- Speaker #0
Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans le deuxième épisode de CyberWomen, le podcast qui donne la parole aux femmes dans le secteur de la cybersécurité. Dans chaque épisode, j'ai le plaisir d'interviewer une experte du domaine pour mieux comprendre son cheminement personnel et professionnel. L'objectif est de montrer la diversité des profils qui œuvrent dans ce secteur en pleine évolution. Aujourd'hui, nous accueillons Amandine Metayer, qui évolue en tant que Responsable communication marketing chez OZINT et Opix. Je vous souhaite une agréable écoute de notre entretien. Merci Amandine d'être notre invitée. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter succinctement ?
- Speaker #1
Alors, je travaille dans trois structures actuellement. Je suis associée fondateur au sein d'une société qui s'appelle Digital Team, qui fait des créations de sites internet, où je suis chargée de communication et intégratrice HTML/CSS. Donc là, des fonctions plutôt techniques. Je travaille également au sein d'une autre société qui s'appelle Opix, qui fait de la cybersécurité, où là, je vais être plutôt administration des ventes, support communication. Et enfin, la grosse actualité du moment, effectivement, la société OZINT, où je suis également associée fondateur, avec des fonctions chargées de communication interne comme externe, animation de la communauté, et tout ce qui est animation LinkedIn notamment, qui est assez visible. J'ai 47 ans, je suis mariée et heureuse maman d'un enfant.
- Speaker #0
Est-ce que vous pouvez me décrire votre parcours scolaire d'abord, universitaire ensuite, avant d'entrer dans le monde professionnel ?
- Speaker #1
J'ai fait des études littéraires. Je me destinais à devenir documentaliste d'entreprise, ce qui n'était pas très bien compris à l'époque. C'était apprendre les langues, apprendre la philosophie à l'époque. Avec un métier tout tracé pour moi. Et tout a changé parce que quand je suis arrivée en IUT documentation d'entreprise, il est arrivé un truc incroyable dans le monde et surtout en France, l'arrivée d'internet qui a complètement remanié les cartes. Et du coup, cette volonté d'apprendre l'intelligence économique, les nouvelles technologies de l'information, la veille technologique, ça s'est un peu transformé avec comprendre ce qu'était cette nouvelle machine qui arrivait. Et je me suis lancée à corps perdu comme plein de pionniers. On a débroussaillé le terrain, apprendre à faire les premiers sites internet et puis rédiger des documentations pour ceux qui avaient besoin de comprendre ce qui se passait, apprendre aux gens à s'en servir petit à petit. Donc de la documentation d'entreprise, je suis passée un petit peu côté grand public, à faire de la sensibilisation, des choses comme ça. Et j'ai retrouvé plus tard tout le goût de la documentation d'entreprise différemment. Donc des études courtes puisque j'ai fait un IUT de documentation. Le parcours scolaire s'est fini bien plus tard, j'ai fait une reprise d'études, de la formation continue avec un Master en stratégie d'entreprise.
- Speaker #0
Pourquoi avez-vous choisi de vous spécialiser dans la communication, le marketing et le numérique en particulier ? Qu'est-ce qui vous motive dans ce domaine ?
- Speaker #1
La documentation d'entreprise, c'était faire circuler l'information, acquérir et faire circuler l'information à l'intérieur de l'entreprise. Et avec Internet, on pouvait faire quelque chose de beaucoup plus grand. On pouvait faire circuler l'information auprès du grand public. C'était une démocratisation incroyable des connaissances, du partage des connaissances. Donc, ce n'est pas si éloigné que ça, en fait. C'est juste des moyens nouveaux qui sont apparus. J'ai eu l'opportunité de pouvoir prendre en main petit à petit, au travers de rencontres incroyables. Et j'ai gardé ce goût de... à chaque fois que j'apprenais quelque chose, de dire, c'est extraordinaire et il faut que les autres en profitent. Et la communication pour ça, il se trouve que c'est quelque chose pour lequel j'ai des petits talents qui servent et partout où je peux les utiliser quand ça sert à quelqu'un, je ne m'en prive pas. Donc au début c'était dans des entreprises, j'étais salariée et puis depuis plus de dix ans maintenant, je fais ça au sein de structures que j'ai cofondées avec d'autres.
- Speaker #0
Justement, par rapport à cela, est-ce que vous pouvez me décrire vos rôles et responsabilités au sein des différentes entreprises où vous avez travaillé ?
- Speaker #1
Oui, la prise de rôle, elle est assez naturelle parce que les gens avec qui je travaille, on a tous des compétences qui sont très différentes. Donc, on a chacun notre territoire avec beaucoup de respect pour celui des autres. Donc, c'est des belles complémentarités. On apprend beaucoup les uns des autres.
- Speaker #0
Et dans vos expériences antérieures également, quelles responsabilités avez-vous eues ?
- Speaker #1
C'est particulier, des responsabilités assez peu. J'ai souvent été une carte joker. C'est-à-dire que je suis rentrée pour une fonction parce que les RH, quand ils embauchent, il faut qu'il y ait une étiquette sur le CV. Et dans les faits, je ne sais pas tenir en place. Donc, j'ai testé des tas de fonctions partout où il manquait quelqu'un dans une équipe, quand il y avait un besoin. J'ai fait de la formation. J'ai fait du déploiement d'applications sur le terrain. J'ai fait de la communication classique à créer et tenir des stands. Je ne me suis pas refusée grand-chose comme activité et souvent ça plaisait bien en entreprise parce que c'est difficile d'embaucher 20 000 personnes sur chaque spécialité, mais c'est bien pratique d'avoir un électron libre qu'on peut déplacer aux besoins des urgences.
- Speaker #0
Et vous aviez quel type de rôle et quel type de responsabilité dans ces différentes fonctions ?
