- Speaker #0
Racontez-nous votre Montpellier. On se trouve ici à Montpellier.
- Speaker #1
Quels sont les lieux, y compris hors de l'écusson, si je ne figure pas sur les cartes postales, que vous aimez particulièrement et auxquels vous êtes attaché ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'il reste aujourd'hui pour moi qui suis Montpellierienne ? C'est Antigone.
- Speaker #1
Racontez-nous votre Montpellier.
- Speaker #2
Et vous l'avez compris, effectivement, mon quartier de naissance, c'est Serreau.
- Speaker #1
Vous êtes une Montpellierienne pur jus.
- Speaker #3
La Montpellier, pour moi, c'est une histoire qui ne m'a jamais quittée.
- Speaker #1
Une émission proposée par Alain Bluiesse pour partir à la rencontre de Montpellier.
- Speaker #4
et des Montpellierains.
- Speaker #1
Amis auditrices et amis auditeurs de Racontez-nous votre Montpellier, bonjour. Aujourd'hui, vous allez assister au passage de relais entre l'actuel patron de la Gazette de Montpellier et le futur dirigeant de l'Edomadère. En effet, j'ai le plaisir d'accueillir Pierre Serres et Jean-Baptiste Decroix. Merci messieurs d'être venus au micro de Divergence pour nous expliquer pourquoi et comment cette transmission, une date. dans l'histoire de la presse à Montpellier. Un jour, un de mes amis qui nous a quittés, Benoît Califanou, directeur de l'ESJ Pro Campus, l'école supérieure de journalisme, a dit « Quand tu reçois quelqu'un que tu tutoies dans la vie, je le comprends, mais mieux vaut qu'à la radio tu le vous vois. Sinon, ça donne à l'auditeur l'impression que vous êtes entre vous en le laissant de côté. » Depuis, j'ai suivi les conseils de ce grand formateur, mais aujourd'hui j'en resterai au tutoiement. En effet, je connais Pierre Serre depuis 50 ans. Mazette, 50 ans. En 1976, avec Jacques Molina, Daniel Groussard et quelques autres, nous avons créé l'Edomadaire Régional Sud. Partisans d'un City Magazine, Pierre Thuane est parti pour lancer en 1977 le journal de Montpellier, qui a dû cesser de paraître. puis rebond en 1984 avec La Lettre M, qui a muté rapidement d'une publication généraliste locale en support économique régional. En 1987, La Gazette de Montpellier-Nessé et en 1999, La Gazette de Nîmes. Alors Pierre, comment résumes-tu cette trajectoire de créateur, de patron de journée, avec bien sûr son lot de difficultés et de réussites ? Petit regard en arrière.
- Speaker #4
J'ai commencé à l'école primaire avec un instituteur incroyable qui faisait les techniques freinées. À Nîmes donc ? À Nîmes. Il louait un bus, il nous amenait au Gros-du-Roi, on faisait le reportage avec les pêcheurs, et puis on faisait un journal qui s'appelait « De la plaine aux Garigues » . Ensuite au lycée Alphonse Daudet à Nîmes, j'ai créé Alphonse, qui a failli me faire renvoyer du lycée parce qu'on y racontait des blagues. Et voilà, j'ai toujours eu le virus de la création du... de journaux grâce à Célestin Freinet.
- Speaker #1
Voilà, et après bien sûr l'histoire s'est poursuivie comme je l'ai résumée rapidement. Alors Jean-Baptiste Decroix, tu n'arrives pas de la lune, voilà 16 ans que tu travailles pour la Gazette. Au départ, pourquoi as-tu frappé à la porte de ce journal ?
- Speaker #5
Bien tout à comment ?
- Speaker #1
Par nécessité ou pas ?
- Speaker #5
Ouais, au travers d'un stage, au travers d'un stage de découverte à la Gazette de 7, qui était encore un hebdomadaire à l'époque. On était installé, la rédaction était quai du Pavoie d'Or. Et c'était un stage de deux mois, et en fait, je m'en souviens très bien, c'est que dès la première semaine, ça a été un peu une révélation pour moi qui me cherchait, j'avais à peine 21 ans. Je me cherchais un petit peu à ce moment-là, et en fait, au bout d'une semaine, j'ai fait l'article qui a fait la une du journal.
- Speaker #1
Donc tu as attrapé le virus ?
- Speaker #5
J'ai attrapé le virus instantanément, et à partir de là, je n'ai jamais lâché la gazette.
