-être un peu plus. C'est beaucoup.
- Speaker #5
Puis surtout, les enfants, quand ils sont grands, des fois, ils ont des grands problèmes.
- Speaker #1
Ouais. Et du coup, c'est des fois compliqué. Enfin, pour te parler de moi, je suis Congolais d'origine. Je suis né ici, mais mes parents sont né au Bled. Et du coup, quand tu as des parents qui sont né au Bled, ils ont une autre mentalité. Et la communication, quand t'es africain, né au bled, et quand t'arrives en France et que t'as des enfants, ta première génération, t'es pas aussi dans la discussion, dans le dialogue, dans la démonstration d'amour. Et donc moi, mes kids m'apprennent. En fait, j'apprends avec eux à être ce que j'aurais voulu avoir en étant plus jeune. Et donc du coup, oui, des fois, c'est des grandes personnes avec des grands problèmes. Mais en fait, on est vraiment une famille. Et parce qu'on est vraiment une famille, il y aura toujours des solutions. Et surtout, des fois, en étant queer, en étant racisé ou pas, on a tous des traumas. Moi, j'invite aussi ma house à aller consulter un psy. Moi, j'ai mis trois ans avant de me décider d'aller consulter. Et j'étais super heureux après la première séance parce que je me suis senti libéré. En fait, beaucoup de gens n'osent pas. Il y a aussi les stigmas. Nous, on est de Renoir, on peut être des rebeux. Et puis, on va se dire, ça, c'est des trucs de blanc. Ça, c'est des trucs de fou. Pas du tout. Je pense que tout le monde a besoin de parler à un psy. Donc voilà, ma house, c'est ça. Il y a des hauts, il y a des bas. Mais on est solidaires et on se soutient, on se serre les coudes. Pourquoi tu es ému ?
- Speaker #5
Tout ce qui touche à comment on réinvente le vivre ensemble. Et le fait qu'effectivement, quand tu es dans une famille qui ne marche pas trop ou qui ne te trouve pas de place, Que tu me dises que tu as reconstruit une famille, qu'en fait, tu en inventes les règles et que tu le fais sans a priori, je trouve ça chouette. Ça veut dire qu'on peut se réinventer. Et voilà, moi, ça me fait du bien d'entendre ça.
- Speaker #1
En fait, c'est important de se dire que il y a l'éducation de tes parents, il y a la rue et il y a l'école qui façonnent un enfant. Surtout aujourd'hui, il y a aussi Internet. Mais quand tu grandis, c'est important de faire une petite rétrospection de soi-même et de se dire qu'est-ce que je déconstruis de ce que mes parents m'ont appris ? Parce qu'en fait, ça marchait pour eux, mais ça n'a peut-être pas marché pour moi. Aujourd'hui si je plane, c'est parce que j'ai pu déconstruire quelque chose qui m'en tenait au sol en fait. On t'apprend des choses, mais qu'est-ce qui parle à ton âme, à toi en fait ? Est-ce que ça résonne ? Est-ce que ça te touche ? Ça te parle pour de vrai ? Parce qu'on t'a appris à dire oui, il faut que tu fasses ça, il faut que tu fasses ça et tout, mais si tu le fais et que ça ne te fait pas du bien, pourquoi le faire ? Donc moi je suis dans cette déa là. Voilà.
- Speaker #4
La pratique est dans ce domaine où vous regardez les clips, vous pratiquez dans votre cuisine, vous pratiquez dans votre salle de bain. Nous, quand on débutait là,
- Speaker #1
dans les appartements... On lançait la musique back to back, back to back, dans des petits studios. On s'entraînait, on s'entraînait, on s'entraînait. On s'entraînait à la Gare de Lyon, on s'entraînait à la Gare de l'Est, on s'entraînait à la Défense.
- Speaker #4
Chez Maya, ici, comme ça, dans un carré comme ça, chez Maya. C'est la soirée. C'est la soirée. C'est la soirée. C'est la soirée.
- Speaker #0
C'est la soirée. Tu disais tout à l'heure que... Tout le monde peut faire du voguing, mais en même temps...
