- Speaker #0
Bonjour à tous, bienvenue sur Cuivre à la Française. Je suis Adrien Jaminet, fondateur de Agi Atelier des Cuivres. Avec ce podcast, je vous propose de rencontrer ensemble les acteurs du monde des cuivres. pour comprendre leur parcours, leurs envies et leur personnalité. Bonjour, bienvenue dans le podcast de Cuivre à la Française. Aujourd'hui, nous sommes au pavillon. de la sirène avec Louise Brionne-Courant. Bonjour Louise.
- Speaker #1
Bonjour Adrien.
- Speaker #0
Alors l'idée aujourd'hui, on est à la rentrée au pavillon de la sirène. L'idée aujourd'hui c'est un épisode un petit peu particulier puisque c'est une fois n'est pas coutume, on recevra quelqu'un qui ne joue pas à des cuivres mais qui va nous parler d'une part de ce beau projet qui est le pavillon de la sirène, l'histoire de la sirène et puis tu vas aussi nous parler de de ton métier passé, actuel, futur. Donc voilà, on va passer un petit moment ensemble. Alors, pour ceux qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais te présenter ?
- Speaker #1
Donc bonjour à tous, je m'appelle Louise Brionne-Courant et actuellement je suis déléguée générale de l'association La Sirène de Paris dont on va parler dans cet épisode. Je m'occupe plus particulièrement du pavillon de la sirène et puis à côté je suis flûtiste, picoliste, j'aime bien casser les oreilles de mes voisins et je joue dans l'harmonie de la sirène et également du traverseau dans un orchestre baroque. Voilà pour tout.
- Speaker #0
Très bien, alors on a un peu de temps déjà, est-ce que tu pourrais redéfinir pour ceux qui ne connaissent pas, qu'est-ce que c'est la sirène et on va expliquer aussi ce que c'est le pavillon de la sirène.
- Speaker #1
Alors la sirène de Paris c'est une association qui est très vieille puisqu'elle a été créée en 1874. Au départ c'est des musiciens qui se sont rencontrés à la guerre de 1870 et qui ont voulu créer une fanfare. Au début ils étaient 8, ça a fortement grossi. Cette fanfare s'est beaucoup développée. Et ensuite, elle est devenue dans les années 60 un orchestre d'harmonie. Donc pour ceux qui connaissent la sirène aujourd'hui, vous connaissez certainement plutôt l'orchestre d'harmonie. Et puis la sirène, c'est depuis 2025 un brass band. Et en parallèle de toute cette histoire musicale, la sirène, ça a été aussi ce bâtiment. Ce bâtiment qui initialement était toujours dans le 14e, mais rue d'Iquidique, puis rue Dubois, qui accueillait les répétitions de la sirène. et aujourd'hui c'est... Un bâtiment qu'on appelle maintenant le pavillon de la sirène, qui est un lieu beaucoup plus vaste, répétition, enregistrement, saison, mais on va y revenir.
- Speaker #0
Très bien, et j'aimerais, alors je sais que c'est quelque chose qui te faisait un petit peu peur, moi qui suis un peu expert des cuivres, mais donc moi j'ai aussi la chance de faire partie de cette association, d'être secrétaire générale à un titre pompeux, mais je prends beaucoup de plaisir à intervenir lors des CA et réfléchir à tout un tas de sujets, mais pour moi la sirène c'est quelque chose qui est assez mythique. dans le milieu des cuivres. Tu viens de le dire, c'est une fanfare. Déjà, le mot fanfare, à travers cette activité que j'ai dans le cadre de la sirène, moi, j'ai découvert que c'était un petit peu un mot galvaudé. En fait, en fanfare, aujourd'hui, quand on dit fanfare, on pense musique de rue, on pense fanfare, enfin, c'est un mot un peu au mot courant, mais finalement, c'était une formation typique et la formation vraiment la plus comment dire... L'emblématique du début du XXe siècle, c'était la fanfare de la sirène. Pour ceux qui ne te connaissent pas, tu as en tête un peu la physionomie de l'orchestre de l'époque ?
- Speaker #1
J'espère ne pas dire de bêtises. Et si jamais je me trompe, je m'excuse directement auprès de Fabien Guillou, chercheur au CNRS, membre du laboratoire de l'IREMUS. Parce qu'en effet, la sirène a mené... à l'occasion de ses 150 ans. Donc en 2024, tout un travail de recherche sur ce qu'elle était, pour savoir aussi ce qu'elle va devenir plus tard. Et c'est à ce titre qu'on s'est alliés avec l'Irémuse, l'Institut de Recherche en Musicologie. Et on a regardé toutes nos archives. Et c'est là qu'on a du coup découvert, et j'ai aussi énormément appris, mais j'ai encore beaucoup à apprendre, sur ce qu'était cette fanfare. Comme tu le disais, c'était vraiment un peu la formation la plus pure des cuivres en France. C'est celle... de la sirène, ça plaît finalement, on disait la reine des fanfares, puisque c'était vraiment un orchestre très renommé, qui faisait beaucoup de concours, et d'ailleurs, ce qui lui rapportait des sous. Et la fanfare était composée principalement de bugles, on n'avait pas les trompettes, je dis aussi sur ton contrôle, parce que je sais que tu allais à la BNF vérifier tout ça, beaucoup de cuivre, toute la famille des saxornes, on a même eu la chance d'avoir la famille des sarussophones, très très rares, plein de tubas. En tout cas, moi, cet été, j'ai aidé nos stagiaires à travailler sur nos archives qui sont parties en numérisation. Et en effet, parfois, on retrouvait 250 cartons. Donc on sait qu'il y a eu beaucoup de monde et voilà, toute la famille des Cures. Et puis un petit peu plus tard, on a accepté, quand on lit les PV d'Assemblée Générale, les clarinettes mais en métal. Les saxophones, ils étaient en métal et j'ai même lu un petit bout de PV, ça m'a fait bien rire. Quelqu'un posait la question, va-t-on devenir vraiment un orchestre d'harmonie ? Puisque nous avons vu les clarinettes arriver et quelqu'un disant, je vous rassure, les clarinettes ne jouent que les parties de clarinettes dans la symphonie. dans la partie comme dans un symphonique, donc rassurez-vous, on n'en est pas du tout là, nous restons une vraie fanfare.
- Speaker #0
Et justement pour vulgariser un petit peu ça, moi dans les recherches que je savais de loin en loin, mais que j'ai eu plus les mains dans le cambouis en cherchant, justement avec Jérémy Dufort, j'étais allé à la BNF, ça m'a fait aussi comprendre ce que l'on voit aussi moi de mon côté, côté atelier. C'est vrai que quand on fait n'importe quelle brocante, etc., on se rend compte qu'on voit beaucoup beaucoup plus de bugles que de trompettes et de cornets. Donc dans ces formations-là, il y avait proportionnellement... 10, 20, 30 parties de bugles, très peu de cornets-trompettes. Et finalement, l'instrument un petit peu roi, c'était le bugle, même avec une partie de bugle mi-bémol. C'est un instrument qui a quasiment disparu. Mais c'est vrai que ça a été passionnant de faire ces recherches. Et pour les grands noms des cuivres, évidemment, il y a Eugène Fauveau qui a été le prof de Roger Delmotte, qui aujourd'hui, on est le 19 septembre. Demain, le 20 septembre, ça sera les 101 ans de notre ami. Roger Delmotte qui a joué aussi avec la sirène. C'est des noms tellement mythiques que ça me plaît à chaque fois de mettre là-dedans. Il y a aussi beaucoup de connexions à l'époque avec la garde républicaine. Beaucoup de chefs étaient d'abord à la sirène et sont passés à la garde. Tu peux parler un peu de ça ?