- Speaker #1
Alors toi donc, tu es journaliste de base, puis successivement rédacteur en chef, responsable du projet numérique, notamment des éditions digitales. puis directeur du développement et enfin directeur depuis mars 2023. Alors comme vous savez, il y a une petite insiste dans cette émission, donc avant que vous nous parliez de la Gazette, la Gazette hier, aujourd'hui et demain, racontez-nous votre Montpellier, à votre tour d'afforter l'un et l'autre, votre part au portrait de notre ville, brossée collectivement par mes invités, par petites touches successives, semaine après semaine. Alors Pierre, quel est le lieu à Montpellier, pas nécessairement très connu, que tu aimes particulièrement ?
- Speaker #4
Les bordulesses, près de là où il y a les bateaux, les canoës, c'est magnifique.
- Speaker #1
C'est un lieu de repos, de détente, un peu loin du bourgade.
- Speaker #4
De vélo, de marche et tout ça, et ce n'est pas très loin de chez moi.
- Speaker #1
Et alors, Jean-Baptiste, même question.
- Speaker #5
Moi, je dirais le quartier des Arceaux, parce que c'est un des premiers quartiers où j'ai vécu en arrivant à Montpellier. Et c'est un quartier qui a beaucoup de charme, qui a une âme et un marché extraordinaire.
- Speaker #1
Très bien, alors maintenant on rentre dans le vif du sujet. Pierre, tu as 76 ans. Quand et pourquoi as-tu commencé à réfléchir à ta succession et à l'avenir de la Gazette après ton départ ? Quelles étaient les questions au tout début de cette mutation que tu te posais ?
- Speaker #4
Quand ensemble on a fait Sud, je m'étais dit je ferais 50 ans de journalisme. Si Dieu me prête vie, et bien voilà. On y est. Et à 76 ans... J'ai fait un check-up cet été, mon cardiologue m'a dit tout va très bien, mais monsieur Serre a 76 ans, on ne travaille pas, 76 heures par semaine, donc il faut penser à lever le pied, je lui ai dit j'ai déjà pensé, j'ai trouvé une équipe de jeunes pas trop cons, et on y va.
- Speaker #1
Prêt à garder le cap ?
- Speaker #4
Cela va de soi.
- Speaker #1
Très bien. Alors, il y a quelques années, toujours, on me dit, retour sur des épisodes récents importants. Le puissant groupe de la Dépêche du Midi détenait 33% du capital de la société des Gazettes Associées, c'est le nom de la société. C'était un appui, ça pouvait être la menace de perdre complètement votre indépendance économique et journalistique. Quand et comment vous êtes-vous libéré de ce lien ?
- Speaker #4
Alors d'abord, la Dépêche, par son apport, nous a aidé à financer, comme on n'est pas des gens riches, la Gazette de Nîmes. Et ils nous ont toujours laissé une entière liberté. Mais quand on a avancé le projet de coopérative, ils se sont dit, on ne le sent pas ce truc. On ne le sent pas.
- Speaker #1
Vous êtes rentré dans la culture du groupe. Voilà.
- Speaker #4
Et très sympathiquement, le grand patron a dit, je ne vais pas vous mettre des bâtons dans les roues. On va se retirer gentiment.
- Speaker #1
Donc ils ont cédé leur part ?
- Speaker #4
Ils ont cédé...
- Speaker #1
Vous avez trouvé des partenaires ?
- Speaker #4
On a trouvé... Simplement, j'ai racheté une partie de leur part. en empruntant à la Banque Populaire du Sud. Mais il y a la Banque Populaire. Et puis, ils ont pris quelque part dans le Gazette Café, qui est un établissement qui est lié au journal.
- Speaker #1
Très bien. Alors, je me trouvais, Jean-Baptiste, pour lui laisser la parole d'ores et déjà. Financièrement, où en est aujourd'hui la Gazette ? En nombre de lecteurs et en ressources qu'elles viennent de la publicité ou bien sûr des ventes par abonnement et au numéro ?
- Speaker #5
D'abord, en nombre de lecteurs, c'est assez extraordinaire. C'est qu'on est un petit peu... Un ovni dans la presse écrite et la presse régionale particulièrement, c'est qu'on garde une diffusion très haute. C'est-à-dire qu'on a environ 15 000 numéros payants par semaine, la Gazette de Montpellier et la Gazette de Nîmes. Nos études de lectorat démontrent qu'on a par numéro 4,8 lecteurs en moyenne, ce qui équivaut à presque 10% chaque semaine de la population montpellierienne qui lit la Gazette. Et donc ça c'est extraordinaire dans un monde où...
- Speaker #1
C'est atypique par rapport à la trajectoire de la plupart des journaux de presse écrite.