- Speaker #1
Not everybody.
- Speaker #0
Voilà. Est-ce qu'il pourrait y avoir des écueils, justement, à ce qu'on institutionnalise le voguing ?
- Speaker #1
Alors, donne-moi une définition d'écueil.
- Speaker #0
Un écueil, c'est qu'est-ce qui pourrait arriver de pire si ça arrivait ?
- Speaker #1
Ah, alors, c'est OVA, ta question, c'est OVA. Alors, OVA, au passage, ça veut dire que c'est trop bien. OVENESS. C'est OVA, ta question. Quand je disais tout à l'heure « everybody can vogue but not everybody can vogue » , déjà on va commencer par dire que c'est fait par la communauté LGBT pour la communauté LGBT. Je m'explique. Le vogue femme, le voguing, ça a été fait par nous, pour nous. Les personnes hétéros ne peuvent pas voguer, sauf les cis women. Pourquoi ? Parce que les femmes cis ont toujours été un modèle, ont toujours été... un support et surtout elles ont été là et des fois il y a des combats qu'elles mènent qu'on mène aussi et tu as toujours une bonne copine quand tu es un fagote mais je ne peux pas dire ça parce que je suis un fagote quand tu es un fagote tu as toujours une bonne copine qui est là pour toi avant un homme straight Donc du coup, c'est fait par nous pour nous. Donc that's why not everybody can Vogue. Et même en faisant partie de la communauté, c'est pas parce que tu fais partie de la communauté LGBT que tu vas forcément faire partie de la ballroom. Tu vois, it's not for everybody and it's okay. Des fois, c'est bien d'être la copine qui supporte. Des fois, c'est bien d'être la copine qui prend les photos. Des fois, c'est bien d'être la copine qui crée les vêtements. Il y a plein de catégories pour la majorité du Rambo. Et donc du coup, c'est important de trouver sa niche. Donc tu m'as parlé de c'est quoi le pire qui peut arriver. Ce qui pourrait arriver de pire, c'est que ça rentre dans une école. Tu vois, même si aujourd'hui, ça s'est « démocratisé » , c'est « mainstream » , ça reste quand même un truc « underground » . Ça a été créé dans l' « underground » , et il faut que ça le reste aussi. C'est super qu'on soit exposé et qu'on ait des opportunités, comme des clips. Tu vois, on a fait Ayana Kamoura plusieurs fois, j'ai chorégraphé pour Madonna, on a fait Just Dance. En fait, c'est important la visibilité, parce que pour moi, la visibilité, elle sauve des vies. Mais... il faut mettre des barrières. Tu sais quoi ? Je vais être encore plus deep. C'est « Who is the gatekeeper in front of that door ? » That's very important. Parce que plusieurs fois, on m'a appelé pour des clips, pour des pubs, etc. Et on m'a demandé « Oui, est-ce que tu peux enseigner du voguing, des steps à des danseurs ? » Non. We have a bunch of bitches that's part of the community that actually vogue et qui ont des corps différents. Du coup, vous n'allez pas me demander d'apprendre des steps à des girls qui ont des corps de mannequins juste pour... que ça rentre dans vos pubs. Tu vois ce que je veux dire ? Non, si tu veux du voguing, tu veux les corps qui vont avec. Sinon, don't call me. I'm not gonna sell my culture for money. Donc, si tu m'appelles pour que je te ramène du voguing, je te ramène tous les corps qui vont avec. Petit, grand, gros, mec, jaune, bleu, vert, tout ce que tu veux. Et je vais te foutre des femmes trans parce que, bitch, là, là, ce qui se passe aux Etats-Unis, c'est une dinguerie. Donc, trans life matter, period. Donc, voilà ce qui peut... Arriver de grave, c'est ça, c'est que ils enseignent ça dans des classes, dans la école. Je ne sais pas si c'est le plus grave. Le plus grave, c'est que la personne qui enseigne aux gens soit, sans jeu de mots, a slave. A slave for money. A bitch like me will make sure that the community eats before everything else. Et c'est ce qui est le plus important à retenir. C'est que ça a été fait par nous, pour nous. Et c'est aussi ça la France, en fait. Vous voulez nous cacher pourquoi ? En fait, la communauté queer a toujours existé, depuis la nuit des temps. Donc, c'est juste qu'il n'y avait pas de définition, de mots pour les définir. C'est juste qu'aujourd'hui, comme non-binary, je sais que beaucoup de gens se délectent. Oh my god, what the fuck, c'est quoi ? En fait, ça a toujours existé. C'est juste qu'il n'y avait pas de mots pour les définir, tout simplement. Et puis, ça vous gêne en quoi, en vrai ? Est-ce qu'ils couchent avec vos parents ? Non. Et ils ont couché avec votre meuf ou votre gars ou pas ? Non. Let them live. Mind your business, bitch. Hashtag mind your business bitch Donc voilà
- Speaker #2
Est-ce que ça va ici ?
