- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Conversations où on plonge dans le quotidien de celles et de ceux qui s'engagent pour un monde plus juste et plus solidaire. Dans Conversations, j'ai le plaisir d'accueillir les personnalités engagées du monde associatif soutenu par le dividende sociétal de Crédit Mutuel Alliance fédérale. Nous parlons d'engagement, de mission, de défi, un moment d'échange pour remonter le fil de leur vie et comprendre ce qui a façonné leurs idées et motivé leur combat. Aujourd'hui, nous avons le plaisir d'accueillir Aurélien Lhermitte. cofondateur de Fratry. Fratry qui est un projet de co-living inclusive, en bon français d'habitat partagé, qui permet à des jeunes, à des jeunes actifs, d'accéder à un logement moderne et bien placé. Avec le petit truc en plus, puisque les maisons Fratry accueillent également des colocataires en situation de handicap mental. C'est un projet... qui porte les valeurs du vivre ensemble en faisant de nos différences une chance. Aurélien, en préparant cette émission, je vous ai demandé de venir avec un objet qui symbolise votre activité au sein de Fraterie. Quel est-il ?
- Speaker #1
Alors je suis venu avec une photo dessinée au crayon par un papa d'un jeune en soins de handicap et que j'ai encadré. J'espère que vous pourrez la mettre dans votre bureau. En fait, cette photo, c'est la photo de la première maison fratrie à Nantes, que nous avons ouverte grâce à vous. Sans vous, on ne l'aurait jamais ouverte.
- Speaker #0
Je l'ai vue en photo déjà, donc là je la vois dessinée remarquablement.
- Speaker #1
Exactement. Donc dans cette photo vivent dix jeunes. la moitié en situation de handicap mental et les autres qui n'ont pas de handicap mental. C'est une grande victoire pour nous, cette première maison. D'autres vont suivre. Et on a démontré que ça fonctionnait dans cette première maison.
- Speaker #0
Merci. Merci beaucoup. Merci beaucoup. Vous avez donc fondé Fraterie en 2021. Vous avez un peu de recul maintenant. Quel est le premier constat que vous pouvez faire concernant la situation des jeunes porteurs de handicap ou non porteurs de handicap qui sont actifs, qui aujourd'hui doivent trouver un logement.
- Speaker #1
Le constat qu'on a fait il y a trois ans et le même aujourd'hui en fait, ce qu'on a constaté il y a trois ans, c'est que d'un côté on a des jeunes en situation de handicap mental et traumatistique qui grandissent en milieu ordinaire avec des frères et sœurs qui n'ont pas de handicap, qui vont à l'école en milieu ordinaire et qui à l'âge adulte très souvent n'ont pas d'autres solutions. que de vivre qu'entre personnes en situation de handicap ou de ne travailler qu'entre personnes en situation de handicap. Et donc ça, ça génère chez ce public de la solitude, de l'isolement. Ils sont aussi rarement en cœur de ville, donc pour l'inclusion, ce n'est pas évident. Et cet isolement, cette difficulté à accéder au cœur de ville, les jeunes qui n'ont pas de handicap, ils ont exactement les mêmes problèmes, et qui ont le même âge. Aujourd'hui, un jeune sur trois en France souffre de solitude. Ils ont tous du mal à se loger parce que le foncier, sur les dernières années, a appris énormément en termes de valeur. Donc, c'est compliqué de se loger. Et pour eux, on innove. C'est pour ça qu'on parle de co-living, puisque c'est un vrai produit immobilier qui nous vient des États-Unis. C'est une manière de vivre ensemble qui répond notamment à l'attente des jeunes actifs, donc entre 25 et 35 ans. Et donc, nous, on s'est dit, mais ces deux publics, ils ont tout pour vivre ensemble. Dès lors, on y croyait, mais avec cet outil, le co-living, on va pouvoir les faire revivre ensemble. et c'est pour ça qu'on a décidé de lancer un opérateur de co-living inclusif qui a la particularité d'être non lucratif.