- Speaker #5
Exactement, surtout on a annoncé l'avènement du numérique et la fin du papier. Nous on croit que le papier au contraire c'est l'une de nos forces, ça reste notre navire amiral et on sort du lot vis-à-vis de ça. Ensuite d'un point de vue économique, la Gazette a beaucoup souffert à la période du Covid, comme beaucoup d'entreprises bien évidemment, puisque nous... Notre modèle économique, ce sont les ventes des journaux, mais ce sont aussi les espaces publicitaires qu'on vend dans le journal. Évidemment, au moment du Covid, les marchés pub ont eu beaucoup de mal et donc nous, on a énormément souffert de ce côté-là. Mais là, on a une bonne nouvelle, c'est qu'on a redressé véritablement la barre sur 2025 en retrouvant l'équilibre.
- Speaker #1
Notamment en retrouvant les annonceurs, je pense notamment au monde du spectacle et de la culture qui est notable de vos annonceurs. Et bien sûr, qui était dans l'incapacité d'annoncer une programmation qui n'avait pas lieu du tout.
- Speaker #5
Tout à fait. Mais les années après Covid ont été vraiment très difficiles économiquement. En effet, comme pour beaucoup, la Gazeta a dû souscrire notamment à des PGE, des pré-garanties par l'État. Et aujourd'hui, donc en 2025, on retrouve l'équilibre après quatre années très difficiles où on était déficitaires. Donc on a su redresser la barre. Aujourd'hui, c'est un journal qui va bien, qui continue à... à se diffuser très fortement dans le Grand Montpellier et le Grand Nîmes.
- Speaker #1
Donc c'est un fangornerie bien entendu, ça veut dire que la base actuelle, la base économique et financière du journal émone au moment où se précise la mutation dont nous allons parler. Alors Pierre, comment l'idée de la création d'une coopérative éditrice de la Gazette est-elle née ? As-tu songé à d'autres formules ? Par exemple, je dirais la vente de cette affaire à un groupe de presse. Je ne parle pas de question.
- Speaker #4
On est un peu en art à la gazette et on tient vraiment à être indépendant. Et la coopérative, j'en reviens à Célestin Freinet, à l'école primaire, nous fonctionnons en coopérative. Et l'idée m'a toujours plu, à savoir que non pas que tout le monde décidait, mais aucun objectif de gagner de l'argent ne prévalait.
- Speaker #1
Très bien. Alors, cette mutation a été travaillée, on va voir comment. Je me suis dit que c'était utile de poser une question à propos d'Henri-Marc Rossignol. Comme beaucoup le savent, ça a été longtemps ton bras droit, je veux dire, il a joué un grand rôle. Il est à la retraite depuis septembre 2024. Il a joué un rôle dans cette période particulière, pas inquiétante, mais qui méritait une attention particulière, notamment... J'imagine qu'il partage cette idée pour que le cap de la Gazette soit bien fermement tenu.
- Speaker #4
On remarque qu'il a quitté la Gazette, mais il y est toujours de cœur. Il s'occupe de ses trois petits-enfants, c'est un vrai papy gâteau. Il a multiplié les activités coopératives et tout ça. Il nous donne un sacré coup de main pour le passage en coopérative.
- Speaker #1
Alors, il est temps maintenant, Jean-Baptiste, d'expliquer comment ça se passe. D'abord, peut-être, la phase préparatoire dans une réunion que vous avez faite il y a quelques jours, pour inviter des lecteurs à vous rejoindre. Vous avez dit qu'il y avait à peu près 2-3 ans de maturation, vous étiez l'un et l'autre, je veux dire, à la manœuvre, l'un et l'autre, côte à côte, dans cette période très particulière et pour le coup décisive. Qu'est-ce qui s'est passé pendant ce temps-là de réflexion, de maturation et de préparation ?
- Speaker #5
D'abord, quand on a commencé cette réflexion autour du principe de coopérative, on partait de zéro. C'est-à-dire que le modèle coopératif, on connaissait de loin, on est rentré un petit peu dans le détail. On a très vite découvert qu'il y avait deux grands modèles. Le modèle des scopes, qui est le modèle le plus connu pour le grand public, dans le cas où les salariés reprennent l'entreprise et sont donc quasi seuls à la tête de l'entreprise, ou très très majoritairement. Et puis un autre modèle qui est moins connu et qui nous a tout de suite intéressés, qui est le modèle de la SIC, c'est celui qu'on a choisi. Une SIC, c'est une Société Coopérative d'Intérêts Collectifs. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que non seulement il va y avoir des salariés qui vont être au capital de l'entreprise, mais il va y avoir aussi des lecteurs et des lectrices. Et nous, ça nous a tout de suite parlé, cette idée de pouvoir intégrer au sein de la gouvernance de l'entreprise et de la gazette ceux qui nous font vivre, puisqu'ils nous lisent chaque semaine, ils nous suivent depuis longtemps. Et puis ensuite, l'idée de pouvoir également avoir dans cette gouvernance des associations et des entreprises du maillage local qui pourraient vouloir être intéressées à faire partie de cette entreprise. Donc on s'est rapprochés de l'URSCOP et SIC qui sont des juristes spécialistes.
