- Speaker #0
Bonjour et bienvenue sur Culture Accessible, le podcast qui parle d'accessibilité dans la culture pour une culture de l'accessibilité. Notre petite équipe est composée de deux personnes.
- Speaker #1
Moi c'est Annette, étudiante journaliste en formation à l'École supérieure de journalisme de Lille.
- Speaker #0
Et moi c'est Ima, en service civique au Théâtre du Nord à Lille sur les projets liés à l'accessibilité culturelle au théâtre.
- Speaker #1
Ce projet de podcast est né d'un constat. Le manque important d'informations et de connaissances du grand public sur les enjeux de l'accessibilité et plus largement du handicap. A cela, on ajoute une insuffisance du dialogue entre les différentes actrices du milieu culturel. Le podcast vise à recueillir des paroles et faire échanger des actrices de ces milieux. L'idée ? Dresser un état des lieux de ce qui est mis en place et de faire découvrir les métiers du secteur de l'accessibilité culturelle. L'objectif, ouvrir et nourrir une réflexion plus large au sein de la société sur le rôle et l'importance de la culture, ainsi que son accessibilité concrète. Puisqu'on en est aux introductions, on aimerait statuer, nous sommes deux femmes non handicapées, alors nous nous attacherons à suivre le mantra, rien pour nous sans nous. et donneront le plus possible la parole aux personnes concernées au cours des différents épisodes de ce podcast.
- Speaker #0
En France, 12 millions de personnes sont handicapées d'après la Fondation de France. C'est donc 17% de la population, c'est énorme. En 2022, selon une étude publiée par la Fondation Malakoff Humanis, 52% d'entre elles considèrent l'accès à la culture difficile. D'un point de vue purement juridique, l'accessibilité, c'est l'ensemble des aménagements et des dispositifs permettant à toute personne avec un handicap d'accéder de manière autonome et équitable à ses droits, à un espace, à un contenu ou à un service. On considère qu'il y a trois dimensions d'accessibilité. 1. Une dimension physique, donc c'est l'accès au bâtiment. 2. Une dimension numérique, donc l'accès aux outils numériques. Et 3. Une dimension informationnelle, donc une communication qui est adaptée à tout. Cette accessibilité, elle est inscrite depuis 2005 dans la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Mais 20 ans après cette loi, et malgré les espoirs qu'elle avait pu susciter à l'époque, les choses, elles évoluent, mais encore trop lentement. Or, les droits culturels s'inscrivent parmi les droits humains fondamentaux, ils sont reconnus dans la Constitution française et réaffirmés dans plusieurs textes internationaux, comme la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Donc, on le comprend bien, l'accessibilité culturelle, c'est une question d'accès aux droits. Mais au fait, de quoi parle-t-on vraiment quand on parle d'accessibilité ? Qu'est-ce que l'accessibilité dans la culture, concrètement ? Et comment se saisir de cet enjeu en tant qu'acteur du social, en tant que structure culturelle, en tant que personne concernée ?
- Speaker #1
C'est de tous ces sujets dont on va discuter aujourd'hui, dans le premier épisode du podcast avec notre invitée du jour, Florine, bonjour.
- Speaker #2
Bonjour.
- Speaker #1
Qui travaille à Culture Relax depuis un an, après avoir travaillé dans le même secteur aussi à La Villette. Bienvenue et merci beaucoup d'avoir répondu à notre invitation. Dans un premier temps, peux-tu peut-être parler de ton parcours, te présenter, pourquoi l'accessibilité ?
- Speaker #2
Bien sûr, merci Annette. Donc moi c'est Florine, Florine Voltier, et effectivement j'ai toujours été intéressée par la culture et l'accessibilité et aussi à quel point la culture pouvait être un passeur d'émotions et aussi une réelle prise en main dans sa citoyenneté. Pour mon parcours, j'ai plutôt suivi un parcours typiquement axé sur la médiation. Et par le cadre aussi du musée en herbe, j'ai découvert la porte de l'accessibilité, puisqu'il y avait aussi beaucoup de projets avec des personnes en IME, donc les instituts médicaux éducatifs, mais aussi pas mal de personnes avec des situations de handicap assez différentes. Et ensuite, j'ai eu la chance d'être en alternance au musée Picasso à Paris. où j'étais chargée d'accessibilité et où je menais différents projets sur le versant accessibilité et également champ social qui sont quand même parfois des besoins assez communs, l'objectif de pousser les portes des lieux culturels pour faciliter l'accès de ces publics encore trop exclus habituellement. Puis j'ai travaillé à la Villette où j'étais également chargée d'accessibilité, toujours avec le versant action culturelle. L'objectif c'était à la fois de travailler sur la programmation, sur l'accessibilité de la programmation, mais aussi sur l'accessibilité au lieu via des ateliers, des rencontres avec des artistes, etc. Donc vraiment à la croisée entre l'action culturelle et la programmation. Et enfin, depuis un an, je suis coordinatrice du réseau. Culture Relax, spectacle vivant au niveau national, un réseau de 38 établissements en France et un premier établissement en Belgique avec la Maison de la Culture de Tournai. On aura peut-être l'occasion d'en parler juste après.