- Speaker #0
Et vous insistez beaucoup sur ce terme de co-living inclusif. Et vous incitez aussi sur le fait que, en définitive, c'est une colocation d'abord, une colocation ordinaire plus que solidaire.
- Speaker #1
Exactement. Ça, pour nous, c'est vraiment important. C'est-à-dire que, pour comprendre, dans nos maisons, les jeunes, entre eux, ils n'ont pas de relation aidant-aidé. C'est-à-dire que les jeunes actifs qui viennent vivre avec les personnes avec handicap, ils viennent vivre comme dans n'importe quel co-living. Nous on a des équipes superbes d'ailleurs, on a des accompagnants de vie, c'est un très très beau métier qui au quotidien prennent soin des personnes en situation de handicap. Et nous ce qu'on demande aux colocs, c'est de vivre vraiment cette relation d'égal à égal. Et ça, pour les personnes handicapées, c'est très très puissant en termes de dignité, de reconnaissance, il crée des vrais liens d'égal à égal. Et là, en faisant ça, on change vraiment les choses. C'est-à-dire que... On rend possible, accessible à n'importe qui, le fait de vivre avec des personnes en situation de handicap. Donc ça veut dire que si ça fonctionne chez nous, ça peut fonctionner partout.
- Speaker #0
Donc ce sont des jeunes actifs. qui font une démarche vers une autre forme de colocation, comment allez-vous les chercher ? Comment allez-vous les convaincre de venir rejoindre une des maisons de fratrie ?
- Speaker #1
Souvent, le handicap, il le découvre dans un second rideau. C'est-à-dire que nous, on met des annonces dans le bon coin, comme tous les acteurs de co-living. On ne dit pas qu'il y a des personnes avec handicap. On n'a pas spécialement à le dire. On a des belles maisons, bien situées, bien décorées, qui donnent envie. bien pricé, enfin on est au prix du marché pour les jeunes qui peuvent payer, donc les jeunes qui n'ont pas de handicap. Et souvent donc ils nous appellent, une fois que on est globalement d'accord sur le prix, j'exagère un petit peu mais c'est vrai, on leur explique qu'il y a un petit truc en plus dans nos maisons et qu'ils vont être cooptés par d'autres colocs qui seront accompagnés dans leur cooptation parce que certains ont besoin d'éclairage puisqu'ils ont un handicap mental ou des troubles autistiques. Et en fait... Le constat qu'on fait, c'est qu'on est sur une génération, la 25-35, qui a énormément entendu parler d'inclusion, maintenant qui veut la vivre, qui est prête. On a 10-20% des jeunes actifs qui nous disent merci, qui ont peur, qui prennent peur, et les autres ils viennent. Et puis on sait que dès la première rencontre, souvent, on brise la glace et puis c'est parti.
- Speaker #0
Ils viennent parce qu'il y a un petit truc en plus, avez-vous dit. C'est quand même fantastique, non ?
- Speaker #1
Oui, en fait, ce qui est intéressant, c'est que ce petit truc en plus... mais nous on veut que ça devienne un petit truc ordinaire en fait. Mais ce petit truc en plus, il nous permet d'avoir des meilleurs résultats que les autres acteurs de co-living. Chez nous, si on se compare aux autres acteurs ordinaires qui ne logent pas forcément des personnes avec handicap, ils restent deux fois plus longtemps dans la maison. Oui, parce qu'en fait, le vivre ensemble est bonifié, donc quand on est bien, on reste plus longtemps. Donc on a des durées de séjour qui sont proches de deux ans, alors que dans le monde du co-living, on est plutôt proche d'un an, un petit peu moins d'un an.
- Speaker #0
Oui, ça veut donc dire que de belles relations naissent. C'est sans doute beaucoup plus marqué chez vous que d'une manière générale dans les situations de co-living ?