- Speaker #1
Je ne connais pas très bien les chefs. En tout cas, ce que je sais, c'est que la sirène était quand même un orchestre amateur. On va peut-être y revenir. Mais il y avait quand même beaucoup de connexions avec la garde. Certains jouaient... en amateur à la sirène mais était professionnel à la garde et en même temps, je me rappelle c'est toi qui m'as fait ouvrir les yeux là-dessus, c'est vrai qu'on dit beaucoup en fait c'était une fausse fanfare d'amateur mais en fait quand on lit les programmes et d'ailleurs ils savent qu'on leur reprochait on voit la liste et il y a la liste des professions de chacun et dans ce concert il y avait seulement tant de pros Oui c'est assez rigolo parce qu'en plus de ça ce qui était super des aînés des
- Speaker #0
sociétaires de la sirène c'est qu'il y avait un petit journal qui était euh diffusé je crois de manière, je sais plus si c'était mensuel ou trimestriel, mais peu importe. Et il y avait tous ces sujets-là, et un des sujets qui revient souvent, c'est qu'en fait, en effet, le niveau de la sirène était tellement bon, en fait, qu'il y avait des accusations dans les concours en disant mais attendez, c'est pas possible, c'est pas des amateurs, ils sont pros. Et donc dans les programmes de la sirène, au dos, c'est assez rigolo, on retrouve le métier de chacun, donc monsieur... le nom du monsieur peintre en bâtiment. C'était à l'époque exclusivement masculin, d'ailleurs. Mais aussi, on retrouve justement certains qui ont fait le conservatoire, ils écrivent « Premier prix » . Et c'est assez rigolo. Et aussi, après la Première Guerre mondiale, on voit aussi leurs médailles de guerre. Absolument, oui, c'est ça. Les décorations, oui. Et à travers ça, on peut aussi imaginer le poids de la Guerre mondiale dans la société. Parce que finalement, c'était une association comme dans... Tout un tas de sociétés, c'est assez rigolo, et il y a aussi également eu plein de travaux avec de grands compositeurs connus qui ont... Alors certains sont encore très connus aujourd'hui, un peu moins connus... Tu as des noms en tête ?
- Speaker #1
Je pense à Camille Saint-Saëns par exemple, qui a dédicacé des partitions qui ont été retrouvées dédicacées par lui, et aussi quand on regarde les programmes, en fait pendant je ne sais pas combien d'années... Camille Saint-Saëns avec Théodore Dubois étaient tous les deux co-présidents des grandes auditions instrumentales ce qu'il faut savoir c'est qu'à l'époque la sirène jouait énormément en extérieur, c'était vraiment cette idée du mouvement orphanique, aller à la rencontre des masses d'ailleurs les statues, je ne sais plus comment le mentionner mais c'était vraiment cette idée là beaucoup de transcription, comment rendre la musique accessible et puis il y avait quand même des moments très solennels où c'était la grande audition instrumentale qui se donnait dans le gymnase 8-15 dans le 14ème, alors qu'il existe toujours, mais aujourd'hui, c'est vraiment un gymnase pour les gymnases. Donc, on a essayé, d'ailleurs, avec l'harmonie, de faire quelque chose. C'était compliqué. Et justement, à chaque fois, pour ces concerts-là, il y avait un jury avec des présidents artistiques et Saint-Saëns en fait partie.
- Speaker #0
Et moi, qui ai, donc, par curiosité, consulté avec passion ces archives, ce qui est rigolo aussi de voir, c'est par exemple Eugène Fauveau. Donc, Eugène Fauveau, pour reciter, resituer plutôt. Donc c'est quelqu'un qui a été à l'Opéra de Paris, qui a été à la Garde républicaine, qui était un peu soliste en cornet de son temps, mais sur des pubs d'instruments, et prof au SNSM bien évidemment. Et en son temps, son faire-valoir le plus fort, c'était soliste à la sirène, donc c'est de dire l'importance musique. dans le paysage de l'époque et c'est ça qui est assez rigolo à mettre en perspective. Il y a même aussi des épisodes malheureux mais qui sont fous. Je crois qu'il y a deux directeurs qui sont morts sur scène. Tu peux te parler de ça ?
- Speaker #1
Alors, je n'ai plus le nom en tête. Pour sûr, il y en a un. Et le deuxième, je crois qu'il a fait un malaise. Mais en effet, il y en a qui vivent vraiment de leur art jusqu'au bout.
- Speaker #0
C'est ça. Très bien. Et tu peux donc nous parler aussi à travers ça, l'histoire du bâtiment. donc c'est Un peu le mouvement de quartier, comment ça s'est positionné, etc. Et ce qui a fait arriver, on va tous glisser vers le pavillon tel qu'on le connaît aujourd'hui.
- Speaker #1
En fait, les musiciens répétaient au tout début. Ils étaient très peu nombreux chez les uns, chez les autres. Dans les archives, ce n'est pas très, très clair. En tout cas, ce qu'on sait, c'est qu'au bout d'un moment, ils ont eu besoin d'avoir une salle de répétition et qu'ils ont loué un bâtiment, 30 rue du Quedic, dans le 14e déjà. Depuis un long moment, on était dans le 14e. Ils avaient fait des travaux dans cette salle et puis le propriétaire a décidé de récupérer ce bâtiment et l'a mis à la porte. Ils ont eu l'idée, je trouve génial, de lancer une souscription. Et donc, entre eux et même appel à la générosité publique, ont acheté un terrain et construit leur salle de répétition. Et ça, c'est quand même génial aujourd'hui. Et c'est notre héritage. On sait que c'est un lourd passé, mais en même temps une chance énorme que d'avoir ce foncier dans Paris. Et là, ils se sont établis donc 11 rue Émile Dubois. Et ça a été cette salle de répétition, tout en petites briquettes, juste à côté d'une brasserie, la brasserie du Ménine. Et pour ceux qui connaissent aujourd'hui le bâtiment, en fait, il est aujourd'hui à l'angle des rues du bois et d'arraud, puisque dans les années 60, il y a eu un projet immobilier de construire un énorme immeuble et on se trouvait en plein milieu de la parcelle. Et donc, à ce moment-là, il y a eu des tractations et il y a eu ce qu'on appelle un échange de parcelles. On y a gagné un petit peu en termes de surface. promoteurs. Du coup, elle démolit l'ancienne salle, a reconstruit à ses frais la salle dans les années 60, et c'est là qu'on est arrivé à cet endroit, cette salle que beaucoup ont connue, qui a fermé dans les années 2020, en février 2020 très précisément. Pourquoi ? Parce que ce bâtiment était vieillissant, il n'était plus aux normes de sécurité, et puis aussi gestion associative, il y a eu des difficultés à gérer ce bâtiment, et à un moment, l'ECA a posé la... un petit peu un ultimatum, il faut absolument qu'on trouve une solution, donc c'était démolir et reconstruire, et tout ça, ça a pris une dizaine d'années.