- Speaker #1
L'union régionale de ces deux structures coopératives très actives dans la région. Exactement. A peu près 20% des emplois de mémoire dans le secteur de l'économie sociale et solidaire.
- Speaker #5
Tout à fait. Donc ils ont pu nous accompagner sur la partie un peu juridique, j'ai envie de dire, du projet. Mais on a lancé il y a un peu plus d'un an un appel dans les pages du journal en expliquant à nos lecteurs et à nos lectrices ce projet, en les invitant d'ores et déjà à acheter des parts sociales pour faire partie de cette aventure. Aujourd'hui, on a à peu près 130 lecteurs et lectrices qui ont déjà souscrit et fait l'action d'acheter des parts sociales. Et puis on continue par ailleurs à discuter avec des entreprises et des associations qui pourraient également faire partie du projet. On est sur la dernière ligne droite, on touche au but. Mais voilà l'idée. Et l'idée, surtout, le point de départ, c'est surtout de défendre cette indépendance, de faire en sorte que la Gazette puisse continuer telle qu'elle est, à exister, et surtout à ne pas être rachetée, racheter une coopérative, c'est impossible. Donc c'est sacraliser cette ligne éditoriale qui fait ce qu'est la Gazette depuis bientôt 40 ans, et la défendre. dans un projet commun et collectif.
- Speaker #1
Donc, indépendance et pérennité. Alors, je crois qu'il y a une règle très importante à manquer. J'imagine que beaucoup d'auditeurs et d'autrices connaissent. C'est un homme ou une femme, une voix, une coopérative. Est-ce que cette règle, elle sera bien sûr appliquée ? Elle impacte directement la manière dont le pilotage du journal, la gouvernance, comme on dit, va s'organiser. Qu'est-ce que vous pouvez nous dire à ce sujet pour qu'on comprenne comment, entre l'équipe qui va continuer à travailler et à sortir le journal et et les autres supports annexes, et je veux dire, ces partenaires qui se rendent à la maison, en quelque sorte, comment ça va se passer ?
- Speaker #5
Alors le principe même, c'est un principe de démocratie, un principe de transparence, c'est comme vous l'avez dit, un homme, une femme, une association, une entreprise, égale une voix. C'est-à-dire que vous achetiez une part sociale, vous en achetiez 100, de toute façon, en assemblée générale, vous aurez une voix au chapitre, ce qui permet vraiment une... une démocratie, une transparence dans le fonctionnement de la coopérative. Donc très concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a une assemblée générale qui va se réunir une fois par an et qui va élire un conseil d'administration. Conseil d'administration qui aura un mandat de 4 ans et qui sera représentatif de ces trois grandes catégories que j'ai citées tout à l'heure, c'est-à-dire les salariés, les lecteurs-lectrices et les associations entreprises. Et ce conseil d'administration, il va élire ensuite un président, une présidente, qui nommera lui-même un directeur ou une directrice, qui dirigera ensuite l'entreprise au quotidien. Donc dans son fonctionnement, par contre, vraiment quotidien, de journal, avec ses règles, ses rédacteurs en chef, ses chefs de service, ça ne change absolument rien. C'est-à-dire que pour un salarié, il n'y verra même presque pas de différence, concrètement, dans son quotidien.
- Speaker #1
Alors ce clip, disons-le aux salariés puisqu'ils ont été invités à... A rejoindre la coopérative, un certain nombre d'entre eux l'ont fait. Et là, qu'est-ce que peut-on dire là-dessus pour qu'on comprenne la part qu'une certaine salariée va prendre dans cette nouvelle étape du journal ?
- Speaker #5
Oui, donc aujourd'hui la Gazette c'est 44 salariés et c'est 10 salariés coopérateurs, c'est-à-dire un noyau dur qui est fondateur de cette coopérative. Nous sommes là pour... Pour beaucoup, depuis longtemps. Moi, personnellement, ça fait 16 ans. Il y a la directrice commerciale Caroline Descombes qui est là, ça fait 19 ans. Adrien Ponce également, qui est le responsable de la diffusion, ça fait pareil, une vingtaine d'années. On est là depuis longtemps, on connaît bien l'entreprise. Donc, on forme ce noyau dur qui va permettre de créer cette coopérative. Maintenant, après, le principe d'une coopérative, c'est que ça puisse aussi évoluer et continuer à grandir. Donc, ce chiffre pourrait bouger par la suite.
- Speaker #1
Ceci dit, est-ce qu'on peut dire qu'ils sont, ces salariés-là, les garants à leur manière de la perpétuation de l'esprit Gazette en définitive ?