- Speaker #1
En tout cas, je suis surpris. Là, on est en train d'étudier les chiffres de notre première étude d'impact. Et je suis surpris à quel point les jeunes actifs trouvent énormément de vivre ensemble dans nos maisons, les jeunes actifs sans handicap. Trois sur quatre nous disent rester tous les week-ends avec leurs colocataires, passer trois à quatre soirées, dîner et puis soirée derrière, avec leurs colocataires en situation de handicap. Et encore une fois, c'est des jeunes actifs qui ne connaissaient pas le handicap, qui ne sont pas forcément spécialement engagés, enfin qui sont venus par le bon coin.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Donc il y a des très belles relations qui se créent d'amitié entre eux et puis qui durent. C'est ça qui est chouette. C'est-à-dire qu'on a eu des premiers départs à Nantes. Au bout de deux ans, un an et demi, on a eu des premiers départs. départ. Et en fait, ce qu'on voit, c'est que les amitiés perdurent dans le temps. On a même un couple qui s'est formé, deux jeunes qui vont se marier cette année. Toute la coloc est invitée, c'est une grande famille. Et ça, ça paraît évident, mais pour ces jeunes en situation de handicap, c'est très compliqué de tisser ces liens sans avoir cet outil qu'est le Colivine.
- Speaker #0
Donc les jeunes actifs payent un loyer normal, les jeunes en situation de handicap payent un loyer adapté. C'est votre statut d'association et les soutiens que vous avez qui vous permet d'offrir ça. Ça vous permet effectivement de travailler davantage l'autonomie, mais en plus, si j'ai bien compris, vous veillez à ce qu'il y ait un dispositif d'emploi accompagné en plus. On m'a raconté l'histoire d'une des personnes qui était chez vous, qui est venue à un moment au CIC chez nous, à Nantes, et bah qui a connu de belles journées d'immersion ainsi.
- Speaker #1
Oui, exactement. On parle d'Axel. Vous l'avez très bien dit. En fait, le logement, pour nous, ça reste un prétexte. C'est un prétexte pour... de l'inclusion sociale et de l'inclusion professionnelle, puisque trouver sa place dans un CT, c'est aussi un travail, en tout cas, c'est un droit. Et c'est aussi un droit pour les personnes avec handicap. Axelle, elle avait trois envies, trois projets pros. Ce sont des jeunes qu'on connaît 18 mois, 2 ans avant l'ouverture. Donc on a le temps de préparer et de les accompagner. Le premier, c'était de travailler dans un poney club, parce qu'elle aimait le poney. Donc on lui a trouvé un stage d'un mois, comme Palfronnière. Elle nous a vite dit qu'elle préférait le côté poney que pas le fronnier, mais elle a fait son stage pendant un mois. Le deuxième, elle nous parlait beaucoup de secrétariat, d'accueil. Donc là, on a sollicité le CIC Ouest, qui ont accueilli Axel aussi en stage pendant une petite semaine. Alors je suis désolé, mais elle nous a dit non finalement, c'est pas mon truc. C'est bien, elle a pu tester, elle a pu voir ce que c'est. Exactement, et c'est ça l'idée, c'est qu'il faut arrêter de... Souvent, moi le premier, quand j'étais DRH, je réfléchissais pour eux au job qu'ils avaient envie de faire. Je me disais, quel job je pourrais donner à une personne en situation de handicap ? Donc il faut plutôt partir de leur désir, de leur talent, et construire avec eux un projet professionnel qui tienne la route et éventuellement adapté à un emploi. Et donc elle avait une troisième envie, puisqu'elle aimait bien la cuisine, c'était la restauration. Et là, elle a démultiplié les stages. dans un restaurant, chez un restaurateur, enfin, elle en a fait plusieurs, pour finalement, au bout d'un an, décrocher un CDI, dans un restaurant, dont elle est très fière, enfin, pour elle, c'est... D'avoir signé son premier CDI, c'était un moment dans sa vie extrêmement fort. Et Axel, elle a pris en épaisseur de vie, en autonomie, c'est juste en deux ans, incroyable son histoire.