- Speaker #0
À travers tout ce que tu dis là, peut-être aussi parle de comment on a commencé à en parler, mais cette fanfare, au moment donné, elle est passée en harmonie et s'est développée, et aussi à travers je trouve que c'est une harmonie par certainement la gentrification, le côté parisien, elle a en son sein des gens comme tu faisais partie, mais de tout un tas de métiers, mais qui du coup ont pensé ce projet de Pavillon de la sirène. Tu peux nous parler de tout ça ?
- Speaker #1
Oui, en fait, on a vraiment la chance, et je trouve que c'est vraiment la richesse aussi des pratiques amateurs, c'est que les gens ont un métier à côté, et du coup, ils viennent aussi avec ce bagage-là. Et aujourd'hui, la sirène, en plus, répétant le dimanche après-midi, on va dire, attire un public peut-être un peu plus différent que quand elle répétait le dimanche matin. Je vous laisse imaginer la moyenne d'âge. Quand les répétitions se partent... Passer le dimanche après-midi, c'est vrai que c'est beaucoup de jeunes actifs, d'étudiants, des gens souvent très motivés. Et donc, on a eu cette chance au moment où a été repensé ce projet. Alors, on ne l'a pas fait tout seul. Moi, je suis arrivée finalement à un moment où les discussions avaient déjà été lancées, de se dire qu'est-ce qu'on va en faire ? Et donc, c'est là où on s'est mis plusieurs autour de la table. Je pense notamment à Sophie, qui était flûtiste et ergonome de profession. Donc, comment penser la question de l'usage des espaces ? Donc, on a même fait des soirées avec des petits Playmobil pour se dire si on fait. une répétition, si on fait une soirée, parce qu'évidemment qui dit monde de l'harmonie dit soirée. Des concerts, comment est-ce qu'on va penser les espaces ? C'était hyper précieux. Sébastien, président architecte de profession, nous a fait un cahier des charges dont notre bailleur a dit qu'il n'en avait jamais vu d'aussi précis. Moi, on en reparlera sûrement de par mon passé au ministère de la Culture, tout ce qui était montage de projets et recherches de financement. Et en fait, comme ça, on a eu d'autres personnes, Emmanuel à la communication et... D'autres, Damien, Dimitri qui étaient dans le bâtiment, toutes ces personnes-là ont mis au service leur expertise et ont permis finalement qu'un projet porté par des bénévoles soit porté professionnellement. Ce n'est pas qu'on n'est pas payé, qu'on ne le fait pas très consciencieusement. Et finalement, le bâtiment aujourd'hui et ce qu'on y porte, je pense que c'est le fruit parce que les gens se sont engagés avec des expertises très importantes et que si on avait été juste avec une toute petite équipe salariée... Je pense qu'on n'aurait pas réussi autant parce qu'on n'aurait pas eu ces personnes spécialisées avec chacun leur expertise.
- Speaker #0
Très bien, on va diguer sur ce sujet du pavillon de la sirène et qu'est-ce qu'on y fait etc. Mais pour comprendre tout ça, tu viens de l'évoquer, je voulais le faire plus tard mais je me dis que c'est peut-être le moment. Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours personnel, musical et professionnel et tes études qui t'ont mené ici ?
- Speaker #1
Alors moi, à la base je viens du Maine-et-Loire et si je remonte très loin, la musique, je ne suis pas du tout arrivée forcément par ma famille mais grâce à l'action d'une musicienne intervenante, je me permets de la saluer parce qu'on ne pense pas forcément à ce que font les musiciens intervenants pour faire naître des vocations musicales.
- Speaker #0
Intervenante dans quel cadre ? Scolaire ?
- Speaker #1
Scolaire, dans ce qu'on appelle les dumistes. Et donc voilà, je me suis inscrite dans l'école de musique, donc je joue de la flûte traversière comme je l'ai dit tout à l'heure. Et je me suis à un moment posé la question, est-ce que j'en fais mon métier ou pas ? Et puis finalement, je suis partie du côté des études plutôt, on va dire, de sciences politiques, puisque je suis allée à Sciences Po Lille, où j'ai fait plutôt l'option, on va dire, carrière publique, donc préparer les concours. Mais en parallèle, j'étais au conservatoire à Lille. Et en fait, très rapidement, je me suis dit, moi, ce que je veux faire, c'est travailler dans l'administration de la culture, donc avec ce double profil musical et administratif. Et donc, à la suite de ça, j'ai intégré ce qu'on appelle l'Institut Régional d'Administration, l'IRAG, qui est une école de fonctionnaires, et qui m'a permis ensuite d'intégrer le ministère de la Culture, Direction Gérale des GCA, de la Création Artistique, et où là, je suis restée à peu près pendant six ans avec un passage un peu plus prononcé à la délégation de la musique, où je m'occupais de sujets très, très divers. à la fois la tutelle, c'est-à-dire la supervision de la Philharmonie de Paris, du Centre de Musique Baroque de Versailles, de l'IRCAM, la gestion des orgues non protégées, alors ça c'était une découverte magnifique mais très utile aujourd'hui, et puis tout ce qui était enseignement artistique et médiation. Et donc finalement ça m'a permis d'avoir un panel très diversifié. Évidemment on gère des demandes de subventions, donc faire des commissions, des choses comme ça. et puis en fait en parallèle Quand je suis arrivée à Paris, ma soeur jumelle m'a dit « je fais partie de la sirène, c'est génial, viens » , etc. Donc je suis arrivée et quand on rentre, on n'a plus envie de partir. Et c'était au moment où la sirène voulait déposer un dossier de demande de subvention. Elle m'a dit « je sais que tu travailles au ministère, est-ce que tu pourrais nous aider ? » Donc je les ai aidées à relire le dossier. Comme ça, le petit engrenage a fait que je suis devenue vice-présidente puis présidente. Et en fait, finalement, même en étant au ministère de la Culture, petit à petit, je me suis investie dans la sirène. Et puis après, je me suis dit, j'ai envie de voir autre chose, donc je suis partie au département des Hauts-de-Seine, donc là dans la fonction publique territoriale, où je me suis occupée de la gestion, de la coordination du schéma départemental des enseignements artistiques. Donc en gros, on avait 36 établissements pour lesquels j'étais leur référente. Alors certes, je leur donnais des sous, mais on discutait aussi de projets, on montait des groupes de travail pour réfléchir sur la pédagogie, sur les nouvelles technologies, sur comment est-ce qu'on travaille la question du handicap dans la relation avec les élèves, avec les parents. Ça a été très très riche. Et après je suis partie de l'autre côté du miroir, c'est comme ça que j'aime l'appeler. C'est-à-dire que j'avais eu cette appétence, en étant à La Sirène, de travailler sur la production de concerts, sur l'organisation. Et donc je suis partie dans un ensemble de musiques indépendants, un ensemble de musiques baroques. Là j'étais déléguée générale, c'est-à-dire qu'on était une toute petite équipe, donc on faisait un petit peu tout, la production, l'administration, la diffusion, donc la recherche de concerts, la gestion financière. d'un orchestre à géométrie variable qui faisait environ 50 dates par an, surtout en France. Et puis en parallèle, comme je disais, il y a toujours ce petit projet qui est devenu un grand projet de reconstruction du bâtiment de la Sirène qui a pris de plus en plus de place. Et une fois qu'on a ouvert le bâtiment en mai 2024, j'ai dû faire un choix. C'est-à-dire que je n'arrivais plus à faire les deux et mon cœur a balancé du côté de la Sirène. Et donc j'ai lâché la casquette bénévole pour devenir salariée et porter pleinement maintenant le projet du pavillon de la Sirène.