- Speaker #1
Est-ce que tu peux présenter Culture Relax et son action ? Où est-ce qu'ils interviennent et quel type d'action ils proposent ?
- Speaker #2
Complètement. Culture Relax, c'est une association. D'ailleurs, on a fêté nos 20 ans en 2025. Et l'objectif de Culture Relaxe, c'est de faciliter justement l'accès au cinéma et aux spectacles vivants aux personnes en situation de handicap dit complexe. Donc toutes les personnes qui pourraient avoir besoin de vivre leurs émotions à leur manière, sans crainte ni contrainte, sans jugement aussi des autres spectateurs. Et donc de faciliter l'accès au cinéma et aux spectacles par ce biais. Et donc on va vraiment former les établissements culturels pour leur donner toutes les clés pour proposer des séances labellisées Relax, puisque Relax fonctionne sous la logique d'un label, qui permet justement au public en situation de handicap complexe d'avoir la garantie d'être accueilli le mieux possible dans chaque établissement. Et le dispositif Relax est justement une réponse à l'exclusion aussi. que peuvent ressentir certaines personnes en situation de handicap, puisqu'on sait, notamment au spectacle vivant, que les codes de salles sont très hermétiques. Par exemple, le fait de vivre ses émotions à sa manière, donc potentiellement avoir le besoin de se lever, besoin de vocaliser son appréciation de l'œuvre, besoin de sortir pendant la représentation, ce n'est pas toujours très bien perçu, à la fois par les artistes, c'est possible, mais aussi par les... Le public dit habituel des lieux, donc qui est potentiellement un peu plus intériorisé, ces codes qui pour eux leur semblent naturels, mais pour plein d'autres publics ça ne l'est pas forcément. Donc l'objectif justement du dispositif Relax, c'est de contrecarrer le côté un peu trop hermétique de ces codes de salles et de venir les assouplir pour faciliter la venue de tout le monde, le tout dans un cadre très chaleureux et bienveillant.
- Speaker #1
Et pourquoi est-ce que... T'as rejoint Relax, pourquoi est-ce que t'as rejoint l'accessibilité ? Pourquoi l'accessibilité, toi personnellement peut-être aussi ? Qu'est-ce que tu y retrouves ?
- Speaker #2
Complètement, donc moi je suis rentrée par la porte de la médiation par le jeune public et c'est vrai très souvent quand on parle d'accès aux œuvres pour le jeune public la question de l'accessibilité va très vite se poser. Notamment au Musée en Herbe, c'était une question assez inhérente en termes de bâti. puisque par exemple les œuvres étaient plus basses, les cartels de salles étaient écrits aussi dans une méthode finalement assez similaire au FALC, ce qu'on appelle le facile à lire et à comprendre, qui est une méthode d'écriture, de présentation de l'information, de mise en forme sur la forme et sur le contenu qui va venir simplifier cette information. Et tout de suite ça m'a posé aussi... Une question sur l'accessibilité d'un point de vue plus global. Comment on pouvait ouvrir les portes des musées et des lieux de spectacle vivant pour faciliter aussi l'accès des personnes en situation de handicap ? Et dans le cadre de mon travail au musée en herbe, on accueille aussi beaucoup de projets avec des associations, des ESAT, des IME. Donc ça m'a semblé tout de suite être une porte extrêmement importante. de la culture et notamment au spectacle vivant, puisqu'il faut se rappeler que le spectacle vivant normalement doit être vivant. C'est vraiment une fondation inhérente du nom, mais on sait qu'aujourd'hui les codes sont encore trop hermétiques, donc l'objectif c'est venir justement chambouler la perception que l'on a sur le handicap et sur le spectacle, et se faire rencontrer les artistes et les publics.
- Speaker #1
Tu parlais de l'importance de la culture, pourquoi est-ce que selon toi accéder à la culture c'est un enjeu aussi important ?