- Speaker #0
L'autonomie, c'est essentiel.
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et vous vous dites quelque chose de très important également. Finalement, le logement n'est qu'un prétexte dans votre démarche pour l'inclusion, y compris professionnelle. Pour faciliter ça, pour vraiment que ce soit un moteur, vous avez prévu dans chacune de vos maisons un job coach.
- Speaker #1
Exactement. Les jeunes pros ne prennent pas particulièrement soin des personnes avec un handicap. Pas plus que dans n'importe quel coq. Mais il faut quand même du personnel pour accompagner le handicap des personnes. Nous avons des accompagnants de vie, j'en ai parlé tout à l'heure. Et on a aussi dans chaque maison un responsable de maison qui a deux casquettes. Il prend soin du vivre ensemble, il régule la vie de la maison, il s'occupe un peu de la logistique et il est le job coach. de chacun des jeunes en situation de handicap. Je ne sais pas si vous le savez, mais en France, le public que l'on accompagne, les jeunes avec handicap mental et troubles autistiques, ils sont insérés à moins de 1% en milieu ordinaire. Moins de 1%. Chez Fraterie, on peut dire que 18 mois après l'ouverture, 100% sont en CDI en milieu ordinaire. Donc, probablement, c'est un peu lié à la méthode qu'on emploie. On utilise ce qu'on appelle la méthode de l'emploi accompagné. On fait tout un travail de test et puis on... on teste en entreprise et puis ensuite on accompagne l'employeur dans la durée pour que ça fonctionne bien, ainsi que le salarié. Mais en fait, je suis de plus en plus convaincu qu'on arrive à atteindre ces taux-là parce que c'est l'écosystème qui permet ça. Pour un jeune en situation de handicap, vivre avec des jeunes actifs qui travaillent, qui parfois râlent sur leur patron, démissionnent. Démission, c'est un bon exemple. On a vu de nos yeux des jeunes avec handicap nous demander c'est quoi la démission et moi aussi j'ai le droit de démissionner et démissionner. Alors ça, il faut l'expliquer aux parents, parce que démissionner pour une personne avec handicap, c'est une grosse prise de risque. Mais ils ont le droit. Et d'ailleurs, elle a démissionné, cette jeune, et elle a retrouvé un travail qui correspondait beaucoup plus à son désir de nouveau en CDI. Donc l'écosystème, le fait d'avoir ces relations d'égal à égal, de reprendre un peu confiance en soi, de se sentir digne, permet aussi à la personne avec handicap de se sentir légitime pour travailler dans l'entreprise.
- Speaker #0
Passer de 1 à 100%. C'est un succès incroyable. À un moment, il y a sans doute eu, pour vous, quelque chose de déterminant qui vous a amené à dire il faut que nous fassions quelque chose de particulier pour les personnes en situation de handicap parce qu'il n'y a pas deux raisons qu'elles ne puissent pas participer pleinement à la vie professionnelle.