- Speaker #1
J'ai été intégratrice, j'ai fait de la mise en page dans le milieu de la presse écrite, j'ai fait de la documentation chez M6 pour la gestion des rushs, j'ai été assistante commerciale, j'ai été déployeuse de solutions techniques dans les hôpitaux... Oui, j'ai travaillé dans le monde des hôpitaux, l'informatique médicale. J'ai fait de l'installation et de l'assistance à l'accès à Internet pour le monde des acteurs du tourisme de sport d'hiver. Donc, c'est vraiment beaucoup de choses très différentes dans des secteurs industriels très, très différents. J'ai eu l'occasion de vivre des... des problématiques complètement différentes.
- Speaker #0
Et du coup, pour vous, quelles sont les qualités essentielles pour réussir aujourd'hui dans ce poste, ou en tout cas l'un de ces postes, parce que vous avez eu un parcours extrêmement diversifié, en tant que responsable de communication ?
- Speaker #1
Il faut beaucoup d'adaptabilité, parce qu'on est dans un secteur qui évolue très vite. Les techniques évoluent, les crises se suivent et ne se ressemblent pas. Les gens sont très mobiles, les équipes ont tendance à changer souvent. Donc, il faut être prêt à l'imprévu tout le temps, il faut être extrêmement curieux pour détecter les signaux faibles, les tendances qui arrivent, celles qui repartent. C'est ça, je dirais que c'est vraiment être très curieux. Et être capable de se remettre en question et de dire, bon, il faut tout changer.
- Speaker #0
Justement, sur cette conduite du changement, ou du moins le management, qui est l'une de vos casquettes également, comment vous décririez votre style de management ?
- Speaker #1
Pour moi, le cœur, c'est vraiment l'humain. Les outils peuvent changer, mais les outils sont rien sans les humains qui s'en servent. Donc, c'est vraiment être un maximum à l'écoute. Comprendre quand il y a des difficultés, d'où elles viennent, est-ce que c'est l'outil qui n'est pas adapté, parce qu'on ne changera pas les gens. Donc si les gens ne sont pas à l'aise, il faut trouver une autre organisation, un autre fonctionnement. Il faut savoir encourager les compétences personnelles qui ne sont pas forcément dans le cadre au début mais il faut trouver le meilleur de chacun et l'aider à se développer. Et il faut croire en l'autre, et je pense qu'à partir du moment où on croit en l'autre, on peut leur faire faire des choses extraordinaires
- Speaker #0
Pour rebondir là-dessus, quels sont vos outils ou méthodes favorites pour mener à bien vos projets de communication ?
- Speaker #1
C'est un peu particulier parce qu'OZINT, on est sur un projet qui est naissant avec des tout petits budgets. Donc, c'est beaucoup de temps bénévole de la part de tous les associés. On a la chance d'avoir un soutien incroyable de la communauté, qui croit en nos valeurs, qui croit à ce projet qu'on veut faire monter pour le bien d'un maximum de personnes. Donc, on a par exemple un outil Discord qui nous permet d'être en relation étroite avec nos utilisateurs. On essaye de garder le contact aussi avec tout l'écosystème autour de nous. E t au maximum d'y insuffler des bonnes pratiques, et de la bienveillance, et de l'entraide.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qui vous motive le plus dans vos activités quotidiennes ?
- Speaker #1
C'est de voir quand la communauté s'empare du sujet, propose des idées, des créations, et qu'on a juste à les pousser et à les mettre dans la lumière. et de les laisser s'épanouir. Les voir prendre leur place sur le terrain, c'est vraiment une super récompense.
- Speaker #0
Et comment vous arrivez justement à concilier ces activités professionnelles avec d'autres engagements que vous avez également, et dont on va parler un peu plus tard, notamment associatifs et citoyens ?
- Speaker #1
On ne dort pas beaucoup. On essaye de choisir des sujets quand même qui sont connexes, où on peut avoir des synergies qui se mettent en place. Et puis forcément, c'est la passion, ça aide toujours. J'ai la chance de pouvoir m'engager, d'avoir fait mes choix aujourd'hui en entrepreneuriat, en associatif. Donc c'est très porteur, ça donne de l'énergie. Et pour l'instant, les choses, c'est de la dentelle, ça se tricote l'un dans l'autre et l'associatif pousse le professionnel et le professionnel pousse l'associatif et c'est un gagnant-gagnant.
- Speaker #0
Pour revenir un peu plus sur la partie métier, quels sont selon vous les enjeux actuels et futurs de la communication numérique en particulier ?