- Speaker #5
C'est même plus qu'un esprit, c'est très concrètement une ligne éditoriale. Cette ligne éditoriale, c'est quand même au cœur du projet. C'est notre indépendance et la volonté de la défendre. Et donc l'idée, c'est de la sacraliser. C'est-à-dire qu'on va la mettre sur papier d'abord, on va l'écrire. Nous, on se positionne aujourd'hui comme un média qui est populaire, un média qui est écologiste et un média qui parle à tout le monde mais qui est humaniste et donc ça on va le mettre sur papier.
- Speaker #1
Une charte, enfin une espèce de document de référence qui pour le coup engagera à la fois bien sûr l'équipe des salariés mais aussi les coopérateurs.
- Speaker #5
Complètement, qui sera liée au statut de la coopérative donc chaque souscripteur entre guillemets souscrit à cette ligne éditoriale, à cette charte comme vous dites. et s'engage à en être un garant, un défenseur. Et on évite justement qu'il puisse y avoir une certaine dérive au travers de la coopérative, parce qu'aujourd'hui on l'a créée, mais comment elle fonctionnera dans 5 ans, dans 10 ans, dans 15 ans ? C'est-à-dire que pour éviter qu'il puisse y avoir quelqu'un qui vienne avec la volonté de transformer cette ligne éditoriale, on va la détacher de la coopé. C'est-à-dire qu'aucune décision concernant la ligne éditoriale ne sera prise. par la coopérative, mais elle sera rattachée à la rédaction, aux journalistes.
- Speaker #1
D'accord, donc il y a des liens fonctionnels, si ce n'est juridiques, entre ces deux volets, qui permettent à la fois de continuer l'histoire de l'entreprise et de continuer l'histoire du journal.
- Speaker #5
Oui, parce que vous vous imaginez bien, bien sûr, que nous, notre idée, ce n'est pas qu'il y ait une entreprise ou quelqu'un qui vienne dans la coopérative, qui achète des parts sociales, mais avec derrière la tête l'envie de pouvoir avoir on un poids sur ce qui est écrit dans le journal. Surtout pas. C'est surtout ce qu'on ne veut pas. Donc c'est pour ça qu'on différencie bien les deux, qu'on met par écrit l'année éditoriale et qu'elle sera la responsabilité des journalistes et de la rédaction.
- Speaker #1
Alors du coup, est-ce que cette méthode, cette démarche dans les mois qui ont précédé, peut-être avant, a été, je dirais, aussi la matrice de ce que j'appelle la perpétuation du capitalisme ? Est-ce qu'il y a une espèce de mise en mouvement ou de dynamique interne Outre la dynamique externe dont on va parler, qui vous permet de dire où vous en êtes aujourd'hui ?
- Speaker #5
Complètement, mais elle est même plus qu'interne puisqu'en fait on a déjà commencé à faire des réunions de travail avec des souscripteurs, avec des lecteurs et des lectrices qui ont souscrit pour certains depuis déjà une année. Et donc on a déjà commencé à travailler avec eux, à les écouter, à comprendre pourquoi ils avaient décidé de rejoindre cette coopérative, qu'est-ce que ça représentait pour eux la Gazette. Vraiment, c'était bouleversant, parce que c'est des liens qui sont très forts. C'est même parfois étonnant d'entendre parler des lecteurs. Vous savez, quand vous êtes journaliste... Un attachement au journal. Exactement, un attachement très particulier, une proximité et un fil qui, pour certains, date depuis des années, depuis très longtemps. Ils lisent la Gazette et ils vivent Montpellier ou ils vivent Nîmes au travers de la Gazette chaque semaine. Et c'est très touchant. Ils sont des gens qui, concrètement, s'engagent aussi pour nous et pour l'avenir du journal.
- Speaker #1
C'est une manière, je dirais, de... De perpétuer ou de formaliser l'enracinement du journal et la légitimité que ça lui donne dans son travail ?
- Speaker #5
Exactement. Et c'était vraiment aussi l'une des forces, je pense, de ce projet de coopérative, c'est de créer une dynamique de territoire. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, nous, on travaille à la Gazette, on écrit des articles chaque semaine depuis des années, avec une ligne éditoriale qui nous tient à cœur et qu'on défend. mais on écrit pour des gens, on écrit pour des Montpellieraines et des Nîmois qui aiment l'idée lire chaque semaine cette gazette et qui ont envie de la défendre. Et donc aujourd'hui, pouvoir dire, en fait, soyons plus qu'un journal et des lecteurs, soyons une dynamique commune avec un média qui a du poids sur son territoire. C'est assez unique en France, ça l'est. Mais en fait, par sa taille, c'est-à-dire que des coopératives de presse, il n'y en a pas beaucoup. Pour la plupart, ce sont des scopes et non des SIC. Et des SIC comme la nôtre, qui intègrent des lecteurs et des lectrices... Oui, c'est ça. La formule,
- Speaker #1
une équipe de journalistes qui s'organise de manière autonome en scope, en faisant entrer des compétences de gestion liées à la diffusion, oui. Mais là, c'est ouvrir le... Le journal au vent venant de l'extérieur. C'est un gage de transparence,
- Speaker #5
c'est un vrai gage de transparence qu'on propose à nos lecteurs. Rejoignez-nous pour voir comment on fait un journal, comment on travaille concrètement au quotidien.