- Speaker #1
Alors c'est une longue histoire, mais c'est vrai que moi je ne suis pas papa d'enfants en situation de handicap et je faisais partie de ceux qui n'étaient pas forcément à l'aise avec le handicap. Il y a 10 ans, j'étais à l'époque DRH dans le groupe EDF, et en face de mon bureau, il y avait un ESAT, un établissement spécialisé de travail pour les personnes avec handicap. Et au bout de 15 jours, je venais d'être muté, je sors de mon bureau, et là je croise sur le trottoir d'en face une jeune fille trisomique avec qui j'avais grandi petit. Je ne l'avais pas vue depuis 15 ans. Elle me reconnaît, on se salue, et j'invite à déjeuner, j'invite au restaurant, 15 jours après. Et on se raconte nos vies. C'était une période de ma vie où moi je me posais pas mal de questions, j'approchais de la quarantaine, donc je lisais des bouquins sur le développement personnel, où sont mes talents, quelle est ma place dans la société, et là je me prends une grosse claque. C'est-à-dire que cette jeune fille me raconte finalement là où elle en était, et elle me dit « je suis toujours ses mamans, j'ai toujours pas pris mon envol, j'aimerais trop pouvoir prendre mon envol. » Je travaille depuis 7 ans dans un ESAT. très bien mais je ne supporte pas mon travail, enfin j'aime pas ce que je fais j'aime pas ce que je fais et en fait ça a été pour moi vraiment une grosse claque et je vous le disais j'étais DRH à l'époque, je me disais bon quel est le job que je pourrais confier à une personne avec un handicap mais je partais jamais des personnes avec un handicap, de leurs désirs, de leurs talents et ça a été un vrai tournant dans ma vie parce que à partir de ce moment là j'ai commencé à être un peu plus sensible à ces personnes-là. Et c'est comme ça que je me suis retrouvé très rapidement après, à monter un premier habitant inclusif pour des personnes avec handicap. Et après, de fil en aiguille, l'aventure Fraterie a démarré. Mais c'est ce qui explique aussi pourquoi chez Fraterie, l'emploi, l'institution professionnelle, c'est important.
- Speaker #0
Bien sûr. Alors, sacrée aventure. Fratry a été pour nous, pour Crédit Mutuel Alliance Fédérale, dans le cadre du déploiement du dividende sociétal, un des premiers projets que nous avons soutenus. Et c'était aussi une belle rencontre, tout simplement avec Emmanuel de Carillon, qui nous avait contactés. Alors, je crois que vous avez également des points très forts de relation avec Emmanuel, vous pouvez nous en parler ?
- Speaker #1
Emmanuel, c'est le cofondateur de Fratry. Donc on a vraiment monté tous les deux, on est un bébé de la Fondation des Crédits Mutuels parce qu'on est vraiment nés en même temps. Et il s'avère qu'Emmanuel avait fait son premier stage après son école de commerce, je crois que c'était au CIC, auprès d'une contrôleur de gestion qui avait pris un poste au niveau de la direction et qui s'occupait avec une équipe de lancer la Fondation des Crédits Mutuels. Donc c'est vraiment le hasard. Donc Emmanuel s'est dit je vais la rappeler. Et c'est comme ça qu'on est rentrés en contact, qu'on a expliqué le projet. Mais c'est intéressant, puisque je le dis à nos apprentis, à nos stagiaires, vos premiers stages sont importants. On ne sait jamais. Faites-les bien, sérieusement. On ne sait jamais sur quoi ça pourra déboucher un jour.
- Speaker #0
Bien sûr. Ensuite, c'est question de relation, c'est question de contact. Et ce que vous faites au quotidien, c'est vraiment mettre de la relation dans la vie. Nous avons tout de suite adhéré à vos valeurs, à vos valeurs humaines. volonté de vivre ensemble, qui correspond également aux missions de la Fondation Crédit Mutuel Alliance fédérale. Avec Fratry, nous sommes en fait également aux côtés des jeunes, des jeunes qui subissent toutes les difficultés de la crise du logement et en même temps aux côtés, et ça vous insistez beaucoup dessus, de personnes en situation de handicap qui finalement ne demandent qu'à vivre d'une manière ordinaire.
