- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Côté Canap. Vous êtes dans la deuxième partie du témoignage de Maryse Romeo. Petit avertissement important avant que vous ne lanciez votre écoute. Cet épisode aborde de manière directe et détaillée une tentative de féminicide et des violences conjugales extrêmes. Si vous êtes sensible à ce sujet ou si vous traversez vous-même une situation difficile, cet épisode pourrait être difficile à écouter. Une petite précision technique également, nous avons rencontré un problème d'enregistrement en plein milieu de notre entretien. Le son de cette deuxième partie est donc différent de la première, et je m'en excuse. Mais la parole de Maryse est tellement précieuse et essentielle que j'ai choisi de vous la livrer telle qu'elle, brute et authentique. Nous retrouverons donc Maryse là où nous l'avions laissée.
- Speaker #1
Ils ont tous raison.
- Speaker #0
Et comment est arrivé ce moment de violence en fait ?
- Speaker #1
Bah en fait, je ne me suis pas rendu compte, alors que j'ai eu des formations sur les drogues, sur l'alcool, surtout dans les prisons. Oui t'es quand même formée en plus,
- Speaker #0
c'est fou hein !
- Speaker #1
L'amour en aveugle, c'est vraiment le dicton maintenant, j'y crois. Je ne remarque pas qu'il boit, parce qu'il me dit qu'il ne boit pas. Et moi, je ne l'ai jamais vu boire avec moi. Mais je me rends compte aussi qu'autour de chez moi, c'est un nid à détenus. C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de gens autour de chez moi, beaucoup de gens qui vivent autour de chez moi, qui ont fait de la prison. Et comme lui est très connu et très craint, Très vite, il se met sur les réseaux sociaux, mais ça, il comprend bien. Il comprend très bien comment ça fonctionne. Et il reprend des contacts. Et je me rends compte qu'il y a plein d'anciens détenus qui habitent autour de chez moi.
- Speaker #0
Il a un petit réseau de copains, quoi.
- Speaker #1
Il a ses copains qui lui ramènent des choses quand je ne suis pas là, puisque moi, je bosse tout le temps.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et donc, lui, comme il ne peut pas sortir avec le bracelet, il téléphone à ses potes, qui lui ramènent des choses. Donc, il y a de l'alcool, il y a de la drogue, il y a tout. Et je ne vois rien. Moi, je suis certaine qu'il a un problème psychologique. Je le fais voir un psychologue. Ça, il accepte ? Oui. Ah oui, il fait tout pour me faire plaisir, pour que je ne vois rien.
- Speaker #0
Parce que je suis aveugle. aveugle, alors que je connais tous les symptômes, tout, Tu connais sur papier ?
- Speaker #1
Mais même en... Même je voyais quand je travaillais en prison, je voyais quand il y en avait un qui était né français, je le voyais. La première fois que ma fille a bu de l'alcool, je l'ai vu. Je l'ai vu parce qu'on n'est pas pareil, on le voit dans les yeux. Tu ne le disais rien. Je ne vois rien du tout. Donc ça veut dire que la drogue, il en prenait en prison et continuait alors qu'il qui m'avait dit qu'il avait tout arrêté, il continuait. Par contre, l'alcool, je ne pense pas, mais il reprend très vite le prix. D'où le fait que je vois ces changements d'attitude. C'est pas du psychologique. C'est l'alcool et la drogue.
- Speaker #0
Est-ce que ça, ça va être aussi une excuse pour toi, l'alcool ? En disant, il change parce qu'il boit ?
- Speaker #1
Ah ben évidemment, au début, c'est ce que je me dis. Parce que l'alcool, c'est un accélérateur de violence. Il se sent plus fort. Et il va commencer quand... Quand il va commencer à me bousculer, parce que ça va commencer par des bousculades, la première gifle aussi, la première gifle que je reçois, je suis sidérée. Parce qu'on dit souvent, mais pourquoi tu n'es pas partie à la première gifle ? Parce qu'il y a trois façons de réagir. Ou tu frappes, ou tu fuis, ou tu restes figée. Et c'est ce qui m'est arrivé, je suis figée, je suis en état de sidération, je ne comprends pas que ça puisse m'arriver. donc pendant quelques secondes je suis sidéré je le regarde et puis tout d'un coup je lui dis pour qui tu prends ta peinture de me gifler, bon une deuxième et là j'ai compris que c'était terminé qu'il avait pris le contrôle et je me suis dit c'est dangereux et là je vois que son regard est différent il a un regard noir et je me dis il y a quelque chose qui ne va pas dans ta tête donc tu reçois cette première gifle tu
- Speaker #0
vois le danger et encore une fois tu trouves une excuse En disant, c'est parce qu'il voit ou est-ce qu'à ce moment-là, tu dis, il faut que je fuis ?