- Speaker #1
Alors, vous l'avez dit, ou en tout cas on peut le dire maintenant, le ticket d'entrée dans la coopérative est de 1000 euros. Il a paru à beaucoup, y compris à moi-même, très élevé. Pourquoi viser quelques centaines de coopérateurs à 1000 euros plutôt que des milliers à 100 euros ?
- Speaker #5
C'est une discussion qu'on a eue en interne, tout le monde n'était pas d'accord, on a beaucoup échangé là-dessus. D'abord je voudrais préciser qu'on a une particularité, c'est comme on a un organe de presse, les particuliers peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt de 50%, donc pour ceux qui payent des impôts, in fine, c'est 500 euros la part. Ensuite, pour nous c'était important qu'il y ait quand même... C'est pas rien, vous devenez copropriétaire d'une marque de presse, d'un organe de presse, et ça a une certaine valeur. Et donc il y avait aussi un petit peu cet engagement financier qui permettait aussi de comprendre qu'on faisait partie quand même d'un projet d'importance, d'un projet sérieux qui a beaucoup de valeur sur Montpellier et sur Nîmes. Et puis il y a une réalité aussi économique puisque nous on a un projet économique aussi derrière tout ça où l'idée est aussi de récolter un maximum de fonds au travers d'achats des parts sociales puisqu'on s'est fixé l'objectif de réunir 850 à 1 million d'euros. 850 000 à 1 million d'euros à terme, exactement. Et donc du coup, on déborde aussi de projets de développement qu'on voudrait financer. Il y a un projet économique derrière.
- Speaker #1
Alors il y a une échéance plus proche. On l'a dit. C'est qu'on court en mars le passage en coopérative. Vous en serez à quel niveau de l'objectif final des 850 000 € ? Est-ce que l'objectif intermédiaire que vous avez fixé, les 850 000 €, sera atteint ? ou est d'ores et déjà en passe d'être atteint ?
- Speaker #5
On touche au but. Aujourd'hui, on a réuni environ 250 000 euros, mais on est en phase avancée de discussion avec plusieurs entreprises. Donc on pense véritablement pouvoir atteindre, en effet, cet objectif intermédiaire de 450 000 euros, donc dans un mois maintenant, fin mars, avec la volonté de pouvoir continuer ensuite derrière, puisque c'est le principe d'une coopérative, c'est que de toute façon... Dans une coopérative, il peut y avoir des nouveaux coopérateurs en permanence chaque année. Oui,
- Speaker #1
c'est très important. La porte n'est pas fermée. Ça ne s'arrête pas à la création, exactement. Si il se trouvait, on peut l'espérer, que des auditeurs et auditrices veuillent souscrire, comment s'y prennent-ils, comment font-ils ?
- Speaker #5
Oui, alors il suffit d'envoyer un mail, très simplement, à l'adresse copé.gazette-de-montpellier.fr. Copé, ça s'écrit C-O-O-2-O, donc P-E. Arrobase gazette de Montpellier tout attaché.fr Accès à l'information,
- Speaker #1
au statut et aux règles que vous avez résumées.
- Speaker #5
Exactement, on envoie un dossier très complet qui permet de présenter tout notre projet et un formulaire de souscription.
- Speaker #1
Très bien. Alors vous avez dit notamment qu'il n'y aurait pas de collectivité locale parmi les sous-titres. Bon, il est vrai que la contribution de beaucoup de collectivités à la marge du journal est importante par le biais d'achats d'espace publicitaires. Mais pourquoi cette règle-là ?
- Speaker #5
C'était une volonté qui n'est pas d'amalgame, qu'on n'imagine pas que parce qu'une collectivité vienne acheter des parts sociales dans le journal qu'elle puisse avoir un impact sur notre ligne éditoriale. Donc ça nous semblait important de ne pas permettre ceci. Bien que, comme on vous l'a expliqué, la ligne éditoriale est détachée de la coopérative, mais je pense que c'était quand même important que symboliquement on ne puisse pas le permettre.
- Speaker #1
C'est au moins un signal à envoyer. Envoyer aux lecteurs et notamment ceux qui sont très attentifs aux liens entre les grands milieux de pouvoir locaux. Il n'y a pas que les collectivités locales, il y a aussi les grandes entreprises et le journal. Tout à fait.