- Speaker #1
It's time to go to the judges Alright everybody come to the judges
- Speaker #4
Il ne
- Speaker #1
faut pas oublier nos racines, même si ça évolue. Voilà, on a fait les JO, quoi. Et puis, les JO, c'est la première fois que le voguing fait place dans les JO. Et never, ever, ever in the world has it happened before.
- Speaker #0
Alors justement, est-ce que tu peux nous expliquer un peu qu'est-ce qui s'est passé pendant les JO ?
- Speaker #1
Oh my God ! Alors les JO, à Paris, en 2024, le comité des Jeux Olympiques m'a contacté et m'a dit clairement qu'ils veulent... que le voguing fasse son entrée. Donc, ils m'ont appelé et ils m'ont dit qu'il y aura trois chorégraphes qui vont être sélectionnés pour avoir ces moments de célébration. Les moments de célébration, c'est les moments avant la remise des médailles. Du coup, chaque chorégraphe avait 15 minutes pendant trois jours. Et ils m'ont dit, ta carte blanche, on veut voir du voguing. Et donc, du coup, je me suis dit, I'm adorable. Of course, I'm adorable. C'est un challenge. Du coup, j'ai mis Runway, une des catégories de la Ballroom Scene, le défilé avec des tenues incroyables, et voguing, bien évidemment, la performance que tout le monde attendait. Et les personnes qui ont participé à ce ball, les vogueurs et les vogueuses, avaient pour thème de sélectionner un sport des Jeux Olympiques de cette année. Et surtout, c'était aussi un message, parce qu'encore aujourd'hui, faire partie de la communauté LGBT et être athlète de haut niveau, et être out, entre guillemets. Ce n'est pas encore accepté. Le message à moi, via les outfits, c'était de faire passer un message que nous aussi on est des athlètes. You can be one too and be free. On a apporté un peu un twist aux tenues, on a mis des paillettes, on a mis des strass, il fallait que ça brille. Mais avant ça, on m'a aussi contacté pour le pré-show et le jour de la cérémonie d'ouverture, il y avait un tableau qui a fait d'ailleurs beaucoup de polémiques avec Barbara Butch. Et dans ce tableau, il y avait ma fille, Gisèle Revlon, qui a vogué et « Never, ever, ever that she happens » parce que les derniers Jeux Olympiques à Paris, c'était il y a 100 ans. C'est un truc de ouf et pour moi, it's bigger than me. C'est beaucoup plus gros que moi. Dans ma tête, je me suis dit, une porte est ouverte pour les autres derrière, pour les nouvelles générations. Je me dis, si en 2028 à LA, parce que les prochains, c'est à LA, s'il y a un segment voguing, ça veut dire que j'ai ouvert une porte. incroyable. Et on m'a posé la question par rapport au G. On m'a dit, mais 15 minutes, c'est trop court. T'as pas le seum que ce soit trop court ? Tu veux pas plus long ? J'ai dit non. 15 minutes, c'est juste parfait. On vous donne un peu des petites miettes. Et si tu veux vraiment voir ce que c'est le voguing, tu vas au ball, tu payes à la porte et tu viens et tu assistes. Parce que everybody can assist. Everybody can be in the crowd. Tout le monde peut venir dans un ball et regarder. J'ai invité plein de gens qui n'avaient jamais mis les pieds dans un bol et il n'y a jamais eu une personne qui m'a dit « Je ne remettrai jamais les pieds dans un bol. » Tout le monde repart avec des étoiles dans les yeux et me demande « C'est quand le prochain ? »
- Speaker #0
Et si on veut aller voir du voguing, où est-ce qu'il faut qu'on aille ?