- Speaker #1
En fait, je reste vraiment sidérée. Quand il me met la deuxième gifle, je fuis. Donc, je prends ma voiture, je m'en vais. C'est là que tout s'en mêle. Je vais chez ma maman et je lui explique. Et ma mère me dit, écoute, je t'ai prévenu plus d'une fois, t'as voulu te marier, dans le mariage il y a des hauts et des bas. Et elle me dit, franchement, t'es pas toujours facile Maryse, je ne sais pas comment tu lui parles, mais t'es très autoritaire, donc est-ce que t'as pas vu un truc qui...
- Speaker #0
Elle t'a mené en cause.
- Speaker #1
Oui, et moi je me remets en question,
- Speaker #0
et je me souviens,
- Speaker #1
je me souviens que quand elle recevait une gifle, elle trouvait tout le temps une excuse et c'était de sa faute, donc... Je t'en suis dans ce mois.
- Speaker #0
Ah oui, t'as pas eu une écoute, une bonne écoute, enfin, de compassion en fait. Bah en fait, oui. Tu as aussi tes torts.
- Speaker #1
Oui, voilà, c'est ce qu'elle me dit. Et finalement, je la crois parce qu'elle m'a avertie. Et puis je me dis, elle a peut-être raison. En fait, je suis hyper autoritaire parce que j'ai un caractère très dur. Et je peux être autoritaire parfois parce que souvent...
- Speaker #0
Mais on peut avoir des torts dans un couple. Tu peux avoir des disputes qui vont très loin, je veux dire, peut-être verbalement. Mais il n'y a rien qui peut justifier la violence.
- Speaker #1
C'est la différence entre le conflit et la violence. En fait, on peut se disputer. On peut ne pas être d'accord, mais il n'y en a pas un qui doit dominer l'autre. C'est un juste équilibre. Dans la violence, il y a un dominant, un dominé. Et là, je comprends très vite que je suis dominée. Donc ce jour-là, je repars de chez ma maman, je me remets en question, je rentre à la maison et je m'excuse.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Je m'excuse et je lui dis que je passe à l'écoute, que je comprends que ce soit difficile pour lui, que je ne suis jamais là. Et que j'ai eu de la compassion. C'est fou ça !
- Speaker #0
Parce que je sais que tu t'excuses. Et lui il réagit comment ?
- Speaker #1
Il est fier.
- Speaker #0
Il ne t'excuse pas non plus ?
- Speaker #1
Ah ben non, jamais. Pas du tout ? Ah non, il me dit, tu vois, tu comprends pourquoi je suis comme ça ? je ne voulais pas te faire de mal, c'est parti tout seul, mais ça n'aurait jamais dû arriver. Mais il ne demande pas pardon, ça n'aurait jamais dû arriver. Mais ce n'est pas grave, ce n'est pas grave, rien que le fait que tu me demandes pardon, ça me touche et voilà, on est reparti dans la vie de Néa.
- Speaker #0
Waouh ! Qu'est-ce qu'il va faire qu'ensuite, tu vas avoir le déclic de vouloir le quitter ? Vraiment ?
- Speaker #1
Il va y avoir beaucoup d'épisodes.
- Speaker #0
Ça va s'accentuer ?
- Speaker #1
Ça va aller de pire en pire. Ça va être des bousculades, ça va être la gifle. Puis ça va être des disputes. À chaque fois qu'on se dispute, il me dirige vers le garage. Parce qu'il fume. Il me dit tout le temps, tu viens, Donc on va dans le garage, il fume, il s'énerve et tout. Et un jour, il en vient vraiment à me coincer. Il y a le congélateur et un meuble et il me coince là. Et là, il me frappe très très fort. Il me frappe très fort, il m'étrangle. Je perds connaissance puisque je me réveille dans le canapé. Donc il a déjà tenté de me tuer ce jour-là, mais je m'en rendrai compte plus tard. Mais là, la peur est là. Et quand tu as peur, tu ne réagis plus. Tu es en mode survie. Ce jour-là, quand je me réveille dans le canapé, je le regarde, et là il se nage, et là je me demande pardon. Il me dit, je ne sais pas ce qui m'a pris, je vais t'emmener à l'hôpital et je lui dis non, non, non, surtout pas, parce que qu'est-ce que je vais dire à l'hôpital ?
- Speaker #0
C'est la honte,
- Speaker #1
c'est l'occasion de parler, mais si je parle, il retourne en prison et quelque part je me présente trop en prison. Et donc là, ça va aller de plus en plus loin. Ça va être de plus en plus violent, jusqu'à un jour où ça va aller très très loin, il va dégonfler les pneus de ma voiture pour que je n'aille pas travailler un matin.
- Speaker #0
C'est séquestré quoi !