- Speaker #5
Et j'insiste là-dessus, c'est aussi l'un des points forts de ce projet de coopérative, c'est un gage de transparence. C'est-à-dire qu'à ceux qui pourraient se poser des questions, qui seraient dans le cliché de penser que... les journalistes sont aux mains du pouvoir, que...
- Speaker #1
Malheureusement, c'est ce que... On n'écrit pas ce qu'on veut. Les études des Français, il y a toujours cette idée que la collusion entre les journalistes et les pouvoirs économiques et politiques est un grief qui est souvent formulé par nos compatriotes.
- Speaker #5
Eh bien, notre réponse à ceci, c'est rejoignez-nous, achetez une part sociale, vous deviendrez copropriétaire de la Gazette, et vous pourrez voir comment on travaille, comment on fait notre métier de journaliste. Nous, on prévoit d'ouvrir certaines réunions rédaction au coopérateur pour qu'il puisse venir voir en tant que factateur.
- Speaker #1
On ouvre le couvercle en quelque sorte pour voir comment la cuisine, pas cuisine au sens négatif, mais au sens de ce fait.
- Speaker #5
Exactement, comment on arbitre, comment on choisit les sujets, quels sont les débats qu'on peut avoir, pourquoi parfois on se trompe, et c'est normal de se tromper et on est capable de le reconnaître, et comment on fait un journal tout simplement au quotidien.
- Speaker #1
Très bien. Alors, vous avez fait allusion, en tout cas l'idée m'en vient, Vous avez dû constater ces derniers mois des idées fausses, des allégations infondées sur la transformation en coopérative. Peut-être Pierre Serres, d'accord, lesquelles de ces allégations ? Et puis je poserai la même question à Jean-Baptiste. En y voyant une manœuvre arrière-pensée politique ou l'autre, on faisait bien des gens de mauvais esprits ou des attentifs, des obstacles attentifs de la vie publique qui ont pensé ça et qui l'ont dit ou laissé entendre.
- Speaker #4
Bon d'abord, je vais vous faire remarquer, vous avez vu comme il parlait bien, M. Clésterin. L'équipe qui va prendre la succession est au point. Aucun souci, je pars le cœur de l'esprit tranquille. Nous, ce qu'on entend le plus souvent, je ne sais pas si c'est vraiment ta question, c'est que le papier, c'est mort. Les gens ne lisent plus le papier. C'est totalement faux. C'est vrai qu'au niveau de l'information quotidienne, je crois que le papier s'est terminé. Malheureusement, la presse quotidienne régionale souffre énormément.
- Speaker #1
Elle n'est pas sortie de la crise.
- Speaker #4
Elle est loin de sortir de la crise. On apprend plan sociaux sur plan sociaux. Mais au niveau des magazines, des hebdomadaires et des magazines, le papier garde toute sa valeur. D'autant plus qu'il y a un certain nombre d'études qui montrent que... c'est pas un jeu de mots, mais le papier imprime, il imprime le cerveau, tandis qu'Internet, ça fuit, ça passe, etc. Et les gens ont besoin de contenu, ont besoin d'analyses plus poussées, d'informations sérieuses et vérifiées, et tout ça. Donc l'idée fausse qu'on entend le plus souvent, c'est ça. La seconde sur la copée, c'est qu'en gros, la copée, c'est le bordel. On entend n'importe tout le monde décide. C'est pas tout à fait ça. La copée, elle a une finalité, à savoir qu'il n'y a pas de... de capitalistes qui ramassent des bénéfices et tout ça. Mais au niveau d'une entreprise, elle fonctionne comme une entreprise normale, avec, bien sûr, beaucoup plus de transparence.
- Speaker #1
Très bien. Alors, même question, Jean-Baptiste. Ces remarques plus ou moins fielleuses que tu as peut-être rencontrées ces derniers mois ? Non,
- Speaker #5
c'était surtout de la méconnaissance, en effet, par rapport au système coopératif, et en particulier autour de la SIC, le modèle que nous, on a choisi, qui est quand même relativement rare encore aujourd'hui, notamment dans le monde de la presse. Comme je le disais, il y en a très peu. Et c'est vrai qu'il y a un gros travail de pédagogie à faire, nous, quand on va défendre notre projet, à expliquer comment ça fonctionne, ce que c'est, pourquoi c'est une vraie protection pour notre média. Et ça, c'est encore quelque chose d'assez méconnu qui mérite qu'on en parle.
- Speaker #1
Alors, on arrive aux dernières questions. Vous incarnez, on l'a compris, deux générations. Comment se présente votre avenir respectif ? Pierre, regarderas-tu, en sujet d'une influence, on peut le supposer, quelques pouvoirs dans la coopérative ?