- Speaker #0
Très bien, mais justement, j'ai failli t'arrêter plein de fois parce qu'on aurait pu partir sur tout un tas de sujets, mais ils sont tous aussi passionnants les uns que les autres. Peut-être que c'est le moment, donc parle-nous de ce projet, on l'a évidemment évoqué, mais quelle question vous vous êtes posée ? C'était quoi le projet de base de ce pavillon de la sirène ? On a évidemment parlé de la reconstruction du bâtiment, mais comment vous l'avez pensé ? Comment vous l'avez imaginé ? Est-ce que tu peux nous parler de tout ça ?
- Speaker #1
Oui, alors déjà, on savait que... Ça devait être un lieu où la sirène en tant qu'orchestre était chez elle. Ça c'était hyper important et de garder cette vocation de salle de répétition. Donc le cœur du projet a quand même été une salle de répétition puisque de toute façon on savait qu'il y avait des besoins tant pour nous que pour les autres. Donc ce cœur de salle de répétition et puis après on s'est dit la sirène comme d'autres parfois ils ont besoin de travailler en partiel ou des groupes de musique de chambre. On s'est dit ce serait bien d'avoir des plus petits studios. Et puis après on s'est dit ce qui nous manquait dans l'ancien bâtiment c'était une salle de convivialité. Et c'est comme ça qu'on se retrouve aujourd'hui avec 4 salles. 4 salles à vocation assez polyvalente, 2 studios, 1 auditorium, 1 foyer. Mais au-delà de se dire qu'on avait des besoins d'usage multiple, on s'est surtout dit de quoi a-t-on besoin de plus ? Donc déjà la fonction d'enregistrement, parce qu'on savait que c'était demandé, et puis la fonction... Finalement, de salles de concert, ça c'est venu assez rapidement parce qu'on discutait beaucoup avec les gens de notre quartier qui disaient sur la rive gauche il y a assez peu de propositions musicales, donc faisons que ce bâtiment puisse accueillir du public, ce qui n'était pas le cas avant, les réglementations ERP, établissements recevant du public, sont assez contraignantes. Donc ça on l'a pris en compte. Après, quand on sait que notre bâtiment va pouvoir faire enregistrement, concert, répétition, ça ne donne pas une saison culturelle. Et c'est là où on a eu beaucoup de discussions avec les membres du conseil d'administration que je remercie, puisque ça a été beaucoup beaucoup d'heures de réunion, c'était de se dire comment on fait une cohérence dans tout ça. Et là on s'est dit, notre but c'est d'accueillir en fait des artistes qui vont investir le pavillon de la sirène et on a travaillé autour de notions de résidence artistique avec tant des amateurs que des professionnels autour des instruments avant, puisqu'on s'est dit on a quand même une identité, même si on aime toutes les musiques, tous les instruments. Gardons cette identité, c'est important de pouvoir avoir cette ligne conductrice et en plus d'avoir cette ligne conductrice autour des instruments avant, on s'est dit, notre objectif c'est pas forcément d'inviter telle personne avec qui on n'a pas du tout de lien, on voulait plutôt donner la possibilité aux artistes qu'on accueille en résidence de se produire. Et en fait c'est comme ça qu'est construit la saison, c'est-à-dire c'est des sorties de résidence si on peut dire ça entre guillemets. Les artistes viennent chez nous, le deal c'est on leur prête des salles. On construit un concert dans la saison ensemble, et puis on va aussi construire des actions culturelles, puisque la notion des publics est importante. Et on arrive comme ça à une trentaine de dates dans l'année.
- Speaker #0
Et en plus, on complète la saison avec des projets avec nos amateurs. Puisqu'on y reviendra peut-être, on a quand même 600 musiciens amateurs qui viennent répéter toutes les semaines, c'est énorme. Ça représente 21 groupes de musique.
- Speaker #1
C'était une question que je voulais dire plus tard, mais peut-être parle-nous du quotidien. Comment s'est aménagé avec ces espaces de répétition qui sont louables pour des ensembles professionnels ou non, un peu de manière équationnelle et aussi les ensembles permanent, je ne sais pas comment on les nomme exactement. Et donc, parler du quotidien de tout ça ?
- Speaker #0
En fait, c'est vrai que nous, on a un fonctionnement un peu particulier. On n'est pas un lieu public, on est un lieu associatif. Et on a un lieu qui a son modèle économique, je suis désolée de le dire comme ça, qui est basé sur l'allocation d'espace.
- Speaker #1
C'est un sujet qui est primordial. Donc, on va parler du modèle économique. On va aussi parler de financement et comment vous avez financé tout ça. Mais c'est des sujets qui sont très importants.
- Speaker #0
Et donc, en fait, concrètement, principalement, Une journée type, ça va être un ensemble professionnel qui répète ou qui enregistre en journée. Le soir, des ensembles amateurs qui, à tarif préférentiel, eux, vont répéter. Toutes les semaines, c'est ce qu'on appelle des ensembles en résidence. Ils s'engagent toute l'année. En plus de venir répéter, on leur propose de pouvoir se produire, de se rencontrer. Comme ce matin, on a fait un apéro avec nos amateurs. Et puis ensuite, le week-end, on a encore nos ensembles amateurs qui vont répéter. Et on loue aussi pour des concerts ou des auditions. On a beaucoup d'écoles de musique qui viennent. Et en plus de ça, comme je le disais, on a nos ensembles en résidence professionnelle. Finalement, c'est assez peu. Ça représente cinq groupes, cinq ensembles dans l'année qui, eux, ne sont pas sur le modèle de la location, mais qui sont le modèle de ce qu'on appelle la co-réalisation. C'est peut-être un peu technique, mais avec eux, on va construire notre saison. Et là, ça va être plutôt le week-end, puisque tous les soirs de semaine, c'est les amateurs. Et donc, on laisse la possibilité de faire notre saison sur le vendredi ou le samedi.