- Speaker #1
Alors, sur un plan technique, forcément, ça va être les réseaux sociaux. On est en plein dedans. Ce qui est compliqué, c'est qu'ils ont tendance à se multiplier. On en a vu monter et redescendre, comme Clubhouse il y a deux, trois ans, où c'était l'endroit où il fallait être. Certains ont dû investir du temps pour y aller et ce n'était pas une réussite. Aujourd'hui, on a Bluesky qui arrive, se pose la question d'y aller ou pas, d'occuper le terrain ou pas. Nous, on se concentre essentiellement sur LinkedIn parce qu'on est sur un public pro essentiellement et qu'il est plutôt bien ancré. Il y a des territoires plus difficiles à maîtriser comme Twitter, d'autres plus confidentiels comme Mastodon. C'est des milieux où il y a des tempêtes médiatiques qui sont violentes, incroyables, des campagnes de désinformation vraiment virulentes. Donc c'est une nouvelle... Avant, on avait finalement, avec la presse écrite, une capacité de censure qui était beaucoup plus simple. Aujourd'hui, la communication est très difficile à maîtriser. Elle est d'autant plus difficile avec un autre élément qui arrive aujourd'hui dont on entend parler partout, c'en est presque lassant, c'est l'intelligence artificielle. On a des productions de communication produites par l'intelligence artificielle, avec des réponses qui sont produites par les intelligences artificielles. Ce qui peut avoir des avantages, ce qui ouvre aussi la voie aux deepfakes. On l'a vu cette semaine les deepfakes sur Taylor Swift, où pour la première fois, même s'ils ont pris le temps... Twitter-X a quand même pris la peine d'interdire toutes les recherches sur le terme Taylor Swift pour arrêter la tempête et la protéger, donc on est vraiment dans des choses qu'on n'avait jamais vues jusqu'à présent. Et je pense qu'on n'imagine pas ce à quoi on va faire face, ce qui est devant nous. C'est ça qui est assez compliqué. C'est que... moi qui suis maintenant depuis 30 ans dans le monde d'Internet, le fait que ça existe et l'accélération qu'on a vue sur les moyens et la manière dont ils sont utilisés, c'est à la fois quelquefois pour le meilleur et quelquefois pour le pire. Mais j'aurais jamais pu vous décrire le monde d'aujourd'hui il y a 30 ans. Donc savoir qu'est-ce que les chargés de communication vont affronter dans 3 ans, dans 5 ans, certains s'y essayent, je vous avoue que pour moi c'est un peu jouer à Madame Irma. Parce qu'on ne sait pas comment va avancer la technique, le matériel, les possibilités que ça va ouvrir. On ne sait pas comment on va décider de faire évoluer l'éthique. Donc oui, c'est des grosses questions et c'est des gros enjeux.
- Speaker #0
Pour revenir justement sur les réseaux sociaux et leur rôle, comment vous analysez l'évolution du rôle des réseaux sociaux dans la communication des entreprises ?
- Speaker #1
Il y a une vraie responsabilité justement de choisir les bons messages. Je pense qu'on a plus que jamais besoin d'éthique. Ça peut faire une très grosse différence parce que les gens ont besoin de retrouver de la confiance et que, oui, on peut utiliser l'intelligence artificielle pour écrire nos contenus. Maintenant, il n'y a pas plus bête qu'une intelligence artificielle, il faut bien la guider. Donc ça va nécessiter paradoxalement de plus en plus de vraie intelligence émotionnelle, de l'intelligence humaine, pour bien diriger l'intelligence artificielle. Ça va être un outil, comme on a eu le correcteur orthographique dans Word. Il va falloir que l'intelligence artificielle, ça soit ça. Non pas celle qui donne les idées, mais celle à qui on donne les idées et on lui demande simplement de faire les choses proprement.
- Speaker #0
Pour revenir plutôt sur la partie orientation, quel conseil vous donneriez à un jeune diplômé ou à un jeune étudiant qui souhaite se lancer dans le marketing ?
- Speaker #1
Alors, ma grande passion en ce moment, c'est l'alternance. C'est vraiment quelque chose qui revient sur le devant. Et je pense que, justement, dans ce secteur qui est dans une mutation extrêmement rapide, on a besoin de l'école pour les fondamentaux. On a besoin de savoir ce que c'est qu'un SWOT, ce que c'est qu'une matrice de McKinsey, pour ceux qui connaissent le marketing. Il y a des basiques, je pense, qui perdurent encore 40 ans. Cependant, il faut garder pied avec l'entreprise, il faut rester connecté à l'entreprise un peu comme ça se fait beaucoup plus aux Etats-Unis par exemple, parce qu'il faut comprendre tout de suite à quoi servent les connaissances qu'apporte l'école et en alternance on a cet avantage d'avoir un... de recevoir de l'école du savoir, parce que tant qu'on est à l'école, ça n'est que du savoir figé. Et on peut le transformer en connaissance, quelque chose qu'on pratique en entreprise. Et on fait des allers-retours en revenant en cours, en disant, j'ai vu quelque chose en entreprise, ça ne correspondait pas à ce que j'ai vu en cours, qu'est-ce que j'en fais ? Et là, je pense qu'on aura des gens beaucoup plus opérationnels. Et beaucoup plus valorisants et valorisés en entreprise. Les écoles en 5 ans déconnectées de l'entreprise, dans un monde où les choses changent d'une année sur l'autre, ça me semble très difficile.
- Speaker #0
Justement, sur cette partie information, au vu des évolutions, comme vous l'avez rappelé tout à l'heure, l'IA, les changements au niveau des réseaux sociaux, la prise de parole des entreprises, etc. Comment vous structurez à titre personnel votre veille et comment vous valorisez toutes ces informations et cette masse gigantesque de veille que vous collectez au quotidien ?
- Speaker #1
C'est effectivement compliqué. C'est hyper frustrant. Parce qu'effectivement, on se rend bien compte qu'on ne peut pas faire le tour de la question. Donc, on essaye de repérer des personnes clés qui débroussaillent le terrain. Et je crois un peu aux coïncidences, donc je me laisse aussi porter par les coups de cœur dans les fils d'actualité. Alors c'est pour ça que pour ceux qui suivent un petit peu ce que je peux publier, c'est extrêmement hétéroclite. Parce que des fois ça va être de l'actualité, des fois ça va être un sujet plus, on va dire, purement intellectuel, mais qui me semble important de remettre au goût du jour, pour ne pas être toujours dans l'instantanéité, pour reposer des valeurs. On m'a souvent demandé de me spécialiser, de choisir un sujet. Est-ce que je parle que d'OSINT ? Est-ce que je parle que d'IA ? Est-ce que je parle que de communication ? Je suis une sale gosse, je ne veux pas choisir. Donc, je pense que ça dépend vraiment de chacun. Certains vont se spécialiser, vont tout savoir sur les IA, son histoire, son avenir, comment ça marche, de qui... qui fait et défait le temps sur ce sujet-là. Moi, j'aime bien ouvrir des portes et proposer aux gens et... de dire qu'il existe des choses et si ça vous intéresse, allez plus loin. Il y a un univers derrière. Donc, c'est vrai que je suis spécialiste en rien. C'est peut-être ça ma spécialité. C'est de rien m'interdire et d'ouvrir cette curiosité, de la partager avec les gens pour que chacun trouve sa voie peut-être.