- Speaker #4
A priori, non. Une coopérative, c'est un homme, une voix. Non, mais tu peux... Je serai une petite voix.
- Speaker #1
Est-ce que tu seras candidat au conseil d'administration ?
- Speaker #4
Probablement pas, je ne sais pas. On n'en a pas décidé, mais mon idée est vraiment de... Passer la main. De passer la main. Mais je suis plutôt un actif, et donc je vais m'occuper beaucoup plus du Gazette Café. Ah oui,
- Speaker #1
ça je ne voulais pas évoquer comme étant un des piliers de l'Empire Gazette, dont la Gazette Café a ouvert il y a 4-5 ans. Et qui a une réussite.
- Speaker #4
Qui a un lieu absolument extraordinaire. En 10 ans, on a organisé plus de 2000 concerts qui aident aux jeunes artistes émergents. Et on a organisé plus de 7000 conférences sur les sujets les plus divers. C'est vraiment un lieu d'accueil qui fonctionnait, tout ça. Qui aide aussi un peu à financer la Gazette. Je vais m'occuper de ça. Et un modèle aussi repéré.
- Speaker #1
J'ai souvenir des présentations de la Gazette Café. dans un grand rendez-vous qui s'appelle le Festival de l'Info Locane, en Nantes, où ce modèle-là, comme on dit, était mis en relief.
- Speaker #4
Il y a plein de nos amis qui s'intéressent. Je sais que la tribu de Neuillon vient d'acheter un théâtre ou un cinéma, je ne sais pas. La Montagne, même à Clermont-Ferrand, voulait créer un gazette café. Oui, c'est un...
- Speaker #1
La dépêche a acheté un café de référence à tous les...
- Speaker #4
C'est plutôt de la haute gastronomie. Nous, c'est de la bonne gastronomie, mais... Populaire. C'est pas l'essentiel de notre...
- Speaker #1
Populaire écologique, comme tu l'as dit. Et humaniste, exactement. Même question Jean-Baptiste, mais quel est aujourd'hui ton état d'esprit ? Est-ce qu'un mélange peut-être de tracts et d'excitation, est-ce qu'il se présente dans quelques semaines ?
- Speaker #5
Du tracts non, je ne dirais pas qu'il y a du tracts, de l'excitation oui, parce que ça fait tellement longtemps. Quand on y travaille, nous on a commencé vraiment les premiers échanges il y a trois ans, on a lancé l'appel à souscription il y a un an, là c'est vraiment la dernière ligne droite, on a envie que ça se fasse, que la transformation soit effective, on va découvrir aussi parce qu'on est dans la théorie, mais entre la théorie et la pratique il y a quand même un...
- Speaker #1
Oui, comment ça va, cette alliance, cet alliage ?
- Speaker #5
Ce qui est important, c'est la vie coopérative. Et je sais qu'il y a certains coopérateurs qui attendent des choses de nous, qui n'ont pas juste envie d'avoir acheté des parts sociales et de ne plus avoir de nouvelles. Ils ont envie de participer aussi à des projets. Donc ça, c'est quelque chose qui va se mettre en place au fil de l'eau. Donc comme je disais, on a plusieurs idées en tête. Il y en a d'autres qui vont émerger forcément. Mais d'abord, c'est ouvrir certaines réunions de rédaction aux coopérateurs. Ensuite, on a aussi comme projet de créer un grand festival de la Gazette qui aurait lieu tous les ans en plein air. Un événement festif. Un événement festif, en effet.
- Speaker #1
Et un peu sérieux aussi, quand même, à la façon Gazette.
- Speaker #5
Voilà, tout à fait. Un mélange des deux, mi-festif, mi-sérieux, qui permettrait aussi de parler de notre modèle unique, notre modèle coopératif, et de faire participer encore plus nos coopérateurs.
- Speaker #1
Eh bien, merci Pierre Serre, merci Jean-Baptiste Decroy. Bon vent à la Gazette.
- Speaker #0
Racontez-nous votre comment-pellier. On se trouve ici à Montpellier.
- Speaker #1
Quels sont les lieux, y compris hors de l'écusson, qui ne figurent pas sur les cartes postales, que vous aimez particulièrement et auxquels vous êtes attaché ?
- Speaker #0
Ce qui reste aujourd'hui pour moi, qui suis montpellierenne, c'est Antigone.
- Speaker #3
Racontez-nous votre Montpellier. Et vous l'avez compris, effectivement, mon quartier de naissance, c'est Serreau. Vous êtes une montpellierenne pur jus. La Montpellier, pour moi, c'est une histoire qui ne m'a jamais quittée.
- Speaker #4
Une émission proposée par Alain Dubiez pour partir à la rencontre de Montpellier et des Montpellierains.