Speaker #0Il y a des soirs où tu es épuisé et où tu réponds malgré tout à un message d'une amie qui a besoin de toi. Il y a des moments où on te dit que tu as bien fait et où malgré tout tu penses que tu aurais pu faire mieux. Il y a des choses sur lesquelles tu veilles depuis si longtemps, un projet, une personne, une habitude. que tu ne te souviens même plus du jour où tu as commencé à t'en occuper. Ces trois instants n'ont l'air de rien, mais ils disent la même chose. Il y a en toi une part qui reste en éveil, même quand tu es fatigué, même quand personne ne lui demande plus. C'est de cette veille silencieuse dont j'ai envie de te parler aujourd'hui. Je suis Laetitia Absalon, interprète symbolique et transgénérationnelle. Aujourd'hui, quatre prénoms vont se présenter à toi, l'un après l'autre, peu importe leur nom. Ce qui compte, c'est ce qu'ils relient en toi. Chaque prénom porte une symbolique, et cette symbolique vient peut-être faire écho à quelque chose que tu connais déjà. Alors, avant de savoir qui va parler en premier, une seule question à garder avec toi. Qu'est-ce que ce prénom, tout à l'heure, va venir éreveiller en toi ? C'est parti ! Celle qui veille sous l'écorce. En Tarse, il y a longtemps, une jeune princesse attend sur une falaise, face à la mer. Elle s'appelle Phyllis. Chaque matin, elle descend au même endroit. Elle regarde l'horizon. Elle cherche une voile. Celui qu'elle aime, démophone, est parti sur son bateau. Il a promis de revenir avant la fin de la lune. Il ne revient pas. Phyllis attend encore. Les jours passent, les saisons changent. Elle continue de descendre vers la mer, chaque matin, même quand l'espoir devient de plus en plus difficile à porter. Un jour, elle ne descend plus. Son cœur n'a pas tenu l'attente. Les dieux, touchés par cette fidélité, la changent en arbre. Un tronc gris, nu, sans fleurs, sans feuilles, planté face à la mer. Comme si même transformée, elle continuait de regarder vers le large. Des mois plus tard, Déméphone revient. Enfin. Il retrouve l'endroit. Il ne trouve plus Phyllis. Il trouve cet arbre seul, sec, silencieux. Il comprend, il s'approche, il pose sa main sur l'écorce, puis sa bouche. Et sous ses lèvres, à un seul instant, l'arbre entier se couvre de fleurs blanches. C'est l'amandier, le premier arbre à fleurir chaque année, avant même que l'hiver ne soit vraiment reparti. Comme si sous son écorce, la plus dure, quelque chose avait continué de veiller, tout ce temps, sans jamais s'éteindre. Le prénom qui porte cette même racine dit une simple chose, digne d'être aimé, depuis le tout début, avant toute preuve. Et pourtant, ce même prénom porte souvent un doute silencieux. Comme s'il fallait sans cesse redémontrer une évidence, déjà là depuis le premier jour. Une footballeuse porte ce prénom, capitaine de l'équipe de France. Elle a dû, saison après saison, redémontrer sa valeur sur le terrain, alors que sa place n'avait jamais vraiment été en jeu. Sents-tu en toi cette part qui a continué de veiller, même dans les périodes où rien ne semblait pouvoir fleurir ? C'est le prénom Amandine. Et si Amandine nous apprenait que ce qui est vraiment aimé continue de veiller, même sous l'écorce la plus dure ? Celle que l'hiver a rendue sacrée. En 945, dans les terres de la Russe de Kiev, un prince nommé Igor se rend dans les tribus slaves de la forêt, un peuple voisin, pour réclamer un tribut. Il revient une seconde fois la même année pour en réclamer davantage. Ce peuple se soulève et le tue. Sa femme devient régente à sa place, au nom de leur fils encore enfant. Elle s'appelle Olga. Tout le monde s'attend à la voir vaciller. Une femme seule, à la tête d'un royaume fragile, entourée d'un