- Speaker #2
Eh bien déjà l'accès à la culture c'est un droit. C'est vrai que c'est quelque chose qu'on a tendance à oublier mais il y a une loi qui est assez fondatrice là-dessus. Comme vous l'avez dit tout à l'heure, il y a la loi de 2005 pour l'égalité des droits et des chances. Et cette loi notamment, elle va obliger tous les ERP, donc les établissements recevant du public, à ouvrir davantage leurs portes pour... tout le monde, pour justement tendre à cette idée d'accessibilité universelle. Donc si on peut vulgariser un peu l'accessibilité universelle, c'est vraiment l'idée d'avoir accès à tout et pour tous, et surtout tendre vers une autonomisation du lieu par les publics. C'est-à-dire, c'est vrai que le type d'accessibilité auquel on pense le plus aisément, c'est le handicap moteur. Mais si je veux aller au théâtre et que, par exemple, il n'y a pas d'ascenseur où il n'y a que des marches, c'est vrai que la question... d'accessibilité et de faisabilité, elle va très vite se poser. Et aussi quand on parle d'accessibilité, on a tendance à oublier que l'accessibilité, elle n'est pas toujours d'ordre physique, mais elle peut être plutôt symbolique, sociale, mais aussi avoir tous ces codes un petit peu culturels qui ne sont pas toujours inculqués pour tous les publics, mais qui sont très importants. Donc là, on va être plutôt sur les questions notamment de handicap dit complexe. Donc ça peut être les personnes qui vont être concernées par handicap intellectuel. qui vont aussi avoir un handicap psychique ou un polyhandicap. Et pour qui accéder à la culture, ça va être aussi assez compliqué de base. Et donc l'idée, ça va être de montrer que c'est nécessaire et effectif. Et notamment pour les établissements médico-sociaux, on sait que très souvent, leurs journées sont organisées de manière très routinière, donc très centrées autour des soins, autour... des besoins vitaux. Et la culture, ça devrait être aussi un besoin vital, parce que c'est un lieu de rencontre, c'est un lieu d'émulation collective, c'est vecteur d'émotion, et ça va en tout le moyen aussi de découvrir ce que l'on aime, ce que l'on n'aime pas, mais de construire son identité. Et rien que pour ça, tout le monde devrait avoir accès à la culture.
- Speaker #1
Tu te reconnais dedans, Ima, vu que tu travailles aussi dans la culture ?
- Speaker #0
Oui, complètement. Je considère que la culture est vraiment créatrice des imaginaires et c'est ce qui nous permet de faire société. Mais j'aimerais aussi dire que ce n'est pas seulement une question d'accessibilité à la culture, mais c'est aussi une question d'accessibilité aux pratiques. C'est quelque chose que je rencontre beaucoup avec les différents publics que je peux rencontrer, cette envie, ce besoin de pouvoir vivre la culture. Je pense par exemple à des personnes... qu'on accompagnait et qui nous disait, ben oui, vous faites des stages au théâtre, nous aussi, on aimerait beaucoup pouvoir participer à ces stages. Donc ça pose plein de questions et voilà, c'est multiple et c'est très intéressant. Et je me demandais, Florine, tu as parlé de plusieurs types de handicap. Est-ce que tu penses que, assez synthétiquement, tu pourrais, voilà, une petite phrase, parce que c'est très complexe, donc évidemment, à part rentrer dans ce sujet, mais un peu décrire les handicaps que tu as cités ?
- Speaker #2
Oui, complètement. C'est vrai que ce serait très réducteur de parler du handicap en quelques phrases, parce que j'aime bien le rappeler en formation, notamment dans le cadre de mon métier, mais le handicap, c'est vraiment envisagé comme un continuum, comme un spectre. Et donc, réduire une personne à telle ou telle caractéristique, ça reviendrait à faire de l'essentialisme, c'est-à-dire prêter des caractéristiques générales pour chaque type de handicap. Donc, comme tout individu, on sait que tout le monde est différent, donc pour le handicap, ça va être la même chose. En tout cas, dans le cadre des relax, très souvent, on va parler du terme complexe. Handicap complexe, ça ne veut pas vouloir dire par opposition qu'il va y avoir des handicaps simples et d'autres qui sont plus complexes. Ça va vouloir plutôt se dire que le handicap peut impacter la vie de la personne à différents niveaux. Ça peut être sur les niveaux de communication, de cognition, la capacité aussi à raisonner, à s'adapter à son environnement. Ça peut être dans les interactions sociales, certes ça peut toucher aussi les capacités motrices. Donc pour être un petit peu plus général, quand je parle des relax, je parle plutôt de handicap complexe. Après c'est vrai que nos publics, ça peut être des personnes qui vont être concernées par un handicap intellectuel. Donc là c'est plutôt ce qu'on appelle... Donc une déficience intellectuelle qui souvent est visible aussi d'un point de vue assez biologique. Après, on peut aussi