- Speaker #1
Oui. Et ce jour-là, je vais rouler avec mes pneus dégonflés jusqu'à une station essence pour aller les renonfler. Il va me suivre. Avec sa voiture, il me suit et là ce jour-là, c'est la totale. C'est la première fois qu'il y va, mais très très très fort dans le visage. Il y a plein de gens à cette station essence.
- Speaker #0
En public ?
- Speaker #1
En public, il est 7h du matin, il n'y a personne qui réagit. Je supplie à un monsieur d'appeler la police, je dis s'il vous plaît appelez la police. Là je demande qui en 2022 n'a pas de téléphone, il me répond j'ai pas de téléphone. Et là je comprends pas. La chance en fait. Oui, après on peut aller plus loin, téléphoner ou prévenir. Les gens ont peur, il est impressionnant. Il fait 1m95, 110 kilos de muscles.
- Speaker #0
C'est un grand gabarit, quoi. Je pense que les gens sont tétanisés de voir ça.
- Speaker #1
Et puis le regard.
- Speaker #0
Dans le quotidien, on s'attend tellement pas à avoir ce genre de fait de violence devant nous. Je pense qu'il y a malheureusement un... Un effet de... Non, il était amusé, c'était pas réel.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et il se rend compte de ce qu'il fait, en fait. Il se rend compte qu'il m'a mis dans un sale état parce qu'il me laisse comme ça, il fuit. Et à ce moment-là, j'appelle la police. J'appelle la police parce que là, je me dis non, non, non, non, ça, ça, c'est pas possible, quoi. J'appelle la police, la police me localise, je leur explique où je suis, je leur dis je rentre chez moi, mes enfants sont tout seuls, je rentre chez moi. J'arrive à la maison et il arrive, il me suit, mais il ne sait pas que la police est là. Donc, dès qu'on arrive à la maison, il me suit, il sort de la voiture, il m'insulte et la police l'accueille. Et donc là, directement, il me regarde, mais très...
- Speaker #0
Il laisse toute la main.
- Speaker #1
Il me donne les clés de la voiture, il me donne son portefeuille et il met directement ses mains dans le dos et il me dit « je suis désolée » . Et là, il se fait arrêter devant mes enfants. C'est dur, là c'est dur. Et retour en prison.
- Speaker #0
Pourquoi si tu dis c'est dur ?
- Speaker #1
Pour mes enfants, c'est dur. Pour mon fils, c'est très dur parce que mon fils l'idéalisait et ne pensait pas qu'il pouvait en arriver là.
- Speaker #0
Tes enfants n'avaient pas conscience du futur lui ? Ou tu as caché ça ?
- Speaker #1
En fait, ils ne s'en étaient jamais pris à mon visage jusque-là, donc je cache tout.
- Speaker #0
Tu as été cachée là-bas ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Même à tes enfants ?
- Speaker #1
Mais mes enfants ne sont pas dupes. Mes enfants voient que je change physiquement. Je vois que je ne me maquille plus, que je ne me coiffe plus comme avant, que quand on me fait un câlin, j'ai mal. Et à chaque fois, je fais ça, alors que j'adore faire des câlins à mes enfants. Et les enfants voient tout, en fait. On dit tout le temps, mais les enfants dorment, ils ne voient rien. Mais non, je vais te donner un exemple. Je pouvais monter, me coucher à une heure du matin. Mon fils, qui à l'époque avait 13-14 ans, quand il m'entendait monter, il disait « Bonne nuit, maman ! Bonne nuit ! » Et je disais, mais tu dors pas ? Si, si, je me suis levée pour aller aux toilettes. Ils dormaient pas. Ils écoutent. En fait, ils savaient tout, les enfants.
- Speaker #0
Vous avez communiqué ensuite ?
- Speaker #1
Oui, on a communiqué ensuite.
- Speaker #0
Et après, si on reste dans... Dans le film. On va dire dans le film, parce que c'est dit d'un... Enfin, pas d'un film, mais d'un film d'un autre. Tu as la police qui intervient, ils retournent en prison ?