- Speaker #1
Très bien. Et avant de parler peut-être de la partie financement, modèle économique. Tu peux nous parler de la gouvernance aussi ? Je trouve que vous avez une manière de fonctionner assez singulière et très saine, mais justement portée par l'harmonie de la sirène. Tu peux nous expliquer ça ?
- Speaker #0
Oui, en fait, quand on a repensé tout le projet de la sirène, c'est ce qu'on appelle finalement une montée en échelle. Et ça faisait un petit peu peur, alors que jusqu'alors, la sirène était uniquement gérée par les musiciens de la sirène. C'est-à-dire que dans les statues, on n'était membre que les musiciens de l'Orchestre d'Harmonie. Tous les postes clés étaient évidemment occupés par ces personnes-là. Quand on a réfléchi au fait que ça allait devenir un gros machin, comme certains peuvent le dire, on s'est dit, essayons de séparer, mais aussi de mettre des garde-fous. Puisque le risque principal, c'était de se dire, si le pavillon de la sirène devient énorme, brasse énormément d'argent, l'harmonie de la sirène, en fait, vit un peu à crédit des locations de salles. Et donc, il y avait un risque potentiellement qu'elle soit mise de côté. mise à la porte, etc. Donc là, il a été décidé de verrouiller les postes clés de présidents, de trésoriers, pour que ce soit uniquement des membres de l'Harmonie qui puissent être élus. Ensuite, on a créé une gouvernance avec deux pôles, le pôle Pavillon de la Sirène, le pôle Orchestre d'Harmonie. Maintenant, on en rajoute un troisième avec le Brasse-Bande. Mais concrètement, il y a des commissions qui vont faire vivre chacune des activités qu'on a séparées. On a voulu garder une seule et même association. C'est... hyper important parce que c'est un héritage dont on parlait tout à l'heure, d'avoir ce foncier à Paris et que ce foncier, en fait, il a été acquis par des musiciens et c'était hyper important de garder ça et aujourd'hui, du coup, dans plein d'associations, c'est difficile de trouver des gens qui veulent s'investir, d'autant plus d'une association qui grossit comme la nôtre, mais on a toujours donc président, trésorier et président de commission qui sont obligatoirement membres de l'Harmonie, mais la petite nouveauté qu'on a faite quand on a rouvert le bâtiment en 2024, c'est qu'on s'est dit, et c'était déjà le cas par le passé, On a envie d'avoir des expertises externes et c'est ainsi que tu es arrivé avec nous. C'est aussi Estelle Loris, directrice de la Maison de la Musique Contemporaine, qui est arrivée en tant que personne qualifiée. Et on a aussi voulu permettre à ce que les ensembles amateurs qui répètent toutes les semaines chez nous aient un mot à dire. Et donc on a aussi accueilli ces personnes-là au CA.
- Speaker #1
Et c'est comme quelque chose qui était aussi, comme tu le dis, dans le passé, un peu de manière différente. C'est comme ça dans les archives que tous les grands facteurs d'instruments de musique ont été de près ou de loin liés à la sirène. M. Quénon, M. Godet, qui est dirigé de la maison Courtois. Enfin, toutes ces grandes familles et ces grands noms étaient liés, président, président d'honneur de la sirène. Donc, c'était assez plaisant de retrouver tous ces archives. Et donc, est-ce que tu peux nous parler maintenant du point de vue financement ? Comment s'est financé le bâtiment ? Vous aviez cet ancien bâtiment qui était désuet. Et donc, comment vous avez fait ce montage financier ? Tu peux nous expliquer comment vous avez fait ça, cela ?
- Speaker #0
C'est un montage assez particulier et pour ça je veux remercier vraiment Dimitri Elias qui était géomètre et en fait qui connaissait très bien un notaire spécialisé dans les baux à construction. Donc concrètement, il y a plein de prometteurs qui sont venus nous voir en disant je vous rachète pourtant. ce serait vite dilapidé. Donc concrètement, ce qu'on a fait, c'est qu'on a signé un bail avec un bailleur public, en l'occurrence la RIVP, la Régime Immobilière de la Ville de Paris. Donc on leur a loué notre terrain pendant 90 ans et charge à eux de construire un bâtiment sur des plans sur lesquels on s'est mis d'accord. Et là, nous maintenant, on est locataire de la RIVP pendant aussi les 90 ans. Et à la fin des 90 ans, on devient propriétaire des murs puisqu'on garde la propriété du sol. Y compris des 51 logements qu'ils ont réalisés au-dessus, puisqu'il faut savoir que le modèle économique, pour eux en tout cas, ce n'est pas le loyer qu'on leur paye, puisqu'on l'a plutôt bien négocié, c'est les loyers des logements au-dessus. Et l'avantage, c'est que la sirène garde complètement son patrimoine. Alors on ne sera plus là pour le voir, ni toi ni moi, je pense malheureusement, mais la sirène va conserver et aura 51 logements à gérer en 2110, quand le bail viendra à échéance.
- Speaker #1
Très bien. Et en termes aussi de fonctionnement, quel est le modèle économique de la sirène ?
- Speaker #0
Alors... Le modèle économique, comme je disais, c'est principalement la location d'espace avec une grille très différenciée entre les amateurs et les pros. On a eu de la chance qu'au moment de la construction, on a eu aussi des soutiens publics. Et je remercie fortement la ville de Paris, la région Île-de-France et le Centre national de la musique qui nous ont permis de financer ce qu'on appelle l'investissement. Donc la table, les instruments, le pont lumière, les projecteurs, etc. Et puis aujourd'hui, au jour le jour, donc en fonctionnement, c'est principalement ces locations d'espace. Ça va être aussi des subventions qu'on va recevoir, une au fonctionnement de la ville de Paris pour tout ce qui est pratique amateur. En fait, ça compense le fait que ce qu'on demande aux amateurs ne couvre pas le prix réel, puisqu'on sait qu'ils n'ont pas forcément les moyens. Ça nous permet aussi d'organiser des événements à leur destination. On a aussi des subventions, ce qu'on a dit, au projet. C'est-à-dire qu'on fait énormément d'actions culturelles. On est allé à l'établissement de la santé, dans les écoles, dans les crèches. Donc pour ça, on dépose des dossiers et on a un financement qui permet de couvrir les dépenses. Et puis, on a aussi développé des partenariats, et notamment avec Buffet Crampon, un partenariat qui, pour nous, est aussi très précieux.
- Speaker #1
Très bien. Et justement, quand on a imaginé cet épisode, on a eu cette discussion où on disait, donc pour resituer, le podcast, il est écouté par 3-4 000 personnes. Beaucoup de gens mènent des projets, mais ne sont pas forcément experts de la subvention, monter des projets, etc. Et toi, qui as été de l'autre côté de la barrière de par ton passé, tu l'as expliqué au ministère de la Culture. je m'étais... Il dit que ça serait très intéressant pour tous ces gens-là de faire une espèce de tuto pour les nuls, un peu, de tous ces sujets-là. Déjà, partons au commencement, reparlons de ton passé au ministère de la Culture. Déjà, concrètement, le ministère de la Culture, ça sert à quoi ? Qu'est-ce qui le différencie de la drague, toutes ces choses-là ? Parce que c'est flou pour tout un tas de musiciens qui peuvent mener les projets.