avoir des publics qui sont concernés par le handicap psychique, qui est encore un handicap dont on parle très peu aujourd'hui, parce qu'il est encore trop sujet à plein de stéréotypes, ne serait-ce que dans la culture populaire, par exemple, quand on parle de handicap psychique et que l'on va évoquer la bipolarité ou la schizophrénie. Potentiellement, certaines personnes vont assimiler ça à certains films qu'elles ont pu voir et qui dépeignaient malheureusement des profils très extrêmes et qui ne sont pas du tout représentatifs de la réalité. Donc l'objectif aussi des formations que l'on dispense à Culture Relaxe, ça va être de beaucoup déconstruire et d'expliquer aussi qu'encore une fois, chaque personne est très différente. Ensuite, les publics que l'on peut accueillir, c'est les publics qui vont être en situation de polyhandicap. Donc contrairement à ce que son nom l'indique, ce n'est pas vraiment une combinaison de plusieurs types de handicaps, c'est vraiment un handicap à part entière où la personne va être à la fois concernée par une déficience intellectuelle et motrice assez importante et qui peut aussi pas mal l'impacter dans son quotidien et de facto pour aller au cinéma ou au spectacle vivant. Ensuite on peut parler des TSA, donc les troubles du spectre autistique. C'est vrai que les verbatimes ont beaucoup changé au fur et à mesure des années. Avant on parlait d'autisme, maintenant on utilise plutôt le terme TSA. Il y a même certaines personnes concernées par l'autisme qui s'identifient en disant « je suis TSA » . Et on voit de manière générale autour du handicap qu'il y a une réelle revendication des droits et une précision apportée à la terminologie, à comment on va définir la personne. Non pas que par le prisme de son handicap bien évidemment, mais par la personne elle-même et donc ses goûts, ce qu'elle aime, ce qu'elle n'aime pas, sa personnalité, etc.
- Speaker #0
Et donc, très concrètement, pour poser vraiment les choses, à qui s'adresse Culture Relax ?
- Speaker #2
Eh bien, je dirais à tout le monde. Les séances Relax sont vraiment des séances pensées en inclusion. Donc, ce ne sont pas des séances qui sont réservées pour les personnes en situation de handicap complexe. L'objectif, c'est justement de se faire rencontrer des mondes différents, des publics différents qui n'ont peut-être pas forcément l'occasion de se côtoyer au quotidien. Pour des personnes qui sont en situation de handicap complexe, elles sont encore trop souvent invisibilisées dans la société. Donc l'objectif aussi de ces relax, c'est d'avoir une sensibilisation commune à grande échelle, où les publics prennent conscience aussi potentiellement d'une exclusion culturelle qu'ils ignoraient. Et pour les publics directement concernés par le handicap, c'est aussi le fait de montrer que c'est possible de partager les salles. c'est encore une fois nécessaire et que ça fonctionne. à condition bien évidemment de respecter quelques petits fondamentaux, notamment l'information de tous les publics, pour être sûrs et certains que chacun soit complètement à l'écoute des autres et adhère aux règles du jeu des représentations relax.
- Speaker #0
Parce que c'est vrai que la posture du spectateur a beaucoup évolué au fur et à mesure du temps. Il y a eu vraiment un apprentissage d'un rôle social. Quand le spectacle s'est mis vraiment à jouer dans des salles dédiées, avec la hausse des prix et donc l'apparition de certains codes bourgeois et des injonctions aussi silencieuses et très excluantes. Est-ce que tu peux en parler un petit peu concrètement ? En quoi ça se matérialise ?
- Speaker #2
Totalement. D'ailleurs, ce qui est intéressant de rappeler, c'est que ces fameux codes de salles qui sont aujourd'hui très hermétiques ne l'ont pas toujours été dans le passé. À l'époque, notamment l'époque des Lumières. le spectacle vivant était davantage vivant. Donc il y avait une émulation naturelle dans la salle, c'était assez effervescent, les gens criaient, mangeaient, bougeaient. Et petit à petit, comme tu le dis, il y a eu aussi une réglementation des codes de salles et forcément on est plus aujourd'hui sur la politique du chute, sur le fait de recevoir une proposition qui va être assez descendante. Et il y a aussi une rupture. entre l'espace scénique et l'espace du public que l'on observe de plus en plus. Alors ça, c'est aussi quelque chose de très culturel, notamment en France. Mais si on va dans d'autres pays, les codes de salles ne vont pas être forcément les mêmes. Donc c'est à la fois quelque chose qui évolue sur la temporalité, mais aussi en termes d'origine géographique. Et fort heureusement, aujourd'hui, on revient de plus en plus à des formats assez souples, avec notamment des spectacles participatifs, où on va justement jouer avec le public et revenir aux fondamentaux du spectacle vivant qui impliquent le public.
