Speaker #0Il y a ce qu'on connaît d'un prénom, son origine, son histoire, parfois sa signification. Et puis, il y a tout ce qu'on peut nous inviter à regarder autrement. Dans « Connais-tu ton prénom ? » , je suis ce fil. entre étymologie, histoire, symbolique et transmission. Moi, je suis Laetitia Absalon, interprète symbolique et familiale. Cette semaine, quatre prénoms qui sont devenus autre chose. Un mot d'une langue courante, une chanson et une marque de voiture, un conte de fées et une phrase que tout le monde connaît. Parce qu'un prénom continue de travailler après nous. Il traverse les siècles, il entre dans une chanson, dans un livre, dans un salon un soir de télévision, et chaque fois, quelque chose se dépose dessus. Aujourd'hui, quand on prononce ces quatre-là, on entend beaucoup plus que leur origine. Ce que je propose est un regard, des liens que je fais entre une origine, une histoire, une image ancienne. D'autres liens sont possibles. et ce que tu reconnais t'appartient. Aujourd'hui, je te propose ce regard. C'est parti ! Un prénom peut disparaître des berceaux et revenir dans toutes les bouches. Maurice, il vient du latin « maorus » . Ce mot désigne l'habitant de la Maurétanie, le royaume antique au nord du Maroc actuel. Rien à voir avec la Mauritanie d'aujourd'hui, qui est bien plus au sud. De là vient un autre mot, mort. Et par extension, il a servi à désigner quelqu'un à la peau sombre. Les autres prénoms de la semaine promettent quelque chose. Celui-ci décrit. Il dit d'où tu viens et de quelle couleur tu es. On ne se nomme pas. Pas soi-même comme ça. C'est un nom qui vient des autres. Troisième siècle. Un officier romain commande une légion venue d'Égypte. L'empereur donne un ordre. Maurice refuse. On exécute un soldat sur dix pour faire plier les autres. Il refuse encore. Ils meurent tous dans le Valais suisse. Les historiens discutent beaucoup ce récit. Il a été écrit un siècle après les faits. Le culte, lui, est immense. L'abbaye, fondée sur place en 515, fonctionne toujours aujourd'hui. Et mille ans plus tard, dans une cathédrale allemande, un sculpteur taille son visage. Magdelburg, vers 1240. Un homme noir. Des traits africains, précis, sans caricature. Pour l'histoire de l'art, pour les histoires de l'art, c'est l'un des premiers visages noirs vraiment regardés dans l'art européen. Un nom qui voulait dire « le mort » et quelqu'un qui a fini par regarder. Ce prénom a porté un homme de gants, Maurice Ma-ter-lings. Prix Nobel de la littérature en 1911, le seul écrivain belge à l'avoir reçu. Son année de gloire au prénom Maurice est 1920. En France, 10 000 garçons cette année-là, onzième prénom du pays. Chez nous, les registres publics ne remontent pas jusque-là. Mais en regardant les monuments aux morts, les plaques de rue, les faire-parts de nos grands-parents, Les Maurice belges sont de la même génération. Aujourd'hui, c'est un prénom de grand-père. L'âge médian tourne autour de 75 ans. Et puis, 2001, une publicité pour des mousses au chocolat. Un petit garçon devant un aquarium, du chocolat plein la figure, il accuse son poisson rouge d'avoir tout mangé. Le poisson s'appelle Maurice. Et la phrase ? Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice. Cette publicité fera un tabac, une légion entière, une abbaye du XVe siècle, un visage sculpté, un prix Nobel et neuf mots. Devine lequel on connaît encore. Et pourtant, il reste un prénom de grand-père. On le dit partout, on le donne encore peu. Tout aussi, toi aussi, tu as une phrase qui te colle. Une remarque un soir, une bêtise en vacances, un surnom donné à 15 ans. Et voilà ce qu'on raconte de toi depuis 20 ans. Pendant ce temps, tu as fait des choses bien plus grandes. Et c'est l'autre histoire qui revient. Prends ce qui te ressemble, laisse passer le reste. Écoutons ce prénom autrement. Mort, risque. À la fin, il y a ri. Un prénom de martyr qui finit par faire rire une génération entière, il n'a rien demandé. Une personne peut dormir un siècle et revenir par une phrase de neuf mots, sans que personne le porte. Maurice nous rappelle peut-être qu'un nom continue de vivre même quand plus personne ne le reçoit. Et toi, quelle est la phrase qu'on répète à toi ? à ton sujet depuis des années. Voilà pour ce prénom. On croit parler d'un prénom, on parle de nous en fait. Cette semaine, trois autres prénoms suivent le même fil. Et la question de la semaine, et si ce qui reste d'un nom, c'est ce qu'on en fait ?