- Speaker #1
Oui c'est vrai, vous êtes aux côtés des jeunes en fait. Vraiment, je le dis en toute sincérité, sans vous, on n'aurait pas pu lancer Fratry. C'est-à-dire que Fratry, c'est une initiative non lucrative, parce qu'aujourd'hui, lancer une aventure comme celle-là... Avec une entreprise lucrative, ce serait très compliqué. Donc, on a fait le choix, entre autres pour cette raison, de créer une fondation qui porte l'ensemble de l'aventure. Et donc, on ne peut pas aller chercher de business angel pour lancer notre aventure entrepreneuriale. Et donc, chez nous, on a dû aller chercher des mécènes. Et chez nous, on les appelle des social angels. Les social angels. Par opposition, ou je ne sais pas s'il y a eu une opposition, mais avec les business angels. Complémentarité, on va dire. Voilà, exactement. Ils sont complémentaires. d'ailleurs c'est parce que vous êtes aussi bien business angel que vous pouvez être social angel. Certainement. Et donc, et pour nous, ça c'est vraiment important de le comprendre. Aujourd'hui, on a en France des entrepreneurs sociaux qui, je pense, comme nous, sont prêts à mettre leur énergie sur une aventure sur laquelle ils ne vont pas capitaliser, mais parce que ce n'est pas leur objectif de vie. Et on a besoin de mécènes, de social angels comme vous, qui nous aident à nous lancer. En fait, vous, vous nous avez permis, à moi, à Emmanuel, cofondateur de Fraterie, de lâcher nos emplois, de démissionner, de nous mettre à plein temps sur une aventure comme celle-là, qui demande beaucoup de temps et beaucoup d'énergie. Et vous nous avez permis d'embaucher des équipes. Le temps qu'on trouve, et qu'on arrive à trouver notre modèle économique, on a un modèle économique qui va nous permettre, à partir d'une trentaine de maisons, de voler nos propres ailes. Et donc c'est pour ça qu'on aime bien ce terme de social angel et on vous remercie d'avoir joué le jeu parce qu'il faut le dire, quand on s'est rencontrés, on avait une maison, on avait des jeunes en situation de handicap, mais on avait surtout des slides. Et donc ça suppose aussi du côté de votre fondation de faire confiance à une équipe, de parier sur une équipe et c'est pas courant dans le monde de la philanthropie. Et donc ça, c'est une vraie force de votre fondation.
- Speaker #0
Oui, la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale, qui est alimentée par le dividende sociétal, a justement cette vocation à accompagner, finalement, des entrepreneurs. Parce que vous êtes un entrepreneur. Nous sommes des entrepreneurs, nous sommes une banque, nous sommes une entreprise à mission. Et soutenir celles et ceux qui travaillent pour le bien commun, c'est un des choix que nous avons faits, notamment par la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Le dividende sociétal, 15% de notre résultat annuel y est affecté, 15% qu'on souhaite voir grandir chaque année. Sur 2024, le résultat annuel du groupe aura été de plus de 4 milliards d'euros, ce qui permet de consacrer 600 millions d'euros au dividende sociétal. C'est vraiment veiller à constamment améliorer notre performance. Augmenter la valeur que nous créons pour bien partager cette valeur. Et ensuite, derrière, c'est quand même des entrepreneurs. Parce que je pense, même si votre but est non lucratif, vous êtes quand même un entrepreneur. Et on le voit bien, et vous raisonnez dans vos projets en veillant à faire aboutir les projets et à réaliser vraiment ces belles opérations d'inclusion que vous réalisez. Un petit bilan, là, depuis 2021 ? Combien de maisons ? Combien de colocataires ?
- Speaker #1
Depuis 2021, grâce à votre soutien, mais aussi au soutien de vos filiales, c'est important de le dire, on a été soutenu par Crédit Mutuel Leasing, par les ACM, on en est vraiment très fiers. Donc un petit bilan, c'est six maisons ouvertes déjà, six co-living, donc un peu partout en France. Là, on a trois travaux. On va ouvrir cette année au cœur de Paris, un très beau co-living dans le 15ème. C'est quand même 35 salariés, c'est plus de 60 colocataires et puis une ambition d'ouvrir Encore une vingtaine de co-living dans les grandes villes françaises. Et puis notre mission derrière, c'est de convaincre les acteurs de co-living, et là on va tester, on va commencer à tester, avec des grands du secteur du co-living, les convaincre de loger des personnes avec handicap mental. C'est là où on va aussi avoir un impact qui va être démultiplié. Et puis cette année, c'est aussi une belle année, puisqu'on a lancé notre première foncière Fratrie. C'est-à-dire que Fratrie, ça fonctionne parce que les maisons, on n'en est pas propriétaire, on n'aurait pas pu acheter six maisons avec du don depuis trois ans. Donc nous, on fait appel à des investisseurs à impact, des investisseurs solidaires. Et donc cette année, en janvier, on a lancé une SCI à raison d'être. On a élevé 8 millions d'euros. Et on a mis autour de la table la Banque des Territoires, la Caisse des dépôts, des grandes entreprises comme le groupe Safran, qui nous aident à porter, qui vont porter l'immobilier de nos futures maisons. Voilà, et ça, on l'a fait, encore une fois, ça, ça demande du temps, monter une foncière. On l'a fait grâce à votre soutien, puisque c'est du temps, c'est de l'ingénierie. Bien sûr,
- Speaker #0
bien sûr. Très heureux d'être à vos côtés. Nous arrivons maintenant à la fin de cette conversation qui a été vraiment passionnante pour moi. Je voudrais vous poser trois petites questions sur lesquelles vous répondrez, je pense, de manière brève. Quelle personne vous inspire ?