- Speaker #0
Et donc, comment vous, à Culture Relax, vous faites en sorte de remédier à ce problème-là de codes très peu souples ? Qu'est-ce que vous mettez en place ?
- Speaker #2
Alors, le pilier des séances relax, ça va être l'information. L'enjeu, c'est qu'aucun spectateur n'assiste à une séance relax sans en y être informé. Toujours laisser le choix à tous les spectateurs pour que la séance se passe de manière la plus sereine possible. Les établissements partenaires vont communiquer via différents canaux. Ça passe par le site internet, sur la billetterie, dans la brochure de saison, sur les réseaux sociaux, dès qu'il y a un mail de réservation. Il y a aussi l'importance de la signalétique, notamment le jour J. On voit que le dispositif relax est assez ancré. dans la politique de l'établissement finalement, puisqu'il y a vraiment un guichet d'accueil spécifique pour les représentations relax. Il y a aussi notamment la présence d'un espace détente sur ces séances relax, donc il y a un espace de retour au calme dans lequel les publics peuvent aller s'ils ont un trop-plein d'émotions pendant le spectacle, en amont ou en aval du spectacle. Et surtout, ce qui est très important, c'est le mot de bienvenue au micro. qui est prononcée par une personne qui pilote le projet Relax dans l'établissement. Parfois même, ça va être un directeur de l'établissement ou ça peut être les artistes. Et là, c'est vraiment très fort puisqu'il y a vraiment une synergie qui s'opère. Les artistes vont vraiment prendre part à ce projet. Et on sait que la parole des artistes est encore plus importante pour attester la légitimité du dispositif.
- Speaker #0
Ce à quoi je pensais, c'est qu'il y a pas mal de personnes qui ne s'identifient pas forcément au handicap et qui vivent les séances relax de manière beaucoup plus sereine qu'une venue traditionnelle au théâtre. Je pense à des choses toutes bêtes, mais simplement la peur, par exemple, de sortir de la salle pour aller faire pipi. Il y a plein de choses comme ça où on peut avoir peur d'aller au théâtre, au cinéma, parce que c'est compliqué et qu'on soit concerné par le handicap ou non. souvent les mises en accessibilité, quelles qu'elles soient, parce que là, on parle beaucoup des handicaps complexes, mais... Pour toutes les formes d'accessibilité, on observe que souvent, des publics habituels peuvent en bénéficier et que ça peut aussi permettre, le mot conquérir est un peu étrange, mais conquérir de nouveaux publics puisque ça allège l'expérience devenue et ça permet de passer aussi le pas de la porte de théâtre ou de cinéma ou autre plus sereinement.
- Speaker #2
C'est complètement ça et ce que je rappelle aussi dans les formations, c'est... Les publics de ces relax, ça va au-delà du handicap, mais ça peut être aussi des personnes qui peuvent avoir momentanément besoin d'un cadre un peu plus assoupli. Pour donner un exemple, il y avait une personne qui faisait une chimiothérapie et elle nous a expliqué après la représentation relax que c'était plus simple de venir sur une représentation relax parce qu'elle savait qu'elle pouvait justement sortir de la salle, accéder à l'espace détente et son état de santé ne lui permettait pas de se faire enlever. pas forcément de rester assise pendant 1h30 et de recevoir la proposition de manière sereine et détendue. Donc le fait d'avoir ces codes de salle assouplis, ça a permis de lui enlever un poids sur les épaules. Ça peut être aussi des personnes sujettes aux migraines, dont je fais partie, et effectivement avoir la possibilité de sortir de la salle, d'avoir un retour au calme, c'est très précieux. Pour donner un autre exemple, il y avait aussi une personne qui est venue avec un appareil respiratoire. Et cet appareil faisait beaucoup de bruit. Et elle expliquait aussi que dans les séances relax, il y avait moins de jugement, il y avait plus de bienveillance et qu'elle se sentait plus à même de sélectionner une séance relax plutôt qu'une séance entre guillemets ordinaire, parce que les personnes autour d'elle étaient plus sereines et plus ouvertes au fait que, certes, il y allait peut-être avoir un... un bruit de fond pendant la représentation, mais que c'était tout à fait normal et acceptable.
- Speaker #0
J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de structures culturelles qui se saisissent de la question. Cette année, ces dernières années, est-ce que c'est une impression ou est-ce qu'effectivement on assiste à une prise de conscience ? Qu'est-ce que vous, vous observez au niveau de l'association ? Et si oui, pourquoi, selon toi, on assiste à ce mouvement-là ?