- Speaker #0
Le ministère de la Culture, c'est ce qui représente l'État, qui est la délégation sur la culture, dirigée par le ministre de la Culture. Et il y a deux façons de l'envisager, ce qu'on appelle l'administration centrale, qui va plutôt élaborer et chapeauter de manière générale la politique nationale, et gérer ce qu'on appelle les établissements à rayonnement national. Quand je parlais tout à l'heure par exemple à la filière Méditerranée de Paris, elle gérait directement ce qu'on appelle en centrale. Par contre, sur les territoires, c'est la déclinaison du ministère de la Culture dans les directions régionales des affaires culturelles, la DRAC. Donc en l'occurrence, nous, quand on discute, même pour nos financements... puisque la sirène de Paris bénéficie de financements ponctuels de la DRAC. Moi, je vais voir la DRAC Île-de-France et les conseillers. Donc, petit point d'attention, si jamais vous cherchez des sous du ministère de la Culture, allez plutôt sonner à la porte de la DRAC Île-de-France et cherchez qui est votre conseiller musique parce que c'est vraiment votre porte d'entrée. Allez présenter votre projet et discuter des dispositifs existants. Donc ça, c'est le ministère de la Culture côté État. Très très important parce qu'en fait on sait que le financement de la culture, il y a l'État mais il y a surtout ce qu'on appelle les collectivités territoriales. Et là dans les collectivités territoriales, le premier échelon c'est la mairie. Ensuite vous avez l'intercommunalité. Donc par exemple chez nous il y a la métropole du Grand Paris. Dans d'autres endroits ça peut être une communauté de communes, une communauté d'agglomération, etc. Troisième niveau, le département. Là où moi j'ai travaillé par le passé. Alors ce qu'il faut juste savoir c'est que la compétence culture du département, elle n'est pas obligatoire. uniquement sur l'enseignement artistique et tout le monde ne la gère pas de manière, on va dire, très détaillée. Et ensuite, le dernier échelon, c'est ce qu'on appelle la région. Et là, la région, pareil, la compétence culture est assez limitée. Elle est surtout sur l'enseignement supérieur. Et donc, chacun, parfois, peut décider de monter des projets ou de soutenir des projets. Et là, il faut vraiment se renseigner là où vous êtes.
- Speaker #1
Et les politiques sont très différentes d'un département d'une région où c'est de manière globale assez similaire ? Les dispositifs sont très différents d'une région à une autre.
- Speaker #0
Il y a quand même beaucoup de dispositifs qui vont se ressembler, ce qu'on appelle les aides aux équipes artistiques. C'est plutôt pour les professionnels, vous déposez un projet. Vous avez, je ne sais pas, l'idée de monter un nouveau programme de concert, vous voulez faire un disque, etc. Donc ça, c'est globalement la plupart des collectivités en ont. Il y a des aides aussi à la résidence. C'est comment pouvoir financer un temps long de travail. Beaucoup de collectivités en ont. J'aurais tendance à dire, concentrez-vous peut-être d'abord sur les mairies, qui sont vraiment les premiers échelons, et les régions. Ensuite, les agglomérations et les départements, ça va, à mon avis, être moins votre... Interlocuteurs favoris puisqu'ils vont plutôt, à minima, plutôt aller du côté des lieux.
- Speaker #1
Très bien. Donc venons un peu à un cas pratique. Pour les nuls, j'ai une bonne idée. Qu'est-ce qui se transforme une bonne idée en un bon projet ? Pour toi justement, toi qui as été un peu des deux côtés, tu vois, qui as été côté ministère, qui as vu des dossiers. Quand on est de ce côté-là de la table, et c'est ça qui peut être intéressant pour des gens qui imaginent, qui fantasment peut-être des choses. Qu'est-ce qui fait un bon projet ? ou un projet, alors il n'y a pas forcément de bons, c'est comme les chasseurs devant les inconnus, mais justement qu'est-ce qui fait un projet bien ficelé d'un projet un peu plus balbutiant ?
- Speaker #0
Alors en tout cas déjà je veux rassurer, c'est pas forcément l'excellence artistique qui va primer, parce que moi pour avoir financé beaucoup de projets, je finance des trucs que à titre personnel je n'aime pas du tout. Mais en fait on s'en fiche, quand on est financeur on va pas être là pour dire j'aime ou j'aime pas. C'est plutôt pour moi un bon projet. C'est un projet où je vois qu'il y a de l'innovation, alors ce terme-là un peu galvaudé, mais c'est quelque chose qui va un peu sortir de l'ordinaire, parce que c'est vrai qu'on ne va pas financer une énième reprise des quatre saisons, par exemple, si on était dans le classique. On va plutôt financer un projet qui va aller chercher une nouvelle approche, ou une recherche avec de nouveaux arts, du pluridisciplinaire, quelqu'un qui va avoir une vision un peu plus large, qui a une ambition aussi de diffusion. Ce qui est important aussi, moi, ce que je regarde, c'est aussi l'environnement professionnel. Savoir si vous êtes tout seul, si vous êtes déjà structure en association, si vous avez déjà travaillé dans tel ou tel festival, dans telle ou telle salle, si vous enseignez. Un bon projet, concrètement, on peut avoir deux fois le même programme. Et en fait, ça n'a rien à voir. C'est la façon dont vous l'incarnez. C'est ça qui est hyper important. Parce que quand on reçoit un dossier, souvent on en reçoit... énormément et il faut vraiment sortir du lot. Et ce que je veux dire aussi, c'est que ça ne sert à rien de faire un dossier de 50 pages. C'est peut-être un mythe que je vais déconstruire, mais souvent, on vous demande de remplir un formulaire sur peut-être des marges numériques ou les plateformes Paris, Asso, je ne sais quoi. Et on vous demande de mettre des pièces jointes. Je ne devrais pas le dire, mais concrètement, il arrive parfois qu'on ait tellement de dossiers qu'on n'a pas le temps d'ouvrir les pièces jointes. Donc en fait, même si la case que vous trouvez dans le formulaire n'est pas très adéquate à ce que vous voulez dire, ce qui va être principal, Le principal, c'est les mots-clés. Et en fait, vous lisez l'appel à projet et souvent, les objectifs recherchés sont les suivants, les critères d'attribution. Vous reprenez ces mots-clés et vous ne brodez surtout pas. Faites très court. Les phrases très longues, en fait, ça ne sert à rien. C'est vraiment des mots-clés. Vous allez droit au but. Et qu'est-ce qui fait vraiment la singularité de votre projet et pourquoi ce ne serait pas le voisin ?
- Speaker #1
Et quand on monte un projet, tu penses qu'il est plus important justement de monter son projet et une fois qu'on a son projet... chercher les dispositifs auxquels on est éligible ou, au regard des dispositifs existants, monter son projet de cette manière-là ?