- Speaker #0
On va revenir plutôt sur le côté associatif de vos implications. Pourquoi avez-vous choisi de vous impliquer particulièrement dans le projet Team for the Planet et en quoi correspond-il à vos valeurs ?
- Speaker #1
Alors Team for the Planet, ce qui m'a beaucoup plu quand ça s'est créé... je suis arrivée assez tôt dans le projet. Je n'ai pas une grosse activité, je fais partie des gens qui mettent de temps en temps un ticket tous les ans pour faire vivre, pour être un de plus dans la chaîne, parce qu'effectivement, plus on est nombreux, mieux c'est. Je ne suis peut-être pas le meilleur modèle écologique qui soit. L'informatique c'est pas non plus un sujet très propre mais j'aimais ce discours non moralisateur en écologie. Bien sûr que j'ai envie que le monde de mon fils de demain soit propre et vivable, je sauverais pas le monde en participant à cette association mais je peux apporter ma pierre de temps en temps à ma mesure et surtout sans dire aux autres vous êtes en train de tuer le monde et sans apporter de solution. J'aime qu'ils soient dans des propositions d'action et pas simplement dans des bilans catastrophistes.
- Speaker #0
Revenons à une partie un peu plus professionnelle ou du moins personnelle. Quels sont vos objectifs pour les années à venir ? Qu'est-ce que vous voyez faire dans 5, 10, 15 ans ?
- Speaker #1
J'ai eu plein de rêves. L'OSINT actuellement c'est un retour aux sources finalement, je redeviens documentaliste, je collecte des informations, je les rends intelligentes et je les redonne aux gens. C'était mon rêve de gosse et j'ai l'occasion d'y revenir, c'est une chance extraordinaire donc ça j'espère bien pouvoir jouer longtemps dedans. Je vais essayer de m'engager beaucoup plus dans la promotion de l'IT auprès des femmes, parce qu'on a terriblement besoin de recruter des femmes dans l'IT et dans la cyber. Pas parce que c'est des femmes, parce qu'il faut du monde et qu'on ne peut pas se priver de la moitié de l'humanité dans des sujets comme ça. Donc voilà, convaincre les parents, les enseignants, que quand une fille dit je ferais bien de l'informatique on ne lui réponde pas que c'est un métier d'homme, parce que ce n'est pas vrai, parce que c'est un milieu qui est, je trouve extraordinaire pour les femmes, beaucoup plus sécurisant que d'autres métiers qu'on leur conseille. Il suffit d'avoir un cerveau et le reste suit. Et jusqu'à preuve du contraire, le nôtre n'est pas plus mauvais que celui des hommes. Je trouve que c'est un milieu où les hommes au contraire sont plutôt accueillants puisqu'ils ont tendance à juger à la compétence et pas à la longueur de la jupe, donc voilà je pense que c'est des... il y a un gros travail à faire de changement de la vieille garde pour dire, faites appel aux jeunes filles dans les collèges, dans les lycées parce que c'est là que ça se joue. O n sait qu'à la fac, c'est perdu. On n'a déjà plus que 10% de filles qui partent dans les filières techniques. Donc, ça se joue très jeune et ça se joue à un âge où c'est l'entourage qui va pousser dans la bonne direction. Donc, voilà. Je m'engage de plus en plus là-dedans. Et puis, peut-être qu'un jour, tout ça ne sera plus pour moi. Peut-être que je ferai partie des trop vieux pour porter ce message-là. Et peut-être que je partirai dans tout à fait autre chose, dans les rêves, ouvrir une guest house pour faire découvrir des coins du monde à des gens, toujours partager.
- Speaker #0
Comment vous envisagez l'évolution du métier de communicant de manière générale dans les prochaines années ?
- Speaker #1
Il va falloir beaucoup se former. Il va falloir gérer énormément la partie émotionnelle, parce qu'on est dans l'instantanéité, à la fois dans la manière de travailler. Il y a eu une accélération incroyable. On envoie des mails et on veut une réponse tout de suite. On lance une campagne et on veut que le résultat soit tout de suite arrivé. Donc il y a un stress qui est monté dans les équipes incroyable, sur la performance et la performance rapide. On prend de moins en moins le temps de laisser les choses se faire et de donner sa chance à ce qu'on est en train de faire. Et c'est une pression incroyable. On voit aussi un partage privé-perso qui est de plus en plus flou. On part en vacances avec ses mails de boulot parce qu'il faut rien passer, il faut être là tout le temps, peut-être plus que les autres quelques fois. En tout cas quelques fois c'est comme ça qu'on le ressent et puis quand on en parle, on se rend compte qu'en fait c'est chacun qui s'est mis la pression alors qu'il n'y avait pas besoin, donc vraiment le facteur humain va être décisif. Je sais que des études sont en cours sur la souffrance au travail, sur le stress au travail, et notamment dans l'IT. Si je ne m'abuse, on a une fresque là-dessus qui a été faite par Cécilia Joncourt, que je recommande, qui fait des travaux extraordinaires sur ce sujet. Et je pense que dans la communication, on va avoir besoin aussi de travailler ces sujets-là. Parce que communiquer, ça demande de réfléchir, de comprendre d'où on vient, de décider où on veut aller, et pas seulement de distribuer de l'information pour faire du bruit et pour occuper le terrain.
- Speaker #0
Donc voilà, il y a une partie technique qu'il va falloir appréhender, mais si on n'y met pas de l'humain, ça ne servira vraiment à rien.
- Speaker #1
Pouvez-vous me parler un peu plus précisément des activités que vous avez au sein de la plateforme OZINT ? Votre quotidien, il ressemble à quoi ?