- Speaker #2
Alors, à l'échelle de l'association, c'est vrai qu'on a pas mal de demandes entrantes pour des nouveaux dispositifs. On a le luxe de ne pas avoir à faire de prospection, aussi parce que les établissements identifient de plus en plus le dispositif relax. Et il faut rappeler aussi qu'en 2025, c'était les 20 ans de cette fameuse loi de 2005 sur l'égalité des droits et des chances. Loi qui, pour rappel, oblige les établissements recevant du public à... ouvrir davantage leurs portes en faveur de l'accessibilité. Sauf qu'aujourd'hui, quand on fait le constat, certes, il y a beaucoup de choses qui se font, mais il y a encore beaucoup de lacunes. Donc, je pense que la réflexion autour de ces 20 ans, c'est aussi faire un petit état des lieux sur qu'est-ce qui a été fait, quels sont nos manquements, sur quoi on va travailler. Et quand les établissements, en tout cas de spectacles vivants, veulent se lancer dans la démarche d'accessibilité. La première chose auquel on pense, ça va être très souvent l'accessibilité physique, puis peut-être des adaptations en LSF, donc en langue des signes française, ou du surtitrage, des audiodescriptions. Mais la question du handicap complexe, elle est un petit peu plus sensible, on ne sait pas trop comment appréhender ça. Donc on observe à l'échelle de Culture Relax aussi davantage de demandes, parce que les établissements ont aussi... Déjà effectuer une mise en œuvre de l'accessibilité via les dispositifs précédents assez tangibles que je viens de citer, donc LSF, etc. Mais il reste encore pas mal de chemin à faire, mais je pense qu'on est plutôt dans la bonne direction.
- Speaker #0
Là, je me permets un peu de sortir de ce sujet-là, mais une question qui est hyper importante, je pense, pour nos auditeurices, parce que c'est une question qui fait un peu peur, c'est la question du vocabulaire.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #0
on connaît l'importance des mots et aujourd'hui il y a beaucoup de débats sur les termes à employer pour désigner les personnes concernées on dit parfois tout simplement et c'est même parfois une revendication des personnes concernées de dire personnes handicapées on dit également personnes handies, personnes en situation de handicap et on dit même issues de la diversité capacitaire dans certains milieux académiques toi qu'est-ce que tu en penses et quels sont les termes que tu utilises depuis ta position ?
- Speaker #2
Je pense qu'il n'y a pas de réponse parfaite, puisque ça va dépendre de la sensibilité de chaque personne concernée. En formation, j'ai plutôt tendance à utiliser le terme « personne en situation de handicap » , peut-être aussi parce que c'est le terme avec lequel les personnels des établissements se sentent le plus à l'aise. Donc je vais avoir tendance à privilégier potentiellement ce terme plutôt qu'un autre. Après, la question de la terminologie, elle est très importante et elle évolue. extrêmement rapidement des choses que l'on pouvait dire il y a peut-être 5 ans. En fait, on ne se permet plus du tout de les dire aujourd'hui. Et dans 2 ans, ce sera encore pareil. Donc, il faut toujours faire une petite veille sur quels termes sont les mieux réceptionnés et surtout effectuer cette veille auprès des personnes concernées. Et encore une fois, ça peut aussi varier auprès des personnes concernées. Donc il y a... pas de réponse parfaite et moi encore en formation, j'en apprends tous les jours, notamment auprès des personnes qui peuvent être concernées par un handicap.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des ressources, des points de référence vers lesquels tu vas justement pour faire cette veille et aller vers l'information des personnes concernées ?
- Speaker #2
Le mieux, c'est d'aller un peu sur les sites de tête de pont. les grands réseaux du handicap. On peut penser par exemple à l'UNAPI, à l'Arche en France. Il y a plein d'associations qui communiquent avec leurs propres termes. Effectivement, je n'ai pas encore trouvé le moyen parfait de communiquer, mais justement, de formation en formation, c'est un petit peu comme une étude de terrain. Je vois que quels termes sont peut-être un peu plus sensibles et lesquels sont plutôt à privilégier. Mais par exemple, il y a des choses qu'on ne se permet plus de dire en formation, typiquement pour donner un exemple, c'est le handicap mental. Maintenant, on parle de handicap intellectuel parce que handicap mental peut potentiellement être corrélé à déjà les questions de santé mentale. C'est vrai que pendant le Covid, on a énormément évoqué la santé mentale, donc potentiellement ça peut porter à confusion pour certaines personnes. Mais aussi d'autres personnes concernées au cours d'un échange m'avaient dit que ça renvoyait trop malheureusement à l'insulte, alors excusez-moi du mot, mais malade mental. C'est pour ça qu'on a souhaité adopter un terme un petit peu plus... un petit peu plus peut-être neutre, mais aussi plus précis et plus factuel sur ce qu'est le handicap intellectuel qui touche donc, comme son nom l'indique, les capacités intellectuelles de la personne.