- Speaker #1
Ils retournent en prison. Et là je comprends que c'est terminé, dans ma tête. C'est terminé, Donc il va me téléphoner de prison, je ne réponds pas. Je ne veux rien entendre, il me laisse des messages sur le répondeur. Je ne réponds pas et dans ma tête je le quitte, c'est terminé. C'est fini, on va divorcer. Et puis un jour il me laisse un message qui me perturbe. Et il me dit, tu sais... En fait, j'ai jamais osé t'en parler, mais je suis malade, j'ai des gros problèmes psychiatriques, et j'ai jamais osé t'en parler parce que j'avais peur que tu me quittes. Et il me dit, j'ai besoin de toi, aide-moi à aller mieux, aide-moi à me faire soigner, aide-moi à devenir un homme bien. Et je lui ai tombé dans le panneau, donc je retourne le voir en prison, avec des conditions, Covid encore, mais il y a des vitres. on ne peut pas se toucher, ça, ça me met en sécurité donc je vais le voir parce que j'ai peur d'aller le revoir je me sens en sécurité, je vois son regard ses yeux de chien battus il me regarde comme ça, il pleure je me demande comment et je lui dis ok je vais faire le nécessaire avec les avocats mais tu vas aller en centre psychiatrique ok Il me dit oui. Et il rentre en centre psychiatrique.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses qu'il croit ce qu'il dit à ce moment-là ?
- Speaker #1
Non, il me manipule. Il me manipule, il sait très bien ce qu'il fait. Et le jour où il rentre en centre psychiatrique, je signe mon arrêt de mort, entre guillemets. Parce qu'il va trouver d'autres proies, déjà. Il va se tisser son truc autour de lui. Il va manipuler le personnel soignant également. Parce que la psychiatre va le croire dans tout ce qu'il raconte, dans tout, tout, tout ce qu'il raconte. Et ça va aller crescendo, en fait. Je vais aller le voir en visite, évidemment. Une fois par semaine, j'ai le droit d'aller le voir. Et un jour, lors d'une visite, il y a une dame qui vient, une jolie dame, en fait, qui est patiente. Et elle vient, elle dit, je trouve ça génial, madame, que vous veniez voir votre ex-mari malgré les circonstances. J'ai mon ex-mari, et je lui dis « mais c'est pas mon ex-mari ? » Et je le regarde, et là je vois un truc, et je comprends. Il se redresse un moment comme ça, il se redresse et il est tout pimpant, comme si dans un autopsie on devait être... Et il me fait un sourire. Et là je comprends, là je comprends qu'il se fout ma gueule. Il n'y a pas d'autre mot. Et j'explose.
- Speaker #0
Il drague bien la dame en fait.
- Speaker #1
Il drague tout le monde. Et je le comprends à ce moment-là. et je me lève, je retourne la table de colère et je gifle devant tout le monde. On est dans un hôpital psychiatrique, il y a des caméras partout, il y a tout le monde qui arrive, qui est maîtrisé. Et je me retrouve dans une pièce avec tout le monde, avec le personnel soignant, avec lui, et lui qui dit... Tu vois, tu me mets toujours à bout, et qui paye ? J'ai été en prison, maintenant je suis ici, j'essaie d'être cool, de me refaire. Tu vois, tu t'énerves, tu cries, tu gifles. Et la psychiatre dit, ben oui, effectivement, madame, qu'est-ce qui se passe ? Vous êtes violente. Maintenant, je commence à comprendre ce qui se passe dans la tête de monsieur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tout se retrouve contre moi. Donc je suis obligée de... d'avoir un suivi psy et de suivre une thérapie de couple. Il faut savoir que dans les violences conjugales, on ne suit pas de thérapie de couple. Mais là, on l'impose. Et donc, il va pouvoir sortir. Après trois mois, il va pouvoir sortir de l'hôpital, revenir à la maison.
- Speaker #0
Il a tout gagné.
- Speaker #1
Il a tout gagné. Et moi, j'ai tout perdu. Et toi, à ce moment-là, on te buse de le reprendre chez toi ? On est mariés, je n'ai pas le choix. Et ce qui va tout déclencher, c'est que quand tu y reviens, je perds mes enfants. Parce que mes enfants... me disent, s'il revient après tout ce qu'il t'a fait, nous, on part. Chez leur papa, qui habite Charleroi. Et leur papa me dit, t'es en danger. Comme ça, on n'est pas contre toi. Et je pense que je vais réagir. C'est ça,
- Speaker #0
c'est la perte de tes enfants qui te fait réagir ?
- Speaker #1
C'est ce que je pense, en fait. C'est ce que je pense. Quand ils vont partir, j'ai l'impression que... Tout s'écroule et je me dis, là, je vais réagir. Non, tout s'écroule vraiment. Je n'arrive pas à vivre sans eux parce que je les ai tout le temps eus. Je n'ai jamais eu de guerre d'alterné vu que leur papa habite Charleroi. Alors, leur papa est très présent, les week-ends, les vacances, mais je les ai tout le temps. Et donc, je vais m'effondrer, je vais m'éteindre. Et c'est là que je vais subir les pires violences qu'on puisse imaginer parce que je m'en fous, en fait, et parce que je ne sens plus rien. Je suis vraiment dissociée tout le temps. Ça, je l'apprends après, parce que je ne connais pas ce mot dissociation. Je vais l'apprendre après, je n'ai même plus mal, je ne sens rien.