- Speaker #0
Alors OZINT, je surveille un petit peu toutes les conversations qui se font. Je vérifie que... que tout le monde trouve sa place, que tout le monde a le temps de poser ses questions, d'obtenir des réponses. Parce qu'il y a un enthousiasme incroyable et que forcément, il y a des gens plus actifs que d'autres. Donc, toujours bien penser à laisser de la place aux entrants parce que c'est essentiel. On a des gens qui sont extrêmement doués. Et qui ont un très bel esprit de partage. Et voilà, il faut qu'ils puissent le transmettre et il faut que ça soit mis en valeur, parce que c'est important aujourd'hui de valoriser les gens qui font des choses bien. C'est trouver de l'information pour alimenter leur curiosité. Essayer de collecter les informations sur les concours qui se lancent régulièrement et auxquels ils peuvent participer pour tester leur capacité, pour démontrer leur capacité quand ils ont besoin de le prouver sur le marché de l'emploi, trouver des conférences, parce que l'information dans le milieu de l'OSINT n'est pas toujours bien diffusée. Et que... voilà, on essaye enfin... moi j'essaye de la collecter le plus tôt possible, de la rassembler pour que... parce que les autres communautés aussi font des choses sympas et qu'il faut que ça se sache. On a... on veut pas être concurrents, on veut on veut être dans l'écosystème. On a tous un rôle à jouer et il faut que... il faut que tout le monde le ressente, donc il faut que les gens qui font de l'OSINT ou qui s'intéressent à l'OSINT aillent partout. On manque de formations, on manque d'information, donc il faut mettre en avant tout ce qui se fait et voilà en quotidien c'est ça, c'est entendre qui fait quoi et faire en sorte que ça se sache.
- Speaker #1
Intégrer une communauté à distance, ce n'est pas forcément évident. Est-ce que vous avez des conseils pour gérer la question du télétravail dans le domaine professionnel en particulier ?
- Speaker #0
Il faut... Enfin, il faut. Non, il n'y a pas de règle absolue. Il y a plein de manières de pratiquer le télétravail. Moi, ça fait dix ans maintenant que je suis en remote. J'ai la chance de pouvoir avoir un espace dédié complet, un poste de travail professionnel complètement équipé qui me permet de séparer mon activité professionnelle de mon activité privée. Il faut définir des temps, il faut s'y tenir. Il ne faut pas se dire que parce qu'on a gagné une heure et demie de trajet, parce qu'on est en télétravail, c'est une heure et demie de travail en plus qu'il faut donner. Au contraire, le télétravail, c'est un excellent moyen de développer sa vie privée qui donnera de la richesse au travail finalement, parce que quand on est équilibré, quand on est nourri d'autres choses que le travail, on est globalement une personne plus riche. Donc, en tant que télétravailleur, il ne faut pas se laisser déborder par le trapper chez soi. Il faut arriver à créer des barrières et en management, il faut faire confiance et il faut... c'est vrai qu'il y a des changements à faire souvent, c'est compliqué pour les managers qui n'ont pas l'habitude parce que souvent, il faut se mettre à manager à la tâche en disant je te confie une mission et je te fais confiance pour la réaliser dans les conditions dont on a convenu ensemble. E t il faut simplement vérifier de temps en temps que le télétravailleur n'est pas perdu, qu'il a les moyens qu'il lui faut, qu'il n'est pas seul avec le client et qu'il ne s'en sort pas. Il faut être beaucoup plus accompagnant que contraignant et pour tous ceux qui sont dans le monde de la cyber, c'est la panique totale parce que la sécurisation du télétravail, c'est aussi un des gros enjeux du moment, mais je pense que vous aurez d'autres interlocuteurs pour vous en parler.
- Speaker #1
Oui, oui, tout à fait. C'est une vraie question. On aura l'occasion d'en reparler dans un prochain épisode. À titre personnel, j'avoue que le télétravail, en particulier le full remote, a connu un vrai recul pour en avoir parlé avec un certain nombre de RH, en particulier dans le cyber, mais globalement dans les différents secteurs. Donc oui, c'est une vraie question et on aura l'occasion d'en reparler dans un prochain épisode.