- Speaker #0
Difficile de répondre. J'aurais tendance à dire que quand on essaie trop de faire rentrer les choses dans les cases, ça va dénaturer votre projet et vous n'y croyez plus. Et ce qui fait que du coup, quand surtout vous devez passer devant un jury, on n'y croit pas non plus. Donc j'aurais tendance à dire... Partez de votre projet et voyez où vous voulez aller. Par exemple, c'est vrai qu'aujourd'hui, il y a des financements sur ce qu'on appelle l'action culturelle. Allez vers les scolaires, les centres sociaux, etc. Moi, j'ai trop vu des gens qui me disent « oui, oui, je sais faire, je sais faire, je sais faire » . Et déjà sur le terrain, ce n'était pas vrai, mais ce n'est pas grave. En fait, allez là où vous êtes à l'aise. Les dispositifs, on a la chance en France quand même, tout le monde ne s'en rend pas compte, mais d'avoir énormément de dispositifs et beaucoup de financements. Et il faut partir de ce que vous savez faire. Ce qui n'empêche pas de se poser quand même la question, et c'est ce qui est hyper important dans les établissements d'enseignement supérieur, de aujourd'hui quand même comment le marché musical vit et quels sont les besoins. Parce qu'on va quand même répondre, on est quand même dans une logique offre et demande, il faut quand même le dire. Et donc c'est vrai que si aujourd'hui par exemple le jeûne public ça marche très très bien, si c'est une appuyétance que vous avez, évidemment moi j'aurais tendance à dire allez-y, mais faites-vous accompagner et faites-vous former. Si par exemple, vous êtes sur la création... allez-y, il y a plein de dispositifs qui existent. Il y a d'autres choses qui vont être plus ou moins évidentes. Donc, il faut quand même se tenir au courant des pratiques. Et pour ça, rien que tel que d'être un peu en veille, d'écouter ce qui se fait, aller beaucoup aux concerts, aller dans les salons professionnels. Parfois, ce n'est pas très cher. Pour des artistes, il y a quand même des dispositifs. Je pense à New Deal, qui est le salon des professionnels de la musique. On peut venir pitcher son programme. Vous pouvez venir, vous pouvez rencontrer des artistes. vous pouvez aussi aller rencontrer à... Voilà, la SACEM qui peut aussi vous aider, vous renseigner le Centre National de la Musique, notamment pour les jeunes artistes, c'est quand même pas mal de dispositifs aujourd'hui qui sont là pour aider les artistes. Nous, à notre petite échelle, pour les cinq artistes en résidence qu'on accueille, on fait aussi tout cet accompagnement d'identifier les meilleurs dispositifs, les formations qui pourraient manquer, etc.
- Speaker #1
Et en préparant l'épisode, tu me disais qu'il est aussi important d'être très agile, c'est-à-dire de savoir faire évoluer son projet en fonction des demandes et dans les interactions. Tu peux nous parler de ce sujet ?
- Speaker #0
Il faut pouvoir en effet savoir répondre. C'est-à-dire que mon projet, c'était celui-ci. Je trouve un programmateur qui me dit, je te prends ce spectacle, il est génial, j'adore. Mais en plus, je veux ci, ça et ça. Certains vont dire, c'est pas moi, je ne fais pas. J'aurais tendance à dire, réfléchissez-y à deux fois. Parce qu'aujourd'hui, oui, le secteur est tel que souvent, on va prendre un package. Et donc, il faut savoir être agile et pouvoir répondre. Il ne faut pas vous dénaturer, mais quand même, il faut savoir se dire jusqu'où je suis prêt à aller. Et parfois, ce n'est pas grand-chose. Et surtout, parfois, ce qui va compter, c'est de la com. C'est-à-dire que pour avoir un programme un peu décousu, le titre va énormément jouer. Parce qu'aujourd'hui, ce qu'il faut savoir, c'est que les programmateurs, ils vont regarder ce qui va se vendre, ce qui est bankable. Donc, travaillez énormément votre visuel, des vidéos, des audios. Parce que parfois, nous, en tant que programmateurs ou dans les jurys, on n'a pas le temps, comme je disais, de lire tous les dossiers. parfois une vidéo hyper bien faite, un extrait, vaut 10 000 dossiers ou 10 000 bios à lire. Je suis passée par là, J'ai joué dans tel ou tel festival. Donc, travaillez vraiment votre com. Travaillez énormément le titre des programmes parce que c'est tout bête. Mais un festival, de plus en plus, les festivals, ils ont des thématiques. Si vous rentrez dans la thématique, peu importe, en fait, j'aurais tendu ce que vous jouez. Parfois, c'est assez facile de raccrocher. Alors, ne trichez pas trop avec l'IA. Parfois, ça se voit. Enfin, en tout cas, sachez bien gérer l'IA. Vous changez le titre. Apprenez à prompter. apprenez à prompter et enlevez la petite réponse voici un prompt, une réponse parce qu'on a déjà vu des dossiers comme ça justement c'est quoi les 3-4 erreurs qu'on voit le plus quand on est du côté financeur des erreurs un peu classiques je me mets
- Speaker #1
à la place des auditeurs, souvent ils sont passionnés par un projet et puis en fait même moi en tant que côté privé on est sollicité Les gens ne se rendent pas forcément compte que ce projet a une valeur, même sentimentale pour eux, qui est très importante. Mais ils ne savent pas le défendre, expliquer quelles sont les parties prenantes. Et pourquoi il est intéressant pour moi, en tant que partenaire privé, d'être... En quoi c'est gagnant-gagnant ? Mais justement, c'est quoi, de ce côté-là, les erreurs que tu voyais le plus de manière courante ?
- Speaker #0
J'aurais tendance à dire que ce que je fais est totalement nouveau et en fait c'est pas vraiment vrai. On est souvent sur des choses qui sont innovantes, ça oui, mais complètement nouveaux non. Et donc quelqu'un qui est tout jeune et qui vient nous dire, qui révolutionne les choses, ça c'est souvent une erreur qu'on voit. Et aussi, après ça dépend à qui aussi on s'adresse, si c'est un privé ou un public, il faut savoir aussi quelles sont les valeurs que défendent les financeurs qu'on va aller chercher. Et quelle est un peu leur politique ? C'est-à-dire qu'on ne va pas forcément aller demander la même chose à une commune qui va être extrêmement dans le lien à ses usagers, à sa population, que... à la région qui va chercher des choses, des formes par exemple très expérimentales, on ne va pas du tout demander la même chose, et donc renseignez-vous sur le guichet auquel vous voulez aller. Par exemple, un privé, un mécène, ils ont leur marotte. Donc allez voir aussi ce qu'ils cherchent.
- Speaker #1
Et j'imagine qu'aujourd'hui, avec les contraintes budgétaires de part et d'autre, il faut aussi apprendre à ne pas dépendre uniquement des subventions. Justement, c'est quoi les leviers ? justement se substituer à ce type de subvention ? Est-ce que tu vois des axes à développer ?