- Speaker #0
À ce moment-là, tu es en thérapie en plus de couple ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu continues à avoir des violences ? Je suis obligée d'aller.
- Speaker #1
Et je le dis, je le dis à la dame, je le dis, mais il continue. Et lui me regarde et je vois son regard. Et quand on sort, à chaque fois qu'on sort de la thérapie, je reçois une gifle dans la voiture.
- Speaker #0
Et la thérapeute ? Il ne fait aucune intervention ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
De la police ?
- Speaker #1
Non, parce qu'elle dit... Parce que lui est toujours au rendez-vous. Il est toujours au rendez-vous à l'heure. Et moi, je rate quelques rendez-vous. Je n'ai pas envie d'aller. Je n'ai pas envie d'aller parce que je sais que ça sonne faux. Et elle, elle ne note que ça. Madame ne se remet pas en question. Madame ne veut pas venir.
- Speaker #0
Mais tu le verbalises quand même, cette violence que tu subis physiquement au quotidien. Je lui dis. Et elle ne met pas de signal d'alerte ? Non.
- Speaker #1
C'est non parce que lui il raconte autre chose. Et comme il est toujours présent, même tout seul, même quand je ne suis pas présente, il y va en disant, vous savez, elle est fatiguée, elle cumule de boulot, elle voit tellement de violence au travail qu'elle fait un parallèle. Il dit, moi je ne suis pas violent avec elle, je l'ai été et j'ai payé pour ça. Mais il dit, depuis je ne l'ai plus jamais touchée, elle mélange tout. Il manie. Ils manipulent tout le monde. Et quand je lui dis, mais c'est faux, et quand on sort d'ici, il me met une gifle dans la voiture. Et cette dame me dit, mais pourquoi ? Pourquoi vous ne sortez pas de la voiture et vous ne venez pas me le dire ? Et là, je me dis, mais ils sont cons ou quoi ? Les professionnels, ils ne comprennent pas. On ne sait pas. On ne peut pas. Ce n'est pas comme s'il va me laisser sortir de la voiture. Il va me rattraper vite fait, puis je vais me taire, c'est tout. C'est un cycle.
- Speaker #0
C'est différent de savoir qu'une thérapeute ne te protège pas quelque part parce que les signes, elle les connaît. Et la psychiatre qui s'occupe de lui,
- Speaker #1
dans cet établissement psychiatrique, me dit « Nous mettons des filets de sécurité. Donc, monsieur va venir trois fois par semaine en hôpital de jour. Il n'a pas été une seule fois. Je lui téléphone. Je lui dis « Il ne vient pas. Il doit venir. Il recommence. » Elle ne prend pas ça au sérieux. En fait,
- Speaker #0
tu es jugé par rapport au fait que tu as eu...
- Speaker #1
C'est moi qui suis jugé.
- Speaker #0
Bien écrit aussi à l'UE.
- Speaker #1
C'est un manipulateur, ils sont très forts à ce jour-là.
- Speaker #0
Donc tu es dans cette phase dissociative. Qu'est-ce qui va faire que tu vas te réveiller à un moment donné pour arrêter ça ?
- Speaker #1
Je vais demander à mes enfants de revenir faire des vacances scolaires pour savoir s'ils reviennent à l'école à tourner ou s'ils restent chez leur papa. Et donc ils acceptent de revenir un week-end et ce week-end-là, je les clique. Quand ils reviennent, je décide d'aller au resto avec mes enfants et avec lui. Et je lui dis, t'as pas intérêt à être désagréable avec mes enfants. Et là, il fait son chien battu. J'ai honte, je vais m'excuser auprès des enfants. J'ai dépassé les limites, blablabla. Et je me prépare ce jour-là. Donc, les enfants arrivent, je suis trop contente. Je me prépare, je mets une belle robe et tout. Je m'apprête et je dis, on va sortir. On va aller au resto, et je descends les escaliers, on est sur le palier, et on regarde, et il me dit « Mais tu ne vas pas sortir comme ça quand même, parce que... » Et il dit « On dirait une pute » . Je commence à en dire une pute. Je dis « Ça va pas ou quoi ? Tu vas recommencer devant les enfants ? » Et là, ma fille entend. Et elle vient, elle dit « Qu'est-ce que tu dis ? » Ma mère c'est une pute et elle lui dit toi la petite vicieuse comme ta mère, future petite pute comme elle, tu la fermes. Et là dans ma tête, tout. C'est comme une pièce qui tombe dans une pièce.
- Speaker #0
C'est à être sur elle ?
- Speaker #1
Je me dis s'il insulte comme il m'insulte, il va la toucher un jour. Et ma fille c'est mon portrait craché, je me dis il va pas supporter. Et ce jour-là, je le pousse dans les escaliers en fait. Et je me rends compte que c'est moi qui deviens violente.