- Speaker #1
You have to come see Vinny Revlon in full effect. Donc moi, je suis résident à la Gaîté Lérique. À la Gaîté Lérique, c'est là où on fait les meilleurs bowls. Voilà, suivez-moi sur les réseaux sociaux, Vinny Revlon, V-I-N-I-I-R-E-V-L-O-N. Et voilà, je fais des bowls à Paris, à la Gaîté Lérique, mais partout dans la France. Parce que ce n'est pas qu'à Paris, même si on dit Paris is burning et que Paris, c'est devenu la capitale du voguing. Oui. Mais la communauté LGBT, elle est partout. Et on mérite des espaces où on peut être libre d'être qui on veut, libre de s'exprimer comme on veut.
- Speaker #0
Est-ce que tu aurais des noms d'autres vogueurs qui sont aussi engagés et qui, toi, t'inspirent ?
- Speaker #1
Bien sûr ! Tu as mon frère légendaire, Kiddy Smile, Gorgeous Gucci, qui, lui, toute sa vie, s'est milité. Et surtout, c'est quelqu'un qui nous a ouvert beaucoup de portes. Tu as aussi Abbey Beach. Gorgeous Gucci, tu as Kiona Rivelaune qui, comme on disait, des fois t'as pas besoin de parler, t'as juste besoin d'être et d'être la première drag queen noire et j'insiste sur noire, d'être dans Danse avec les Stars, c'est déjà du militantisme. La première drag queen noire de France à avoir gagné Drag Race, c'est déjà du militantisme. Tu as Gisèle Revlon, qui est une femme de transidentité, qui elle aussi, par le fait d'exister, c'est du militantisme. Avant de commencer votre recherche sur le voguing et aller au ball, etc., regardez Paris is Burning. Je crois que vous pouvez le trouver sur YouTube. Ensuite, je vous conseille la série Pause, qui parle de la ballroom scene. Aussi, je vous conseille de regarder Legendary. Saison 3, de préférence, parce que la team Revlon Paris y est. Mais Legendary, c'est une émission où les house de la ballroom s'affrontent. C'est une émission américaine.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une question qu'on n'a pas posée ici et qui te semble être importante ?
- Speaker #1
Je ne dirais pas que c'est une question. Je dirais juste que l'état actuel du monde, ça fait peur un peu. Trump, il est dans un mood de c'est soit fils, soit garçon. Il n'y a pas de transidentité, il n'y a pas de non-binaire, il n'y a pas de ça, je ne sais plus quoi. Et donc, il a retiré plein de choses, des aides. Ils essayent de dépasser les gens de la communauté de l'histoire. C'est plus un statement que je veux dire et ce n'est pas une question. C'est « No matter what you do, bitch, you can't erase us » . Et la communauté LGBT est connue pour être très résiliente.
- Speaker #4
S'il y avait un beau mot de la fin, c'est ça.
- Speaker #1
Ils ont marché. pour qu'aujourd'hui, nous, on puisse courir, pour que demain, eux, ils puissent voler. Carry it.
- Speaker #0
Vous venez d'écouter l'épisode 1 du podcast Comme un bruit de révolte, avec Vinnie Revlon. Pour voir les photos de Johan Cordel, qui illustre cet épisode, Rendez-vous sur Instagram ou sur le site du podcast. Enfin, si quelque chose résonne en vous, faites du bruit. Suivez-nous sur les réseaux et partagez l'épisode pour que nous puissions faire vibrer ensemble comme un bruit de révolte.