- Speaker #0
Les temps sont durs, effectivement. Alors déjà, on le sait, et nous on le vient directement aussi, puisque les ensembles ont quand même moins d'activités, moins de dates. Donc on le voit, ils viennent moins répéter. Mais concrètement, ce qui marche de plus en plus, c'est ce qu'on appelle l'autoproduction. En fait, c'est les concerts que les gens organisent eux-mêmes. parce que c'est une forme de subvention, mais il y a des aides à l'emploi qui existent, Pédidam, Adami ou même FondPEPS. De plus en plus, il y a des gens qui font eux-mêmes leur propre programmation. On parlait des aides privées, les fondations, mais ça va être moins sur les projets de diffusion de concerts que plutôt ce qui est sur les actions culturelles. Et après, il y a beaucoup d'initiatives qui vont naître du terrain, de collectifs, qui vont créer des festivals. qui vont partir vraiment des besoins et ensemble créer des choses. J'aurais tendance à dire vraiment à plusieurs, on est beaucoup plus fort. Et ce qui peut marcher aussi, si vous êtes sur un territoire qui n'est pas forcément très bien doté en équipement culturel, allez dans une petite commune. Souvent, il y a la salle des fêtes qui est sublime, qui a un petit théâtre qui est inconnu, qui a, je ne sais pas, un gîte communal qui n'est pas utilisé. Et venez avec un projet. Vous allez leur dire, je reste là une semaine, je vais faire... Ça, pour vos scolaires, pour vos habitants, vous allez décrocher ce qu'on appelle une résidence. Et d'une résidence peut peut-être naître un concert, deux concerts. Cette commune appartient à une intercommunalité. Il y aura peut-être un festival et puis peut-être un jour, ça se passe bien, on vous confiera vous-même un festival et vous allez pouvoir faire naître quelque chose. Et je pense qu'en travail sur le terrain et les communes rurales ont besoin beaucoup de ça. Mais par contre, ça demande d'être agile, de faire du travail de terrain. Et c'est vrai que quand on est artiste, on n'est pas forcément entrepreneur parce que finalement, c'est un petit peu ça. Mais si vous avez la fibre, allez-y.
- Speaker #1
Très bien. Et justement, tu parles d'entrepreneuriat. Finalement, aujourd'hui, après, tu es passé un peu de l'autre côté de la barrière, avec le pavillon de la sirène. Maintenant que tu es aussi, tu as cette vision de l'autre côté de la barrière, quels ont été les grands enseignements d'être en face ? Enfin, je veux dire, qu'est-ce que, en étant maintenant toi-même demandeuse de subventions, de monter des projets, est-ce que c'est exactement comme ce que tu l'imaginais ou tu as une autre vision, un autre prisme ?
- Speaker #0
C'est difficile de répondre. En tout cas, c'était très utile d'être de l'autre côté, parce que pour moi, un dossier, je peux le faire en 10 minutes en mettant le bon mot-clé. Je n'ai pas l'impression que les choses ont énormément évolué. Alors, il y a aujourd'hui des thématiques qui sont incontournables. Ça, c'est sûr, la question de l'égalité femmes-hommes, de la prévention des VHSS, la question de l'empreinte carbone ou de la transition écologique. Ça, c'est des choses qu'on voit plus aujourd'hui, mais je pense que c'est plutôt... les changements actuels que fondamentalement la façon dont aujourd'hui le montage de projets culturels fonctionne.
- Speaker #1
Très bien. On a la chance d'avoir un public nombreux et je vois des programmateurs de festivals dans la salle. Est-ce qu'il y aurait des questions dans le public dans ces thématiques que j'imagine qui intéressent beaucoup de monde ?
- Speaker #2
Bonjour, il y a une structure professionnelle qui s'appelle ProQuartet, qui accompagne l'équatoire Accord à la sortie du conservatoire, où quand une formation se lance dans le métier, il les aide à s'organiser, tout ce dont vous venez de parler ensemble, à s'organiser, à produire des outils de com, à élaborer une stratégie de vente, des programmes qui se vendent, à les nommer correctement. Pourquoi pas imaginer ça un jour pour des vents ou des cuivres, même si ça prend d'abord une petite forme associative ? Est-ce que c'est quelque chose qui vous intéresserait de mettre sur place ?
- Speaker #0
Alors c'est une idée qui nous trotte en tête, justement. Pourquoi pas faire le pro-quartet des vents ? Parce qu'effectivement, quand on sort même des CNSM, artistiquement, on est très très bon, mais en fait, sur l'accompagnement professionnel, même si ça... quand même évolué, qui a aujourd'hui des introductions à l'orignement professionnel, défendre mon projet, tout ça on ne sait pas faire, et donc il y a plein de structures. Il y a des préparations à l'orchestre, on parle de l'orchestre, l'OFJ, l'Orchestre Français des Jeunes, mais quand on porte son propre projet, c'est sûr, le quatuor à cordes, ils ont Proquartette, et quand on fait les vents, qu'est-ce qu'on a ? Nous, à notre petite échelle, c'est ce qu'on essaie de développer, et on aimerait bien aller plus loin, c'est ce qu'on fait dans notre programme de résidence, en fait, on accompagne, et c'est pour ça qu'on n'en accompagne que 4 à 5 par an. pour pouvoir faire un accompagnement personnalisé, à la fois sur, on travaille avec la Maison de la Musique Contemporaine sur comment se former la médiation, comment travailler sur ma communication, moi à titre perso je les accompagne parfois même, comment déclarer mon assaut, donc on va jusqu'à rédiger les statuts, faire la demande de licence d'entrepreneur de spectacle, numéro de sirète, etc. Et en effet, c'est hyper important et je pense que si les auditeurs nous entendent, et notamment ceux qui ont envie de travailler là-dessus, des partenaires ? du monde, on va dire de l'écosystème de la musique, je pense qu'on gagnerait à le développer encore plus. Nous, on a notre petite saison, mais avec d'autres partenaires, puisque Pro Quartet, c'est aussi des opportunités de diffusion, des tournées, et c'est ça aussi, ils ont besoin de se faire connaître.
- Speaker #1
Et si on revient sur un point historique, on en a parlé au début, il faut aussi se dire que on parle de Quatuor Accord, des formations qui sont, tu disais, bankable, et c'est ce qu'on cherche, mais rien n'est perdu, parce qu'on parlait du temps. du grand temps de la fanfare de la sirène. C'était une formation qui a été très demandée et une formation qui était très à la mode, etc. Et en travaillant cette communication, cette désirabilité, peut-être qu'un jour, les ensembles à vent, les ensembles à cuivre, mais il faut que les portaires de projets soient là, etc. Donc, c'était un peu l'idée de...
- Speaker #0
C'est du storytelling, en fait, énormément, finalement.
- Speaker #1
Très bien. Merci beaucoup d'avoir abordé tous ces sujets. J'espère que ça donnera plein d'idées à plein de gens et qu'on va voir... fleurir de nombreux festivals d'instruments à vent et de cuivre un peu partout en France. Merci beaucoup, Louise.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode. Si vous avez aimé, pensez à vous abonner. Découvrez tout l'univers AGI Atelier des Cuivres sur nos réseaux sociaux, Facebook et Instagram. Et n'hésitez pas à nous rendre visite dans nos ateliers de Bretigny-sur-Orge et à Lyon. À bientôt !