- Speaker #0
Mais c'est déjà ton deuxième acte de violence physique. C'est vraiment une défense. T'as tellement de haine.
- Speaker #1
J'ai de la haine. Et je me dis... Après qu'il meurt. Je me dis, pourvu que j'ai tué. En fait, j'en arrive à ce point-là. Oui,
- Speaker #0
c'est vraiment... En fait, t'as plus aucune solution.
- Speaker #1
J'ai plus d'autres solutions.
- Speaker #0
C'est vous en arriver à...
- Speaker #1
Évidemment, il n'est pas mort. Il se relève et il me dit « tu fais la vanille ? » Je lui dis « tu sors, tu sors de chez moi » et je lui dis « et je vais te dire pourquoi tu vas sortir. Déjà, t'as insulté ma fille. Deuxièmement, je vais téléphoner à la police pour dire tout ce que tu fais. Et puis j'ai un dossier. Et en fait, j'avais fait un dossier photo, un dossier avec des certificats médicaux. parce que dès que je pouvais, sur mon lieu de travail, j'allais tester certaines choses, ou quand je pouvais aller voir quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Ce n'était pas si éteinte que ça. Non, non, non.
- Speaker #1
Tu préparais. Je préparais mon départ. Quand j'ai perdu mes enfants, j'étais démolie, mais je réfléchissais au mieux. Comment me sortir de là ? Et en fait, je lui montre, je lui dis, et tu peux tout effacer de mon téléphone. Je dis, je m'en fous, j'ai tout envoyé à quelqu'un. Il y a quelqu'un qui a un dossier, s'il m'arrive quelque chose, c'est envoyé à la police. Et j'avais dit à cette personne, n'ouvre jamais ce dossier, tu l'ouvres s'il m'arrive quelque chose. Et il a pris peur. Il est parti. Mais c'est quand il parle que c'est dangereux. Parce qu'il est parti avec la haine. Il m'a laissé tranquille six mois.
- Speaker #0
T'as dû revivre, là. T'as cru à son nom que c'était ok ?
- Speaker #1
Je recommençais. Je recommençais à avoir une vie sociale, à revoir des amis, mais je n'étais jamais sereine. Je regardais toujours derrière moi parce que je me souviens que quand il est venu chercher toutes ses affaires avec ses parents, donc il est parti ce jour-là, avec ses parents, il est parti chez ses parents, il fallait qu'il trouve un endroit, il a pris un côté étudiant, mais il fallait aller rechercher toutes ses affaires, donc il est venu avec ses parents. Et j'avais tellement la haine que j'avais tout mis dans des sacs poubelles. Et en partant, il m'a dit, dans l'oreille, il m'a dit... Il était gentil, très gentil devant ses parents. Et puis moi, je n'étais pas toute seule. Quand il est venu, j'avais des collègues qui étaient là. Je ne voulais pas être seule. Et il a dit bonjour à tout le monde. Il a regardé et il m'a dit, tu as été garde du corps. Comme ça, très... Je n'ai rien dit. Et en partant, dans l'oreille, il m'a dit, regarde toujours derrière toi. Je ne serai jamais loin. Je ne l'irai jamais. J'avais promené mon chien tous les soirs, plusieurs fois il est venu parce qu'il habitait pas très loin de chez moi, donc il m'observait tout le temps. Il avait même mis une caméra sur ma sonnette, donc il voyait, c'était raccordé à son téléphone, il voyait tout ce qui se passait.
- Speaker #0
Tu ne le savais pas ?
- Speaker #1
Ben non ! J'ai tout appris après. Je me promenais avec le chien. Un jour, il est arrivé par derrière, une prise de strangulation. Mais pour me faire peur en me disant « Tu vois que c'est dangereux quand je ne suis pas là. C'est dangereux d'être seule. Laisse-moi revenir à la maison. Regarde, il peut t'arriver n'importe quoi. » Ce jour-là, je me suis fait pipi dessus. Tellement j'ai eu peur. Et j'ai dit « Jamais, tu ne reviendras jamais. Jamais. » Et ça a été comme ça pendant quelques mois.
- Speaker #0
Il n'a pas essayé la technique de... Du gentil, quoi, pour essayer de te récupérer ?