- Speaker #0
Il y a un recul parce qu'on a eu un effet boom avec le Covid, où ça a été fait de manière sauvage, en urgence, sans préparation et sans choix surtout. On a dit aux gens rentrez chez vous et télétravaillez. On a dit aux équipes IT gérez le fait que les gens ne sont pas là et qu'il faut qu'ils se connectent. Ils n'étaient pas préparés à ça. Les managers n'ont pas été préparés à ça non plus. Personne n'était prêt, ça a été très dur. Le télétravail avec trois enfants à la maison dans un 60 m² à Paris, c'est l'enfer. C'est pas possible, on peut pas. On n'a pas tous des métiers qui peuvent être faits en télétravail, on n'a pas tous des domiciles qui peuvent être adaptés à du télétravail. Ça a été fait aussi sauvagement au niveau, tout bêtement, du matériel, de dire, est-ce que vous avez un ordinateur, est-ce que vous avez une table, est-ce que vous avez une connexion, qui doit payer pour tout ça ? Qui doit assurer la sécurité de tout ça ? C'est des questions qu'on ne s'est pas posées. Ça a été fait brutalement aussi, ce qui fait que quand on n'a pas l'habitude, garder le lien social à travers un écran, ce n'est pas évident du tout. Accepter de perdre du temps à faire des réunions juste pour se demander si ça va, ce qui se fait très bien à la machine à café le matin. En télétravail, si on ne pense pas à créer des moments comme ça, on peut se retrouver avec des grandes solitudes. Et effectivement, on peut se retrouver avec une partie du personnel qui dit plus jamais ça, qui veut revenir en open space ou en entreprise parce que déjeuner avec ses collègues, c'est important parce qu'il existe toute une... en entreprise... toute une information un peu underground qui se fait à la photocopieuse, à la machine à café, au déjeuner, sur le parking. Et quand on n'y est pas, on est au courant de moins de choses, petit à petit. Et du coup, on se sent moins effectif, moins intégré à l'entreprise. Donc, c'est vraiment à tous les étages de l'entreprise que ça se prépare. Ce qui n'a pas été possible avec le Covid et ça a créé des blessures. Donc... Ça va revenir parce que ça présente des vrais avantages en termes de liberté d'organisation. Je pense notamment sur les grandes agglomérations, les gens qui font une heure et demie de trajet matin et soir pour aller travailler. Si on peut leur en enlever la moitié, tout le monde sera gagnant. En écologie, dans les bouchons, en stress, en maladies socio-professionnelles. Donc ça peut revenir, il faut que ça trouve un juste milieu. Et que le management suive aussi...? Oui, mais le management il va falloir le former à ça, il va falloir vraiment que les entreprises, et c'est pas la même chose dans une grande entreprise que dans une petite entreprise, donc ça va... il faut vraiment qu'il y ait des groupes de travail qui se mettent en place par entreprise ou par groupe d'entreprise pour se poser la question à tous les étages. En même temps, il va falloir que l'IT dise attention, nous on a besoin de sécuriser le matériel, on a besoin de prendre en compte les problématiques de gestion du matériel parce que là on n'est pas juste à côté quand il y a un problème. Il va falloir que les RH voient comment gérer cette distance et tous ces nouveaux problèmes de stress, de solitude. Il va falloir que les managers soient formés à faire confiance, à piloter différemment. Et ce n'est pas juste une décision à la mode parce que tout à coup, on se retrouve avec des cabinets de recrutement ou des candidats qui disent moi j'exige d'avoir au moins trois jours de remote par semaine. Alors les entreprises se mettent en catastrophe à dire bon ok, il faut qu'on fasse du télétravail chez nous. Non, il faut que ça soit une discussion à tous les étages. Une entreprise, c'est un écosystème compliqué, il faut qu'il soit intégré.
- Speaker #1
Alors si vous voulez bien, on va revenir un peu sur l'OSINT. Quelles sont vos recommandations en matière de sécurité des données pour la pratique de l'OSINT ? Et peut-être pouvez-vous nous rappeler ce qu'est l'OSINT ?
- Speaker #0
Alors, l'OSINT, c'est Open Source Intelligence. C'est renseignement en source ouverte. L'idée, c'est de chercher de l'information sur tous les canaux accessibles au grand public. Ça va être la télé, ça va être les salons, ça va être... Avant, c'était la radio, ça a commencé par là. Et aujourd'hui, Internet est une source incroyable puisque tout le monde y raconte toute sa vie, les entreprises comme les particuliers d'ailleurs. Alors au début, c'était les militaires américains pendant la Seconde Guerre qui ont découvert que c'était quand même assez sympa et confortable de faire ça à distance sur ce que publiaient les autres. Aujourd'hui, c'est utilisé dans plein de métiers, en intelligence économique, en journalisme, en cyber. Certains ont tendance à penser que ça va devenir un métier à part entière, de chercher ces informations-là et de la rendre intelligente. Seulement, effectivement, Internet, c'est un peu le Far West. On a bien des lois, mais on a quand même beaucoup de voyous là-dedans. Et les lois, certains préfèrent faire comme si ça n'existait pas. Dans les faits, la protection de la vie privée des gens, il y a longtemps qu'on a légiféré dessus et si c'est vrai dans la presse, c'est vrai aussi sur Internet et tous les pays s'y mettent, même les Etats-Unis viennent se rendre compte que finalement nos concepts RGPD c'était peut-être pas plus mal parce qu'ils étaient en train de se faire piller leurs informations par la Chine qui trouve très très rigolo le fait qu'on soit open bar. Donc oui, pour la sécurité des gens, il y a deux approches. Il y a les particuliers. C'est bien qu'ils s'intéressent à l'OSINT, qu'ils s'initient, non pas pour devenir des professionnels de la recherche d'informations, mais pour qu'ils comprennent les traces qu'ils laissent sur Internet et comment elles sont utilisées. Et comment éviter qu'elles soient mal utilisées. Donc là, il y a un gros travail d'éducation. Pour eux, l'OSINT, c'est aussi un moyen d'avoir un esprit critique vis-à-vis de tout ce flot d'informations qu'on leur donne, de la vérifier en se demandant est-ce qu'on est en train de me dire la vérité ? Dans quelle mesure je peux croire une information, identifier des sources, remonter à un fil d'événements ? C'est des choses que l'OSINT peut apporter aux particuliers et qui peut permettre de les sécuriser, à la fois dans leurs pensées et surtout, éviter des usurpations d'identité, éviter des arnaques. Il y a plein de bénéfices pour les particuliers. Il faut juste qu'ils apprennent effectivement qu'on peut vérifier si la baby-sitter est bien celle qu'elle dit. On ne traque pas la voisine pour en faire sa petite copine. Ça, c'est non. Il faut apprendre les limites de ce qu'on a le droit de voir et de ce qu'on n'a pas le droit de voir. C'est vrai aussi dans le monde professionnel, on a le droit de regarder le LinkedIn d'un futur employé, on n'a pas le droit de regarder son Facebook, c'est sa vie privée. Il y a des lois qui ont été faites là-dessus et on entend dire quelquefois, nul n'est censé ignorer la loi. On sait que c'est pas tout à fait vrai, mais c'est pas en faisant comme si ça n'existait pas que ça serait une vérité, donc on a tout intérêt à connaître l'arsenal. Il est pas très très gros l'arsenal légal, mais il est déjà très intéressant à connaître pour se dire qu'on est du bon côté de la barrière. Parce que la question c'est ça aussi, c'est de se dire qui on a envie d'être ? Est-ce qu'on veut être le voyou de l'histoire, ou est-ce qu'on veut être le gentil de l'histoire ? Et pour les osinteurs professionnels, ça devient très technique. Il existe des techniques de protection qu'il faut adapter à chaque type d'enquête. Ça peut être des navigateurs un peu discrets, ça peut être des ordinateurs complètement à part et d'autres techniques qu'à mon niveau je ne maîtrise pas. Mais voilà, ou... il existe des tutos très très bien faits pour ça et il faut apprendre à bien les utiliser, mais comme tous les outils dans la vie. Vous prenez pas un 38 tonnes pour aller acheter des oeufs c'est pas très pratique, c'est possible mais c'est pas très pratique à garer devant la boulangerie, en revanche des fois le vélo c'est un peu petit. Et bien les techniques de protection OSINT c'est un peu la même chose, il en existe toute une variété. Quand on devient osinteur professionnel, il faut savoir lesquels existent et puis ensuite, au moment où ça devient utile, se dire très bien, il semblerait que j'ai besoin de ce mode de protection-là. Là, j'approfondis. Quel logiciel j'installe ? Quel matériel j'utilise ? Ça fait partie des apprentissages pour les osinteurs professionnels.