peuple qui vient de se dresser contre son mari. Mais elle tient. Les récits de l'époque racontent qu'elle répond avec une détermination que personne autour d'elle n'avait vu venir. Jusqu'à soumettre entièrement les terres de ce peuple à son autorité. Puis, des années plus tard, dans une toute autre partie de sa vie, elle prend un chemin que personne n'attendait non plus. Elle se rend à Constantinople et se fait baptiser, devenant l'une des toutes premières de sa lignée à embrasser la foi chrétienne, bien avant que son royaume tout entier n'adopte cette même foi. Elle meurt en 969. Deux siècles plus tard, l'Église la reconnaît comme sainte et lui donne un titre que très peu de femmes ont reçu dans l'histoire, égal aux apôtres. Son prénom vient d'un mot ancien qui signifie consacré, sacré, comme si le sacré, pour elle, était venu de tout ce qu'elle avait traversé et tenu, bien avant d'être reconnue. Et pourtant, ce prénom porte une exigence silencieuse, celle de devoir tout maîtriser, tout tenir, en restant forte à chaque instant, pour espérer un jour être reconnue à sa juste valeur. Une écrivaine polonaise porte ce même prénom aujourd'hui. Elle a écrit pendant des dizaines d'années, dans une relative discrétion, avant qu'un des prix les plus prestigieux du monde vienne enfin consacrer tout ce travail. On pourrait imaginer que ce prénom porte celles et ceux qui pensent devoir tout maîtriser pour avoir le droit d'être respecté. Et toi, quelle perfection crois-tu devoir incarner pour te sentir digne de l'être ? Celui et celle qui garde un mot en secret. Dans la Rome antique, avant chaque grand sacrifice, un enfant était choisi. Un enfant noble, né libre, avec ses deux parents encore vivants, une fille ou un garçon. Son rôle ? Porter les objets sacrés jusqu'à l'autel, marcher aux côtés du prêtre, veiller à ce que rien ne soit renversé pendant le rite. Ce rôle avait un nom. Camilius. Pour un garçon ? Camilia, pour une fille, toujours présent, près du feu sacré, jamais celui qui office. Ce mot est devenu plus tard le prénom que nous connaissons aujourd'hui, Camille. Un homme l'a porté jusqu'à devenir un des plus grandes figures de Rome. Marcus, Furius, Camilius commandent les armées romaines à un moment où la ville vient d'être prise et brûlée par des envahisseurs venus du nord. Il rassemble ce qui reste du peuple, reprend la ville pierre après pierre et la relève entièrement. Les récits antiques lui donnent un titre rare, second fondateur de Rome. Une autre histoire, plus ancienne encore, raconte une toute jeune fille appelée Camilia. Son père, chassé de son royaume, la porte encore bébé à travers un fleuve encru, attachée à une lance qu'il lance devant lui pour la mettre à l'abri. Elle grandit seule dans la forêt, entraînée à la course et au combat depuis l'enfance. Devenue femme, elle mène ses propres guerriers au combat. plus rapide qu'aucun d'entre eux, au point de pouvoir courir sur un champ de blé sans faire plier une seule tige. Alors ce prénom porte deux forces à la fois, celle qui relève ce qui a été détruit, celle qui grandit seule, qui avance plus vite que tous les autres. Et si on écoute d'un peu plus près les lettres de ce prénom, on peut y entendre Un petit mot glissé, ami. Comme si depuis l'Antiquité, ce prénom porte la même mission. Rester tout près, veiller, sans jamais chercher à être au centre. Et pourtant, ce même prénom porte souvent l'envers de cette fidélité. Veiller sur les autres, au point d'oublier de se demander ce que soi-même on voudrait garder ? Une actrice française porte ce prénom aujourd'hui. Elle a longtemps porté des rôles secondaires avant de devenir, à son tour, une figure centrale des écrans. Et toi, qu'est-ce