- Speaker #1
C'était l'un ou l'autre. Il a été diagnostiqué psychopathe. Donc, ces gens-là, c'est une fois blanc, une fois noir, pas d'empathie. Une fois, il est gentil, donc il me laissait des messages. « Je te demande pardon pour tout ce que j'ai fait, je ne recommencerai jamais. » Et puis, un autre jour, c'était une grosse... « Tu vas voir, tu vas me le payer. » Mais moi, je voyais tout le temps ces différences. Je voulais plus qu'il rentre. Et donc il m'a laissé tranquille quelques mois, et puis est arrivé ce fameux 1er avril 2022, où quelques semaines avant, ma fille m'avait dit « Écoute, maman, il nous laisse tranquille. Je pense que tu dois demander le divorce maintenant. Il est grand temps. » Et donc je l'ai contacté pour ça. Il fallait bien que j'en parle avec lui. Et il était dans un mode cool. où il a tout accepté. Et ce 1er avril, on devait se rencontrer à 17h30 dans un lieu public. Et ça n'est jamais arrivé, parce que ce matin-là, il est arrivé chez moi à 9h30 du matin, complètement défoncé, il était sous cocaïne, il est rentré chez moi par effraction. Et il m'a dit « Aujourd'hui, je vais te tuer, et je vais me suicider. »
- Speaker #0
Il était tout seul chez moi.
- Speaker #1
J'étais toute seule chez moi, mon fils venait de prendre le train, donc il était parti le matin pour prendre le train pour aller à l'école, et ma fille était en stage. Et je lui dis, avant, enfin quand il rentre, je lui dis, ne fais pas ça, ne fais pas ça, je lui dis, les enfants sont là, ne fais pas ça parce que je vois. Et je lui dis, ne fais pas ça, il me dit, non la petite pétasse, là tu viens d'aller la conduire à son stage, et le gamin je l'ai vu partir à la gare. Le gamin et la pétasse. Et là je comprends, je me dis, non, Oui, complètement, complètement. et donc va s'en suivre une horreur pendant une heure et demie c'est long une heure et demie avec un homme violent pendant une heure et demie je vais faire toutes les pièces de la maison d'ailleurs j'ai vraiment de la chance j'ai vraiment des anges gardiens d'être en vie parce que c'est une maison trois façades à côté c'est un garage et de l'autre côté c'est le cimetière Donc il y a juste un instant. Il hurle de toutes mes forces, mais il prend bien soin. Pourtant, il est rentré par réfraction, par la porte, il ferme la porte, il ferme les fenêtres. Parce que je laisse tout le temps les fenêtres entre ouvertes et il va... Il a tout prévu. Il prend mon téléphone, il prend les clés et pendant une heure et demie, c'est l'horreur. L'horreur. Je me vois partir. D'ailleurs, je prie. Je prie pour que ça aille vite et que je meurs. Je prie. J'ai 9 côtes cassées, j'ai un poumon perforé, j'ai une jambe cassée, fracture du crâne, mâchoire cassée, plus de dents, mon nez est de l'autre côté.
- Speaker #0
Et je continue à prier, à prier, et à un moment donné, j'ai un flash. C'est incroyable. J'ai un flash et je vois mes enfants. Et je me dis, tu ne peux pas mourir. Et je ne sais pas pourquoi, je vois mes enfants et je regarde l'horloge en même temps et je vois que mes enfants vont arriver. Et je me dis, tu dois te sortir de là, tu dois te sortir de là. Et je ne sais pas comment je fais, parce que ça c'est inexplicable, et c'est l'adrénaline et l'instinct de survie qu'ont expliqué les médecins. Je lui donne un coup. Le dernier coup que je puisse lui donner, parce que je suis démolie en petits morceaux, et en lui donnant ce coup, je lui touche le foie, et comme il est sous effet d'alcool et de stupéfiants, il commence à vomir, et c'est ce qui me sauve. En fait, c'est ce qui me sauve, parce que j'arrive à ramper, il me rattrape par la jambe, je lui donne un coup dans le nez avec ma jambe cassée, je ne sais pas comment je fais. Donc, je lui donne un coup dans le nez, il continue à vomir, et moi, j'arrive à sortir de chez moi en rampant, et c'est un voisin qui va me prendre en charge, là-bas. l'ambulance, la police, et c'est une vision d'horreur, parce qu'il me dit, je ne vous reconnais pas en fait, il dit je vois une femme démolie, et on ne sait pas ce qui va arriver derrière, parce que quand on vous voit, j'ai presque pris de cheveux aussi, parce qu'il m'a tiré par les cheveux, c'était un bonhomme, il me prend comme ça. J'ai presque plus de cheveux. Quand j'arrive à l'hôpital, je suis défigurée. J'ai presque plus de cheveux.
- Speaker #1
Tu perds connaissance à un moment ?
- Speaker #0
Je reste consciente jusqu'à l'hôpital. Mais à l'hôpital, je perds connaissance.
- Speaker #1
Je tiens le coup, en fait. Tes enfants arrivent, en fait, après.