- Speaker #1
Est-ce que vous auriez des livres, des podcasts, des MOOC à conseiller ? Aujourd'hui, on sait qu'il y a quand même beaucoup de sources d'informations possibles qui pourraient inspirer ou du moins renseigner sur ce domaine d'activité.
- Speaker #0
Oui, il y en a plein. Je vais prêcher pour ma paroisse. On a déjà fait ozint.eu pour ça, avec des articles pédago, avec ce qu'on appelle les challenges qui permettent de tester si on a bien compris et si on y arrive. Et puis toute la communauté à qui on peut poser des questions, qui est toujours ouverte à débat. On a toute une section bibliothèque qu'on essaye d'entretenir. En livres, il existe une Bible, mais qui est en anglais, qui est le Basel, qui est remis à jour très régulièrement. Il faut juste faire attention parce qu'il est écrit par un Américain, sous loi américaine, et qu'on n'a pas les mêmes prérogatives. Donc... peut-être aller jeter un coup d'œil sur le livre blanc qui a été produit l'année dernière par notamment l'EGE. Nous avons collaboré chez ozint.eu avec un avocat, Marc-Antoine Ledieu, qui, voilà, on a essayé tous ensemble de faire un point sur le sujet. Donc très utile de voir comment se passe l'OSINT aux Etats-Unis, en Angleterre, en Russie, mais pas oublier qu'un pratiquant français est sous loi française et que selon comment il enquête dans les autres pays, il peut tomber sous les juridictions des autres pays, donc c'est assez complexe cette partie-là euh... OSINT-FR aussi fait régulièrement des interventions pour expliquer le sujet. On dispose d'une communauté extrêmement hétéroclite qui permet d'accéder à plein de choses. On a l'AFP qui a toute une série de MOOC très intéressants pour un OSINT, on va dire, plus journalistique. Au niveau des communautés, vous allez avoir aussi Open Facto qui fait régulièrement en présentiel des sessions de formation qui sont très accessibles. Les écoles commencent à inclure dans leur cursus des modules liés à l'OSINT qui peuvent parfois être suivis en auditeur libre, ça se développe, la formation se développe. Les concours qu'on appelle des CTF aussi, cette année je crois qu'on en a une dizaine qui vont avoir lieu, qui permettent de s'entraîner. Il y a une gamme vraiment très étendue de moyens de se former.
- Speaker #1
Pouvez-vous simplement nous rappeler ce qu'est un CTF ?
- Speaker #0
Les CTF, c'est des concours, des enquêtes qui vont durer 2, 4, 6, 8 heures. Et ceux qui ont créé le concours vont essayer d'amener les osinteurs à mettre en pratique un maximum de techniques. Et certains sont sur des cas réels, donc je parlais du Trace Labs, qui est américain, qui est de la recherche sur personnes disparues. OSINT-FR, eux s'engagent régulièrement sur des actions avec Europol pour faire des enquêtes sur le programme Stop Child Abuse. Là, il s'agit d'identifier des objets. Et c'est assez fascinant à observer et à participer. Et chez OZINT, on a les reports qui sont aussi des engagements citoyens pour rentrer... mettre un pied dans la réalité pour voir si le métier plaît, si on continue.
- Speaker #1
Et donc, comment rester motivée sur le long terme dans un métier qui est aussi passionnant qu'exigeant ?
- Speaker #0
Il faut être bien accrochée, parce que c'est souvent des sujets pas faciles sur lesquels on enquête. Alors, quand on est sur la partie formation, typiquement chez ozint.eu, on a choisi de faire des challenges qui sont tous fictifs. Parce qu'il ne faut pas mettre en danger les enquêteurs, il ne faut pas mettre en danger les sujets d'enquête, donc on reste sur du fictif. Après, on revient à ce que je disais tout à l'heure, il faut garder une vie privée saine et épanouissante pour pouvoir contrebalancer. Il faut s'imposer des règles sur le temps à y passer, sur le fait que des fois on ne trouve pas. Et accepter que des fois, il n'y a pas de réponse. Je sais que ce n'est pas suffisant, mais pour ce qui est des services publics, se mettent en place des cellules d'aide pour gérer le stress lié à tout ça. Ils ne sont pas assez nombreux pour gérer tous les enquêteurs. Ça avance petit à petit et il va falloir que ça se développe. C'est d'excellentes initiatives, mais c'est vrai que c'est extrêmement stratégique.
- Speaker #1
Et à l'inverse, est-ce que vous avez des anecdotes ou des retours d'expérience plus amusants que vous voudriez nous partager ?