que tu veilles depuis si longtemps que tu ne te souviens presque plus d'avoir accepté ce rôle ? Celui qui remet la mer en mouvement. Jason. Ce prénom vient d'un mot... Grec ancien, qui veut dire guérir, réparer, remettre en état de marche. Son histoire commence par une injustice. Le trône de son père lui est volé par son propre oncle, alors qu'il est encore enfant. Jason grandit loin de son royaume, élevé en secret par un centaure, dans les montagnes pour être protégé. Devenu adulte, il revient réclamer ce qui lui revient. Son oncle accepte de lui rendre le trône, à une seule condition, ramener la toison d'or, une peau de bélier en or pur, gardée à l'autre bout du monde connu par un dragon qui ne dort jamais. Jason rassemble alors les plus grands héros de son époque, Hercule et du voyage, Orphée aussi, dont la musique calme les tempêtes. Ensemble, ils prennent la mer sur un navire construit spécialement pour cette quête, l'argot. On les appellera les argonautes, ceux de l'argot. Le voyage dure des mois. Ils traversent des rochers qui s'écrasent l'un contre l'autre au milieu de la mer. Ils affrontent des oiseaux aux plumes de métal, tranchantes, comme des lames. Plusieurs fois, l'équipage veut abandonner. Jason continue. Il atteint enfin le royaume où se trouve la Toison. Le roi de ce royaume refuse de lui donner et lui impose des épreuves sans y être impossible à survivre. Jason les traverse une à une, aidés en secret par une jeune magicienne du royaume, Médée tombée amoureuse de lui. Ensemble, ils repartent avec la Toison, et avec elle à bord. Ce prénom porte donc une double force. Celle qui rassemble une équipe entière autour d'un seul but. Et celle qui continue d'avancer malgré les tempêtes, malgré les épreuves qui semblent taillées pour faire renoncer. Et pourtant, ce même prénom porte un envers moins connu. Une fois rentré chez lui, une fois la quête accomplie, Jason peine à retrouver sa place. Comme si celui qui s'est mené les autres vers un but savait parfois moins bien où aller une fois arrivé. Un navigateur français porte une résonance proche de ce prénom aujourd'hui. Lui qui a traversé les océans en solitaire pendant des années, pourtant à chaque départ, tout un pays derrière lui, avant de devoir, à terre, réapprendre une vie plus silencieuse. Et toi, une fois le but atteint, sais-tu encore où aller ensuite ? Et si Jason nous apprenait... que celui qui aide les autres à avancer mérite lui aussi qu'on veille sur lui. Peu importe l'ordre dans lequel ces quatre histoires te sont arrivées aujourd'hui, un arbre qui garde un amour intact sous une écorce fermée jusqu'à fleurir en un seul instant, une femme que l'épreuve a rendue sacrée bien avant qu'on la reconnaisse, un mot ami. cachée depuis toujours dans les lettres d'un prénom, qui veille sans jamais chercher le centre. Un équipage entier porté vers son but par celui qui refuse de rester à quai. Quatre chemins, une seule question au fond. Ce que nous apprenons d'un prénom n'appartient pas qu'au prénom. Alors peut-être que la vraie question aujourd'hui, ce n'est pas ce que tu veilles depuis si longtemps, c'est ce que tu pourrais doucement laisser enfin fleurir. Alors je te laisse avec ça aujourd'hui. Quelque chose en toi veille depuis longtemps, peut-être depuis toujours, un amandier sous son écorce, une force née d'un hiver traversé, un mot ami gardé en silence, une mer qu'on continue de traverser pour les autres, et ton prénom en connaît peut-être déjà la raison. Et toi, qu'est-ce que ton prénom veille en silence ? Dis-le-moi en commentaire. On se retrouve sur Instagram, au fil du prénom. Le tien sera peut-être exploré dans un prochain épisode. À la semaine prochaine, au fil du prénom.