- Speaker #0
Alors, j'ai réussi... C'est ce qu'on m'a expliqué, parce que je n'ai pas de souvenir de ça. Le monsieur qui me prend en charge me dit... Vous avez demandé d'appeler votre fille et votre maman. Donc je connais les numéros par cœur et malgré mon état je donne les numéros. Donc il appelle ma fille et moi je dis, enfin il tombe sur la patronne de ma fille parce qu'elle ne peut pas avoir son téléphone donc c'est sa patronne qui répond. Et il me raconte que je dis au téléphone ne la laisse pas rentrer à la maison, ne la laisse pas rentrer à la maison, je vais mourir, je vais mourir. Donc elle, elle gère comme elle peut. Elle ne comprend pas ce qui se passe, mais elle essaie de protéger ma fille. Et ensuite, je téléphone à ma maman. Et apparemment, pareil, je fais le même scénario, où je demande pardon à ma mère et je lui dis, je vais mourir, je te demande pardon, maman. Et l'ambulance arrive, je suis dans l'ambulance, ma mère arrive. Elle monte dans l'ambulance, mais on ne la laisse pas rester près de moi. Elle ne me reconnaît pas, apparemment non plus. Tout ça, on me le raconte. Les policiers me disent que je suis dissociée complètement, parce que je reste comme ça. Je n'arrive pas à m'allonger. Oui, c'est ça. On ne sait pas m'allonger sur la civière. Ben oui, on comprendra après. J'ai un poumon perforé, donc j'ai une côte dans le poumon, donc je ne sais pas m'allonger. Et je leur dis, je ne peux pas, Donc, j'ai un ambulancier génial qui va me ceinturer, en fait, qui va me tenir. Oui, qui va me tenir parce que je ne peux pas. Je ne peux pas bouger et apparemment, je raconte tout à la police. Mais je fais... La policière me dit que c'est incroyable, on n'a jamais vu ça. Parce que les femmes comme vous, soit elles hurlent, soit elles pleurent. Elles sont toutes rouges, elles sont énervées. Elle dit, vous, vous êtes calme. Vous êtes complètement dissociée. Et vous nous expliquez tout ce qu'il y a à savoir en nous expliquant qu'il est dangereux. En nous disant de faire attention à nous. Vous nous protégez et vous demandez juste de sortir votre chien de la maison. Et puis voilà. Et quand on arrive à l'hôpital, je perds connaissance.
- Speaker #1
Au moment où ça arrive que t'as cet homme qui te sauve, lui est toujours dans la maison ?
- Speaker #0
J'en sais rien en fait. Je pense qu'il est parti. Non, je pense qu'il est parti parce que la police est rentrée. En fait, la police m'explique après que quand ils arrivent... Ils regardent un petit peu à qui ils ont affaire. Forcément, quand ils arrivent sur une scène pareille, ils regardent avec mon identité, ils voient avec qui je suis mariée, et ils voient que c'est pas un petit dossier. Donc ils demandent du renfort. Donc il y a plusieurs conduits qui arrivent, et quand ils arrivent, il est plus dans la maison. Il est parti, il est resté quatre jours en cavale, et ils l'ont retrouvé, quand j'ai expliqué l'hôpital psychiatrique, ses proies, Il a été retrouvé chez la petite dame qui avait dit « Ah, mais c'est bien de me venir voir votre mari, votre ex-mari. » Donc il a manipulé cette femme, à qui j'en veux énormément aujourd'hui. Pas d'avoir eu une relation avec lui, je m'en fous, mais de ne pas avoir compris quand il l'a appelée pour venir le chercher. Elle vient le chercher à tourner, il est plein de sang, il a mon sang sur lui, il y a du sang partout. C'est pas normal. Et elle ne pose pas de questions, et elle ne sera pas inquiétée. Et ça, ça m'énerve.
- Speaker #1
T'as jamais discuté avec cette dame ?
- Speaker #0
Elle n'a jamais répondu à mes appels, je pense qu'elle m'a bloquée de partout. Et puis, je pense qu'elle avait demandé aussi à la police d'être protégée, parce que j'aurais jamais osé aller sonner.
- Speaker #2
C'est sur cette incompréhension douloureuse que s'achève cette deuxième partie. Maryse a traversé l'enfer du doute, l'isolement face à ceux qui ne la croyaient pas, jusqu'à cette journée fatidique où l'irréparable a failli se produire. Mais l'histoire de Maryse ne s'arrête pas dans le centre de cette tentative de féminicide. Comment se relève-t-on de cette histoire ? Quand on s'est vu mourir ? Dans le prochain et dernier épisode, nous verrons comment le combat pour ses enfants, la création de son ASBL, la violence, ses pas tendances et une force insoupçonnée vont lui permettre de reconstruire sa vie et de donner un sens à l'innommable. Restez avec nous pour la suite et la fin du parcours de Maris Romeo. A bientôt sur Côté Canap.