- Speaker #1
Quelle personne m'inspire ? Alors c'est une question que j'ai beaucoup de mal à y répondre, parce qu'encore une fois, je crois beaucoup au collectif. Pour être franc, je suis surtout inspiré par des personnes qu'on ne voit pas forcément. Et depuis 5 ans, vraiment, je suis très inspiré par certaines personnes en soissons de handicap, et notamment par leur résilience, leur qualité d'écoute. Je suis assez impressionné. portent quand même, il faut savoir que ce sont des personnes qui sont mis un peu à l'écart de notre société, et malgré ça, ils ont une très forte résilience, beaucoup d'écoute. Et ça, pour moi, c'est ce qui me fait me lever le matin, et qui m'aide quand on prend des petits coups durs, et on en prend quand on entreprend.
- Speaker #0
Votre mantra dans la vie ?
- Speaker #1
Alors là, j'en ai plusieurs, mais peut-être pour rester fratrie, notre mantra, c'est intelligence collective et coopération. Et c'est vrai que Fratry, c'est un bon exemple. On a réussi à fédérer des jeunes actifs avec et sans handicap, des mécènes comme vous, des investisseurs, des propriétaires solidaires, des financeurs publics. Donc chacun prend sa part. Et puis derrière les financeurs publics, il y a les citoyens qui payent leurs impôts. Moi, je suis fier de payer mes impôts en France. Je le redis parce que grâce à ça... Nous aussi, on est fiers de payer nos impôts en France. Grâce à ça, ils peuvent être accompagnés, les personnes en situation de handicap, au quotidien par les départements.
- Speaker #0
L'intelligence collective. Je le retiens, ça. Ça nous correspond pas mal aussi.
- Speaker #1
On a beaucoup de points communs, oui.
- Speaker #0
Une chanson ou un livre ?
- Speaker #1
Un livre peut-être. C'est un livre qu'on remet à tous les salariés et tous les accompagnants de vie qui rentrent chez Fratry. qui a été écrit par un anthropologue qui s'appelle Jean-Charles Gardou, qu'on aime beaucoup. Ce livre s'appelle « La société inclusive, parlons-en » . Voilà, donc j'en fais la promotion. Je ne l'ai pas rencontré, mais on dévore son bouquin et on le remet à toutes les équipes. C'est vraiment pour nous un bouquin phare dans l'histoire de fratrie.
- Speaker #0
Très bien. On va peut-être proposer à... à nos auditeurs les détails de cet ouvrage en post-scriptum. Merci beaucoup Aurélien d'être venu à nous, nous avons passé je crois un bon moment, en tout cas j'ai passé un bon moment dans cette conversation, et nous allons continuer à vous suivre, à suivre la création de ces maisons, et j'espère que nous aurons l'occasion de participer à de nombreuses autres inaugurations. Plein succès à vous, plein succès à ces initiatives d'inclusion extraordinaires. que vous réalisez. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci Daniel.