- Speaker #0
Et je pense qu'évidemment, comme il n'y a pas un tout homogène, il s'agit de s'adapter selon la personne et selon les sensibilités des gens. C'est toujours être en contact avec les personnes et leur demander tout simplement. et... Ce que Arthur Omouet disait lorsqu'il avait fait une conférence, c'est que lui, il aimait bien ce terme en situation de handicap. Et je pense que pour plein de personnes, c'est aussi une forme de révolution, parce que c'est ce qui est dit aujourd'hui dans les textes de loi, les textes institutionnels ou académiques. Parce qu'avant, dans les textes de loi, on disait les personnes inadaptées. Donc, c'est qu'il y a quand même une avancée et une manière d'inverser le regard sur la situation et sur la société inaccessible qui crée le handicap. et après il y a pas mal de personnes, et j'en ai beaucoup entendu dans les nouvelles générations, qui disent « oui, mais ce n'est pas un gros mot, personne handicapée » . Donc moi, je dis ça, et quand on dit « en situation de handicap » , j'ai l'impression qu'on sanctuarise un peu. C'est intéressant, ce sont des débats qui sont mouvants et qui changent en permanence, qui évoluent. Donc suivre ça de près et s'adapter,
- Speaker #2
je pense.
- Speaker #1
Et aller vers la parole des personnes concernées.
- Speaker #2
Toujours, on ne va pas... parler à la place d'eux, mais d'abord leur demander leur avis sur tel ou tel sujet.
- Speaker #0
Et c'est pour ça que dans le cadre de l'accessibilité, on essaie de toujours travailler avec des personnes concernées. Dès qu'une décision est prise, une mesure est prise ou qu'une accessibilité est mise en place, c'est toujours avec le travail de personnes concernées qui vont avoir un regard bien plus juste sur une situation que nous, on n'appréhende pas forcément de la bonne manière parfois.
- Speaker #1
Et justement, peut-être pour revenir à comment, quand on est une structure culturelle ou un ou une actrice, actrice du médico-social, on met en place, comment on fait pour se lancer dans l'accessibilité ? Quels seraient tes conseils pour commencer, pour se lancer dans l'accessibilité ?
- Speaker #2
Déjà, ne pas avoir peur. Parce que si on a peur, on ne tente rien. Et certes, la peur, c'est une envie de bien faire. mais ça peut aussi... nous laisser dans un état de stagnation. Et aussi, il ne faut pas... Penser petit pas, mais penser grand pas. C'est-à-dire que ça ne sert à rien de monter une multitude de dispositifs d'un coup, si ce n'est pas viable sur le long terme. Le mieux, c'est de monter un projet après un projet, mais le faire de manière solide et surtout en impliquant toutes les équipes.
- Speaker #0
Dans la mesure du possible, toutes les équipes de l'établissement culturel. Plus on va impliquer la direction, la communication, le service de production, des relations publiques, plus on va avoir cette transversalité dans l'équipe et on va être certain de faire les choses de manière beaucoup plus convaincue et beaucoup mieux. Donc déjà sensibiliser. Tout le monde en interne sur ces questions-là, ne pas avoir peur et penser petit pas par petit pas.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des exemples qui te viennent en tête de dispositifs qui ont été mis en place mais qui n'ont pas marché ?
- Speaker #0
Alors, dans certains cas, ça peut être une inadéquation entre le dispositif et les publics. donc typiquement on peut penser aux adaptations de spectacles par exemple en langue des signes on sait que mobiliser la communauté sourde et malentendante c'est très compliqué parce que les personnes vont avoir une culture à part entière et parfois quand aller au théâtre ça peut encore sembler très difficile pour les publics. Donc même si on va proposer des représentations en langue des signes, c'est pas parce qu'on propose une représentation que le public va venir naturellement. Il y a aussi un travail de développement des publics qui est très important. Et ça, il ne faut pas l'oublier, et c'est ce que je rappelle beaucoup en formation aussi. Certes, on va proposer des représentations relax, mais il faut aussi, du côté des établissements, aller chercher les publics, montrer que ça existe. Parce qu'en fait, il faut aussi faire remonter l'information. Et ça, c'est... une part extrêmement importante de notre travail. Et encore une fois, beaucoup rassurés, notamment pour les publics que l'on peut accueillir dans les séances relax. Quand bien même les personnes savent que c'est une séance relax, elles vont toujours venir avec leurs craintes, leurs appréhensions, leur « et si il se passe telle ou telle chose ? » . Donc, être toujours dans cette démarche d'échange, d'aller vers, et surtout d'échanges personnalisés.
- Speaker #2
Et ça, je suis complètement d'accord avec toi. Nous, c'est le plus gros du travail qu'on a au Théâtre du Nord.