- Speaker #0
Ah oui, mon petit coup de cœur a eu lieu... C'est quelque chose qui s'est passé sur la plateforme il y a quelques mois. On a eu un des utilisateurs qui s'est trouvés face à une information qui lui semblait un peu exotique. On était sur le sujet de la guérison miraculeuse de Parkinson. Ça fait rêver. Et qui a déroulé avec nous pendant plusieurs jours ses résultats d'enquête uniquement en techniques OSINT. Remonter les entreprises qui en parlent, identifier les médias qui en parlent, leur sérieux. Il a montré comment un citoyen lambda peut... peut... essayer de dégager, peut-être pas la vérité, mais en tout cas, une information de confiance, ou pas d'ailleurs, pour prouver que c'est absolument pas une information valide. Mais voilà, et il nous a fait un compte-rendu extraordinaire qui est un tutoriel. Voilà, c'était très intéressant à suivre. C'était très généreux de sa part. Ça a intéressé la communauté. On vient de le republier à nouveau. Les nouveaux arrivants se sont repris de passion pour le sujet. Et c'est tout ce que j'aime en ce moment dans la communauté OZINT. C'est le fait que... chez nous comme dans les autres communautés, de plus en plus, on a ces partages d'expérience, on accepte de dire qu'on s'est trompé, on accepte de dire, d'expliquer comment on s'est trompé et comment on a rétabli les choses. Et ça laisse la place aux nouveaux arrivants. On a des très grandes figures dans l'OSINT en France. C'est formidable. C'est parfois intimidant parce qu'on se dit waouh, je n'ai pas le niveau. Mais c'est pas grave parce qu'on a besoin de beaucoup de monde, qu'ils ont commencé comme tout le monde niveau zéro, et qu'il faut oser, il faut apprendre, et c'est un sujet. L'OSINT, c'est apprendre à apprendre, finalement. C'est la base. Bien sûr qu'on ne sait pas quand on démarre l'OSINT. Aujourd'hui dans les écoles, ça devient aussi un moyen d'apprentissage pour apprendre l'histoire, pour apprendre plein de sujets de manière beaucoup plus drôle, donc ouais cette anecdote là je pense que c'est assez emblématique de ce qu'on essaye de faire. L'OSINT par les osinteurs. Qu'est-ce qui vous passionne en dehors du travail ?
- Speaker #1
Et en dehors de l'OSINT.
- Speaker #0
En dehors de l'OSINT et du travail, à titre perso ? La littérature et tout ce qui est fiction, justement, pour m'évader, parce qu'il faut rêver, parce que c'est les rêveurs qui construisent le monde, parce que les rêveurs s'affranchissent des règles, et c'est quand on... C'est quand on imagine en dehors du cadre qu'on peut agrandir le cadre. Donc beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps sur la lecture, sur les voyages aussi. Parce que c'est important de se rendre compte qu'au-delà de notre petit univers français, il existe plein de choses, des belles et des moins belles. Des belles qu'on peut importer, des moins belles, où du coup, on peut relativiser un petit peu et se dire que... il faut qu'on apprécie ce qu'on a et que peut-être, on peut partager un peu plus avec les autres. Donc, voilà. Les voyages, ce n'est pas très écolo. Ça ne va pas très bien avec mon engagement Team for the Planet. Mais par contre, c'est une... Voilà, c'est extrêmement nourrissant pour l'âme.
- Speaker #1
Et si vous deviez donner un seul conseil en communication, lequel serait-il ?
- Speaker #0
Soyez curieux. La curiosité, c'est la clé. S'intéresser à l'autre, parce que l'autre, c'est tout l'intérêt. On a besoin de l'autre. La vie n'a pas d'intérêt sans l'autre. Il existe quelques ermites qui ont... qui ont été des modèles, mais il n'y en a pas beaucoup globalement. On vit en société, on est un animal de société. Donc, en s'intéressant à l'autre, on s'enrichit énormément et si l'autre fait la même chose, ça devient extraordinaire.
- Speaker #1
C'est vrai. Dans quel secteur vous auriez travaillé si ce n'était pas dans l'OSINT ?
- Speaker #0
J'ai beaucoup aimé travailler dans le médical. C'est un milieu qui est dur, parce qu'on vit au contact de la souffrance des gens, mais c'est tellement gratifiant. Le tourisme devient plus compliqué. Justement, quand on développe un bout de conscience écologique, ça devient plus compliqué. J'avoue que j'aurais du mal aujourd'hui à vendre les stations de ski. Aujourd'hui je sais pas, j'avoue que je suis tellement prise par l'OSINT, j'aurais du mal à... on a tellement de belles choses aujourd'hui à faire sur ce sujet là que c'est assez difficile. On
- Speaker #1
va finir par une dernière question, un peu plus philosophique, disons. Quelle est votre définition du bonheur professionnel ?
- Speaker #0
Oh, wow ! En voilà une qui est difficile. Alors, je vais vous citer un extrait d'un film culte pour moi : "L'itinéraire d'un enfant gâté". "Le bonheur, c'est quand les emmerdes s'endorment. Et là, surtout, il faut faire gaffe à ne pas les réveiller".
- Speaker #1
On va se quitter sur ces belles paroles. Merci, Amandine.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Nous voilà arrivés à la fin de cet entretien avec Amandine Metayer. Je la remercie chaleureusement pour son témoignage et pour nous avoir fait partager son expérience. J'espère que les auditeurs et auditrices retiendront de précieux enseignements pour leur propre carrière. Que ce soit en termes de compétences à développer, d'opportunités à saisir ou de défis à relever, chaque témoignage a son lot d'enseignements à partager. Merci aussi à vous de nous avoir suivis jusqu'au bout de cet épisode. Rendez-vous dans deux semaines avec une nouvelle invitée pour découvrir son parcours. D'ici là, prenez soin de vous et à la prochaine.