- Speaker #1
J'ai été à la question.
- Speaker #2
Oui, et du coup, ce qu'on fait, c'est qu'on se déplace beaucoup dans les associations et on explique ce que c'est que les dispositifs relax, on explique comment ça se passe, on propose éventuellement des scénarios sociaux pour prévoir la venue et on propose également des visites du théâtre en amont pour un peu se représenter ce que c'est que de venir au théâtre. Donc là, on est assez contents avec la mise en place du dispositif parce que le public rencontre vraiment le dispositif. On a beaucoup de public, donc on est super contents. Mais ça a été un travail assez long de créer de la confiance aussi avec ces personnes et de faire un accompagnement qui est vraiment spécialisé et individualisé pour chacun, chacune.
- Speaker #1
Je propose de finir par un petit tour de table de nos recommandations culturelles. Voilà, parce que quand même, la culture, c'est trop bien. Ima, peut-être, si tu veux.
- Speaker #2
Alors moi, ma petite recommandation culturelle, c'est... Un documentaire qui s'appelle Creep Camp, qui existe sur YouTube, enfin il est trouvable sur YouTube et il est également sur Netflix si je ne me trompe pas. C'est un documentaire qui est construit à partir de plein d'images d'archives qui ont été tournées dans un camp de vacances dans les années 50-70 à destination de personnes handicapées. Donc plein de types de handicaps différents. Et en fait, ce lieu devient pour ces personnes, dans un contexte où la société était encore plus dure qu'actuellement avec les personnes en situation de handicap, un lieu d'émancipation et de politisation très fort, de prise de conscience aussi collective de ce que c'est que le handicap dans la société dans laquelle ils évoluent. Et on suit les trajectoires et les parcours de certaines personnes qui participent à ce camp de vacances et qui deviennent des... symbole des militants assez importants dans le mouvement aux Etats-Unis pour le droit des personnes handicapées. Donc c'est hyper intéressant et c'est un très beau documentaire. Je le recommande.
- Speaker #0
Ça donne envie. Tu en parles très bien en tout cas.
- Speaker #1
Florine ?
- Speaker #0
Pour ma part, vous allez dire que je prêche mon ancienne paroisse. Oui, je vais parler d'un spectacle de la Villette. moi c'est un spectacle qui m'avait beaucoup transcendé quand je suis arrivée à la Villette il s'agit d'une édition d'un grand spectacle de danse qui s'appelle Golden Stage et là cette année ils vont proposer la 11ème édition je crois, donc le Golden Stage qui est vraiment un temps phare de la programmation de danse urbaine, donc plutôt hip-hop de la Villette qui est souvent un plateau partagé où se succèdent différentes compagnies au plateau qui vont montrer Oui. Une partie spécifique de la danse hip-hop avec toutes leurs couleurs, toutes leurs narrations. Et très souvent, c'est animé par un MC, par un maître de cérémonie, donc qui met l'ambiance en salle. Et l'année dernière, notamment, il y avait Jules Turlet, qui est un comédien, danseur, et qui avait pris le rôle de MC en LSF. C'était un moment très fort. D'autant plus que dans la salle, il y avait... plein de jeunes. Il y avait aussi une très belle relax la saison dernière. Il y en aura toujours une cette année. Donc voilà, c'est toujours des moments d'émulation qui sont très forts et qui nous montrent à quel point la culture c'est beau et à quel point ça peut nous amener à échanger tous ensemble malgré nos différences.
- Speaker #2
Et vous pouvez retrouver Jules Turlet au Théâtre du Nord sur le truc avec Lorenza Chiu en mai et juin.
- Speaker #0
C'était le point promotion.
- Speaker #1
Moi, je vais vous recommander le roman graphique La différence invisible de Julie Dachez, qui va raconter sa propre histoire et c'est illustré par Mademoiselle Caroline. Et donc, ça raconte l'histoire d'une jeune femme, c'est autobiographique, qui découvre son autisme, le découvre un peu... par des recherches internet, on suit un peu son parcours où d'abord elle navigue dans la société. En fait, c'est une BD qui est à la fois militante et autant que pédagogique parce qu'à la fin, il y a un cahier documentaire qui rassemble des conseils et des ressources qu'elle a rassemblées parce que justement, elle a fait face dans sa découverte de difficultés à trouver des renseignements comme on en discutait sur concrètement toutes ces thématiques-là où des fois, c'est un peu compliqué d'accéder à de l'information. C'est la fin. On se retrouve, on espère, bientôt dans un prochain épisode.
- Speaker #0
A bientôt. Merci beaucoup pour l'invitation. Merci beaucoup, Florine.